ARTICLE II
Cette même femme dit encore que le signe par lequel le prince auquel elle étoit envoyée s'est déterminé à croire à ses révélations , el à la recevoir pour faire la guerre, coni-iste en ce que saint Michel , accompagné d'une roullilode d'anges , dont les uns avoient des ailes , les autres des couronnes , et parmi lesquels se trouvoient les saintes Catherine et Marguerite , vint trouver ce prince. Cet ange et ces saintes marchoienl peodant un long espace à terre, dans les ckemia». sur les degrés et dans sa chambre, avec lesao* très anges ; l'un de ces anges donna à ce prince une couronne très-précieuse d'or pur, el8*inclin.i en lui faisant la révérence. Cette femme a dil une fois qu'elle croit que ce prince étoit seoilorsqu'il reçut ce signe , quoiqu'il y eût du rocade assez proche de lui ; et une autre fois, qa'ao archevêque reçut le signe , qui étoit une couronoe, et la remit au prince , en présence et à la vue de plusieurs seigneurs temporels.
ARTICLE ni.
Cette même femme connoll et est certaine qae celui qui la visite est saint Michel, â cause de5 bons conseils , des secours qu'il lui a donnés, el de la bonne doctrine qu'il lui a apprise , et parce qu'il s'est nommé lui-même , eu lui disant qu'il étoit saint Michel. Elle distingue pareillemeol les deux saintes l'une d'avec l'autre, parce qu'elles se nomment à elle en la saluant : c'est pourquoi elle croit qu'il est saint Michel , et elle croit que les discours et actions dudit saint Michel soni choses vraies et bonnes , aussi fermement qu'elle croit que Notre Seigneur Jésus-Christ a souflferl et est mort pour notre rédemptiou.
ARTICLR IV.
Elle dit encore qu'elle est certaine que plusieurs faits qui sont dans le futur contingent arriveront ; et elle se vante d'avoir eu connoissaooe, par les révélations qui lui ont été faites par le^ deux saintes, de certains faits cachés : par exemple, qu'elle sera délivrée de prison, et que le» François feront en sa compagnie le plus beau fail qui ait jamais été fait dans toute la chrétienté ; el encore qu'elle a reconnu, par révélation, de$ personnes qu'elle n'avoit jamais vues ; el qu'elle a révélé et fait trouver une certaine épée qai étoit dans la terre.
ARTiCLB V.
(D^abord de l'article premier.)
Elle ajoute que ces deux saintes lui ont commandé , de l'ordre de Dieu , de prendre et de porter Hiabil d'homme; qu'elle l'a pris, comme elle fait encore , en obéissant à cet ordre 9.ftc tant de persévérance , que tantôt fille dit simplement qu'elle aime mieux mourir que de quitter cet habit , et d'autres fois , à moins que ce oe fût par l'ordre de Dieu. Elle a même mieux aimé d« pas assister à la messe , et être privée dn «cr^
POUR SBEYIfi A L'HISTOIBB DE iBAHRB d'aEC.
ment de l'Eucharistie dans les lerops prescrite auY fidèles , que de reprendre l'habit de femme et de déposer l'habit d'homme.
L*AATICLB ▼ POBTB :
Cette mémo femme dit et affirme qae, par Tordre et du bon plaisir de Dieu , elle a pris et porté continuellement un habit à l'usage des hommes. Elle dit de plus que puisqu'elle avoit ordre de Dieu de porter l'Iiabit d'homme , elle devoit prendre une robe courte, un gippon , des maoebes et des chausses attachées avec beaucoup d*aîgui11el(es , avoir les cheveux coupés en rond au-dessus des oreilles , et ne rien garder sur elle qui pût indiquer ou faire reconnottre le sexe féraiiiia, si ce n'est ce que la nature a rois en elle pour la différence de son sexe. Elle convient d'avoir reçu plusieurs fois FEucharlstie étant ainsi vèlae ; et elle n'a jamais voulu , quoique avertie et requise plusieurs fois charitablement , reprendre l'habit de femme , disant tantôt simplement qu'elle aime mieux mourir que de quitter cet liabît ; et d'autres (pis , à moins que ce ne soit de Tordre de Dieu ; et que si elle étoit en habit d'homme avec ceux en faveur de qui elle s'est armée, et que si elle agissoit ainsi qu'avant sa prise et sa détention, ce seroit un des plus grands biens qu'il pût arriver à tout le royaume de France : ajoutant que, pour chose au monde, elle ne ferait pas le serment de ne plus porter l'habit d'homme et de ne plus prendre les armes. Et en tout cela ,elle dit qu'elle a bien fait, et qu'elle fait bien d'obéir à Dieu et à ses ordres.
