‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 28 sur 157 · DUC DE BRETAIGNE ET COMTE DE BIGHBHONT · texte numérisé non relu

DUC DE BRETAIGNE ET COMTE DE BIGHBHONT

MaaIeoD, et supplia monseigneur le connestatablc qu'il luy pleust l'ayder encontre La Trîmoûille, et comme sa pauvre parente à qui on faisoit si grand tort. Si vint demeurer à Partenay, et vint à elle monseigneur de Chasteauneuf. Après vint monseigneur deRostrenen, puiâ monseigneur de Beauroanoir, et beaucoup de chevaliers et escuyers. Et là fut entreprins le mariage de monseigneur Pierre de Bretaigne, qui depuis fut duc, et de mademoiselle Françoise d'Amboise, qui depuis fut duchesse. Et nH>ndict seigneur l'envoya en Bretaigne devers le duc, et luy mesme y alla, et amena à Partenay monseigneur Pierre son nepveu, et y demeura longuement avec madame de Guyenne.

Et ma dicte dame de Thoûars recouvra Marant et Benon, et Tisle de Ré; et y logèrent messeignenrs de Beaumanoir et de Rostrenen. Et fut commencé à faire guerre es places de La Trimooiile, à la ville de Thouars ; puis le Roy et toutes les places de Poictou commencèrent guerre contre monseigneur le connestable et à ses places, et y eut forte guerre. Si y vint monseigneur d'Albret, qui fut lieutenant du Roy, et grand nombre de Gascons et autres gens, et d'une emblée entrèrent en l'isle de Marant. Et s'en vinrent messeigneurs de Beaumanoir et de Rostrenen à Fontenay; et gueres ne tint Marant ne Benon, et de là allèrent à La Rochelle. Et leur fut rendu Ghastelaillon, dont mon diet seigneur le connétable Ait bien mal content, et feit coupper la teste à œluy qui avoit rendu la dicte place. Et dura celle guerre bien près d'un an. Puis se trouva appointement tel quel, et fût rendu à mon dict seigneur Ghastelaillon, et feit rendre Gensey qui avoit esté prins sur La Trimoûille. Et au regard de Mauleon, il fut mis en la main de Pregent de Goitivi, de l'assentement des parties. Et par ainsi n'y eut plus de guerre, et demeurèrent en Testât.

L'an 1431, en aoust, le duc Jehan envoya quérir monseigneur le connestable son frère, pour faire le mariage de monseigneur le comte de Montfort et de madame Yoland, fille duroyde Sicile ; et fut à Nantes faict le mariage. Si y eut grand feste, et belle compaignée tant de France que de Bretaigne : puis s'en vint mon dict seigneur le connestable à Partenay veoir madame de Guyenne. Bientost après environ la fin de décembre, monseigneur d'Aleuçon vint veoir le duc a Nantes, et à son retour il print le chancelier de Bretaigne, qui avoit nom Jehan de Malestroit, evesque de Nantes, et l'emmena à Povcncé ; et fut dict qu'il avoit cuidé prendre monseigneur le comte de Montfort. Et incontinent le duc escrivit à monseigneur le connes-

table qu'il luy pleust venir devers luy, et luy desplaire de Toutraige que son nepveu luy faisoit ; et aussitost que mon dict seigneur le sceut, il s'en vint devers le duc, qui en fut bien aise et bien joyeux. Et environ le sixiesme jour de janvier ensuivant fut mis le siège à Povencé, et y vinrent des Anglois pour servir le duc, entre lesquels estoient monseigneur de Scales, monseigneur de Vuilby, et Georges Riqueinan. Si dura le siège longuement; et eust esté la place prinse d'assault, si n'eust esté monseigneur le connestable, qui dissimula le dict assault, désirant faire l 'appointement : car trop estoit desplaisant de la guerre d'entre l'oncle et le nepveu, et aussi que mesdames d'Alençon estoient dedans la place. Et le plus tost qu'il peut trouva le traicté, en telle manière que monseigneur d'Alençon vint devers le duc qui estoit à Ghasteaubriant luy requérir pardon, et rendit le chancelier; et par ainsi tout fut appaisé, ets'en allèrent ceulx de dedans la place. Si levèrent le siège les Bretons et les Anglois, et tout fut content. Puis monseigneur le connestable voyant que tout estoit bien appointé, print congé du duc ets'en vint à Partenay, et y fut assez longtemps.

