‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 23 sur 157 · DUC DE BBBTAIGN& ET COMTE DE BICUSMCKT · texte numérisé non relu

DUC DE BBBTAIGN& ET COMTE DE BICUSMCKT

jait, et alla en sa (XMnpaignée comme ser\itear de moB diet seigneur. Et la cause pourquoy il y alloit estoit pour veoir les bagues et pierreries de monseigneur de Berry. Et en fût mon diet seigneur de Berry advert^r, et escrivit à ses gens que 800 nepveu de Richemont alloit à Bourges, et leur mandoit qu'ils le receussent et festoyash sent comme sa propre personne, et luy montrassent toutes ses bagues, et tout ce qu'il vouldroit reoir ; et ainsi le firent. Et fut le duc Jehan bien mai contant de son diet frère de Ricliemont : car il cuida que mon diet seigneur de Guyenne eust faict ce diet voyage, de peur de ^eoir la duchesse sa sœur. Mais le contraire fut vérité : car le plus tost que mon diet seigneur peut, il ramena mon diet seigneur de Guyenne à Paris; et là trouva la duchesse. Et Dieu sçait comme elle fût bien reeeue et grandement du Roy, de la Royne, de monseigneur de Guyenne et de monseigneur de Berry; et luy fut donné de grands dons du Roy, de la Royne, et de monseigneur de Guyenne, par le moyen de mon diet seigneur de Richemont, et aussi de son oncle de Berry, lequel entre autres choses luy donna le ruby de la caille qui autrefois avoit esté de Bretaigne.

En onltre, mon diet seigneur de Richemont poorcliassa tant devers monseigneur de Guyenne et devers tout le conseil, qu'il fist rendre et mettre en la main du duc la ville de Sainct Malo; qui pour lors estoit en la main du Roy. Et s'y estoient nais ceulx de Sainct Malo pour un mescontentement qui fût entre les gens du duc et cenlx de la ^lle : car le duc estoit encores Jeune et enfant, et avoit mis des gens dedans Sainct Malo; et y estoyent monseigneur de Montauban, le -vicomte de La Beliere, et mon- Mjgnenr de Chasteaugiron. Puis trouvèrent matière d'envoyer monseigneur de Montauban devers le duc. Et cependant qu'il fut dehors on leur osta tous leurs bastons, qu'ils n'osoient pas porter un Cousteau ; et leur fist on de grandes rudesses, et ne se pouvoit on tenir de Jouer avec leurs fenunes et chambrières, et les appeller vilains. Et en une nuict boutèrent tout dehors, et furent en la main du Roy, Jusques à ce que mon diet seigneur les fist rendre au duc ; et leur fust tout pardonné. Et y alla le duc Jehan prendre la possession, et vindrent au devant de Iny tous ceulx de la ville vestus de blanc et de ooir; et tous les petits enfans avoient panonceaux d'hermine blancs et noirs, et on y cria bien Noël, et fut tout aboly ; et depuis ont esté bons et loyaulx au duc.

L'an 1414, recommencea la guerre entre messeigneurs d'Orléans et de Bourgongne ; et à

l'occasion de ce, le Roy, monseigneur de Guyenne? monseigneur d'Orléans, monseigneur de Berry, monseigneur de Bourbon, monseigneur de Richemont, monseigneur le connestable d'Albret, et monseigneur d'Arroaignac, et plusieurs autres seigneurs et capitaines, allèrent mettre le siège à Soissons, qui tenolt pour monseigneur de Bourgongne. Et la tenolt un capitame nommé Enguerrand de Bournonviile. Et fût la dicte place de Soissons prise d'assault, et eut ledit capitaine la teste trenchée, pour ce que le bastard de Bourbon y avoit esté tué. Puis après tira l'armée plus avant, et vinrent mettre le siège à Arras; et illeoques avoit une belle compcSgnée, et avoient dedans la ville pour chef messire Jehan de Luxembourg, et grandement se gouvernèrent; et y eut de belles et grandes escarmouches, et bien tost après se trouva l'appointement, et se leva le diet siège.

