‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 27 sur 157 · DUC DE BBETAIGNE ET COMTE DB RIGHEMONT · texte numérisé non relu

DUC DE BBETAIGNE ET COMTE DB RIGHEMONT

tourna à Partenay, et y séjourna celle saison.

L'an 1438 , en hyver, mon dict seigneur le oonnestable assembla des gens , et feit mettre le siégea Saincte Neomaye près Saint Maixent, pour ce que Jehan de La Roche et ses gens faisoient de grands maulx et pilleries au pays de Poieton, et tenoient le party de La Trimouille. Si y envoya mon dict seigneur le oonnestable un chevalier de Poictou, nommé messire Jehan Sevestre, qui estoit lieutenant pour Monseigneur; et y estoit le bastard Ghappelle et plusieurs autres capitaines, et avoient faict un camp. Et en effect Jehan de La Roche assembla gens, et vint pour rafraischir ceuix de la place; et les gens de mon dict seigneur se retirèrent en leur camp, et les gens de Jehan de La Roche entrèrent dedans la place. Et le lendeoiain nos gens s'en vinrent en bonne ordonnance , et se retirerait es places de Monseigneur, lequel ne bougea toute celle saison d'entour Partenay.

L'an que dessus , en mars, arriva la Pueelle devers le Roy; et les Anglois prinrent Yanville, Roisgency, Meun sur Loire et Jargeau, et meirent des bastilles devant Orléans.

L'an 1429, monseigneur le oonnestable se inist sus en armes pour aller secourir Orléans, et assemblaune très-belle compaignée, et bonne: en laquelle estoient monseigneur de Reaumanoir, monseigneur de Rostrenen, et toutes les garnisons de Sablé, de La Fiesche et de Duretaii. Et de Rretaigne y avoit plusieurs notables gens, comme messire Robert de Montauban, messire Guillaume de Sainct Gilles, messire Alain de La Feûillée, et plusieurs autres chevaliers et escuyers, sans compter ceulx de sa maison, et grand nombre de gens de bien de ses terres de Poictou, Jusques au nombre de quatre cent lances, et huict cent archers. Et print pion dict sefgneur le chemin pour tirer devers Orléans. Et aussi tost que le Roy le sceut, il envoya monseigneur de La Jaille au devant de luy, et le trouva à Loudun. Si le tira à part, et iuy dist que le Roy luy mândoit qu'il s'en retoumast à sa maison, et qu'il ne fust tant hardy de passer en avant; et que s'il passoitoultre, que le Roy le combatroit. Lors mon dict seigneur respondit que ce qu'il en faisoit estoit pour le bien du royaume et du Roy, et qu'il verroit qui le voudroit combatre.

Lors le seigneur de La Jaille lui dist : « Mon- <• seigneur, il me semble que vous ferez très- - bien. » Si print Monseigneur le chemin , et tira sur la rivière de Vienne, et passa à gué , puis de là tira à Amboise ; et Regnauld de Bofurs, qui estoit capitaine du dict lieu d'Amboise, lui bailla le passage, et là sceut que le

siège estoit à Roisgency. Si tira tout droict le chemin devers la Reausse, pourse venir joindre à ceulx du siège. Et quand il fut près, il envoya monseigneur de Rostrenen et Le Rourgeois demander logis à ceulx du siège. Et tantost on luy vint dire que la Pueelle et ceulx du siège venoient le combatre; et il respondit que s'ils venoient, qu'il les verroit. Et bien tost montèrent à cheval la Pueelle et monseigneur d'Alençon, et plusieurs autres. Toutesfois La Hire, Girard de La Paglere , monseigneur de Guitry, et autres capitaines, demandèrent à la Pueelle qu'elle vouloit faire. Et elle leur respondit qu'il falloit aller combatre le oonnestable ; et ils luy respondirent que si elle y alloit, qu'elle trouveroit bien à qui parler ; et qu'il y en avoit en la corapaignée qui seroient plnstost à luy qu'à elle, et qu'ils aimeroient mieux luy et sa compaignée que toutes les pucelles du royaume de France.

