I.NDICATIOÎI ANALYTIQUE DES DOCUMEKTS
néchissanl ]^s genoux, en baisant la (erre sur laquelle ils marchoienl , et en leur vouant sa virginité ; qu'en les embrassant et en baisant les deux saintes , elle les a touchées corporellement et sensiblement ; qu'elle les a plusieurs fois appelées à elle pour leur demander conseil et secours , quoique souvent elles viennent la visiter sans être appelées ; qu'elle acquiesce et obéit à leurs conseils , et qu'elle y a acquiescé dès le commencement , sans prendre conseil de qui que ce soit , comme de son père et de sa mère , de •on curé , de quelque prélat , ou de tout autre ecclésiastique. Et néanmoins elle croit que les VOIX des saints et saintes de celte nature lui viennent de Dieu et par ses ordres, aussi fermement 40 elle croit à la religion chrétienne , et que No- Ire Seigneur Jésus-Christ a souffert la mort pour nous délivrer,- que si un mauvais esprit lui apparowsoit en feignant d'être saint Michel , elle sauroit bien discerner si c'est saint Michel , ou si ce n'est pas lui.
Cette même femme dit encore, que de son propre gré, sans qu'on l'y ait portée ou induite, •Ile a juré à ces deux saintes de ne point révéler le signe de la couronne qui devoit être donnée au prince à qui on l'envoyoit ; et enfin elle dit que ce n'est qu'autant qu'elle n'auroit pas la permission de le révéler.
ARTICLE Xil.
Celte femme dit et avoue qui si l'Eglise vooloil qu elle m quelque chose de contraire à ce qu'elle dit que Dieu lui a ordonné, elle ne le feroit pas pour chose quelconque , afGrmant qu'elle sait bien que ce qui est contenu dans son procès vient de l'ordre de Dieu , et qu'il lui serait impossible de faire le contraire. Elle ajoute que sur tout cela elle ne veut point s'en rapporter à la décision de l'Eglise militante, ni à celle d'aucun homme du monde , mais à Dieu seul , notre Seigneur, surtout par rapport aux révélations et aux matières qui en sont l'objet , et à tout ce qu'elle a fait en vertu de ces mêmes révélations El elle dit qu'elle n'a point fait cette réponse et les autres en les prenant dans sa propre tète mais qu'elle les a faites et les a données de l'orl dre de ses voix, et en veriu des révélations qui fui ont été faites, quoique les juges et d'autres personnes qui étoieot présentes lui aient déclaré plusieurs fois l'article de foi : Je crois à rEglUe , une, sainte et catholique, en lui exposant que tout fidèle vivant est tenu d'obéir et de soumettre ses discours et ses actions à l'Eglise militante, surtout en matière de foi , et qui concerne la doctrine sacrée et les ordonnances ecclésiastiques.
Et de V article premier.
Elle a différé et refusé de se soumettre , elle, ses actions et ses discours, à l'Eglise militante,
(1) TraducUon de M. L'Averdy. NoUcc des manuscrits de la Bibliothèque du roi, lom. HI, p. 58 et suivanlcs.
quoiqu'on Tait plusieurs fois avertie et requise; disant qu'il lui est impossible de faire lecootrairt de ce qu'elle a afûrmé dans son procès avoir tail de l'ordre de Dieu ; et que sur ces choses-là elle ne s'en rapporte à la décision ni au jogemenl d'aucun homme vivant, mais seulement au jogemenl de Dieu (1).
Le nombre de ceux que l'évèque de BeaoTais flt consulter pour avoir les avis doclrÎDaox fut très-considérable : on en compte au-delà de cloquante-huit, et de plus le Chapitre de Roneo et rUniversité de Paris.
Presque tous donnèrent des avis défaTorablês à Jeanne, non sur les actes mêmes du procès qai ne leur furent pas communiqués, mais sur les douze articles que l'on vient de lire. Tous eeax qui ont donné leurs avis doctrinaux sur les assertions qu'ils contiennent ont donc été trompés par un faux exposé des réponses de Jeanne.
[Voici les douze articles tels qu'ils furent losiU Pucelledans la séance du cimetière deSaint-Oaea.]
« Premièrement se adressa à ladite Jehanne, en lui disant : a Tu as dit que dès Taage de treixe ans , tu as eu des révélations et apparitions d'an* gels , de saincte Katherine et saincle Marguerite, et que les as veues des yeux corporels bien souvent, et que ils ont parlé à toi. » Quant à ce premier point, les clercs de l'Université de Paris odI considéré la manière desdites révélations et apparitions , et la fin des choses révélées et la qualité de la personne ; toutes choses considérées qui sont à considérer, et ont dit et déclaré qoe toutes telles révélations sont sopersti lieuses , et procédantes de mauvais esprits et diaboliques.
» Item, tu as dit que ton roi a en signe pir lequel il congnut que tu estois envoyée de Dieo par sainct Michel, accompagné de plusieurs aogels, desquels les aucuns avoieot desaesles, les autres des couronnes; avecques les dicls angek estoient saincte Catherine et saincte Marguerite ; toute laquelle accompaignée vint à toi au cbasteau de Chinon , et montèrent les degrés du chasteau, jusques en la chambre de ton roy, devant lequel l'ange se inclina, qui portoil une couronDe; et une fois , tu as dit que quand ton roy eut (« signe, il estoit tout seul; d'autresfois, tu as dit que celle couronne , que tu appelles signe , fot baillée à l'archevesqne de Rains, qui la bailla ï ton roy, en la présence de plusieurs princes el seigneurs, lesquels tu as nommés. Quant à cet article , les clercs disent que cela n'est point vraisemblable, mais estmenlerie, et présomptueuse, séducloire el pernicieuse chose , contraire et desrogalive à la dignité de l'église angélique.
0 Item, tu as dit que lu cognois les anges et les sainctes par le bon conseil , confortation el doctrine que ils t'ont donné, de croyre aussi qa^ c'est sainct Michel qui s'est apparu à toi, et dis que leurs faicts el dits sont bons , el que lu les crois aussi fermement que tu croys la foi<ic Jé^us-Christ.
POUJI 8BBVIB À L*U1ST01AE 0£ JEANNE d'aEC.
» Qoaat à eesC article, les clercs disent que telles choses ne sont soflisaotes à cognoistre lesdits angels et sainctes , et que tu as creu trop légèrement et afGrmé trop témérairement ; et en tant que est la comparacion que tu fais de croire les choses aussi fermement que tu croys en la foi de Jésus-Christ , lu erres en la foi.
» liem , tu as dit que tu es certaine d'aucunes choses advenir , et que tu as scen les choses ca- ^^^®> 1 «I que tu BB congneu les hommes que tu n*aTois jamais veus, et ce par les voix de saiocte Katherine et Marguerite.
9 Quant à cest article, disent que en ce y a supersticion et divination, présumptneuse acertion et vaine jactance.
9 Ilem^ tu as dict que du commandement de Diea , tu as porté continuellement habit d'homme, et que tu avois prins robbe courte, pourpoint, chausses attachées avec esguilletles, que tu portois aussi cheveux courts couppés en rond au-dessus des oreilles, sans laisser sur toi aucune chose qui deœonstrast que tu estoys femme, et que plusieurs fois tu as receu le corps de Nostre Seigneur en cest habit , combien que plusieurs fois tu as esté admonestée de le laisser; de quoi lu n'as rien voulu foire, en disant que tu aimerois mieux mourir que de laisser ledit habit , se ce n'estoit par le eoromandement de Dieu ; et que se tu estoia eneoires (encore) en cest habit avec le roy et ceax de sa partie, ce seroit ung des plus grands hieoa do royaume de France ; et si as dit que pour nulles choses tu ne ferois serment de ne porter point ledit habit et les armes, et en toutes lesdites choses tu dis avoir bien faict et du commandement de Dieo.
9 Quant à ces poincis , les clercs disent que tu blasmes Dieu , et le contempnes en ses sacrements; tu transgresses la loi divine, la saiocle escripture et les ordonnances canoniques ; tu odores et sens mal en la foi, et te vantes vainement et es suspecte de ydolatrie , et te condamnes toimesme de ne vouloir porter l'habit selon ton se:»e, et en suivant la coustume des gentils et Sarrasins.
9 liem , tu as dit que souvent en tes leclres lu as mis ces deux noms : Jhetus , Maria y et le signe de la croix , en cuidant démonstrer à ceux à qui tu escripvois , que tu ferois le contenu en tes lectres, et en aultres tes lettres te es vantée que tu férirois tous ceux qui ne te obéiroient , et que on verroit aux coups qui auroit le meilleur droit; et souvent lu as dit que lu ira as rien faict que par révélacion et par le commandement de Dieu. Quant à cest article, les clercs disent que tu es murdrière (meurtrière) et cruelle, désirant effusion de sang humain , sédicieuse , provocatrice â tyrannie, blasphémante Dieu et seS commandements et révélacions.
» iiem, tu as dit que par les révélacions que tu as eues en Taage de dix-sept ans , lu as laissé les père et mère contre leur volonté , dont ils ont esté si déplaisants, qu'ils sont tombés presque en clémence , et t'en es allée à Robert de Baudp-
courl, qui,àtarequeste, t'a baillé habit d'homme et une épée , et des gens pour te conduire à Ion roy, auquel tu as dit que tu venois pour expeller ses adversaires , et lui as promis que tu le mettrois en sa seigneurie, et que il auroit victoire contre tous ses ennemis, et que Dieu te a voit envoyée pour ce faire ; et dis que toutes les choses dessusdites, tu les as faictes en obéissante Dieu par révélacion. Quant à ces articles , les clercs disent que tu as esté mauvaise et impétueuse envers tes père et mère; tu as esté scandaleuse , blasphémante Dieu , errante en la foy , et as faict promesse à ton roy présomptueuse et téméraire.