L'an 1415, monseigneur de Richemont meit le siège à Partenay, pource que monseigneur de Partenay tenolt le party de monseigneur de Bourgongne. Et paravant ce il avoit prins Youlvent et Mairvent, Secondigny et Ghasteaulaillon. Et durant qu'il estoit devant la dicte ville de Partenay, luy vinrent des nouvelles; et luy escrivoit le Roy et monseigneur de Guyenne qu'il tirast devers eux, toutes choses cessées ; et que le roy Henry d'Angleterre tenoit le siège à Harfleu, etquegueres ne pouvoit tenir. Et pour aller secourir le Roy et le royaume, se leva de son diet siège, pour tirer la part où les Anglois tireroient. Il alla devers monseigneur de Guyenne, lequel le fist son lieutenant, et lui bailla son enseigne et tous les gens de sa maison. Et du pays de Bretaigne y avoit bien cinq cent chevaliers et escuyers, entre lesquels estoient le sire de Combour, messire Bertrand de Montauban, messire Jehan de Goetquen, messire Geoffroy de Malestrolct, messire Guillaume Le Yeer, messire Olivier de La Feuillée, messire Edouard dé Rohan, et le seigneur Bu Buis-^ son qui portoit sa bannière, et plusieurs autres chevaliers et escuyers. Et tira mon diet seigneur de Richemont sur la rivière de Sonmie, pour joindre avec les seigneurs lesquels faisoient leur assemblée pour combattre les Anglois, entre lesquels estoient monseigneur d'Orléans, monseigneur de Bourbon, monseigneur d'Alençon, monseigneur le connestable d'Albret, monseigneur de Brabant, monseigneur de Nevers, monseigneur d*Eu, le marcschal Boucicault, et plusieurs autres seigneurs et capitaines, et grand nombre de chevaliers et escuyers.

L'an 1415, le vingt cinqulesme Jour d'octobre, se trouvèrent tous ensemble, et dès le ves-

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pre logèrent près les ÀDglois en plain champ, à moins de demie lieue de Tost du roi d'Angleterre. Et le vendredy au poinct du Jour commencèrent à mettre leurs gens en bataille, et environ Theure de tierce au plus tard assemblèrent les l>atailles en une place nommée, Aglnoourt, qui trop estoit estroicte pour combattre tant de gens. Et y avoit grand nombre de gens à cheval de nostre party, tant Lombards que Gascons, qui dévoient ferir sur les aisles des Anglois. Et quand ils sentirent le traict venir si dru, ils se meirent en fuite, et vinrent rompre la bataille de nos gens, en telle manière qu'à grand peine se peurent jamais rassembler, que les Anglois ne fussent tousjours près d'eux. Et incontinent assemblèrent les batailles, et y fût faict de grandes armes, et bien combatu. Et fut le duc de Glarence, firere du roy d'Angleterre, abatu de coups de hache ; et le Roy son frère vint mettre le pied sur luy de peur qu'il Aist tué, et eut un tel coup sur sa couronne qu'il fût abatu sur le genoûil. Et deux autres qui estoient habillez proprement comme le Roy furent tuez ; et l'onde du Boy, le duc d'Excestre , .fût tué, et moult d'autres. Toutesfois assez tost après en peu d'heures, ainsi comme Dieu, qui est maistre des batailles, voulut, furent nos gens desconflts, et morts, et prins, et en fuite, lesquels estoient dix mille hommes d'armes; et le roy d'Angleterre avoit bien de onze à douze mille combatans. Et là furent prins monseigneur d'Orléans, monseigneur de Bourbon, monseigneur de Bidiemont, qui fût tiré de dessous les morts et un peu blessé, et fût cognu à sa cotte d'armes, et si estoit elle toute sanglante, et furent tuez deux ou trois sur luy ; puis fût mené au. roy d'Angleterre, qui en fût plus joyeux que de nul des autres. Aussi furent prins monseigneur d'Eu, monseigneur de Vendosme, et plusieurs autres seigneurs et capitaines. Et y eut de morts à celle journée monseigneur d'Alençon , monseigneur c^e Brabant, monseigneur de Nevers, monseigneur le connestable d'Albret, et Jehan monseigneur de Bar. Et soubs la bannière de monseigneur de Richement et de sa compaignée moururent monseigneur de Combour, messire Bertrand de Montauban, messire Jehan de Goetquen, messire Geoffroy de M alestroict, monseigneur de Ghasteaugiron, messire Guillaume de La Forest, messire Guillaume Le Veer, et plusieurs autres. Et entre les prisonniers furent messire Edouard de Rohan, messire Olivier de La Feûillée, messire Jehan Giffart, et le seigneur Du Buisson, Puis s'en retourna le roy d'Angleterre loger à Maisonselles, dont il estoit party

