DUC DB BBETAIGNB ET COMTE DE BIGHEMONT
presque tout le jour , et Airent bien batus , et n y gaigDerent que un boulevart , qui estoit à ta porte vers Pontoise. Et ce Jour vers le soir fut regaingné sur les Ânglois par un homme nommé Bourgeois, qui vint demander des gens à monseigneur le mareschal. Et entre autres luy furent baillez six hommes pour faire l'entrée : car il oonvenoit entrer par sur une petite planche qui n'avoit pas un pied de large. Et furent les six hommes Jehan Budes, de La Barre, Meriadec, Rolan abé, Giles de Mareuil, et le dict Bourgeois. Si entrèrent dedans, et beaucoup d'autres, etfeirent de belles armes, et tuèrent et prinrent ceulx qui estoient dedans le boulevart, et les autres s'enfuirent, et nos gens se défendirent très fort.
Et cependant monseigneur le connestable , qui estoit à Ârras comme dict est , auquel tar- (loit fort que la paix fust faicte, aussi tost qu'elle fut jurée print congé de messeigneurs de Bourgongne et de Bourbon , et manda tout ce qu'il peut trouver , et s'en vint droict à Seuils. Et incontiiient que les Anglois sceurent que mon dict seigneur le connestable estoit au dict lieu de Senlis, ils feirent leur composition à ceulx. de la ville le plus amplement que faire se pouvoit : car ils s'en allèrent montez et armez , et emportèrent tous leurs biens , et toutes leurs artilleries et prisonniers. Et le jour devant, avant qu'ils sceussent les nouvelles de mon dict seigneur le connestable , ils vouloient les avoir a leur raercy , et à tout le moins un baston à la main. Et cependant fut prins le pont de Meulan , qui feit grand ennuy aux Anglois. Puis nxmseigneur le connestable logea les gens d'armes aux frontières à l'entour de Paris ; puis après feit une entreprinse de prendre la ville de Diepe, que ses escheleurs avoient projectée avec Chariot des Marais. Si y envoya mon dict seigneur monseigneur le mareschal de Rieux , et luy bailla argent et gens pour exécuter l'entreprinse ; puis après y envoya messire Gilles de Sainct Symon, et des gens de sa maison Eustache de l'Espinay , messire Jehan de La Haye , et Artus Bricart. Puis après que Diepe fût prinse, et Harfleu , Montiviliers et Fescamp, mon dict seigneur envoya des gens à monseigneur le mareschal de Bieux , c'est à sçavoir Olivier de Coitivi et le bastard Chapelle. Puis y allèrent piosieurs autres capitaines^ c'est à sçavoir Antoine de Chabannes , Poton , le Bourguignon , Penensae etBrusac, et plusieurs autres, qui fort destruisirent le pays.
L'an que dessus 1435, en l'entrée d'octobre, trespassa la roine Ysabeau, à l'hostel de Sainct Paul à Paris.
Puis feit monseigneur le connestable une ciu-
tre entreprinse , et chargea Poton et La Hire d'aller remparer Gerberoy, et bailla au dict Poton sept mille saints pour ayder à conduire l'entreprinse : car mon dict seigneur n'y pouvoit estre en personne , pource qu'il luy convenoit venir devers le Roy quand et les autres ambassadeurs, pour faire le rapport touchant ce qu'ils avoient besongné pour la paix d'Arras , aussi pour prier le Roy qu'il voulust jurer et tenir la paix, ainsi qu'il avoit promis. Et y feit le Roy un peu de difficulté : neantmoins bien tost après les ambassadeurs de monseigneur de Bourgongne vinrent devers le Roy , lequel jura la paix, et depuis en fut bien content. Puis après Poton et La Hire allèrent fortifier Gerberoy , ainsi que avoient promis à monseigneur le connestable. Et en fortifiant la place le comte d'Arondel le sceut, lequel soubdainement feit grande assemblée de gens pour surprendre les dicts Poton et La Hire , et vinrent à un matin bien trois mille combatans, pour enclorre et prendre ceulx de Gerberoy : mais Poton et La Hire, qui veirent que besoing estoit de bien faire, et avoient environ six cent combatans, feirent une saillie au désespéré. Et estoit Poton à pied et La Hire à cheval, et feirent tant de belles armes, que ce fut merveilles , et combatirent longuement et par plusieurs fois. Et tant feirent de belles armes, que au dernier le comte d'Arandel fût blessé en un pied d'une coulevrine, et fut prins , et plusieurs de ses gens morts ou prins, et les autres en fuite. Et ainsi fut levé le siège de Gerberoy. Monseigneur le connestable , après qu'il eut esté devers le Roy et que la paix fut jurée , s'en vint à Partenay veoir madame de Guyenne , et envoya devers monseigneur de Bourgongne Henry de Ville-Blanche, qui s'en alla depuis Bourgongne par Paris jusques à Hesdin, et puis s'en vint devers Monseigneur à Partenay. Et bien tost après madame d'Estampes alla à Poictlers devers le Roy, et passa et repassa par Partenay ; et fut monseigneur le connestable la conduire devers le Roy au diet lieu de Poictiers, puis s'en retourna ma dicte dame à Clisson. Bien tost après vinrent les nouvelles à monseigneur le connestable que messire Gilles de Sainct Symon, lequel estoit son lieutenant au pays de Gaux , estoit prisonnier , et avoit esté prins devant Caudebec à une rencontre. Et la manière comment il fut prins , c'est qu'il estoit venu courir devant la ville de Caudebec; et celle nuict y estoient arrivez les sires de Talbot et de Fauquenbergue , et plusieurs autres capitaines , jusques au nombre de deux à trois mille combatans. Et estoit le dict messire Gilles de Sainct Simon des premiers, et se euidoit retirer