» Item, tu as dit que de ta bonne voUunté tu as saiJH de la tour de Beaurevoir aux fossés , en aimant mieux mourir que d'estre mise en la main des Anglois, et vivre après la destruction de Gompieigne; et combien que sainctes Catherine et Margueritte te deffendissent que tu ne saillisses, toutefois tu ne t'en peus contenir ne garder, combien que lu faisois grand péché de saillir contre leurs deffeuses ; mats que depuis tu avois sceu par tes voix que Dieu te avoit pardonné ce péché, après que lu t'en estois confessée.
n Quant à cest article , les clercs disent que en ce fut pusillanimité, tendante à despération à le tuer toi-mesme; et en ce que lu as dit, une téméraire et présumptneuse acertion de ce que tu* dis que Dieu te avoit pardonné ce péché , en quoi tu sens mal de la liberté de l'arbistre humain^
» Hem, tu as dit que saincte Catherine et saincte Margueritte te ont promis de te conduira, en paradis, pourveuque tu gardes virginité, la-^ quelle tu leur as vouée et promise, et de ce es certaine comme se tu estois jà en la gloire de paradis ; et que tu iie croys point avoir fait œuvre de péché mortel ; et si lu estois en péché mortel, les dictes sainctes Calherine et Marguerite ne le visiteroient pas comme elles font. Quant à cest article, les clercs disent que en ce que tu as dit devant , et en ce , lu sens mal de la foi chreplienne.
» Item y lu as dil que tu sçais bien que Dieu aime aucunes personnes vivantes plus que toi , et que tu le sçais par les révélations desdicles sainctes ; que lesdictcs sainctes parlent langage françois, et non angloîs , parce que elles ne sont point de leur parti; et que depuis tu as sceu que lesdites voix estoient pour ton roy, tu n'as point aimé les Bourguignons. Quant à cest article, les clercs disent que c'est une téméraire présumplion , et une téméraire acertion et blasme contre lesdictes sainctes, et transgression contre le commandement de Dieu, qui est d'aimer son prochain.
» Ilem^ tu as dit que à ceux que tu appelles sainct Michel , saincte Catherine et saincte Marguerite , tu as faict plusieurs révérences en te agenouillant et baisant la terre sur laquelle ils marchoient en leur virginité, et mesme que tu les as baisés et accolés, et crus dès le commeor
INDICATION AISAI.YTIQUE DES DOCUMENTS,
eemeiil que ils viudreiif de Dieu , sans deman' der cooseit à (on curé, ne aalre homme d'église; et que néantmoios la croys cesle voix eslre venue de Dieu aussi fermemenl que la foi clirélienno, et que Jliésus-Christ a souflTert mort et passion , et que se aucun mauvais esprit apparoissoil à la forme et figure de sainct Michel , tu le congnoistrois bien. Tu as aussi dit que pour requesle du monde tu ne dirois le signe venu à ton roy, si ce n*est par le commandement de Dieu. A quoi les clercs disent que , supposé que tu le dis, tu es idolastre, invocatrice des diables, errante en la foi , et as faict témérairement serment illicite.
» Item , tu as dit que si Téglise voulloit que lu feisses le contraire du commandement que tu dis avoir de Dieu, lu ne le ferois pour quelque chose do monde; et tu sçais bien que ce qui est contenu en long («te) procès est venu du commandement de Dieu , et qu'il (e seroit impossible de faire le contraire ; et que de toutes les choses dessusdites, tu ne teveus point rapporter au jugement de TEglise qui est en la terre « oe d'homme vivant, mais seulement à Dieu seul; et dis outre, que ta ne fais point ces responses de ta teste , mais du commandement de Dieu , combien que Tarlicle de la foi , qui est qoe chacun doiht croire l'église catholique, le ait esté par plusieurs fois desclaré , et que tout bon chrestien catholique doihl submeslre tous ses faits à l'Eglise, et principalement en faict de révélation et de telles choses. Quant à cest article , les clercs disent que tu es schismatique, mal sentante la vérité et auctorité de l'église , et que jusques à mainctenant , tu as erré pernicieusement en la foi de Dieu. »
PBOGBS DE BéVISION.
Nous sommes contraints de nous borner ici à un extrait des principales dépositions qui ont été recueillies lors de la révision du procès de Jeanne d'Arc. Le procès de justification remplit à lui seul un gros volume, manuscrit in-f^, ii^S^TO, de la Bibliothèque du Roi. Il est tout entier en latin , à l'exception de la déposition de Jean Daulon , que nous reproduisons textuellement. Les dépositions que nous y avons jointes sont extraites de l'onvrage de L'Averdy , qui les avait empruntées à un manuscrit de la bibliothèque de Rohan- Soubise, que l'on n'a pu découvrir depuis la vente de cette bibliothèque. Ce manuscrit contenait entre autres pièces : les lettres patentes de Charles YII, adressées à Guillaume Bouille, docteur en théologie, datées du 15 février 1449, immédiatement après la soumission de la ville de Rouen, et qui le commettent pour informer au fait de la Pucelle , et pour se faire représenter les actes du procès; l'information faite en conséquence par maître Guillaume Bouille , où l'on troifve les dépositions d'Isambert de la Pierre , de Jean Toutmouillé , de Martin Ladvenu , Fun des juges et le confesseur de Jeanne; de Guillaume Duval , de Guillaume Manchon , de Jean Massieo et de Jean
Beaupère. Ces lettres-patentes et celle infomiatiofi ne se trouvent dans aucun autre manoscrit, et d'ooI point été produites ao procès de révisioD.
Déposition de Jean Daulon {écuyer de Jeanne d'Ârc)^ chevalier, conseiller du Roy et sénéchal de Beaun caire , faite à Lyon , le 28* jour de mai 1456.
Et premièrement dit, que vingt-huit ans a ou environ, le Roy nostre sire estant lors eo la ville de Poictiers , lui fui dict que ladite Pneelle , laquelle estoit des parties de Lorraine , avoit été amenée audit seigneur par deux gentilshommes , eux disaos être à messire Robert de Baudricoorl, chevalier , l'un nommé Bertrand et l'autre Jean de Metz, présentée, pour laquelle voir, lui qni parle alla audit lieu de Poictiers.
Dict que après ladite présentation , parla ladite Pucelle au Roi notre sire secreltement, et Ini dit aucunes choses secrettes quelles il ne sait , fors que peu de temps après icelui sire envoya qoérir ceux des gens de son conseil entre lesquels étoit ledit déposant lors, auxquels il dit que ladite Pucelle lui avoit dit qu'elle étoit envoyée de par Dieo pour lui aider à recouvrer son royaume, qui pour lors pour la plus grande partie estoit oceapé par les Anglois, ses ennemis anciens. Dict que après ces paroles , a ledit sire aux gens de sondît conseil déclaré , et fut advisé interroguer ladite Pucelle , qui pour lors estoit de Tâge de seize ans oo environ, sur aucuns points touchant la foy. Dit que pour ce faire fit venir ledit seigneur certains mai»très en théologie , juristes et autres gens experts, lesquels l'examinèrent etinterroguèrentsor iceulx points bien diligemment. Dict qu'il étoit présent audjt conseil, quant iceulx maistres firent leur rapport de ce qu'ils avoient trouvé de ladite Pucelle , par lequel fut par l'un d*eulx dict publiquement qu'ils ne veirent, trouvoient, ne cognoissoient en icelle Pucelle aucune chose , fors seulement tout ce qui peut être en une bonne chresticnne et vraie catholique, et pour telle la teooienl, et -estoit leur advis que c'estoit une très-boone personne.
Dict ainsi que ledit rapport audit sire , par lesdits maîtres , fut depuis icelle Pucelle baillée à la roy ne de Cécile, mère de la Royne notre souveraine dame, et à certaines dames estans avec elle, par lesquelles icelle Pucelle tùi veue, vîeiléeel secreltemeut regardée et examinée es parties secrettes de son corps ; mais après ce qu'ils eurent veu et regardé ce que requin estoit en ee cas , ladite dame dict au Roy et relata qu'elle et sesdiles dames trouvoient certainement qoec'éloit one vraie et entière pucelle , en laquelle n'apparoissoit aulcune corruption ou violence ; dit qu'il étoit présent quand ladite dame fit son rappqrt. Dict outre que après ces choses oyes , le Roy considérant la grande bonté qui étoit en icelle Pucelle, et qu'elle lui avoit dit que de par Dieu lui étoit envoyée , dict que adonc fût délibéré qu'elle seroit envoyée dedans la cité d'Orléans, laquelle estoit adonc assiégée par lesdits ennemis ; pour ce lui fol
POUR SEAVIB A L'uISTOIBB D£ JEANNE d'AAG.
baiUé geos pour le serTÎce de sa personne , ei aolres poor la condoite d'elle. Dict que poor la garde et la eonduite dieelle , fut ordonné ledil déposaot par le Roi noire sire : dict aussi que pour la seareté de son corps, ledict seigneur feist faire à ladite Pucelle harnois loul propres pour soodit corps, et ce fait lui ordonna certaine quanlUéde gens d'armes pour icelle et ceulx de saidite compagnie mener et conduire seurement audit lieu d'Orléans. Dict que incontinent après se mit à cheminer avec sesdilsgens pour aller celle part.
Dil que lantost après qu'il vint à la connois • saoce de monsieur de Dunois, que pour lors on appeloil M. le Bastard d'Orléans, lequel estoit en ladite ciié pour la préserver et garder desdils ennemis, que ladite PucelJe venoit celle part, tanlost fait assembler certaine quantité de gens de guerre, pour lui aller au-devant , comme La Hire el autres ; et pour ce faire et plus seurement l'auteuer et conduire eu ladite ville et cité, se mirent icelai seigneur et sesdits gens eu un bateau , et par la rivièse de Loire allèrent au-devant (i'clle environ un quart de lieue et la trouvèrent. Dict qu'incontinent entra ladite Pucelle, et il qui parle, audit basteau , et le résidu de ses gens de guerre s'en retournèrent vers Blois; et avec mesure de Dunois et ses gens, entrèrent en ladite cité seurement et sauvemcnt, eu laquelle roondit ligueur de Dunois la feist loger bien lionuètemeot en l'hôtel d'un des notables bourgeois d'icelle cité.
