‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 110 sur 157 · ESTAT J)E LA MAISON · texte numérisé non relu

ESTAT J)E LA MAISON

luy office sont douze persoiiDaiges, et aides pour aider le fourrier et servir en son absence, et y a varlets de fourrier qui portent le bois en la chambre du prince, et besongnent aux feux et aux lun)ieres, comme il s^partient et doivent tenir l'hostel du prince net et honneste, les serviteurs de leauë servans, doiventjporter Teauê en la chambre du prince, et livrent caches et ramons (1), et quand le prince tient un grand estât ou une grande feste, le serf de l'eauë doit donner à laver à tous, excepté aux princes servans et aux ambassadeurs.

Et pour continuer Testât du duc, nous parlerons de Testât des portiers. Le duc a deux portiers et deux aides comptez par termes, le portier doit estre le premier levé, et doit estre logé à la porterie du prince, et ne doit point ouvrir, que le chef du guet, et ceux qui ont faict le guet devant le prince, ne soyent venus,'^et puis il ouvre sa porte, et la doit bien soingneusement garder, que nul n'y entre qu'il ne cognoisse bien: et quand il vient à Tentrée de la nuit, il doit allumer fallots à sa porte, et la doit garder comme dit est, jusques à ce que le prince soit couché, et que les chambellains et ceux qui ont esté à so^ coucher, soyent retraits, et doit le portier visiter la maison, et sçavoir s'il ne trouvera nulluy qu'il n'a point acoustumé de veoir, et le peut prendre et mettre en prison, et chascun retrait, le portier ferme la porte, et ne la doit point ouvrir pour personne, qui vienne sans le congé du prince, ou du premier maistre d'hostel. Le portier est garde des prisons de l'hostel du duc, et principalement de ceux que les maistres d'hostel font prendre, et punir. Et pour entresuy vre ma matière, je parleray des sergeans, et huyssiers d'armes, et principalement parlerons de ses sergeans d'armes.

Le duc a quatre sergeans d'armes comptez par termes, et tous les deux servent tousjours, et doivent lesdits sergeans d'armes estre devant la porte du prince. Et quand le prince part hors de sa chambre pour aller à la messe ou ailleurs, les sergeans d'armes se doibvent mettre devant luy : et quand le duc tient estât, au milieu de la sale doit avoir deux basses tables, dont Tune est petite pour quatre personnes seulement, et doit estre tournée devers le prince, et devant luy, et au milieu d'icelle doivent seoir deux huyssiers d'armes, et aux deux bouts lesdits deux sergeans d'armes, en couchans chascun les masses sur les bouts de la table, et ayans leurs visages devers le prince, et derrière eux, doit estre la table des officiers d'armes, qui doivent

ff) Cassettes et balais.*

estre du long de la table, et seoir leurs oostes d'armes vestues. Mais je demande pourqooy ne sont les roys-d'armes et heraux plus près da prince, que les huyssiers et sergeans-d'annes, et toutesfois ils ont leurs oostes d'armes vestues, et sont de plus noble estât que les autres. A ce je respons, que c'est pource que les huyssiers et sergeans d'armes sont les exécuteurs du princse, et que telles nouvelles pouroyent advenir, ou telle chose pouroit estre faicte, que le priiiee voudroit mettre la main au plus grand de ses pays ou autres, et pource doivent estre assis iceux sergeans devant sa face, pour promptement exécuter son bon plaisir et commandement Et au regard des huyssiers d'armes, le due a bien vingt-quatre servaus par termes, dont les uns servent à garder la chambre des chevaliers, autres à garder la chambre des escuyers, el autres à garder la chambre du conseil, et doivent iceux huyssiers faire place devant le prince quand il va de lieu à autre, et doivent garder la sale où il mange, et 'aller et venir où il le commande, ils adjoument gens au conseil, aoit devant le chancelier, chambellain, ou mareschal , et exécutent toutes choses ord<Mmées par le conseil. Or feray fm de Tordre de rfaostel da prince, et de son estât, et entrerons à parler de sa guerre, et le nombre de ses gens qu'il tient journellement, et de son ordonnance, et ne me suis pas arresté à plusieurs choses, qui sont jow^ nellement en toutes nobles coure. On sçait hica que le confesseur confesse le prince, et que luy ou le clercq de la chappeile dict ses heures avec luy, et que le prince offre tous les jours, et cent mille menues dioses, qui sont en la maiaoD da prince communes à tous, et aussi n'est pas à entendre que les ordres , les coustumes , et les loix soient par dessus les princes , mais les prînees pardessus elles, pour en ordonner à son bon plaisir , et sont conununement les statuts des princes conformes à leurs conditions. Or j'ai devisé de Testât et de Tordre de la maison du due Charles de fiourgongne , et est besoing que je devise de Testât de sa guerre, du nombre de ses gens-d'armes , et comment ils sont conduits, exercitez et gouvernez, et aussi comment les conducteurs et chefs d'escadres sont Iaktset créez.

