I.NDICATJOIV ANALYTIQUE DES DOCCMENTS
ei leur disl : En nom de Dieu vous enirerez bien brief dedans, n'ayez doubte ; et n*auronl les Anglois plus de force sur vous. Pourquoy reposez- Vous un peu, benvez et mangez. Ce qu'ils firent, car à merveilles luy obéissoient. £t quand ils eurent beu , elle leur dist : Retournez de par Dieu à l'assaut de rechef : car sans nulle faute les Anglois n'auront plus de force d'eux deffendre , et seront prinses leurs tournelles et leurs boulevars. Et ce dit, laissa son estendart , et s'en alla sur son cheval à un lieu destourné faire oraison à nostre Seigneur ; et disl à un gentil-honune estant là près : Donnez vous garde, quand la queue de mon estendart sera ou touchera contre le bonlevart. Lequel luy dIst un peu après , Janne la queue y touche : et lors elle luy respondit : Tout est vostre et y entrez. Laquelle paroUe fust tôt après congneuë prophétie : car quand les vaillans chefz et gens d*armes , estans demeurez devant Orléans , virent qu'on vouloit assaillir de rechef, aucuns d'eux saillirait hors de la cité par dessus le pont. El parce que plusieurs arches étoieul rompues, ils menèrent un charpentier, et portèrent goutières et eschelles , dont ils firent planches. Et voyans qu'elles n'estoient assez longues pour porter sur les deux bouts d'une des arches rompues , ils joingnirent une petite pièce de boys à l'une des plus graud'goutieres , et firent
tant qu'elle tint
Lesquels passez outre , se boutèrent avec leurs autres compagnons en l'assaut, qui dura peu depuis : car si tost qu'ils eurent recommencé , les Anglois perdirent toute force de pouvoir plus résister : et s'en cuiderent entrer du boulevart dedans les tournelles , combien que peu d'eux se purent sauver. Car quatre ou cinq cens combattans qu'ils estoient furent tous tuez ou noyez , excepté aucun peu qu'on retint prisonniers , et non pas grands seigneurs : obstant que Glacidas, qui estoit capitaine et moult renommé en faicts d'armes, le seigneur de Moulins, le seigneur de Pommier, le Bailly de Mente, et plusieurs antres chevaliers, banneretz et nobles d'Angleterre furent noyez : parce qu'en eux cnidans sauver , le pont fondit sonbz eux, qui fut grand esbahissement de la force des Anglois , et grand dommage des vaillants François qui pour leur rançon eussent peu avoir grand'finance. Toutefois firent ils grande joye , et louèrent nostre Seigneur de celle belle victoire qu'il leur avoit donnée , et bien le dévoient faire ; car on dit que celuy assaut, qui dura depuis le matin jusques au soleil couchant , fut tout grandement assailly et deffendu, que ce fut un des plus beaux faits d'armes qui eut esté fait long temps paravant. . . .
. . . Parqnoy tout le clergé et peuple d'Orléans chantèrent moult dévotement Te Deum laudamui^ et firent sonner toutes les cloches de la cité , remercians très-humblement nostre Seigneur pour celle glorieuse consolation divine : et moult firent grand joye de toutes parts , donnans
merveilleuses louanges à leurs vaillants deffeudeurs , et par especial et sur tous à Jeanne la Pucelle , laquelle demeura celle nuict , et les seigneurs , capitaines et gens d'armes avecques elle sur les champs, tant pour garder les loumeilfs ainsi vaillamment conquises , comme pour saioir se les Anglois du costé de Saint-Lanrens sandroient point voulans secourir ou venger leors compagnons , mais ils n'en avoienl nul veoloir; ainçois le lendemain matin, jour de dimandie, et septiesme jour de may, celuy niesme an, mil quatre cens vingt neuf, desemparèrent leur bastille, et si firent les Anglois de Sainct Pooarel d'ailleurs, et levaus leur siège se mirent en bataille. Pourquoy la Pucelle , les niareschaax de Saincte Severe et de Rays, le seigneur de Graville, le baron de Goulonces, Messire Fleurent d'Illiers, le seigneur de Gorraze, le seigneur de Sainctes-Trailles, La Hire, Alain Giron, Jamet du Tilloy et plusieurs autres vaillants gens de guerre et citoyens saillirent hors d'Orléans eu grande puissance , et se mirent et rangèrent devant eux en bataille ordonnée. Et en tel point lurent très près l'un de l'antre, l'espace d'ane heure entière, sans eux toucher. Ce que les François souffrirent très-envis, obtemperans au Toaloir de la Pucelle, qui leur commanda et deffendit dès le commencement, que pour l'amour et ho&neur du sainct dimanche ne commençassent point la bataille, ne n'assaillissent les Anglois : mais qae si les Anglois les assailioient qu'ils se deffendisseut fort et hardiment , et qu'ils n'eussent nulle paour, et qu'ils seroient lesmaistres. L'heurepassée, se mirent les Anglois à chemin , et s'en allèrent bien rangez et ordonnez dedans Meong sur Loire, et levèrent et laissèrent le siège, qo'ils avoient tenu devant Orléans depuis le douziesme jour d'octobre mil quatre cens vingt-hoict
jusques à cestuy jour. . *
. . Rentrèrent à grand joye dedans Orléans la Pucelle et les autres seigneurs et gens d'armes, en la très grande exultation de tout le clergé et peuple, qui tous ensemble rendirent humbles grâces i Nostre Seigneur , et louange très méritées, pour les très-grand secours et victoires qu'il leur avoit données et envoyées contre les Anglois , et anciens ennemis de ce royanme
Et le lendemain s'en partit pareillement la Pucelle , et avec elle le seigneur de Rays , te baron de Goulonces, et plusieurs autres chevaliers, escuyer8,et s'en alla devers le Royloy porter nouvelles de la noble besongne • et aussi pour le faire mettre sur les champs, afin d'estre couronné et sacré à Reims ainsi que Nostre Seigneur luy avoit comnuindé. Mais avant priot congé de ceux d'Orléans : qui tous ploroieot de joye, et moult humblement la remercioient el s'offroient eux et leurs biens à elle et sa volonlé, dont elle les remercia très benignement , et en- Ireprint à faire son voyage. Gar elle avoit aoco»pli le premier , qui estoit lever le siège dOrléan^*
POLB SEJiVlR A L HISTOIRE J>£ JEANNE D ARC.
UISTOIKB ABRBfiSB DB« ACTIONS DB LA PVCBLLB jusqu'au 8AGRB DB GRARLBS VU.
Celte histoire est extraite d'on manuscrit précieox de la bibliothèque d'Orléans [w 4tl) , qae M. BuehoD , éditeur des Chroniques nationales, a fait connaître dans le lome 34* de sa collection. NoQS parlerons avec plus de détail de ce manuscrit daiia la seconde partie de ces documents, où nous publions les actes do procès de Jeanne d'Arc. Qvant au présent abrégé, il parait avoir été traduit du latin sous le règne de Louis XII. Le style en est plus élégant et plus régulier que celui des chroniques contemporaines de la Pncelle ; il est vrai qu'il a été écrit à une époque plus rapprochée de nous. L'auteur, quel qu'il soit, de cet ouvrage, est, avec N. Sala, le seul qui ait parlé d'une manière cerlainedu secret révélé par Jeanne d'Arc à Charles VII. Mais les précautions ora- (oiree dont il fait précéder le récit de ce fait réel on imaginaire sembleraient annoncer que de son temps on y ajoutait peu de foi.
Extrait de Vhiêloire abrégée.
Or eu ce temps avoit une jeune fille an pays de Lorraine, aagée de dix-huit ans ou environ, nommée Jeanne , nattive d'une paroisse nommée Dompremy, fille d'un laboureur nommé Jacques d'Arc, qui jamais n'avoit fait autre chose que garder les bestes aux champs; à laquelle, ainsi qu'elle disoit , avoit été révélé que Dieu vouloit qu'elle allast devers le roy Charles septiesme, iMNir lui aider et le conseiller à recouvrer son royaume, et les villes et places que les Anglois avoienl conquises eu ses pays. Laquelle révélalion elle n'osa dire à ses père et mère, pour ce qu'elle savoit bien que jamais n'eussent consenti qu'elle y fust allée ; et pour ce s'alla adresKer à un tiien oncle , auquel elle déclara sesdites révélations , et le persuada tant , qu'il la mena devers uu gentilhomme nommé Robert de Baudricourt, qui pour lors étoit cappitaioe de la ville ou chasleau de Vaucouleurs, qui est assez prochain de la : auquel elle pria très instamment qu'il la flst mener devers le roy de France , en lui disaut qull esloit très nécessaire qu'elle parlast à lui pour le bien de son royaume , et que elle lui feroit grand aeoourset aide à recouvrer sondit i^oyaume, et que Dieu le vouloit ainsi , et que il lui avoit été révélé par plusieurs fois. Desquelles parolles il ne Caisoit que rire et se moquer, et la reputoit insensée. Xootesfois , elle persévéra tant et si longuement, qu'il lui bailla un gentilhomme nommé Ville-Robert, et quelque nombre de gens, lesquels la menèrent devers le Roy, qui pour lors cstoit à Cliinon, auquel lieu elle fut présentée audit sei- ^ueur, et sitost qu'elle fût entrée en la chambre où il estoit , elle fit les inclinations et révérence) accott>turoées à faire aux Roys , comme si toute 9^ vie eust esté nourrie en cour Après lesquelles iitclinalions et révérences , elle adressa sa parole
au Roy, lequel elle n'avoit jamais veu, et lui dist: a Dieu vous donne bonne vie , très noble Roy t i> Et pour ce que en la compaignie y avoit plusieurs seigneurs vestus aussi richement ou plus que lui, dist : a Se ne suis-je pas que suis Roy, Jeanne. » Et en lui montrant quelqu'un des seigneurs qui estoient là présents , lui dist : a Voilà qui est Roy ; » elle respondit : « C'est vous qui êtes Roy, et non autre, je vous congnois bien. » Après les-, quelles paroles le Roy lui fit demander qui la mouvoit de venir devers lui ; à quoi elle respondit qu'elle venoit pour lever le siège d'Orléans , et pour lui aider à recouvrer son royaume , et que Dieu le vouloit ainsi ; et si lui dist que après qu'elle auroit levé ledit siège , au'elle le mèneroit oindre et sacrer à Reims , et qa il ne se souciast des Anglois, et qu'elle les combattroit en quelque lieu qu'elle les trouveroit, et qu'il lui baillast telle puissance de gens d'armes qu'il pourroit finer, et qu'elle ne faisott douple de faire toules les choses dessos-dictes, ne mesme de chasser lesdits Anglois hors du pays du Roy. Après lesquelles paroles le Roy la fit interroger de la foi , et lui fit demander plusieurs questions tant de choses divines, de la guerre , que autres questions curieuses, de toutes lesquelles elle respondit si sagement, que le Roy, les prélats et autres gens clercs qui estoient présents , en furent esmerveillés, et non sans cause, attendu la simplicité et la qualité de la personne , qui n'avoit jamais fait autre chose que garder les bestes aux champs.
Après lesquelles interrogations et responccs dessus-dites, le Roy assembla son conseil, auquel lût adviséque on lui demanderoit ce qu'elle vouloit faire ; à quoi elle respondit qu'elle vouloit lever le siège qui estoit devant Orléans et combattre les Anglois ; et supplia au Roy qu'il envoyast un de ses armuriers ou autre à Sainte-Catherine de Fierbois , et qu'il lui apportast une espée qu'il trouveroit en l'église au lieu qu'elle lui diroil , en laquelle espée , en chacun des costés , y a cinq fleurs de lys empreintes. Et sur ce lui fut demandé si autrefois elle avoit esté audit lieu de Sainte- Catherine; dist que non, mais qu'elle le sçavoit par révélation divine, que ceste espée estoit en la dicte église , entre aucunes vieilles ferrailles estants en icelle ; et si dist au Roy, que avec ladite espée et l'aide de Dieu , et de ses iMms capitaines et gens d'armes , elle lèveroit le siège d'Orléans, et le mèneroit sacrer et couronner à Reims, ainsi que ses prédécesseurs rois de France ont esté par ci-devant. Après lesquelles paroles il lui fut conseillé envoyer audit lieu de Sainte-Catherine un de ses armuriers, lequel véritablement trouva ladite espée, et l'apporta audit seigneur, laquelle II donna à ladite Jeanne la Pucelle. Laquelle très-humblement lui en rendit grâces, et lui pria lui donner un cheval , un harnois , une lance et autres choses nécessaires pour la guerre. Toutes lesquelles choses Incontinent lui furent baillées et délivrées ; et sitost qu'elles les eust receues , elle se fit armer et monta à cheval , et
II1DIGATI0N ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
coural là lance, et fisl (ous actes de gens d'armes comme on homme qui auroit esté tonte sa vie nourri en la guerre; et avec ce, quand elle fut appelée au conseil pour adviser et délibérer de ce qui estoit à faire , tant pour lever ledit siège d'Orléans, ou recouvrer villes et places, et faire entreprises contre les ennemis, elle en parloit et délibéroil si sagement , et fondoit son opinion en si bonnes raisons , que très-souvent contre l'opinion de tous les cappitalnes, on osoit de son conseil es choses qu'on vouloit faire ; et qui est plus grand merveille , quand le Roy et ses cappitaines te- Boient quelque conseil en son absence, elle savoit tout ce qui avoit esté dit et conclud comme si-elle y eust esté présente; dont ledit seigneur et ceux de sa compaignieestoient moult ébahis et non sans cause.
Et combien que es croniques que j'ai veues , ne soit fait mention d'une chose que long temps a , j'oys dire et révéler, non pas en une fois seulement, mais plusieurs, à grands personnages de France, qui disoient l'avoir ven en cronique bien authentique , laquelle chose rédigée par escript, dès lors tant pour l'autorité et réputation de celui qui le disoit que pour ce qu'il me sembla que chose estoit digne de mémoire, je l'ai bien voulu ici mettre par escript.
Après que le Roy eust oy ladite Pocelle, il fut oonseillé par son confesseur, ou antres , de parler en secret, et lui demander en secret, s'il pourroit croire certainement que Dieu l'avoit envoyée devers lui , affin qu'il se peust mieux fier à elle, et adjouster foy en ses paroles; ce que ledit seigneur fit, à quoi elle respondit : a Sire, si je vous )» dis des choses si secrettes , qu'il n'y a que Dieu » et vous qui les saches , croirez-voos bien que » je suis envoyée de par Dieu ? » Le Roy respond » que la Pucelle lui demande : « Sire , n'avez- D vous pas bien mémoire que le jour de la Tous- » saint dernière , vous estant en la chapelle du D chasteau de Loches, en votre oratoire, tout » seul, vous feistes trois requestes à Dieu ? » Le Roy respondit qu'il estoit bien mémoratif de lui avoir fait aucunes requestes, et alors la Pucelle lui demanda se jamais il avoit dit et révélé lesdites requestes à son confesseur ne à autres. Le Roy dist que non. a Et si je vous dis les trois v requestes que lui feistes , croirez-voos bien en » mes paroles ?» Le Roy respondit que ouy. Adonc la Pucelle lui dist: c Sire, la première requeste » que vous feistes à Dieu, fut que vous lui priasles » qne si vous n'estiez vrai héritier de France, que » ce fust son plaisir vous ester le courage de la 1» poursuivre , affin que vous ne fussiez plus cause )> de faire et soutenir la guerre , dont procède tant » de maux, pour recouvrer ledit royaume. Lase- » conde fut que vous lui priastes, que si les gran- % des adversités et tribulations qne le pauvre peu- )i pie de France scoffroit et avoit souffert si long )i temps, procédoient de votre péché et que vous )ft en fussiez cause, qne ce fust son plaisir en rele- TK ver le peuple , et que vous seul en fassiez puni
» et portassiez la pénitence, soit par mortootatre » telle peine qu'il lui plairoit. La tierce fat qoeit » le péché du peuple estoit cause desdites adverei- » tés, que ce fust son plaisir pardonner aadit peo- D pie et appaiser son ire et mettre le royaome » hors des tribulations es quelles il estoit, que ji » avoit douze ans et plus. » Le Roi cognoiasaut qu'elle disoit vérité , adjousta foy en ses paroles, et creut qu'elle estoit venue de par Dieu, et eut grand espérance qu'elle lui aideroit à recouvrer son royaume ; et se délibéra soi aider d'eUe et croire son conseil en toutes ses affaires.
Le Roy (et son conseil) considérant la grande nécessité en quoi estoienlles assiégés (d'Orléans), furent d'opinion que le Roy debvoit Cure par le conseil de ladite Pucelle. Et pour la conduire et accompagner lui furent baillés les sires de Rayset de Loire, lesquels la menèrent à Bloîs où esloienl messire Régnant de Chartres, archevêque de Reims, chancelier de France ; le bastard d'0^ léans; le sire Polhon et autres capitaines , par lesquels ladite Jeanne et sa compaignie furent reçues hounorablement , et ce fait , adviser de poo^ voir à tonte diligence de ce qui estoit nécessaire pour advitailler ladite ville d'Orléans
Cependant, ladite Pucelle escrivit une lettre ao roy d'Angleterre, au duc de Belhford et autres sires et capitaines du pays, dont la teneur suit :
JÂsrs, Mabia,
« Roy d'Angleterre, et vous, duc de Betlifort, » qui vous dictes régent du royaume de France; » vous Guillaume de la Poulie ; vous , de SufTort; » Jean sire de Tallebot; et tous, Thomas, sei- » gneur d'Escalles , qui vous dictes lieutenants » dudit Belhfort , faictes raison au Roy du ciel, » rendez à la Pucelle , qui est envoyés de p»r » Dieu, le Roy du ciel, les clefs de toutes les v> villes que vous avez prises et violées en Fran^ » ce. Elle est ici venue de par Dieu , pour récla- D mer le sang royal , elle est toute preste de faire » paix, si vous lui voulez faire raison, par ainsi » que voulez vuider de France ; et qu'amendes n les dommages que y avez faits , et rendes tes » deniers qu'avez reçus de tout le temps que Ts' » vèz tenu. Et entre vous, archers, compagnons » de guerre, gentilshommes et autres, qui estes » devant la ville d'Orléans, allez-vous^n, de par » Dieu, en voslre pays; et se ainsi ne le faietes, » attendez les nouvelles de la Pucelle , qui voos » ira veoir brefvement à vos bien grands domy> mages.
» Roy d'Angleterre, seainsi nele faictes, je sois >» chef de la guerre, et vous asseure qu'en quelque » lieu que je trouverai vos gens en France, je to » combattrai et les chasserai, et ferai aller hors < » veoUent ou non ; et s'ils ne veulient obéir, je les » ferai tous occire. Je suis ici envoyée de par Dieo, » le Roy du ciel , pour les combattre et pour le^ » mettre hors de toute France; el s'ils veolent
POUR SEBVIR A l'UISTOIBE DE JEANNE d'aBC.
» obéir, je les prendrai à mercy. El n'ayez point » opinion d'y demeurer plus ; car tous ne tiendrez V poinct le royaume de France , de Dieu , le Roy » do ciel , nis de la Vierge Marie. Ains le tiendra » Charles , le yray héritier, car Dieu , le Koy du * ciel , le veut , et lui est révélé par la Pucelle, « que bien brief il entrera à Paris en bonne et 9 belle compaignie: Et si vous ne voulez croire les » nouvelles de par Dieu et de par la Pucelle , je » vous advise que en quelque lieu que nous vous » trouverons, nous vous férironset frapperons de- » dans, et y ferons un si grand hay-hay, que de- « pois mille ans en France n'y en eustungsi grand; D et croyez fermement que le Roy du ciel envoyera » tant de forces à la Pucelle, que vous ne vos gens » d^armes ne lui sauriez nuire, ne aux gens de sa » compaignie ; et aux horions voira-t-on qui aura B le meilleur droict. Et vous duc de Relhfort , qui B tenez le siège devant Orléans , la Pucelle vous « prie que ne vous faciez poinct destrnire ; et se » vous lui faictes la raison , encore pourrez vous » venir veoir que les François feront le plus beau » faict que oncqoes fut fait pour la chrestienté; B et vous prie me faire responce , si vous voulez B faire paix en la cité d'Orléans , où nous espé- B rons estre bien brief. Et si ainsi ne le faictes , B de vos gros dommages vous souvienne.
» Escript, ce mardy delà sepmaine Saincte. »
I^s préparatifs faits pour aller advilailler ladicte ville d'Orléans, ladicle Jeanne la Pucelle, accompaignée du basiard d'Orléans, des seigneurs de Rays et de Loire , de messire Robert de Baudricourt, qui estoit nouvellement venu de Vaucouleurs, et autres capitaines, avecques quelque nombre de gens d'armes , se partist de Blois pour mener les vivres qui estoient prêts ; et prist son chemin do costé de la Sollongne , et à toute diligence fist marclier toute sa compaignie.
Ladictc Pucelle voyant que ses ennemis s'esloienl retirés, fis! passer tous les vivres par-devant eux, et à toute diligence les fist passer en baleaai et passer la rivière ; et ce faict , passa elle et sa compaignie ; et avecques leurs vivres entrèrent en la ville et y furent bien venus.