Dict que après ce que mondit seigneur de Dunois, La Hire et certains autres capitaines du parti du Roy nostre sire, eurent conféré avec la Pucelle, qu'estoit expédient de faire la Inition, garde et deffense de ladite cité , et aussi par lequel moyen on pourroit mieux grever lesdits ennemis, fust eutre eux advisé et conclu qu'il estoit néces- ^ire faire venir certain nombre de gens d'armes de leurdit party, qui estoient lors es parties de Blois, et les falloit aller quérir, pour laquelle chose oieUre en exécution , et poor iceulx ameuer en ladite cité , furent commis mondit seigneur de Dunois, il qui parle et certains autres capitaines, avec leurs gens , lesquels allèrent audit pays de- Blois pour iceux amener et faire venir.
Dit que ainsi qu'ils furent prests à partir pour aller quérir iceulx qui estoient audit pays de Blois, et qu'il vint à la notion de la Pucelle , inconlioeut monta icelle à cheval et La Hire avec elle et avec certaine quantité de ses gens , issit hors aux champs , pour garder que lesdits ennemis ne leur portassent nuls dommages. Et pour ce ftiire se mit ladite Pucelle, avec sesdits gens, entre iost desdits ennemis et ladite cité d'Orléans, et y lit tellement que , nonobstant la grant puissance ^1 nombre des gens de guerre estans en ï'ost desdils ennemis , tontesfois la mercy Dieu passèrent lesdits seigneurs de Dunois et il qui parle avec toutes leurs gens, et seurement allèrent leur clieiDio et sesdits gens en ladite cité. Dict ainsi que lanlôt qu'elle sçent la venue des dessusdits , et
qu'ils amenoient les autres que estoient allez quérir pour le renfort de ladite cité, incontinent monta à cheval icelle Pucelle , et avecques une partie de ses gens alla au -devant d'iceox pour leur subvenir et secourir se besoin en eustesté.
Dict que au veu et sceu des ennemis entrèrent lesdits Pucelle et Dunois, mareschal La Hire, il qui parle et leursdits gens en icelle cité, sans contradiction quelconque. Dict plus , que ce même jour , après disner, vint mondit sieur de Dunois au logis de ladite Pucelle , auquel il qui parle et elle avoient disné ensemble , et en parlant à elle • lui dit icelui sieur de Dunois , qu'il avoit sceu pour vrai par gens de bien que un nommé Fascolf, capitaine desdits ennemis , devoit de brief venir par devers iceux ennemis , estant audit siège , et tant pour leur donner secours et renforcer lear ost, comme aussi pour les avitailler, et qu'il estoit déjà à ce invité ; desquelles paroles ladite Pucelle fut toute resjouie , ainsi qui sembla à il qui parle, et dit à mondit sieur de Dunois telles paroles ou semblables : Bastard, Bastard, au nom de Dieu , je te commande que tantost que tu sçauras la venue dudit Fascolf, que tu le me fasses sçavoir , car s'il passe sans que je le sacke, je te promets que je te ferai oster la télé. A quoi luirespondit ledit sieur Dunois, que de ce ne se dmUast , car il le lui ferait bien sçavoir.
Dict que après ces paroles , il qui parle , lequel estoit las et travaillé, se mist sur une couchette en la chambre de ladite Pucelle , poor ung poy se reposer; mais ainsi que ledit déposant commençoy t de prendre son repos , soubdainement icelle Pucelle se leva du lit, et>n faisant grani bruit Tesveilla, et lors lui demanda il qui parle , qu'elle vooloyt, laquelle luy répondit : £n mon Dieu , mon conseil m'a dict que je voisse contre les Anglois; mais je ne sçay si je doys aller contre leurs bastilles ou contre Falscot qui les debvoit advitailler. Sur quoy se leva ledit déposant incontinent , et le plutôt ,qu'il pust arma ladite Pucelle. Dict que ainsi qu'il armoit oyrent grand bruit et grand cry, que faisoient ceux de ladite cité , en disant que les ennemis portoient grand dommage aux François; et adonc il qui parle pareillement se ût armer; en quoi faisant , sans le sceu d'icelui s'en partist ladite Pucelle de la cbambre et issit en la rue , où elle trouva un page monté sur un cheval , lequel à coup Gt descendre dudit cheval et iuconti* uent monta dessus et le plus droit et plus diligem* ment qu'elle put tira son chemin droit à la porte de Bourgongue, ou le plus grand bruit estoit. Dict que incontinent il qui parle suivit ladite Pucelle : mais sitôt ne sçut aller, qu'elle ne fut ja à icelle porte. Dict que ainsi qu'ils arrivèrent à icelle porte , virent que l'on apportoit l'un des gens d'icelle cité, lequel estoit très-fort blessé. Et adonc ladite Pucelle demanda à ceux qui le portoyent qui c'étoit celui homme , lesquels lui répondirent que c'estoit un François , et lors elle dict que jamais n'avoit veu sang de Frauçois,que les cheveux ne lui levassent en sur. Dict que à celle heure
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
ladite Pucelle et plusieurs autres geus de guerre en leur compagnie yssèrent hors de ladite cit6 , pour donner secours auxdîts Françoys , et grever les ennemis à leur pouvoir; mais ainsi qu'ils forent hors d'icelle cité, fut avis à îl qui parle que oncques n*avoit vu tant de gens d'armes de leur partie comme il fil lors.
Dit qae de ce pas tirèrent leur chemin vers une très-forte bastille desdits ennemys, appelée la bastille de Sainl-Loup^ laquelle incontinent fut assaillie , et à très-peu de perte d'iceulx prinse d'assauH, et tous les ennemis estant en icelle mors et prins; et demeura ladite bastille es mains desdits François.
Dit que ce fait, se retranchèrent ladite Pucelle et ceux de sa compagnie en ladite cité d'Orléans, en laquelle ils se rafreschierent et reposèrent pour icelloy jour.
Dit que le lendemain ladite Pucelle et sesdits gens voyans la grande vicloyre par eux le Jour de devant obtenue sur leurs dits ennemys , yssirent hors de ladite cité en bonne ordonnance, pour assaillir certaine autre bastille estant devant ladite cité, appelée la basiille Sainl-Jehan-Ue-Blane , pour laquelle chose faire , pource qu'ils veirent que bonnement ils ne pouvoient aller prendre ladite bastille de Saint-Jehan-le-Blanc, obstant ce que Icsdits ennemis en avoient faille une autre très-forte au pié du pont de ladite cité, tellement que leur étoit impossible d'y penser, fut conclu entre eux passer en certaine isle estant dedans la rivière de Loyre, et illec fesoient leur assemblée , pour aller prendre ladite bastille de Saint-Jehanïe-BIanc, et pour passer l'autre hors de ladite rivière de Loyre , firent amener deux basteaux , desquels ils firent on pont pour aller à ladite bastille.
Dit que ce faict , allèrent vers ladite basiille , laquelle ils trouvèrent désemparée pour ce que les Anglois qui estoient en icelle, incontinent qu'ils apperceurent la venue desdils François , s'en allèrent et se retranchèrent en une autre plus forte et plus grosse basiille , appelée la bastille des Augustim.
Dit que voyant lesdits François n'estre pois* sans pour prendre ladite bastille , fut conclu que ainsi s'en retoorneroient sans rien faire.
Dit que pour plus seureraent eulx retourner et passer, fnt conclu et ordonné demeurer devoir des plus notables et vaillans gens de guerre do parti desdils François , afin de garder que lesdits ennemys ne les pussent grever en se en retournant ; et pour ce faire , furent ordonnés MM. de Gaucourt , de Villars , lors séneschal de Beauvais, et il qui parle.
Dit que ainsi que lesdits Françoys se reloornoient de ladite bastille de Saint-Jehan-le-Blanc, pour entrer en ladite isle , lors ladite Pucelle et La Hirc passèrent tous deux , chacun un cheval, en ung basteau, de Tautre part d'icelle isle, sur lesquels chevaulx ils montèrent incontinent qu'ils furent passés, chacun sa lance en sa main. Et
adonc qu'ils aperçenrent quelques ennemys sortant hors de ladite bastille pour courir sor lears gens, incontinent ladit Pucelle et La Hire, qai estoient toujours au-devant d'eulx pour les garder, couchèrent leurs lances, et tous les premiers commencèrent à frapper sur les ennemys, en lellc manière que à force les contraignirent eolx retrayer et entrer en ladite basiille des Aognslios.
Et en ce faisant il qui parle^ qui estoit en h garde d'un pas avec aucuns antres pour ce esttblis et ordonnés , entre lesquels estoit on bien vaillant homme d'armes du pays d'Espagne nommé Alphonse de Partada , virent passer par devant eux on autre homme d'armes de leur compagnie grand et bien armé, auquel, pour ee qo*it passoit outre, il qui parle dit que illec demourasl un peu avec les autres, pour faire résistance audits ennemys, an cas que besoin seroit, par lequel lui fut incontinent reppondu qu'il n'en feroi( rien. Et adonc ledit Alphonse Ini dit qae ao9«i bien lui povoil demeurer que les autres, et qall y en avoit d'aussi vaillants comme lui qui demoaroient bien, lequel répondit à icelui Alphonse qoe non faisoit pas lui , snr quoi eurent entre enix deulx aller l'un l'autre sur lesdits ennemys, et adonc seroit vea qui seroit le plus vaillanl , et qui mieux d'eolx deoix feroit son devoir; eteox tenans par les mains le plus grand cours qo'ils peorent, allèrent vers ladite bastille, et fveat jusqoes au pié do palis.
Dit que ainsi qu'ils forent auprès de ladite bastille, il qui parle vit dans ledit palis an grand, fort et puissant Anglois, bien en point et armé, el qui leur résistoit tellement, qu'ils ne povoient entrer audit palis d'icelle bastille. Et alors, il (f» parle montra ledit Angloys à un nommé maisire Jehan-le-Canonier, en lui disant qu'il lirasl i iceluy Angloys, car il faisoit trop grand grief, e( portoit moult da dommaige à ceulx qui voloient approcher ladite ville; ce qoe fit ledit matlre Jehan, car incontinent qu'il l'apperceut, il adressa son trait vers lui tellement qu'il le jetta mort par
terre.
