DUC OB B&£TAIGNE ET COMTE DE BICHBMONT
etdevmt da tout faire la paix ; mais il n'en feit rien ; car elle n'estoit pas si aisée à faire. Et s'en aUa du ocrnsentement du Roy devers monseigoear de Boorgongne , et puis en Savoy e, et s'en reveiut par Normandie en Bretaigne , où il demeora.
L'an 1426, mon dict seigneur le connestable tira devers le Roy, et trouva monseigneur de Giac, qui bien luy avoit haulsé son chevet devers le Boy, et ne vouloit point que nulle paix se feist entre le Roy et monseigneur de Bourgongnc, de peur de perdre son gouvernement; et ne vouloit que nuls des seigneurs approcimssent devers le Roy, excepté monseigneur de Glermont, à qui il feit donner le duché d'Auver^ ; et monseigneur deFoix, à qui il iist donner le comté de Bigorre, lequel avoit amené trois mille Beamois qui dévoient faire merveilles : et si feirent ils sur le pauvre peuple, car oncques ne passèrent la Croix Verte à Saulmur. Et pour revenir au faict de Giac, qui avoit faict tant de manix, entre les autres avoit faict mourir sa femme, laquelle estoit bonne et preude, comme Ton disoit, il la feist empoisonner; et quand elle eut beu les poisons, il la feist monter derrière luy à cheval , et chevaucha quinze lieues en celuy estât ; puis mourut la dicte dame incontinent. Et le dict Giac falsoit ce pour avoir madame de Tonnerre, qui après la mort du dict Giac f^t dame de La Trimoiiille. En après, monseigneur le connestable vint devers le Roy à Issouldun; et par le conseil de la royne de Sicile et de tous les seigneurs, ou la plus part, reservez Bourbon et Foix, il print le dict Giac en la ville d'Issouldun : il se feit apporter les clefs, et dist qu'il vouloit aller à Nostre Dame de Bourg de Deolz, dés le poinct du jour. Et comme son prestre vouloit commencer la messe tout revestu, on luy veint dire qu'il estoit temps ; et laissa le prestre tout seul, et s'en veint luy et les gens de sa maison et ses archers là où estoit couché le dict Giac, et montèrent contremont ; si rompirent l'huis, et le dict Giac demanda que c'estoit. L'on luy dist que c'estoit monseigneur ie connestable ; et lors il dist qu'il estoit mort. ^i madame sa femme se leva toute nue ; mais ce fut pour sauver la vaisselle. Et incontinent on fist monter le dict Giac sur une petite haquc; née, et n'a voit que sa robe de nuict et ses botes ; et fut tiré à la porte.
Et incontinent le bruit fut devers le Roy. Si se leva, et vinrent les gens de sa garde à la porte ; et mon dict seigneur le connestable leur dist qu'ils ne bougeassent, et leur commanda s'en aller, et que ce qu'il faisoit estoit pour le bien do Roy. Si se rendit à luy à la porte Alain
Giron, qui avoit cent lances, et estoitassezpres en embusche, et s'en allaconduireGiac ; etauçsifeist messire Robert de Montauban, et beaucoup d'autres gens de mon dict seigneur. Et fut mené ledict Giac à Dun le Roy, qui pour lors estoit en la main de mon dict seigneur. Puis après tira mon dict seigneur le connestable à Bourges, et mon dict seigneur de La Trimoiiille avec luy. Et incontinent mon dict seigneur fist faire le procez du dict Giac par son baillif de Dun le Roy, et autres gens de justice. Et confessa tant de maulx qae ce fut merveilles, entre lesquels la mort de sa femme toute grosse, et le fruict dedans. Et oultre confessa qu'il avoit donné au diable l'une de ses mains, afin de le faire venir à ses intentions. Et quand il fut Jugé, il requeroit pour Dieu qu on luy couppast la dicte main avant le faire mourir. Et offroit à monseigneur le connestable, s'il luy plaisoit luy sauver la vie, de luy bailler comptant cent mille escus, et luy bailler sa femme, ses enfans et ses places à ostages ; de jamais n'approcher du Roy de vingt lieues. Et mon dict seigneur respondit que s'il avoit tout l'argent du monde, qu'il ne le laisseroit pas aller, puis qu'il avoit desservy la mort. Et envoya un bourreau de Bourges pour l'exécuter; et le mena Jehan de La Boessiere. Ne demandez pas si le Roy fut bien courroucé. Puis après tout le monde estoit embesongné à faire l'appointement ; mais le Roy, bien informé du gouvernement et vie du dict Giac, fut tres-content. Et entra au gouvernement Le Camus de B^ulieu, qui se gouverna aussi mal comme les autres. Et s'en vinrent le Roy, la Royne, et la royne de Sicile, et mon dict seigneur le connestable, en Touraine.