Cependant Monseigneur chevauchoit en belle ordonnance, et furent tous esbahis qu'il fust arrivé. Et vers la maladerie la Pueelle arriva devers luy, et monseigneur d'Alençon, monseigneur de Laval, monseigneur de Loheac, monseigneur le bastard d'Orléans, et plusieurs capitaines, qui luy feirent grand chère, et furent bien aises de sa venue. La Pueelle descendit à pied, et Monseigneur aussi ; et vint la dicte Pueelle embrasser mon dict seigneur par les jambes. Et lors il parla à elle, et luy dist : « Jehanne, » on m'a dict que vous me voulez combatre ; » je ne sçay si vous estes de par Dieu, ou non. » Si vous estes de par Dieu, je ne vous crains » rien : car Dieu sçait mon bon vouloir. Si vous » estes de par le diable, je vous crains encores » moins. >» Lors tirèrent droict au siège, et ne luy baillèrent point de logis pour celle nuict. Si print mon dict seigneur à faire le guet : car vous sçavez que les nouveaux venus doibvent le guet. Si feirent le guet ceste nuict devant le chasteau, et fut le plus beau guet qui eust esté en France passé à long-temps.

Et ceste nuict fut faicte la composition , et se rendirent au bien matin. Et le jour devant, le sire de Talbot et le sire de Scales, Fastol et autres capitaines, estoient arrivez à Meun sur Loire pour venir combatre ceulx du siège de Roisgency. Et quand ils sçeurent que monseigneur le connestable y estoit venu, ils changèrent propos, et prinrent conseil d'eux en aller. Et dist on aussi à mon dict seigneur, si tost qu'il fut arrivé au siège, qu'il falloit envoyer des gens au pont de Meun, qui tenoit pour les François ; ou autrement qu'il seroit perdu. Et Incontinent y envoya vingt lances, et les archers. Si les conduirent Charles de La Ramée et Pierre

HISTOIRE d'aBTUS III,

Daugl. Et au matin quand les Anglois s'en furent partis de Boisgeney, la Pucelle et tous les seigneurs montèrent à cheval, pour aller vers Meun. Et lors vinrent les nouvelles que les Anglois s'en alloient, et commencèrent à retourner droict à la ville chascun en son logis. Puis vint monseigneur de Rostrenen, qui s'approcha de monseigneur le oonnestable; si Tadvertit, et dist : a Si vous faictes tirer vostre estendard en » avant, tout le monde vous suivra. » Et ainsi fut faict ; et vint la Pucelle, et tous les autres après. Et fut conclu de tirer après les Anglois. Et furent mis les mieulx montez en Tavantgarde, et gens ordonnez pour les chevaulcher et arrester, et faire mettre en bataille. Si furent des premiers Poton et La Hire, Penesac, Glraud de La Pagliere, Amadoc, Setevenot, et plusieurs gens de bien à cheval. Et monseigneur le connestable, monseigneur d'Alençon, la Pucelle, monseigneur de Laval, monseigneur de Loheac, le mareschal de Rais, le bastard d'Orléans et Gaucourt, et grand nombre de seigneurs venoient en ordonnance par ceste belle Beausse. Si venoient bien grand train. Et quand les premiers eurent bien chevauché environ cinq lieues, ils commencèrent à veoir les Anglois, et adonc galopèrent grand erre, et la bataille après. Et en telle manière les chevauchèrent, que les dicts Anglois n'eurent pas le loisir de se mettre en bataille , et furent en grand dessarroy, car ils avoient mal choisy selon leur cas : car le pays estoit trop plain. Si furent desconfits à un villaige en Beausse qui a nom Patay, et là environ. Si furent là morts bien deux mille et deux cent, ainsi que disoient les heraults et poursuivants; et fut en la fin du mois de may. Et furent prisonniers le sire de Talbot et le sire de Scales ; et fut Talbot prisonnier des archers de Poton , et monseigneur de Beaumanoir eut pour prisonnier messire Henry Branche, et plusieurs autres prisonniers; et messire Jehan Fastol s'enfuit, et autres dont je ne sçay pas les noms.

