DUC DE BRETAIGNE ET COMTE DE R1CHEM0NT
etmalstre Pierre de L'Hospîtàl, président de Bretaigne. Et du consentement des dicts seigneurs s'en retourna mon dict seigneur de Richement devers le Boy,etletrouvaàGhinon.
Fan 1424 , en mars, ftit mon dict seigneur de Riehemont connestable de France , et priut l'espée en la prée de Chinon , et en fist hommage m Roy, ainsi qu'est de coustimie aux connestables. Et trouva le royaume le plus au bas que jamais fut, et le laissa le plus entier qui fut passé a quatre cents ans. Et avant qu*il print l'espée, le Roy luy promfst et jura d'envoyer hors de son royaume tous ceulx qui avolent esté cause de la mort de monseigneur de Bourgongne,et oonsentans de la prînse du duc Jehan de Bretaigne ; et s'en debvoient aller messire Tanneguy Du Ghastel à Beaucaire , et le président de Provence en Provence ; et Frotîer et Guillaume d'Avaugour s'en dévoient aussi aller. Mon dict seigneur le connestable avoit laissé devers le Roy l'evesque de Clermont , et monseigneur de Trignac et autres , qui tenoient la main pour mon dict seigneur. Et durant qu'il vînt devers le doc son frère pour quérir gens en Bretaigne pour faire la guerre encontre les Anglois , qui pour lors après la journée de Vemueil estoient en grand puissance, et tous ftiyoient devant euix, mon dict seigneur le connestable, en retournant devers le Roy quand il arriva à Angers, trouva l'evesque de Clermont et Trignac qui avoient esté mis hors de Thostel du Roy, pource qulls aimoient le dict seigneur de Riehemont. Et neantmoins le dict seigneur ne laissa pas de tirer devers le Roy, et assembla gens de toutes parts. Et y vinrent monseigneur d'Estampes son frère, et monseigneur de Porhoet , monseigneur de Beaumanoir, monseigneur de Chasteaubriant, monseigneur de Rostrenen , messire Robert de Montauban, et plusieurs autres nobles chevaliers etescoyers du pays de Bretaigne , qui trop long seroît à racompter. Et s'assemblèrent avec luy grand nombre de barons de Berry, de Poictou et d*Auvergne : c'est à sçavoir de Berry, monseigneur de Cbauvigny, monseigneur de Ligneres , monseigneur de Prie , et plusieurs autres. Be Poictou , monseigneur de Thoiiars , et tous les gens de monseigneur de Partenay, et monseigneur de Bressuire, monseigneur de La Grève, monseigneur d'Argenton , et plusieurs autres. D'Auvergne , monseigneur de La Tour et monseigneur de Montlaur. Et de Rouergue, ceux de Arpajon et plusieurs autres, qui bien sçavoient ce que mon dict seigneur faisoit estoit pour le bien du royaume. Et toutes les bonnes villes tenoient pour mon dict seigneur le connestable. Le !^oy tira vers Bourges, et ledit connestable
après; et s'en vint droictàPoictiers, et tousjours tiroit le connestable de logis en logis après le Roy. Puis après fut faictrappoîntement, et fut dict que ceulx qui s'en debvoient aller s'en iroient. Et au regard de messire Tanneguy Du Chastel , il dist au dict seigneur le connestable que ja à Dieu ne pleust que pour luy demeurast à faire un si grand bien , comme le bien de paix entre le Roy et monseigneur de Bourgongne. Et si aida à mettre hors ceulx qui s'en debvoient aller, et felst tuer à ses archers devant luy un capitaine , lequel faisoit trop de maulx , et ne vouloit obeïr. Puis s'en alla le dict Du Ghastel à Beaucaire , et le président de Provence en Provence , qui fut bien courroucé et mal content de s'en aller, et madame de Joyeuse sa fille , et la femme du bastard d'Orléans son autre fille, qui gueres ne vesquit après. Et par ainsi fut tout appaisé , et l'appointement faict. Le seigneur de Giac demeura au gouvernement devers le Roy , et promeist de bien faire la besongne, et n'en feit rien ; mais feit tout le contraire.
