‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 17 sur 157 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

DEPUIS LE COMMENCEMENT DE SON PBOCÈS JUSQU'â LA SENTENCE DEFINITIVE D*ÂBS0LUT10N.

Dans la première partie des documents pour sertir à l'histoire de Jeanne d'Arc , nous avons appelé ratlentioQ de dos lecteurs sur un manuscrit peu connu de la Bibliothèque d'Orléans. Ce manascrit qui ne parait pas remonter au-delà de 1580, est écrit sur papier et couvert en veau fauve avec filet ; la tranche est dorée et dentelée. 11 contient une histoire abrégée des actions de la Pacelle jusqu'au sacre de Charles VII ; une copie de la minute françabe de son procès ; Finformation faite après la mort de Jeanne pour jnstifler sa condamnation ; la lettre du roi d'Angleterre aux évèques, ducs, comtes, etc. , pour le mèmeobjet; un abrégé du procès de révision, etc. De toutes ces pièces, la plus importante est sans contredit celle que l'on regarde avec assez de vraisemblance comme une copie de la minute française du procès de la Pucelle. L'auteur du manascrit dit à la vérité avoir extrait et traduit du latin ce procès , par le commandement du roi Louis XII et de monsieur de Graville, amiral de France; mais cette allégation qui détruirait Topiolon que nous venons d'énoncer, ne paraît point exacte. L'auteur a selon toute apparence traduit du latin Vhistoire abrégée et les premiers interrogatoires ; mais le reste du procès est évidemment emprunté à la minute française do procès de Jeanne d'Arc.

M. L'Adverdy (1) avait déjà désigné un manuscrit du dépôt des Chartes, aujourd'hui à la Bibliothèque du roi , comme contenant une copie de cette même minute du procès de condamnation. Le texte français n'y commence qu'à la sixième séance, celle du trois mars : les cinq premières et le commencement de la sixième y sont en lalin. Il est connu sons le nom de manuscrit de Durfé.

Eo comparant les textes de ces deux manuscrits, il n*est guère possible de douter qu'ils n'aient été copiés sur une minute unique : seulement Fauteur de celui qui est conservé à Orléans

(i) Tome III des notices et eitrails des manuscrits de U Bibllotlièquedu roi. 1790, ln-4.

parle de Jeanne à la troisième personne , tandis que le manuscrit de Durfé donne les réponses de la Pucelle telles qu'elles sont sorties de sa bouche.

Le manuscrit dOrléans présente une lacune assez considérable qui comprend les trente deux dernières questions et réponses de la séance du 27 février , et les trente trois premières de celle du premier mars. Nous y suppléroos à l'aide de la grosse latine , car le texte français du manuscrit de Durfé ne commence, ainsi que nous l'avons dit , qu'à la séance du 3 mars.

Nous ne discuterons pas les raisons, selon nous très plausibles , sur lesquelles se fonde l'opinion qui fait regarder ces manuscrits comme des copies de la minute originale du procès de condamnation. Nous renvoyons pour cela les lecteurs à l'excellente dissertation de L'Adverdy et à celle de l'abbé Dubois (2).

L'extrait que nous donnons ici suffira pour faire connaître et la perfidie des juges , et la vie de cette fille illustre , raccoutée par elle-même dans les réponses qu'elle leur a faites. « Dans ce » procès fameux , dit M. Daunou(3),on voit » aux prises avec le malheur , en proie à la plus y> atroce iniquité , une victime innocente que la » pureté de ses mœurs , la noblesse de son carac- » tère , la franchise de son enthousiasme , et le » courage le plus héroïque dans un sexe si faible » et dans un si jeune âge ont élevée d'une condis> tion obcure au rang des plus illustres person- » nages de son siècle. — Ici les faits parlent et » frappent d'eux-mêmes, et Jeanne d'Arc assuï> rément n'a besoin d'aucune autre apologie , ni » ses juges d'aucun autre opprobre. Qu'ajouter 9 a l'ignominie où ils se plongent à mesure qu'ils » l'interrogent, qu'ils la trompent, et l'injurient » et la tourmentent ? Comment la rendre plus n auguste et plus sublime qu'elle ne l'est , au » milieu de leurs astuces , par la naîvelé de ses » réponses? Quand par exemple, interrogée si

(2) Inséré dans le t.XXXIVdes Chroniques nationales.

(3) Journal des Savants, NoTembre, 1817.

INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS

» elle n'a pas fait enteudre aux soldais que sa » baunière lear portait boahear, elle 6*écr(e : » Non ; mais je leur disois : Enlrex hardiment » parmi les Angloiê, et j'y entrais moi-même. »

11 est resté de curieux monuments de la crainte que Jeanne d'Arc inspirait aux Anglais. Ils la redoutaient au point que ceux qui étaient enrôlés pour passer en France, se trouvaient à la rérilé aux revues , mais quand le moment de l'embarquement approchait , ils se retiraient dans leurs foyers et refusaient de partir. Henri VI fut obligé de faire publier qu*ou emprisonnerait ces déserteurs et qu*on saisirait leurs équipages. Rymer, qui rapporte cette ordonnance (1) datée du 3 mai 1430, lui donne pour litre : De proclamationibus contra capitaneos et soldarioi tergiversantes^ incantationibus Pucellœ terrificatos. Hais ce qu'il y a de plus singulier, c*est que cet effroi ne diminua point lorsqu'elle fut en leur pouvoir. Le 12 décembre 1430 ( Jeanne était depuis plus de six mois captive ) , le duc de Glocester adressa des lettres royales , datées de Wye , aux vicomtes de Kent, de Norfolk , de Sussex et de Suth, et a« constable du château royal de Douvres , gouverneur des cinq ports, pour leur enjoindre de faire arrêter les guerriers à qui la peur de la Pucelle ferait abandonner les drapeaux : quos lerrieulemenla Puellof eœanimaverint. Un contemporain a confirmé ces faits par un témoignage authentique : Dans sa déposition au procès de réviftion, Jean Toutmouillé rapporte « que la u commune renommée divolgoit que par apetit Y» de vengeance perverse , ils Tavoient persécu- » tée , et de ce donné signe et apparence ; car n devant la mort d'elle , les Anglois proposèrent )> mettre le siège devant Louviers , mais tantôt » muèrent leur propos disant que point n'assié- » geroient ladicte ville, jnsques à tant que ladicle » Pucelle eost été examinée, et de quoi ce qui )» ensuit fut probaclion évidente ; car incontinent » après la combustion d'icelle, sont allés planter D le siège devant Louviers , estimant que durant » sa vie, jamais n'auroient gloire ne prospérité i> en fiait de guerre. i>

Ce fut donc la crainte qu'elle avait inspirée à la multitude et même à la plupart des chefe ennemis, qui détermina les Anglais à faire périr la Pucelle. Aucun sacrifice ne leur coûta pour se rendre maîtres de sa personne. Dix mille livres, valant environ soixante mille francs de la monnaie d'aujourd'hui, titrent payées pour sa rançon. Un procès capital leur parut la voie la plus sûre pour détruire, aux yeux de leurs soldats épouvantés, le prestige qui environnait encore cette fille guerrière. Toutefois, en la livrant à ce que Ton appelait alors la justice ecclésiastique , ils n'avaient point prétendu courir les chances d'une absolution. Ils la livraient pour qu'elle fût condamnée à périr publiquement ; s'ils ne pouvaient atteindre ce but de leurs désirs et de leurs efforts , ils re-

(!) Tome IV, partie i page !ۥ.

vendiquaicnt leur proie. Le foi d'Angleterre, dans ses lettres du 3 janvier 1431 déclare, « que » son intention est de ravoir et de reprendre 9 icelle Jehanne si ainsi il estolt qu'elle ne fut » convaincue ou acteinte des cas dessos-dits oa » d'aucuns d'iceux , ou d'autres regardant h B foi. y> Du reste il f^t tierveillensement servi dans ses desseins par Cauchon, évèque de Beaavais, et par quelques uns des juges de ce procès odieux : les autres furent intimidés ou trompés. U terreur et la ruse furent employées tour àtooraaprès de tous ceux qui figuraient au procès oa qai approchaient de Jeanne d'Arc. Dinfàme Mquew montra le docile instrument de la politique anglaise, et l'agent infatigable de celte œuvre d'iniquité.

Toutefois le gouvernement Anglais crut devoir se justifier devant la France et l'Europe par deux manifestes de la conduite qu'il avait teaoe dans cette affaire. U espérait d'accréditer en mène temps l'opinion que Charles YII avait employé des moyens criminels pour recouvrer son royaume* Cette intention dicta les deux lettrespatentes qui furent alors publiées au nom de Henri VI. D'une autre part, cette exécution produisit un effet si fâcheux pour les juges , qao l'évèque de Beauvais demanda au roi d'Aogle* terre des lettres de garantie « qui lui furent a^ cordées le 12 juin. Il fallait que l'innoceoce de Jeanne fût bien avérée aux yeux des peuples « puisqu'on un siècle aussi barbare sa mort fut regardée comme un crime. C'était alors, ou ne l'ignore point , une choee fort ordinaire qao de brûler un sorcier. De grands éloges sont accordés par les historiens de cette époque aux priaces et aux seigneurs qui se plaisaient à dooaer des marques de leur foi eu dirigeant ces sortes de poursuites. Yoîci comment l'un d'eux s'eiprime à ce sujet sur le connétable de RicbemoDt: « Oncques homme en son temps n'ainoa plos jos- » lice, ny ne meit peine de la faire à son pouvoir » qu'il faisoit. Oncques homme ne hayt plus toa- » tes hérésies, et sorciers» et aordères, qu'il » hayoit. Et bien y parut , car il en feit plus » brusler en France, en Poitou et enBretaigac, » que nul autre en son temps. Et pou voient bien » dire les sorciers et sorcières, et hérétiqoes, » quand il mourut , que leur ennemy mortel es- » toit mort. Oncques prince en son temps ne tti » plus humble , ne plus charitable , ne plas mi- 0 séricordieux, ne plus libéral, ne plus large, w » plus abandonnée bonne manière sans V^ » digalilé. v

Cependant Cliarles VU , ce roi dont oa • dit ; • qu'il étoit ingrat, insouciant el léger, » {% se voyant attaqué par les Anglais dans mw honneur , pour avoir employé la Pucelle dan^ ses armées , résolut de procéder à la justification de celle à qui il devait son royaume. Lorsqu'il se fut rendu maître de Rouen, en 1449, une première enquête fut ordonnée, mais de

(2) M. de Chateaubriand, BHiéês hist., I. IV. P ^^

POOB SBBVIB A L*BIBTOIBE DE /BAIINB D*ABC.

graves difflcoUés s'étovèrest : Jeanoe ayant été coodamnée par qd tribanal ecclésiastique, l'ao» torisatioo do pape était oéeessaire poar qu'an an Ire tribaual da même ordre pût revoir le procès. Nicolas V refusa de prononcer, dans la crainte de déplaire aux Anglais. Calixte III loi ayant succédé, et le roi ayant fait agir en leur nom propre les parents de la Pocelle , ce pape fit enfin expédier des lettres apostoliques et nomma les joges. Jeanne d*Arc fut pleinement Justifiée , et Tarrèt de rébabililation Ait prononcé à Rooen le 7 juUlet 14Ô6.

