CHAPITRE IV
De laprinse de la viie et cité de Rouan, saulf le palais et le chastel.
Ceux de la ville de Rouan doubtant que la ville ne fût prinse d'assault, et pour ce pillée et destruite, et aussi pour éviter l'effusion de sang qui pourroit advenir , envoyèrent -rofficial et aultres au Pont-de-l'Arche 'devers le roy de France, pour avoir de lui un saulf-conduit afin que aulcuns des plus notables gens d'église, nobles, bourgeois, marchands et aultres de la cité, pussent aller devers lui, ou son conseil, à l'effet de faire aulcun bon traicté et appointement ; il
leur feit délivrer le saulf-eonduit , et ib vindrent, c'est à savoir pour oeulx de la dté, l'archevesque du lieu, avec plusieurs aallres, et pour le duc de Sommerset gouvemeur du roy d'Angleterre , plusieurs chevaliers et escuyers au Port de Saint-Ouen à une lieue prés du Pontde-l'Arche, auquel port ils trouvèrent pour le roy de France, le comte de Dunois, le chancelier, le seneschal de Poitou, messire Guilleaome Cousinot, et plusieurs aultres. L'archevesqoe ci ceulx de la cité ftirent d'accords et contents de rendre la ville de Rouan, et la mettre eo t'obâssance du roy de France^ à condition que ceulx de la ville et cité qui voudroient demoorer, demoureroient eux et leurs biens , sans rien perdre , et que qui s'en voudroit aller , s'en iroit : ainsi partirent les Anglois et François , les uns pour aller au Pont-de-l'Arche , les aultres à Rouan, mais parce qu'ils y arrivèrent tard et de nuit , ils ne peurent faire leur response que le lendemain qui fut le dix-huitiane jour d'octobre, lequel Jour ceulx qui avoicnt été vers les François, s'en allèrent en la maison de la ville pour relater devant le peuple l'appointeraent et les paroles qu'ils avoient eus avec les gens du roy de France , lesquelles paroles et appointement (tirent tres-agréables à ceulx de la ville , et déplaisant aux Anglois ; quand ils appercarent la volonté et désir que le peuple avoit an roy de France, ils partirent mal contens de llios» tel de ville, et se meirent en armes pour se retraire au palais, au pont sur les portaulx, et as chastel de la ville. Quand ceulx de la ville eognurent leur contenance, ils se meirent pareillement en armes, et feirent le guet, pais envoyèrent cette nuit un homme au Pont-de-l'Ardie, au roy de France, lequel y arriva au point du jour, pour qu'il vint hastivement les secourir^ et qulls le mettrolent dans la ville, le dimanche an matin dix-neuvieme Jour d'octobre ; ceulx de la ville qui estoient en armes s'esmurent contre les Anglois tres-aprement, si bien qu'ils gaigntrent sur eulx les murs et portaulx de la ville, et les chassèrent tous ensemble au palais , pont ci chastel ; or à cette heure , le comte de Danois, et plusieurs aultres qui prés de ladite ville étoient logiez, montèrent à cheval pour secourir les habitans de la ville, contre les Anglois ; ensuite partit le Roy, du Pont-de-l'Arche, grandement accompagné de gens d'armes pour aller à Rouan, et feit charger son artillerie, pour faire assaillir Sainte - Catherine que les Anglois tenoient. Le comte de Dunois les feit rendre, voyant la vile estre contre eulx ; et on leur bailla un hérault pour les conduire vers le Rot. Comme ils passoient le Pont-Saint-Ouen , le
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Roy ieuf dit qu'ils ne prlnssent rien sans payer, et ils lui respondirent qu'il n'avoient de quoy ; lors le Roy leur feit bailler cent francs (1) ; puis les laissa aller, et le Roy se logea à Sainte-Catherine. Le comte de Dunois et les aultres gens de guerre estoient à la porte Martainville, auquel lieu vîndrent vers eulx, les gens d'église , nobles, bourgeois, marchands et habitans de la ville, qui leur apportèrent les clefs, en disant qu'il plut au seigneur de Dunois, bouter dedans la cité, tel est si grand nombre de gens d'armes, qu'il lui plairoit : il leur respondit qu'il feroit leur Yolunté ; après plusieurs paroles dites entr'eulx pour le bien de la ville, y entra le premier, messîre Pierre de Brézé séneschal de Poitou, avec cent lances, et les archiers du comte de Dunois; et les aultres bataillons s'en allèrent ce soir loger aulx villages d'alentour de la ville, et estoit belle chose de voir les compagnies des roys de France et de Sicille, et des aultres seigneurs chevaliers et escuyers; ce jour mesme au soir rendirent les Anglois le pont ; on le bailla en garde au sieur de Harenvilie , et le lendemain furent ouvertes toutes les portes de la ville et cité; et y entra tout homme qui le voulue. Le duc de Sommerset qui estoit au Palais voyant la puissance du roy de France, requist qu'il parlât au Roy, dont le Roy fut content ; adoncq II partit du palais accompagné de certain nombre de ses gens, et des héraults du Boy lesquels l'accompagnèrent jusques à Sainte- Catherine du mont de Rouan, où le Roy estoit avec son conseil, le roy de Sicile, le comte du Maine et aultres seigneurs de son sang. Le duc demanda que lui , le seigneur de Tallebot , et aultres Anglois s'en pussent aller seurement. Le roy de France respondit que la requeste n'estoit point raisonnable, et qu'il n'en feroit rien, car Ils n'avoient voulu tenir le traicté, appointement précédent ; et pour ces causes devant qu'il parteit du palais, qu'il rendroit Honfleur, Harfleur, et toutes les places du pays de Caux qui estoient és-mains du roy d'Angleterre ; sur ces paroles le duc s'en retourna regardant dans les rues tout le peuple portant la croix blanche, dont il n'étoitpasjoyeulx, et il fût convoyé par les comtes de Glermont et d'Eu.
(1) Mathieu de Goucy dit que Charles YII leur fit donner cent écos.