‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 22 sur 157 · MIS£ EN LUMIÈRE PAR TH. GODEFROY · texte numérisé non relu

MIS£ EN LUMIÈRE PAR TH. GODEFROY

NoD0 avons peo de choses à dire des Mémoires qui vonl saivre ; ils onl été rédigés par un gentilhomme nommé GaîHaome Gruel, attaché au comte de Richement ; ce Guillaume Grnel accompagna lé coonétable de France dans toutes ses expéditions; il était des gardes-du-corps du connétable à la bataille de Formigoy ; plusieurs missions forent confiées à sa bravoure et à sa fidélité. Ben autres gentilshommes, appelés l'un Raoul Gniel, ranlre Enstache Gruel, sont cités dans les Mémoires; ils étaient probablement de la même famille que l'auteur. Guillaume Gruel raconte d'après ce qu'il a vu lui-même ou d'après le témoignage de ceux qui esloieni en la compagnie do comte de Richement ; ce qui donne à ses récits une physionomie animée et un remarquable inlèrél. Pourquoi laut-il que son dévoûment au oonnéUble l'entratue quelquefois dans des assertions ioexacles? Ce brave comte de Richemont osa dire la vérité à Charles Vil, et sa franchise fut sévère; mais il y avait diu patriotisme dans la vivacité de ses remontrances. Le comte de Richemont combattit noblement à cété de la Pucelle, et son nom se mêle avec éclat aux noms de Dunois, de La Hire et de Xaintrailles. Pourtant ce n'était pas une raison pour que Guillaume Gruel sacrifiât trop souvent les guerriers français au guerrier bre- (eo. Nous ne prendrons pas la peine de relever les inexactitudes des Mémoires ; nous nous bor- Doos à avertir. Il y aurait trop de notes à accumuler, et nous n'aimons pas à multiplier les notes, car elles sont one fatigue pour le lecteur. Notre Indication Analytique des documents est d'ailleurs un système d'annotation en grand, qui présente bien plus d'intérêt que de courtes lignes biographiques ou autres, semées au bas des pages des Mémoires.

Ces Mémoires ont été publiés en 1622, par Théodore Godeliroy, qui les avait reçus de Peiresc, conseiller au parlement de Provence ; ils provenaient de la bibliothèque de Villers, chancelier de réglise de Toornay. Denis Godefroy les a réimprimés en 1661, et en a remanié le style.

Nous avons préféré donner le texte de Théodore Godefroy, qui garde encore, malgré des formes tant soit peu rajeunies, toute la physionomie et les couleurs contemporaines.

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Cy commence la chronique de tres-hault et très-excellent prince de bonne mémoire, Artus, troisième de ce nom, extraict de la noble lignée royale et ducale de Bretaigne, en son vivant comte de Richemont, seigneur de Partenay, connestable de France, et en la fin de ses jours duc de Bretaigne, comte de Montfort et de Richemont, seigneur de Partenay, connestable de France, qui régna trop petit en Bretaigne : car il ne Alt doc que quinze mois.

Il fut fils du bon duc et vaillant le duc Jehan, qui guaingna et recouvra son pays de Bretaigne à l'espée. Et fut le dict duc Jehan marié en premières nopces à la fille du roy Edoiiard d'Angleterre; mais peu furent ensemble. Et en secondes nopces flit marié à la Aile du prince de Galles. Et en tierces avec Jehanne, fille du roy de Navarre ; et en eut plusieurs enfans, à sçavoir Jehan duc de Bretaigne, Artus comte de Richemont, monseigneur Gilles et monseigneur d'Estampes, madame d'Alençon, madame de Lomaigne, et madame de Porboêt.

Ceiuy bon duc Artus nasquit au Succeniou l'andegrace 1393, lejourdeSainct Barthélémy, et fut traieté et nourry ainsi qu'il appartient à fils de si noble lignée et maison. Et au plustost qu'il peut avoir congnoissance, luy fut baillé pour le gouverner un notable escuyer du pays de Navarre, nommé Peronit, qui très-bien le traicta, et conduisit tellement que plusieurs fois l'ay ouy se louer, et dire beaucoup de bien de luy.

HISTOIHE D ABTUS III

Peu de temps après advint que le bon duc Jehan trespassa, ainsi que à tous fault mourir. Et après se maria la duchesse sa veufve au roy d'Angleterre. Et comme proche parent des enfans de Bretaigne veint le duc Philippes de Bourgongne, ûls du roy Jehan, à Nantes, et print la garde des enfans, et emmena avec luy le duc Jehan, monseigneur de Richement, et monseigneur Gilles ; et estoient encores si petits que gueres ne pouvoient chevaucher, et failloit mener mon dict seigneur de Richement par la bride. Et quand mondit seigneur de Bourgongne fut à Paris, il feit le mariage du duc Jehan de Bretaigne et de madame Jehanne, fille du roy Charles sixiesme de ce nom ; et emmena monseigneur de Richement quand et luy en Picardie, et en ses autres pays. Et gueres ne vesquit mon dict seigneur de Bourgongne après, et mourut à Nostre Dame de Hal en Brabant, et iiit apporté son corps es Chartreux de Dijon. Et n'y avoit nul de ses parens à conduire le corps que monseigneur de Richement, qui portoit manteau, et le noir, ainsi qu'il debveit. Et esteit si petit qu'il le failloit mener par la bride. Puis monseigneur de Berry le retint, et luy bailla bonne ordonnance en sa maison, et commença à avoir estât.