Le lendemain au matin , Jehanne la Pucelle prinst les armes et fist armer les seigneurs^ cappilâmes et gens d'armes ; et ce fait , saillit la première de la ville, et s'en vaMa première assaillir ladicte bastille Sainct-Leu ; et quand les Anglois qui estoient dedans la grande bastille , virent le dur assaut qu'on faisoit à leurs gens, isaillirent de leur fort pour venir les secourir; lesquels forent 8» vertueusement repoussés , qu'ils furent con- Iraints de eux retirer en leurdict fort ; et ce faict, ïcs François recommencèrent l'assaut si fièrement qae ladicte bastille fut assez tost prise d'assaut , et tous ceux qui estoient dedans tués ; <?1 incontinent ladicte Pucelle fist de«moltr ladicte
bastille, et s'en retourna avec sa compaignie dedans la ville.
Le jour ensuivant et autres Jours après, les seigneurs et autres cappitaines s'assemblèrent par plusieurs fois, et eurent plusieurs parlements secrets, pour ce que ils dévoient assaillir l'autre baslille, nommée Londres; èsquels conseils la Pucelle n'cstoit point appelée. Et finalement fut délibéré entre eux qu'on ferait assaillir ladicte bastille. Après lequel advis fut délibéré de parler à ladicte Pucelle pour savoir se il lui sembleroit bon d'assaillir ladicte bastille. A quoi elle repondit: « Il semble à vous, messeigneurs les capi- » talnes, pour ce que je suis femme, que je ne » saurais celer une chose secrète : je vous dis » que je sçai tout ce qu'avez délibéré. Mais je 0 vous assure que je ne révélerai jamais les choses » qui sont à celer. » Cette response oye , il fut advisé que le Bastard d'Orléans , qui estoit plus privé d'elle , lui diroit ce qui avoit esté advisé entre eux, ce qu'il fist. Laquelle délibération oye, par la Pucelle fust répondu, qu'elle louoit ladicte délibération , s'il advenoit ainsi qu'ils l'avoient pensé ; mais pour ce qu'elle pensoit que non , elle ne ftit pas de cette opinion. Pourquoi lesdits seigneurs el capitaines n'osèrent entreprendre à exécolerleor délibération contre sou vouloir, considérant qu'elle estoit venue à bonne fin de toutes les entreprinses qu'elle avoit faictes : et pour ce lui firent demander qu'ils dévoient Caire. A quoi elle respondit qu'il lui sembloit advis qu'on devoit assaillir les forts qui estoient <?e Faustre costé de la rivière , es faoxbourgs Saiiict- Laurens ; ce qui fust conclud faire. Or y avoit joignant les murs de la ville , grand nombre de basteaux, èsquels elle fist charger tous les gens d'armes qu'elle vouloit mener , et les fist pas.'ser de l'autre costé de la rivière , et elle avecques eux, et en grande diligence les meist en ordre pour assaillir l'uo desdits forts ; et les feist marcher vers celui qui estoit au bout dudit pont, lequel elle, se confiant en Dieu, le fit assaillir vertueusement; et aussi fut par les ennemis très-bien deffendu ; et dura ledit assaut jusques à environ une heure devant le soleil couchant. La Pucelle voyant la grande résistance que faisoient les ennemis, elle fit signe de retraite à ses gens, et les fit retirer vers les basteaux sur lesquels ils étoient passés. Les Anglois voyant la retraite* des François , saillirent de leur fort pour venir frapper sur les François qui se vouloient retirer , comme dit est. Ce voyant , la Pucelle mist ses gens en ordre pour résister , et leur donna si bon couraige, qu'ils contraignirent les ennemis de reculer el eux retirer en la bastille des Augustins, laquelle elle fist si roidement assaillir, que combien qu'elle fust très forte et bien garnie d'ar^ lillcrie et de gens, toutefois elle la prinst d'assaut; et furent contraints lesdits ennemis s'enfuir eu ladicte bastille qui estoit an bout d^i pont , en laquelle avoit une très forte tour de pierre ; et ce fait , elle ordonna le guet pour la nuit ; et de^
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
inoora elle et sa compaignie aadit lieu des Augustins , et es fauxboorgs d*euviron.
Le lendemain au matin, elle mîst ses gens en ordre et leur disl qn'il estoit temps d'assaillir les ennemis ; et leur promist que sans difficulté, le temps étoit venu que lesdits ennemis dévoient estre vaincus et chassés du royaume de France. Laquelle promesse donna grand courage aux François ; et en ce courage assaillirent ladicte bastille, qui fut très bien deffendue par les ennemis. Nonobstant laquelle deffense les François ne laissèrent l'assaut, mais résistèrent, eux conGants es paroles de ladicte Pucelle , laquelle estoit toujours devant. Et combien qu'elle fust blessée d'un tràict d'arbalestre en une jambe, ou comme aucuns disent en Tespaule , toutefois elle n'en fist semblant, ne se retira dudict assault ; mais donna si bon courage à ses gens , qu'ils se jetteront tous après elle es fossés dudit fort, et avecques eschelles montèrent dessus les murs et entrèrent dedans ; et fut prins d'assaut, auquel furent morts trois capitaines, c'est assavoir les seigneurs de Moulins , Jehan de Pommais ^ et Guillaume Glassidas, principaux gouverneurs du siège de ce costé , et tous les antres prins
. Ladicte prinse faicle , la Pucelle et sa compaignie retournèrent dans la ville par-dessus le pont, ce qu'elle avoit dit le jour de devant , au partir de ladicte ville. Les habitants de la ville, après ladicte victoire, commencèrent à chanter le Te Deum iaudamus , et sonnèrent toutes les cloches des églises , et firent toute la nuit grant joie et grant bruit ; et les ennemis , voyant le danger auquel ils estoient , le lendemain, bien matin, se deslogèrent de l'austre bastille, et s'en allèrent à grand diligence à Meung ; et par ce fut délivrée la ville dudict siège , à la grand honte , perte et confusion desdicts Anglois , au grant honneur et grant gloire du roy et dé ses amis.
Le siège levé, comme dict est, la Pucelle sollicita fort le roy de assembler le plus de gens d'armes qu'il pourroit , afin qu'il penst recouvrer les villes et places que les ennemis tenoient à Tentour dOrléans : par quoi ledict sire manda au duc d'Alençon venir devers lui avec ce qu'il pourroit trouver de gens d'armes ; ce que ledict duc fit à toute diligence ; et lui venu avec grand nombre de seigneure et gens d'armes, lesquels , combien qu'ils n'eussent aucuns gages du roy, toutefois grand partie d'eux vindrent pour voir ladicte Pucelle, que on disoit estre venue de par Dieu, et pour (aire la guerre avec elle contre les enne^ mis.
La compagnie assemblée, Ils marchèrent tout droit à Jargeau, et mirent le siège devant, laquelle ville« dedans huit jours après, par le conseil et industrie de ladicte Pucelle, fut prinse d'assaut ; et furent prins le comte de Suffort, le
seigneur de la Poulie, et son frère tué avec grand nombre d'Auglois.
... Il fut bruit en l'ost des François que le sieur de Tallebot et Jean d'Escalles , accompagnés de cinq mille Anglois , estoient arrivés à Jenville, en Beaolce, qui pour lors estoit en robéiffsance des Anglois ; et fut dict à nos gens que ledict Tallebot et toute sa compaiguée marchoient vers Meung, cuidant que ladicte ville fasl assiégée des François. Ces nouvelles oyes, les capitaines envoyèrent des chevaucheurspour savoir la vérité du cas; lesquels rapportèrent que ledit Tallebot venoit avec une grande compaignie; sur quoi les seingneurs et capitaines prindrent conseil avec ladicte Pucelle, qui fut d'opinion que toute la compaignie devoit marcher à rencontre dudit Tallebot, ce qui fut conclud faire, et furent envoyés gens de notre part pour voir la contenance des ennemis, par lesquels les nostres forent adverlis que lesdits ennemis marchoient en bonne ordonnance, pourquoi fut advisé mettre notre armée en ordre. £t ce faict, l'avant-garde alla loger en un village nommé Patay, auquel lien avoit une forte tour en l'église ; et furent envoyés les sieurs de Beaumanoir, messire Ambroise de Lore, La Hire et Pothon, avec quelque nombre de gens d'armes pour les chevaucher; et le duc d'Alençon et le conneslable, le comte de Vendosme, le bastard d'Orléans et Jehanne la Pucelle, marchoient après les Anglois qui marchoient en bon ordre. Quant ils apperceurent les François, et veirent leur contenance, ils tournèrent leur chemin vers un bois I qui estoit prochain, pour trouver place convenable pour combattre ; et quand ceux qui les chevauchoient virent qu'ils vouloient gaigner ledit bols, ils frappèrent sur eux si rudement, qu'ils mirent en désordre et en fuite tous ceux à cheval desdits ennemis. Les gens de pied voyant la fuite de leurs gens de cheval, se retirèrent audit bois, et en an petit villaige qui estoit joignant, pour eux sauver; mais le doc d'Alençon et sa compaignie se hastèrent, et vinrent frapper sur eux et les défirent; et là furent occis trois mille hommes et plus de la part desdits Anglois, et plusieurs capitaines prins, entre lesquels estoit Tallebot. Après laquelle défaite ladicte ville de Jenville et plusieurs autres places voisines se rendirent en l'obéissance du roi.
Les victoires dessus dites, et lesdites villes et places prinses, par le conseil et industrie de ladicte Pucelle, comme dit est, elle s'en alla devers le roy et lui dit : uTrès^her sire, vous voyex comme » à l'aide de Dieu et de vos bons serviteurs, vos » affaires ont été bien conduites jusques ici, dont 9 lui en devez bien rendre grâce : or faut roain- » tenant que vous vous prépariez pour faire votre » voyage à Rains, pour vous estre oing et sacré, » ainsi que par ci-devant ont esté vos prédéoes- » seors roys de France, car le temps en est venu, » et platt à Dieu qu'ainsi soit lait. Laquelle chose » sera grand avantage pour vous : car après votre » consécration voslre nom sera en plus grand
POUfi S£fiVl£ 1 L HISTOIRE DE iEANiNE D AUC.
» véoéraliôn et hoonear envers le peuple de » France ; et en auront les ennemis plus grand » crainte et formidation. N'ayes point de peur M pour ce que vos ennemis tiennent les villes, » chasteaux et places du pays de Champagne, par » lequel il vous faut passer : car à Taide de Dieu, p et de vos bons capitaines et gens d'armes, nous » vous ferons voir en manière que vous passerez » seurement. Assemblez vos gens d'armes, afin » que nous exécutions le vouloir de Dieu.» Après lesquelles paroles, combien que cette entreprinse semblast être difficile au roy et à toute sa compagnie, pour ce que , comme dit est, le pays de Champagne estoit tout entièrement occupé et possédé par les Anglois, toutefois la confiance qu'ils avoient en ladicle Pucelle leur donna grande espérance de parvenir à ce qu'elle avoit dit, tant pour ce qu'elle estoit venue à chef de toutes ses entreprises, que pour la sainte et honneste vie qu'elle menoit. Ils voyoîent qu'elle se confessoit très-souvent, et recevoit le corps de notre Seigneur toutes les sepmaines; et d'autre part, ils ne loi voyoient faire aucune œuvre de femme. Après les remonstrances faîtes par ladicte Pucelle, ainsi qoe dit est, le roy s'en alla à Gien-sur-Loire, et manda ceux qui lui pourroient aider en son voyage. Aaqoel lieu s'assemblèrent bon nombre de gens pour raccompagner à aller à Reims. Et incontinent les choses préparées, il ordonna qu'aucuns capitaines, avec les gens d'armes, marcheroient devant avec la Pucelle, pour voir si les ennemis feroient quelque entreprinse pour lui venir à l'en^ contre; ce qui fut fait. Et prindrenl lesdits capitaines et leurs compagnies, le chemin toutdroict i Anxenre, lesquels le roy et sa compagnie suivit. Qnaod ceux de la ville d'Auxerre sceurent la venue dudit seigneur, ils firent tant, par le moyen d'aucuns qui estoient près de lui, que loi ne encan de sa com|>agoie n'entrèrent dedans ladicte ville, mais saillirent et baillèrent des vivres aux gens d'armes en les payant. Le roy passa outre et s'en alla à Saint-Florentin, où il fut reçu bénignement; et lui firent les habitants le serment de fidélik'i Cela fait, toute la compagnie partit dndil lien, et s'en alla à Troyes, laquelle ils assiégèrent; et après que le roy et ses gens eurent demouré six jours devant, les vivres faillirent en l'ost, et n'en ponvoit on recouvrer. Pourquoi ils se trouvèreot en si grande nécessité de vivres, que la phis grande partie des gens d'armes n'avoieot à manger qoe des febves et des espies de blé. Le roy voyant la famine qui estoit en son ost, assembla les seigneurs et capitaines, sans y assembler la Pucelle, pour savoir qu'il devoit faire. Tous lesquels furent d'opinion qu'il s'en devoit retourœret remener son ost, tant pour ce qu'il n'avoit point de vivres que pour ce que ledit seigneur n avoit que très^peo d'argent pour soudoyer ses gens. El de tous ceux qui furent appelés à ce conseil, il n'y en eut pas un qui ne fust de cet advis, fors un nommé Robert Machon, qui dist que Topinion de ceux qui en avoient parlé lui scmbloil assez
bonne, mais qu'il voudroit bien ouyr parier la Pucelle, qui avoit esté cause de ceste entreprinse. Laquelle le roy fit présentement venir et lui remonslrer la nécessité de vivres qui estoit en son ost, et qu'on n'en poovoit recouvrer, la nécessité en quoi estoient ses gens, et mesme la force de la ville, et lui pria qu'elle le conseillast ce qu'il avoit à faire. A quoi elle respondit : a Sire, si je vous » dis chose que je sçai de certain, le croirez- » vous? » Et pour ce que le seigneur ne lui respondit pas promptement, elle lui denuinda encore une autre fois. Aquoi respondit le roy : a Jehanne, » si vous me dites choses qui me soient profita- » blés, je vous croirai volontiers. — Et je vous » assure, disoit-elle. Sire, que devant qu'il soit n deux jours, ceux de Troyes se rendront à vous » et rendront la ville. » Lesquelles paroles ouyes, le roy fut conseillé attendre encore deux jours, et commanda que homme du monde ne partist du siège. Et incontinent après ledit commandement, ladicte Pucelle print ses armes et monta à cheval, et fit crier partout l'ost que tous les gens d'arnaes et autres apportassent eschelles, fagots, bourrées et autres choses nécessaires pour assaillir ladicte ville ; et fil le tout mettre dedans les fossés, et dresser lesdicles eschelles le long de la muraille. Laquelle chose voyant ceux de la ville, incontinent envoyèrent leur évesque et aucun nombre des citoyens et gens d'armes qui estoient dedans, devers le roy, auquel ils offrirent rendre ladicte ville, s'il vouloit promettre que les Anglois qui estoient dedans s'en allassent leurs bagues sauves; ce que le roy leur accorda. Et fut appointé que le lendemain au matin ils entreroient dans ladicte ville.
Le lendemain matin les Anglois partirent de la ville, avecq leurs bagnes sauves, avecq lesquels ils emmeuoient des François, qu'ils tenoient prisonniers; laquelle chose la Pucelle ne voulus! soufTrir et les leur esta. Mais pource que les Anglois se plaignirent qu'on leur faisoit tort, et que c*es(oit contre l.R composition qui avoit esté faicte^ fust appointé que lesdits prisonniers demeureroient, mais que le roy payeroit quelque somme d'argent pour leur rançon.
Deux jours après son arrivée a Reims, il fut oingt et sacré par monseigneur RegnauU de Chartres, archevesque de Reims, la Pucelle présente, tenant l'estendart du roy en ses mains, laquelle, très-joyeuse de ce qu'à son exhortation, par son conseil et diligence, avoil emmené oindre et sacrer ledit seigneur, lequel admonesloil de rendre grâce à Dieu du bien et bonheur ^u'il avoit receo en sa coronatiou, et des belles victoires qu'il lui avoil données.
La solennité dessus dicte parfaite, et le serment de fidélité faict par les habitants dudit lieu, le roy, par le conseil de ladicte Pucelle, se deslogea, cl prit son chemin à Velly, auquel il fust bien volontiers reccu et obéi, et pareillement è
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
SoissoDs ; et delà s'en alla par le pays de Brie, où il recouvra aacones places qai esloient es maîDs de ses eDoemis; et east toujours bonne issue de toutes les entreprises qu'il fît par le codseil de la Pocelle.
Et combien qu'on ne sauroil assez manifester et célébrer les faits, toutefois n'a esté ne est mon intention de les réciter au long, ne par le menu, mais veux seulement escrire comment elle fut prinse devant Gompiègne, et depuis menée à Rouen ; auquel lieu, à la grande poursuite des Anglois, ses ennemis mortels, son procès fut faict, par lequel elle fut faulcement et iniquement condamnée à estre bruslée, ainsi qu'il a été trouvé depuis par le procès de son absolution, par lequel elle a esté déclarée innocente de tous les cas desquels elle estoit accusée, nonobstant la détermination falcle par messieurs de l'Université de Paris, lesquels par flatterie, et pour complaire au roy d'Angleterre, la déclarèrent hérétique, contre Topinion de deffunct nostre maistre Jean Gerson, chancelier de Nostre-Dame de Paris, si savant et ai sage, comme ses œuvres le montrent et en font le Jugement.
Et pour retourner à mon propos, à parler de ladicte Pucelle, de laquelle la renommée crolssoit tous les Jours^ pour ce que les affaires du royaume venoient toutes à bonne fin, et ne faiiloit ledit seigneur de venir à chef de toutes les entreprises qu'il faisait par le conseil de ladicle Pocelle, et aussi elle avoit l'honneur et la grâce de tout ce qui se faisoit. Et dont aucuns seigneurs et capitaines, ainsi que je trouve par escript, concourent grand haine et envie contre elle; qui est chose vraisemblable et assez facile à croire, attendu ce qui advint assez tost après ; car elle estant à Laigny-sur-Marne, fust advertie que le duc de Bourgoingne et grand nombre d'Anglois avoient mis le siège devant la ville de Gompiègne, qui avoit, n'a pas long-temps, esté rédoicte en l'obéissance du roy, se partist avecques quelque nombre de gens d'armes qu'elle avoit avecques elle, pour aller secourir les assiégés dudil lieu de Gompiègne ; la venue de laquelle donna grand cooraige à ceux de ladicte ville.
Un jour ou deux après sa venue, fut faicte une entreprise par aucun de ceux qui estoient dedans défaire une saillie sur les ennemis. Et combien qu'elle ne fost d'opinion de faire ladicte saillie, ainsi que j'ai veu en quelques croniqoes, toutefois, afin qu'elle ne fust notée de laschelé, elle voulut bien aller en la compaignie, dont il lui print mal ; car , ainsi que elle se combat toit vertueusement contre les ennemis , quelqu'un des François fit signe de ref raicte ; par quoi chacun se basta de soi retirer. Et elle, qui vouloit soustenir l'effort des ennemis, cependant que nos gens se retiroient , quand elle vint à la barrière , elle trouva si grande presse qu'elle ne pnst entrer dedans de ladicte barrière; et là fust prinse par les gens de monseigneur Jehan de Luxembourg,
qui estoit audit siège , avec mondit seigneur le dac de Bourgogne. Aucuns veulent dire que quelqo^un des François fust cause de Tempeschement qu'elle ne se peust retirer ; qui est chose facile à croire, car on ne trouve point qu'il y eust aucuns François, au moins homme de nom, prins ne blecé eo ladicte barrière. Je ne veux pas dire qu'il soit vrai ; mais, quoi qu'il en soit, ce fust grand dommaige pour le roy et le royaume , ainsi qa'on peust juger par les grandes victoires et conqaestes qui furent en si peu de temps qu'elle fus! arecques le roy.
Ladicte Pocelle prinse par les gens dadiet Luxembourg, en la manière que dit est, iceloi de Luxembourg la feist mener au chasteao de Beanvois, auquel lieu la fist garder bien soigneusement de jour et de nuict, pource qu'il doubtoit qu'elle échapast par art magique ou par qnelqa'aotre manière subtile. Après ladicte prinse, le roy d'Angleterre et son conseil, craignants que ladicte Pocelle eschapast en payant rançon ou autrement, fist toute diligence de la recouvrer; et à ceste fin envoya plusieurs fois vers ledict duc de Bourgoingne et ledit Jean de Luxembourg; à quoi icelloi de Luxembourg ne vouloit enleodre, et ne la doubtoit bailler à nulle fin; dont ledict roy d'Angleterre estoit mal content. Pourquoi assembla son conseil par plusieurs fois, poor adviser qu'il pourroit faire pour la recouvrer; c( en la fin fust conseillé mander l'evesque de Beaovois, auquel il fist remonsirer que ladicte Pncelte usoit d'art magique et diabolique , et qu'elle estoit hérectique ; qu'elle avoit été prinse en son diocèse, et qu'elle y estoit prisonnière; que c'estoit à lui à en avoir connoissance et à en faire la jo»tice , et qu'il devoit signer et admonester ledict duc de Bourgoingne, et ledict de Luxemboorgi de lui rendre ladicte Pucelle , pour faire son procè», ainsi qu'il est ordonné par dispositioo de droit aux prélats, faire le procès contre les h^ rétiques , en loi offrant payer telle somme rai' sonnablo qu'il sera trouvé qu'elle devra payer pour sa rançon. Laquelle chose, après plusieurs remonstrances, ledict évesque accorda Hire par conseil, s'il trouvoit qu'il le deust et peust flaire: et pour se conseiller à messieurs de 1 Université de Paris, qui furent *d'opinion qu'il le poovolt et devoit faire ; et pour complaire au roy d'Angleterre , accordèrent audict évesque quHs écriroient de par l'Université de Paris à monseigneur Jeban de Luxembourg, qui tenoit la Pucelle prisonnière , qu'il la devoit rendre pour faire son procès, et que s'il faisoit autrement, il ne se moostreroit pas bon catholique; et plusieurs autres remonstrances contenues èsdifcs lettres. Quand ledict évesque eust oui le conseil et l'offre de ladicte Université, il accorda faire ladicte sommation, qui fust mise par escript.