Pource que les Anglois faisoient de grandes courses et de grands maulx en Bretaigne, monseigneur le connestable veint emparer Pontorson, et Alt environ la Sainct Michel. Et y vinrent des François et des Esoossois avec luy, et y estoient le connestable d'Escosse et messire Jehan Ouschart, qui avoient l>onne compaignée de gens d'Escosse ; et Gaultier de Brusac, et plusieurs autres capitaines. Et de Bretaigne monseigneur de Loheac, monseigneur de Chasteaubriant, monseigneur de Beaumanoir, monseigneur de Montauban, monseigneur de Rostrenen, le vicomte de La Beliere, messire Robert de Montauban, Jehan Tremederne, messire Jehan Le Yeer, monseigneur de Beaufort, Marzeliere, messire Roland Madeuc, et messire Roland de Sainct Paul. Et durant ce, vinrent les Anglois un peu avant soleil couchant, qui estoient en nombre bien huict cent; et saillit on hors aux champs, et se mist on en bataille ouU
HISTOIRE DARTUS III
tre le marais devers le mont Saiiict Michel, et ne sçavoit on quelle puissance les dicts Ânglois avoient. Si feist le connestable d'Escosse descendre tons les gens d'argies et archers à pied ; puis vinrent les dicts Anglois jusques à un traict d*arc, et y en eut deux ou trois qui se vinrent faire tuer en nostre bataille, et y furent faicts deux ou trois chevaliers. Et quand les Anglois veirent la bataille, ils s'enJFuirent en grand desarroy, et en fut prins et tué plusieurs ; mais pource que tout estoit à pied, ne peurent estre si fort chassez comme ils eussent esté, qui eust esté à cheval. Apres que la place fut un peu bien fortifiée, monseigneur le connestable, et le connestable d'Escosse, et la plus part des seigneurs et capitaines, s'en allèrent, exceptez ceulx que monseigneur le connestable y laissa : c'est à sçavoir monseigneur de Rostrenen, capitaine du dict lieu; monseigneur de Beaufort, messire Jehan Ouschart, et les gens de Brusac ; Jehan de Tremederne, messire Jehan Le Veer, Marzeliere, et plusieurs autres. Et s'en alla mon dict seigneur devers le Roy.
Assez tost après sur l'hyver, monseigneur de Rostrenen entreprint d'aller courir devant A vranches, et mena belle compaîgnée ; et passant au dessoubs du pont Aubaud se noya un gentilhomme de sa compaignée, et conveint faire un peu de demeure illec. Si saillirent les Anglois sur les coureurs, et mon dict seigneur de Rostrenen arriva ; et incontinent Ton chargea sur les dicts Anglois, et furent reboutez jusques bien près de la porte, et y en eut bien trente que morts que prins. Et comme monseigneur de Rostrenen vouloit descendre à pied, arrivèrent environ quatre cent Anglois, dont estoit chef le sire de Fuoastre ; et si ne sçavoient rien les dicts Anglois de la ville de celle veniie, et nonfaisoit monseigneur dé Rostrenen; et veinrent les dicts Anglois tellement frapper au dos de nos gens en telle manière, qu'il convint désemparer. Et bien tost après fut prins mon dict seigneur de Rostrenen, et bien sept vingt et dix de ses gens, et n'y en eut que deux morts. Et ceste prinse fut un très-mauvais coup pour Pontorson. Si y vint pour garder la dicte ville monseigneur de Ghasteaubriant ; puis après y vint monseigneur le mareschal son frère, qui feirent fortifier la ville le mieulx que faire se pouvoit : mais on n'y sceut tant faire qu'elle valust gueres.