Et lors lesdits deux hommes d'armes gaignè- *rent le passage par lequel tous les aultresdelenr compaignie passèrent et entrèrent en ladite bastille, laquelle Irès-asprement et en grande diligence ils assaillirent de toutes pars par telle partie, que dedans peu de temps ils la gaignerent et prindrent d'assault. Et là furent tués et prios la pluspart desdits ennemys, et ceulx qoi séparent sauver se retrahirent en ladite bastille des Tournelles, estant audit pié dudit pont; elpir ainsi obtinrent ladite'Pucelle, et ceulx qui esloieol avec elle, victoire sur lesdits ennemys pour icclluy jour, et fut ladite bastille gagnée, et demodrèrenl devant icelle lesdits sieurs et leurs gens avec ladite Pucelle icelle noit. Dict plus que « lendemain au matin envoya quérir tous les sejgneurs et capitaines estants' devant ladite bastiw prinse pour adviser qu'estoit pins à faire ; par 1<^ advis desquels fut conclu et délibéré assaillir ce
POUB SEBYIR
A l'histoire DB JEANnB D*AHC.
joar no gros boollevart que lesdifs Aogloys avoieut fait devant ladite bastille des Tournelles, et qu'il Htoit expédient ravoir et gaigoer devant que faire aoltre chose. Poar laquelle chose faire et mettre en exécation, allèrent d'une part et d'aafre, lesdlts Pocelie, capitaines et leurs gens, iceloi jour bien matin, devant ledit boalevart, auquel ils donnèrent Tassault de toutes parts, et de le prendre firent Ions leurs efforts, et tellement qu'il? furent devant iceluî boule vart depuis le ma- UaJQsques au soleil couchant, sans icelui pouvoir prendre ne gaigoer, et voyants lesdits seigneurs et capitaines estants avec elle que bonnement pour ce jour ne le pouvoient gaigner, considéré rbeare qui étoit tarde, et aussi que tous estoient fort las et travaillés, fut conclud entre eulx faire sooner la retraite dndit ost, ce qui fut fait, et à MD de trompettes sonné que chacun se restrahit pour icelluy jour, en faisant laquelle retraicte, ostant ce que icelluy qui portoit l'estendart de ladite Pucelle, et le tenoit encore debout devant ledit boulevart, étoit las et travaillé, bailla ledit esteiidart à un nommé Basque, qui estoit audit seigueur de Villars, et pour ce que il qui parle cognoissoit ledit Basque être un vaillant homme, et qae il doutoit que à l'occasion de ladite retraicte mal ne s'en eust, et que ladite bastille et boulevart demonrast es mains des ennemys, eust ymaginatlon que ledit estendart estoit bouté en avant pour la grand affection qu*il cognoissoit entre gens de guerre estants illec, pouvoient par ce moyen gaigoer ledit boulevart, et lors demanda il qui parle audit Basque, s'il alloit et entroit au pié dadit boulevart, s'il l'y suivroil, lequel lui dit et promit ainsi le faire, et adonc entra il qui parle dedans ledit fossé, et alla jusqu'au pié de la doue dodit boulevart, soi couvrant de sa targette pour doule des pierres, et laissa sondit compaignon de Taotre coslé, lequel il cuydoit qu'il le deut suivre pié à pié.
Mais pour ce que quant ladite Pucelle vil son estendart es mains dudit Basque^ et qu'elle le cnydoit avoir perdu, ainsi que celluy qui le portoit étoit entré audit fossé, vint ladite Pucelle, laquelle print ledit estendart par le bout en telle manière qu'il ne pouvoit l'avoir, en criant : Ha ! ha! mon ttlendart! mon estendart! et branloit ledit estendart, en manière que Timagination dudit déposant estoit que en ce faisant, les autres coidassent qu'elle leur flt quelque signe.
Et lors il qui parle s'escria : Ha l Basque, esse ce que lu m'avois promis ? Et adonc ledit Basque lira tellement ledit estendart, qu*il Tarracha des mains de ladite Pucelle, et ce faict, alla il qui parle, et porta ledit estendart, à l'occasion de laquelle chose, tousceulx de.l'ost de ladite Pucelle s'assemblèrent et de rechef se rallièrent, et par si graat aspresse ascueillireut ledit boulevart, que dedans peu de temps après, icelui boulevart et ladite bastille fut par eulx prinse, et desdits ennemys abbandonoée, et entrèrent lesdits Fran- Coys dedans la cité d'Orléans par sur le poni, et
dit il qui parle que cejour même il avoit ouy dire à ladite Pucelle : « En nom Dieu, on entrera dans » la ville à nuyt par le pont, o
Et ce fait se retrahirent icelle Pucelle et lesdits gens eu ladite ville d'Orléans , en laquelle il qui parle la fit habiller, car elle fut blessée d'un trait dudit assault.
Dit aussi que le lendemain , tous les Anglois qui estoient demeurés devant ladite ville, de l'autre part d'icelle bastille des Tournelles , levèrent leur siège, et s'en allèrent comme tous confus et desconfils ; et par ainsi, moyennant l'ayde de Notre Seigneur et de ladite Pucelle, fut ladite cité délivrée des mains des ennemis. Dict encores que certain temps après le retour du sacre du roi , fust advisé par son conseil , estant lors à Mehunsur-Yevre , qu'il estoit très-nécessaire recouvrer la ville de La Charité que tenoient lesdits ennemis ; mais qu'il falloit avant prendre la ville de Saint- Pierre-le-Moustier , que pareillement tenoient iceux ennemis. Dit que pour ce faire et assembler gens à ladite Pucelle en la ville de Bourges, en laquelle elle fit son assemblée , et de là avec certaine quantité de gens d'armes, desquels mondit sieur d'Albret esloyt le chef, allèrent assiéger la ville de Saint-Pierre-le-Moutier , et dict que après ce que ladite Pucelle et sesdits gens eurent tenu le siège devant ladite ville par aucun temps, qu'il fut ordonné de donner l'assaolt à icelle ville, et ainsi fut faict, et de la prendre firent leur deb- Toir ceux qui là estoyent.
Mais obstant le grand nombre de gens-d'armes estans en ladite ville, la grand force d'icelle et aussi la merveilleuse résistance que ceux de dedans faî- Boient , furent contraincts et forciés lesdits François eulx retraire par les causes dessus dites.
Et à ceste heure , il qui parle , qui estoit blessé d'un traict parmi le talon , tellement que sans potances ne se pouvoit soustenir , ne aller vite, voit que ladite Pucelle estoit demeurée très petitement accompagnée de ses gens. Et doutant, il qui parle, que inconvénient de ce ensuyvist , monta sur un cheval, et incontinent tira vers elle, et lui demanda qu'elle faisoit là ainsi seule , pourquoi elle ne se retiroit comme les autres; laquelle, après ce qu'elle eust osté sa salade de dessus sa teste , lui respondit qu'elle n'estoit point seule , et que encore avoit<elle en sa compaignie cinquante mille de ses gens , et que d'illec ne se partirait, jusqu'à ce qu'elle eut prinse ladite ville. Il dict, il qui parle, que à celle heure, quel* que chose qu'elle dict, n'avoit pas avec elle plus de quatre ou cinq hommes, et le sçait certainement et plusieurs qui pareillement le virent. Pour laquelle cause lui dict de rechief qu'elle s'en allât d'illec, et se relirast comme les autres faisoient. Et adonc lui dist qu'il lui fist apporter des fagots et claycs pour faire un pont sur les fossés de ladite ville, afin que ils y pussent mieux approcher, et en lui disant ces paroles, s'écria à haute voix et dit ; Aux fagots et aux clayes , afin de ffiire le pont I lequel incontinent après fut faict et
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dressé. De laquelle chose icelui déposant fut tout esmerveillé, car iucoolinenl ladite ville fut prinse d*as8ault sans y trouver pour lors trop grand résislance; et dit, il qui parle, que tous les faits de ladite Pucelle lui sembloient plus faits divins et miraculeux que autrement, et qu'il estoit impossible à une 8i jeune Pucelle faire telles œuvres sans le vouloir et conduite de Nostre Seigneur.
DJet aussi, il qui parle, lequel par Fespace d^un an entier, par le commandement du roi nostrodit sire, demoura en la compagnie de ladite Pucelle, que pendant Icelui temps il n'a veu ne oogneu en elle chose qui ne doit estre en bonne chrétienne, et laquelle il a toujours veue et congneue de très bonne vie et honneste conversation, en tous et cliacuns de ses faits. Dict aussi qu*il a congneu celle Pucelle estre très dévote créature, et que très dévotement se maiutenoit en oyaot le divin service de Nostre Seigneur, lequel continuellement elle vouloit onir , c'est à sçavoir aux jours solennels , la graul messe du lieu où elle estoit, avec les heures subséquentes, et aux autrès jours une basse messe , et qu'elle estoit accoutumée de tous les jours ouir messe s'il y estoit possible.
Dict plus, que par plusieurs fois a veu et sceu qu'elle se confessoit et recevoit Notre Seigneur, et faisoit tout ce que à bon chrétien et chrétienne appartient de faire, et sans ce que oncque pendant ce qu'il a conversé avec elle, icelui ait oui jurer, blasonner (médire) ou parjurer le nom de Nostre Seigneur, ne de ses saints pour quelque cause ou occasion que ce fust.