L'an 1425, la veille du sacre, madame dç Guyenne arriva à Bourges , et là trouva monseigneur le connestable. Et assez tost après elle vint demeurer à Chinon , lequel luy avoit esté baillé pour sa demeure. Aussi le Roy luy fist bailler pour son doiiaire de monseigneur de Guyenne Montargis , Gien sur Loire , et Dun le Roy, avec Fontenay le Comte.
En celuy an , au mois de septembre , monseigneur le connestable tira devers le Roy à Poictiers , pour le faire venir à Saulmur. Et là appointa que le duc Jehan viendroit devers luy à Saulmur, et si ne fut qu'une nuict à Poictiers. Et le Roy partit le lendemain pour tirer au dict lieu de Saulmur ; et mon dict seigneur le connestable vint coucher à Chinon , là où madame de Guyenne estoit ; et ne fut qu'une nuict avec elle. Et tira devers le duc à Angers. Et le lendemain se partit le duc pour aller à Saulmur, et venoit du costé devers Sainct Florent pour veoir madame de Guyenne , qui y estoit veuve , et s'entrefeirent si grand cherc que homme ne sçauroit penser. Et s'en alla coucher sur les ponts de Saulmur. Et si avoit en sa compaignée monseigneur d'Estampes , monseigneur de Lavai, monseigneur de Porhoet , monseigneur de Chasteaubriant , monseigneur de Rieux , monseigneur de Guemené, monseigneur de Rais, monseigneur de Beaumanoir, monseigneur de Montauban j monseigneur de Combour, le vicomte de La Beliere, monseigneur de Malestroit, monseigneur de Penhoet, le vicomte Du Fou, Raoul de Coetquen , et plusieurs autres , qui trop long seroient à nonmier. Et le lendemain après disner
HISTOIRE d'aRTUS III,
arriva le Roy à Saulmor , et alla le duc au devant près d'une lieuê françoise, accompaîgné de très noble compaignée, comme dict est, et s'entretrouverent aux champs. Et le Roy embrassa le duc deux fois, et s'entrefeirent la plus grande chère du monde. Et le duc conduisit le Roy jusques au chasteau , puis le laissa, et s'en alla à sou logis. Et le lendemain vint le duc devers le Roy, et besongnerent ensemble de leurs affaires. Puis après le lendemain, qui fut mardy, le duc vint à Sainct Florent veoir madame de Guyenne, et l'amena vers le Roy an chasteau de Saulmur. Et vinrent au devant monseigneur de Bourbon et plusieurs autres seigneurs et gens du Roy. Et Dieu sçait s'il y avoit belle compaignée. Et la royne de Sicile vint au deviint bien avant en la court du chasteau , et s'entrefeirent grand chère, et furent longtemps en prière à qui iroit devant. Enfin la Royne et madame de Guyenne montèrent ensemble en la salle devers le Roy, qui marcha bien près de Thuis au devant, et luy fist grand chère , et furent assez long temps à deviser. Puis s'en alla madame de Guyenne à Sainct Florent, et ftit conduicte de la seigneurie. Puis vinrent le lendemain le Roy, le duc, et monseigneur de Bourl)on à Sainct Florent veoir ma dicte dame ; et dansèrent , et chantèrent dedans le cloistre , et feirent grand chère , et puis s'en retournèrent. Le Roy alla au chasteau de Saulmur, et le duc s'en vint à son logis sur les ponts ; et furent bien huict jours à Saulmur : et feirent et appointèrent ensemble ce que bon leur sembla. Puis le duc print son congé du Roy et s'en vint en Bretaigne, et monseigneur le connestabie le conduisit, puis s'en retourna devers le Roy , lequel s^en alla en Auvergne et en Bourbonnois, et mon dict seigneur quand et luy ; et y furent Jusques à caresme prenant.
