‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 156 sur 157 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Comment les députés rendirent response audit comte; et comment par leur conseil ledit comte s'en ala devers son père à Bruges, et furent d'accord enssembte.

Les députés se retirèrent en une chambre où ils furent environ demie heure, puis retournèrent devers le comte, et se jetterent touts à genoulx devant lui, lequel incontinent les feit relever : lors l'abbé de Gîteaulx, pour et au nom desdits députez, porta la parolle et dit audit comte comment ils avoient parlé ensserable et qu'ils estoient touts d'une opinion : c'estoit qu'ils luy requeroient trés-humblement que pour parvenir à la bonne grâce et amour de monseigneur son père, il fut content de retourner devers lui, et qu'en ce faisant il escheveroit ung grand trouble, qui pourroit advenir en touts les pays de son père; et qu'au regard de ses ennemis. Dieu l'en avoit gardé jusques à cette heure, et encoires par les bonnes prières de touts ceulx desdits pays il l'en garderoit, et que quand son père le verrait il aurait sy grande joye, que ce seroit celluy qui mieulx le garderoit; qu'ati regard de ses serviteurs on le supplioit qu'il les voulut pour cette fois laisser derrière sans leur donner congié, et qu'il ferait bref la paix d'iceuix vers son père ; qu'ils s'offroient en tout ce qu'il seroit leur possible. Ce ouy par ledit comte, il les remercia et leur dit que pour entretenir l'amour de Dieu, et de monseigneur son père et d'eulx, il leur accordolt de bon coeur leur demande, en les priant de raccompagner, et de lui faire requeste pour se$ serviteurs ; ce qu'ils lui accordèrent^ et le lundy eussuivant, le comte de Gharollois, accompagné de grand nombre de ncbles gens, chevaliers et escuyers, avec lesdits députés, partit de Gand, et arriva ce jour à Bruges. Vindr^nt au devant de luy l'archevesqixe de Lyon, Adolphes de Clesves, Anthoinc hastard de Bourgongne, et plusieurs aulti es seigneurs, avecque la loy de la viUe ; de laquelle \ille, ce jour, le sieur de Croy sçachant sa venue, eslolt parti et estoit allé devers le roy Loys à Toumay. Le comte descendit à l'hostel de son père, puis monta en sa chambre; sitost qu'il le veit. Il s'agenouilla par trois fois, et à la troisieme fbisdit : « Mon tres-doulx seigneur et père» >» j'ai entendu qu'estes mal content de moi pour » trois choses ; » lesquelles il luy déclara (comme dit est cy-dessus quand il parla aulx depputés), il s'en excusa, puis dit : « Toutefois sy en ce ou » en aultres choses, je vous ay aulcunement » troublé, ou courroucié, je vous en priemercy. •

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Alors le duc respondit : « de toutes vos excusa- » tions Je sçay bien ce qu'il en est, ne m'en paru lez plus, mais puis qu'estes ici vejiu à mercy, » soyez-moi bon fils, et Je vous séray bon père. » Il le print par la main et lui pardonna : ce fait, les depputez des bonnes villes prinrent congié du duc, qui leur assigna Jour au huitième de mars à Bruges, pour leur déclarer son intention ; chacun s'en retourna en son lieu.

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