Procès de la Pueeile (21 février).

... Le mercredy , vingt-oniesme jour de febvrier aodit an (1431) , en la cbappelle royale do chasteao de Rooen , es présence dodit evesqne ( de Beauvais ) et de messeigneurs et maistrès monseigneur Gilles , abbé de Fescamps , Jeban Beau-Pere , Jean de Ghasiillon , Jacques le Teesier, Nicolle Mydy, Guerard Feuillet, Gnillaame Hecton, Thomas de Courcelles et mais tre Richard Prati, furent lues les lettres du roy d*Ang1eterre , par lesquelles il mandait aux joges ordinaires de Rouen qu'ils baillassent et deslivrassent la Pucelle audit evesque pour faire son procès; les lettres du chappître de Rouen; la citation pour faire entrer ladite PuceUe devant loi, avecques la citation de celui qui Tavoit citée ; Icsqoeiles loes, maistre Jehan Estivet , ordonné promotenr en ee procès par ledit evesque , de* manda et reqoist que ladite Pucelle fost admeoée et ioterrogiée selon la voie de droit, ce qui lui fut aceordépar ledit evesque.

Assés test après, ladite Jehanne fut admenée devant ledit évesqoe et les assistans dessus nom» mes. LaqueHe venue, tceiuy evesque lui dist et remonatra comment elle avait été prinse dedans les marches de son diocèse. Et pource, qu'il estoit brait et renommée de plosieors de ses faits qui estaient contre notre foy , non pas seulement en royaume de France , mais par touts les royau» mes , es quels ils estaient divulgués et publiés, et qo'elle estoit accusée d'hérésie , elle lui avait esté baillée et délivrée pour faire son procès en matière de la foy. Après lesquelles paroles , le promoteor dessusdit remonstra comment, à sa rcqaeate, elle avait esté citée et convenue, pour respondre en matière do la foy , ainsi qu'il appa» roissoil par les lettres et actes qu'il exhiba pré* sentement, suppliant qu'elle fust adjorée de dire vérité, et interrognéesor les parties qu'il baiUeroit ; laquelle reqoeste loi fost accordée par ledit évesqoe et assistants.. .

Ce mesme joor après aoeons interrogatoires faietai ladite Jehanoe, c'est assavoir do nom de SCS père et mère et du lieu ou elle avait esté née, et de son aage , ladite Jehanne soy plaignant des fers qu'elle avoit aox jambes : loi fost dit par ledit évesqoe, que par plusieurs fois elle se es<>

toit efforcée de s'échapper des prisons ; pourquoi, afOn qu'elle ftist gardée plus seurement , on avoit conunandé qu'elle ftast enferrée. A quoi ladite Jehanne respondit, qu'il estoit vrai que autrefois qu'elle avoit bien voulu s'eschapper de la prison , ainsi qu'il est licite à chascun prisonnier , et dit oultre, que quand elle pourroit eschapper, on ne la pourroit reprendre qu'elle enst fiiulcé ou viollé sa foy à aucun ; car elle ne l'avait baillée jamais â personne.

Interroguée quel aage elle avoit , respondit : qu'elle avoit dix-neuf ans ou environ. Et outre dist que sa mère lui apprint le Paler Nosler , Ave Maria et Credo, et que autre personne que sa dite mère ne lui apprint sa créance. Requise qo'elle dit Pater Noeter et Ave JfanVi,. respondit qu'elle les dira volontiers, pourveu que mondit Seigneur l'evesque de Beauvais, qui estoit présent , la vooidroit oy r de confession, etc.

(22 février.)

L'an mil quatre cent trente, le vingt-deuxiesme jour de febvrier, en la salle do chasieau da Rouen

ladite Jehanne premièrement fut admonestée et requise de faire le serment qu'elle avoit faict le jour précédent de dire vérité de tout ce qui lui seroit demandé sur les crimes et les maléfices de quoi elle estoit accusée et diffamée. A quoi elle respondit : « Je le feis hier , vous me chargez trop. 9 Finablement elle fist^ le serment en la forme qu'elle l'avait faict au jour de devant ; après lequel serment faict , ledit evesque commanda à maistre Jehan Beau-père que il l'inter* rogeast ainsi.

Premièrement lui demanda si elle dirait vérité. A quoi elle respondit : « Vous me pourrez bien » demander telle chose de laquelle je vous res- » pondrai le vrai, de l'autre non. » Dist outre: a Se vous estes bien informés de moi , vans voul^ » driez que je tbsse hors de vos mains. Je n'ai » rien faict fors par révélation. »

Interroguée scelle avoit apprins aucun art on mestier, dist : que oui, et que sa mère lui avoii apprins à coustre , et qo'elle ne cuidoit point qu'il y eust femme dedans Rouen qui lui en sceust apprendre aucune chose. Dit outre : qu'elle avoit laissé la maison de son père en partie pour double des Bourguignons, et que se estoit allé à Neuf- Cbastel avecques une femme nommée le Rousse; où elle demeura par quinze jours, en laquelle maison elle laisoit les négoces de ladite maison , et ne allait point aux champs garder les brebis ne autres bestes.

Interroguée si elle recepvoit point le corps de nostre Seigneur à autre fesfe qu'à Pasques , respondit : « Passez outre* » Et se dit qoe dès l'aage de treize ans elle eqst révélatÛNi de Notre Sei-

IlfDICATIOIf ANALYTIQUE DES DOGC VENTS,

gneur par uoe voix qui renseigna à soi gouverner; et pour la première fois , qu'elle avoit eu grand paour. Et dit que ladite voix vint ainsi que à midi , en temps d'esté , elle estant au jardin de son père, en ung jour de jensne. Et sedist que ladite voix vint au costé dextre vers Téglise. Et dit que ladite voix n'est guère sans clarté, laquelle est toujours du costé dé ladite voix. Dit outre que ladite voix , après qu'elle l'eut ouïe par trois fois , elle congneust que c'estoit la voix d'un ange . Dit aussi que ceste voix l'a toujours bien gardée.

Interroguée quel enseignement ceste voix lui disoit pour le salut de son ame, respondît : qu'elle lui apprint à se bien gouverner : et lui disoit qu'elle debvoit fréquenter l'église; et après lui dlst qu'il estoit nécessaire qu'elle vinst en France ; et lui disoit deux ou trois fols la sepmaine, qu'elle partist pour venir en France, et que son père ne sceut rien de son parlement. Avecques ce lui dist qu'il falloit qu'elle se bastast de venir , et qu'elle leveroit le siège devant Orléans , et qu'elle allast à Robert Beaudricourt , capitaine de Yaucouleurs , et que il lui baîlleroit des gens pour la conduire. A quoi elle respondît qu'elle estoit une pauvre femme , qui ne sçauroit ni chevaucher ne faire , ne démener la guerre. Et après ces paroles , elle s'en alla en la maison d'ung sien oncle , où elle demeura huict jours et et que apprès , son oncle la mena audit Robert de Beaudricourt, lequel elle cogueutbien, et se ne l'avoil jamais veu ; et dit qu'elle le cognent par la voix qui lui avoit dit que c'estoit il.

Dit : que quand ledit Beaudricourt se departist d'elle , il lui dlst : « Va-t-en , et en advieigne ce » qu'il en pourra advenir. »

. . .Dit : qu'il falloit nécessairement qu'elle changeast son habit.

Interroguée quelles lettres elle envoya aux Anglois , et qu'elles contenoient : dit : qu'elle envoya des lettres aux Anglois qui estoient devant Orléans , par lesquelles elle leur escripvoit qu'il falloit qu'ils se partissent de là : et dit que en ses lettres , ainsi qu'elle oit dire fhn a changé deux ou trois mots , c'est assavoir : « Rendez à la Pucelle ; » et il y doibt avoir : « Rendez au roy. » où il y a « Corps pour corps » et « chef de guerre » cela n'estoit point èsdits lectres.

Dit qu'elle trouva son roy à Ghinon , ou elle arriva environ midi, et se logea à une hoslellerie ; et après dinar elle alla devers le roy , qui estoit au chastel.

Dit : qu'elle entra avant en la chambre ou estoit le roy, lequel elle congneut bien entre les autres , par le conseil de la voix.

Interroguée si quant la voix lui monstra le

(1) Ces mots ne signifient pas que Jeanne ait vu un ange, c'ei t simplement de sa part un refus de répondre.

roy , se il y avoit point de lumière, respond, « Passez outre. »

Interroguée si elle yist point d'ange sur le roy, respond : « Pardonnez-moi (1). »

Dit que devant que le roy la mist en œuvre il eust plusieurs apparitions et de belles révélations.