PÛUll SKBVIB A L'UISTOIBS DB JBANNE 1> ABC.
IlillOimBS DB JBAN LBFÉYBB, DIT TOISON D'OB , 8BI€1IXIIB DB 8ÂI1IT-BBIIT, DB LA YAQCBBIB , D'ATBSNBS BT DB MOBIBNI»; PBBMIBB BOI D'AB- MES DB LA TOISON D'OB , BT CHANCBLIBB DB PHIUPPB, DCC DB B0DB60GNB.
On a de lui , entre antres oavrages , deux tolames de mémoires sur les principaux évéuements de son temps, de 1407 à 1460. Il fut employé activement dans les aflfaîres. Serviteur du duc de Bourgogne, ainsi que Monstrelet, Il se tait comme ce dernier sur le procès de la Pucelle. Il mourut en 1468.
Les mémoires de Jean Lefèvre ont un intérêt particulier en ce qu'ils font connaître d'une ma* nière assez exacte les sentiments des Anglois au sujet de la Pucelle, ce que ne font pas les antres chroniqueurs moins bien informés que lui à cet égard. 11 n'est pas aussi bien instruit de ce qui est personnel à Jeanne d'Arc ; il intervertit même d^une manière assez étrange Tordre des faits qui la concernent ; car il place la levée du siège d'Orléans avant la présentation de la Pucelle à Charles VIL H donne des renseignements précieux sur les dispositions stratégiques du duc de Bourgogne au siège de Gompiègne.
Extrait des mémairei de saint Remy.
Chap. cli. — Or, convient-il parler de une adventore qui advint en France, la nonpareille que comme je crois y advint oncques. Vrai est qu'en un villalge sur les marches de Lorraine , avoit un homme et une femme , mariés ensemble , qui eurent plusieurs enfants entre lesquels eurent une fille qui, de l'âge de sept à huict ans, fut mise à garder les brebis aux champs, et long temps fit ce mestier. Or est vray qu'elle peut dire, du temps qu'elle avoit ou pou voit avoir dix-huit ou vingt ans , qu'elle avoit souvent révélation de Dieu , et que devers elle venojt la glorieuse vierge Marie, accompaignée de plusieurs anges , saincts, sainctes , entre lesquels elle nommolt madame saincte Katherine et David le prophète, à tout sa harpe, laquelle il sonnoit mélodieusement ; et enfin elle disoit que entre les autres choses elle eut révélation de Dieu, par la bouche de la Vierge Marie, qu'elle se mist sus en armes, et que par elle, Charles, Daulphin de Vienne, seroit remis en sa terre et seigneurie , et qu'elle le meneroit sacrer et couronner à Reims. Icelles nouvelles advinrent à un gentil-homme de la Marche , lequel la arma et monta , et la mena au siège d'Orléans , allencontre des Anglois qui tenoient le siège.
Si flst assembler le bastard d'Orléans et aultres plusieurs capitaines, auxquels il conta ce que Icelle fille, nommée Jehanne la Pucelle, disoit. El de faict fut interrogiée <le plusieurs sages et vaillants hommes , lesquels se boutèrent en
foi de la croire, et adjoutèrent en icelle si grand foi , qu'ils abandonnèrent et mirent leurs corps en toute adventure avec elle. £t est vray que un jour elle leur dit qu'elle vouloit combaltre les Anglois ; et assembla ses gens , et se print de assaillir les Anglois par la plus forte Imstille qu'ils tenolent , que gardoit un chevalier d'Angleterre nommé Cassedag. Icelle bastille fut , par ladicte Pucelle et les vaillants hommes, assaillie et prinse de bel assault , et là feut Cassedag mort , qui sembla chose miraculeuse, veue la force de la bastille elles gens qui la gardolent.
Le bruit courut par l'ost des Anglois de la prinse de ladicte bastille ; et finablement , quand ils ouyrent dire que ladicte Pucelle avoit faict cette emprinse , Ils en furent moult épouvantés ; et disoient entre eulx qu'ils avolent une prophétie qui contenoit que une Pucelle les devoit débouter hors de France, et de tous points les deffaire. Si levèrent leur siège et se retrayrent en aucunes places de leur obéissance, environ ladicte ville d'Orléans.
Cbap. glu. — Vous avez ouy comment Jheanne la Pucelle fut tellement en bruit entre les gens de guerre , que réalement ils créoient que c'estoit une femme envoyée de par Dieu, par laquelle les Anglois seroient rebootez hors du royaume. Icelle Pucelle fut menée vers le Daulphin qui volontiers la veit , et qui , comme les aultres, ajousta en elle grand foi, et feist ung grant mandement où furent grant nombre des princes de son sang : c'est assavoir les ducs de Bourbon, d'Alençon et de Bar, Artus, connestable de France , les comtes d'Erminacq ( Armagnac ), de Patriac et de Venosme, le 'seigneur de Labret (Albret, ) le bastard d'Orléans, le seigneur de la Trimoulle, et plusieurs grans seigneurs de France et d'Escoche. Et fut moult grande la puissance du Daulphin, à tout laquelle s'en tira droit à Troyes en Cham^talgne , et lui feut promptement la ville rendue , et loi firent obéissance ; aussi firent ceux de Chaslons et de Reims. En laquelle ville de Reims 11 M sacré , oingt et couronné roy de France
Quand le roi eolt séjourné àCompiengne
il prit son chemin avec foute sa puissance pour venir droit à Paris ; car la Pucelle loi avoit promis de le mettre dedans , et que de ce ne se debvoit poinct doubler. Toutefois, elle y faillit comme vous orrez. Au partir de Compiengne , le roy tira droict à Sentis , laquelle ville lui fit obéissance , puis à Saint Denis, et entra dedans. Et après fnt ordonné par les remonstrances que la Pucelle falsoit, que la ville de Paris fust assaillie. Quand ce vint au tour de l'assaut, la Pucelle, armée et habillée , avec son estendart , fut de» premiers assaillants , et alla si près qu*e11e fut navrée du traicf . Mais les Anglois deifendirent sr bien la ville que les Franchois n'y purent riei» faire, et se retrayrent eif la ville de Sainct-Denis..
CiHP. cLviii Au mois de may ensoi«-
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
Q'ozoil parler poar celte heure contre ledit sire de la Trimo&iile, combieu que chacun voyoit olairemeot que la faute venoit de lui.
L'assemblée susdite se fit à Gien sur Loire, auquel lieu fut fait un payement aux gens d'armes, tel qu'il ne montoit pas à plus de deux à trois francs pour homme d*armes. De ce lieu partit icelle Jeanne la Pucelle , avec plusieurs capitaines et gens en sa compagnée , et s*en alla loger environ quatre lieues au delà dudit Gien , en tirant le chemin de Rheims , vers Sancerre : le Roy partit le lendemain ensuivant , en tirant la roesme part; ce jour il assembla tout Tost ensemble, où y avoit plusieurs femmes desbauchées, qui empeschoient aucuns gens d'armes de faire diligence au service du roy ; quoy voyant icelle Jeanne, après le cry fait, que chacun allast avant , elle tira son espée et en battit deux ou trois tant qu'elle rompit sa diste espée ; dont le roy fut bien desplaisant , Juy disant qu'elle devoit avoir pris un baston et frapper dessus, sans abandonner ainsi icelle espée, qui lui estoit veniie divinement , comme elle disoit.
Jacques Mbtbr , hisiwrien flamand ; auteur des Ânnaleê de Flandre. ( Né en 1491 ; mort
en 1552. )
Cet auteur n'a jamais manqué l'occasion de montrer qu'il n'aimait pas les François ; cependant il est un de ceux qui ont parlé le plus avantageusement de la Pucelle. Il avait tiré d'un écrivain contemporain , mais anonyme , les faits qu'il rapporte et que nous donnons ici.
« Le roi Charles étoit à Chinon lorsqu'une jeune fille âgée d'environs dix-huit ans loi fut présentée. Le soin qu'elle avoit eu de conserver sa virginité lui fit donner le nom de Pucelle. Elle étoit née de parents pauvres : ce qui ne l'empêcha pas de dire qu'elle étoit inspirée de Dieu pour faire lever le siège d'Orléans , et conduire le roi à Reims pour y être sacré. Ce discours ne lut attira que des moqueries , et la fit traiter de folle. Cependant sa conduite, qui fut examinée de près, se trouva sage et prudente : enfin elle exécuta ce qu'elle avoit promis.
)» Qui ne voit ici la main de Dieu ? et qui peut douter que ce qu'elle a fait ne soit nne preuve de la bonté divine ? La colère du Seigneur n'est pas éternelle : elle se laissa fléchir par le regret qu'eut le Roi de tous les désordres de sa vie passée. Il demandoit avec prières et avec larmes que Dieu voulût bien oublier ses fautes. Toutes les églises do France étoient de même en prières, et Ton ne saiiroit se dispenser de croire que la Divinité exauça les âmes pieuses qui éloient dans le royaume. La France se trouvoit suffisamment punie par l'incroyable désolation qui anéantissoit toutes les provinces. Ainsi Dieu, qui vouloit montrer que la victoire vient de lui seul, employa un sexe fragile, une simple femme, pour dompter l'orgueil des deux nations françoise et angloise. La venue de Jeanne fut le terme fatal qui arrêta
les victoires des Anglois : elle mît fin à leon prospérités en France. Avant sa venue, personne ne pouvoit leur résister : tout étoit victoire pour eux. Mais quelle révolution n'éprooverentils pas depuis ce moment? Leurs forces, iean victoires, leur fortune, tout fut mis à neaot: preuve certaine que la Divinité donna pour mon* trer que ceux-là seuls sont forts et heureux, qui ont le ciel pour eux ; au lieu que les autres deviennent foibles et sans vigueur.
» Il y avoit déjà long-temps que les habitai» d'Orléans périssoient de faim et de misère. Privés de tous secours humains, Dieu fit en leur faveor ce que l'homme ne pouvoit exécuter. Une fiUe nommée Jeanne parut, non que les hommes l'eussent choisie, ni qu'ils l'eussent fait venu* : Dieu seul l'envoya, et le Roi la mit à la tète des troapes françoises ; malgré les ennemis, elle fit entrer un grand convoi dans la ville assiégée. Ao»* sitôt elle fait une sortie, dans laquelle elle emporte, brûle et détruit toutes les forteresses qoe les ennemis avoient élevées autour de la ville. Ils sont obligés de fuir : elle les suit à Jargeao, Meun, Beaugency, Jen ville, et les bat à Palay en Beauce. De là elle se rend à Auxerre, Saiot- Florentin, Troyes, Châions ; tout se soumet an Roi. Enfin elle introduit Charles dans Rheims, oà il est sacré. Elle avoit sous elle, pour lieutenans généraux, les ducs de Bourbon et d'AleoçoD, princes du sang ; le connétable Artos de Bretagne, Jean comte de Dunois ; et pour le dire en un mot, le roi Charles lui-même. Depuis sa venue, un seul François faisoit fuir mille Anglois. et dix mille de ces derniers n'osoient tenir contre deux François. Le nom seul de cette fille fnspiroit la terreur aux ennemis, et plusieurs ooi assuré avec serment qu'à la vue de la Poeelle ou de son étendard, le courage et la force leur maoquoient. Cependant elle n'eut pas sur les Boorguignons le même avantage que sur les Anglois. Enfin elle eut le malheur d'être prise à Conn piegne par la méchanceté de Guillaume de Flavi, gouverneur de la ville, qui la vendit aux ennemis. Dès-lors elle-même prédit sa mort.
» Le 30 mai, veille de la fête du Saint-Sacrement, Jeanne la Pucelle fut brûlée au vienx marché do Rouen, sans aucune cause légitime, uniquement par la haine que lui portoient les Anglois. Pierre Cauchon, évéque de Beaovais, qui étoit Anglois, pour plaire au duc de Bedford, régent on France, eut la cruauté de condamner cette fille à la mort, quoiqu'elle fût inaoeente. De quoi ne sont point capables ces sortes d'évèques, ou plutét ces simulacres de l'épiscopat ? On fut assez injuste pour refuser dans une pareille procédure un conseil à cette fille. Et qnoiqu'elle fût simple et sans aucune connoissance, l'évêque et ses adhérons, qui tous étoient ses propres ennemis et ses juges, la fatigooieot par des interrogatoires captieux sur la foi cathoUqoc, pour la surprendre en quelque réponse équivoque dont ils pussent tirer avantage à son préjtt-
POUR SEBVIB À L'niSTÛIfiK DE JEANNE D*ABC.
dice. Mais ee fut envaia ; elle répondit ayec beaucoup de sagesse, et d'uoe manière très-or* thodoxe. Quoiqu'ils publiassent de tous côtés qu'elle étoit sorcière et magicienne, ils ne purent cependant jamais prouver aucun fait de magie et de sortilège. Tout le crime qu'ils lui objectèrent fut rbabit militaire qu'elle portoit; sur qaoi néanmoins elle se justiGa très-bien, en assurant qu'elle ne s'en servoit que quand elle étoit à la lète des troupes. Aucun des assesseurs de révêque n'osoit aller contre la volonté des Anglois, qui répandoient dans le public une infinité de calomnies sur cette fille. Il y a des auteurs qui assurent que la jalousie des officiers fut la seule cause qui la fil livrer aux Anglois, parce qae toute la gloire des opérations militaires retofflboit sur elle. C'est ainsi donc que périt celte femme qui avoit soutenu la France. Les Anglois firent jeter ses cendres dans la rivière : mais quoiqu'ils fissent, jamais depuis ce temps-là ils ne purent remporter aucune victoire importante SOT les François, n
Hbctob Bobthius, historioffraphe (V Ecosse.
Cet écrivaîo était Ecossais, homme de savoir et de mérite. Il parle de la Pucelle au liv. 16 de son Histoire d'Ecosse, mais sans rien déterminer à «m sujet. Il rapporte seulement ce qui s'en disait de son temps, c'est-à-dire à la fin du XV* siècle : et la voix publique dont il rend un témoignage désintéressé, noas suffit pour juger favorablement de cette fille.
oC*étoil fait do nom françois, sans une fille nommée Jeanne, qui avoil quitté les habits du sexe pour prendre ceux des hommes, et qui s'éloit exercée au maniement des armes. Elle releva le coarage entièrement abattu du roi Charles VII. Je ne trouve pas qu'il y ail de l'inconvénient à croire que ses opérations venoient de Dieu même. Le roi Cbaries se trouvoit donc privé de tous secours humains, lorsque cette fille le conduisit en Champagne pour se rendre à Rheims. Alors toutes les Tilles, les forteresses et les chàteanx de cette province abandonnèrent le parti anglois auquel ils éloient soumis^ pour embrasser celui de Charles, qui fut même reçu à Rheims avec joie, et où onriostalla roi, selon les cérémonies ordinaires.' De là, sons la conduite de Jeanne, ce prince parcourut et reprit sur les Anglois quelques autres provinces, qui se soumirent avec plaisir.
» Depuis ce temps-là tout prospéra en faveur du roi Charles : mais Jeanne ayant fait une sortie à Compiegne, qui étoit assiégée par les troupes du duc de Bourgogne , ne put rentrer dans la ville, et fat prise par Jean de Luxembourg, dé voué au parti bourguignon. II ne tarda guère à la vendre aux Anglois. Ces derniers la transportèrent à Rouen , où ils l'accusèrent d'avoir violé les lois de l'huma- ^^ , en prenant , avec les armes , les habits qui necotivenoient qu'aux hommes ; et ils aggravèrent celle aeeos&tîon , peu considérable en elle-même,
par celle de la magie : art pernicieux et entièrement défendu. Et quoiqu'elle s'en justifiât publiquement , ils ne laissèrent pas de la brûler .n
PoLTDOBB ViBGiLB, Italien, et historiographe
d'Angleterre.
Cet auteur , qui nous a donné plusieurs ouvrages de littérature , était un célèbre Italien que l'on manda en Angleterre au commencement du XVI* siècle, pour écrire l'histoire de cette nation qui manquait alors d'écrivains habiles. Ainsi on doit le regarder comme Anglais , puisqu'il résidait en Angleterre , et qu'il recevait une pension de la nation britannique. Son témoignage ne saurait donc être regardé comme indifférent, de quelque manière qu'on l'envisage.
« Dans le temps que les Orléanois demandoient à capituler, Cbaries rassembloit des troupes de toutes parts , et cherchoil , par ses promesses , à retirer les seigneurs françois de leurs engagemens avec les Anglois. Il prenoit d'ailleurs les moyens de faire préparer un convoi de vivres , dont les assiégés avoient un extrême besoin. Ce fut dans cette conjoncture qu'on lui présenta une fille d'environ vingt ans , à la quelle on donna le nom de Pucelle , parce qu'elle avoit toujours conservé sa virginité. Elle avoit quelques singularités dans l'esprit, et on la regardoit comme une espèce de prophétesse. Quoique Charles se fût déguisé, elle ne laissa pas de l'aller démêler dans la troupe de ses courtisans , et lui dit : f Prenez courage, grand » Roi , chassez toute crainte ; comptez que vous » resterez victorieux, et qu'avec mon secours » vous rendrez à tous vos Etats leur ancienne » liberté , pourvu que vous ne pensiez pas qu'il » soit indigne de Votre Majesté d'employer le mi- » nistere d'une femme. » Charles, dont les afTaires éloient dans la plus triste situation , ne s'éloit réservé que la crainte. Cependant le discours de cette fille ne laissa pas de lui donner une lueur d'espérance : il crut même apercevoir en elle quelque chose de surnaturel, sur ce qu'elle l'avoit connu et salué comme roi , quoiqu'il se fût déguisé. Mais un autre fait particulier le confirma dans celte idée. Cette fille demanda que l'on fist chercher une épée qui, selon Finspiration qu'elle disoit avoir , étoit dans l'église de Sainte-Catherine de Fierbois, en Touraine. Charles, étonné de ce discours, fait chercher cette épée, qui fut apportée et remise à la Pucelle. Alors ce prince , moins par confiance aux promesses de cette fille que pour éprouver ce qu'elle poorroit faire , la met à la tète d'une troupe , pour faire entrer on convoi de vivres dont les habllans d*Orléans avoient un extrême besoin. Elle se met à la tête des soldats, et marche vers cette ville. Soit donc qu'elle eût trompé la vigilance des assiégeans , soit par le secours de la Divinité et malgré les efforts des ennemis , elle entre de nuit à Orléans et y introduit un convoi de vivres , sans perdre on seul homme. Les Anglois, qui savoient la néces-
INDICATIO.X ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
silé OÙ étoient les assiégés, qai ne pouyoîent plas supporter long-temps les fatigues da siège, n'allaquoient la ville que très~roibleRient , et faisoient leurs gardes avec beaucoup de négligence; mais dès qu'ils surent que la Pucelle y avoit jeté des vivres , ils furent irrités de voir qu'une femme aussi méprisable , chargée des opérations militaires, avoit trompé leur diligence. Ils reprirent très-vivement leurs attaques; ils exhortent et officiers et soldats à ne pas laisser échapper ce fruit de leur victoire , et promettent même des récompenses à ceux qui mooteroient les premiers à Tassaut. Aussitôt le soldat s'empresse: de tous côtés on tire le canon ; et pour écarter les assiégés de l'endroit d'attaque, on les accable d'une grêle continuelle de traits. Les habitans , surpris de cette vivacité , ne perdirent pas cependant courage; et le bâtard d'Orléans (qui commandoit dans la place assiégée ) fit savoir au Roi , par ses émissaires, le grand besoin de vivres où ils étoient, et que les choses se trouvoient dans une telle situation qu'ils seroient obligés dans peu de se rendre , et qu'il n'y avoit que sa diligence et son courage qui pussent éloigner ce fâcheux acccident. 11 n'en fallut pas davantage au roi Charles pour faire partir au plus tôt un deuxième convoi. Cette nouvelle troupe avance vers Orléans , et â une lieue de la ville ils en avertissent la Pucelle, qui étoit dans la place ; et la prient de venir le lendemain au devant d'eux avec un détachement , pour les introduire dans la ville. Les Anglois ne s*y opposèrent pas, et crurent que plus il y auroit de monde dans une ville qui manqooit de vivres, plus tôt ils en seroient maîtres. Le lendemain les troupes assiégées font une sortie , et attaquent le fort le plus proche de la ville, où il y eut un grand carnage de part et d'autre. Ce fort est emporté, les François le détruisent, y mettent le feu, et vont à un autre plus important et en meilleur état, muni même d'une plus grosse garnison. Le combat y fut plus vif; les François, dont le nombre étoit supérieur aux Anglois de ce fort, l'investissent de toutes parts, et l'attaquent avec beaucoup de vigueur. Les Anglois sentirent bien que ce fort auquel on avoit déjà fait uoe brèche , étoit difficile à défendre. Le sire de Talbot commandoit dans le fort voisin , mais il n'osoit en sortir pour secourir sa nation, dans la crainte qu'en son absence les François ne s'en rendissent maîtres. Les Anglois chassés de ce deuxième fort , forment un bataillon , et se retirent en bon ordre dans le troisième , où commandoit Talbot. Ce général fit aussitôt une sortie sur les François, auxquels il imprime de la terreur, et ranime le courage des siens; et les François, pour se remettre, rentrent dans la ville. Les Anglois firent moins de carnage , parce que le fort qu'ils défendoient n'étoit pas hors d'insulte, et que les François y avoient déjà fait brèche. Peu après, Talbot assemble le conseil de guerre , et fait connoilre que l'on devoit abandonner entièrement le siège de cette ville, qui se défendoit comme si elle élojl
soutenue par une force divine, ou que du moitt il falloitle mettre à un temps plus convenable: et qu'ayant passé inutilement Thiver devant celle place, il valoit mieux se porter à des opérattoDs plus utiles. On eut peine à goûter cet avis, mais il devenoit nécessaire. On prit donc le parti de w retirer, et Ton marcha vers Mehun. La retraite des Anglois causa une joie générale à Orléans, et tous les habitans se félicitèrent du grand péril dont ils étoient échappés. Sensibles à cette giîee qu'ils recevoient de Dieu même, ils lui en rendirent des actions de grâces pendant plusieurs jours.