Apres veint en Bretaigne, et l'envoya le duc faire une exécution d'une rébellion qui avoit esté faicte à rencontre des gens du duc à Sainct Brieuc des Vaulx.

Bien test après commencea la guerre pour la mort de monseigneur d'Orléans, et se melt sus en armes pour servir monseigneur d'Orléans et monseigneur de Berry. Et mena mon dict seigneur à Vannes fort belle compaignée de Bretons, et esteit bien accompaigné de notables chevaliers et escuyers, entre lesquels estoient monseigneur de Combeur, et plusieurs chevaliers et escuyers, lesquels monseigneur de Berry avoit envoyés loger au pont de Sainct Cleud, et plusieurs autres François de la compaignée de monseigneur d'Orléans, de messeigneurs de Berry et d'Alençon, d'Armaignac et d'Albret, qui estoient logez à Sainct Denys. Et monseigneur de Bourgongne estoit logé à Paris avec sa puissance, et y estoit le comte de Warwic avec luy, et de nuict vinrent par devers Le Vigneul frapper sur nos gens ; et peu en eschappa, et fut monseigneur de Combeur prisonnier, et plusieurs morts et prfns, dont les dicts seigneurs fbrent fort desplaisans, et non sans cause.

Puis se despartit ceste armée sans faire autre chose, et bien test après feirent une autre armée en l'an 14 13 ; et fut que le Roy et monseigneur de Bourgongne meirent le siège à Bour-

ges. Et quand monseigneur de Richemont le sceut, il s'en veint en Bretaigne requérir au duc secours pour mQnseigneur de Berry, pour lever le dict siège ; et eurent grandes paroles ensemble luy et monseigneur Gilles son frère : car mon dict seigneur de Richemont tenoit pour messeigneurs d'Orléans et de Berry ; et monseigneur Gilles son frère, qui esteit à monseigneur de Guyenne, tenoit pour monseigneur de Bourgongne. Neantmoins mon dict seigneur de Richement eut et obtint ce qu'il demanda ; ^ luy fut baillée une très-belle et grande compaignée, qui de leur bon vouloir et pour l'amour de luy s'en allèrent quand et luy, Jusqoes an nombre de seize cent chevaliers et escuyers. Et y avoit de tres-notables gens pour les conduire, comme le vicomte de La Beliere, messire Armel de Ghasteangiron, messire Eustache de La Houssaye, messire Alain de Beaumont, et messire Guillaume de LaForest, anciens chevaliers qui fort avoient veu de la guerre. Et à la prière de son beau frère d'Alençon entra et print son chemin par le Maine et Normandie, pource que plusieurs places et subjects du dict d'AJeneon s'estoient rebellez contre luy; et en passant pays, print Sillé le Guillaume et Beaumont, et Laigle d'assault; et plusieurs autres places, en contreattendant le duc de Clarence, qui venoit au secours de messeigneurs d'Orléans et de Berry, et ameneit bien dix mille bons combatans. Et quand le Roy et ceulx qui tenoient le siège devant Bourges le sceurent, ils firent appoiatement avec messeigneurs d'Orléans et de Berry, qui gueres ne dura. Et le Roy et mes dietsseigDears escripvirent à monseigneur de Richemont qu'il s'en retoumast, et que Tappointement estoit faict. Et par ainsi tira devers le Roy et devers les dicts seigneurs.

Bien test après monseigneur de Guyenne voulut avoir mon dict seigneur de Richemont, et le print d'avec son oncle de Berry, et l'aima fort, et luy donna bonne et grande ordonnance en sa maison, et eut grand gouvernement avec luy.

L'an que dessus 1419, la duchesse Jehanne, fille du roy Charles, se partit de Bretaigne bien aceompaignée : c'est à sçavoir de monseigneur Richard de Bretaigne, qui après Alt comte d'Estampes et seigneur de Clisson, et d'autres seigneurs, barons, chevaliers et escuyers, et de dames et dameiselles en grand nombre; et vint à Paris veoir le Roy son père et la Boyne sa mère, et monseigneur de Guyenne son frère. Et un petit de tempe avant qu'elle Aist arrivée à Paris, print volonté à mon dict seigneur de Guyenne d'aller à Bourges en habit dissimulé. Et voulut que monseigneur de Richemont y al-

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