Interroguée quelle réyélation , respondit je ae les vous dirai point encore ; mais allez au roy , et il vous les dira. »

Dit : que la voix loi avoit dit qu'elle dernoorast à Saint Denis en France , et en qoel lien elle voulust demeurer; mais les seigneors ne lui voulurent point laisser , pour ce qu'elle estoit blécée ; et se dit : qu'elle fut blécée dedans les fossés de Paris, de laquelle blessure elle fost guarye dedans cinq jours. •

Dit, qu'elle fist faire une grosse esearmoadio devant Paris. Interroguée s'il eetoit feste le joar qu'elle fit faire ladite escarmonche, respondît, après plusieurs interrogatoires , qu'elle croyoit bien qu'il fust feste.

Interroguée si c'estoit bien faict de faire oog assaut à jour deiéste , respond : « Passes outre.»

ItUerrogaloire du $amedi ving quatre février.

Ledit evesque de Beauvais persuada et adnonesta ladite Jehanne, qu'elle juras! absolument et sans condition de dire vérité de ce fair« ; et foi troii fois* admonestée et requise. A quoi elle respondît : « donnez-moi congié de parler. » Et pois dist : » Par ma foi , vous me pourriez demander teUes » choses que je ne vous dirois pas le vrai , spé- » cialement de ce qui touche les révélations ;eir » vous me pourriez contraindre par adventnre i » dire telle chose que j'ai juré ne dire point. » Ainsi serols parjure ; que ne devriez pasvoo- » loir. »

. • . En s'adressent à monseigneur de Beauvais , lui dist : « advisez bien de ce qoe » dictes estre mon juge : car vous prenes ooe » grande charge et me chargez trop. »

. . . Dist qu'il lui estoit advis que c'estoit assez d'avoir juré deux fois.

Interroguée de rechef si elle veot peint jorer

simplement et absolument , respond : « Vooi

» TOUS en pouvez bien paaser ; j'ai assez joréde

» deux fois ; et crois que tout le clergé de Rooen

» et de Paris ne m'y saoroienl oontraindre , se

» ils ne avoient tort. »

. . . Dist s que de sa venue en France eDe

dira volontiers vérité ; mais non pas de tout.

. » . Après que de rechef fài sommée et requise de jurer comme dessus et adoMmestée de ce Dure sur peine de estre aetainte et ooovaiocoe

La grosse latine porte : ParcaHê mUU, Giltei-niolgrAtf. eicuseï moi : passeï outre.

POUH SBBVIB A l'iBISTOlBB DB IBirNlIl D'aBC.

é» CM h eDe tmpûate, respoDdit: « Tai asseï » Juré; passez cotre. »

Derechef et d'abondant ftit admonestée de dire ▼frite de ce qoi toachoit son procès , en loi remonstrant qo*elle se mettoit en danger , respondit : « le sois preste de Jorer et dire ce qoe Je eçaorai toocbant mon procès; mais Je ne dirai point toot ce qoe je scai. »

Et après ces paroles elle Jora.

Interrogoée depois quand elle ooyst sa voix. Respondit : « Qu'elle l'avoist ooye hier et hoy. »

Interrogoée à qo'elle heore elle l'aroit hier •oye.Dist : qoe elle ravoit ooye trois fois, l'oneao matin, l*aolre à lieore de respres, et Taotreà rheore de l'Are Maria, encoires l'oyoit-elle plos flooTent qo'elle ne dit.

Interrogoée qoe elle faisoit hier ao matin qoand elle ooyt ceste roix. Respond : Qo'elle doriDoit et qoe ladite voix l'esTeilla.

Interrogoée si ladite Toix l'esveilla par voix eu par la (oocher par le bras oo aiUeors. Respond : Qoe par ladite yoix elle se esToilla sans loi toocher.

interrogoée si elle mercia point ladKe voix, et si elle se agenooilla. Respond : Qo'elle la mercia elle estant assise en son Ht; et dit qo'elle joignit les mains et loi requist et pria qo'elle loi aidast et la conseillast de ce qoe elle ayoit à faire ; à qooi ladicte yoix loi dist qo'elle respondit hardyment.

. . . Dist de rechef aodit évesqoe : « Voos w dictes qoe toos estes mon Juge ; advisez bien V ce qoe vous ferés, car de venté Je sois envoyée » de par Dleo , et voos mectés en grand dan- » ger. »

Interrogoée si celle voix avoit point moe aocanes fols sa délibération. Respond : Qo'elle ne Tavoit Jamais troovée en deox paroles contraires.

Interrogoée si c'est on angel de Dieu , sans moyen , oo de sainct oo de saincte. Respond : Qo'elle vient de par Dieo. « Et Je crois qqeje ne » voos dis pas pleinement ce qoe Je sçay ; et ay « greigneor paoor de dire quelque chose qui » leur déplaise, qoe Je n'ai de respondre à voos.» Et dit: « Qoant à ceste interrogation, Je voos » prie qoe Je aie dîlation. »

. • . Interrogoée si son conseiMui a point révélé qoe elle eschapperoit. Respond : « Je ne » voos ay à dire. »

Interrogoée se avesqoe les voix elle volt qoelqoe chose.. Respond : « Je ne voos dis pas toot ,

(1] Cesl-4h-dlre : lorsqoMls disent la vérité ; pour avoir dit la vérité.

(2) Cette réponse est Vone de celles qoe Fon croit ijooté^ parla malveillsncedesjages. Ce J?otirgii<^on était le compère de Jeanne. Elle Hit dit on Joor, en faisant

» car Je n'en ai congié ; etaossi mon serment ne- » tooche pas cela ; mais Je voos dis qo'il y a voix. » belle , bonne et digne , et n'en sois point tenoe » d'en respondre. »

Interrogoée se la voix a voe , c'est à assavoir si elle a des yeox, poor oe qo'elle demanda à venir par escript les poins sor lesqoels on la vooloit interrogoer. A qooi elle respond : « Yods ne » l'avez pas eneoire. »

... Dit qoe le dict des petits enfants est qoe on pend bien ancones fois les gens poor dire vérité (1).

Interrogoée si elle sçait qo'elle sdt en la grée» de Dieo : respond ; « Si Je n'y y sois, Dieo m'y » veoille mettre ; et se Je y sois , Dleo m'y » veoille tenir I »

. . . Dit qo'elle eoide qo'elle estoit en l'âge de treize ans , qoand la voix loi vint la première fois.

Interrognée se en sa Jeonesse , elle alloit se esbattre avec les antres aox champs. Dit : qo'elle y a bien esté aocnnes fois, mais ne scait en qoel. âge.

Interrogoée si eeox de Dompremi tenoient' le» parti des Boorgoignons oo Armignacs* Respond : qoe elle ne cognoissoit qoe ong Boorgoignon , qo'elle eost bien voolo qo'eost la leste cooppée,^ voire se il eost pleo à Dieo (2)l

Interrogoée se elle fostoneqoes avecq les petits enllMits qoi se combattolent poor le parti des Angloys étales François. Respond qoe non , dont elle ait mémoire ; mais a bien veo qoe aocons de. ceox de leur ville s'estoient combattos contre ceux de-Marey , et en revenoient ancones fois, bien bleeés-ei soignants»

Interrogoée si en son Jeone aage elle avoit grande intencion de persécoterles Boorgoignons. Respond r qu'elle avoit bonne volonté qoe le roy eost'son royaome.

Interrogoée se elle menoit poinct les bestes aox champs. Dist : qo'elle a respondo ; et qoe depois qu'elle a esté grande et qo'elle a eo entendement, ne les gardoit pas ; mais aidoit bien à les condoire es près en nng chastel nommé risles , poor doobte des gens d'armes ; mais de son jeone aage , se elle les nirdoit oo non , n'en a pas la- mémoire.

. • . Interrogoée de l'arbre. Respond : qoe assez près de Dompremy, a on arbre qui se appelle l'arbre des Dames, et les autres l'appellent l'arbre des Fées ; et auprès a une fontaine ; et a

ouy dire que les gens malades de flèbvres en

alloslon au dessein qu'elle avait de venir en France ; a Mon compère, si vous n'étiez pas Jïotiri^^^non» Je vous dirais quelque chose. » Ce qui semblerait annoncer de la part de Jeanne des dispositions à la eonflancp». plutôt que de r inimitié envers cet homme.

inDlCATIOIf ANALYTIQUI 0BS DOCUMENTS,

boivent ; et mesme en a ^veu aller quérir pour en gaarir j mais ne sçail se ils eil gaarisoieut on non ... dit t qu'elle a ouy dire que les malades , quant ils se peuvent lever, vont à l'arbre pour leur esbattre ; et dist que c'est ung grand arbre nommé Fou (1) , dont vient de beau may : et sottloit estre à monseigneur Pierre de Bolemont... qu'elle alloit aucunes fois avecques les autres jeunes fliles, en temps d'esté ^ et y faisoit des dhappeaux pour Nostre Dame de Dompremy.

... Dit : qu'elle a ouy dire à plusieurs anciens , non pas de son liguaige , que les Fées y repairoieot; é( a otty dire à oHe nommée Jebanne , femme du mary de ia fille de sa marraine (2) , qu'elle les avdt veues là. Se il estoit vrai , elle ne scait.

. . . Dit : qu'elle ne voit jamais Fée qu'elle saiche, à l'arbre ne ailleurs.

. . .Dit : qu'elle avoit vue mectreès branches dudit arbre des chappeaux par les jeunes filles ; et elle mesme y en a mis avecques les autres filles ; et aucunes fois les emportoient, et aucunes fois laissoient.

. . . Dit : que depuis qu'elle sceut qu'elle debvoit venir en France, elle fit peu d'esbatements, et le moins qu'elle peut; et ne sçait point que depuis qu'elle eust entendement qu'elle ait dansé près dudit arbre; mais aucunes fois y peut bien avoir dansé avecques les enfants; mais y avoit plus chanté que diansé.

. • . Dit bien : qu'il y a ung bosc que on appelle le Bosc Ctiesnu , que on voit de l'huys de son père ; et y a petite espace, non pas d'une lieue ; mais qu'elle ne sait, ne ouyst oncques dire, que les fées y repairassent.