L'an 1432, le jour de la Pentecoste, Pierre Regnauld, frère de La Hire, print la place de Mairevent, environ l'heure de vespres ; et vinrent les nouvelles à monseigneur le connestable à Partenay, qui dés l'heure envoya les gens de sa maison à Voulvent, et huict jours après feit mettre le siège devant le dict Mairevent, et ftit prins par composition. Et y estoit Pregent de Goitivi lieutenant de mon dict seigneur, et avecques luy tous les gens de l'hostel de mon dict seigneur, et le bastard Ghappel, et Pennemare, et tous les nobles des terres de mon dict seigneur et tous les arbalestriers.

En l'an que dessus, en la fin de septembre, trespassa madame Jehanne de France, duchesse de Bretaigne. Et pour ceste cause vint monseigneur le connestable devers le duc, et fût au service, qui tat très beau ; et y eut grand nombre de prélats, de seigneurs, de chevaliers, et escuyers sans nombre. Depuis s'en vint monseigneur le connestable à Partenay, et sçavoit bien que de par lui en partie se demenoit une entreprinse sur La Trimoiiille, et estoient venus devers luy à Partenay partie de ceulx qui la conduisoient. Et bien tost après fut la chose mise à exécution par monseigneur de Bueil, monseigneur le grand seneschal et monseigneur de Goitivi ; et avoient pour chef monseigneur du Maine, et en estoient monseigneur de Gaucourt et monseigneur de Ghaumont qui tenoient Ghinon et Loches; et Olivier Fretart les mist dedana

HISTOIRE DAfiTUS III,

le chasteau de Chinon : et fut La Trimouille prins en son lict, et fut en grand danger de mort qui ne l'eust rescous. Toutesfois ils ne luy Youloient point faire de mal, et fut envoyé à sa maison. Et fut le Roy fort effrayé, et on luy dist que ce n'estoit rien que tout bien ; et demanda le Roy si le connestable y estoit, et on luy dist que non. Assez tost après quand le Roy fut informé de la chose, il fut tres-content.

L'an 1433, en febvrier, les Anglois meirent le siège à Sainct Selerin. Et pour lever le dict siège se meit monseigneur le connestable sus en armes, et assembla tout ce qu'il peut de gens. Si tira vers Saulmur, et de là à Duretaii, pour cuider aller lever le siège. Et là vinrent les nouvelles que Sainct Selerin estoit rendu ; et revinrent luy et monseigneur d'Alençon à Saulmur, pour attendre et sçavoir que feroient les Anglois. Et bien tost on leur apporta nouvelles qu'ils estoient devant Siilé le Guillaume; et comme ils furent prests à partir, on leur vint dire que le dict Sillé estoit en composition, et qu'ils avoient baillé ostages en la manière qui ensuit : c'est à sçavoir que ceulx qui se trouveroient les plus forts à six sepmaines à un Jour qui estoit mis, en une lande à un orme qui estoit là, on leur debvoit bailler la place si c'estoient les Anglois ; et si c'estoient les François, on leur debvoit rendre les ostages. Et sur ce, monseigneur le connestable et monseigneur d'Alençon et les autres seigneurs se départirent, et promeirentde se rendre au Jour qui estoit dict; et feirent assemblée de gens chascun endroict soy, comme ils peurent. Si se rendirent ensemble deux Jours avant le Jour qui estoit dict, et s y rendit monseigneur du Maine, qui amena tous les gens qui voulurent venir de Thostel du Roy. Et y vinrent monseigneur de Bueil, monseigneur le grand sencschal, monseigneur de Goitivi, monseigneur de Ghaumont, et monseigneur de Thouars. Et avec monseigneur le connestable vinrent monseigneur de Rais, monseigneur le mareschal de Rieux, monseigneur de Rostrenen, monseigneur de Bressuire, et plusieurs chevaliers et escuyersde Bretaigue, et de ses terres de Poictou.