» Nous voyons par là que, pour trop demander, on n'obtient quelquefois rien. Les Anglois, jusqu'alors victorieux , crurent qu'il étoit de la dignité du roi Henri VI d'Angleterre de ne pas souffrir qu'Orléans se rendit â d'autres qu'à eax seuls. Les habitans avoient offert cependant de se rendre au duc de Bourgogne : ce qui fut rejeté ; et par là Ils perdirent une conquête qu'ils ne croyoient pas qui pût leur échapper. Mais loin de se rendre maîtres d'Orléans , la nécessité les obligea de porter leurs armes ailleurs, elles François victorieux se saisirent des autres places des environs. Jeanne ayant été prise en une sortie qu'elle fit à Compiègne , fut conduite à Rooeo, où son procès lai fut fait ; et la sentence que l'on rendit contre elle a paru l'une des plus cnelles qu'il y ait jamais eu , sans qu'on ait pu parvenir à en adoucir la rigueur et la dureté. Il est sèr qu'une femme qui défendoit sa patrie avec on courage martial méritoit beaucoup d'égards, su^ tout y ayant des exemples qui dévoient servir de modèle. Tel (ai en particulier celui de Porseona, roi d'Etrurie ( ou de Toscane ) , qui récompensa le courage de Clélie , cette illustre Romaine qoi avoit engagé ses compagnes à franchir le Tibre a la nage pour se retirer à Rome, quoiqu'on les eût données en otages au rot de Toscane , poor sûreté de la parole des Romains.»
PoNTUs Hecteevs, prévôt d'Amheimen Quelirt,
Cet historien, qui vivait au XVI- siècle, éUH attaché aux derniers ducs de Bourgogne dont il a donné une histoire particulière. Son zèle pour cette maison ne l'empêche par de dire la vérité; il cite fidèlement les écrivains originaux. H écrivait plus de 150 ans après la mort de la Pocelle, mais il a soin de nous avertir qu'il ne parle que d'après un témoin oculaire, George Ch&telaiDi écrivain qui avait vu Jeanne d'Arc, qui connais sait toute sa conduite , et l'avait expliquée dans une Vie de Philippe-le-Bon, restée manuscrite dans le Pays-Bas.
(f Jusqu'au siège d'Orléans, la fortune avoit favorisé les Anglois : mais cette entreprise mit fin à leurs victoires et à leurs triomphes. Us s®/*' rent contraints de céder aux François les vill<^ qui de tout temps avoient appartenu à la n^oarchie françoise, et de laisser enfin re^pir^'' ^ peuple qui gémissoit sous un joug étranger, u
POUR SERVIR A l'HISTOFRE D£ JEANNE D*ARC.
natioD anglicane est donc obligée pour lors de céder la supériorité des armes el du gouverncroenL Ce ne fut néanmoins ni par les forces d'Alexandre, de César , de Pompée ou de Cbarlemagne, ni par la prodence des princes el des chefs de la noblesse , non plus que par Tbabileté des meilleurs généraux ; mais ( ce qui ne se voit dans aucune bisloire ) ils se virent domptés par one pauvre paysanne de Lorraine*, âgée de dixhoil ans , inconnue d'ailleurs , et qui jusqu'alors n'avoitfait antre chose qne conduire à la campagne les vaches , les bœufs el les brebis.
Cette fille, nommée Jeanne, se présenta an Roi , et lui dit que Dieu Tenvoycit à son secours. Elle fat examinée en plein conseil , et y répondit avec beaucoup de prudence el de présence d'esprit. Elle eut alors le courage d'exécuter ce qa*aacun des généraux n'avoil pu faire ; et avec six cents hommes de cavalerie, à la tète desquels OQ Tavoit mise, elle fit entrer dans Orléans, malgré même les Anglois, un grand convoi de vivres, qui servit à tirer les assiégés de Texlrémité el du grand besoin auxquels ils étoient réduits. Aussitôt après elle fait une sortie à la tète de ses troupes : elle allaqne et emporte trois des forts par le moyen desquels les Anglois avoîent bloqué la ville du c6lé de la rivière ; el tous ceux qui défendoient ces forts ayant été tués, elle les oblige à lever le siège. Celte victoire lui attira la confiance du Roi, qu'elle conduisit à Reims presque dans le même temps pour y être sacré, selon l'ancien usage; el réduisit ensuite à son obéissance plusieurs autres villes. Le courage de celle fille intimida si fort le dnc de Redforl, qu'il envoya ses dépntés en Flandre, pour engager le doc Philippe-le^llon à se joindre à lui, cl employer toutes ses forces et ses meilleurs officiers généraux pour s'opposer à celte jeune paysanne. Philippe se rendit donc à Paris à la lèle de huit cents gentilhommes, pour renouveler ses traités avec les Anglois; et ils prêtèrent de nouveaux sermens pour ne pas mettre bas les armes el ne faire aucune paix qu'ils n'eussent entièrement détruit Charles de Valois, roi de Bourges. C'est le litre que, par mépris, ils donnoient au roi Charles VU.
Mais depuis la Pucelle ayant trouvé moyen avec cinq cents chevaux d'entrer dans Compiègne pour secourir celle place assiégée, elle fit dès le lendemain une sortie avec quelques troupes pour attaquer un château qu'elle auroit sûrement emporté, si les principales troupes de l'armée ennemie n'éloient accourues de toutes parts pour s'y opposer. Après un grand carnage qui se fit de part et d'autre, celle fille ▼OQlqt regagner la ville; et comme elle s'éloit mise à l'arrière-garde pour faciliter la retraite de ses gens, elle fui.reconnue à son étendard el i son habillement, qîii étoil d^une éiofife de soie couleur de pourpre, brodé en . or el en argent. Un cavalier bourgoignon la safsil par son habit, el la fit tomber de son cheval. Les François se battirent très-vivement pour la délivrer, mais
i. C. D. M., T. Ilî.
ayant été repoussés, elle se rendit au bAtard de Yendème : el nos troupes ( les troupes bourguignonnes) eurent autant de chagrin de la voir conduire prisonnière au château de Marigny, que les Anglois en témoignèrent de Joie. Elle se falsoit seule plus redouter de la nation britannique que tous les généraux du roi Charles. Philippe-le-Bon la vil, lui parla, et la reconimanda au comte Jean de Luxembourg, qui la fit transférer à Beaulieu el ensuite à Beaurevoir, où elle fut détenue quelque temps. Enfin le roi d'Angleterre, à force de sollicitations réitérées et d'importunités, se la fil délivrer, et ordonna de la faire brûler dans le marché de Rouen, non qu'elle eût rien commis qui méritât une aussi Indigne et aussi cruelle mort, mais plutôt par la haine ou la fureur qu'ils avoient conçue contre une fille méprisable en elle-même, qui cependant avoit défait et ballu plus d'une fois les meilleurs généraux qu'eût alors la nation britannique. On l'accusoit de sortilège, et de s'entendre avec les esprits malins pour la conduite de la guerre ; comme d'un autre côté on prétendoit qu'elle s'étoit écartée de la foi catholique. C'est ce que le roi Henri VI, après son arrivée en France, en écrivit de sa main au duc Philippe-Ie-Bon.
Il y a aujourd'hui des personnes qui regardent toute cette histoire comme une fable ; mais outre que cet événement est trop proche de nous pour être traité de fabuleux, il est attesté par tous les écrivains du temps, qui parlent de cette fille et de ses opérations avec beaucoup d'éloges. J'ai vu moi-même, sur le pont d'Orléans, la statue en bronze de la Pucelle, avec ses cheveux voltigeans, el à genoux devant Jésus-Christ crucifié; avec une inscription qui fut placée alors, el qui marquoil que cette statue avoit été placée aux dépens des femmes el des filles d'Orléans, en mémoire de la délivrance de cette ville, assiégée par les Anglois..
D'ailleurs, en écrivant ce qu'on vient de lire j'avois toujours devant les yeux l'histoire du doc Philippe-le-Bon, que George Châtelain a écrite en fraiiçois avec autant d'élégance que d'exactitude, el il témoigne que, comme il vivoit du temps de ce prince, il a vu la pucelle Jeanne, qui, de petite paysanne inconnue, étoil parvenue, par ses actions héroïques dans le militaire, à mériter de la part du roi Charles un état de maison qui alloil de pair avec celui des plus grands seigneurs, afin que son nom el sa personne ne tombassent point dans le mépris, qui est une suite de l'indigence el de la médiocrité. Outre des filles de quelque nom qui l'accompagnoient^ elle avoit auprès d'elle un intendant, un écuyer, des pages, des laquais, des chambellans : et, pour le dire en un mol, elle étoil respectée par le Roi et les seigneurs de sa cour, et même regardée par tout le peuple comme une sainte.
Hbnm ob GoBUiii ( c*est-à-dire de Gorcum* )
^enri de Gorcum , petite ville de Hollande, sur
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
la rive droite de la Meuse, élait un Ihéologicn sujet du duc de Bourgogne. Dès que la Pucelle parut , il publia sur elle un écrit intitulé : Proposilionem de Puella militari in Francia. a Une jeune 611e qui faisoil pattre les troupeaux à la campagne, dit cet écrivain, fut présentée au (ils du roi Charles VI, et lassura qu'elle étoit envoyée de Dieu pour réduire tout le royaume sous son obéissance. Pour éviter cependant que cette démarche ne fAt regardée de sa part comme téméraire , elle fait connottre des choses secrettes que ni elle ni aucun autre ne pouvoit pas naturellement savoir. Dès qu'elle fut agréée, elle se fit couper les cheveux, et se servit d'habits militaires, avec lesquels elle monte à cheval : alors, 4irmée de son seul étendard, on remarque en elle des talens supérieurs , fruits d'une longue expérience dans les plus habiles généraux. Non-seulement elle encourage ceux qui combattent avec elle , mais elle décourage encore et abat les forces de l'ennemi. Est-elle descendue de cheval; elle reprend l'habit de son sexe , et fait parottre une admirable simplicité de conduite, et une innocence que rien n'égale ; elle ignore même entièrement le courant des affaires ordinaires. On assure qu'elle a toujours conservé sa virginité, et qu'à une extrême sobriété elle joint une parfaite modestie; que pénétrée d'une véritable piété, elle empêche non-seulement la mort, mais encore les pillages et les violences qu'on pourroit faire à aeux qui se soumettent au parti qu'elle a embrassé. C'est ce qui porte toutes les villes à jurer fidélité au fils du roi; aussi croit-on qu'elle est envoyée de Dieu pour opérer , par le secours céleste , les actions qu'on ne pourroit pas attendre d'un courage purement humain, d
Jean Nidbb, célèbre dominicain allemand.
Il vivait au temps même de Jeanne d'Arc. Ennemi de tout ce que l'on appelait alors sorciers, enchanteurs , magiciens , il courait à la découverte des sortilèges et de la magie ; il s'appliquait, dit-on, sans relâche à découvrir les ruses de l'esprit malin. Jean Nider mourut en 1438, il a laissé un traité de Maleficiis^ où il parle de la Pucelle.
« Depuis environ dix ans il avoit paru en France une fille douée , dit-on , de l'esprit de prophétie et du don des miracles. Elle est toujours habillée en homme, et jamais les docteurs n'ont pu lui persuader de quitter cet habillement pour reprendre celui de son sexe, quoiqu'elle se déclarât vierge. Elle marquoit même publiquement que sous cet habit elle étoit envoyée de Dieu pour rétablir le roy Charles dans son royaume , dont le roy d'Angleterre et le duc de Bourgogne , qui le vouloient dépouiller, ne faisoient que tourmenter et tyranniser les peuples. Et cette fille accompagne toujours à cheval le Roy son maître, auquel elle ne discontinue pas de promettre des victoires sur ses ennemis, et même d'en remporter. Elle opère en sa faveur bcaucoiip
de choses admirables , qui étonnent avec raison la France et tous les pays étrangers.
» Les sentimens étoient différons , et quelquefois même contradictoires. On étoit en doute sur l'esprit dont Jeanne étoit animée : ou de celui de Dieu , ou de celui du démon. Les plus sa?aD$ liommes en écrivoient fort diversement , et même d'une manière opposée. Enfin après avoir secouru le roi Charles, et l'avoir fait reconnottre et confirmé dans une partie de ses Etats, la providence divine a permis qu'elle fût arrêtée et brAlée par les Anglois. On assembla beaucoup de théologiens, de canonistes et de jurisconsultes pour l'examiner. »
L'auteur assure avoir appris de Nicolas Lami, licencié en théologie et ambassadeur de l'Université de Paris au concile de Basle, « qu'elle avoil avoué qu'un ange de Dieu la visitoit familièrement; mais que des gens très-habiles ont été d'avis , et par conjectures et par preuves , que cet esprit étoit un ange de ténèbres, et que le roy d'Angleterre l'avoit ainsi écrit à l'empereur Sigismond. d
Baptiste Fuloosb , doge de Gênes,
Il vivoit en 1478. A l'imitation de Valère Maxime , il a recueilli et rapporté à certains chefs les faits les plus remarquables de l'histoire moderne. Il dit , au sujet de la Pucelle , « qu'an temps où les plus belles provinces du royaume gémissoient sous le joug tyrannique des Anglois, parut Jeanne, fille de Jacques d'Arc, native du village de Domremy , sur les frontières de Lorraine. On la regardoit comme une espèce de prophétesse , à cause des visions extraordinaires qu'elle disoit avoir eues, même avant l'âge de quinze ans. Le duc Charles de Lorraine l'envoya vers Robert de Baudricourt, gouverneur de Vancouleurs, et ce dernier, la fit présenter au roi Charles VII, à qui elle promit toute victoire snr ses ennemis. Cependant on eut la précaution de ne la pas croire , sans l'éprouver sur certains faits secrets dont elle fit connottre la vérité. Dès qu'on crut s'en devoir servir , on la mit à la lèle de l'armée de France ; alors, étant â cheval avec l'armure et l'appareil militaires, on l'auroit prise pour un général, soit par le ton de voix avec lequel elle commandoit, soit par les ordres qu'elle dbnnoit toujours à propos. Son courage extraordinaire obligea les Anglois â lever le siège d'Orléans; et quoiqu'elle fût blessée au cou, elle ne s'étonna ni du bruit des armes , ni de voir tomber morts à ses pieds la plupart des combattaDS^ pas même du sang qui couloit de sa plaie. EI|^ agissoit avec tant de valeur et d'activité « q>*^'|^ remplissoit en même temps les fonctions de général et de soldat. Enfin , après cette première expédition , elle conduit l'armée de France « Troyes , qu'elle assiège contre l'avis des géoeranx et des ministres , et qu'elle prend contre leur espérance, d'où elle se rend â Rhelms, « y fait sacrer et couronner Charles VII , suivani
POi:» SERVIR A LIUSlOlhR UB JKA.S.\E DAUC.
raocieo usage des Fraurois. Elle vienl cnsuile à Paria, soumis alors aux Aiigloîs, l'attaque et moote sorle rempart, sans qu^une plaie considérable qu'elle reçoit à la cuisse rcmpêche de continuer. Son eoarage înspiroit une si grande terreur aux Anglois, qu'ils craignoient de se présenter devant celle fille , comme avant sa venue les François n*o8oient tenir devant eux.»
Phiuppb dbBbbgamb (né en 1440; mort ^1520).
Gel écrivain donne sur la Pucelle beaucoup plus de détails que Fuigose , dont il était du reste coDlemporain ; mais il avait sur celui-ci l'avanlage d'avoir appris d'un témoin oculaire tous les rails qu'il rapporte au sujet de Jeanne d'Arc, dans son livre intitulé de claris Mulieribus.
« Une fille nommée Jeanne, qui étoit née en Lorraine, parut vers l'an 1429. On croit que dès sa tendre jeunesse Dieu Tavoit choisie pour opérer des choses extraordinaires ; et après avoir con- .servé une perpétuelle virginité , elle fut brûlée à Rouen à l'âge de vingt-quatre ans ( ou plutôt de vingl ans ou environ ). Vdci donc ce qu'on en rapporte. Quoique sortie de parens obscurs , elle avoit toujours été douée d'un courage supérieur. Après avoir passé les premières années de sa vie à faire pattre les troupeaux , elle s'exerçoil avec ses compagnes, soit à la course, soit à combattre avec des espèces de lances , ainsi qu'auroient pu faire les plus habiles chevaliers. Elle faisoit même assaul contre des arbres , comme s'ils eussent été des combattans. Une autre fois elle monloit quelques-ans des chevaux qu'elle menoit pattre , et s'y tenoit aussi ferme que les meilleurs écuyers. Avec de longs bétons dont elle s'armoil, elle appuyoîl des espèces de coups de lances si rudes , que tous ceux qui la regardoient combattre ne poavoienl s'empêcher de l'admirer : on prenoit même plaisir à la voir dans cet exercice .
* Elle étoit d'une taille (1) médiocre^ avoit une physionomie champêtre, des cheveux noirs; mais d'ailleurs d'un corps extrêmement robuste. Sa virginité , qu'elle conserva toujours exactement , étoit accompagnée d'un grand fonds de religion; et, selon le caractère des femmes de son pays , elle avoil une voix (Tooce et une parole insi- Doanle, que la pureté de ses mœurs rendoit respectable. On remarquoil en elle un si grand sens et tant de circonspection, qu'on eût dit qu'elle avoil été élevée et nourrie dans une cour exacte où règne la prudence. Dans le temps que Ueori, roi d'Angleterre , faisoit la guerre au roi Charles YII, les Aaglois assiégèrent Orléans, l'une des principales villes de France, la seule ressource qai restoil au rot Charles. On cherchoit donc tous les moyens d'en faire lever le siège : sans quoi c*étoil fait de tout le royaume. Dans ces dures et fâcheuses extrémités , le roi de France se trou-
(1) On a remarqué avec raison que Jeanne d'Arc ayant constamment paru sous les habits d*homme, et presque toujours avec Varmure d*un guerrier, devait
voit agité de continuelles ioccrtiludes, sans savoir à quoi se déterminer.
» Or, dans le temps que cette fille faisoit pattre ses troupeaux, il lui arriva, pour se mettre à couvert de la pluie , de se retirer dans une petite chapelle abandonnée , et de s'y endormir. Elle crut y avoir été favorisée d'un songe que Dieu lui envoya. Elle n'avoit alors que seize ans. Elle se persuada que c'étoit un averlissement du ciel , qui lui ordonnoit de quitter la garde de ses brebis pour aller trouver le roi Charles. Dès qu'elle fut arrivée à la cour , elle dit qu'elle éloit envoyée de Dieu pour parler au roi de choses de conséquence. Les seigneurs et les chambellans ne purent s'empêcher de la mépriser, et de railler même une fille qui vouloit, avec un air champêtre et des habits de paysan, parler au Roi. Ils la rebutèrent donc très-durement sur sa hardiesse et sa témérité de vouloir aborder un si grand Roi, at lui parler d'afTaires. Cependant, soutenue et même animée par la Divinité , elle persistoit à demander qu'on la fit parollre devant le Roi, pour lui parler, non de bagatelles, mais d'affaires importantes. Enfin , après bien des sollicitations , elle lui fut présentée ; et se jetant à ses pieds d'une manière très-respectueuse, elle lui dit : «Grand Roi , quoique je sois la moindre de » vos servantes , j'ai quitté la garde démon trou- » peau; et par le commandement de Dieu je suis n venue en diligence pour vous aider à reprendre » votre royaume , et par le même ordre je de- » mande d'être mise à la tèle de votre armée. » Ne soyez pas étonné qu'une pauvre paysanne 9 se présente à vous pour demander ce comman- » dément. Dieu tout-puissant l'a voulu , et a choisi » ce qu'il y avoit de plus foible pour confondre » les plus fortes puissances. »
a Le Roi, quoique surpris de ce discours, aussi bien que toute sa cour , ne put s'empêcher de Iqi dire : « Pucelle, vous dites que Dieu vous » envoie à mon secours ; mais où en est la preuve? » Vous êtes une jeune fille sans expérience : corn- » ment avex-vous la présomption de vous croire » capable d'un emploi aussi difficile que celui » de conduire une armée ? C'est ce qui ne con- » vient ni à voire condition ni à votre jeunesse ; » à peine les plus habiles et les plus expérimenn tés généraux y peuvent réussir. Ainsi je vous » avertis de faire réflexion sur ce que vous pro- » posez. » Sur-le-champ elle répondit d'un air assuré : « Grand Roi , je vous conjure de ne me » pas faire d'autres questions ; Dieu, qui ra'en- » voie, saura pourvoir à tout ce qui est néces- » saire. Je vous prie de ne pas perdre de temps, » si vous chérissez la conservation de votre v> royaume; et, pour vous prouver que je vous » dis vrai , j'ai quelque chose à vous déclarer en » particulier. » Dès qu'elle eut parlé au Roi , il
sembler en effet d'une taille médiocre au milieu de ses hommes d'armes, ce qui ne détruit point l'opinion qu'elle étoit une Temme d'une taille (*lev(^r.