HISTOIBE D A^BTUS III
en ordonnance ; et ses oompaignons le laissèrent, et fut abandonné et prins, puis après fut delivré par la prinse d'un Anglois. Mon dict seigneur le connestable séjourna un peu à Partenay , puis se partit environ le premier jour de mars , et s'en alla devers le Roy à Poictiers. Et fut conclu qu'il s'en iroit es marches de France , dont avoit le gouvernement : et aussi que aulcunes entreprinses se dévoient faire et conduire par luy sur Paris. Et fut dict que monseigneur de Bourbon, monseigneur le bastard d'Orléans, monseigneur le chancelier, monseigneur deVendosme et CrestophledeHarcourty iroient. Et prinrent tous ensemble le chemin jusques à Orléans , et de là à Janville. Et au dict lieu de Janville vinrent nouvelles que les Anglois venoient à Paris bien trois mille , qui amenoient un oonvoy , et venoient pour renforcer ceulx qui estoient à Paris. Et quand ces nouvelles furent ouyes , fut dict et ad visé que nos dicts seigneurs n'estoient pas puissans pour combatre : car ils n'avoient que les gens de leurs maisons. Et f^t conclu que monseigneur de Bourbon , monseigneur de Vendosme, monseigneur le chancelier, monseigneur le bastard d'Orléans et messire Crestophie de Harcourt s'en retourneroient devers le Roy, pour veoir jurer et affermer la paix qui avoit esté faicte à Arras, et aussi pour recevoir l'ambassade de monseigneur de Bourgogne, qui estoit venue à belle compaignée. En la dicte ambassade entre les autres estoient le chancelier de Bourgogne , et monseigneur de Croy , et autres grands personnages. Et sur tant se départirent mes dicts seigneurs de Janville , comme dict est. Les uns allèrent devers le Roy; et monseigneur le connestable , qui avoit environ soixante lances de sa maison , alla coucher à Gorbeil la vigile de Pasques flories , et le jour de Pasques flories à Laigny sur Marne; et là trouva belle compaignée de ses gens qui estoient en garnison, dont estoient capitaines messire Jehan Foucault et Mahé Morillon. Et de là manda toutes les garnisons de Brie et de Champaigne , et tous ceulx qui tenoîent les champs, qu'ils se rendissent à Pontoise devers luy le plus tost que faire se pourroit. Et le mardy de la sepmaine saincte passa mon dict seigneur à travers l'Isle de France , et vint à Pontoise ; et là trouva les gens de monseigneur de Bourgongne, qui vinrent bien un quart de lieûe au devant de luy : c'est à sçavolr monseigneur de Ternan , monseigneur de L'Isle-Adam, monseigneur de Varambon, et beaucoup de gens de grand façon, jusques environ de sept à liiiîct vingt lances. Et làsceiit des nouvelles des Anglois qui estoient à Mantes.
Et dés ce qu'ils sceurent que monseigneur If connestable estoit à Pontoise, ils retardèrent leur entreprinse. Et mon dict seigneur manda monseigneur le bastard d'Orléans et les garnisons de Beausse,pour venir au dict lieu df Pontoise. Et là se rendit mon dict seigneur le bastard , et toutes les garnisons.
Et tous les jours de la sepmaine saincte , et le grand vendredy et le jour de Pasques, nos dicts gens furent tousjours armez pour corobatre : car les dicts Anglois amenoient un grand convoy, et un grand nombre de bestail. £t quand ils sceurent que Monseigneur estoit pour les gueter , ils laissèrent tout leur eonvoy et bestail, et s'en allèrent de nuict par les bob de l'autre costé de la rivière. Et quand Monseigneur sceut qu'ils furent passez , il délibéra, luy et monseigneur le bastard, qu'ils viendroieot loger encontre Paris , et qu'ils feroient un poot sur la rivière. Et le mardy des ferles de Parques , monseigneur le bastard prînt congé de Monseigneur , et s'en alla assembler les gens d'armes en Beausse , et se debvoit rendre a Monseigneur au jour qui estoit dict entre euh. Et celuy mardy mesmes monseigneur le codnestable avoit envoyé ses fourriers à Sainct Denys , accompaignez de Bourgeois , Mabe Morillon et messire Jehan Foucquault , et iNen trois cent combatans. Et quand ils vinrent au dict lieu de Sainct Denys , ils y trouvèrent le» Anglois en bien grosse compaignée, qui estoient venus pour piller l'abbaye et la ville. Et quant le guet apperceut nos gens, il sonna à tout , et les Anglois saillirent à l'escarmouche.