Dict outre, que nonobstant ce qu'elle fust jeune fille, belle et bien formée, et que par plusieurs fois, tant en aidant à icelle à armer, que aultrement , il lui ait veu les testins , et aulcunes foys les jambes toutes nues en la faisant appareyller de ses playes, et que d'elle approuchoit souvante foys , et aussy qu'il fust fort jeune et en bonne puissance, toutesfois oncques pour quelque vue ou attouchement qu'il eut vers ladite Pucelle, ne s'esmeul son corps à nul charnel désir vers elle, ne pareillement faisoit aucun autre quelconque de ses gens et escnyers, ainsi qu'il parle, leur a OUI dire et relater par plusieurs fois, et dit que à son avis elle estoit très bonne chrétienne, et qu'elle devoit estre inspirée, car elle avoit tout ce que bon chrétien et chrétienne doit avoir, et par especial elle aimoit fort un bon preud'homme qu'elle savoit estre de vie chaste. Dict encore plus , qu'il a oui dire à plusieurs femlnes que ladite Pucelle ont veue par plusieurs fois nue et sceu de ses secrets et oncques n'a voit eu la secrette maladie des femmes, et que jamais nul n'en pust rien cognottre appercevoir par ses habillements ne autrement. Dict aussi que quand ladite Pucelle avoit aucune chose à faire pour le fait de sa guerre, elle disoil à il qui parle, que son conseil lui avoit dit ce qu'elle devoit faire. Dict qu'il l'interrogea qui estoit sondil conseil , laquelle lui
respondit qu'ils estoient trois ses conseillers, desquels Tun estoit toutrésidemment avec elle, l'aolre alloil et venoit souventefois vers elle et lavisiloil, et le tiers estoit celui avec lequel les deux autres délibéroient. Et advint une fois entre les autres, il qui parle lui pria et requist qu'elle lui voulsil une fois montrer icelui conseil , laquelle loi respondit qu'il n'estoit assez digne ne vertueux pour icelui voir. Et sur ce désista ledit déposant de plus avant lui en parler ne enquérir, et croit fermement ledit déposant, comme dessus a dit, que veu les faits, gestes et grands conduites d'icelle Pucelle, qu*elle estoit remplie de tous les biens qui peuvent et doivent estre en une bonne chrétienne , et ainsi l'a dit et déposé comme des- . sus est escript, sans amour, faveur, haine oo sdbornation quelconque, mais seulement pour la seule vérité du faict, et ainsi comme il a veu et cogneu estre en ladite Pucelle.
Déposition db Jean TocmouiLLÉ, de VOrdre des Frères prescheurs {lUanuserit de Souhiu).
Dit et dépose le dit Toutmonillé, que le jour que ladite /eanne fut délaissée au jugement séeolier et livrée à combustion, se trouva le matin eo la prison avec frère Martin Lavenu, que TeTesque de Beauvals avoit envoyé vers elle, pour loi annoncer la mort prouchaine, et poorrioduireà vraye contrition et pénitence, et aussi pour l'ouyr de confession, ce que ledit Lavenu fit mooU soigneusement et charitativement. Et quand il annonça à la pauvre femme la mort de qooy elle devoit mourir ce jour là, que ainsi ces juges le a voient ordonné et entendu ; et oy la dure et cruelle mort qui lui estoit prouchaine, commença à s'escrier doloreusement et piteusement, se destendro, et arracher les chevealx. « Hélas 1 me 0 traite l'on ainsi horriblement et cruellement, » qu'il faille mon corps net et entier, qui ne fat » jamais corrompu, soit aujourd'hui consument » rendu en cendres I Ha, a, j'aymerois mieuli 0 estre descapitée sept fois, que d'estre ainsi y> bru siée.
» Hélas, se j'eusse été en la prison ecdésiasti- » que à laquelle je m'estois submise, et qne 9 j'eusse esté gardée par les gens d'église, dob p pas par mes ennemys et adversaires, il ne ne » fust pas si misérablement mescheu, comme il » est. 0 1 j'en appelle devant Dieu, le graot juge, 9 des grans tors et ingravances qu'on me fait. >
Elle se complaignoit merveilleusement eo ce lieu, ainsi que dit le déposant, des oppressions et violences qu'on lui avoit faites en la prison ptr I les geéliers, et par les autres qu'on avoit fiait entrer sur elle.
Après ses complaintes, survint févesqoe dénommé, auquel elle dit Incontinent : «Evesqoeje 0 meurs par vous. » Et il commença à remonlreri en disant : « Ha ! Jehanne, prenez en patienee, » vous mourez pour ce que n'avez tenu ce qœ » vous nous aviez promis et que vous êtes re- » tournée à votre premier maléfice. » Et la pas-
POUR SERTIR A l'hISTÛIRB DR JRANEfB d'aRC.
na
vre Pacclle lai respondit : «Hélas I seyoas m'eas^ » sîez mise aux prisons de conrt d'église, et renp due entre les mains des concierges ecclésiasti- 9 ques compétens et convenables, ceci ne fast pas V adveno, pourqaoy je appelle de vous devant » Dieu. »
Cela fait, ledit déposant sortit hors, et n*en oyt pins rien.
DéposrriON o'Isambert de la Pierre, l'un des assesseurs, ayant voix consul ialive seulement^ qui ont opiné dans les deux jugements de eon^ damnation desid et 29 mai 1431 (Manuscrit de Soubisé).
. . . Dit et dépose qu'une foisluy et plusieurs autres présents, ou admonestoil et soUicitoit ladite Jeanne de se soumettre à l'église. Sur quoi elle respondit, que vouloo tiers se submettroit au Saiul-Père, requérant estrc menée à lui, cl que point ne se submctlroit au jugement de ses ennemis. Et quand , à cette heure là, frère Isambert lui couseilla de se submettre au Concile général de Basie, ladite Jeanoe lui demanda que c*e8loit que général Concile : respondit celui qui parle, que c'estoit congrégation de toute l'église universelle et la cbrestienlé, et qu'en ce Concile y en avoit autant de es. part, comme de la part des Anglois. Cela oy et entendu, elle commença à crier : « 0 ! puisqo'en ce lieu sont aucuns de » nosire parti, je veuil bien me rendre et sub~ 9 mettre au Concile de BasIe. » Et tout incontinent par grand despit et indignacion, Tevesque de Beauvais commença à crier « Taisez-vous de » par le Dyable, » et dit au notaire qu'il se gardast bien d'escrire Ja submission qu'elle avoit faicte au général Concile de BasIe. A raison de ces choses et plusieurs autres, les Anglois et leurs ofGciers menacèrent horriblement ledit frère Isambert, tellement que s'il ne se taisoit, le gesteroienl en Seine.
Dit et dépose que, après qu'elle eut renoncé et abjuré, et reprins habit d'homme , lui et plusieurs autres furent présens, quand ladite Jeanne s'excusoil de ce qu'elle avoit revestu habit d*homme en disant et affermant publiquement que les Anglois lui avoient fait ou faict faire en la prison beaucoup de tort et de violence, quant elle estoit vestae d*habils de femme , et de fait la vit éplourée, son viaire ( visage ) plain de larmes, deffiguré et oultraigié, en telle sorte que celui qui parle en eut pitié et compassion.
Dépose celui qui parle, que, après sa confession et perception du sacrement de l'autel , on donna la sentence contre elle, et fut déclarée hérectiqae et excommuniée.
Dit et dépose avoir bien veu et clairement appercea, à eaose qu'il a toujours été présent, assistant à tonte la déduction et conclusion du proeez, qoelejuge séculier ne Ta point condamnée
à mort, ne à consomption de feu, combien que le juge lay et séculier se soit comparu et trouvé au lieu même où elle fut prèchée dernièrement et délaissée «^ justice séculière. Toutefois, sans jugement ou conclusion dudit juge, a été livrée entre les mains du bourreau et bruslée, en disant an bourreau tant seulement, sans autre sentence r Fat» ton devoir.
Dépose celui qui parle, que ladicte Jehanne eut en la fin si grande contricion et si belle rcpentance que c'étoit une chose admirable, en disant paroles si dévotes, piteuses et catholiques, que lou^ ceux qui la regardoienl, en granl multitude, plonroient à chaudes larmes, tellement que le cardinal d'Angleterre et plusieurs autres Anglois eurent contrainte pleurer et en avoir compacion. Dit outre plus, que la piteuse femme lui demanda, requist et supplia humblement, ainsi qu'il estoit près d'elle en sa On, qu'il allast en l'église prou chaine, et qu'il lui apporlast la Croix pour la tenir eslevée tout droit devant ses yeux jusqucs au pas de la mort, afin que la Croix où Dieu pendist fut en sa vie continuellement devant sa vue ; dit en outre qu'elle estant dedans la flambe, oncques ne cessa jusques en la fin de résonner^ confessera liaulte voix le saint nom de Jésus, en implorant et invoquant sans cesse l'ayde des Saincis et Sainctes du Paradis; et encore qui plus est, en rendant son esperit et inclinant la teste, proféra le nom de Jésus, en signe qu'elle estoit fervente en la foy de Dieu.
Dit et dépose que incontinent après Texéculion le bourreau vint à lui et à son compaigoon, (fère Martin Ladveno, frappé et esmu dune merveilleuse repentance et terrible contricion, comme tout désespéré, craignant de non savoir jamais impétrer pardon et indulgence envers Dieu, de ce qu'il avoit faict à cette sainte femme. Et disoit et affermoit ce dit bourreau, que nonobstant Thuille, le soufre et le charbon qu'il avoit appliquez contre les entrailles et le cueur de ladite Jehanne, toustefois il n'avoit pu aucunement consommer ne rendre en cendres les brouilles ne le cueur, de quoy estoit autant estonné, comme d'un miracle tout évident.
DÉPOSITION DE Martin Ladveno ( Manuscrit de
Soubise),
. . . Frère Martin Ladveno, spécial confesseur et conducteur de ladite Jehanne en ses
derreniers jours, eic Dépose que
plusieurs se sont comparus au jugement, plus par l'amour des Anglois et de la faveur qu'ils avoient envers eox, que pour le bon zèle de justice et de foy catholique. Principalement celui qui parle, dit du couraige et de l'affection excessive de messire Pierre Cauchon, alors évesque de Beauvais, sur lui allégant deux signes d'envye. Le premier, quand ee dit évesque se porloit pour juge, commanda ladite lehanne estre gardée es prisons séculières, et entre les inams âe ses en-
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUME.XTS,
iicmis morlcls ; el quoy qu'il eost bien peu la faire détenir el garder aux prisons ecclésiastiques, toutefois si a-l-il permis depuis le corameocement du procez jusqucs à la coosonimacion, icelie tormeoler et traiclier très-cruellement aux prisons séculières. Dit outre davantaige ce lesmoin, qu'en la première session ou instance, Tévèque allégué requist et demanda le conseil de toute Tassistance, assavoir, lequel estoit plus convenable de la garder et détenir aux prisons séculières, ou aux prisons de l'église ; sur quoi fut délibéré, qu'il estoit plus décent de la garder aux prisons ecclésiastiques qu'aux antres ; fors, respondit cest évesque, qu'il n'en feroit pas cela, de paour de desplaire aux Aoglois. Le second signe qu'il allègue, est que le jour que ce dit évesque avec plusieurs la déclaira hérectique^ récidivée, et retournée à son meffait, pour cela qu elle avoit dedans la prison reprins habit d*homme, ledit évesque, sortissant de la prison, advisa le comte de Warijvick et grande multitude d'Anglois autour de lui, auxquels en riant dità haulte voix intelligible; Farronnelle^ Farronnelie, il en est faict^ faictes bonne chère, ou parolles semblables.
