‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 151 sur 157 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Comment Charles j fils du due de Bcurgongne^ ^lla veoir le roy Loys y et comment il se perdit à la chasse, et du doeuil que le Roy enfaisoit^ et aultres choses.

Après que le roy Loys fut parti de Paris , le duc de Bourgongne et son fils partirent auss^f ; et s'en alla le duc à Bruxelles, et son dit fils le comte de Charollois en Bourgongne et à Saint- Claude, et de là revint à Tours, où ledit roy Loys estoit ; lequel roy Loys sytost qu'il sceut la venue du comte de Charollois, envoya allencontre de luy , le duc d'Alençon, le comte d'Eu,

le oonite de la Marche , le comte de Penlnie, le duc de Sonimerset , et tous les princes 4e » court ; Charles avoit avec luy tant de Bourgongne que d'aultres, trois cents cinquante chevauli et bien des seigneurs. Quand Charles fut entrée Tours par le commandement du Boy , il alli loger à l'hostel du Roy même , et le Roy descendit de sa chambre jusques jsù bas pour k venir bien veigper ; il le reçut moult lyêrnentet lui fit grande chiere.

Durant le temps que le comte de Charollois fût devers le roy Loys, icelluy roy le meoauog jour chasser, et estoit avecque luy Charles d'Anjou 9 comte du Mayne : il adviat que le comte de Charollois poursuivit une beste rousse, tellement qu'il se perdit, et ne derooora qve luy cinquième, Quand il ne sceut où il estoit, il alla tant qti'il trouva ung villaige où il y itoA une belle hostellerie , en laquelle il s'eabô^k mieulx qull put , car il estoit noire nuit; U^ et le comte du Maine revinrent. Quand le Roy fut descendu, il demanda son beau hem de Cbarollois; on luy respondit qu'on ne açavoit où il estoit ; lors fut le Roy troublé eonune oo ne le vit oncques : il envoya par-tput les viilaiges d'entour d'où il venoit pour le trouver; et esclochiers des viilaiges faisoit allumer torses <!t fallots , affin que sy ledit comte «toit prés, qu'il apperceut les feux; il fit gens aller avec torses et fallots , par champs et par bois; mais il n'en ouit aucunes nouvellçs : Wit Charle d'Anjou en estoit aussi moult troublé, car it doubtoit qu'il y eût quelque eneombrisretqne on ne le luy mit sus. Ledit roy Loy»«toit^ affligé qu'il jura qu'il ne boiroitni ne mangeroit jusques à ce qu'il en eût de nouvelles; il «»• geoit par courroulx uû baston. Et aussy comrae on queroit ledit sieur de Charollois , icelluy «igneur pensa bien qu'on le quereroit, et qu'« serait en doubte pour luy ; partant il demanda i son hoste combien il y avpit jusques où le Boy estoit ; lequel luy respondit , qu'il n'y a^it gj' deulx lieues, lors il le pria de luy bailler (pelque homme paisant pour conduire ung de ses gens Jusque au Roy, ce que l'hoste feit V^ escrlpvit ledit seigneur de Charollds au R<^ ^ advanture, et comme il estoit Wen logié; S envoya ung ehevalier de son hostel nooB* Philippes de Crievecœur : il estoit bien ooie heures en la nuit ainsy que ledit Philippe* ^ vers le Roy, auquel il bailla les «««««^"JJ comte ; quand le Roy eult veu eeslftlres, » ^ moult joyeux ; il beat et mangea , le lende»"" matin il le renvoya quérir.

Devers le roy Loys , estoit , eorome ^^"J" • dict , le duc de Sommerset , îmglois , lequel dflf

MEMOIRES DE DU CLEfiCQ.

estoit venu en France caidant trouver le roy Charles vivant , et comme il arriva en France ledit roy Charles mourut ; pourquoy il fut prins des gens du Roy , et le feit le Roy venir à Tours vers luy , et luy feit très-bonne chiere. Jà f\it-ll que le duc de Sommerset fût ennemy mortel d'Edouart nouvel roy d'Angleterre, et avoit tousjours conduit la guerre de la royne d'Angleterre , contre ledit Ëdouart ; or le duc de Bourgongne tenoit à ami ledit roy Edouart comme on disoit , et ne luy avoit point nui en ses affaires ; aîns l'avolt favorisé. Toutefois ledit seigneur comte de Charollois aimoit le duc de Sommerset quy estoit son parent ; il Teut volontiers aidé contre ledit Edouart : pour l'amour du seigneur de Charollois , le roy Loys délibvra ledit duc , et luy feit donner de l'or et de Targent pour aller où bon lui sembieroit ; le duc se meist en mer pour se rendre en Ecosse , mais on luy conseilla qu'il n'y allât point, car il estoit espié par le roy Edouart. Sy ne passa pas oultre, ains retourna et s'en alla à Bruges en Flandres, où il fut un grand espacé. L'y laissoit estre le duc de Bourgongne , sans lui faire empêchement , pour l'amour dudit sieur comte de Charollois son fils; et ainsy tenoient le père et le fils chacun ung parti ; et quand le père estoit joyeulx de quelque victoire que ledit Edouart avoit ^ le fils en estoit dolent et triste. Après que le comte de Charollois eut esté prés d'ung mois avecques !e roy Loys, le comte print eongié du Roy , lequel l'avoit moult haultement reçu ; puis s'en retourna et repassa par la Normandie. Dans toutes les bonnes villes du royaulme où il passoit , les nobles venoient allencontre de luy , et Iç clergié à croix et processions, et ainsy l'avoit commandé le Roy qu'on luy feit ; comme prince il délibvroit touts prisonniers de prisons. Il repassa par Blois où le duc d'Orléans le festia moult haultement , et encoires euist il fait plus ; mais il ne voulloit nulle part sesjourner , parce qu'il contendoit à faire sa feste de Noël avecque sa femme, qui estoit à Aire en Arthois.

ocx>

Page 1