Si se partirent les dicts seigneurs de Sablé, et allèrent coucher aux champs, et le lendemain couchèrent assez prés du champ où devoit estre la bataille. Et Dieu sçait si monseigneur le connestable leur monstra bien ce qu'il sçavoit faire; et aussi s'attendoient ils du tout à luy d'ordonner guet et escoutes, et de tout avoit le gouvernement. SI flst tirer son avant garde Jusques sur le champ sur un petit ruisseau; et le lendemain flst tout le monde dcsloger avant Jour avec tor- I

ches, en telle manière qu'ils furent au champ avant soleil levant, et iist toutes ces ordonnances. Messeigneurs les mareschauLx de Bais et de Rieux faisolent l'avant garde, avec autres gens qu'on leur avoit baillé. Monseigneur de Boeil faisoit une aisle ; l'autre aisle le vidasme de Chartres, avec autres gens. Monseigneur le eonnestable, monseigneur d'Alençon et monseigneur du Maine faisoient la bataille. Et monseigneor de Loheac et plusieurs autres seigneurs vinrent sur le passage, et les Anglois de l'autre part en belle bataille. Et estoit chef des Anglois le comte d'Arondel, lieutenant du roy d'Angleterre, bien accompaigné jusques au nonsbre de sept à huict mille oombatans. Et en vérité je croy qu'ils estoient plus que les François de plus de deux mille, et n'osèrent passer un petit passage pour venir au champ. Et n'y avoit entre les batailles des François et Anglois qu'une petite rivière, et n'osoient entrer les uns sur les autres. Si furent longuement les uns devant les autres, et cuidoit on que Jamais la chose ne departist sans combatre. Et y furent faicts plusieurs chevaliers, et vint monseigneur du Maine requérir chevalerie à monseigneur le connestable ; et mou dict seigneur luy dist qu'il seroit plus honorable qu'il le fust de monseigneordAlençon, qui estoit duc ; et monseigneur du Maine respondit qu'il ne le seroit point s'il ne Testoit de luy. Et lors mon dict seigneur lefeit chevalier ; et puis monseigneur du Maine feit plusieurs chevaliers, entre autres chevaliers dont les noms s'ensuivent : monseigneur de Bueil, monseigneur de Goitivi, monseigneur le grand seneschal, monseigneur de Ghaumont, monseigneur de La Bessiere, et grand nombre d'autres. Et monseigneur le connestable feit de sa maison chevaliers messire Gilles de Sainct Simon, messire Olivier Le Veer, messire Jehan Bonnet, naessire Jehan Sevestre, messire Pierre Guyou, messire Jehan de La Ghaussée, messire Emery Chauvin, et d'autres.

Puis les ADgIois tirèrent au long d'une petite rivière en un petit villaige qui estoit à leur advantaige ; et là se fortifièrent. Et pouree qu« n'avoient pas esté les plus forts à l'heure de midy, à l'orme qui estoit dict, monseigneur le connestable les feit sommer de rendre les ostages ; et incontinent les envoyèrent. Et cela faict, monseigneur le connectable demanda aux seigneurs et capitaines qui estoit à faire ; et nul ne fut d'opinion d'assaillir les Anglois en leur fort, et conseillèrent tous qu'il falloit s'en aller, et qu'ils n'avoient nuls vivres, ne pour eux ne pour leur chevaux. Et leur avoit convenu apporter vivres sur leurs chevaux pour trois

DUC D£ BBETAIGKIE BT COMTB DB BICHBMONT.

jours, qui toas estoient faillis. Et les Anglois estoient entre leurs places de tous costez, et nos gens n*avoient place que Sablé , qui estoit bien a neuf ou dix lieues. Mon dict seigneur leur demanda qu*il estoit à faire de celle place qui ne valoit rien; et estoit d'opinion qu'on devoit mettre le feu dedans, et faire coupper la teste à celuy qui avoit faict celle composition. Et beaucoup furent de ceste opinion, excepté monseigneur de Bueil, qui avoit la charge de la dicte place, qui dist qu'il la garderoit bien, et s'en feit fort. Apres se partirent nos gens en belle ordonnance, et vinrent coucher sur les champs en un petit villaige, et le lendemain à Sablé. Et les Anglois dés le lendemain prlnrent la dicte place de Sillé, et puis se retirèrent en leurs placer et les François es leurs. Et sembla à beaucoup de gens qu'ils avoient bien faict : car il n'estoit de mémoire d'homme que à journée assignée les François fussent comparus jusques à ce Jour. L'an 1434, monseigneur le connestable alla devers le Roy,qui lui feitbonnechere ; et fut appointé que mon dict seigneur iroit en Champaigne, qui pour lors estoit bien mal traictée , tant des ennemis que des gens du Roy. Et s'en alla le Roy à Lyon, et de là à Vienne, et convint que mon dict seigneur le connestable allast là pour avoir son expédition de son voyage. Et lui fut ordonné quatre cent lances, dont monseigneur le bastard d'Orléans avoit la charge de cent ; puis fut mon dict seigneur expédié, et print congé du Roy. Et s'en alla mon dict seigneur le connestable à Partenay; et là lui vinrent nouvelles que le siège estoit à Greil, et estoit dedans Amadoc, frère de La Hire, qui fut tué dedans la dicte ville de Greil d'une flesche à la volée, toute déferrée. Et si estoient dedans Antoine de Ghabannes et autres; et ne tinrent gueres la dicte place depuis la mort d' Amadoc. Si ne peut l'armée assez tost estre preste : car il convint attendre le bastard d'Orléans bien trois sepmaines à Blois et à Beaugency. Puis feit mon dict seigneur son voyage, et tira à Orléans, et de là à Melun, à Laigny, à Senlis et à Gompiegne. Et si avoit avec luy monseigneur le inareschal de Rieux , monseigneur le bastard d*Orleans et monseigneur le chancelier, qui &>n alloient quand et luy.