. . . Dit : qu'elle a ouy dite à sou père que on disoit au pays qu'elle avoit prins ses révélations à l'arbre des Fées ; mais non avoit, et lui disoit bien le contraire. Et dit onitre : quant elle vint devers le roy , que aucuns demandoient si en son pays avoit point de bois que on appelasi le Bois Chesnu ; car il y avoit prophéties qui disoieat que de debvers le bois GhesBu debvoit venir une Pucelle qui venroit faire merveilles ; mais en ce n'a poinct adjousté de foy.

Mardi ving^iepi février.

« . « Fut requise ladicte Jehanne, par monseigneur l'évesque de Beauvais , de jurer et (ïiire serment de ce que touehoit son procès. A quoi elle respondit: que volontiers elle jureroit de ce qui toocheroit son procès , mais non pas de tout ce qu'elle sauroit.

• • • De rechief fut requise ... de respondre vérité ... Respond comme devant : «Car il me

(i) La grosse tatloe porte fàgut, hêtre ; Il faut lire, dans le manuscrit d^Orléans, fau, c'est le nom que Ton donne an hêtre dans quelques parties de la France.

(Q Le copiste a sans doute mal lu ce passage. Voici

» semble que vous devez estre contents; car fai » assez juré. »

Maistre Jehan Beau-Père oommeoçai

iuterroguer ladite Jehanne, et lui demanda comment elle s'est portée depuis le sabmedy. Respond : a Vous voyez que je me suis portée le mieox » que j'ai peu. »

loterroguée si elle jeusnoit tous les jours de ce caresme, respond : a Cela est-il de vostreprocèsTi A quoy ledict Beau-Père dit : « Oui vrayemeal » il sert au procès, p Respond: a Oui vrayemcnC » j'ai toujours jeusné. »

Dit : Ce qu'elle aura congié de No6(re

Seigneur de révéler, elle le dira volontiers ; mais de ce qui touchera les révélations touchant le roy de France , elle ne le dira point sans congié de sa voix.

loterroguée se ce estoit voix d'angel , on de sainct , ou de saincte , ou de Dieu , sans moyen. Respond : Que c'est la voix de saincte Katheriae et Marguerite, et leurs figures sont couronoées de belles couronnes moult richement et moolt précieusement. « Et de ce j'ai congié de Nostre Sei- » gneur. Se de ce vous falotes double, envoyai » Poitiers où autrefois ai été interroguée. »

Dit : Qu'il y a sept ans que la première

fois lui ont appl'is à se gouverner.

Dit : Qu'elle les cognoist même, parce

que ils se nomment à elle.

Dit : « Il y a des rérélations qui vool

i> au roi de France , et non pas à ceux qui rin> 9 terrogent. »

Dit aussi :Q'«'elle a eu leconseilde sainctHichel.

loterroguée qui estoit la première voix qui vîat à elle en l'aage de treize ans. Respond : Qoe ce fut sainct Michel qu'elle veist devant ses yeax; et n'estoit pas seul ; mais estoit bien accompagné de angclz do ciel.

Et dit outre : Que elle ne vinst en France, sinon du commandement de Dieu.

Interroguée si elle voit sainct Michel et lesaogels corporellement et fermement. Respond: « Je les vois de mes yeux corporels , aussi bien 9 que je vous vois. » Et quand ils se parfirent de elle, elle plouroit, et eust bien voulu que ils l'eussent emportée.

Interroguée en quelle figure estoit sainct Michel : « Je ne vous en ai pas encoire responda , et » je n'ai point encoire congié de le dire. »

Interroguée s'il estoit nud : a Pensez-vous, res-

comment M. Le Brun de Gharmettes l'a traduit : </*ii même oui raconter à une femoie noaunée Jeanne; ^jnkim du maire de ce viUage, qui étolt ma marMin^ q«*^ 7 avoit vu lesdltes fées, etc. ».

POUa SfiBVIB A L'HISTOIBB dm JBAKlffE d'aHC.

» poDd , goa Noflire Seigneur o'«it de quoi les » vestir? »

DU qu'elle a grand joie qoand elle le

Toit; et dit qa*il lai est advis, qaaod elle le voit, qu'elle n'çst pas eo péché mortel. ......

« Et jà De plaise à Diea qoe je y fasse oncques ; » et jà ne plaise à Dieu que je face les œuvres , on

• qne je les aye faicts, par quoi mon ame soit V chargée de péché mortel I »

Interroguée quel signe elle donna à son roy pour loi monstrer qu'elle venoit de par Dieu. Respond : « Je vous ai toujours respondu que » vous ne me le tirerez jà de la bouche ; allez loi » demander. »

Interroguée se elle a, juré non révéler ce qu'on loi demandera, touchant le procès. Respond : « Je » vous ai autrefois dict que ce qui touche le roy je s ne le vous dirai pas; mais ce qui touche le pro* » ces et la foy, je le vous dirai. »

Interroguée si elle sçait point le signe. Respond : « Yons «e le saurez pas de par moi. »

• •••.. Lui fust dit que ce touche le procès. Respond : « Je le dirois volontiers ; mais de ce j'ai » promis tenir bien secret et je ne le vous dirai

• point ; je l'ai promis en tel lieu que je ne le » voos pois dire sans moi parjurer. »

Interroguée à qui elle a promis. Respond : Que c'est à saincte^Gatherine et saincte Marguerite, et ce fust monstre au roy.

Dit : Qu'elle leur promist, sans qu'ils

la requissent, et à la requesle d'elle qui parle. Et dit : Qoe trop de gens lui eussent demandé , si elle ne l'eust promis.

Interroguée si en la compagnie où elle monstre le signe , se il y avoit autre personne que le Roy. Respond: «Je pense, il n'y avoit autre per- ■ sonne que lui, combien qoe assez près il y » avoit assez de gens. »

Interrognée si elle voit point de couronne sur la teste du Roy, quand elle monstra le signe. Respond : « Je ne le vous puis dire sans moi par-

> jnrer. j»

Interroguée se il avoit couronne à Rains. Respond : « Que elle pense que celle qu'il trouva à » Rains, il la print en gré; mais une bien plus

V riche loi fust apportée après lai; et le feisl pour » haster k la requeste de ceux de la ville , pour » éviter la charge de gens d'armes. Et s'il eust ■ attendu , il eust esté couronné en une plus ri-

> che mille fois. »

Interroguée se elle a veu la couronne qui est pins riche. Respond : « Je ne le vous puis dire

V sans moi parjurer ; et se je ne l'ai veue , je ai 9 ool dire qu'elle estoit si riche. »

Samedi trou man^ tiaiêmê $e$riim (i).

Interroguée se elle avoit veu ou sceu

par révélation qu'elle eschapperoit. Respond :

(1) Dans le manuscrit d'Orléans cette séance n^est en eCTet que la cinquième. Le copiste lai a conservé le titre

« Cela né touche point vosCre proeès : voulez-vous s qne je parle contre moi ? »

Interroguée se les voix lui en ont rien dlct. Respond : « Gela n'est point de vostre procès; je » me attends à Monseigneur, qui en fera à sou » plaisir. »

Dit outre : « Par ma foi, je ne sçay l'heure ne » le jour, le plaisir de Dieu soit faict ! »

Interroguée se ses voix lui ont rien dit en général. Respond : « Oui vraiement, ils m'ont dit que » je serai délivrée , mais je ne sais le jour ne » l'heure, ei que je face bonne chère hardi- » ment. »

.... Interroguée quand elle alla premièrement visiter la Royne, si elle lui demanda point de ses habits. Respond : Je ne m'en souviens. »

Interroguée se le Roy ou la Royne, ou autres de son parti , requirent poinct de mectre son habit jus, et prendre habit de femme. Respond : « Gela n'est point de vostre procès. » >

Interroguée se à Beaureveoir elle en fust requise. Respond : c Ooy vraiment ; et je respony^ dis que je ne le rouerois poinct sans le congié n de Nostre Seigneur. »

... Dit que la demoiselle de Luxembourg requit à monseigneur de Luxembourg, qu'elle ne fust point livrée aux Angiois.

... Dit que la demoiselle de Luxembourg et la dame de Beaureveoir lui offrirent habit de femme, ou drap à le Caire, et lui requirent qu'elle le portast, et elle respondit qu'elle n'en avoit pas le congé de Nostre-Seigneur, et qu'il n'estoit pas encore temps.

Interroguée se elle croit qu'elle eust faict péché mortel de prendre habit de femme. Respond : Qu'elle fait mieux d'obeyr à servir son Seigneur, c'est assavoir Dieu , que aux hommes.

... Dit que si elle l'eust deu faire, elle Teust plustost faict à la requeste de ces deux dames, que d'autres dames qui soient en France, excepté la Royne.

..... Interroguée, quand son Roy la misi en œuvre , et elle flst faire son estendard , se les gens d'armes et autres gens de guerre feirent faire pennonceaux en la manière du sien. Respond : « Il est bon à sçavoir que les seigneurs » maintenolent leurs armes , et non autres. »

• . • .Dit que les aucuns compaignons de guerre en feirent faire à leur plaisir, les autres non.

Interroguée de quelles matières ils les feirent faire, se ce fust de toile ou de drap. Respond : a G'estoitde blanc satin, et y en avoit eu aucona » de fleur-de-lys.

. • . . Interroguée se elle dist poinct que les pennonceaux qui estoient à la semblanee des siens , estoient eureux. Respond : Qu'elle leur disoit aucunes fois : entrés hardiment parmi le& Angiois , et elle-même y entroit.

de sixième, d*où il parait évident que c'est par inadvec^ tance qu'il a omis celle du premier mars.

INDtCÀTIOIf ANALYTIQUE DBS DOCUMENTS,

Interrognée se elle coogneast ung frère Richard. RespoDd : c Je ne Tavois oncqaes veu » quand je vins devant Troyes'. »

Interrogoée quelle chère frère Richard lui febt. Respond : Que ceux de la ville de Troyes, comme elle pense , renvoyèrent devers elle, doublants et disants qu'ils doubtoient que ce ne fust pas chose de par Dieu ; et quand il vint devers elle, en approchant, il faisolt le signe de la croix, et gectoil eaubénoiste , et elle lui dit: a Approchez hardiment, je ne m'envolerai pas. »

Interroguée si elle avoit point veu ou faict faire aucuns imaiges ou palnctures d'elle, et à sa semblance. Respond ; Qu'elle visl a Rains une paincture en la main d'un Escossoys, et y avoit la semblance d'elle, toute armée, qui présenloit une lectre à son Roy, et estoil agenouillée d'un genouil, et que oncques ne veist ou feist faire autre imaige ou paincture en sa semblance.

