DUC DE BAETAIOE ET COMTE DE RICHEMONT
France, et cuidoit venir lever le siège. Si vint josquesen Bretaigne devers le duc sou frère qui estoit à Dlnan, et amena avec luy le connestable d'Escosse, le mareschal de Bossac, et plusieurs autres capitaines, cuidant tirer avant. Mais le duc ne voulut, et ne luy fut conseillé adventurer la noblesse de Bretaigne pour si peu de chose comme Pontorson, nonobstant que le duc eust faict ban et arriereban. £t Dieu sçait quelle coropaignée il avoit en la lande de Yaucouleur, où il feit ses monstres. Toutesfois ceulx de Pontorson tinrent jusques au huictiesme jour de may, tant qu'ils n'eurent plus de vivres; et tousjours cuidoient avoir secours. Et si y eut dés le jeudy absolu un mauvais eschec : car ceulx qui venoient pour tolllr les vivres à ceulx du siège furent desconfits, et y mourut beaucoup de gens de bien, c'est à sçavoir monseigneur de La Hunaudaye, monseigneur de Chasteaugiron, le baron de Goulonces, messire Guillaume L'Ëvesque, Robin de Qoiste et Olivier Tomelîn, et plusieurs chevaliers et escuyers; et de prins le vicomte de La Beiiere, et plusieurs autres. Puis s'en vinrent ceulx de Pontorson, chascun un baston en sa main.
Bien tost après tira monseigneur le connestable devers le Roy, et fut en Tan 1426, et alla par Chinon veoir madame de Guyenne. Puis vinrent les nouvelles que le siège estoit à Montargis , et fut le premier Jour de juillet. Et convint que mon dict seigneur se partist de Chinon pour assembler tous les gens d'armes qu'il pourroit trouver , et les fist venir à Gien sur Loire. Et y vinrent le connestable d'Escosse et le bastard d'Orléans , Poton et La Hire, monseigneur de Gaucourt, monseigneur de Guitry, Giraudde LaPailiiere, Alain Giron, et plusieurs autres. Et ne vouloient tirer en avant sans argent; et convint que mon dict seigneur le connestable leur en baillast. Et pour trouver finances mist une couronne d'or bien garnie de pierreries en gage, laquelle on prisoit dix mille eseus, et la bailla à un homme de Bourges nommé Jehan Besson ; et print de l'argent dessus , pour bailler aux gens d'armes pour avitailier Montargis. Et en y allant , cuidant ne faire autre ehose que leur porter vivres , à la première fois ne feirent rien ; puis y retournèrent une autre fois. Et fut au mois de juillet Tan 1426, environ midy , que plus ne faisoient de guet les dicts Anglols, ne nulle garde, arrivèrent à Montargis ceulx (pii venoient pour avitailler la ville. Si vinrent du costé où estoit logé un capitaine nommé Henry Biset , et ne trouvèrent rien à la barrière , et descendirent , et ouvrirent la dicte barrière. Si trouvèrent les
dicts Anglois qui dormoientet se rafraischissoient , pource qu'ils avoient veillé toute la nuict ; et Dieu sçait s'ils furent bien festoyez. Et en se retirant par sur un pont qu'ils avoient faict pour s'entresecourir , le dict pont rompit, et se noyèrent grand nombre, et les autres furent morts et prins. Et en effect furent desconfits tous ceulx du siège de celuy costé. Et de l'autre costé se meirent en bataille le comte de Warwic , le comte de Suffolc et le sire de Talbot , et grand nombre d' Anglois. Si entrèrent nos gens en la ville , et se rafraischirent avec ceulx de la dicte ville, qui très-bien s'y gouvernèrent. Puis s'en allèrent les dicts Anglois en belle ordonnance. Et ainsi fut levé le siège de Montargis , et n'y fut point monseigneur le connestable en personne, ny le connestable d'Escosse : car tous les capitaines et gens de grand façon l'en destoumerent , et luy dirent que ce n'estoit pas le faict d'un homme de telle maison, et connectable de France , d*aller avitailler une place. Et quand il iroit , ce debvroit estre pour attendre la bataille : et il n'avoit pas gens pour ce faire. Et quand le siège fut levé , comme avez ouy , mon dict seigneur le connestable s'en vint à Chinon.
Et bien tost après à la fin de septembre vint le duc de Bethfort es marches du Maine, et envoya certain nombre de gens environ Laval , qui prinrent Sainct Oiien , Monsceu et Mesie , et assiégèrent La Gravelle. Et quand mon dict seigneur le connestable le sceut, il assembla ce qu'il peut de gens , et vint à Angers , pour secourir monseigneur de Laval et ses places. Et y estoient avec luy messire Guillaume d'Albret, seigneur d'Orval , et le lieutenant du mareschal de Bossac , nommé Bochardon , et l'estendart du dict mareschal , et tous ses gens , et toutes les basses frontières; et le duc de Bethfort s'en alla vers Roiien. Ceulx de La Gravelle avoient baillé ostages d'eulx rendre ; et mon dict seigneur le connestable envoya messire Guillaume Yendel et ses archers de son corps , et feirent tant qu'ils entrèrent dedans la dicte Gravelle ; et ainsi elle fut saulvée pour l'heure.