Monseigneur le eonnestable et les autres seigneurs couchèrent celle nuict à Patay sur le champ : car bien estoient las, et avoient eu grand chaud. Et bien tost après, comme ils cuidoient tirer en avant , le Boy manda à monseigneur le eonnestable qu'il s'en retoumast en sa maison ; et mon dict seigneur envoya devers luy luy supplier que ce fust son plaisir qu'il le servist, et que bien et loyaument le serviroit luy et le royaume. Et y envoya monseigneur de Beaumanoir et monseigneur de Rostreuen; et prioit La Trimouille qu'il luy pleust le laisser servir le Roy, et qu'il feroit tout ce qu'il luy plairoit. Et Aist jusques à le baiser aux genoux,

et oncques n'en voulut rien faire. Et luy fist mander le Roy qu'il s'en allast , et que mieulx aimeroit jamais n'estre couronné que mon dict seigneur y fust. Et en effet convint à mon dict seigneur s'en revenir à Partenay à toute sa belle eompaignée , dont depuis s'en repentirent quand le duc de Bethfort leur offrit la bataille à Montpilloiïer. Et aussi envoyèrent monseigneur de La Marche , qui cuidoit venir servir le Roy, et avoit très-belle eompaignée , dont de^ puis, comme dict est, en eurent bien à faire. Si s'en vint monseigneur le oonnestable à Partenay, et en s'en venant on luy ferma toutes les villes et passages, et luy feirent tout le pis qu'ils peurent , pource qu'il avoit faict tout le mieulx qu'il avoit peu.

En rhy ver empres mon dict seigneur feit une entreprise, et cuida prendre d'emblée Fresnay le Vicomte, et la faillit. Puis s'en revint à Partenay, et passa le temps. Et en s'en venant du dict Fresnay, il vint un homme du pays de Picardie, qui chevauchoit le plus près de mon dict seigneur qu'il pouvoit, toutesfois en le regardant. Et on luy demanda qui il estoit, et luy dist qu'il estoit Picard. Puis monseigneur demanda à messire Gilles de Sainct Symon qui il estoit, et il luy dist qu'il ne sçavoit ; et lors Monseigneur luy dist qu'il luy dist la vérité, et lors il dist à Monseigneur qu'il luy diroit la vérité, mais qu'il luy pleust luy pardonner; et lors mon dict seigneur luy pardonna. Et luy dist adonoques celuy homme de Picardie que La Trimoiîille l'avoit envoyé, et promis argent pour le tuer. Et mon dict seigneur le mena une pièce, et puis luy donna un marc d'argent, et luy dist qu'il s'en allast, et qu'il ne prinst plus de telle commission.

L'an 1430, le Rov s'en estoit revenu en Touraine, et de là à Poictiers. Et furent faictes aucunes ouvertures de traicté entre le Roy et monseigneur le eonnestable, et monseigneur de La Trimoiîille. Et fut dict que monseigneur de La Trimoiiille et monseigneur le eonnestable par* leroient ensemble, entre Poictiers et Partenay. Toutesfois mon dict seigneur le eonnestable fut adverty qu'on luy devoit faire une mauvaise trahison ; et fut la chose rompue bien tost. Apres qu'ils veirent que Monseigneur n'irolt point, ils trouvèrent manière d'y faire aller monseigneur de Thotiars, et monseigneur de Lezay, et Antoine de Vivonne; et furent menez à la chasse. Puis La Trimoiiille les fist prendre, et tint monseigneur de Thoûars prisonnier, et fist coupper la teste à monsi^igneur de Lezay, et à Antoine de Vivonne. Et puis oeulx de Thoiiars meirent madame de Thoiiars hors la ville ; el s'en vint a

Page 1