Et quand il fut à Gompiegne, là se rendirent Poton et La Hire, qui luy requirent qu'il leur baillast deux cent lances, et les archers, pour les secourir à Laon, qui estoit bastille. Et ainsi Monseigneur leur bailla messire Gilles de Sainct Symon et partie des gens de sa maison, et Ja- Jiiet de Tillay, qui avoit la chai'ge des gens de monseigneur le bastard ; et menèrent luy et

m.essire Gilles environ deux cent lances, et les archers. Si cuiderent trouver les gens de messire Jehan de Luxembourg en un villaige assez près d'Arsy sur Sarte, et ne trouvèrent rien. Pui s'en vinrent à Laon, qui estoit en grande nécessité. Et tenoient les gens de messire Jehan de Luxembourg toutes les places d'environ la ville de Laon, et avoient prins le mont Sainct Vincent, à un trait d'arc de la ville. Et cependant les gens qui tenoient Sainct Vincent s'en allèrent par composition, e teurent sauf-conduict de monseigneur le connestable pour eulx en aller. Et feit on de grandes courses sur le pays obéissant à monseigneur de Bourgongne, et fût fort avitaillée la dicte ville de Laon, qui bien en avoit mestier. Et le lendemain passa à quatre lieues de là monseigneur de Bourgongne, qui venoit de Picardie et tiroit en Bourgongne ; et avoit avec luy environ trois mille combattans, et ne tint à gueres qu'il ne trouva les François en un viliaige, qui repaissoient. Et bien tost après, quand ils furent départis , il y vint loger.

Et cependant que monseigneur le connestable estoit à Gompiegne, luy vinrent nouvelles que la cité de Beauvais estoit en danger de se perdre, et que La Hire et ceulx de la ville estoient en grande dissention. Dont il fut bien desplaisant : car les Anglois estoient venus lui offrir la bataille, et encores estoient ils logez à Verberie, et là entour. Et convint que mon dict seigneur prinst certain nombre de gens pour les conduire, et que les autres demeurassent à Gompiegne pour la garde d'icelle. Et si avoit il les Anglois près luy, et avoit son armée en trois parties; c'est à sçavoir ceulx qu'il avoit envoyez à Laon, et ceulx qu'il menoit à Beauvais , et monseigneur le chanceliei^, monseigneur le bastard et le mareschal de Rieux, et certain nombre de gens, demeurèrent à Gompiegne, pour la garde de la ville. Et si y avoit un traistre qui l'avoit vendu aux Anglois, et tout enseigné le chemin qu'ils debvoient tenir. Mais les Anglois ne se fièrent point en luy, ainsi comme Dieu le vouloit ; et tira son chemin à Beauvais, et feit l'appointement ; puis s'en retourna à Gompiegne, et manda ses gens qui estoient à Laon. Et aussi tost qu'ils furent venus, il feit l'entreprise de prendre Han en Vermandois, et y envoya ceulx qui avoient esté à Laon qui faisoient l'avant garde, et arrivèrent au poinct du Jour au dict lieu de Han. Et aussi tost donnèrent l'assault; et fût prinse la ville et le chasteau, qui gueres ne valloit à l'heure. Puis arriva la bataille, où estoient monseigneur le connestable, monseigneur le bastard d*Orleans,

HISTOIRE d'aBTUS III,

monseigneur ie mareschal de Rieux, Poton, La Hire, Bianchefort, et plusieurs autres capitaines, qui furent bien joyeux de trouver leur logis faict. Et flst mon dict seigneur le connestable délivrer tous les gens de la ville de Han, exceptez ceulx qui estoient Anglois, ou officiers d'Anglois ; et feit rendre à ceulx de la ville la moitié de tous leurs biens. Et pensez qu'il y avoit beaucoup de vivres : car on y fût plus d'un mois sans aller au fourrage bien trois mille chevaux qui là estoient.

