NOTICE SLR JEANNE D ARC
)» orages de la gaerre , et le coursier frappe la D terre de son pied. » Tel est le prologue de la pièce.
Dans le premier acte , noas sommes à la cour de Charles VII ; des députés d'Orléans arrivent auprès du roi , et font connaître la situation désespérée de la ville. Bientôt de meilleures nouvelles arrivent à la cour; La Hire annonce une victoire sur les Anglais remportée par la Pucelle. Le roi veut voir la jeune vierge. Introduite à la cour, Jeanne déclare que sa mission est de délivrer la France. I^ deuxième acte nous transporlo dans le camp des Bourguignons et des Anglais ; Talbot et le duc de Bourgogne s'accusent Tun Taulre de la défaite qu'ils viennent d'essuyer. Orléans est délivré par la Pucelle. Le poète montre la reine Isabelle dans le camp des Anglais , ce qui peut surprendre le spectateur; la présence d'Isabelle dans le camp donne lieu à une scène d'une rare inconvenance. Jeanne, suivie des guerriers français, arrive avec ses bannières; elle pénètre dans le camp , et de tous côtés le combat s'engage. Le deuxième acte se termine par une Seène dont ridée est empruntée à Shakespeare ; c'est celle où la Pucelle presse le doc de Bourgogne de se rallier à la cause de la France et du roi. Le commencement du troisième acte se pagse è Chàions-sur-Marne dans le palais du roi; Dmiois et T^ Hire causent de leur amour pour la Pucelle ; ils sont interrompus par l'arrivée de Char-r leSvd*Agnès, de l'archevêque de Reims et du duc de Bourgogne ; on assiste à de fades entretiens de galanterie entre le roi , Agnès et le duc de Bourgogne, en présence de Tarchevèque de Reims. Agnès demande à Jeanne un oreuile cansolanl : « L'Esprit saint, lui répond la vierge, ne me rép vêle que le sort des empires; les révolutions de » ton sort se passeront dans ton propre cœur. » Tous les personnages, même l'archevêque de Reims, invitent Jeanne à se choisir un époux; la Pucelle répond qu'elle ignore quel sera à cet égard Tordre de TEsprit saint, mais elle veut d*abord achever sa mission. La scène change : l'ennemi se présente , et Jeanne ajoute à sa gloire de nouveaux triomphes. Elle se trouve en présence d'un guerrier mystérieux nommé le Chevalier noir, qui arrive là on ne sait pourquoi , et qui disparaît bientôt. La Pucelle tire ensuite l'épée avec un guerrier ennemi devant qui tout k coup elle s'arrête, lorsqu'elle le reconnaît : cet ennemi est Lionel , Jeaiuie l'aime do l'amour le plus violent. Cette passion pour Lionel, qui n'est fondée sur aucune vraisemblance et n'inspire aucun intérêt, gâte tout le quatrième acte. On est à Reims , on prépare tout pour la cérémonie; le roi veut que Jeanne marche devant lui , avec celte bannière qui l'a conduite à la victoire; Jeanne refuse de la porter, parce qu'elle nourrit dans le cœur un amour criminel. Elle consent enfm à paraître avec son étendard à la cérémonie; mais son visage est pâle et troublé , sa démarche est mal assurée. La famille do la Pucelle est venue à Reims pour être
témoin de la solennité. En sortant de Tégliae. Jeanne voit ses deux sœurs et se jette dans leurs bras. « C'est vous que j'embrasse , leur dit-elle , » ma chère Louise, ma chère Marguerite; dans » cette foule étrangère, vaste désert d'hommes, je » sens dans mes bras un sein fraternel. » Jeanne témoigne à ses sœurs le désir de retourner avee elles à Domremy. «Je veux, dit-elle, redevenir » une liergère ; je vous servirai comme une hum- » ble servante, et j'expierai par une sévère péni- » tence le crime de m'être vainement élevée au- » dessus de vous. » Le poète suppose que le père de Jeanne croit sa fille magicienne; violant toutes les convenances morales, il présente Thibcaid comme accusateur de sa fille devant le rot ; Jeanne ne répond point aux questions que lui adresse soo père sur la nature de ses révélations , et celui-ci en conclut que sa fille a vendu son âme à l'eiinemi des hommes. Dans le cinquième acte, la Pnodle, réputée pour magicienne , est allée se cacher dans les profondeurs d'une forêt ; elle a pour compagnon de fuite Raymond , à qui elle déclare qu'elle n'a jamais eu ni liaison ni pacte avec les esprits de l'abîme. La reine Isabelle, à la tète d'une troupe de soldats , fait la Pucelle prisonnière. Bans la dernière scène, Jeanne , qui a brisé les liens de sa captivité , reparaît sur le champ de bataille; ble»sée mortellement, elle demande sa bannière, et meurt enveloppée dans les plis de son étendard , comme dans un linceul. Le roi ordonne que d'autres étendards soient apportés, et qu'on en eouvre le corps de la Pucelle. Ainsi finit le drame. L'héroïque figure de Jeanne d'Arc avait frappé l'imagination de Schiller ; on rencontre dans son œuvre plusieurs traits où se montre son génie poétique, maison conviendra que l'auteur allemand a poussé beaucoup trop loin les licences du drame. Malgré de nombreux défauts, cette tragédie , qui fut représeutée pour la première fois à Weimar en 1801, excita le plus vif enthousiasme; le spectacle de l'héroique jeune fille qui sauva l'indépendance de sa patrie ne pouvait que remuer fortement à cette époque l'âme et rimaginatlon des Allemands. On trouva dans le drame de Sehîller des hymnes belliqueux qui semblaient être faits pour réchauffer le patriotisme, et c'est à la situation politique où était alors TA llemagne qu'on peut attribuer surtout l'immense succès de la pièce.