L'an que dessus 1425, fut mandé monseigneur le connestabie en Bretaigne devers le duc, pource que l'armée du duc estoit toute preste d'entrer en Normandie ; et le plus tost qu'il peut s'en vint, et trouva le duc à Rennes , et toute l'armée de Bretaigne sur les marches de Normandie. Et quand il fût devers Je duc , ils conclurent de mettre le siège à Sainct- James de Beuvron; et tout l'ost s'assembla à Entrain. Et delà allèrent mettre le siège au dict lieu de Beuvron , et fut en caresme; et ne dura le dict siège que huict ou dix jours. Et dist on que le chancelier de Bretaigne ûst retarder le payement des gens de guerre , et à l'occasion de ce ils n'avoient de quoy payer les marchands qui leur amenoient les vivres. Et pour ce fut conclu l'assault par grande délibération de conseil. Et quand ceulx
qui estoient au dict assault devers l'estang montoient pour combattre main à main à ceulx de dedans , ils veirent une grande compaignée de gens d'armes qu'on avoit ordonné à faire les courses durant le dict assault : car le comte de Sufifolc et le sire de Scales estoient à AvniDches. Et ainsi cuiderent nos gens que ce fussent les Anglois , et se commencèrent à retirer. Et alors les dicts Anglois saillirent sur eux, et en tuèrent et feirent noyer grand nombre en l'estang du dict lieu ; et ceulx qui estoient de l'antre costé n'en seavoient rien. Et se fallut retirer, et y eut grande multitude de gens morts et prins : entre lesquels moururent monseigneur de Molac , monseigneur de Coitivi , messire Alain de La Mote , Guillaume de La Mote son fils , Gniilaume Eder, et plusieurs autres. Et à œste cause se retirèrent tous ceulx dusiege ausiege de monseigneur le connestabie , et s'y retirèrent les gens de monseigneur de Porhoet ^qui Ion estoit admirai de Bretaigne , et tous les autres. Et ceste nuict commencèrent à desioger plusieors sans congé, les uns blessez , et les autres poar les conduire. Et bien tost après meirent le feu es logis du dict siège de Beuvron ; et tantost l'on vint dire à monseigneur le connestabie, et à monseigneur d'Estampes sonfrere,qu'ilsseroient bruslez s'ils ne sesauvoient ; et que tout le monde s'en alloit. Et ainsi montèrent les dicts seigneurs sur petits chevaulx, pour cuider faire demeurer ceulx qui s'en vouloient aller i mais homme ne vouloit arrester : et tant que mon dict seipear le connestabie fut abatu en la presse, cheval et tout , et passcHent par dessus luy qui ne l'eust secouru ; et conveint malgré luy s'en venir quand et les autres, ou demeurer bien seul. Et pensez que c'est grand chose quand un desanoy se met en un grand ost, et de nuict. Et croyei que ce fut un des plus grands desplaisirs que mon dict seigneur eust en sa vie , et toosjours vouloit retourner qui l'eust voulu croire; et ftirent environ le polnct du jour à Entrain, et delà tirèrent devers le duc à Rennes, et garnirent les frontières de Bretaigne ; puis se départirent Et tout lé monde disoit communément que ce avoit esté le chancelier qui avoit eu aident des Angl«> pour lever le siège. Et pensez que monseigneur le connestabie ne l'oublia point : car en retournant devers le Roy les ferles de Pasques , il ^ prendre devant luy le dict chancelier à La Tous^ che près Nantes , et mener à Ghinon pour se descharger de ce qu'on le chargeoit. Et il n'en pouvoit mais. Et fut le dict chancelier un peu de temps au dict lieu de Ghinon ; puis fût traictee sa délivrance , et proraist de faire merveille devers monseigneur de Bourgongne et ailleurs)