Dit et rapporte que à la conscience on lui pro-
posoit et demandoit questions trop difGciles, pour
la prendre à se» parolles et à son jugement. Car
c'estoit une pauvre femme assez simple qui à
' grant peine savoit Paler noster et Ave Maria,
Dépose que la simple Pucellc lui révéla, que après son abjuracion el renonciacion, on l'avoit tourmentée violcutement en la prison, molestée, baslue et dechoullée ; et qu'un millours d'Angleterre Tavoil forcée [c'est-à-dire, avoit voulu la for^ cer), et disoit publiquement que cela estoit la cause pourquoi elle avoit reprins habit d'homme : el environ la un, dit à Tévesque de Beauvais. « Hé- » las ! je meurs par vous, car se m'eussiez bail- M lée à garder aux prisons de TËglise, je ne fusse » pas icy. »
D&POSiTioPi DB Guillaume Ddval , l'un des oshsseurs (Manuscrit de Soubtse ).
. . . Dépose que quand on faisoit actuellement le procez de ladite Jehanne, il se trouva CD une session avec Ysambert de la Pierre, quand ils ne trouvoient lieu propre à eulx asseoir au consistoire, ils s'en alioient asseoir au parmy de la table, auprès de la Pucelle; et quand on Tinterrognoit et cxaminoit, ledit frère Ysambert l'advertissoit de ce qu'elle devoil dire, en la boulant (en la poussant ), ou faisant autre signe. I<4iquelle session faicle celui qui parle et frère Ysambert, avecques mattre Jehan de la Fontaine, forent députés juges pour, la visiter et cooceiller ledit jour après disncr, lesquels vindrenl ensemble au chasteaa de Rouen, pour la visiter et admonester ; et là trouvèrent le comte de Varvic, lequel assalit par grant despit et indignacion, iQordantes injures et opprobres contumelieux ledit frère Ysambert, en lui disant : « Pourqnoy
» souches-to (souffles4u) le matin eeste meecbanle, en lui faisant tant de signes : par là morbiea, vilain, si je m'aperçois plus que tu mettes peine de la délivrer et advertir de son proffict , je le ferai gcster en Seine. » Pourquoy les deux coropaignons dodit Ysambert s'enfouirent de paoor en leur couvent. Toutes ces choses vit et oyt celai qui parle et non davantage, car il ne fut point présent au procez.
DÉPOSITION DB GuiLLADMB Makchon {Monutcrit
de Soubise).
. . . Messire Guillaume Manchon, prestre, aagéde cinquante ans ou environ. . . notaire en la cour archiépiscopale do Rouen. . • dit et dépose qu'il fut notaire au procès d'îcelle Jehanne, depuis le commencement jusqu'à la fin, et avecques lui messire Guillaume Colles, dit Bois Guillaume,
Dit que à son ad vis, tant de la partie de ceux qui avoient la charge de mener et conduire le procez, c'est assavoir M. de Beauvais et les m^istres qui furent envoyez quérir à Paris pour celle cause, que aussi des Anglois à l'instance desquels les procez se faisoieni , on procéda plus par haine el conteropt de la querelle du roi de France, que s'elle n'eut point porté son parti, pour les raisons qui ensuivent.
Et premièrement, dit qu'un nommé malstre Nicole Loyseleur , qui estoit familier de H. de Beauvais, et tenant le parti extrêmement des Anglois ( car autrefois le roi estant devant Chartres, alla querfr le roi d'Angleterre pour faire lever le siège), feignyt qu'il estoit du pays de ladite Pucelle , et par ce moien trouva manière d'avoir actes, parlement et familiarité avec elle, en lui disant des nouvelles du pays à lui plaisantes, et demanda estreson confessenr, et ce qu'elle lui disoit en secret, il trouvoit manière de le faire venir à l'ouye des iiolaires. Et de fait, an commencement du procez, ledit notaire el ledit Bois- Guillaume, avec tesmoings , furent mis seeretlement en une chambre prouchaine, où estoit ong trou par lequel on pouvoit escouter , aftin quMIs pussent rapporter ce qu elle disoit ou confessoil audit Loyseleur; et lui semble que ce que ladite Pucelle disoit ou rapporloil familièrement audit Loyseleur, il rapporloil auxdils notaires; et de ce estoit fait mémoire, pour faire interrogations au procez , pour trouver moyen de la prendre eaptieusemenl.
Dit que au commencement du procez par cinq ou six journées , pour ce que celui qui parle mettoit en escripl les responses el excasacions d'îcelle Pucelle, ensemble et aucunes fols les juges le vouloicnt contraindre en parlant en latin, qu'il mist en autres termes , en muant la sentence de ses parolles , et en autres manières que celui qui parle ne l'entendoil; furent mis deux hommes du commandement de M. de Beauvais en une fencstre près du lieu où esloient les juges , el y avoil
POIJfi SEBTIB ▲ L'uISTOIRE I)B JBA^'IS£ d'aRC.
uae sarge passaol par-dcvanl ladite feiicstre , affin qu'ils QC fussenl veus , lesquels deux hommes escripvoieut et rapportoient ce qu'ils raisoieol en la charge d*icelle Jehanne, en taisant faire excusacions, et lui sembloit que c*estoit ledit Loyseleor ; el après la jurisdiction tenue, en Taisant collacion la relevée de ce qu'ils avoient escript, les deux autres rapportoient en autre manière , et ne met- (oient poiut d'exeusacions, dont ledit M. de Beauvais se courouça grandement contre celui qui parle, et es parties où il est escript au procès, nota, c'esloit où il avoit controverse et convenoit recommencer nouvelles interrogacious sur cela , et trouva Ton que ce qui estoit escript par celui qui parle estoit vrai.
Dit qu'en escripvant ledit procez , icelui suppliant fut par plusieurs fois argué de M» de Beauvais et desdils maîtres, lesquels le vouloient coutraiodre à csçrire selon leur ymagination, et contre reolendement d*icel!e ; et quant il y avoit quelque chose qui ne leur plaisoit point, ils défendoient de l'escrire, en disant qu'il ne servoit point au procez; mais ledit suppliant n'escripvit oncques fors selon son entendement et conscience.
Dit quemaistre Jean de Fonte, depuis le com<meocemeot du procez jusques à la sepmaine diaprés Pasques 1431 , fut lieutenant de M. de Beauvais, à riuterrogner à l'absence dudit évesque, lequel néanmoins toujours présent , estoit avec ledit évesque endémoné du procès. Et quant vint es termes que ladite Pucelle estoil fort sommée de soy soubmettre à l'Eglise par iceluy de Fonte et frères Ysambert de la Pierre et Martin Ladvenu, desquels fut averlye qu'elle devoit croire et tenir que c'estoient nostre sainct père le pape et ceux qui président en l'Eglise militante, et qu'elle ne depvoit point faire de doute de se snbmettre à nostre sainct père le pape et au sainct concilie ; car il y avoit, tant de son party que d'ailleurs, plusieurs notables clercs, et que se ainsi ne Iq faisoit, elle se mettroit en grand danger. Et le lendemain qu'elle fut ainsi advertie y elle dit qu'elle se vouldroit bien submettre à nostre sainct père le pape et au sacré concilie. Et quant M. de Beauvais oyt cette parolle , demanda qui avoit esté parler à elle le jour de devant, et manda le garde anglois d'icelle Pucelle , auquel demanda qui avoit parlé à elle; lequel garde respoudit que ce avoit esté ledit de Fonte son lieutenant, et les deux religieux. Ledit évesque se courrouça trèsïort contre maistre Jehan Magistri, vicaire de l'inquisiteur, eo les menassant très fort de leur faire desplaisir ; et quant ledit de Fonte eut de ce cognoissance, et qo*il estoit menacé pour icelle cause, se partit de ceste cité de Rouen , et depuis n'y retourna ; et quant aux deux religieux , ne n'eut esté ledit Ma- {{istri qui les excusa et supplia pour eux , en dii^anl que si on leur faisoit desplaisir, jamais on ne viendroit au procez , ils eussent été en péril de mort. Et dès lors fut dcffendu de par M. de Warnick, que nul n'entrast vers icelle Pucelle, sinon M. (1c Bcaavais ou de par luy , et touleffois qu'il
plaisoit audit évesque aller devers elle; mais ledit vicaire n'y eut point d'entrée sans lui.
DÉPOSITION DE Jean Massibu {Hanuscrit de
Soubise).