Trois poètes de notre époque ont célébré Jeanne d'Arc; on connaît la tragédie de M. d'Avrigny, celle de M. Soumet et la Messénienne de M. Casimir Delavigne ; ces trois ouvrages ont été jugés par le public, et nous pouvons nous dispenser de les analyser. MM. d'Avrigny, Soumet et Casimir Delavigne ont vengé la mémoire de Jeanne d'Arc des mauvais vers de Chapelain et des honteuses attaques de Voltaire. On a souvent répété que la littérature française n'avait pas encore son poème épique ; Jeanne d'Arc est le plus beau sujet d'épopée, comme nous l'avons déj^ remarqué, ou plutôt l'histoire de Jeanne d*Arc est une épopée toute faite , une épopée tombée do
SURNOMMEE LA PUCCLLE D ORLEANS.
ciel ; mettez-y des vers comme cd faisait Racine, et nous aaroDs an poème épique divin. Espérons qu'il sortira de la génération nouvelle un poète pour retracer la touchante et sublime vie de la Puoelle.
Cette Notice sur la Pucelle d'Orléans dépasse les bornes ordinaires d'une notice ; en prenant la plume , nous étions loin de penser que notre travail recevrait une aussi grande extension; mais le charme véritable et le grand intérêt du sujet nous ont séduits et entraînés; il nous a semblé que jusqu'ici la vie et le caractère de Jeanne- d'Arc avaient été mal compris, mal appréciés, et, pour montrer la vierge guerrière sous un jour convenable, nous avons été obligés de multiplier les témoignages, les détails et les couleurs. S* il nous arrive du loisir, et si ta bienveillance du public nous encourage , nous pourrons donner quelque extension à ce travail , et publier une histoire complète de Jeanne-d'Arc.
en MOT scm lbs mémoubs concbbna.nt la. pucblle
d'oblâans.
La causé de Charles YIl n'eut point de nombreux partisans parmi les écrivains contemporains; les mémoires inspirés par l'amour du Irdoe n'abondent point ; l'historien dont on va lire les récits, fut do petit nombre de ceux qui écrivirent avec des sentiments de patriotisme. On ne connaît point le nom de cet auteur, et l'érudition biographique n'a pu recueililir aucun détail sur sa vie; ooQs savons seulement que l'anonyme écrivit sous le règne de Charles VII. En racontant une des opérations du siège d'Orléans, l'auteur s'exprime ainsi : « Si nous dirent et affirmèrent plu-
9 sieurs des grands capilaincs des François, que 1» après que Jeanne eut prononcé les paroles dessus » dites (1), ils montèrent contremonl le boulevard » aussi aisément comme par un degré. » Ces mots ont donné à penser à Denis Godefroy que l'auteur anonyme faisait partie des troupes royales et qu'il était au siège d'Orléans; la conclusion de Denis Godefroy nous paraît forcée ; l'historien anonyme ne dit pas qu'il a vu ou entendu durant le siège, mais que plusieurs des plus grands capitaines lui ont affirmé ; ce qui prouve seulement que l'auteur des Mémoires avait connu plusieurs des chefs de l'armée royale. Sa narration commence à l'avènement du Irèê-chreslien et très noble roy Charlei VII* de ce nom, L'arrivé^f de Jeanne d'Arc à la cour du roi à Chinon et les exploits de l'héroïne à Orléans sont racontés avec de précieux détails. Les Mémoires parlent du sacre de Charles VII à Reims , du siège de Paris et des événements militaires qui suivirent ; la narration se trouve tout à coup interrompue, et l'auteur ne dit rien de la prise de la Pucelle sous les murs de Compiègne. Il faut croire avec M. Petitot ou que la fin des Mémoires a été perdue ou qu'ils ont été écrits avant que la Pucelle fût tombée au pouvoir des Anglais. C'est Denis Godefroy qui le premier publia en 1661 les Mémoires concernant la Pucelle d'Orléans ; il en a évidemment rajeuni le texte, car le récit tel qu'il est peut s'entendre bien plus aisément que les autres narrations conlemporaînesr Le lecteur sera frappé de la netteté, de l'élégance naïve qui caractérise le style de ces Mémoires.
(1) Jeanne avait dU : « Que en nom Dieu Ils entrerolent en brlef, et qu'ils n'en fissent doute. »
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