au matin. Et le lendenudn se partit le roy d'Angleterre, et s'en alla à Galais, et emmena lo prisonniers, et de là s'en alla en Angleterre; et ne demeura avec monseigneur de Biehemoot sinon un varlet de chambre nommé Jasin Gatuyt. Assez tost après quand ils furent à Loddres, la Royne mère du dict comte de Richemont demanda congé aodict roy d'Angleterre de veoir son fils qui estoit prisonnier ; et le Roy le lui accorda. Et les gardes du dict seigneur l'amenèrent devant la Royne sa mère, laquelle quand elle seeut sa venue elle mist une de ses daines eo sa place qui bien sçavoit parler et le recevoir, et se mist du rang de ses autres dames, et en mist deux devant elle. Et quand le dit seigneur de Richemont arriva, il cuida de la dame que ee fûst sa mère, et la salua, et luy feit la révérence ; et la dame l'entretint une pièce, puis luy dist qu'il allast baiser les autres dames. Et quand il Ait endroict de la Royne, la oceur luy tendrea, el elle luy dist : « Mauvais fils, m'avez-vous desc congnûe? » Et tous deux se prinrent à pleurer, puis firent grand chère. Et luy donna la Royne sa dicte mère mille nobles, qu'il départit aux prisonniers ses compaignons et à ses gardes ; et aussi luy donna des chemises et habillemens, et n'osa depuis parler à elle ny la visiter, comme il eust voulu.

Le dict seigneur de Richemont fût prisonnier en Angleterre depuis la dicte journée d'Agincourt jusques en l'a» 1420, que le due Jehan son frère fut prins du comte de Pointievre, et son frère Richard seigneur d'Estampes, et le mareschal de Bretaigne nommé Bertrand de Dinan, et plusieurs autres, par trahison. Et puis la duchesse, les barons, chevaliers, escuyers, et tous les Estats de Bretaigne, furent advisez d'envoyer devers le roy d'Angleterre luy requérir qu'il luy pleust leur prester monseigneur de Richenoont pour estre leur chef; et s'obligeoient tous les dicts Estats de le rendre au dict roy d'Angleterre mort ou vif, ou une grande somme d'argent. Et de par la dachease, prélats et barons, y furent envoyez monseigneur le chancelier nommé de Maleslroict, et monseigneur de Montauban, lesquels furent devers le dict Roy durant le siège de lifelan, et là feit venir le roy d'Escosse et le dict seigneur de Richemont. Et monseigneur de Montauban luy bailla Raoul Gruel pour trancher devant luy; et puis luy bailla Robert Rouxel, ctGervasic, qui pour lors demeuroit avec monseigueur le chancelier. Et tandis que les dicts ambassadeurs estoient devers le roy d'Angleterre, le duc de Jehan fut rendu devant Chantoceaw aux Bretons qui y tenoient le sioge ; et en wtt

DUC OB BBETÀIGNB ET COMTB.DB BICHBMONT.

oomme Von dict, le roy d'Angleterre bien mar • ry. Toutesfois pourchassèrent les dits ambassadeurs à toute leur puissance, en telle manière qae le roy d'Angleterre fut content que le dict eomte de Ricbemont demeurast en Normandie sor sa foye et en la garde du comte de Snffolc. Et promeit et jura de ne partir point de Normandie sans congé du roy d'Angleterre, et l'amena le dict comte à Pontorson ; et y vinrent beaucoup de gens de Bretaigne pour le veoir, et entre les autres y furent monseigneur de Montanban et monseigneur de Gombour et plusieurs aigres, tant quils estoient plus forts que les Anglois. Et luy fût demandé s'il vouloit qu'on remmenast par force ; mais il ne voulut, et ne Teust pour rien faict. Le comte de Suffolc l'avoit mené jouer aux champs, et tirer de l'arc.

Bien tost après, le duc Jejian, qui estoit fort désirant de veoir le dict comte de Ricbemont son firere, le vint venir jusques sur le pont de Pontorson, pouree que mon dict seigneur de Richem<mt n'osoit passer en Bretaigne. Et estoit le due bien accompaigné, et avoit deux cent lances de sa garde ; et Bleu sçait s'ils s'entrefirent bonne chère, et s'ils pleurèrent tous deux bien fort! Puis s'en retourna le dict seigneur de Ricbemont devers le roy d'Angleterre, lequel luy fist grand chère, pouree que bien avoit tenu ce qu'il avoit promis. Et bien tost après eut congé de venir venir le duc de Jehan son frère, et l'amena le comte de Suffolc. Et la cause pourquoy il eut congé, ce fût pour retarder son frère d'Estampes et les Bretons d'aller servir le Daulphin, qui ja estoit allé à Gosne à rencontre des Anglois.