Messire Jehan Massieu, prêtre, etc, de l'aage de cinquante ans ou environ... dit qu'il fut au procez de ladite Jelianne , toutes les foys qu'elle fut présentée au jugement devant les juges et clercs , et à cause de son office estoit député clerc de messire Jehan Benedicite , prometteur en la cause, pour citer ladite Jehanne et tous «utres qui seroient à évocquer en icelle cause; et semble audit déposant , à cause de ce que veit, que on procéda par haine, par faveur, et en déprimant l'honneur du roy de France auquel elle servoit , par vengeance et afin de la faire mourir, et non pas selon raison et l'honneur de Dieu et de la foy catholique. Meu à ce dire : car quant M. de Beauvais, qui estoit juge en la cause, accompagné de six clercs premièrement
l'interroguoit, devant qu'elle eut donné sa response à ung, ung autre des assistants lui interjectoit une antre question , pourquoi elle estoit souvent précipitée et troublée eu ses responses. Et aussi comme ledit déposant par plusieurs foys amenast icelle Jehanne du lieu de la prison au lieu de la jurisdiction et passoit par-devant. la chapelle du chasteau, et icelui déposant souffrit^ à la requeste de ladite Jehanne , qu'en passant elle felt son oraison ; pourquoi icelui déposant fut de ce plusieurs foys reprins par ledit Benedicite, prometteur de ladite cause, en luy disant : « Truant , qui te fait si hardy de laisser appro- » cher celle putain excommuniée de l'église sans » licence; je te ferai mettre en telle tour que tu » ne verras lune ne soleil d'ici à ung mois^ si tu » le fais plus. » Et quant ledit promoteur apperceut que ledit déposant n'obéissoil point ad ce, ledit Benedicite se mit par plusieurs foys au devant de l'huis de la chapelle , entre iceulx déposant et Jehanne , pour empescher qu'elle ne feit son oraison devant ladite chapelle, et demandoit expressément ladite Jehanne , sy est le corpi de Jésus-Christ ; meu aussi ad ce , car il la ramena en la prison de devant les juges. La quarte ou quinte journée, ung prestre, appelé messire Eustache Turquetil, interrogua ledit déposant, en luy disant : Que te semble de ses responses ! seraitelle arse? que sera- ce ? Auquel ledit déposant respoudit. Jusques à cyje n'ai vu que bien et honneur à elle ; mais je ne scai quelle sera à la fin ; Dieu le saiche ! Laquelle response fust par ledit prestre rapportée vers les gens du roi , et fust relaté que ledit déposant n'estoit pas bon pour le roy, et à celle occasion fust mandé la relevée par ledit M. de Beauvais, juge, et luy par lesdites choses en lui disant , qu'il se gardaf>t de mesprendre , ou on loi feroit boire une fois plus que de raison; et luy semble que ce n*eust été le notaire Manchon qui le excusa, il n'en fut oncques échappé. Dict que quant elle fut menée à Sainct-Ouen
INDICATION ANALYTIQUE DES DOCUMENTS
poar eslre prèchée par matslre Gnillaame Erard, durant le preschement , environ la moitié do prescbement , après ce que ladite Jehanne eust été inoull blasmée par les parolles dudit prèsclieur, il commença à s'écrier à haute voix , disant : « Ha , Franco , tu es bien abusée , qui as o toujours esté la chambre très-chrestienne; et 9 Charles, qui se dit roy et de toi gouverneur, 9 s'est adhéré comme hérétique et scismatique, » tel est-il , aux parolles et Tais d'une femme V inotille , diffamée et de tout deshonneur plaine, » et non pas lui seulement, mais tout le clergié de » son obéissance et seigneurie, par lequel a été » examinée et non reprinse, comme elle a dit, et » dudit roy. » Reppliqua deux ou (rois Toys icelles parolles ; et depuis , soy adressant à ladite Jehanne , dict en effect , en levant le doy : C'est à toi, Jehanne, à qui je parle, et te dis que ton roy est hérétique et scismatique, A quoi elle respondil: Par ma foy , sire , révérence gardée , car je vous ose bien dire et jurer ^ sur peine de ma vie , que c'est le plus noble crestien de tous les crestiens^ et qui mieulx aime la foy et Véglise^ et n*est point tel que vous dites. Et lors ledit prescheur dit à celui qui parle , fa\z4a-taire ,
Dit que ledit Erard , à la fm du preschement, leut une cedulle contenante les articles de quoy il la causoit de abjurer et révoquer. A quoy ladite Jehanne lui respondit , qu'elle n*entendoit point que c'estoit abjurer, et que sur ce elle dcmandoit conseil; et lors fut dit par ledit Erard â cellui qui parle, qu*il la conseillast sur cela. Et dont après excusation de ce faire, lui dit que «'estoit à dire que s'elle alloit à rencontre d'aucuns desdits articles, elle seroit arse; mais lui conseilloit qu'elle se rapportast à Teglisc universelle se elle devoit abjurer lesdits articles ou non; laquelle chose est feit en disant A haute voix audit Erard : Je me rapporte à l'église universelle^ 4e je les doy abjurer ou non. A quoy lui fut ref# pondu par ledit Erard : Tu les abjureras présentement, ou tu seras arse ; et de fait avant qu'elle partis! de la place, les abjura, et feit une croix d'une plume que lui bailla ledit déposant.
Dit icelui qui parle, que au département dudit sermon , advisa ladite Jehanne qu'elle re- ^loist estre menée aux prisons de l'église , et que raison estoit qu'elle fut mise aux prisons de l'église , puisque l'église la condampnoit. La chose lut requise à l'evesque de Beauvais par aucuns desassistans, desquels il ne sçait point les ftoms. A quoy ledit évesque respondit : Menez-la au ^hasteau dont elle est venue, et ainsi fut faict. Et ce jour après disner, en la présence du conseil de l'église , déposa l'habit d'homme et print Thabit de femme , ainsi que ordonné lui estoit ; et lors estoit jeudy ou veudredy après la Pentecoste, et fut mis l'habit d'homme en ung sac , en la même chambre où elle estoit détenue prisonnière, «t demeura en garde audit lieu entre les mains de cinq Aoglois , dont en demouroit de nuy t trois
en la chambre, et deux dehors, â l'hoys de la. dicte chambre. Et scait de certain celuy qui parle que de nuyt eHe estoit couchée ferrée par les jambes de deux paires de fers à chaîne , et attachée moult estroitement d'une chaîne traversante par les piedz de son lict , tenante à une grosse pièce de boys de longueur de cinq ou sii piedz, et fermante à clef, parquoi ne pouvoit mouvoir de la place. Et quant vint le dimanche malin ensuivant, qui estoit jour de la Trinité, qu'elle se deust lever , comme elle rapporla et dit à celuy qui parle , demanda à iceulx Angloû ses gardes : De/ferrez mot, si me lèverai» Et alors un d iceulx Anglois lui osta ses habillements de femme , que avoit sur elle , et vuidèrent le sac auquel estoit l'habit d'homme, et ledit habit jetteront sur elle en luy disant : lAeve-toiy et muierent l'habit de femme audit sac ; et ad ce qu'elle disoil , elle se vcstit de 1 habit d'homme qu'ils lui avoient baillé , en disant : Messieurs , rot» savez qu'il m'est deffendu : sans faute, je ne U prendray point ; et néanmoins ne lui eo vou tarent bailler d'autre. En tant qu'en cest débat dcmoura jusques à l'heure de midy ; et fiuablemeut pour nécessité de corps fut coulraiote de yssir dehors et prendre ledit habit ; el après qu*eile fut retournée, ne lui en voulurent point bailler d'autre , nonobstant quelque sapplicacion ou requeste qu'elle en feit. Interrogué à quel jour elle leur dit ce qu'il dépose de la relaeioo d'elle, dit : Ce fut le mardy ensuivant, devant disner, auquel jour le promotltenr se despartil pour aller avec M. de Warwick, et luy qui parle demoura seul avec elle , et incontinent demanda à ladite Jehanne pourquoi elle avoit reprins ledit habit d'homme; et elle luy dit et respondit ce que dessus est dit. Interrogoé s il fut ledit dimanche , jour de la Trinité , aa chasteau après disner avec les conseils et gens d'église qui avoient été mandez pour venir comme elle avoit reprins habit d'homme , dit que non , mats les rencontra auprès du chasteau moult esbahis elespaourez, et disoient que moult furieusement avoient esté reboutez par les Anglois à haches et gbives , et appeliez traîtres et plusieurs autres injures.
Dit que le mercredi ensuivant , jour
qu'elle fut condampnée, et devant qu'elle partisl du chasteau , luy fut apporté le corps de Jésus- Christ irrévérenlemcnt , sans eslolle et lumière, dont frère Martin, qui l'avoit confessée, fat mal content ; et pour ce fut renvoyé quérir aoe estolle et de la lumière, el ainsi frère l^lartin Tadministra. Et ce fait fut menée au Vieil-Marché^ elà costé d'elle estoient ledit frère Martin et celui qui parle, accompagnés de plus de huit cents hommes de guerre ayant haches et glaives; el elle estant ao Vieil-Marché^ après la prédication, en laquelle elle eut grande confiance, et moult paisiblement Toyt, monstrant grans signes et évidi oce et cleres apparences de sa contricion, pénitence et ferveor de foy, tant pour les pileuses et dévotes lamenta-
POUfi SSBYia A l'HISTOIBB DB fEAAlfB I>'aBG.
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cioDS et in?ocacion8 de la benoiste Trinité, et de \â benoiste glorieuse Vierge Afarie , et de tons les beooists saints de paradis , en nommant etpressémeot plusieurs d'iceulx saints , esquelles dévocîoog, lamenlacions et vraie confession de la foy, en requérant aussi à toutes manières de gens de quelques condicions ou estât qu'ils feussent , tant de son party que d'autre, mercy très-humblement, en requérant qu'ils voulsissent prier pour elle, en leur pardonnant le mal qu'ils lui avoient fait. Elle persévéra et continua très-longue espace de temps, comme d'une demye heure, et jusques à la fin , doDl les juges assistans, et même plusieurs Anglois, forent provoqués à grandes larmes et pleurs, et de faict très-amèrement en pleurèrent; et aucuns etplQsieurs d'iceulx , même Anglois, recognurent et confessèrent le nom de Dieu , voyant si notable fin, et esloient joyeux d'avoir esté à la fin, disants que ce avoit esté une bonne femme. Et quant elle fut délaissée par l'église, celuy qui parle estoit encore avec elle , et à grande devocion demanda à avoir la croix; et ce oyant un Anglois qoi estoit là présent , en feit une petite de bols da bout d'uobaston qu'il lui bailla; et dévotement la receat et la bai^a , en faisant piteuses lamenlacions et récognitions à Dieu nostre Rédempteur, qui avoit souffert en la croix pour notre rédemption , de laquelle croix elle avoit le signe et représentacioo , et mit icelle croix en son sein, entre sa chair et ses vestemens ; et outre demanda homblement à celui qui parle , qu*il lui feit avoir la croix de l'église , afin que continuellement elle la paisse veoir jasques à la mort. Et celuy qui parle feit tant qae le clerc de la paroisse de Saint- Sanvenr lui apporta ; laquelle apportée, elle l'embrassa moult estroitement et longuement , et la détint jusques ad ce qu'elle fut liée à la tache. En tant qu'elle faisoît lesdites dévoclons et piteuses lamenlacions, fut fort précipitée par les Anglois, et même par autres de leurs capitaines , de leur laisser en leurs mains, pour plustét la faire mourir, disant à celuy qui parle, qui à son entendement la recbnfortoit en l'escherfaut : Comment , preitre , noua feret^cout ici disner ? Et incontinent sans aucune forme ou signe de jugement la envoyèrent au feu , en disant au maistre de rœuvre : Fay (on ogUe. Et ainsi fut menée et attachée , et en continuant les louanges et lamenlacions dévotes envers Dieu et ses saincts , des le derrain mot, en Irespassant , cria à haute voix : Jé$u$,
SUfTIHCI DftFINITITB d'ABSOLCTION BT DB JUSTIFI- CATION DB LA PUCBLLB d'ORLÉAFCS.