Tous les capitaines et gens de guerre estoient bien desplaisants qu'ils ne faisoient de grandes .courses es marches de Picardie ; mais monseigneur le connestable ne vouloit, pource que tousjours taschoit et desiroit faire la paix entre le Roy et monseigneur de Bourgongne. Et desja avoit eu des nouvelles de l'un et de l'autre par un poursuivant de mon dict seigneur et de monseigneur de Bourgongne, par Pierre de Vaudré. Et le deuxiesme jour après que on eut pris Han, monseigneur le bastard d'Orléans alla courir à Ghauny, cuidant parler à ceulx de la ville ; et messire Jehan de Luxembourg arrivoit au dict lieu de Ghauny par l'autre costé, et y eut belle escarmouche, et soustint fort le fais le dict bastard et La Hire, et ceulx qui estoient avec eulx. Si le mandèrent à monseigneur le connestable, qui estoit demeuré à Han, et Dieu sçait si bien tost monta À cheval et toute la compaignée, et vint recueillir et secourir ceulx qui estoient à Ghauny, et les trouva à bien trois lieues, qui s'en venoient en bonne ordonnance, et n'avoient rien perdu. Bien tost après entreprinrent de faire armes à oultrance devant monseigneur le connestable Geoffroy de Sainct Belin dict La Hire^ etGharles de Boqueaux, et si en eut Gharles du pis ; mais mon dict seigneur leur feit faire grand chère, et leur feit des dons.

Puis bien tost après messire Jehan de Luxembourg et Poton eurent paroles ensemble touchant le faict de Han ; et tant qu'ils feirent l'appointement , s'il plaisoit à monseigneur le connestable de remettre Han en la main de messire Jehan de Luxembourg , qu'il feroit donner à mon dict seigneur soixante mille saints, et feroit que Bruere et Aunay , et autres places qui estoient près Laon, ne fcroient plus de guerre à la ville de Laon ; et aussi que Bianchefort rendroit Breteiiil qu'il tenoit. Et ainsi fut faict Tappointement et l'argent baillé , dont les gens d'armes furent payez , qui bien mestier en avoient ; et fut departy à tous les capitaines et seigneurs, tant qu'il ne demeura pas à mon dict seigneur mille cinq cent saluts. Et de là s'en vint mon dict

seigneur à Gompiegne , puis tira en Champaigne , et vint à Rheims. Et près de Troyes , à trois ou quatre lieues , y avoit une place qui faisoit grand guerre , et mon dict seigneur y vint mettre le siège. Et n'y fut que demy jour et une nuict que la place ne fust rendiie , et ceulx qui estoient en la dicte place s'en allèrent chasenn un baston en la main. Et feit mon dict seigneur punition de beaucoup de larrons qui desroboient tout le monde. Puis s'en alla mon dict seigneur à Ghaaions , et y avoit de grimdes pilleries sur le pays , et plusieurs places qui faisoient guerre à la ville de Ghaaions. Et lors monseigneur priât en personne les champs, et alla devant une place nommée Maure , que tenoit Guillaume Coroman , qui estoit Anglois ; et n'y fut que trob jours que la dicte place ne fust rendue , et s'en allèrent ceulx de dedans chascun un baston ea sa main.