L'an 1431, arriva à Vannes mon dict seigneur de Richement devers le duc son ft*ere, et le mena le comte de Suffolc. Et Dieu sçait la chère qui luy fut faicte de son dict firere et de tout le monde ; et fut fort festoyé de toutes gens. Et entre les autres lieux , à Chasteaubriant et à Montauiian , et en plusieurs autres lieux, et par les bonnes villes et citez de Bretaigne, et par tout, bien recueilly et festoyé : car sur toutes choses ils desiroient sa délivrance. Et entre autres ftit bien festoyé à Rennes, et print bien garde à la fortification de la dicte ville , qui pour lors estoit trop petite pour retirer et loger un tel peuple comme le peuple de Rennes , et estoient les faulxbourgs plus grands trois fois que la ville. Et quand mon dict seigneur veit cela , il pensa de les faire fortifier : ou autrement , si la guerre venoit au pays, que tous les dicts faulxlM>urgs seroient bruslez et dcstroiets, et la ville en danger. Et incontinent

le dist au duc son frère , qui pas bien ne l'entendoit, mais du tout s'en rapporta à luy. Aussi le remonstra aux gens de la ville et du pays , qui volontiers obéirent à son commandement , nonobstant qu'il leur estoit impossible croire que si tost se peust faire comme il se fist : car incontinent il marqua par où seroit faicte la dicte fortification, et bailla de ses gens et autres pour faire la diligence. Et furent mandez les gens du pays, et ordonné a chacun telle tasche qu'il debvoit avoir. Et en huiet mois lurent faicts les plus beaulx fossez qu'on peust trouver, puis après fût fortifiée de palis , et puis de bonnes tours et murailles , comme pouvez veoir ; et n'eust on osé à l'heure entreprendre de ce faire, si n'eust esté le bon Artus.

Et paravant ce, durant que mon dict seigneur estoit prisonnier au siège de Melun et à celuy de Meaux , et à Paris , mon dict seigneur se tira devers monseigneur de Bonrgongne, et tant feit que mon dict seigneur de Bonrgongne l'aima fort , et furent bien accointez et privez l'un de l'autre. Aussi les gens de monseigneur de Bonrgongne l'aimoient fort. Et bien tost après fut touché du mariage de mon dict seigneur de Richement , et iuy mesme en parla à monseigneur de Bonrgongne, en disant que tousjours les deux maisons de Bourgongne et de Bretaigne s'entrestoient bien aimées , et avoient de tout temps esté alliées ensemble; et que bien desiroit que encores le fussent plus que jamais. Et dist à mon dict seigneur de Bourgongne , que si c'estoit son plaisir , qu'il seroit marié avec l'une de ses sœurs : dont monseigneur de Bourgongne respondit qu'il en estoit tres-joyeux; et qu'il en avoit trois à marier, et que des deux il se faisoit fort de luy bailler à choisir : mais de madame de Guyenne , qui avoit esté mariée à monseigneur de Guyenne , il ne se faisoit pas fort sans le consentement d'elle; mais des autres se faisoit fort , dont l'une estoit promise à monseigneur de Glermont , aisné fils de Bourbon , à peine de cent mille escus : mais pour ceste cause ne laisserait point à le faire. Et monseigneur de Ricbemont luy dist que si c'estoit son plaisir, qu'il vouloit avoir madame de Guyenne. Et sur ce monseigneur de Bourgongne luy respondit qu'il s'y employeroit si bien qu*il s'en appercevrait. Et lors luy dist mon dict seigneur de Richement qu'il envoyerait devers mon dict seigneur de Bourgongne , lequel luy dist qu'il ne luy envoyast nul homme que Raoul Gruel seulement, et qu'il luy en laissast faire. Et sur ce prinrent congé. Et le dict Raoul Gruel s'en alla quand et monseignenr de Bourgongne à Dijon. Et incontinent que monseigneur de Bour-

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HISTOIBB DARTLS III,

gongne fut à Dijon , il en parla à madame de Guyenne , et assembla tout son conseil , et en parlèrent à ma dicte dame de Guyenne ; et elle respondit qu*elle ne vouloit point estre mariée à un prisonnier : mais quand le roy d'Angleterre le Youdroit quitter , qu'elle feroit ce que ses amis luy conseilleroient. Et sur ce, monseigneur de Bourgongne fist le dict Gruel parler à elle par plusieurs fois. Et y avoit des gens de rhostel de monseigneur de Bourgongne qui bien desiroient que le mariage s'accomplist. Et sur ce s'en vint le dict Gruel en Bretaigne devers son dict maistre y et luy fist son rapport , dont il fût bien content.

L'an que dessus 1421 , en octobre, mourut le roy Henry d'Angleterre au bois de Yinceur nés près Paris , et en vinrent les nouvelles au dict seigneur de Richemont au Guavre. Et Dieu sçait s'il en fût bien Joyeux ! car ceste fois il fut quitte : car bomme n'avoit plus que luy demander.