Puis s'en veint mon dict seigneur à Laval , et de là à Craon, à Angers et à Lodun. Puis eut illec nouvelles de monseigneur de Bourbon et de monseigneur de La Marche, qui vouloient parler à luy , et se dévoient rendre à Chasteleraut environ huict jours avant la Toussaincts. Et lors monseigneur de la Trirooiiilie le sceut , et n'en fut pas content : car il avoit peur de perdre son gouvernement , et conceut une hayne mortelle contre mes dicts seigneurs. Et incontinent feit deffendre de par
HISTOIRE DABTITS III,
le Roy que 4iorame ne fust si hardy de les mettre en ville ny chasteau, ny de leur faire ouverture en nulle place que ce fust. Et mes dicts sei^^neurs se dévoient rendre au dict lieu de Chasteleraut, et y avoit monseigneur le connestable envoyé ses fourriers ; et quand il arriva encores estoient ils à la porte , et luy fut reftiséc l'entrée en icelle , et en signe de desobeyssance jectaune masse pardessus la barrière. Puis s'en alla loger aux cbamps entre Chastelerault et Chauvigny , environ deux lieiies d'illec. Puis en cbevauchant on apperceut monsei- «meur de Bourbon et monseigneur de La Marche, qui chevauchoient en belle ordonnance de bataille de l'autre costé de la rivière. Si flst mon dict seigneur le connestable sonner ses trompetes , afin qulls les ouyssent ; et lors s'approchèrent les uns des autres , et parlèrent ensemble de loing sur la rivière , et appointèrent qn'ils se rendroient le lendemain à Chauvigny, et couchèrent ceste nuict sur les champs. Et un gentilhomme, entre Chasteleraut et Chauvigny , luy ouvrit sa place , et le logea très-bien de sa personne. Et le lendemain se rendirent à Chauvigny , et parlèrent ensemble , et conclurent de ce qu'ils avoicnt à faire. Et incontinent tous ensemble s'en veinrentà Chinon, et avec eulx le mareschal de Bossac,et plusieurs autres capitaines et gens de grand façon ; et trouvèrent madame de Guyenne. Si furent bien receus , et feirent grand chère. Et là vinrent des ambassades du Roy : c'est à sçavoir l'archevesque de Tours et monseigneur de Gaucourt ; et autres ambassades allèrent devers le Roy. Mais nul appointement ne s'y peut trouver : car La Trimoûille ne s'asseuroit en homme. Et se passa ainsi celuy hy ver sans rien faire ; puis se départirent les seigneurs , et chascun s'en alla à son
pays.
Monseigneur le connestable s'en alla à Partenay prendre possession de la seigneurie du dict lieu de Partenay : car monseigneur de Partenay estoit mort n'avoit gueres ; et avant qu'il mourust, 11 avoit faict monseigneur le connestable son héritier. Et paravant avoit fatct venir tous les nobles de la seigneurie et terre de Partenay, et tous les capitaines des places; et leur avoit faict £aire le serment à mon dict seigneur le connestable de luy estre bons et loyaulx, et luy obeyr comme à leur seigneur naturel ; et aussi luy furent ils bons et loyaux tant qu'il vesquit. Et cependant madame de Guyenne demeura à Chinon. Et y avoit un capitaine nommé Guillaume Bélier, auquel monseigneur le connestable se flojt fort de bien garder la place de Chinon ; dont il fut deceu : car environ le dou-
ziesme jour de mars, le dict capitaine feit par ses gens ouverture au Roy de la dicte place de Chinon, où estoit madame de Guyenne, laquelle eut grand peur d'estre mal traictée : mais le Roy luy tint à elle et à ses gens bons termes, et parla fort à elle devant tout son conseil et luy offrit qu'elle demeurast h Chinon, ou en quelque autre place de son royaume qu'elle voudroit, par ainsi que monseigneur le connestable son mary ne viendroit point devers elle. Et elle respondit au Roy que jamais ne vouldroit demeurer en place où elle ne peust veoir monseigneur son mary. Et si estoient avec le Roy La Trimoiiille, messire Guillaume d'Albret, l'archevesque de Rheims, Gaucourt, Harpedanne, maistre Robert Maçon, et plusieurs autres. Et luy feit le Roy faire de grandes remonstrances par le chancelier archevesque de Rheims; et ma dicte dame luy feit respondre par maistre Jehan de Troussi, baillif de Senlis, qui parla le mieulx que oncques l'on ouyt en telle nécessité. Puis eut ma dicte dame son congé, et s'en vint à Saulmur, et de lÀ à Thoûars. Et vinrent les Escossois qui tenoient les champs au devant d'elle, et la conduirent jusques à Thouars. Puis s'en vint à Partenay devers monseigneur le connestable, et fut grandement receuê , et furent longuement ensemble au dict lieu de Partena} : car mon dict seigneur avoit esté banny de la cour du Roy par le moyen de La Trimoiiille. Et fut faicte deffense à toutes les villes et chasteaux tcnans le party du Roy, de non faire ouverture à mon dict seigneur le connestable, ny à ses gens et serviteurs; et luy fut cassée toute sa pension, et eut mon dict seigneur de grandes brouilleries et guerres particulières avec les gens de La Trimoiiille et Jehan de La Roche, et leurs alliez en beaucoup de manières. Et ainsi se passa le temps celle année.
L'an 1437, monseigneur de Bourbon et monseigneur de La Marche feirent une entreprise par le moyen de ceulx de la ville de Bourges, et prinrent la dicte ville de Bourges, et ne prinrent point la tour; et la tenoit le seigneur de Prie, qui fut tué d'un tralct. Si feirent sçavoir mes dicts seigneurs à monseigneur le connestable que le plustost qu'il pourroit assemblas! gens pour tirer vers mes dicts seigneurs. Mais mon dict seigneur ne peut passer; et pource il tira à Limoges, cuidant aller par Auvergne ; et cependant le Roy feit diligence , et assembla grand nombre de gens , et tira à Bourges. Et là feirent messeigneurs de Boorbon et de La Marche appointement avec le Roy, sans y comprendre monseigneur le connestable. Et assez tost mon dict seigneur le sceut, et s*en re-