Puis après s'en vint monseigneur le connestable mettre le siège à Han en Ghampaigne. £t durant qu'il estoit devant Han, le duc de Bar, qui est à présent roy de Sicile , vint à une sienne place qui est assez près de Saincte Menéhould , et pria Monseigneur qu'il voulust aller parler à luy , et y alla, et parlèrent ensemble à leur bon plaisir. Et le lendemain s'en revint à son siège , et fut la basse court prhise d'assault, et le lendemain la place rendue ; et s'en allèrent chascun un baston en sa main. Puis s'en vint mon dict seigneur à Vitry en Partois; et y avoit une petite place près Arzîlieres que l'on fortifioit ; si y envoya les gens de sa maison , et le lendemain fût rendue , et s'en allèrent un baston en la main. Puis s'en vint mon dict seigneur à Ghaaions ; et en venant , ceulx de Vertus boutèrent le feu en la place. Et durant que Monseigneur estoit au dict lieu de Ghaaions , luy vinrent plusieurs plaintes d'un capitaine nommé Henry Bourges; et sur ce le feit prendre, et sans géhenne confessa avoir forcé dix femmes , et tant d'autres maulx que c'estoit merveilles; et feit mon dict seigneur pendre le dict Bourges.

Plus arriva à Ghaaions le damoiseau de Gonsmercy, qui vint devers monseigneur le connestable, luy suppliant qu'il luy pleust donner secours ; et que pource qu'il tenoit le party du Roy, les Anglois et Bourguignons , et ceulx qui tenoient leur party, luy faisoient guerre; et que le comte de Vaudemont tenoit une bastille devant une de ses places nommée Nercy, et que si mon dict seigneur n'y pourveoit , qu'il perdroit tout. Et pour ceste cause mon dict seigneur envova Poton et La Hire , et messire Gilles de Sainct Symon et de ses gens , jusques au nom-

DUC DB BBETAIGNB BT COHTB DB BIGHEMONT.

bre de quatre cent lances. Si fut prinse la bas* tille d'assanlt ; et le comte de Vaudemont s'en estoit allé le 'Jour devant avec la plus grande partie de ses gens. Et de là s'en vint Tarmée en la comté de Llgny en Barrois , et feirent beaucoup de maulx ; puis s'en revinrent à Chaalous (levers mon dict seigneur, et puis s'en allèrent à Vitry en Partois. Et là vint le sire de Comroercy, qui ne vouloit obéir au duc de Bar , ne tenir ce qu'il luy avoit [n'omis ; et le feit sçavoir le due de Bar à monseigneur le oonnestable. Et pour celle cause mon dict seigneur le feit arrester , et le bailla en garde à messire Gilles de SainctSimon^à Malechec et à Guillaume Gruel ; et pais Teslargit sur sa foy, et Jura sur la vraye croix de Nostre Seigneur que point ne partirait sans le congé de mon dict seigneur ; et par ainsi furent les gardes du dict Gommercy deschargées.

Puis vint le dict de Gommercy un Jour que mon dict seigneur jeusnoit , et on dist à Monseigneur qu'il ne Jeusnoit pas , et lors Monseigneur luy dist qu'il allast souper; si dist à Monseigneur : « Puis qu'il vous plaist , avec vostre

congé y monseigneur. » Et sur ce il avoit un coursier à la poirte , et monta dessus , et s'en alla u une place à une lieûe de Vitry nommée Estrepy, qui tenoit le parti de Bourgongne , et de là tira à Gommercy. Et quand Monseigneur sceut le tour du mal engin dont luy avoit Joiié , il fut très mal content , et feit partir quarante lances des gens de sa maison , et Josselin de La Beloceraye , pour aller les premiers se mettre devant Q>mmerçy ; et s'en venoit après mon dict seigneur, pour mettre le siège au dict lieu de Gommercy. Et quand le damoiseau le sceut , il se rendit à Monseigneur et au duc de Bar , pour luy tenir et accomplir ce qu'il luy avoit promis. Et en tirant devers Salnct Michel , là où estoit monseigneur de Bar, les gens de monseigneur le eoanestable sceurent environt le poinct du jour nouvelles du baillif de Bar que les Anglois estoient devant Bar le Duc ; et incontinent furent mis dix lances devant pour chasser au désespéré , et pour faire arrester les dicts Anglois , lesquels s'en alloient à leur garnison à Ligny , la où estoit Guillaume Goronan, et estoient près de cent à cheval , et quatre vingt à pied. Et aussi tost qu'ils apperceurent les pennonc*eaux qui estoient es lances de Monseigneur, ils se meirent en fuite , et laissèrent tout leur charroy et pillage, et furent chassez Jusqu'à la barrière de Ligny, et y en eut beaucoup de morts ■t de prins. Et s'en retourna la compaignée re- »nistre à deux lieiies de là ; puis vinrent cou- •her à Bar , pour faire ferrer 1rs ohevaulx : car

il faisoit si grandes glaces que tout estoit déferré. Et le deuxiesme jour après allèrent les gens de monseigneur le eonnestable coucher à Salnct Michel devers le duc de Bar. Et là vint le damoiseau de Gommercy, qui feit et accomplit tout ce qu'il avoitpromis au duc de Bar.