Mon dict seigneur le connestable estoit allé devers le Roy, et là luy furent remonstrez les termes que tenoit Le Camus de Beaulieu : car il gastoit tout, et ne vouloit que homme approchast du Roy, et fhisoit pis que Giac. Si en estoit
la royne de Sicile et tous les seigneurs mai oon. tens ; pource en fist monseigneur le mareschal de Bossac la raison : car il le fist tner. Et celuy mesme qui le gouvernoit l'amena au tlltre en un petit pré près le chasteau de Poictiers sur la rivière ; et deux compaignons qui estoient au dirt mai'eschal de Bossac luy donnèrent sur la teste tant qu'ils la luy fendirent, et lui coupperent une main, tant que plus ne bougea : et s'en alla celuy qui l'avoit amené, et mena son mulet au chasteau, là où estoit le Roy, qui le regardoit. Et Dieu sçait s'il y eut beau bruit.
Si veint à l'heure monseigneur de La Trimouille devers le Roy ; puis s'en vint le Ro}' a Chinon, et la Royne avec luy; et n'estoit pas le Roy content que La Trimoliille demeurast avec luy. Et monseigneur le connestable Inydist que c'estoit un homme puissant, et qui le pourroit bien servir ; et le Roy luy dist : « Beaa cousin, » vous le me baillez, mais voTls en repentirez : » car je le congnois mieux que vous. » Et sur tant demeura la Trimoùille, qui ne fist point le Roy menteur : car il feit le pis qu'il peut à mon dict seigneur le connestable.
Incontinent monseigneur le connestable oommencea à assembler gens de toutes parts pour venir secourir Pontorson, qui estoit assiégé dés le jeudy gras ; et estoient devant ceulx qui eosuivent : premièrement le comte de Warwie, gouverneur et lieutenant gênerai du roy d'Angleterre ; les sires de Talbot, de Scales, de Ros. de Ovyrebi, de Fastouc, de Fuoastre, de Boarsieres, et grand nombre d'autres capitaines ^ baillifs; et en effect toute leur puissance qui pour lors estoit en Normandie. Si voulut ledac Jehan, par l'enhortement d'aucuns de sesgens* bailler Pontorson en la main des Anglois avant que le siège y fust mis. Mais ceulx qui estoient dedans refusèrent le rendre, et disoient qu'ils tiendroient pour monseigneur le connestable. Et par délibération de tous ceux qui estoient d^ dans fut conclu de le tenir tant que faire se pourroit. Et bien tost après monseigneur le mareschal de Bretaigne feit crier que tous oeulx qui n'estoient délibérez d'attendre le siège s'en allassent. Et messire Jehan Ouschart, capitaine des Escossois, feit crier que tous ceulx qui vooldroient s'en aller quand et luy fussent bien tost prests. Si s'en alla celuy jour le dict Ouschart a grande compaignée ; puis tint le siège fort et ferme, et y eut de belles escarmouches, tous- Jours en attendant le secours de Bretaigne et de monseigneur le connestable, qui ne se pouvoit aider du Roy sou maistre, ny de beaucoup de meschantsgens qui estoient avec luy. Toutesfoi> il amena beaucoup de gens de bien du pays df