INi.ICATlON ANALYTIQUE DES DOCLHENTS,
resta fort étonoé , sans savoir lui-même que répondre. A rinstant il déclare qu'il la met à la tète de son armée : ce qui est approuvé de tous les seigneurs.
V Ne doit on pas regarder comme un proilige inconnu jusqu'alors de voir tous les princes , les seigneurs les plus habiles dans l'art de la guerre, et le Roi lui-même, se soumettre à la conduite d'une jeuneTille de seize ans, qui jamais n'avoit fait autre chose que conduire des troupeaux de brebis à la campagne ? Dès que Jeanne fut déclarée générale de Tarmée, le Roi commanda qu'on lui ni faire des armes (défensives) les plus propres , et qu'on lui donnât le meilleur cheval et le mieux équipé de ses écuries. Elle le monta couverte de son casque , avec ses cheveux volligeans sur ses épaules. Alors toute Tarmée , qui la vît Gère et intrépide, la regardoit comme un cavalier descendu du ciel. En cet état, elle s'avance vers Orléans pour en faire lever le siège. Le Roi , avec tous les seigneurs, s'alla camper vis-à-vis do camp (1) des ennemis. Les troupes étant entrées dans Orléans , on se rendit matirc des trois forts qui incommodoient le plus la ville; et en quatre jours cette jeune fille eut la gloire de chasser les ennemis et de leur faire lever le siège. L'on fut alors persuadé que cette action partoit moins de la main des hommes que du pouvoir de la Divinité. Tout ce que je rapporte vient do seigneur Guillaume Guasche, témoin fidèle, qui lui-même a vu et appris toutes choses lorsqu'il étoit à la cour.
vCette fille, après avoir défait plusieurs fois les ennemis, prit enfin le général le plus accrédité qu'il y eût alors parmi les Anglois ( c'étoit Talbot), qu'elle présenta au roi Charles. Après quoi elle conduisit en triomphe ce prince à Rheims, pour y être sacré et couronné : ce qui n'avoit pu se faire auparavant. Celle héroïne, après avoir retiré des mains des Anglois les plus considérables provinces du royaume, prédit elle-même le genre de sa mort. Enfin ayant été prise et conduite à Rouen , elle y est accusée de magie et de sortilège , puis condamnée et brûlée comme sorcière et magicienne. Telle fut la fin de cette illustre vierge, qu'on fit mourir par le plus cruel et le plus indigne de tous les supplices. Mais Louis XI, fils et successeur do roi Charles , pon content do procès qoi avoit (en 1456) justifié et rétabli la mémoire de cette jeune héroïne, obtint du pape Pie II une noovelle commission ; et à la prière do Roy , le saint Père envoya en France deux habiles jurisconsultes pour revoir toute la procédure. Dès qu'ils furent arrivez, ils firent 6ommer et citer à leur tribunal deox des injustes juges, qui estoient encore de ceux qui avoient condamné cette fille. La première proeédure fut
(1) Cette circonstance n'est pas eiacte. Charles YII ne s'alla point poster vis-à-vis le camp des ennemis ; fl était tranquille À Cblnon à se divertir, dans le temps qu'on se battait pour lui.
revue et examinée, et Ton troova qoe Umi innocente qu'elle étoit, on l'avoit Injostement eondamnée par le moyen de calomnies, inventées pour la déclarer coupable de sortilège et de magie : au lieu que sa conduite et sa vie soigneusement recherchées ne contenoient que des actions dignes de louanges, et que jamais elle n'avoit rien fait qui pût intéresser la religion en qooi que ce soit. C'est pourquoi ces indignes conseillers furent punis du même supplice, auquel longtemps auparavant ils avoient condamné cette innocente vierge. On alla même encore plus loin , et l'on fit exhumer et brûler les cadavres de deux antres juges , qui avoient consenti à ce jugement. Leurs biens furent confisqués et destinés à fonder une chapelle , pour y célébrer tous les jours une messe pour le repos de Fàme de cette fille. Ainsi sa mémoire fut doublement rétablie. »
Extrait de la chronique de Monstrelet.
Enguerrand de Monstrelet naquit vers 1395. Quoique d'une famille noble, il n'embrassa point la profession des armes, mais s'adonna à l'élude des lettres latines, où il ne larda pas, dit-on, è »e distinguer. Il s'appliqua plos tard à recueillir les événements de son siècle, et écrivit ses Chroniques après le traité d'Arras. La manière doul il parla de Jeanne d'Arc ne permet pas de douter qu'il ne partageât sur cette fille illustre les idées qoe s'en étaient faites les Bourgoignens et les Anglais. Il rapporte l'expédition de Reims, sans dire on mot de la Pucelle ; il se tait également sur son procès, et se borne sor ce point à citer la lettre adressée par Henri VI an duc de Bourgogne, à laquelle il ajoute quelques réflexions non moins odieuses que cette lettre même.
Selon M. Dacier (1), Monstrelet v distinsoe » presque toujours les faits dont il est parfaile- » meut sûr, d'avec ceux qui laissent quelque in- » certitude. S'il n'a pu s'en procurer la preuve, » il en avertit et ne va pas an-de là; s'il croit » avoir omis des détails qu'il aurwl dû savoir^ il » ajoute naivemenl qu'il les a oubliés. Ainsi » après avoir parlé de Tenlretien do doc de » Bourgogne avec la Pucelle, aoqoel II avoit » été présent, il se rappelle en gros qoe quelques » circonstances lui ont échappé, et il -avoue qu'il » ne s'en souvient pas. » Nous serions perlés à voir dans ce procédé plus de circonspection que de franchise. Le chroniqueur bourguignon ne voulait point blesser son maître : il est permis de croire que Jeanne avait prié le duc de Boorço* gne de ne la point livrer aux Anglais, et si ce prince loi en avait fait la promesse, on comprend dès lors les motifs de rou6/t de Tbistorlen. îfonstrelet mourut en 1453; ses Chroniques commencent à l'année 1400, et s'étendent josqo'à 1441.
(1) Mémoire sor la vie et les chroniques d'Eoguerrand Monstrelet. Buchon, tome premier, du Momtr9let.
POUR SEAVIB A L*I11ST01J1E DE JEANNE o'aUC.
Cbap. L^II. a Eq l'an dessosdil, vint devers le roy Charles de France à Ghinon, où il se (enoit, une pucelle, jeune fille aagée de vingt ans ou environ, nommée Jeanne, laquelle cstoit vestue et habillée en Ruisç d*homme, et estoil née des parlies entre Bourgogne et Lorraine, d*une ville nommée Droimy, assez près de Vaucooleur ; laquelle puceile Jeanne fut grand espace de temps chambrière en une hôtellerie, et estoit hardie de chevaucher chevaux et les mener boire, et aussi de faire appertises et autres habiletés que jeunes filles n*ont point accoustumé de faire. £t fut mise à voye et envoyée devers le Roy par un chevalier nommé messire Robert de Baudrencourt, capitaine de par le Roy de Vaucouleur, lequel luy bailla chevaux, et quatre ou six compagnons. Si se disoit estre pncelle inspirée de la grâce divine, et qu'elle cstoit envoyée devers iceluy Uoy pour le reraetlre en la possession de son royaume, dont il estoit enchâssé et débouté à tort : si estoit en assez pouvre estât. Si fut environ deux mois en rhostel du Roy dessusdit : lequel par plusieurs fois elle admonnesioit par ses paroi les qu'il luy baillast gens et oyde, et elle rebputeroil ses ennemis et exaulceroit sa seigneurie.
» Durant lequel temps le Roy et son conseil ne adjonstoient point grand foy à elle, ne à chose qu'elle sceust dire, et la lenoit on comme une folle desvoyéede sa santé; carsiàgrans princes et autres nobles hommes telles ou pareilles parelies sont moult doubtables et périlleuses à croire^ tant pour Tire de Nostre Seigneur principallement, comme pour le blasphème qu'on pourroît avoir des parlers du monde.
» Neantmoins après qu'elle eut esté en Testât que dit est, un espace elle fut aydée : et luy furent baillez gens et habillemens de guerre et enleva un estendart où elle feit peindre la représentation de notre Créateur. Si estoient toutes ses parolles du nom de Dieu : pourqooy grand partie de ceux qui la veoieut et oyoient parler avoient grand credence et variation qu'elle fût inspirée de Dieu, comme elle se disoit estre. Et fut par plusieurs fois examinée de notables clercs et autres sages bommes de grand autorité, afGn de sravoir plus à plainson intention. Mais tousjours elle se lenoit en son propos, disant que se le Roy la voQloit croire, elle le remetlroit en sa seigneurie; et depuis ce temps feit aucunes besognes dont elle acquist grande renommée^ desquelles sera cy après declalré.
» Et lors qu'elle vint devers le Roy, y estoit le duc d'Alençon, le mareschal de Rays, du Roy et antres plusieurs capitaines ; car le Roy avoit tenu grand conseil pour le fait du siège d'Orléans, et de là alla à Poicliers, et icelle Puceile avecques luy.
» Et brief ensuivant fut ordonné que ledit mareschal meneroit vivres et autres besognes nécessaires audit lieu d'Orléans à puissance. Si voulut Jeanne la Puceile aller avec, et feit requeste qu'on lui baillast harnois pour soy armer et ha-
biller : lequel lui fut baillé. Et tost après leva son estendart et alla à Bloys, où l'assemblée se faisoit , et de là à Orléans avecques les autres ; si esloit tousjours armée de plain harnois. Et en ce mesme voyage se meirent plusieurs gens do guerre soubs elle. Et quand elle fut venue en icelle cité d'Orléans, on luy feit très grand chère, et furent moult de gens resjouys de sa vue, si comme vous orrez plus à plain bien brief vement.
CuAP. LIX. . . )» Les assiégés, voyant que par icelle continuation étoient en péril et danger d'être mis en servitude et obéissance de leurs ennemis, si conclurent et disposèrent tous ensemble à résister par toutes les voies et manières que faire se pourroit. Si envoyèrent devers le roi Charles, afin d'avoir aide de gens et de vivres. Si leur fut envoyé de quatre à cinq cens combat tans ou environ, et depuis en vindrent bien environ sept mille avecques aucuns vivres, qui estoient en vaisseaux conduits par iceux gens d'armes parmy l'eaîle de la rivière de Loire : et avecques eux vint Jeanne la puceile, dont dessus est faicte meniion ; et jusques à ce jour avoit fait encores peu de chose, dont il fut grande renommée.
». Et lors ceux de Tost s'eflbroereut de conqnerre les dessusdits vivres : mais ils Curent biou deiTendus par ladicte Pucelle-et ceux qui estoient avecques elle, et furent mis à sauvelé : dont ceux de iacdite ville feirent bonne chiere, et furent moult fort joyeux, tant pour la venue d'icelle Puceile, comme pour les vivres dessosdits.
» Et le lendemain qui fut le jeudy, Jeanne la puceile se leva assez matin, et en parlant à plusieurs capitaines de la ville et autres gens de guerre les induist et admonnesta moult fort, par* ses parolles, qu'ils s'armassent et la suivissent : car elle vouloit aller (se disoit elle ] sur les ennemis : disant en outre que bien sçavoit sans faulte qu'ils seroient vaincus.
» Lesquels capitaines et autres gens de guerre csloient tous esmerveillez de ses parolles, dont la plus grande partie se meit en armes, et s'en «illcfent avecques elle assaillir la bastille de Sainct Loup, qui estoit moult forte, et avoit dedans de trois à quatre cens Anglois ou environ : lesquels assez tost furent conquis et morts, et prins et mis à grand meschef ; et ladicte fortification fut toute démolie, et mise en feu et en flambe. Si s'en retourna ladicte puceile Jeanne à tout ses gens d'armes et nobles che va liera que elle avoit menez avecques elle dedans la ville et cité d'Orléans, où elle fut moult grandement et de toutes gens honorée et festoyée. Et le lendemain ensuivant, qui fut le vendredy, issit ladicte. puceile Jeanne de rechef hors de la ville à tout certain nombre de combattans, et alla assaillir la seconde bastille plaine d'Anglois, laquelle pareillement ( comme la première ) fut gaignée et vanieue, et ceux de dedans morts et mis à l'espée. Et après ce que la dessnsdicto puceile Jeanne eut fait ardoir et embrazer icelle seconde bastille elle s en retourna dedans ladicte ville d'Orléans,
ÎMJICATIOX ANALYTIQUE DES DOCLMENTS,
OÙ elle fut plus que devaul exaulcée et honorée de tous les habitaus d'icellc. Et le samedy ensuivant assaillirent par gtande vaillance et de grand voulenté la très forte bastille et forteresse du bout du pont, qui estoit très forte, merveilleusement et puissamment édiffiée, et si estoit dedans la fleur des meilleurs gens de guerre d'Angleterre, et (Iroictes gensd*armes : lesquels moult longuement et prudemment se delTendirent ; mais ce ne leur valut gneres : car par vive force et proësse de combattre furent prias et conquis, et la greigneur 4)artie mis à Tespée : desquels y fut occis un très renommé et vaillant capitaine anglois, appelle Clasendas : et avecques lui le seigneur de Moulins, le bailly d'Evreux, et plusieurs autres nobles hommes de guerre de grand et de moult riche estât.
» Apres laquelle conqueste retournèrent dedans ladicle ville Jeanne la Pucelle, et les nobles et renommez François, à petite perte de leurs gens. Et nonobstant qu'à ces trois assaulx la dessusdicte pucelle Jeanne la commune renommée dit en avoir esté la conducteresse, neantmoins si y cstoient tous les nobles chevaliers et capitaines, ou au moins la plus-grande partie, qui durant ledit siège avoit esté dedans ladicte ville et cité d'Orléans : desquels par dessus est faicle mention au devant-dits assaux. Et s'y gouvernèrent chacun endroit soy si vaillamment, comme gens de guerre dévoient faire en tel cas : tellement qu'en res trois bastilles furent, que morts, que prins, de six à huict mille combattans : et les François ne perdirent qu'environ cent hommes de tous estais.»
GiiAP LXI : Or est vérité que le connestable de France, le duc d'Alençon, Jeanne la Pucelle el •les autres capitaines françois eslans tous ensemble sur les champs, comme il est dit dessus chevauchèrent tant par aucunes journées, qu'ils vindrent devant Jargueaux, où estoit le dessusdit comte de Suflbrt, et de trois à quatre cens de ses ftens avecques les habitans de la ville, qui tanlost en toute diligence se meirent en ordonnance de delTence : mais en brief ils furent assez tost environnez de toutes paris desdits François, et de fait les commencèrent en plusieurs lieux à assaillnr moult roidemcnt : lequel assault dura assez bon espace terrible et moult merveilleux. Toutesfois iccux François continuèrent si asprement audit assault, que malgré leurs adversaires par force d'armes entrerennt dedans la dicte ville, oi pour prouesse la conquirent. A laquelle entrée fnrentoccisenviron trois cens combal tans anglois : desquels fut l'un d*iceux des frères du comte de SulTort : lequel comte, avecques luy son autre frère le seigneur de La Poulie, furent faits prisonniers, et de leurs autres gens jusques à soixante hommes ou au dessus.
D Ainsi doncques cestc ville et chastcau de Jarsueaux conquise ot subjuguée, comme dît est lesdils François se rafrcschircnl dcdnns iccllc tout h leur aise ; et après eux parlans de là al- Icrent àMcuncf^qui (antost leur fait obéissance : el
d'autre part fuirent les Anglois qui tenoieatLa- Ferté Hubert, et se boutèrent tous ensemble à Bois-Jency, jusques auquel lieu ils furent chassez et poursuivis des François, lesquels se logereol devant eux en plusieurs lieux, et toujours Jeanne la Pucelle au front devant, à tout son estendarl; et lors par toutes les marches de là environ n'estoit plus grand bruit ne renommée comme il estoit d'elle et de nul autre homme de guerre.
» Et adoncques les plus principaux capitaines anglois qui estoient dedans la dicte ville de Bois- Jency, voyant par la renommée d'icelle Pucelle fortune estre de tout ainsi tournée contre eu. et que plusieurs villes et forteresses estoient desjà mises eu Tobéissance de leurs ennemis, les unes par vaillance d'armes et force d'assault, el les autres par traicté : et aussi que par leurs geo» pour la grand partie en estoient moult esbahis et espouvenlez, et ne les tronvoient pas de tel propos de prudence qu'ils avoient accoustamé, ains estoient (res desirans d'eux retraire sur les marches de Normandie. Si ne sçavoient que faire, ne quel conseil eslire : car ils ne sçavoient eslre acertenez n'assurez d'avoir en bref secours. Et pourtant tout considéré les besognes dessosdictes, ils traiclerent avec les François qu'ils s'en iraient à tous leurs biens, saufs leurs corps el leurs vies : par condition qu'ils rendroient la place en l'obéissance du roy Charles de Franoe ou de ses commis. Lequel traicté ainsi fait, lesdits Anglois se départirent, prenant leur chemin parmy la Bausse, et tirant vers Paris. Et les François entrèrent joyeusement dedans Bois* Jency ou Bosgency \ et prîndrent conclosioo, par l'exhortation de Jeanne la Pucelle, qu'ils iroient au-devant des Anglois, qui des parties vers Paris venoient pour les combattre como^ on leur avoit donné à entendre : laquelle chose véritable. Si se meirent de rechef à plains champs, et venoient à eux chacun jour gens nooveaux de plusieurs marches. Et furent adoncqoes ordonnez le connestable, le mareschal de Boassach, La Hire, Polhon et plusieurs autres capitaines, de faire l'avant garde : et le sorplos, comme le duc d'Alençon, le bastard d'Orléans, le mareschal de Roye, estoient conducteurs de la bataille, qui sulvoient assez près ladicte avantgarde, et pouvoient estre de huict à nenf mille combattans. Et fut demandé à Jeanne la Pacelle. par aucuns des princes là estans, quelle chose il estoit de faire, et que bon lui sembloit à ordonner : laquelle Pucelle respondit qu'elle safoil bien pour vray que leurs anciens ennemis les Anglois venoient pour eux combattre ; disoit oolre qu'au nom de Dieu on allast hardiement contre eux, et que sans faillir ils seroient vaiocos. Et aucuns luy demandèrent où on les trouveroit,et elle leur djt : « Chevauché hardiement, on aura » bon conduicl. d
» El adoncques tous les gens d'armes se mirent en bataille , et en bonne ordonnance tircrenl leur chemin , ayaus des plus expcrs hommes de
POUR SERVIR A L JilSTOIRE DE JEANNE d'aRC.
gaerre montez sur fleor de coursiers , allant devant pour deseouvrir leurs ennemis, jusques au uombre de soixante ou quatre vingts hommes d'armes. Et ainsi par certaine longue espace chevauchèrent et vindrent par un jour de samedy à une grande demie lieiie d'un gros village nommé Patay.
» Après laquelle besogne (le gain de la bataille), qui fut environ deux heures après midi, tous les capitaines françois se rassemblèrent ensemble, en regraciant dévotement et humblement leur créateur .
» Et le lendemain lesdits François retournèrent atoDl leurs prisonniers, et les richesses des Anglois, qui morts estoient dépouillés. Et ainsi entrèrent en la ville d'Orléans , et les autres de leurs gens es marches d'en tour et à l'environ , où ils furent grandement reçus de tout le peuple françois. Et par especial Jeanne la Pucelle acqnist en icelles besoogues si grand loiienge et renommée , qu'il sembloit à toutes gens que les ennemis du Roy n'eussent plus puissance de resi:» ter contre elle , et que brief par son moyen le Roy deust estre remis et restabïy du tout en son royaume.
Co. LXX. • . » Si esloit lors avec ledit roy Jeanne la Pucelle , qui avoit moult grand' renommée ; laquelle chacun jour iuduisoit le roi avec ses princes et seigneurs à ce qu'il fit assaillir la ville et cité de Paris. Si fut conclu et délibéré que le lundi, douzième jour dudit mois ( septembre), on livreroit ledit assaut.