Interroguée se elle sçait point se ceux de son parti ayenl faict service, messe ou oraison pour elle. Respond : Qu'elle n'en sçait rien ; et se ils en ont faict service, ne l'ont poinct faict par son commandement ; et se ils ont prié pour elle, il toi est advis que ils n'ont poinct faict de mal.

Interroguée se elle sçavoit poincl bien le courage de ceux de son parU, quand ils lui baisoient les pieds et les mains et les vestements. Respond : « Beaucoup de gens me voyent volontiers; et » qu lis baisoieni le moins ses vestements qu'elle » pouvoit ; mais dit que les paouvres gens ve- » noient volontiers à elle, pour ce qu'elle ne leur » feisoit point de desplaisir, nrais lessupportoit et » les gardoit à son pouvoir. »

Interroguée si elle fust guère de jours à Rains. Respond : « Je crois que nous y fusmes quatre ou » cinq jours. »

Interroguée si elle y leva point d'enfant. Respond : Que à Troyes en leva ung ; mais à Rains n'en a point de mémoire, ni du Chasteau- Thierry; et aussi en leva deux à Sainct-Denis ; et volontiers mectoit nom aux flis, Charles, pour rbonueur de son Roy, et aux filles, Jehanne ; et aucunes fois selon que les mères vouloient.

Interroguée si les bonnes femmes toochoient point leurs anneaux à Tannel qu'elle portoit. Respond : Maintes femmes ont touché à ses mains et ses anneaux, mais ne scait point leur couraige et intention.

Interroguée qui furent ceux de sa compaignie qui prindrent papillons devant le Chasteau- Thierry en son estendart. Respond : Qu'il n'en fust oncques faict ou dict de leur parti, mais ont esté ceux du parti de deçà qui l'ont eontrouvé.

Interroguée quel aage avoit l'enfant à Laîgny, que elle alla visiter. Respond : L'enfant avoit trois jours, et fust apporté à Laigny, à Nostre- Daroe ; et fust dict que les pucelles de la ville estoient devant Nostre-Darae, et qu'elle y von-

lust donner vie, et elle y alla, et pria Diea atee les autres; et finablement y apparust vie, et bailla trois fois; et puis fust baptisé; et tintost mourut, etc. • . .

Interroguée se elle cognut point Catherine de La Rochelle, ou si elle l'avolt veu. Respoud que ouy, à Gergeau et au Montfaulcon en Berry.

Interroguée si elle lui monstra pomt ooe femme vestue de blanc, qu'elle disoit qui loi apparoissoit aucunes fois. Respond : Que noo.

Interroguée qu'elle lui dit. Respond : Qae celle Catherine lui dist qu'il venoit une femme, Qoe dame blanche, vestue de drap d'or, qui lui disoil qu'elle allast par les bonnes villes, et que le R07 lui baillast des chevaux et trompettes, poor faire ouyr que quiconque auroit or, argent ou trésor, qu'il l'apportast tantost, et que ceux qui ne le feroient, et que ceux qui en auroient de caché, qu'elle les congnoistroit bien, et scaurmt trooTcr lesdits trésors; et que ce seroit poor payer les gens d'armes d'icelle Jehanne. A laquelle elle respondit qu'elle retournast à son mari, faire soo raénaige et nourrir ses enfants. Et pour en savoir la vérité, elle en paria à saincte Catherine et saincte Marguerite, qui lui dirent que ces faicls d'icelle Catherine n'estoient que folie et toole menterie ; et escrivil à son Roy qu'il lui diroil ce qu'elle en debvoit faire. Et quand elle tiot, elle lui dist que du faict de ladite Catherine, n'estoit que folie et menteries. Toutefois frère Richard vouloit que on la mist en œuvre, ce que elle ne voulust souffrir ; dont ledit frère Richard et ladite Catherine ne feurent pas contents d'elle.

Interroguée si elle parla poinct à ladite Catherine de La Rochelle, du fait de aller à la Charité. Respond : Que ladite Catherine ne lui conseiOoit point qu'elle y allast, et que il faisoit trop froili et qu'elle n'y debvoit point aller.

. . . Dist à ladite Catherine qui vouloit aller devers le duc de Bourgoingne pour faire paix, qu'il lui sembloit qu'on n'y trouveroit point de paix, si ce n'estoit par le bout de la lance.

. . . Dist qu'elle demanda à celle (1) Catherine, se celle dame venoit toutes les nuicts, et pour ce qu'elle coucheroit avecq elle; et y coucha et veilla jusques à minuict, et ne veist rien, et puis s'endormist ; et quand vint au matin, elle demanda se elle estoit venue ; et lui respoodil qu'elle estoit venue alors qu'elle donnoit, elije l'avoit peu réveiller ; et alors lui demanda se cw viendroit poinct le lendemain, et ladite Galherioe lui respondit que ouy. Pour laquelle chose voolust dormir icelle Jehanne de jour, afin qa'ew peust veiller la nuict ; et coucha ladite nuîct ensuivant avecqnes ladite Catherine, et veilla toote la nuict : mais ne veist rien combien que sonveol demandast : « Viendra-l-elle bientost? » Et ladite

(1) Le manuscrit d'Orléans porte ifl<ficto Catherine^ celui de Durfé telle : celle dernière leçon esl éTwe©ment la bonne.

POUB SERVIR A l'HISTOIRB DE JEANNE d'aRC.

Galherine loi respondil : « Ooy , lantosl. »

Inlerrognée se elle fut longuemeot en celle loar de Beaorevoir. Respond : qu'elle y Tust quatre mois ou enyiron. Et puis dit : quand elle sceol les Anglois venir, elle fut moult courroucée ; et toQlesfois les voix lui deffendirent plusieurs fols qu'elle en saillist; et enfin pour la doubte des Aoglols, saillit et se recommanda à Dieu et à Neetre-Dame ; ce nonobstant elle fut blessée. Et après qu'elle fut saillie, la voix sainte Catherine lai dit qu'elle fist bonne chère et qu'elle gariroit, et que ceux de Compieigne aur oient secours.

loterroguée do fait de Souessons, pour ce que le cappitaine avoit rendu la ville, et si elle avoit polncl regnoyé Dieu, se elle tenoit qu'elle le feroit trancher en quatre pièces. Respond : quelle oe regnoya oncques sainct, ne sainte, et que ceux qui Font rapporté ont mal entendu, car oDcqoes en sa vie ne Jura, ne blasphéma le nom de Dieu ne de ses saincts. « Et pour ce, je vous » sopplie, passez oultre. »

Samedy 10 man.

que c'est peu de chose; et laquelle somme ses frères ont eu comme elle pense ; et dist qoe ce qu'elle en a c'est de l'argent propre de son roy.

Interroguée que est le signe qui vint à son roy. Respond : qu'il est bel , honorable, bon et plus

riche qui soit dit que ledit signe

est au trésor du roy.

Interroguée si c'est or ou argent ou pierre précieuse ou couronne. Respond : « Je ne vous en » diray autre chose et ne sçauroit homme déviser » aussi riches choses comme est le signe, et too- » tes voyes le signe qu*il vous faut, c'est que » Dieu me délivre de vos mains ; et est le plus » certain qu'il vous sache envoyer, n

... Dit que nng ange de Dieu et non de par autre, bailla le signe à son roy, et elle mercia moult de fois NostreSeigneor.

Lundy 12 man.

Interroguée si l'ange qui apporta le signe parla point à elle. Respond : que oui, et qu'il dist à son roy que on la mist en besongne, et que après seroit (antost alégée.

Interroguée , quand elle fut venue en Cornplelgne, se elle fut plusieurs Journées avanst qu'elle feist aulcune saillie. Respond : qu'elle veinl i heore secrète du mattin et entra en la ville sans que ses ennemis le sceussent, comme elle pense , et que ce jour mesme, sur le soir, feist la saillye où fust prinse.

Interroguée se elle fist cette saillye du commandement de sa voix. Respond : que en la eepmaîDe de Pâques dernière passée, elle estant smr les fossés de Melun, loi fut dist par ses voix, c'est assavoir saincte Catherine et saincte Marguerite, qu'elle seroit prinse avanst qu'il fust la SalDt-Jeban; et que aiiisi il falloit qu'il fust faict, et qu'elle ne se esbahit,mai3 qu'elle prinst tout en gré et que Dieu lui aideroit.

Interroguée si elle avoit point d'escu et d'armes. Respond : qu'elle n'en eut oncques point, mais son roi donna à ses frères armes, c'est assavoir ung escu d'azur, deux fleurs de lys d'or et une espée par my; et a devisé à ung painire celles armes, pour ce qu'on lui avoit demandé qu'elles armes elle avoit.

Interroguée se elle eut oncques autres richesses de son roi que ses chevaux ( cinq coursiers et plus de sept trottiers). Respond : qu'elle ne demandoit rien à son roy fors bonnes armes, bons chevaux et de l'argent à payer les gens de son hoslel.

Interroguée si elle avoit point de trésor. Respond : que dix ou douze mille qu'elle avoit vaillant n'est pas grand trésor à mener la guerre, et

Interroguée qui la meut de faire citer ung homme à Toul en cause de mariaige. Respond : « Je ne le feis pas citer, mais ce fust lui qui me » feist citer. » Et la Jura devant le Juge dire vérité; et enfin, qu'elle ne lui avoit faict promettre.

. . . Dit que la première fois qu'elle ouy t sa voix, elle voua sa virginité tant qu'il plairoil à Dieu : et estoit en l'aage de treize ans ou environ.