Et sur tant vint Poton et messire Gilles de Sainct Symon , qui vint de par monseigneur le eonnestable , et apporta lettre de mon dict seigneur de mener tous les gens d'armes là où Poton leur diroit. Et dès le lendemain les mena devant Mets pour rançonner le pays : dont plusieurs des dicts gens d'armes ne ftirent pas contens , quand ils veirent la guerre que Poton leur leur faisoit faire. Puis s'en retournèrent les dicts gens d'armes en Barrois , et là trouvèrent monseigneur le eonnestable ; et s'en vint mon dict seigneur le eonnestable par Espence , et celle nuict se rendit la dicte place d'Espence. Puis s'en vint mon dict seigneur le eonnestable à Ghaaions , et y fût une pièce ; et eut nouvelles de monseigneur de Bourgongne et de monseigneur de Bourbon , qui estoient assemblez à Nevers , et luy prièrent qu'il y vinst ; et luy envoya monseigneur de Bourgongne un saufconduict tel qu'il vouidroit. Puis print mon dict seigneur le chemin à Troyes , et y fut une pièce pour faire Justice et mettre police au pays. Puis se partit et tira à Dijon , et là trouva madame de Bourgongne , qui le receut grandement et festoya très bien , et y fut deux Jours , et faisoit grand hyver. Et couvenoit aux bonnes gens faire les chemins pour les grandes neiges. Et de là tira monseigneur à Baulne , à Autun , à Desise et à Nevers; et là trouva monseigneur de Bourgongne , monseigneur de Bourbon et madame de Bourbon , et feirent très-grande chère, et y fut mon dict seigneur bien douze Jours. Et fut entreprinse la Journée pour se rendre à Arras , pour faire la paix.

Et bien tost après la Ghandeleur, monseigneur le eonnestable print congé de monseigneur de Bourgongne, lequel s'en alla à Dijon; et mon dict seigneur le eonnestable s'en alla à Bourges , et monseigneur de Bourbon et Madame s'en allèrent en Bourbonnois. Et quand monseigneur le eonnestable fut à Dun le Boy, il sceut que Forte-Espice estoit à Boutées; si envoya Jehan de La Boessiere , et ses archers de son corps^ pour prendre iedict Forte - Esplee qui l'avoit trompé : car il luy avoitpromis de faire le voyage de Ghampaigne en la compaignée de monsei^ gneur le eonnestable, et avoit prins de mon dict seigneur un coursier, et de l'argent pour luy et pour ses gens , et debvoit amener quarante laii* ces bien en poinct. Et quand il sceut le Jour que-

HISTOIBB d'aBTUS HT,

Monseigneur partoit pour s*en aller , il tira autre chemin : car il ne demandoit que pillerie , et sçavoit bien que mon dict seigneur ne luy eust pas souffert. £t quand mon dict seigneur fut à Bourges , ceulx de la ville de Bourges le Tinrent requérir pour un service que le dict Forte-Espice leur avoit fait : et pource que mon dict seigneur aimoit fort ceulx de Bourges , ne les voulut pas refuser, car il eust esté pendu sans nul remède. Puis s'en vint monseigneur le connestable à Tours , et là trouva le roy de Sicile , et de là s'en vinrent ensemble devers le Roy , qui estoit à Ghinon. £t là feit le Roy bonne chère à mon dict seigneur , et fut à Caresmeprenant. Et après qu'il eut faict le rapport au Roy de la Journée qu'il avoit entreprinse avec monseigneur de Bourbon, le chancellier, et monseigneur de Bourgongne , de se rendre à Arras , comme dict est , fut conclu que le Roy assembleroit ceulx de son sang et les autres estats de son royaume , et que vers Pasques se rendroient à Tours. Et bien tost après monseigneur le connestable s'en veint à Partenay veoir madame de Guyenne , puis retourna vers le Roy avant Pasques flories. ËtledictJourdePasquesflories mon dict seigneur feit son hommage de sa seigneurie et terre de Partenay. Et bien tost après Pasques fut conclu que le Roy envoyeroit à la journée qui estoit entreprinse au dict Arras monseigneur de Bourbon , monseigneur le connestable , monseigneur le chancelier , monseigneur de Yendosme, monseigneur lemareschal de La Fayete, messire Grestofle de Harcourt, messire Adam de Gambray, premier président , et autres. Et ainsi fut faict. Et s'en vint monseigneur le connestable à Partenay.