En rkaimewr ei révérente de la ioinlt, iacrée et intéparabU TrinUé, du Père, du FUi ei du eainei EspriL Amen.
Nostre sauWeur et rédempteur Jésus, Dieu et bomme par Téterudle majesté et providence, institua et ordonna premièrement saint Pierre et ses apostres, avec leurs successeurs, pour régir et gouverner l'église militante , pour spéculer et re-
garder principalement la vérité , et ponr enseigner et remonstrer à tons vrais viateurs ( voyageurs) les sentiers et chemins de justice et équité ; pour raddresser les desvoyez , consoler les désolez, relever et résoudre les opprimez, et réduire à la droite voye.
A ces causes, par l'autorité du Saint Siège apostolique, nous Jehan, révérend pèi^e en Dieu , archevesque de Reims, et Guillaume, révérend père en Dieu , évesqnede Paris , et Richard, par la grâce de Dieu évesqne de Constance, et Jehan Brehal , docteur en théologie , de l'ordre des Frè< res Prescheurs, inquisiteur d'hérésie et idolâtrie au royaume de France, juges déléguez et ordonnez par nostre très Saint Père le Pape moderne {CaliUem),
Yeu le procez devant nous solempnellement agité et débatu, et en la vertu et puissance da mandement apostolique s'addressant à nous , reverendement par nous receu et recueilly de la part de honneste et notable dame Isabeau Darc , veuve de deffunct Jacques Darc , et jadis mère deJehanne Darc et de Jehan et Pierre Darc, frères naturels et légitimes de bonne mémoire ; do Jebanne, vulgairement appelée ia Pueelle; et de tous ses parens , acteurs, à leurs noms prins contre les inquisiteurs de la foy , constituez au diocèse de Beauvais , contre le promoteur d'office, de la cour episcopale de Beauvais, contre Guillaume de Hollande, evesque de Beauvais, et conf re tous autres prétendans proufits et intérêts en ceste matière, tant conjointement que séparablemenl.
Attendu et veu tout , principalement révocation peremptoire et l'exécution de ladite vefve , de ses enfans et amys acteurs, avec l'un de nos promoteurs Institué et créé par nous et à notre instance , à rencontre des coupables fauteurs et deffendans, pour nous rescrire et certifier ce qu'ils auront fait contre lesdits accusez et deffendeurs, et leurs réponses, et pour procéder juridiquement à rencontre d'eox. Venë, après, la demande et pétition de ceux qui sont acteurs et demandeurs; attendu aussi leurs raisons et conclusions mises par escrit en forme et manière d'articles, qui toutes prétendent et veulent conclurre toute fallace, dolosité, fraude, iniquité et déception faites et commises touchant un procez en matière de la foy , fait et attempté contre Jehanne la Pueelle par Pierre Gauchon, en son vivant evesque de Beauvais , et par l'inquisiteur de la foy , prétendu et mal ordonné au diocèse de Beauvais ; et par maistre Jehan Destivet promoteur , ou se disant promoteur audit diocèse , ou à tout le moins à cette exécution de la Pueelle, et à la fraude et falsification de ce procez et autres choses qui s'en sont ensuivies , qui sont à rbonneur et purgation de la deffunte.
Yens aussi, visitez et examinez les livres, mémoriaux, lettres et originaux, escriptures et libelles faits et réduits par escripts en vertn et mandement de nos lettres de compulsoire, et les
INDICATION ANALVTIQlîE DBS DOCl'MENTS,
protoeoliM baillez par nos uoiaires, avec leors signes exhibes et moiistrez à nostre présence , ainsi que TaYions requis et demandé, poor en sçaToir leur opinion et ineare délibération ; et sar ce avons appeliez et invitez advocats et conseillers, en la présence desquels avons communiqaé les escriptures, libelles et articles, avec les advocations et allégations des docteurs, poor CQDgnoistre la vérité de tout ce procez. Nous avons conséquemmeut veu et len les Informations et préparatoires faits par révérend père en Dieu messire Guillaume de Saint Martin (1), cardinal de Rome, poor lors légat en France : lequel invitasmes avec l'inquisiteur, après que nous eus* mes visitez leurs livres et allégations qui leur forent à leur venue présentez et coromaniqoez, tant par nous que par nos commissaires , avec les antres articles et escriptures faites an commencement du procez ; et après qu'ils les eurent visitez et examinez, avec plusieurs traitez des docteurs et prélats qui nous en avoient escript leur opinion, sentencierent et estimèrent qu'il fUloit élucider (2) et déclarer tous les doutes de ce procez : semblablement par Tordonnance de très-reverend père en Dieu légat en France , ces articles, traitez, escriptures et libelles forent publiez, visitez et présentez à la requeste desdits acteurs et promoteur, et finallement furent ratifiez et approuvez, après maintes semonce^, invitations et évocations.
Attendues aussi les dépositions et attestations des tesmoings touchant la bonne vie , sainte con* versation de ladite Pucelle defToncte , et tant do liea dont elle étoit que de l'examen et interrogacion d'icelle, faits en la présence de plusieurs vénérables docteurs et prélats de l'Eglise, et principalement en la présence de Irès-reverend père en IMeu Regnault (3) , archevesque de Reims, dedans la ville de Poitiers et autres lieux. Veu mesmoment et considéré ce qu'elle vaticina (4) de la liberté et franchise d'Orléans : c'est assavoir que le siège seroit levé de devant ladite vHle , qui alors estoit assiégée par les Anglois , et que le roi de France seroit couronné en la ville de Reims : ce qui est advenu. Outre plus, veu la qualité do faux jugement et la manière de procéder , elles lettres et mandemens du roi de France, avec les dépositions et attestations données sur le terme de procéder; et fut donnée et produite contre toutes ces choses préclusion de dire et alléguer. Ouye aussi la description de nostre promoteur , lequel après qu'il eust visité et leu pleinement ces articles et escriptures , se adjoignit et associa avec lesdits acteurs, et au nom de nostre office et dignité feist de sa part derechef produire et remettre en jugement toutes les escriptures , attestations et articles , jusques aux intentions et fins desdits acteurs exprimez et déclarez sons certaines protestations, requestes et réservations
(1; Le cardinal d'Estoutevllle.
(%) Elueidgr : éclairclr.
faictes de sa part cl desdits acteurs : lesquelles requestes avons admises et acceptées avec plosienrs motifs de droit qui nous poovolent advertir et adviser , par nous receus et visitez , et le nom de Jbsus invoqué, conclud en la cause , et ce jour assigné à ouir notre sentence. Toates ces choses veues , attendues et considérées mearemeot et diltgenteraent , et avons receus les articles qae les faux juges, depuis qu'ils eorept jugez le procez cauteleusemeot , adviserent qu'il estoit bon de les extraire des confessions et affirmations de ladicte Pucelle defuncte, pour les envoyer et transmettre à plusieurs notables et honnestes personnes. Ces articles ont esté tootesfois contredits et impugnez par nostre promoteur el par la mère et les frères de ladicte defuncte, ainsi comme faux et iniques, tirez et controuvez injustemeot, el tout autrement qu'elle n'avoit confessé.
Pour ces causes , afin que nostre sentence procède de la vérité et congnoissanee de Dieu le créateur, qui seul sçait congnoistre les esperits et volontez des hommes , et n'y a que loi qui parfaitement sache ses révélations, et en est le seul et véritable juge : car il donne sa grâce là où il lai plaist , et aucunes fois eslit les humbles et petits pour confondre les grands, fiers et orgueilleux, ne deslaissaiit jamais despourveus ceux qui ont en loi bonne espérance ; mais leur aider el subvenir en leurs tribulations et adversitez. Parquov sur ceste affaire , veuë et considérée la meure délibération et opinion préméditée et préparée touchant la décision de ce procez ; veu aussi la solempoelle détermination des docteurs et prélats d'Eglise , qui sur ce ont délibéré avec grand révolution de livres , codiciles, libelles , protoeolles et opinions , tant de paroles que d'escriptures, faites sur la matière de la defuncte Jehaune d'Arc, lesquelles choses sont plus dignes d'admiration que de condamnation; veu et considéré le faux jugement que l'on donna contre elle , et la manière de y procéder, qui n'a pas esté raisonnable, mais totalement captieuse, fraudulente et détestable, pour les questions que l'on a proposées à laditte defuncte hautes et ardues , ausquelles uog graof docteur à graut peine y eut bien sceu donner response ; mesme aussi que plusieurs grands personnages ont respondu qu'il estoit merveilleusement difficile de respondre aux questions qu'on lui pro> posoil plus à sa dampnation qu'à sa salvatioo , jouxte ce que dit saint Paul des déterminations et révélations divines, il s'en faut rapporter à INeo.
A ces causes , ainsi que justice le requiert , nous décernons et disons que ces articles doivent esfre recommencez et réitérez ; c'est assavoir que on servant an procez Intenté et prétendu ooulre laditte defuncte, touchant la sentence donnée contre elle parles articles escripts faulsement, calomnieuseroent et malicieusement; et veu les malveillances et adversaires d'icelle , lesquels ont
(3) Regnault de Chartres, archevêque de Reims n chancelier de France.- (4) Vaticina : prophétisa.