Interrognée se de ses visions elle n'a point parlé à son curé on autre homme d'église. Respond : que, non ; mais seulement à Robert Raudricourt et à son oncle. Et dit outre qu'elle ne fut poinct contraincte de ses voix à le céler ; mais doubla moult le révéler pour doubte des Bourguignons, que ils ne l'empeschassent de son voyage; et par espécial doubtoit moult son père, que il ne l'empeschast de faire son voyage.

Interroguée si elle cuidoit bien faire de partir sans le congié de père ou mère, comme il soit ainsi que on doit honorer père et mère. Respond : que en toutes autres choses a bien obéi a eux, excepté de ce parlement. Mais depuis leur a escript, et lui ont pardonné.

. . . Dit que ses voix se rapportèrent à elle de dire à père ou à mère ou de s'en taire.

Interroguée se ses voix l'ont point appelée fille de Dieu, fille de rËglise, la fille au grand cœur. Respond : que au-devant du siège d'Orléans levé, et depuis, tous les jours quand Us par»

INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS

leot à elle, Tont plosieun fois appelée Jehaone la Pucelle, fille de Dieu.

i2 Mars. — 2" Séance.

loterrogaée des sooges de son père, respond : Qoe quand elle esloil eucoires avecques son père et mère , lui fut dict par plusieurs fois par sa mère, qoe son père disoit qu'il avoit songé que ayecqoes les gens d'armes s'en iroit ladite Jehanne sa fille; et en avoient grand cure ses père et mère de la bien garder, et la tenoient en grant subjection , et elle obéissoit à tout, sinon au procès de Tool, en cas mariaige.

Dit qu'elle a ouy dire à sa mère que

son père disoit à ses frères : « Si je coydoye que i9i chose advinst que j*ai songé de elle , je voudroye que la noyssiez ; et si yous ne le faisiez , je la noiroye moi-mesme. » Et & bien peu qu'ils ne perdirent le sens , quand elle fut partie à aller à Vaucouleurs.

Interroguée se la yoIx lui commanda qu'elle prinst habit d'honune. Respond : « Tout ce que » j*ai faict de bien, je Tai faict par le commande- » ment de la voix. »

Le mardi Ireizietme jour de mars,

Interroguée .... du signe baillé à son roy ,

quel il fut. Respond

• . . . que le signe, ce fut que l'ange certifioit à son roy en lui apportant la couronne, et lui disant qu*il avoit tout le royaume de France entièrement à l'aide de Dieu, et moyennant son labeur, et qu'il la mist en besogne , c'est assavoir : que autrement que lui baillast des gens , il ne seroict mie sitost couronné et sacré.

Interroguée se l'ange qui l'apporta venoit de haut, ou si il venoit par terre. Respond : « Il vint » de haut. Et entend qu'il venoit par le comman- » dément de Notre-Seigneur, et entra par l'huis » de la chambre. »

Interroguée du Pont-l'Evesque si elle eust point de révélation. Respond : Que puis ce qu'elle oit révélation à Melun , qu'elle seroit prinse, elle se rapporta le plus du faict de la guerre à la volonté descappitaines; et toutesfois , ne leur disoit point qu'elle avoit révélation de être prinse.

Le mercredi quatarxieimejmr de man.

» vertis, affin que si Nostre Seigoew vous en dm- » tie, qoe je fais mon debvoir de le vous dire. »

Interroguée quel est ce péril ou danger, respond : Que saincte Catherine loi a dit qu'elle aaroit secours, et qu'elle ne sçait se ce sera à eslre délivrée de prison ou quand elle seroit ao jogement s'il y viendrait aucun trouble, par qod moyen elle porroit estre délivrée; et pense que ce soit ou l'un ou l'autre ; et le plus lui dient la voix, qu'elle sera délivrée k grand victoire; et après lui dirent ses yoix : a Prends tout en gré, » ne te chaille de ton martyre, tu en viendras en- » fin en paradis. » Et ne lui dirent ses voix simplement et absolument, c'est assavoir sans faillir; et appelle le martyre pour la peine et adversité qu'elle souiTre en la prison , et ne sait plus quad soutn-ira, mais s'en attend à Nostre Seigneor. • •• •..■•••**

Interroguée se de prendre ung homme à raoçoa et le faire mourir prisonnier, c'est un péché mortel , respond : Qu'elle ne l'a point faict.

Et pour ce que on lui parloit d'an nommé FraD^ quel d'Arras, qu'on fist mourir à Laigny. Respond : « Qu'elle fut consentante de loi, de le faire mourir se ill'avoit en gré pour ce qu'il se confessa eslre meurtrier, larron et traistre; et dit que son procès dura quinze jours ^ en fut juge le bailly de Sentis et ceux de la justice de Laigny ; et dit qu'elle requeroit avoir Francquet pour ung homme de Paris, seigneur de Loire; et quand elle scealel que le seigneur fust mort , et que le bailli lai dis! qu'elle vouUoit faire grand tort à la justice de le délivrer cellol Francquet, lors dit-elle au bailly: « Puisque mon homme est mort que je voniloye » avoir, faictes de lui ce que debvei faire par » justice. 9

Lejeudiy quinxiéme jour de mars Van mil qn^^

cent (rente.

Interroguée se de présent elle partiroil se elle véoit son point de partir. Respond : se elle véoit l'huis ouvert , elle s'en iroit , et ce lui seroit lecoogié de Nostre Seigneur. Et croit fermement, si elle véoit l'huis ouvert, et ses gardes et les autres Aoglois n'y sceussent résister , elle entendroit qoe ce seroit le congié dict , que Nostre Seigneur loi envoieroit secours; mais sans congié ne s'en iroil pas; se ce n'estoitsi elle faisoit une entreprinsepoor s'en aller, pour sçavoir se Nostre Seigneur en seroit content. Et allègue : Aide-toi , Dieu te aidera; et le dit pour ce que si elle s'en allast, que on ne dist pas Qu'elle s'en fust allée sans congié.

Interroguée pour ce qu'elle avoit dit que monseigneur de Beauvois se mettoit en danger de la mettre en cause. . • . Respond : Que c'estoit et qu'elle dist à monseigneur de Beauvois : « Vous » que estes mon juge ; je ne sais si vous Testes ; » mais ad visez bien que ne jugiez mal , que vous p vous mettriez en grand danger ; et vous en ad-

Interroguée de prendre du tout habit de femme pour aller oyr messe : « Je me conseillerai sor ce, et puis vous respondral.v Et outre reqoist en l'honneur de Dieu et de Nostre-Dame , qu'elle puisse oyr messe en ceste bonne ville ; et à oelu fust dict qu'elle prengne habit de femme simple^ ment et absolutement . Et elle respond : «Baillex-imM

(oUâ d££Viâ k L^aiSTOmft db jëamnc d^arc.

» habîlc«iMiieooe Aile de bourgeois, c'est assavoir » houppelande Joagae, et je le preadrai, et mesme » le chapperon de femnie pour aller oayr messe. » Elaoeaile plus instamment qu'elle peust, requiert qoe on lai laisse oest habit qu'elle porte , et que 00 lui laissa oayr messe sans le changer.

Interrogoée se de ce qu'elle a dict et faict, elle yeut submettre et rapporter en la détermination de régliae. Respond : «Toutes mes œuvres et mes v Ciiets sont touts en la main de Dieu, et m'en » actends à loi ; et vous cerllffie que Je ne voul- » drois riens foire ou dire contre la foi chrastienne ; » et se j'avais rien fait ou dict qui fost sur le eorps 9 de moi, que les clercs sceussent dire que ee fust » contre la foy ohrestieiine que Nostre Seigneur » ait eslablie , Je ne vouldrois sousteair, mais le 9 raetirois hors. »

Interroguée se quand elle meit ses chandelles devant Tymaige Sainte-Catherine, elle les meit en l'honneur de celle qui se apparut & elle. Respond : « Je le fais en Thonnenr de Dieu , de Nostre- » Dame, et de saincte Catherine, qui est au ciel , et » ne fais point de différence de saincte Catherine » qui est au ciel, et de celle qui se appert à moi. »

inlerrognée se elle le meit en l'honneur de celle qui se apparut à elle. Respond : « Je le fais en l'hon- » neur de Dieu , de Noslre-Dame et de saincte » Catherine, qui est au cîel, et de celle qui se » appert à moi. »

Interrogoée quelle doctrine 11 lui (saint Michel) enseigna. Respond : « Sur toutes choses il lui di* » soit qu'elle Aisi bonne enfant , et que Dieu lui » aiderait; et entre les autres choses, qu'elle V vioatau secours du Roy de France, ete.v

Le samedi dix-septième jour de mars^

laterregoée de donner response en quelle forme et espèce, grandeur et habit, vient saincÇ Michel : « Il ealoit en la forme de très-vrai preodhomme » et de rhabit et de autres choses;» et ne en dira antre chose; quant aux angels, elle les a veus à ses yeux, et n'en aura l'on plus autre chose d*elle.

interroguée se sa marraine qui a reu les fées, est réputée saige femme. Respond : « Qu'elle est » réputée bonne prude femme , non pas divine ou » sorcière. »

Interroguée se Dieu hait les Anglais. Respond : Que de ramour ou haine que Dieu a aux Anglais, ou que Dieu leur feict à leurs émes, ne sçait rien, mais sçait bien que ils seront mis hors de France , excepté ceux qui y mourront , et que Dieu envoira victoire aux François et contre les Anglois.

Interroguée quelles armes elle offrit à saiaot Denis. Respond :. Que unq blanc harnois entier, à onq hommes d'armes , avecque une espée , et la gaigna devant Paris.

Interroguée à quelle fin elfe les offrit , respond : Qoe ce fut par dét otion , ainsi qu'il est accons«> lumé par les gens d'armes, quand ils sont bléoés , et pour ce que elle avait été blécée devant Pa«ris, les offrant à iainct Denis pour ce que c'est le cri de France.

Interroguée se ces deux angels qui estaient figurés en l'estendard , estaient les deux angels qui gardent le monde, et pourquoi il n'y en avait plus. Dit : Que il loi estait commandé par Nostre Seigneur par les voix de sainctes Catherine et Margueritte , qui loi dirent : « Prends l'estendard de par le roy do ciel; » qu'elle y feist faire celle figure de Nostre Seigneur, et de deux anges, et de couleur ; et tout le feist par leur commandement.