Après laquelle conclusion prise , on fit apprêter lousgensdeguerre, etàce propres. Lundi dessusdit , se mit le roi en balaille entre Paris et Montmartre., ses princes et seigneurs avec lui, et aussi étoit ladite Pucelle avec lui. Ceux de l'avant-garde y étoient en très grand nombre. Si s*en alla atout son étendard à la porte Saint-Honoré, faisant apporter avecque lui plusieurs échelles, fagots, et autres habillements d'assaut. Auqael lieu elle fit entrer dedans les fossés plusieurs de ses gens tout à pied, et commença Tassant à dix heures ou environ, moult dur, âpre et cruel , lequel dura en continuant de quatre à cinq heures, ou plus; mais les Parisiens, qui étoient dedans leur ville, accompagnés de Louis de Luxembourg , l'évèque de Therouenne et Ghanchelier de France, de par le roi Henri, et d'aucuns autres notables chevaliers que le duc de Bourgogne leur avoit envoyés , comme le seigneur de Crequy , le seigneur de l'Ile-Adam , messire Simon de Lalain , messire Yalerien de Bonneval, et aucuns autres notables hommes, accompagnés de quatre cents combattants, se défendirent moult vigoureusement et de grand courage. Et avoient par avant ordonné par capitaineries à chacun sa garde es lieux propices et convenables. Durant lequel assaut furent renversés plusieurs desdils François ; et en y eut très grand nombre de morts et de navrés par les canons, coulevrincs, et autres traits que leur
jetoient lesdits Parisiens. Entre lesquels Jeanne la Pucelle fut très fort navrée et blessée , et demeura tout le jour es fossés, derrière un dos d'àne , jusques au vèpre , que Guichard de Thienbronne et autres Tallerent quérir. Et d'autre part y eut navré plusieurs des défendants. »
Chap. LXXXIV. » A l'entrée du mois de may fut rué jus et prins un vaillant hommes d'armes nommé Franquet d'Arras, tenant le party du duc de Bourgongne : lequel estoit allé courre sur les marches de ses ennemis vers Lalgny sur Marne, à tout trois cens comballans ou environ : mais A son retour fut rencontré de Jeanne la Pucelle , qui avec elle avoit quatre cens François. Si assaillit moult courageusement et vigoureusement ledit Franquet et ses gens par plusieurs fois : car par le moyen de ses archiers, c'est à sçavoir dudit Franquet qu'il avoit, lesquels par tresbonno ordonnance s'estoient mis à pied , se deffendirent si vaillamment , que pour le premier et second assault icelle Pucelle et ses gens ne gaignerent rien sur eux ; mais en conclusion elle manda toutes les garnisons de Laigny et autres forteresses de l'obéissance du roy Charles , lesquels y vindrent en grand nombre, à tout (i) coulevrines, arbalestres et autres habillemens de guerre. Et finablement les dessusdits tenans le party de Bourgongne, après qu'ils eurent moult adommagé leurs ennemis ie gens de cheval , ils furent tous vaincus et desconfits , et la plus grand partie mis a l'espée; et mesmement ladicte Pucelle feit trancher la teste à icelui Franquet , qui grandement fut plaint de ceux de son party, pourtant qu'en armes il estoit homme de vaillante conduicte.
Chap. LXXXVL d Durant le temps que ledit duc de Bourgogne estoit logé à Condin, comme dit est, et ses gens d'armes es autres villages auprès de Condin et de Compiengue : advint la nuict de l'Ascension, à cinq heures après midy, que Jeanne la Pucelle , Pothoii , et avecqucs plusieurs autres nobles et vaillans capitaines françois, avec eux de cinq à six cens combattans , saillirent hors tous armez de pied et de cheval de ladicte ville de Compiengne, par la porte du pont vers Montdidier ; et avoient intention do combattre et ruer jus le logis de messire Baudo de Noielle, qui estoit à Marigny au bout de la chaussée , comme dit est en autre lieu. Si estoit à ceste heure messire Jean de Luxembourg , avec luy le seigneur de Cresquy et huict ou dix gentils-hommes , tous venus à cheval , non ayans sinon assez petit de son logis devers le logis messire Baudo ; et regardoit par qu'elle manière on pourroit assiéger icelle ville de Compiengne. Et adonc iceux François , comme dit est , commencèrent très fort à approcher iceluy logis de Marigny, auquel esloient ou la plus grand partie tous desarmez.
p Toutesfois , en assez brief terme s'assem.-
(1) À toul : nvco.
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCL)ME^TS
hlerent, et commença l'escarmouche (res-grande, duranl laquelle fut crié à Tarme en plusieurs lieux , tant de la partie de Bourgongne comme des Anglois ; el se meirent en bataille les dessusdits Au rIoIs contre les François sur la prée au dehors de Yenete, où ils estoient logez, et estoient environ cinq cens combattans. Et d*aulre coslé les gens de messire Jean de Luxembourg, qui estoient logez à Glaroy, sachans cest effroy, vindrent les aucuns hastivemcnt pour secourir leur seigneur et capitaine, qui entretenoit ladicle es-* carmouche, et auquel pour la plus grand partie les autres se r'allicreut : en laquelle fut tresdurement navré au visage ledit seigneur de Gresquy. Finablemenl après ce que ladicte escarmouche eut duré assez longue espace, iceux François voyant leurs ennemis moUipHer en grand nombre, se retrahirent devers leur ville, tousjours | la pacelle Jeanne avec eux sus le derrière , fai- \ sant grand manière dVnlrelcnlr ses gens et les | ramener sans perle. Mais ceux de la partie de Bourgongne, considérant que de toutes parts anroient brief secours , les approchèrent vigoareusement , et se ferirent en eux de plain eslaiz. Si fut en conclusion , comme je fuz informé , la dessusdicte Pucelle tirée jus de son cheval par un arcbier, auprès duquel esloit le bastard de Yendonne , à qui elle se rendit et donna sa foy : et il sans delay l'emmena prisonnière à Marigny, où elle fut mise en bonne garde : avec laquelle fut prins Pothon le Bourguignon et aucuns autres , non mie en grand nombre. Et les dessusdits François rentrèrent en Compiengne dolens et courroucez de leur perte ; et par especial eurent moult grand desplaisance pour la prinse d'icelle Pucelle, et à Topposite ceux de la partie de Bourgongne, et les Anglois en furent moult joyeux, plus que d'avoir cinq cens combattans: car ils ne craignoient ne redoubtoient nul capitaine ne autre chiefde guerre, tant comme ils avoient tousjours fait jusqoes à ce présent jour icelle Pucelle. Si vint assez tost après le duc de Bourgongne à toute sa puissance de son logis de Condin, où il estoit logé en la prée devant Compiengne. Et là s'assemblèrent les Anglois, ledit duc et ceux des autres logis en très-grand nombre, faisant l'un avec l'autre grans cris et resbaudissemens pour la prinse de ladicte Pucelle: laquelle iceluy duc alla venir au logis où elle esloit , et parla à elle aucunes parolles dont je ne suis mie bien recors , jà-soit-ce que je y estois présent. Apres lesquelles se trahit ledit duc et toutes gens chacun en leurs logis pour ceste nuict : et la Pucelle demeura en la garde et gouvernement de méssire Jean de Luxembourg, lequel , après dedans briefs jours ensuivans , l'envoya soub bon conduict au chasteau de Beau- Lieu, et de là à Beaurevoir, où elle fut par long temps prisonnière. »
Chap. CY. « S'ensuit la condamnation qui fut faicte en la cité de Roiien contre Jeanne la Pucelle , comino il peut apparoir par let-/
très envoyées de par le roy d'Angleterre aa duc de Bourgongne, desquelles la copie s'ensuit.
» Trescheret très aimé oT]cle,la fervente dilection que sçavons vous avoir ( comme vray catholique ) à nostre mère saincte Eglise et Texaltalion de nostre saincte foy, raisonnablement nous exhorte et admonncsie de vous signifier et escrire ce qu'à l'honneur de nostredicte mère saincte Eglise , fortiOcation de nostre foy et extirpation d'erreurs pestilencieoses , a esté en ceste nostre ville de Uotien fait nagueres solennellement. Il est assez commune renommée, ja comme par tout divulguée, comment celle femme qui se faisoit nommer Jeanne la Pucelle erronée s'estoit deux ans et plus , contre la loy divine et Testât de son sexe femenin , vestue en habit d'homme: chose à Dieu abhominable ; et en tel estât transportée devers nostre en nemy capital etlevoslre, auquel et à ceux de son parly , gens d'église, nobles et populaires , donna souvent à entendre que elle estoit envoyée de par Dieu : en soy presumptueusement vantant qu'elle avoit communication personnelle et visible avecqoes sainct Michel , et grande multitude d'anges et de saincts de paradis , comme saincte Katherine et saincte Marguerite. Par lesquels (aulx donné à entendre , et l'espérance qu'elle promettolt' de victoires futures , divertit plusieurs cuenrs d'hommes et de femmes de la vérité, et les convertit à fables et mensonges. Se vestit aussi d'armes appliquées pour chevaliers et escuyers , leva Testandard ; et en trop grand outrage , orgueil et présumption demanda avoir et porter les très nobles et excellentes armes de France, qu'en partie obtint ; et les porta en plusieurs courses et assaulx , et ses frères , comme on dit : c'est à sçavoir un escu à deux fleurs de lys d'or à champ d'azur, el une espée la poincte en haut, feraë en une couronne. En cest estai s'est mise aai champs , a conduit gens d'armes et de traict en exercile et grans compagnies , pour faire et exercer cruantcz inhumaines en espandant le sang humain , en faisant séditions et commotions de peuple : l'induisant à parjuremens, rebellions, superstitions et faulces créances ; en perturbant .toute vraye paix, et renouvellant guerre mortelle en se souflVant honnorcr et révérer de plusieurs, comme femme sainctifiée : et autrement damnablement ouvrant en divers cas longs à exprimer, qui toutesfois ont esté en plusieurs lieux assez cognenz , dont presque toute la chrestienté a esté toute scandalizée.
« Mais la divine puissance ayant pitié de son peuple loyal , qui ne l'a longuement voulu laisser en péril ne souffert demeurer es vaines , périlleuses et nouvelles crodelitez, oùja lëgieremcnl se mettoit, a voulu permettre sa grand miséricorde et clémence, que ladicte femme ait esté prinse en vostre est et siège que teniez lors de par nous devant Compiengne , et mise par vostre bon moyen en nostr(> obéissance et doin(oafio<i<
POUR SERVIB A l'hISTOHIE D£ JEAMNS l/AnC
Et poorce que dès lors f eusmes requis par Tevesque , au diocèse duquel elle avoil esté prinse , qa'icelle Jeanne, notée et diffamée de crime de leze majesté divine , lui feissions délivrer y comme à son Juge ordinaire ecclésiastique ; nous, tant pour la révérence de nostre mère saioete Eglise , de laquelle voulons les ordonnances préférer à noz propres faits - et voulentez comme raison est , comme aussi pour Tlionneor et exal- (alioa de nostreditete saincle foy, luy feismes bailler ladtcte Jeanne , affiu de lui faire son proeez : sans en vouloir estre prinse par les gens et ofCeiers de nostre justice séculière aucune vengeance ou punition » ainsi que faire nous esfoit raisonnablement licite : attendu les grans dommages etinconveniens, les horribles homicides et détestables craautez , et autres maulx innumerables qu elle avoit commis à rencontre de nostre sciiÇDeorie et loyal peuple obéissant. Lequel evcsque, adjoinct avecques luy le vicaire de l'inquisiteur des erreurs et hérésies , et appelé avecques eux grand et notable nombre de solennels maistres et docteurs en théologie et droit canon , commença par grande solennité et deûe gravité le procez d*icelle Jeanne. Et après ce que loy et ledit Inquisiteur , juges en ceste partie, eurent par plusieurs et diverses journées internée ladicle Jeanne , feirent lés confessions et assercions d'icelle meurement examiner par lesdî(s maistres docteurs, et generallement par toQles les facDltez de nostre treschiere et trèsaymée fille FUniversité de Paris,«dever8 laquelle lesdictes confessions, assercions, ont esté envoyéez : par Topinion et délibération desquels trooYerent lesdits juges icelle Jeanne supersticiease , devineresse de diables , blasphemeresse en Dieu et en ses saincis et saincles , schismatiqoe, et errant par moult de sors en la foy de Jesus-Christ.
» Et pour la réduire et ramener à Tunilé et commun de nostredicte mère saincte Eglise , la purger de ses horribles et pernicieux crimes et péchez, et guérir et préserver son a me de perpe- (oelle peine et damnation , fut souvent et par bien leng temps très- charitablement et doulceniCDl admonestée à ce que tous erreurs fussent par elle rejectées et mises arrière ; voulsist humblement retourner à la voye et droit sentier de Terilé,ou autrement elle se mettoit en grand pçril d'ame et de corps. Mais le très périlleux et divisé esprit d'orgueil et d'outragense présump- (ion , qui (ousjours s'efforce de vouloir empescher Tunité et seurté des Ghrestieus, occupa et détint tellement en ses liens le courage d*icelie Jeanne, qoe pour quelconque saincte doctrine au conseil, ne aaltre doulce exhortation qu'on lui eût administrée, son cueur endurcy et obstiné ne se voulut humilier n'amolir : mais se vanloit souvent que toutes les choses qu'elle avoil faicles esloient bien faictes , et les avoit faictes du commandenieut de Dieu et desdlclcs saincles vierges , qui
visiblement s'estoient à elle apparues. Et qui pis est, ne recognoîssoit ne ne vouloit recognoistre en terre fors Dieu seuUement et les saincts de paradis, en refusant et debouttant le jugement de nostre sainct père le Pape , du concile général et universelle Eglise militante.
)» Et voyans les juges ecclesiasticques scsdits courage et propos, par tant et si longue espace de temps , endurcy et obstiné , la feirent mener devant le clergié et le peuple illec assemblé en très-grand multitude : en la présence desquels furent preschez', exposez et déclarez solennellement et publiquement par un notable maistre en théologie à Texallation de nostre foy, extirpation des erreurs et édification et amendement du peuple chrestien. Et de rechief fut charitablement admonestée de retourner à l'union de saincte Eglise , et de corriger ses fautes et erreurs en quoy elle estpit obstinée. Et en 'ce considéré, les juges dessusdits procédèrent à prononcer la sentence contre elle , en tel cas de droict introduicte et ordonnée. Mais avant que la sentence fût parlute , elle commencea par semblant à muer son courage, disant qu'elle vouloit retounier à saincte Eglise : ce qoe voulentiers et joyeusement ouïrent les juges et le clergié dessusdits , qui à ce la recourent benigoement , espérant par ce moyen son ame et son corps estre racheplez de perdition et tourment. Adoncques se submist à Tordonnance de saincte Eglise, et ses erreurs et détestables crimes revocqua de la bouche et abjura publicquement, signant de sa propre main la cedulle de ladicle revocquation et abjuration. Et par ainsi nostre piteuse mère saincle Eglise soy esjouissant sur la pécheresse faisant pénitence , vneillant la brebis retrouver et recouvrer par le désert où s'esloit csgarée et forvoyée, ramener avecques les autres, icelle Jeanne pour faire pénitence condamna en chartre. Mais gueres ne fut illecques, que le feu de son orgueil, qui sembloit estre estainct en icelle, rembrasa en flambes pestilencieuses par les soufnemens de Tennemy. Et tantost ladictc femme malheurée renclieut es erreurs et es ragertes que par avant avoit proférées, et depuis revocquécs et abjurées, comme dit est.
n Pour lesquelles causes, selon ce que les jugemens et institutions de saincte Eglise l'ordonnèrent, affin que doresnavant elle ne contaminast les autres membres de Jesus-Christ, elle fut de rechief prcscliéè publicquemènt. Et comme elle fut rencheûe es crimes et fautes villaines par elle accoustuniées , fut délaissée à la justice séculière, laquelle incontinent la condamna à estre brusiée.
» En voyant son finement approcher, efle cognent plaincment et confessa que les esprits qu'elle disoit estre apparus à elle souventesfois esloient mauvais et meusongiers, et que les promesses qu'iceux esprits luy avoicnt plusieurs fois faicles de la délivrer esloient faulces : et
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
ainsi se confessa par lesdits esprits avoir esté deceùe et demoquée. Si fui menée par ladicte jastice , liée , au vieil Marché dedans Rouen , et là publiquement fut arse à la veûe de tout le peuple. D
Les évèques qui avaient adhéré au traité signé à Troye en 1420 reçurent une copie de celte lettre à laquelle on avait ajouté ce qui suit :
« Icy est la Gn des œuvres, icy est la Gn et » issue d'icelle femme que prièsentement vous » signiflioQS pour vous informer véritablement de » ceste matière, révérend père en Dieu : aGn » que par les lieux de voslre diocèse que bon » vous semblera par prédications et sermons pu- » biles et aultrement, vous faictes notiGer ces » choses pour le bien et exaltation de nostre dicte D foy et ediGcation du peuple chrestien , qui , à .» Toccasion des œuvres d'ieelle femme , a esté » longuement deceu et abusé ; et que pourvoyez, » ainsi que à vostre dignité appartient, que » aulcuns du peuple à vous commis ne présument » croire de legier en telles erreurs et périlleuses » superslicions , mesmement à ce présent temps, 0 auquel nous voyons drecer plusieurs faulx » propiièfes, semeurs de dampnées erreurs et » folle créance, lesquels eslevez contre nostre » mère saincle Eglise , par fol bardement et oui- 1» tragieuse presumpcion , pourroient par adven- » ture contaminer de venin périlleux de faulse » erreur le peuple chresliau , se JhesuS'Christ, » de sa miséricorde n'y pourvoit ; et vous et ses » ministres qu'il appartient, ne entendez dili- » gemment à rebouter et punir les voulentés et » faulx hardemcnls des hommes reprochés. Donné » en nostre ville de Rouen, le vingt huictiesme » jour de juin 1431. »
» Laquelle chose ainsi faicte (ajoute Monstrelet). le dessusdit roy d'Angleterre signiGa par les lettres comme dit est , au dessusdit duc de Bourgongne,afGn quHcelle exécution de justice, tant par luy comme les autres prinpes , fust publiée eu plusieurs lieux : et que leurs gens et subjecls dorcsnavant fussent plus seurs et mieux advertis de non avoir créance en telles ou semblables erreurs, qui avoienl régné pour l'occasiou de ladicte Pucelle.o
Saini ArUonin, archevêque de Florence.
Ce prélat, qui fut une des lumières du xv* siècle, s'exprime ainsi sur Jeanne d'Arc.
a Cette Glle, qui n'avoit que dix-huit ans, ne laissoit pas d'enseigner aux généraux à faire la guerre, à prendre des villes, à découvrir toutes les ruses et les embûches de l'ennemi ; euGn elle leur apprenoit les moyens d'entreprendre et d'exécuter bi^n des choses qui lui attiroient l'admiration des plus habiles ofGciers. On ne savoit à la vérité de quel esprit elle étoit animée; mais il pareil par ses œuvres, que c'éloit de celui de Dieu même, puisqu'on ne voyoit rien en elle qui ne s'accordât avec l'honnêteté publique , rien qui tendît à la superstition , rien qui s'éloignât de la foi ca-
tholique. Elle étoit adonnée à la prière, fréqoeQ. toit souvent les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. EnGo, après bien des victoires, elle fol prise et mise à mort. La paix se Gt ensuite, et il ne resta aux peuples que la désolation de lear pays, et aux princes la perte de plusieurs millioos de leurs sujets. »
Eneas Sylvius, élu pape en 1458, tùui le notait
Pie //.
Ce savant pape , de qui nous avons plosieors ouvrages historiques, curieux et exacts, parie de la Pucelle au chapitre xliii de sa DeseriptUm dt l'Europe, Son témoignage est d'autant plos pr^ cieux que ce fut lui qui Gt réviser pour la seconde fois le procès de condamnation, et la seotence rendue à Rouen contre Jeanne d'Arc.
Il dit que « de son temps la France vit parottn Jeanne , vierge native de Lorraine , divinemeol inspirée, à ce qu'on croit ; qu'elle quitta les habits de son sexe pour prendre ceux des gens de guerre et même leurs armes, et fut mise à la lè(e des troupes françoises; et ce qu'on poarroil regarder comme une merveille, elle fut la première qui dans cette guerre enleva la victoire, doot les Anglois étoient depub long-temps en possession. • Il assure , comme une vérité constante, qo'elle seule a fait lever le siège d'Orléans, qoeseole elle a soumis au roi toutes les places qai mol entre Bourges et Paris; qu'elle a réduit àlaotorite du roi, Reims, où elle l'a fait couronner, ete.; mais il s'en faut bien qu*ll parle aussi avantagessèment du roi Charles ; il dépeint au coatraire avec beaucoup de force et trop de vérité sa vie indolente et voluptueuse.