Le duc a deux mille deux cens hommes d'ar* mes en ses ordonnances, compté chascun homme d'arme à tels gages qu'à coustllliers armes, et dessoubs chascun honune-d'arme y a trais archers à cheval, et d'abondance pour homme-d'arme y a trois hommes de plez arbalestriers , colevriniers et picquenaires, ainsi font huiet comhattans pour une lance, mais les

DB GHABLES LE HABDY.

gens de pied ne sont pas gouvernes par les gens de cheval»

Et pour gouverner icelle compaignie qui monte à dix hnict mille combattans, à prendre les conducteurs ^ lientenans et autres archers , qui sont outre nombre, huict combattans pour lance : et sont iceux payez et comptez tous les jours à la souldée du prince par la main du trésorier des guerres. Je monstreray par la con* duite de cent lances , comment se gouvernent tous les autres, et semblablement ceux de pied: en chascune cent lances y a un conducteur , soubs qui respond icelle compaignie, et se nomme conducteur , pource que le duc veut estre seul capitaine de ses gens à en faire et ordonner son bon plaisir. Et pour entresuy vre ce propos, nous parlerons de la forme et manière comment le duc crée les conducteurs, puis après de leur conduite, et m'en abregeray le plus que je pouray , pource que le duc Charles qui a ses ordonnances mis sus à labeur si notablement en sa personne , et faict mettre par escrit les ordonnances de sa guerre, si bien et si notablement , et a tous misteres esclaircy en telle forme et manière, que mon escriture ne me sembleroit que temps perdu, et lesquelles ordonnances sont portées en Angleterre , et si besoing est sont recouvrables pardeça, toutes et quantes fois que besoing sera , parquoy Je m'en passe pour abréger , et parferay ce que jay dict.

Le duc renouvelle tous les ans les conduc^ leurs de ses ordonnances , comme il est escript en sesdictes ordonnances, et contre le temps que sesdicts conducteurs se doivent renouveller, iceux conducteurs viennent ou envoyent devers le duc , selon leurs affaires, et selon la charge qu'ils ont , et en iceluy temps ceux qui désirent d'avoir charge de conducteur pour l'année advenir , se tirent devers les secrétaires , qui sont ordonnez pour la guerre , et ils enregistrent et mettent en mémoire : et en temps ordonné, ils apportent icelles mémoires au duc, qui les retient par devers iuy , par certains jours et à son bon plaisir , et selon les recommandations des mérites d'un chascun , il poinctie ceux à qui il veut donner la charge de conducteur , et à la fois de ceux qui l'estoyent paravant, et à la fois non , et les fois par noms de compaignie , dont l'une s'appelle la première compaignie , l'autre la seconde, et ainsi jusques à la vingtdeuxiesme, et par ce moyen sçavent les conducteurs en quelle compaignie ils doivent aller quand ils ont le don. Et au Jour ordonné , il mande pac un huyssier d'arme les conducteurs qu'il a choisis, et les faict venir en une sale , en laquelle le duc sied en chayere parée, comme