Interroguée qui aidait plus , elle à l'estendart, ou l'estendart à elle. Respond : Que la victoire de l'estendart an d'elle , c*esloit à Nostre Seigneur tout.

Interroguée se Tespérance d'avoir victoire ea-** toit fondée en son estendard ou en elle. Respond : « Il estoit fondé en Nostre Seigneur et non ail* » leurs. T»

Interroguée se il lui a point esté révélé, se elle perdoit sa virginité qu'elle perdrait son estendard, et que ses voix ne loi viendroient plus. Respond: « Cela ne m'a point esté révélé. »

Interroguée se elle estoit mariée , se elle croît poinct que ses voix lui vinsissent. Respond : « Je » ne sçais,et m'en actends à Nostre Seigneur.»

Interroguée se elle pense et croit hardiment que San roy feist bien de tuer ou faire tuer mon seigneur de Bourgongne. Respond : Que ce fut grand dommage pour le royaume de France; et quelque chose qu'il y eust entre eux, Dieu l'a envoyée au secours do Roy de France.

Interrogoée de l'unq de ses anneaux, où H asioit escrit Jkésus Maria , de quelle matière il estait. Respond : Elle ne sçait proprement ; et s'il est d'or, il n'est pas de fin ar. Et ce ne sçait se cf estait or ou laton ; et pense qu'il y avait trois croix et non autre signe qu'elle saiche et Jkésus Maria.

Interroguée pourquoi c'estoit qu'elle regardait volontiers cest annal quand elle allait en faict de guerre. Respond : cfne par plaisance et pour l'honneur de son père et mère , elle ayant san annel en sa main et en son doy a touché à saincte Catherine , qui lui apparoist.

Interrogoée se elle baisa ou accola oncques saincte Catherine ou Marguerite. Respond : Elle les a accollées toutes deux.

INDICATION ANALYTIQUE DfiS DOCUMENTS)

loterrogaée se Us flearoieot bon. Respond : « 11 est bon à sçavoir que ils seoioient bon. »

» Je veoys le fea , se diroi»je toat ce que je ms » dy , et n'en feroys antre chose. »

Interroguée se elle sçait rien de ceux qui yont aTecqnes les fées. Respond : Qu'elle n'en feisl oncq ou sœut quelque chose, mais en a ony parier, et qu'on y alloit an jendy ; mais n'y croit poinct ; et croit que ce ne soit que sorcerie.

Inlerroguée se on feist point flotter ou tourner son eslendart autour de la teste (1) de son roy. Respond : Que non qu'elle saiche.

Interroguée pourquoi il fust porié en l'église de RaimSvau sacre, que ceux des autres cappilainés. Respond : « Il avoit esté à la peine, c'estoit 1» bien raison qu'il fust à l'honneur. »

Ce metmejimr (2), ladicte Jehanne fut ramenée devant les juges du procès. Ledict évesque , en leur présence la admonesta qu'elle Touloist faire et acquiescer an conseil et monitions qui lui seroient faictes par maistre Jehan de Ghastillon, docteur en théologie , qui lui diroit bien pour le salut de son ame et de son corps ; et si elle ne le vouloit faire, elle tomberoit en grand inconirénient

net du corps et de Tame A quoi elle res-

pondit (audit Ghastillon) : « Lisez votre livre, » c'est à sçavoir la cédule que tenoit ledit évesque, « et puis je vous repondrai. Je me actends à Dieu » mon créateur de tout : je l'aime de tout mon » cœur. »

Et interroguée se elle veut plus respondre à celle monicion générale. Respond : « Je m'en ac- » tends à mon juge, c'est le roy du ciel et de la B terre. »

. . • Lui fut déclaré que c'est que l'église militante, et admonestée de croire et tenir l'article unam sanctam eeelesiam^ et à l'église militante se snbmettre. Respond : « Je croi bien l'église de cy » bas, mais de mes faicts et dicts, ainsi que au- D très foys j*ai dict. Je m'en actends et rapporte » à Dieu. »

. . . Dit : « Je crois bien que l'église militante » ne peut errer ou faillir, mais quant à mes dicts p et faicts, je les mets et rapporte du tout à Dieu » qui m'a faict faire, n Et s'en rapporte à sa pr<>pre personne*

. • . Interroguée se elle veult dire qu'elle n*ait point de joge en terre, et se nostre saint-père le pape n'est point son juge. Respond : « Je ne vous » en dirai autre chose. J'ai l>on maistre; c'est » Notre Seigneur à qui je me actends de tout, et « non à autre. »

. . . Lui fut dict que se elle ne vouloit croire l'Eglise et l'article EecleHam $anctam calholicam^ que elle seroit hérétique de le soutenir, et seroit pugnie d'être arse par la sentence d'autres juges. Respond : « Je ne vous en diray autre chose, et se

(I) Dans le manuscrit d*Oriéans et dans celai de Durfë on lit coste au lieu de teste ; ce qui est une erreur de copiste : la grosse latine porte cc^nii.

Interroguée si elle se veut snbmettre à notn saint-'père le pape. Respond : < Menez-m'y, et je » lui repondrai. » Et autrement n*en a voolo reipondre.

... En conclusion. ... fut admonestée généralement de se submettre à l'Eglise, et sur peioe de estre laissée par l'Eglise, et se l'Eglise la taissoit, elle seroit en grand péril du corps et de i l'âme , et se pourroit bien mectre en pérU de encourir peine du feu éternel quant à l'âme, et di feu temporel quant au ciH'ps, et par la sentenee des autres juges. Respond : « Yoos ne ferez jà ce » que dictes contre moi , qu'il vous en prenae mal » et au corps et à l'âme. »

Et finablement, ledit évesque lui dist qu'elle pensast bien et advisast sur les monicions dessosdites, et qu'elle pensast à faire autrement. A qooi ladite Jehanne respondit dedans quelque temps: « Voulez-vous que je me advise. » A quai ledil évesque lui dit qu'elle se advisast tout préseolement, et qu'elle respondit ce qu'elle vottldroil.El à cette heure ne fut fait autre chose.

Le mardi éTapris Pasçueê fleuries qui fust le m§l' septième jour de nutrsmil quatre cent ireiOe. [1431, N. S.]

Fut dit à ladite Jehanne qu'elle répondit et dit vérité , etc. ... et lui remonstra ledit évesque de Beauvais, que les dessusdits docteurs esteieol tcnsgeos d'église, clercs et lectrés en droit divii et humain, et tous, begnins et piteux, voalloieBl et entendoient procéder eu ceste matière doaicement et gracieusement sans demander vengeance ne pugnition corporelle, mais seulement lendoient â fin de l'instruire et réduire en la voie de vérité et de salut, se il avoit quelque faute es sa foy ; et pour ce qo*eIle n'estoit pas assez iostruicte en lettres et telles hautes matières pov se adviser de ce qu'elle voudroit faire, pour ce, ledit évesque de Beanvoys , et vicaire de rinqaisiteur , offrirent à ladite Jehanne que elle esleot ung ou plusieurs desdits assistants pour la coih sellier de ce qu'elle debvoit respondre. A quoi icelle Jehanne respondit : « Premièrement de ce V que me admonestez de mon bien et de no$(re » foi, je vous en remercie, et la compaignie aussif » et en tant que me offrez du conseil , je n'ai point » intention de me départir du conseil de Nostre » Seigneur ; et quant au serment que vous yooI^' » que je fasse, je suis preste de jurer de dire U » vérité de ce qui touche vostre procès. »

(2) Dans le manuscrit de Durfé, cette monilion es(« la date du 2 mal.

POUB SBBVIB A l'BISTOIBB DE JEANNE d'aBC.

[Interrogée, selon le manuscrit, sor vingtneuf artides, ses réponses ont peu d'intérêt. ]

DiX'lmUièmejtmr de mars 1430 (1).

Interroguée par quelles paroles elle requiert (ses conseils). Respond : « Je requiers par ceste » manière : Très doux Dieu, en Tbonneur de votre » saincte passion, je vous requiers , si vous m'ai- » mez, que vous me révélez que je doibve res- » pondre à ces gens d'église ; je sçais bien, quant » à la vie, le commandement, comme je Fai prins, » mais je ne sçais point par quelle manière je le » dois laisser; pour ce plaise vous à moi Tensei- ■ gner et tanlost ils viennent. »

Interroguéequi la gouvernoit.Respond : Que son gouvernement estoit d'homme; mais quant au logis, avoit le plus souvent une femme avecques elle; et quand elle estoit en guerre, elle gissoit vestne et année la où elle ne povoit trouver des femmes.

Le eamedi dernier jour de man audii an.

Interroguée se elle se veut rapporter au jugement de l'EgUse qui est en terre, de tout ce qu'elle a UA soit bien ou mal , especialement des crimes et delitz que on lui impose et de tout son procèz. Respond : que de tout ce que on lui demande s'en rapportera à l'EgUse militante, pourvu qu'elle ne lui commande chose impossible.

Interroguée que elle appelle chose impossible. Respond : Que ce que les faitz et dicts déclarés en son procès des visions et révélations qu'elle a dictes ne les révoquera point pour quelque chose; et de tout ce que Nostre-Seigneor lui a faict faire, et commandé et commandera , ne laissera à les fiiire poor homme qui vive; et lut seroit chose impossible de les révoquer.

Interroguée se à Beaurevoir et à Arras ou aillears , elle a point eu de livres. Respond : « Se » on a trouvé sur moi, je ne vous en ai autre 9 chose à respondre. i»

Mercredi, dix-hUlièmê jour d'^vrU 1431.

En la chambre en laquelle estoit destenne la-

dicte Jehanne prisonnière

révesque de Beauvais exposa, etc en lui

remonstrant que si elle ne voulloit prendre du conseil, et faire du conseil de l'Eglise , qu'elle estoit eo grand danger de sa personne. Respond ce : « Il me semble, veu la maladie que j'ai, que je » sais en grand péril de mort ; et se ainsi est que » Dieu veuille faire son plaisir de moi, je vou- » drois estre avoir confession et mon sauveur » aussi, et en la terre saincte. »

(1) G'esl-à-dire 1431 — Erreur de date .: il làut lire sans doute le i8 mars.