ARTICLB VI.
Elle avoue et elle convient encore qu'elle a fait écrire plusieurs lettres dans lesquelles on mettoit ces mots : Jhesus Maria , avec une croix ; que quelquefois elle y mettoit une autre coix , et que cela signilloit qu'il ne falloit pas exécuter ce qu'elle maodoit dans sa lettre. Dans d'autres lettres , elle a fait écrire qu'elle ferait tuer ceux qui n'obéiraient pas à ses lettres et à ses ordres, et qu'on la reconnottroit aux coups , parce qu'elle avoit le meilleur droit de par le Dieu du ciel ; et elle dit souvent qu'elle n'a rien fait qu'en vertu de révélations et par les ordres de Dieu.
ABTICLB VII.
Elle dit encore et elle avoue qu'à Tâge de dixsept ans ou environ, elle est allée, de son gré , et en vertu d'une révélation , trouver un certain écuyer qu'elle n'avoit jamais vu, quittant la maison paternelle contre la volonté de ses père et mère , qui perdirent presque la raison quand ils apprirent son départ ; qu'elle pria cet écuyer de la mener ou de la faire conduire au prince dont on parloit tout*à-Theure ; qu'alors ce capitaine lui donna, sur sa demande , un habit d'homme et uue épée , et qu'il ordonna un chevalier , un écoyer et quatre valets pour la conduire ; qu'é-
tant arrivée auprès du prince dont il a été parlé plus haut , elle lai dit qu'elle vonloit conduire la guerre contre ses adversaires, lui promettant de lui procurer un grand domaine et de vaincre ses ennemis, et qu'elle étoit envoyée pour cela par le Dieu du ciel : ajoutant qu'en tout cela elle a bien agi , de Tordre de Dieu : en vertu de révélation.
ABTICLB VIII.
Elle dît et avoue encore , que d'elle-même et sans y être forcée et engagée par personne , elle s'est précipitée d'une certaine tour très-élevée : aimant mieux mourir que d'être mise entre les mains de ses adversaires , et que de survivre à la destruction de la ville de Gompiègne.
Elle dit encore qu'elle n'a pas pu éviter de se précipiter ainsi, quoique les deux saintes lui aient défendu de se jeter en bas , et quoiqu'elle convienne que c'est un grand péché d'offenser ces deux saintes ; mais qu'elle sait bien que ce péché lui a été remis après qu'elle s'en est confessée ; et elle dit que cela lui a été révélé.
Les deux saintes lui ont révélé qu'elle sera sauvée dans la gloire des bienheureux, et qu'elle s'assurera le salât de son ame, si elle garde la virginité qu'elle leur a vouée la première fois qu'elle les a vues et entendues ; et , à Toccasion de cette révélation , elle assure qu'elle est aussi certaine de son salut que si elle étoit réellement et de fait dans le royaume des cieux.
ARTICLB IX.
Cette même femme dit que ces deux sfiintes lui ont promis de la conduire en paradis , si elle conservoit bien la virginité de son corps et de son ame , qu'elle leur avoit vouée. Elle dit qu'elle en est aussi certaine que si elle étoit déjà dans la gloire des saints ; et elle ne croit pas avoir commis de péché mortel , parce que, si elle étoit en état de péché mortel, ces deux saintes, à ce qu'il lui semble , ne viendraient pas la visiter tous les jours , comme elles le font.
ABTICLB X.
Cette même femme dit et affirme que Dieu aime certaines personnes qu'elle désigne , qu'elle nomme, et qui sont encore sur la terre, et qu'il les aime plus qu'il ne Taime elle-même ; et qu'elle le sait par la révélation des saintes Catherine et Marguerite , qui lui parlent, non en anglois, mais en françois, parce qu'elles ne sont pas pour les Anglois ; et dès qu'elle a su que les voix étoient pour le prince dont on a parlé plus haut , elle n'a pas aimé les Bourguignons.
ABTICLB XI.
Elle dit et avoue encore qu'à l'égard de ces voix et des esprits , qu'elle appelle Michel , Gabriel, Catherine et Marguerite, elle les a véné« rés plusieurs foi.<$ en se découvrant la tête, ea