Ecclésiaslique anonyme du diocèse de Spire,
Cet anonyme écrivit, sous le titre de StftyUn francica, un petit traité qu'il acheva le 17 do mois de septembre 1429 , six mois après que la Pacelle eut paru à la cour de Charles VII. Ce traité, diyisé en deux parties, a été publié par Meichior Goldaste : dans la première , l'auteur fait eo co termes l'éloge de Jeanne d'Arc.
a Elle passe généralement pour être de bonnes mœurs, d'une conduite sage, d'une conversation douce et modeste. Elle se distingue surtout par son humilité, par une piété sincère ; elle y joint un talent supérieur pour la guerre, dont elle prévoit tous les événements. Elle se confesse souvent, et fortiGe la droiture de ses intentions en recevant fréquemment l'eucharistie. Son amoor pour le bien lui fait délester tout ce qui s'appelle rapine ou brigandage; elle soulage les pauvres et protège les orphelins : ces raisons la font eslim^f et même respecter en France. Cettejenne fille est surtout très attachée à la religion catholiqoe , an culte et aux sacrements de FEglise. Les effets de sa vie toute chrétienne se répandent sur ce qu'elle fait actuellement , et sur ce qu'elle doit eolreprendre ; et quelque merveille qu'elle opère, elle a soin de tout rapporter à la sainte Trinité. Pa^
POUA SEAVIR A L HISTOIBE DE JEANNE 1) ABf.
cette pieuse attention , elle rénseit âielon ses désira. Elle ne cherche qoe la paix, sonlage les pauvres, aime et suit la justice et i'éqnité : mais surtout elle n'ambitionne ni richesses ni délices, ni rieo de tout ce qui s'appelle luxe et vanité du monde. »
Paul Jore, évéque de Noeera au royaume de Naples, né en 1483« mort en 1552.
Cet évéque italien ( né à Palerme eu 1552), malgré l'esprit louangeur dont il était possédé, fiartoQt à l'égard des princes auxquels il vendait chèrement ses médiocres éloges, ne sauroit néanmoios s'empêcher de faire connaître que « parmi toutes les vertus dont étoit doué le roi Henri VI (t'Aoglelerre, la gloire militaire étoit principalemeDt celle qui lui manquoit. Que les Anglois, malgré cette antique animoslté qui règne dans leur cœar contre la nation françoise, eurent cependant le chagrin de se voir vaincus et chassés de toutes parts; et par qui même chassés , par une jeooe lille qui faisoit des espèces de miracles en favear des François, dont elle releva le courage; et c'est lace qui irritoit le plus la Gère nation hritaoDi'que, d'être surmontée par ce qu'il y avoit <le plas foihie et do plus méprisahie , et de voir fouler aux pieds tous les trophées dont auparavant elle tiroil toute sa gloire. >»
itan Ferrier , Piémontais , avoue dans le tviit« livre de son Historia Scolorum^ a que les François ne ranimèrent leur ancien courage et ne reprirent leur supériorité accoutumée dans les armes, que par la conduite d'une femme, c'est-àdire, de Jeanne la Pocelle , en quoi on ne sauroit s'empèeher de reconnottre une protection divine.»
UUre de Jeanne d'Arc au duc de Bourgogne,
« L'original de cette lettre, publiée pour la première fois en 1817, est conservé dans les archives delà ville de Lille. Il est écrit sur parchemin en ^ractères gothiques , avec beaucoup d'abrévialioDs; il est plié à peu près comme nos lettres ordinaires; le format est d'environ un demi-pied de liant, sur un pied de large. Suivant l'usage du temps , des bandes de parchemin fermaient la lettre, et le cachet était appliqué sur ces bandes. On aperçoit dans celle de Jeanne les fentes par lesquelles passaient les bandes, et les traces de l'empreinte du cachet de cire rouge qui scellait. »
^ttre de Jeanne la Pucelle au duc de Bourgogne,
JBBSUS MARIA.
« Haut et redouté prince, duc de Bourgongne, Jehanne la Pucelle vous requiert de par le roy et le ciel, mon droicturier souverain seigneur, que le roy de France et vous faciez bonne paix, ferme, qui dure longuement; pardonnez l'on à l'autre de bon cœur entièrement, ainsi que doibvent faire loyaux xhrestpiens ; et s'ils vous plaist aguerfûyer, si allez sur le Sarrazin. Prince de Bour-
gongue , je vous prie , supplie et requiers, tant humblement que requierir vous puis, que ne guerroyez plus au saint royaulme de France; et faictes retraire incontinent et briefvement vos gens qui sont en aucunes places et forteresses dudit saint royaulme ; et de la part du gentil roy de France , il est prest de faire paix à vous, sauve son honneur, s'il ne tient en vous; et vous fais asçavoir, de par le roy du ciel , mon droicturier seigneur , pour votre bien et pour votre honneur, et sur vos vies, que vous n'y gaignerez point bataille à rencontre des loyaulx François; et que toute ceulx qui guerroyent audit saint royaulme de France guerroyent contre le roy Jhésus , roy du ciel et de tout le monde, mon droicturier et souverain seigneur. Et vous prie et requiers à Joinctes mains que ne faictes nulle bataille , ne ne guerroyez conire nous, vous, vos gens et subgiez ; et croyez sûrement, quelque nombre de gens que vous amenez contre nous, qu'ilz n'y gagneront mie, et sera grant pitié de la grant bataille et du sanc qui sera répandu de ceux qui y vendront contre nous. £t a trois semaines que je vous envoyé escript et envoyé bonnes lettres par un hérault , que fussiez au sacre du roy , qui aujourd'huy dix septiesmo jour de ce présent mois de juillet se fait en la cité de Reims , dont je n'ai eu point de réponse , ne n'ouy oncques puis nouvelles dudit herault. Et dieu vous command , et soit garde de vous , s'il lui plaist , et prie Dieu qu'il y mette bonne paix.
» Escript audit lien de Reims, le dix septiesmo jour de juillet. »
Sur le verso est écrit : Au duc de Bourgoingne,
N. Sala, sur le êecrel révélé au roi par la Pucelle.
N. Sala était pannetier du Dauphin Orland, flis de Charles VIII. Les derniers éditeurs des Mémoires sur r Histoire de France affirment qn*il est le seul qui ait fait connaître le secret révélé au roi par Jeanne d'Arc. L'Histoire abrégée des oclions de la Pucelle^ dont nous donnons un extrait, contient des détails analogues à ceux que Sala rapporte (I) , et beaucoup plus circonstanciés. Voici do reste comment ce dernier s'exprime à ce sujet :
« Il fut vrai qu'environ 1480 , j'estoie de la
chambre du gentil roi Charles VII par
léans je suivois ce bon chevalier monsieur de Boisi (Guillaume Gouffier), quant il s'esbatoit parmi le parc, et tant l'aimnispour ses grans vertus que je ne poovois lui partir. Car de sa bouche ne sorloit que beaux exemples où j'apprenoia moult
Celui-ci me conta entre autres choses le secret qui avoit esté entre le roy Charles VII et la Pucelle, et bien le pouvoit savoir : il avoit esté en sa jeunesse très aimé de ce roy, tant qu'il ne voulut oncques souffrir coucher nul gentilhomme en
(1) Dans son livre des Exemples de hardiesse de. plusieurs rois et empereur» , manuscrit n. 180 de la Bibliothèque du Rot.
INDICATIOIS ANALYTIQUE DES D0CIJM£>TS,
son licl^ fors luy. Eu cetto grant privaullé que jo TOUS dis, luy conta le roy les paroles que la Pucelle lui avoit dictes, telles que vous les verrez cy après. Il fut vray que du temps de la grande adversité de ce bon roy Charles VII, il se trouva si bas qu'il ne savoit plus que faire , et ne faîsoit que peuser au remède de sa vie. Car , comme je vous ay dict, il estoit entre ses ennemis encloz de tous cotez. Le roy , en ceste extresme pensée , «entre ung malin en sou oratoire tout seul ; et là il fait une prière à Notre Seigneur dedans son cœur sans prononciation de paroles, où il luy requeroit dévostcment que si ainsi esloit qu'il fust Yray hoir descendu de la noble maison de France, et que justement le royaulme deust luy appartenir, qu'il luy pleust le luy garder et delTendre, ou au pis luy donner grâce d'escliapper sans mort ou prison , et qu'il se peust sauver en Espaigne ou en Escosse , qui estoient de toute ancienneté frères d'armes, amys et alliez des roys de France; et pour ce avoil-il là choisi son refuge. Peu de temps après ce, advint que le roy estoit en tous ses pensemens, la Pucelle luy fust amenée, laquelle avoit eu, en gardant ses brebis aux champs, inspiration divine pour venir reconforter le bon roy, laquelle ne'failly pas ; car se fist mener et conduire par ses propres parents jusques à Reims, où elle le Gst couronner roi de France, maugré tous ses ennemis, et le rendit paisible de son royaume. Depuis, celte sainte Pucelle fut prince et martyrisée des Anglois , dont le roy fut moult dolent, mais remédier n'y peusl. »
Lettre de Guy X/F, iire de Laval, à tes mère et ayeule , dames de Laval et de Vitré.
Cette lettre contient des renseignements précieux sur l'état des affaires et la disposition des esprits au temps de Jeanne d'Arc. Les détails que le sire de Laval donne sur la Pucelle ont d'autant plus d'intérêt qu'il l'avait vue , et s'était entretenu avec elle, la surveille du jour où il écrivaiL
Celle pièce se trouve dans Roque , ch. XLIII de la Noblesse; et dans Godefroy, Recueil des Historiens de Charles VU,
« Mes très redoutées dames et mères, depuis que je vous escrivis de Sainctc-Catherine de Fierbois vendredy dernier, j'arrivay le samedy à Loches, et allay voir monsieur le Dauphin au cliasiel, à rissuë de vespres, en l'église collégiale: qui est tres-bel et gracieux seigneur, et très-bien formé , et bien agile et habile , de l'aage d'environ sept ans qu'il doit avoir; et illca vis ma cousine la dame de La Trcmoûiile, qui me fit tres4M>nne chère , et , comme on dit , n'a plus que deux mois à porter son enfant. Le dimanche j'arrivay à Sainct- Agnan , où estoit le Roy, et envoyé quérir et venir de mon logis le sieur de Trêves ; et s'en alla au chaslel avec luy mon oncle , pour signifier au Roy que J'estois venu , et pour sçavoir quand il luy plairoit que J'allasse devers luy : et j*eus rcsponse que j'y allasse si tost qu*il me plairoit ,
et me fit très-bonne chère, et me dit mooltde bonnes paroles. Et quand il estoit allé par U chambre ou parlé avec aucun autre, il se reloornoit chacune fois devers moy, pour me mettre en paroles d'aucunes choses, et disoit que j'eslois venu an besoio sans mander, et qu'il m'en sçavoit meilleur gré : et quand je lui disois que je n'aTois pas amené telle compagnie que je desirois, il respondit qu'il sufHsoit bien de ce que j'avois amené , et que j'avois bien pouvoir d'eo recevoir greigneur nombre; et dit le sire de Trêves i sa maison, au sieur de La Chapelle, que le Roy et tous ceux d'environ luy avoient esté bien contons des personnes de mon frère et de moy, et que nous leur revenions bien ; et jura bien fort qu'il n'esloit pas mention que à un de ses amis et parons qu'il eust, il eust fait si bon accueil ny û bonne chère , dont il n'est pas meshistre (1) de faire bonne cberc ne bon accueil , comme il disoit.
D Et le lundy me party d'avec le Roy pour veûr à Selles en ficrry, à quatre lieues de Saioct- Agnan ; et fit le Roy venir au devant de loy U Pucelle , qui esloit de paravant à Selleâ. Disoieul aucuns que ce avoit esté en ma faveur, parce que je la visse ; et fit ladite Pucelle tres-bouoe chère à mou frère et à moy, estant armée de toutes pièces, sauve la teste, et tenant la lance en main : et après que fusmes descendus à Selles j'allay à son logis la voir; et fit venir le vie, et me dit qu'elle m'en feroit bien-tost boire à Paris; et semble chose toute divine de son faict , et de la voir et de Toiiyr. Et s'est partie ce lundy aox vespres de Selles pour aller à Romorantin,à trois lieues eu allant avant , et approchant des advenues, le mareschal de Boussac, et grand nombre de gens armez, et de la commune avec elle; et la vcis montera cheval, armée tout eu blanc, sauf la teste ; une petite hache en sa main , sur un grand coursier noir, qui à Tbuis de son logis se demenoit très-fort, et ne souffroit qu'elle montast; et lors elle dit : a Menez - le à la croix; « qui estoit devant l'église auprès, au chemin. El lors elle monta , sans qu'il se meust , comme s'il fust lié : et lors se tourna vers Thuys de l'église, qui esloit bien prochain , et dit en assez voix de femme : «Vous les prostrés et gens d'église, faites n procession et prières à Dieu. » Et lors se retourna à son chemin , en disant : a Tirez avanU » tirez avant! » son estendart ployé que porloit un gracieux page , et avoit sa hache petite eu la main : et un sien frère qui est venu depuis hait jours partoit aussi avec elle, tout armé eu blauc; et arriva ce lundy à Selles monsieur le duc d'Â- Icnçon , qui a très-grosse compagnée , et ay aojourd'hy gagné de luy à la paulme une coovenance (2) , et n'est point encore îcy venu mon frère de Vendosmc. J'ay icy trouvé Tun des gcn-
(i) Meshistre : peut-être chiche.
(2) Convenance : discr<^tioi|.
POUR SEAVIA A i/hISTOIAE DB JEANNE d'aBC.
(ilshommes de mon frère de Chaayigny , poarce qu'il avoit déjà oQy qae j*estois arrivé à Saincte Catherine, et m'a dit qu'il avoit escrit aux nobles de ses terres, et qu'il pense estre bien-tost par deçà ; et dit qoe ma sœur est bien sa mye, et plus grasse qu'elle n'a accoustumé. Et dit l'on icy que moDsieur le conneslable vient avec six cent hommes d'armes, et quatre cent hommes de traicl ; et qoe Jean de La Roche vient aussi : et que le Roy n'eot pieca si grande compagnie que on espère esire icy; ne oncques gens n'allèrent de meilleure volonté en besogne que vont à celte-cy : et doit ce joord'huy arriver ici mon cousin de Rays , et croistma compagnie ; et quoy que ce soit, ce qu'il y a est bien honneste et d'appareil ; et y est le seigneur d'Argenton l'on des principaux gouverneors, qui me fait bien bon recueil et bonne chère; mais de l'argent n'y en a-il point à la cour, qne si estroilement « que pour le temps présent je n'y espère aacune recoosse ny soustenuë. Pource voas, madame ma mère, qui avez mon sceau, D'espargnez point ma terre par vente ne par engage.; CD advisez plus convenable à faire , là où nos personnes sont à estre sauvez , ou aussi par défaut abaissez , et par adventure en voye de périr : car si nous ne faismes ainsi , veu qu'il n'y a point de soulde , nous demeurerons tous seuls ; et josqoes ici nostre faict a encor esté et est en bon honneur , et a esté nostre venue au Roy et à ses gens tous, et aussi aux autres seigneurs qui viennent de tontes parts , bien agréable ; et nous font tous meilleure chère que ne vous pourrions escrire.
» La Puoelle m'a dit en son logis, comme je la sois allé y voir , que trois jours avaut mon arrivée elle avoit envoyé à vous, mon ayeule, un bien petil anneau d'or ; mais que c'estoit bien petite chose, et qu'elle vous eust volontiers envoyé mieux , considéré votre recommandation. Ce jourd'hoi monsieur d'Alençon, le bastard d*Orléans et Gaacoort doivent partir de ce lieu de Selles , et aller après la Pucelle ; et avez fait bailler je ne Kay quelles lettres à mon cousin de La TrimoQille et siear de Trêves , par occasion desquelles le Roy s*efrorce de me vouloir retenir avec luy jusques à ce qne la Pucelle ait esté devant les places angleiche d'environ d'Orléans, où l'on va mettre le siège, et est desja l'artillerie pourvue; et ne s'esniayd point la Pucelle , qu'elle ne soit tantostavec le Roy, disant que lorsqu'il prendra son chemin à tirer avant vers Rheims, que je irois avec luy ; mais ja Dieu ne veuille que je ne le face , et que je ne aille ; et entretant en dit mon frère ; et comme monsieur d'Alençon ce que abandonné : qui seroit celny qui demenreroit ? et pense que le Roy partira ce jeudy d'icy, pour s'y approcher plus prés del'ost; et viennent gens de tontes parts chacun jour. Après vous feray sçavoir, si tost qu'on aura ancone chose besongné , ce qui aura esté exécuté ; et espère Ton que avant qu'il soit dix jours la chose soit bien advancée de ooste ou d'autre : mais tons ont si bonne espérance en Dieu, que je croy
qu'il nous aydera. Mes très redoutées dames et mères , nous nous recommandons mon frère et moy avons le plus humblement que pouvons , et vous envoyé des blancs signez de ma main , afin , si bon vous semble, du datte de cette présente escrire aucune chose du contenu cy-dedans à M. le duc, que luy en escrivez : car je ne luy escris oncques puis; et vous plaise aussi sommairement nous escrire de vos nouvelles, et vous, madame ma mère , en quelle santé vous vous trouvez après les médecines qu'avez prises : car j'en suis à trcsgrand malaise , et vous envoyé dessus ces présentes minutes de mon testament, afin que vous, mes mères , m'adverlissez et escrivez par les procliaiment venans , de ce que bon vous semblera que j'y adjouste ; et pense encor de moy y adjouster entre deux : mais je n'ay encor eu que peu de luisir. Mes tres-redoutées dames et mères , je prie le benoist fils de Dieu qui vous doint bonne vie et longue , et nous recommandons aussi tous deux à nostre frère Louis ; et pour le liseur de ces pre* sentes, que nous saluons, le sieur Du Boschct, et nostre cousine sa fille , ma cousine de La Cliapelle, et toute vostre compagnie. Et pour l'accès et.... solliciter de la chevance au mieux que faire se pourra, et n'avons plus en tout qu'environ trois cent escus du poids de France. Escrit à Selles ce mcrcredy Sdejnin. Etcevespre sont arrivés icy M. de Vendosme , M. de Boussac et autres; et La Hire s'est approché de Tost, et aussi on besongnera bien-tosl : Dieu vciiille que ce soit à vostre désir! Vos humbles fils Guy et André de Laval , et Guy de Laval. »
Ledres de noblesse accordées par Charles Vil à Jeanne d'Arc et à sa famille.
Elles lui furent données à Meh un-sur- Yèvres, le 29 décembre 1429. Le 16 janvier suivant elles furent enregistrées à Bourges à la chambre des comptes, que Charles avait transférée dans cette ville.
[Celte pièce , extraite du XVI* livre de la chambre des comptes , a été traduite par M. Le Brun de Charmilles. — ]
a Charles , par la grâce de Dieu , roi de France : en mémoire perpétuelle d'un événement, et pour rendre gloire à la haute et divine sagesse des grâces nombreuses et éclatantes dont il lui a plu nous combler par le célèbre ministère de notre chère et bien aimée la Pucelle Jeanne d'Ay [d'Arc] , de Domremy, du bailliage de Chaumont ou de son ressort , et que , par le secours de la divine clémence , nous avons espérance de voir s'accroitre encore : Nous jugeons convenable et opportun d'élever, d'une manière insigne et digue de la grandeur de notre majesté royale^ cette même Pucelle et toute sa famille, non-seulement pour recônnottre ses services , mais encore pour publier les louanges de la Divinité , afin qu'ainsi illustrée par la divine splendeur , elle laisse à sa postérité le monument d'une récompense émanée de notre libéralité royale , qui accroisse et per-
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
péloe dans tous les siècles la gloire divine el la célébrité de (ant do grâces.
D En conséquence, savoir faisons à tous présents et à venir qu'en considération de ce qui vient d'être exposé, et en outre des louables, utiles et agréables services déjà rendus à nous et à notre royaume en plusieurs rencontres par ladite Pucelle Jeanne, et de ceux que nous en espérons à l'avenir , et aussi pour certaines autres causes qui nous induisent à ce faire , nous avons anobli , comme par ces présentes, de notre grâce spéciale, certaine science et pleine puissance, anoblissons et faisons nobles ladite Pucelle , Jacques d'Ay, dudit Heu de Domremy , sa femme Isabelle , Jacquemin et Jean d'Ay, et Pierre Prerelo, père, mère et frères d'icelle Pucelle , et toute sa famille et lignage ; et, en faveur et considération d'icelle, leur postérité masculine et féminine née et à naître en légitime
mariage..
«Voulant en conséquence expressément que ladite Pucelle , lesdits Jacques, Isabelle, Jacquemin, Jean et Pierre, et toute la postérité et 11gnago , nés et à naître tant d'elle que d'eux , soient dans tous leurs actes , et tant en jugement que bors , reçus et réputés par tous pour nobles ; et qu'ils usent, jouissent paisiblement et profitent des privilèges, libertés, prérogatives et autres droits dont ont coutume d'user les autres nobles de notre royaume , nés de noble race ; les faisant participer eux et leur dite postérité à la condition des autres nobles de notre dit royaume de race noble : nonobstant que, comme on dit, ils ne soient pas de noble extraction , et soient peut-être même d'autre condition que de condition libre; voulant aussi que les mêmes susdits et lesdits famille et lignage de ladite Pucelle, ainsi que leur postérité masculine et féminine , puissent , tant et aussi souvent qu'il leur plaira , être armés et décorés par quelque homme de guerre que ce soit ; leur concédant en outre, et à leur postérité tant mâle que femelle , née et à naître , en légitime mariage , la faculté d'acquérir de personnes nobles , et autres quelconques , fiefs , arrière-fiefs et autres choses nobles; retenir et posséder à perpétuité tant celles acquises que celles à acquérir, sans qu'ils puissent être contraints de mettre hors de leurs mains lesdites choses ou lesdits fiefs , maintenant et à toujours pour cause de noblesse , ni de payer aucune finance à nous et à nos successeurs pour raison de cet anoblissement , de quelque manière qu'on prétende les y obliger et eontraindre ; de laquelle finance , en considération et par égard pour leurs prédécesseurs , de notre grâce pleine et entière , nous avons doué et tenu quittes , douons et tenons quittes , par ces présentes , les mêmes sùs-nommés , et la famille et lignage de ladite Pucelle , nonobstant toutes ordonnances, statuts, édits, us, révocations, coutumes, inhibitions et mandements faits et à faire â ce contraires.