Interroguée se elle croit que la saincte Escripture soit révélée de Dieu , respond : « Vous le sa- » vez bien; et est bon à sçavoir que ouy. »

Interroguée se elle vouldroit point qu'on ordoonast une belle et notable procession pour la réduire à bon estât, se elle n'y est. Respond : Qu'elle voodroit bien que les bons catholiques prient Dieu pour elle.

Le mercredi otixieme de mai, en la grotee tour du

ehasteau de Rouen.

. . . Apprès les monicions et exhortations faites à icelle Jeanne par les juges et assesseurs, respondit : « Vraiment , si vous me debvez dis- 9 traire les membres, et faire partir Tame du j» corps , si ne vous en dirai-je autre chose ; et » après vous dirois-je, que le me auriez faict (tire » par force. »

. . . Dict qu'elle a demandé à saiact Michel et ses autres voix , se elle sera arse , et que lesdictes voix lui ont respondu qu'elle se actende à Nostre Seigneur, et il lui aidera.

Le douzième jour de mai, en la maison de mondit ieigneur révesque de Beauvais, heure de vespres,

[Les juges assemblés délibèrent pour savoir s'il convient de mettre Jeanne à la torture.]

L'anmil quatre cent trente un, le samedi dix-neuvième jour de mai.

Les juges assemblés en la chapelle du manoir archiépiscopale de Rouen, etc.; en la présence de tous ledit évesque de Beauvais récita au long la déduction dudit procès de ladite Jeanne. Et ce faict, de l'advis de tous les juges, fut ordonné que les articles envoyés à l'Université de Paris seroient lens en leur présence, etc

Apprès que lesdits articles furent desclarés à ladicte Jehanne, avec l'oppinioo de ladite Université de Paris , elle fut admonestée par ledit docteur (Pierre Maurice) qu'elle regardast bien à ses dicts et faits, etc., et lui dit ce qui ensuit, etc.

Apprès que ladicte Jehanne oit esté admonestée, et qu'elle eust oy toutes les exhortations; elle respondit en la manière qui suit : « En tant 9 que est de mes dicts et de mes faicls, je m'en 9 rapporte à ce que j'en ai dit en mon procès, et » les veux soutenir. »

Et au sujet de l'Eglise militante : « Je veux 9 maintenir le mesme que j'ai toujours tenu en 9 mon procès; et si je estoys en jugement, et 9 veoys le feu allumé et le bois préparé , et le 9 bourreau et celui qui me debvroit mettre an 9 feu, prest de me jecter dedans, et encoires 9 quand seroys au feu, n'en dirois autre chose que

IGO

INDlGAXiO^i ANALYTIQUE DES DOCUMENTS,

» ce que j*en ai dit; mais veux soustenir ce que D j*en ai dit jusques à la mort. »

Ensuit l'adjuraliûn de Jehanne la Pucelle\ faite U vingt troisième de mai l'an mil quatre cent trente un.

Toute personne qui a erré ei mespris en la foi chrcstienne, et depuis, par grâce de Dieu, est re* loarnée en la Inmière de vérité à Tunion de nos* tre mère saiucte Eglise , doibt monlt garder que l'ennemi d'enfer ne le face recheoir en erreur et dampnacion.

Ensuit la teneur de la ceduUe que ledit évesqne de Beauyais et autres juges disent avoir esté oye par ladite Jehanne , et signée de sa main; ce que je ne crois pas, et n'est à croire, actendn ce qui sera ici après.

« Jehanne, appelée la Pucelle, misérable pécheresse, après ce que j*ai cogneu le cas d'erreur auquel je estois tenue, et que par la grâce de Dieu suis retournée à nostre mère saincte Eglise , affin que on voie que, non pas fainctement , mais de bon cœur et de bonne volunté , suis retournée à icelle, je confesse que j'ai grefvement péché en faignant mensongeusement avoir eu révélacions de par Dieu et ses anges , et saincles Catherine et Marguerite ; et de tous mes dicts et faicts qui sont contre TEglise, je me revocque et veuU demeurer en l'union de l'Eglise, sans jamais en départir, lesmoing mon seing manuel. Signé Jehanne, une croix. »

Ensuit la sentence deffinîtive après ladite adjuration et ceduUe desdites choses, prononcée par ledit évesqne de Beauvoys, etc.

a Pour quoi, afiin que tu faces pénitence salutaire , te avons coBdampnée et oondampnons par sentence définitive, à cbartre perpétuelle, avecq pain de dooleor et antre [eau de sans doute) tristesse ; afin que là tu pleures tes péchés , et que désormais tu n'en commettes plus , sauf toutefois nostre grâce et modération, si tu dessers ci-après à l'avoir. »

Après laquelle sentence donnée le

ficaire de rinquisltenr et plusieurs antres. . . allèrent visiter ladite Jehanne en la prinson où elle estoit destenue, et lui remonstrèrent comme l'Eglise lui avoit esté gracieuse, et qu'elle debvoit prendre la sentence agréablement, qu'elle obeysse à l'Eglise , et qu'elle laisse les révélations et les folies ; et en cas qu'elle renchiesse désormais en ses folyes, l'Eglise ne la recepvra jamais, ee lui remonstrant qu'elle prensist l'habit de iémme , et qu'elle laissast l'habit d'homme. laquelle Jehanne respoodit que yollontiera elle prendroit l'habit de femme , et qu'elle obeyroit à l'Eglise ; et présentement fust vestue d'habit de femme; et ses cheveux, qui estoient ronds , tondus tout bas.

Le lundi ensuivant , le vingt-deuxietme ( boîtième) de mai, lesdits juges altèrent en la prison, etiatrouyèrent vestue de habit d'homme, c'est as-

savoir de robbe , de chapperon et autres habiil^ ments convenables à uaaige d'homme, lequel hibit elle avoit laissé par ordonnance de l'Eglise. Interroguée pour quelle cause elle avoit de lechef prins ledit habit d'homme. Respondit : Q« elle l'ayoit reprins.

Interroguée de rechef pour quelle cause elle Pa- Toit reprins. Respondit : Qu'elle l'avoit reprins pour ce que il lui semble plus licite, et convenant d'avoir habit d'homme, autant qu'elle seroil avec les hommes, que de porter habit de femme.

. . Adonc lui fust dist que elle estant en esehi^ fault deyant les juges et le peuple ; quand elle feist l'adjuration , c'est-à-dire qu'elle fut adjorée de dire la vérité , ainsi : « Tu dys que contre vérité tu teestoyes yantéequeles voix que (a dis avoir ouyes , estoient les voix de saincte Catherine et saincte MarguerAe. » A quoi respondit: Qu'elle ne entendit jamais avoir révoqué lei apparitions de ses voix , c'est assavoir que oe foi sainctes Gtitherine et Marguerite; et ce qu'elle en a dit ce a esté pour la crainte du feu; et se elle en a révoqué, ce a esté contre vérité.

Du mardi vingt-neuvième jour de mai.

[Consultation faite par l'évêque de BeaovaiSf oà Jeanne est déclarée hérétique, etc.]

Le mereredi pénultième jour de mat, denderjtm

du procès.

« Après ce mesme jour, environ neuf heores » du matin, nous, évesque dessus dit ei joge. . • » estant au vieil marché de Rouen , près l'église » Saint-Sauyeur, etc. . » . • • nous admonestâmes icelle Jehanne, pour le salut de son ame, qu'elle entendist à se repentir de ses malfaits, elA. • • • Ayant égard aux choses dessus dites, par lesquelles il appert ladite Jehanne estreobstioéeeo ses erreurs, et par naaliees et diabolique obslistcion, avoir faussement monstre signe de cootrition, etc et en se monstrant incorrigible, hérétique et recliue en hérésie et errev indigne , et du tout incapable de toute m^ corde, nous procédasmes à la senleoce dtBsiH!^^^ en la manière qui ensuit :

Ensuit la sentence définiiive.

»« Et par Geste sentence, séants eo siège et tribunal de justice, en cest escript proférons que comme membre pourri, te avons débeuttée el rejettée de l'unité de l'Eglise « ^ ^ avons délivrée à la Justice aéonliènB, à Uqoou^ nous prions te traicter doucement et bomtiûO' ment, soit en perdition de vie on de aucaos la^^' bres. 9

POIFA SEaVIR A l'HISTOIRB de ^EANi^R d'aRC.

Ifïl

Après laquelle sentence, lesdits évesques, inquisilears et aucuns membres desdils juges se absentèrent de là, et laissèrent ladite Jehanne sor resehaffaud. Et alors le baillif de Rouen, Anglois, qui là esloit, sans autre procès ne sans donner aucune sentence contre elle, commanda qu'elle fust menée au lien où elle devoit estre brûlée; lequel commandement oui par icelle Jehanne, commença à crier et se plaindre si merralleusement, qu*elle esmeut le peuple et fous ceux qui estoienl présents à pitié jusques aux larmes. Et incontinent ledit baillif commanda que on misl le feu, ce qui fut faict, et là fut bruslée piteusement et à grand martyre, qui fut une merveilleuse cruauté, et dont plusieurs, tant des gens de bien que du peuple, murmurèrent fort contre les Anglois. Et le lendemain, ledit évesque, inquisiteur et juges, cognoissants la rumeur et murmure qui en estoit en la ville, et mesme saîchants que par le rapport d*aucuns estoient advenus les signes en la nuit d'icelle Jehanne, cuidants couvrir leur malice et faux jugement, feirent comme les juifs, lesquels, non contents d'avoir faict mourir Nostre Seigneur, s'en allèrent à Pylatte, demandèrent qu'il leur baîllast des gens pour garder le sépulciire, a/fin que ses disciples ne robassent le corps, et qu'ils ne feignissent qu'il esloit ressuscité. Ledit évesque et juges feirent faire une information par tous (esmoi ngs, qui avoîent esté au jugement de son procès.

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