L'an 1435, au mois de juin, monseigneur d'Estampes feit sçavoir par Guillaume Gruel à monseigneur le connestable que madame d*Estampes estoit accouchée , et avoit eu un beau fils. Dont monseigneur le connestable fut le plus joyeux que jamais le veis.

L'an et mois que dessus , environ la Sainct Jehan , se partirent mes dicts seigneurs les ambassadeurs pour aller à Arras devers monseigneur de Bourgongne ; lequel vint au devant de nos dicts seigneurs plus d'un grand quart de lieiie , et Dieu sçait comment il estoit accompagné , et les receut grandement. Et y estoient ja venus deux cardinaulx de par le Pape , c'est à sçavoir le cardinal de Saincte Groix et le cardinal de Gypre. Puis arrivèrent les Anglois , c'est à sçavoir le cardinal de Wincestre , le comte de Hontinton , le comte de Suffolc , et plusieurs autres gens de grand façon , en bien grand nombre. Et y avoit des gens du pays de

monseigneur de Bourgongne sans nombre. El le lendemain arriva madame de Bourgongne et monseigneur son fils , en très-grande pompe et grands habillemens , et bien grandement a^ compaignez. Et furent plus de six sepmainesn dict lieu d'Arras ; et Dieu sçait les grandei chères et banquets qui là furent. Et tOQsjoon monseigneur le connestable alloit la nuict après que tout estoit retiré devers monseigneur de Bourgongne, aulcunes fois devers le chancelier de Bourgongne et devers monseigneur de Croy, et devers ceulx qui estoient bons pour la paii.Gar sur toutes choses la desiroit mon dict seigneur le connestable , et tant feit qu'elle se tronfi

Et cependant que messeîgneurs estoieota Arras , La Hire et plusieurs autres capitaines prini*ent les faulxbourgs d'Amiens, et fnreot nosseigneurs en danger. Et pour sçavoir l'opinion de monseigneur d'Orléans , lequel les Anglois feirent venir à Galais pendant qu'on trai^ toit la paix , monseigneur le connestable y envoya ambassades ; et aussi feit monseigneordf Bourbon , qui y envoya messire Robinet d'Estampes; et monseigneur le connestable y envoya Henry de Ville-Blanche et Raoul Gruel, l«quels feirent rapport de par monseigneur d'Orléans , à monseigneur de Bourbon et à monseigneur le connestable , qu'ils feissent lapaiï^ sans y faire nulle difficulté , en la manière qulb la feirent. Et cependant qu'ils estoient à Arr». fut exécutée une entreprinse que mon dict se* gneur le connestable avoit faict et ordonne a ses gens durant qu'il seroit à Arras , qu'ils prins^ sent la ville de Sainct Denys. Et ainsi fat fairt par Mahé Morillon , messire Jehan Foucaalt. messire Regnault de Sainct Jehan, et meslîf Louys de Vaucourt , et autres capitaines.

Puis après vint monseigneur le maresebalde Rieux , et puis monseigneur lebastard d'Orléans et le bastard Ghappelle, Mathurin L'Escowt. et Josselin de La Belloseraye , et plusiear» an très gens de guerre , qui feirent bonne gufff^ à Paris ; et y eut de plus belles escarroondj» que Jamais homme pourroit veoir. Puis après» Anglois feirent leur armée , pour mettre » siège à Sainct Denys. Et fut advîsé que roonsfr gneur le mareschal de Rieux demeurerolt de^ dans , lequel volontiers en print la ^^^^' très-bien s'y gouverna. Et monseigneur le b^ tard alla devers le Roy pour assembler go» pour secourir la dicte ville, et promeità n^ seigneur le mareschal qu'il le secoureroit- v^ fut mis le siège devant Sainct Denys , (p» P^ res ne valoit , et y meit Josselin de ï^^"^^ raye , et tint très-bien , et y eut faict de v^ belles armes, et v fut donné Tassault, q««<»'^

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