A reflet de quoi mandons , en conséquence de ce que dessus ; à nos amés et féaux gens de nos
comptes, trésoriers généraux et oommissaires . préposés ou délégués sur le fait de nos finances , et au bailli dudit bailliage de Chaumont, et autres nos justiciers ou Içurs lieutenants présents et à venir, et à chacun d*eux en ce qui le concerne , <]ue de la grâce, anoblissement et concession des présentes , ils aient â faire jouir et user paisiblement , maintenant et à toujours , ladite Pucelle Jeanne , et lesdits Jacques , Isabelle, Jacquemin, Jean et Pierre, toute la famille et lignage d'icelle , ainsi que leur postérité née et à naître, comme dit est , en légitime mariage, sans qu'ils puissent jamais les empêcher ou molester, ou soufl'rir qu'ils soient empêchés ou molestés par qui que ce soit contre la teneur des présentes.
Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours , nous avons fait sceller ces présentes de notre scel en l'absence de notre grand sceau aecoatumé , sauf toutefois , en autres choses et en tout , le droit d'autrui.
Donné à Mehun-sur- Yèvre, au mois de décembre l'an du Seigneur 1429 , et de noire règne le huitième. Et sur le repli est écrit : Par le Roy , en présence de l'évêque de Séez , des seigneurs de La Trémouille et de Termes , et autres. Signé Mallièrb. Et encore sur le même repli est écrit : Expédiées à la chambre des comptes du Roi , le 16 du mois de janvier l'an du Seigneur 1429 ^i) , et enregistrées à ladite chambre au livre des Chartres de ce temps, folio 121. Signé Agmwlle^ el scellées du grand scel de cire verte sur double queue , en laz de soie rouge et verte.
Lettre du duc de Bedford à Henri VI.
Le duc de Bedford , régent de France pour le roi d'Angleterre , effrayé des revers éprouvés par les Anglais depuis l'arrivée de Jeanne d'Arc, écrivait lettres sur lettres â Henri VI, pour obtenir les secours d'hommes et d'argent dont il avait le plus grand besoin. Le texte original de celle qoe nous publions ici est conservé dans les archives de la Tour de Londres ; elle se trouve dans les actes de Bymer^ tom. X , pag. 408, édit. de 1727 à Tan 1428.
Bedfort mourut en 1435 , quatre ans après la Pucelle , et dans ce même château de Rooen où elle avait été enfermée, des suites du chagrin et de la honte que lui fit éprouver la ruine de la puissance anglaise en France.
« Tout vous a réussi, jusqu'au siège d'Orléans, entrepris. Dieu sait par le conseil de qui. Alors après la malheureuse aventure de mon eousio Salisbury, auquel Dieu fasse miséricorde, vos sujets, quiétoient rassemblés en grand nombre à ce siège , reçurent par une permission particulière de Dieu , comme on le doit croire, un échec causé en partie , comme je le crois , par la fâcheuse et criminelle idée que Ton s'étoit faite d'une personne instruite comme un limier par un ennemi rusé et
|f| C'était en etTct li30 : Tannée commençait alonà Pâques.
POUR SERVIE A L*HISTOIRE Dï JEA?fNE D ARC.
malio appelé la Pucelle, qui a employé des cnchiuiemenls fous et des sortilèges.
« Cet échec et déconfiture, ou cette déroule, a non-seulement diminué le nombre de vos sujets, mais a encore été d'une manière surprenante le courage à ceux qui sont restés, et a encouragé vos ennemis de manière qu*ils assemblent leurs troupes eo grand nombre. 9
Utlre de Jean VI , comte d' Armagnac , à la Pu--
celle d'Orléans.
Dans rîoterrogatoire du premier mars, Jeanne se plaignit qu'on eût altéré sa réponse au comte d'Armagnac , qui avait été saisie par les Anglais el dont ou produisit au procès une copie inGdèle. «J'estime, dit-elle, avoir fait cette réponse, » mais non pas en totalité. — Je ne savois que lui » maader ni â qui il devoit obéir ; car ce comte » demaodoit de savoir à qui Dieu vouloit qu'il » obéit; mais qaant à moi-même, je tiens et je » crois que noaa devons obéir au Pape qui est à ■ Rome.— Je dis encore autre chose qui n'est pas » dans ces lettres , à Tenvpy é du comle. Si cet » en?oyé ne fût pas reparti à l'instant , il eût été i jeté k l'eau : ce n'est pas par moi toutefois. »
l/armée partait de Compiègne et la Pucelle se disposait à monter à cheval , lorsque le messager do comte d'Armagnac arriva dans la ville el demanda à lui parler. Il fut très-mal reçu par les capitaines qui se trouvaient auprès de Jeanne d'Arc, et dont la jalousie fut sans doute réveillée par cet hommage d'un grand seigneur envers celle qoi déjà les effaçait tous.
» Ma très chère dame, je me recommande humblement à vous , el vous supplie pour Dieu que , attendu la division qui en présent est en saincle Mse universal sur le fait des papes (car il ia Iroisconlendana du papal : l'un demeure à Romme, qvi se fait appeler Martin Quint, auquel Ions les roys xhrestpieos obéissent; l'autre demeure à Wniscole, au royaume de Valence, lequel se fait appeler pape Clément XII ; le tiers on ne scet où d demeure, se non seulement le cardinal de Saint EsUenoe, et peu de gens avec lui, lequel se fait ^tMT pape Benoist XIV. Le premier, qui se dit pape Martin, fust eslu à Constance par le consentement de fautes nacions des xhrestpiens ; celai qui se fait appeler Clément fut esleu à Panis- <^oIe, après la mort do pape Benoit XIII, par Irois de ses cardinaulx; le tiers, qui se nomme pape Benoist XIV, à Paniscole fu esleu secrètement mesme par le cardinal de Saint Estienne). ^«aillez supplier à Notre Seigneur Jhesucrist que par sa miséricorde infinité, nous veulle par vous ^leclarier qui est des trois dessusdiz vray pape, el aoqud plaira que on obeysse de ci en avant : ou jieellui qui se dit Martin, ou à celluy qui se dit Clément, ou à cellui qui se dit Benoist^ et auquel i^Qs devons croire, si secrètement, ou par aucune dissimulation , ou publique manifeste. Car nous
serons tous prests de faire le vouloir et plaisir de Noire Seigneur Jhesucrist.
Le tout vostre conte d'AsMiGNAc. »
Répome de Jeanne d'Are au comle d'Armagnac.
JHBSUS MARIA.
Comle d'Armignac, mon très chier et bon ami, Jehanne la Pucelle vous fait savoir que vostre message est venu par devers moy, lequel m'a dit que l'a vies envoyé pardeça pour savoir de moy auquel des trois papes que mandez par mémoire vous deviez croire ; de laquelle chose ne vous puis l>onnement faire savoir au vray pour le présent , jusques à ce que je soye à Paris ou ailleurs à requoy; car je suis pour le présent trop empeschiée au fait de guerre. Mais quant vous serez que je seroy à Paris, envoyez un message pardevers moy, et je vous feroy savoir tout an vray auquel vous devrez croire, et que aroy sceu par le conseil de mon droicturier et souverain seigneur, le roy de tout le monde, el que en aurez à faire. A tout mon povoir â Dieu vous coramans. Dieu soit garde de vous.
Ecript à Compiègne, le \xu* jour d'août 1429.
Opinion des Docteurs,
On a vu dans les Mémoires de la Pucelle, que Charles VII Ot examiner Jeanne d'Arc par l'assemblée des docteurs de Poitiers. La décision originale de cette compagnie étoit demeurée inconnue jusqu'à nos jours à tous les historiens de la Pucelle ; le résultat seul s'en Irouvoit énoncé dans la déposition de l'un des docteurs au procès de révision. Cependant cette pièce si amèrement regrettée par l'Averdy el par tous ceux qui ont écrit sur Jeanne d'Arc gisoil ignorée dans le manuscrit n<>7301 de la bibliothèque du roi. C'est un petit in-f" relié en maroquin rouge contenant diverses pièces étrangères pour la plupart à cette époque de nos annales. Il est sur papier ; l'écriture est XV* siècle. L'opinion des Docteurs , sui^ vie de quelques fragments sans intérêt sur la Pucelle, y est placée entre deux ouvrages d'une certaine étendue : la Passion de J.^C. récit en prose, et un Dialogue entre le Disciple et le Maitre. Le volume est terminé par un poème en la-^ tin et en françoiSy intitulé le Chaton.
Cesl l'opinion des Docteurs que le roy a demandé touchant le fait de la Pucelle envoyée de par Dieu,
Le Roy, attendue nécessité de Iny el de son royaume, et considérée les continues prières de son povre peuple envers Dieu et touts autres aimants paix el justice, ne doit point deboutler ne dejetter la Pucelle, qui se dit estre envoyée de par Dieu, pour lui donner secours, nonobstant que ces promesses soyent seules œuvres humaines ; ne aussy ne doit croire en lui tanlost et légièrement. Mais en suivant la Sainte Escrîpture, la doit cspronvier par deux manières : c*est
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
à fiavoîr par prudence humaine, en enqoerant de sa vie« de ses mœurs, et son entencion , comme dist saint Paul, j'apostre : probale spirilus^ si Deo sunl : et par dévole oraison, requérir signe d*aucune œuvre ou espérance divine , par quoy en puisse juger que elle est venue de la volonté de Dieu. Aussi demanda Dieu à Achaz, qu'il demaudast signe, quant Dieu lui faisoit promesse de victoire, en lui disant : pe(e signum à Deo; et semblablemcnt fist Gédéon, qui demanda signe, et plusieurs autres, etc.
Le roy depuis la venue de ladite Pucelle, a observées et tenues [ les ] œuvres et les deux manières dessusdites : c*est assavoir probaciou, par prudence humaine et par oraison, en demandant signe de Dien. Quant à la première que est par prudence humaine, il a faict esprouver ladicle Pucelle de sa vie, de sa naissance, de ses mœurs, de son entencion, et l'a Taict garder avec iuy, bien par Tespace Vie six sepmaines, à toutes gens Ta démonstrée : soyent clercs, gens d'église, gens de dévocion, gens d'armes, femmes, veufves et autres, et pupliquement et secrettement elle a conversé avec toutes gens : mais en elle on ne trouve point de mal, fors que bien, humilité, virginité, dévocion, honnesteté, simplesse : et de sa naissance et de aa vie, plusieurs choses merveilleuses sont dictes comme vrayes.
Quanta la seconde manière de probacion, le roy lui demanda signe, auquel elle respond : y» Que devant la ville d'Orléans elle le monstrcra ; D et non par ne en autre lieu : car ainsi lui est » ordonné de par Dieu. 9
Le roy, al tendu la probacion faicle de ladicte Pucelle, en tant que Iuy est possible, et nul mal ne trouve en elle, et considérée sa responce, que est de démonstrer signe divin devant Orléans; veue sa constance et sa persévérance en. son propos, et ses requestes instantes d'aller à Orléans, pour y monstrer le signe du divin secours, ne la doit empescher d'aller à Orléans avec ses gens d'armes, mais la doit faire conduire honnestement en spéraut en Dieu. Car la doubter ou délaisser sans apparence de mal, seroit répugner au Sai net-Esprit, et se rendre indigne de l'aide de Dieu, comme dist Gamaliel eu un conseil des JuifÎB au regarl des aposires.
Double de la ccdulle de la sommation faicle par revesque de Beauvais au duc de Bourgoingne et monseigneur Jehan de Luxembourg, pour rendre la Pucelle.
C'est ce que requiert l'evesqoe de Beauvais à monseigneur Jean de Luxembourg et au bastard de Vendôme, de par le roy nostre Seigneur, et de par Iuy , comme évesque de Beauvais, que icelle femme nommée Jchanne la Pucelle, prisonnière , soit envoyée au roy pour la délivrer à l'Eglise pour lui faire son procès, pour ce qu'elle est suppessonnée et diffamée d'avoir commis plusieurs crimes , comme sortilèges , idolâtries ,
invocations d'ennemis et autres plusieorscas touchant nostre fui , et contre icelle. El combieQ qu'elle ne doit point estre prinse de guerre, comme il semble, considéré ce que dit est, neanlmoins , pour la rémunération de ceux qui lonl prinse et détenue , le roy veut liberalemeDl Icor bailler jusques à la somme de six mille livres, et pour ledit bastard qui l'a prinse , renie pour soutenir son estai jusqu'à deux ou trois ceuU livres.
llem^, ledit évesque requiert de par lai aax dessusdits et à chascun d'iceux , comme ieelle femme ait été prinse en son diocèse et soabs sa jurisdiction spirituelle, qu'elle lui soit rendue pour lui faire son procès comme il appartieol : à quoi il est tout prest de entendre , par l'assistance de l'inquisiteur de la foi , si besoiog est, el par l'assistance des docteurs en théologie, en décrets et autres notables personnes experts en fait de judicature , ainsi que la matière requiert, afin qu'il soit dueraent et meurement faicià l'exaltation de la foi , et rinstruclion de ceox qui ont été en ceste matière deceus et abusés à l'occasion d'iceile femme.
Ilem^ et en le parGn, se par la maDière avant dite , les df ssusdits ou aucun d'eux oe voulloient estre constents, ni obtempérer à ce que dessus est dict, combien que la prinse d'iceile femme ne soit pareille à la prinse de roy , prince ou autres personnes d'estat, fust le roy, le Dauphin ou autre grand prince , le roy le poarroit avoir, s'il voulloit, en baillant au porteur dii mille francs selon le droit d'usage et coustome de France. Ledit évesque somme et requiert ces dessusdits , au nom comme dessus, que ladite Pucelle lui soit délivrée, en baillant sûreté de ladite somme de dix mille francs pour toutes choses quelconques, et ledit évesque, de par loi* selon les formes et peines de droit, la requiert à loi estre baillée et délivrée comme dessus dit.«
Double des lettres de V Université de. Paru à masire Jehan de Luxembourg * pour la rendilio'^ de la Pucelle,
Très noble, honoré et puissant seigneur, nous nous recommandons très affectueusement à vostre hauste noblesse. Vostre noble prudence scai^ bien et congnoist que tous bous chevaliers catbo* liqoes doibvent leur force et puissance employer, premièrement au service de Dieu, en espécialle serment premier de l'ordre de chevalerie qui ^ gardé, et deffendre l'honneur de Dien et la foi catholique et la sainte église. De ce serment vous est bien souvenu quand vous avez vostre ooble puissance et présence personnelle employée à appréhender telle femme qui se dit la Pucelle» au moyen de laquelle l'honneur de Dieu a esté sans mesure offensé ,'la foi excessivement blessée, et l'Eglise trop fort deshonorée; car, par son occasion, ydolâtries, erreurs, mauvaises doctrines et autres maux et inconvénients irréparables se
POUR SEBVIR À L'HISTOIBE DE JEANNE d'âJRC.
sont ensQÎTis ep ce royaume. Et en vérité tous loyaax cbrestiens yoas doibveiit mercier grandement d'afoir fait si grand service à nostre saincte foi et à toat ce royaume, et quant à nous , nous en remercions Dieu de tous vos ouvrages et vostre noble prouesse tant comme le povons, mais peu de cbose seroit avoir fait une telle prinse , s'il oe s'ensuivoit ce qu*il appartient pour salis- 6jre â roflTence par ieelle femme perpétrée contre nostre très doux créateur en sa foi et sa saincte Eglise aveeques ses autres inesets innumérables comme on dit ; et seroit plus grand inconvénient que oncques mer. Et ce seroit intolérable oflTence contre la majesté, si cette femme demeure, en ce point, et qu'il advint que cette femme fut délivrée ou perdue, comme ont dit aucuns adversaires soi vouloir eflTorcer de faire, et appliquer tous leurs entendemens par toutes voies esquises, soit par argent ou rançon, mais nous espérons que Dieu ne permettra pas advenir un si grand mal sor son peuple, et que ainsi vostre bonne et noble prudence ne souffrira pas, mais y saura bien pourvoir convenablement; car si ainsi estoit Ciide délivrance d'icelle sans convenable répara-» Uon,ce seroîl deshonneur irréparable à vostre grande noblesse , et à tous ceux qui de ce se seroient entreoiîs. Mais à ce que tel esclandre cesse le pluslét que faire se pourra , comme le besoing est, pour ce que en ceste matière le délai est trop périlleux et très préjudiciable en ce royaume, Doos supplions très humblement et de cordiale affection à vostre poissante et honorée noblesse, que en fovear de l'honneur divin, à la conser- ▼ation de la foi, au bien et exaltation de tout ce royaume , vous baillez ieelle femme à la mestre en justice, et envoyer par deçà à Tinquisiteur de la foi, qui ieelle a requise et requiert très instamment poorfaire discussion de ses grandes charges, tellement que Dieu en puisse estre content, et le peuple édifié duement et en bonne et saincte doctrine; ou vous plaise ieelle femme rendre et délivrer à révérend père en Dieu, et nostre très hoDoré seigneur, Tévesque de Beauvais qui ieelle a pareillement requise , à la jurisdiclion duquel elle a esté appréhendée; et comme on dit, les prélats inquisiteurs sont juges d'icelle en la malière de la foi ; et est tenu obéir tout chrétien , de quelque estât qu'il soit, à eux en ce cas présent, sur les peines de droit qui sont grandes. Et 00 ce fait, vous acquierrez la grâce et amour de la haute divinité, vous serez moyen de l'exaltation de la saincte foi, et aussi accroisserec la gloire de vostre haut et noble nom , et mesmement de nostre très haut et très puissant prince nostre très redonbté el le vostre, monseigneur le duc de Boorgoingne, et sera chascun tenu à prier Dieu pour la prospérité de vostre très noble personne, laquelle Dieu nostre sauveur veuille conduire par sa saincte grâce en tous ses affaires , et finablement lui rétribuer joie sans fin.
Escript à Paris, le quatorziesmejour de juillet mil quatre cent trente.
Ladite sommation et lettres dessus escriptes et dépêchées, Tévesque de Beauvais, nommé messire Pierre Gaochon , accompagné d*ung homme qui portoit les lettres de FUniversité de Paris, et d'ung notaire appostolique , partit de Paris , et s'en alla à Compiegne , où le duc de Bourgongne et le duc de Luxembourg estoient au siège devant ledit Compiegne; auquel ledit duc, ledit évesque présenta lacédule delà sommation. Lequel duc, après qu'il l'eut reçeu , la baîlla à monsieur Nicolle Raoullin, son chancelier, qui estoit présent, et loi dit qu'il la baillast à monsieur Jehan de Luxembourg et au seigneur de Beaurevoir; ce qu'il feist présentement , car tous deux survind rent là. Laquelle cednle ledit de Luxembourg receut et leut ; et après lui furent présentées les lettres de l'Université, qu'il leut pareillement, ainsi qu'il est contenu en l'instrument d'un notaire appostolique nommé Trlquelot , auquel est seulement faict mention de la cédole de la sommation; lequel instrument j'ai translaté de latin en françois , ainsi qu'il ensuit.
La teneur de l'irutrumêni du notaire qui fuit pré»ent à la iommation faiele pour rendre la Pucelle.
En l'an de grâce mil quatre cent trente , le seiziesme jour de juillet, en l'indiction huitiesme, du pape Martyn cinquiesme, l'an treiziesme de son pontificat, en la bastille de très illustre prince, monseigneur le duc de Bourgogne, establye an siège devant Compiegne, es présence de nobles hommes messieurs Nicole de Mailly, bailly de Vermandois, et Jehan de Pressy, chevalier, aveeques plusieurs autres nobles en grande multitude, fut présentée par révérend père en Dieu, monseigneur Pierre , evesque et comte de Beauvois, audit très illustre prince , monseigneur le doc de Bourgoingue, une cedule en papier, contenante le mot en mot cinq articles excripls en double d'icelle ici devant escripts; laquelle cédule mondit seigneur le duc bailla réaiment à noble homme Nicolle Raoullin , son chancelier, qui estoit présent, et lui commanda de bailler à noble et puissaut seigneur Jehan de Luxembourg, chevalier, et au seigneur de Beau- Revoir, laquelle cedulle, icelui chancelier réaiment bailla audit de Luxembourg présent; laquelle il récent, ainsi qu'il me sembla. Ces choses dessus escriptes ont esté faictes en ma présence. Ainsi signé Trlquelot, uotaire et tabellion apostolique et impérial.
Après ladite cedulle et lettres de l'Université baillées et présentées , comme dit est , ledit evesque parla audit de Luxembourg; et après plusieurs paroles , il fut appoincté que en lui baillant une certaine somme d'argent , ladicte Pucelle lui seroit délivrée ; ce qui fut fait trois ou quatre jours après. Laquelle Pucelle, reçue par ledict evesque, la mist entre les mains des Anglois , qui la menèrent à Rouen, et la mirent dedans le château dudit lieu, en une forie prison bien enferrée, bien enfermée et bien gardée.
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