Bien tost après , en l'an 1422 , retournèrent ambassades devers monseigneur de Bourgongne , lequel envoya pareillement autres ambassades devers le duc , et le dict seigneur de Richemont. Et tant appointèrent , que journée fut prinse entre les deux ducs de Bretaigne et de Bourgongne, et le dict seigneur de Richemont, qu'ils se rendroient à Amiens en Picardie pour conclure le mariage. Et s'y rendit le duc de Betfort, dont on se fust bien passé, quieust peu; mais il convenoit passer par Normandie , qu'il tenoit pour lors. Monseigneur de Richemont amena le duc son frère , malgré la plus part des Estats de Bretaigne , au dict lieu d'Amiens; et là fut conclu le mariage de mon dict seigneur de Richemont et de madame de Guyenne. Et de là s'en alla le dict seigneur de Richemont avec monseigneur de Bourgongne à Dijon, où estoit la dicte dame; et le duc s'en vint en son pays de Bretaigne. Et le dict seigneur de Richemont estoit accompagné de monseigneur de Beaumanoir , de messire Guillaume Giffart, et plusieurs autres. Et furent faictes les nopses à Dijon , et y estoient tous les seigneurs de Bourgongne. Et Dieu sçait la feste et les joustes qui y furent, et la grande chère. L'archevesque de Besancon feit les fiançailles par paroles de présent. Puis huict jours après feit les espousailles , et demeurèrent certain temps à Dijon avec madame de Bourgongne sa mère, puis s'en allèrent demeurer à Montbart , et y furent un peu de temps. Puis s'en partit monseigneur de Bourgongne , et s'en vint en Flandre , monseigneur de Richemont quand et luy ; et madame de Guyenne demeura à Montbart. Et mes

dicts seigneurs furent une pièce en Flandres.

L'an 1423 , monseigneur de Richemont print congé de monseigneur de Bourgongne, et s*en vint par mer descendre àsainct Malo : car plus ne vouloit se mettre en danger des Anglols. Et fist venir monseigneur Beaumanoir et beaucoup de ses gens et chevaux par Normandie , qui disoient que mon dict seigneur venoit après eolx. Et bien tost après qu'il fut en Bretaigne, le Boy envoya ambassades devers le duc et devers hiy, et y veint monseigneur du Maine ; après y veiiit le président de Provence , puis après y veinrent la royne de Sicile et le prevost de Paris, nommé messire Tannegny Du Chastel. Et fot conclu par les Estats de Bretaigne que mon dict seigneur de Richemont iroit devers le Roy ; et incontinent le duc Jehan et mon dict aeigneur envoyèrent une ambassade devers monseigneur de Bourgongne, pour signifier que monaeigueur de Richemont iroit devers le Roy ; et que c'estoît pour traicter la paix entre le Roy et monseigneur de Bourgongne. Et y envoyèrent Raoul Gruel et Philibert de Vauldré, lesquels troaverent monseigneur de Bourgongne à Desise, le jour qu'il espousoit madame de Nevers. Et quand ils eurent faict leur charge , ils s'en revinrent devers le duc et devers monseigneur de Richemont faire leur rapport.

Puis après le Roy vint à Angers, et là alla le dict seigneur de Richemont bien aoooaipagné: c'est à sçavoir de monseigneur de Laval, de monseigneur de Porhoet, de monseigneur de Chasteaubriant, de monseigneur deMontaoban, de monseigneur de Malestroict , de monseigneur le vicomte de La Beliere, de monadgnear le vicomte de Beaumanoir, de monseignear de Rostrenen , et de plusieurs autres. Et vinrent au devant démon dict seigneur plusieurs grands seigneurs ; et demeurèrent en ostages le bastsrd d'Orléans et messire Guillaume d'Albert En outre luy furent baillées quatre places en ostage, et y furent mis gens de par luy , c'est à sçavoir Lusignan, Loches, Chinon et Meun sur Yevre; et le receut le Roy à Angers en un jardin, et luy fist grand chère et grand recueil.

Bien tost après mon dict seigneur de Ridiemont feit un voyage devers messeigneorsles ducs de Bourgongne et de Savoye, pour avoir leur consentement pour estre connestable de France. Car pas ne vouloit prendre l'espée sans le consentement des ducs de Boui^ngne, de Bretaigne et de Savoye : et s'en alla en Bourgongne, et parla à mon dict seigneur de Bourgongne ; et de là à Montluet. Et estoient avec luy de par le duc de Bretaigne monseigneur de Chasteaubriant, monseigneur de Porhoet, admirai de Bretaigne,

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