à prince appartient, et là sont les seigneurs du sang , le conseil , et les nobles de la maison , et sont là presens ceux qui paravant ont esté conducteurs. Et le duc par son chambellain faict dire la cause pourquoy il se contente des conducteurs passez , et si grandes causes survenoient de parler à aucun particulièrement, en soy contentant ou non contentant, le duc feroit dire publiquement , pour rendre à chascun mérite selon sa desserte. Et n'ay point veu que le duc n'ayt deschargé les conducteurs de leurs charges à leur tresgrand honneur et recommandation. Et après iceux estre deschargés , le duc faict parler à ceux qu'il a choisis pour l'année , et leur faict lire les ordonnances qu'il faut à la oonduicte de la guerre : et après la lecture d'icelles, il faict appeller devant Iuy chascun conducteur particulièrement l'un ai^es l'autre, et publiquement baille à un chas<mn deux choses. Premièrement le livre de ses ordimnances richement faict et escript, et couvert de velours, en moult honneste vollume, sellé du grand seau en cyre verde , et en lacs de soye : et en loy baillant, parlant le duc par sa bouehe , il dict , « Vous tel , Je vous fays conducteur pour l'an- N née de telle compaignie de cent lances de mes » gens-d'armes. Et aftn que vous sçachiez, en- » tendiez et ne puissiez Ignorer comme J'ent^ns » le faict de mes gens-d'armes, et de la guerre » estre conduicte et gouvernée , je vous baille » les ordonnances que j'ay sur ce faictes et or- » données, et vous commande de les estroitten ment tenir et garder , sel<»i le contenu en » icelles : » et puis prend le duc un baston qu'on appelle baston de capitaine, et est iceluy baston couvert de bleu entortillé de blanche soye, qui sont les couleurs du prince , et baille le baston au conducteur et Iuy dict. «AfQn que vous n soyez obey , et plus puissant sur ceux , dont » vous avez par moy charge^ et que vous puis- » siez entretenir et faire entretenir mes ordon- » nances , et faire mes commandemens , Je vous » baille le baston pour avoir la main forte sur » vos gens , et vous donne en effect de les gou- » verner et punir par telle auctorité que moy- » mesme , » et sur ce reçoit le conducteur le serment de faire et ^tretenir les ordonnances du prince , et selon le cmitenu d'icelles, et ainsi Tun après l'autre crée le duc de Bourgongneses conducteurs , et sont tenus de renvoyer icelles ordonnances et le. baston à la fin de l'année , pour les bailler à celuy à qui il plaira au duo d'y ordonner , et se tire châicun en la compaignie à Iuy ordonnée.

En chascune compaignie de cent lances y a quatre chefs d'esquadre , dont l'un est ordonné

fiSTAT Dfi L4 MAISON

par le duc , et y met communemeot un des escuyers de son hostel , et n'ay guerres yen que le conducteur ne faced'iceluy son lieutenant, combien qu'il le peut faire d'un autre s'il luy plaist, et au regard des autres che£s d'esquadre , le conducteur les peut choisir à son bon plaisir , et soubs chascun clief d'esquadre y a quatre chefs de chambre , lesquels chefs de chambre , le chef d'esquadre peut nommer et choisir , sans ceux de son esquadre à son bon plaisir. Soubs chascun chef de chambre a cincq hommes d'armes , qui sont en chascune des chambres, à prendre le chef de chambre et les hommes d'armes, soubs luy sont six hommes d'armes. Ainsi sont vingtquatre hommes d'armes, et le chef d'esquadre, et ainsi par quatre chefs d'esquadre trouverons cent lances soubs le conducteur , chascun homme d'arme a soubs luy trois archei*s à cheval , ainsi sont trois cens archers en chascune eompaignie, et chevauchent chascun cent lances en huict esquadres, c'est à sçavoir les archers en quatre esquadres , et en chascune esquadre d'archers septante cincq archers, et sont conduits iceux archers par un homme d'arme principal en chascune esquadre , au regard et à la devise du chef d'icelle esquadre, et chevauche le guidon des archers au front devant la première esquadre , et pareillement Testandart des hommes d'armes au front de la première esquadre des hommes d'armes.

Or nous faut deviser de Testât desgens de pied, lesquels sont conduits par un chevalier chef de toutes gens de pied , et soubs qui répondent tous les chefs d'iceux gens de pied, sur chascune compaignie de trois cens piétons a un capitaine, homme d'arme à cheval , et porte-enseigne et guidon , et sur chascun cent hommes a un centenier homme d'arme à cheval , qui porte autre plus courte enseigne, et respondent iceux centeniei-s aux capitaines dessus nommés , et outre plus en chascun trente et un hommes, l'un est trentenier , à qui respondent tous les autres , et marchent par compaignies, et par ordre de capitaine de centeniers et de trentenjers , et communément sont gardes de l'artillerie et du charroy , et pour les raisons devant dictes , je me passeray à deviser des ordonnances sur ce faictes , et combien que j'ay mis en escript le nombre des hommes d'armes, archers à cheval, et gens de pied des ordonnances de monsieur de Bourgongne, et que j'ay devisé les gens-d'armes, et qu'ils sont tousjours prests et armez les uns comme les antres , où vous trouvez en nombre plus de vingt mille combattans,toutesfoi8 n'est encores tout le nombre de ses gens d'armes comptez , journellement prests et en poinf , car

de nommer outre et pardessus le nombre dessusdict, il a foumy sa maison de douze esquadres d'archers d'Angleterre , lesquelles douze esquadres sont conduites par douze hommes d*aiines anglois par la manière qui s'ensuit.

Premièrement le duc a ordonné on eseoycr pour conduire quarante archers pour Tesquadre de la chambre, et est à entendre deux arcbcrs pour chascun homme de sa chambre, qui sont vingt hommes d'armes , éprendre t'escuyer el les quatre sommelliers comme dit est. La seconde esquadre est de quatre-vingt hommes pour les quarante archers tousjours compter, et les départir en la manière dessusdite. Aetn quatre autres esquadres chascune de cent archers, pour les quatre estats des escuyers, pour chascun estât , qui sont cinquante hommes , deux archers , H pource cent archers pour chascune esquadre. item et pour renforcement de la garde, sont ordonnez quatre esquadres de quarante archers pour chascune esquadre, qui pareillement est à entendre deux archers pour chascun ho.T.me d'arme , et sont trente hommes d'armes en chascune esquadre, et puis que nous avons devisé des gens d'armes, ordinaires, il faut deviser de l'artillerie, laquelle est une merveilleuse despence et grande.

L'artillerie se conduit soubs un chevalier qui se nomme maistre de l'artillerie , lequel a telle auctorité, qu'il doit estre obey en son estât comme le prince, il a soubs luy le receveur i^i paye les officiers, et les pouldres, les canons, les forges , et les pionniers , les chartons et tous les ou vraiges qui se font à cause de rartillcrie, et certes la despence qui passe par ses mains monte par an plus de soixante mille livres, et devez seavoirqueen la pluspait des armes du duc, il meine avec luy pour le fait de rartillerie seulement, plus de deux mille chariots, les meilleurs et plus puissants que Ton peut trouver en Flandres et en Brabant, et certes le duc peot avoir trois cens bouches de l'artillerie , dont il se peut ayder en bataille, sans les harcqudmsses et coulevrines , dont il en a sans nombre. En l'artillerie est le oontrolleur, qui tient par ordre et par escript le controlie de toute la despence, faicte et payée de toute la provision de Tartillerie, comme d'arcs, flesches, arbalestres, de trait , de baston à main , de cordes , et toutes autres choses nécessaires appartenant à ioelay estât, là est le maistre des œuvres, carpentîers, marisschaulx, forgeurs, et toutes manières de gens. £t<piant le duc est devant une ville, il faut asseoir les bombardes, il convient pour chascune bombarde un gentil honmie de son hostel pour la conduite d'icelle bombarde, et b

DS CHABLBS LB UABDY.

suyt, qui est es mains da bombardier. Et est Tartillerie estoffée et garnie de toutes choses, tellement que le duc ne se soussie point à iwsser rivières de mille pieds en peu de temps, si besoin est , et est puissant et fort pour passer la plus grande bombarde du monde.

Le maistre de l'artillerie a prevost en son artillerie, lequel a Jurisdiction et auctorité de Justice sur ceux de l'artillerie, et en peut faire Justice criminelle ou civile, telle qu'il luy plaist, et n'est pas à oublier le faict des tentes et pavillons, qui est une somptueuse chose, et se conduit par un gentilhomme qui a la charge d'iceluy estât, et meine aux despens du prince plus de quatre cens chariots , puissamment atteliez , et se comptent iceux chariots souI)s la despence de l'artillerie. Et certainement le duc délivre pour sa compaignie bien mille tentes et mille pavillons^ à prendre pour ambassadeurs et estrangiers, pour la maison du duc, pour ses serviteurs et gens-d'armes : et à chascun voyage le maistre des tentes a nouvelles tentes et nouveaux pavillons aux despens du prince, et monte icelle despence à prendre toille et ouvrages seulement plus de trente mille francs.

Or ne sufût-ii d'avoir seulement devisé de ce grand nombre de gens - d'armes à cheval et à pied , et de ce grand nombre de chariots , qui est une chose merveilleuse, car combien que le duc donne à tous argent particulier pour tous sommiers , et merveilleux nombre de chariots, etcharettes, pour leur nécessite, pour ce que le duc faict communément durer la guerre en temps d'hiver aussi bien qu'en temps d'esté , pource faut il plus de provisions contre les froidures, et autres nécessitez. Etnesuffîroit point qui ne deviseroit par quelle manière , et par quel ordre se loge iceluy grand ost. Le duc a pour son grand principal ofAcier le mareschal de Bourgongne , lequel a telle prééminence , qu'il prend droit de mareschal sur tous gensd'armes, mais non point es gens-d'armes des ordonnances , et se nomme ledit mareschal de Bourgongne pour un mareschal de France, et prend droit avec comme les autres , et ce de toute ancienneté, et se conduit le ifait de la guerre par sa main avant tous les autres , et doit estre à l'avantgarde du prince comme le principal , et toutesfois si le prince mettoit en l'avantgarde aucun prince de son sang, le mareschal luy seroitper etcompaignon, touchant ladicte avantgarde, et en l'absence dudit mares-

chal de Bourgongne , se faict un mareschai de l'ost , qui est son lieutenant , lequel conduit les matières de guerres, et prent les droits de mareschal, et ordonne les commissaires, comme si luy mesmes y estoit , et sont soubs ledit mareschal , ou son lieutenant , les mareschanx des logis et de l'hostel , et par ledit mareschal du logis est logée ceste grande armée.

Le mareschal du logis, quand le prince doit prendre logis nouveau , il doit faire sonner sa trompette , et doit avoir enseigne desployée , et à luy se doivent assambler le mareschal de l'hostel , et tous les fourriers de toutes les compaignies , soit de pied ou de cheval , et doivent chevaucher en ordre et en bataille soubs la conduite dudit mareschal , et quand ils sont prêts à loger, il peut faire arrester lesoompaignies avec son enseigne, et prendre avec luy le mareschal, et ceux qui luy plaist, et là adviser le pays et le logis; et départ les quartiers pour l'avantgarde, pour la bataille, et pour l'arrieregarde, et ainsi conclud, assiet l'artillerie, et luy baille place.

Par ceste manière ceste grande armée logée , le mareschal de l'ost doit visiter advenues , et mettre en ordre les escoutes et guets , et doit soigner le mareschal ou son lieutenant, d'enquérir et sçavoir les passages du pays, et doit avoir des guides avec luy pour guider l'armée , et peut on appeller devant luy du grand conseil et du parlement , ou autre jugement pour matière de guerre , et qui touche le faict de la guerre , dont il peut juger; et de luy l'on ne peut appeller. Et je certifûe que j'ay expérimenté les faicts de la noble maison de Bourgongne plus de trente ans , et que j'ay bien calculé et debatu à quelles sommes de deniers peut venir et monter la grand-despcnce , dont j'ay icy devant faict mention, et ceries je treuve que par an monte icelle somme de despence , bien environ deux millions, bien payez et comptez chascun selon son estât et vacation à quoy il est appelle.

Et affin qu'il appert que je vueil que chascun sache que ce qui est baillé par escript, est baillé d'homme qui le peult bien sçavoir, j'ay mis mon nom en escript soubs ceste présente epistre, en moy recommandant à vous , laquelle epistre j'ayfaicte et compilée au siège d'Aisse (l)en Alemaigne, au mois de novembre, l'an 1474.

Page 1