Et quant Bourgeois apperceut qu'ils estoient grande compaignée , il envoya un homme bâtant devers Monseigneur , et le trouva qu*ii ne faisoit que aller à table. Si luy dist que Bourgeois luy mandoit qu'il avoit trouvé ce que mon dict seigneur demandoit ; et lors il se leu de tnble , etfeit ses trompetes sonnera che\aK et tous ses gens le plustost que faire se peut. Et aussi tost qu'il fut à cheval , il tira à laporte. à celle fin que tous ses gens allassent après luy : mais les gens de monseigneur de Bourgongne ne vouloient monter à cheval sans avoir argent , et convint que monseigneur le connestable s'obllgeast à monseigneur de Ternan de la somme de mille escus avant qu'il voulust partir ; puis mon dict seigneur tira en avant. Et au partir de la porte n'avoit que six lances , mais tout le monde commença à tirer après luy ; et comme ils venoient , il envoyoit gens pour entretenir l'escarmouche.
Et tantost arriva monseigneur de L'TsIe-Adain devers mon dict seigneur , au^yuel il demanda
DUC DE BRBTAIGNE ET. COMTE DE filCHBHONT.
s*il congnoissoit le pays où les dicts Anglols estoient ; et il respondit que bien le eoDgnoissoit. Et lors il dist à Monseigneur : « Par ma foy, » monseigneur , si vous aviez dix mille hom- » ni€s combatans, vous ne leur feriez jà mal ne • desplaisir en la place où Ils sont. » Et Monseigneur luy dist: « Si ferons, si Dieu plaist; » Dieu nous aydera : allez devant pour entre- » tenir l'escarmouche ; » et jà y estoit allé monseigneur de Rostreneu; et en chevauchant, assembla mon dict seigneur le connestable bien huict vingt lances entour son enseigne , et y estoit monseigneur de La Suse et le bastard de Bourbon. Et cependant monseigneur de Rostrenen et monseigneur de L'Isle-Adamestoient descendus à pied au bout d'une chaussée qui est près Sainct Denys. Ainsi comme Dieu le voulut, qui tousjours a conduict les faicts du bon Artus plus miraculeusement que autrement , les Anglois vinrent charger sur nos gens, et les feirent monter à cheval bien à la haste , et pensa estre L'Isle-Adam mort ou prins. Toutesfois il se saulva, et les dicts Anglois laissèrent leur fort, et chassèrent nos gens bien deux traicts d'arc.
Et cependant monseigneur le connestable venoit par un chemin couvert ; et quand il fut près des Anglois, il entra en un champ de vigne , et venoit en belle bataille. Et aussi tost que les dits Anglois Tapperceurent , ils se meirent en desarroy pour cuider recouvrer leur pont ; et incontinent nos gens et toute nostre bataille chargea dedans , et bien tost furent desconfits et morts sur la place et à la chasse plus de huict cent. Et là fut prins messire Thomas de Reaumont , qui estoit lieutenant du roy d'Angleterre et son parent , et le print Jehan de Rosenuinen ; et Henry de Ville-Rlanche portoit l'estendart celuy jour. Et furent chassez les Anglois jusques à la porte de Paris , et leur feit on lever le pont et fermer la porte , et en fût tué jusques à la barrière et sur les fossez. Et croyez qu'il y eut bel effroy à Paris. Puis s'en retournèrent loger à Sainct Denys. Et au dict lieu de Sainct Denys s*estoient retirez en la tour du Venin , qui estoit forte , le nepveu du prevost de Paris , et bien six vingt Anglois. Et cestc nuict Monseigneur envoya an bois de Vincennes quérir deux bombardes qui y estoient , et furent amenées le raercredy. Et celuy mercredy la nuict , vinrent nouvelles a monseigneur le connestable d'un homme de Paris qui luy mandoit qu'il vint , et qu'ils estoient une dixaine qui luy ou- >riroient la porte.
Et sur tant se partit mon dict seigneur au bien matin de Sainct Denys, faignant aller parier à messire Jehan de Luxembourg ; et le
faisoit de peur que tous voulussent aller avec luy , pource que beaucoup avoit de gens tenans les champs, et avoit peur qu'ils voulussent faire quelque pillerie à la ville de Paris. Et laissa au dict lieu de Sainct Denys monseigneur de La Suse son lieutenant, et Pierre Du Pan son maistre d'hostel , et plusieurs gens de sa maison, et tous les routiers, de peur qu'ils ne feissent aulcun scandale , comme dict est , et aussi pour laisser son siège garny ; et ne mena de Sainct Denys que soixante lances , et alla disner à Pontoise. Et là trouva monseigneur de Ternan , et messeigneurs de L'Isle-Adam et Yarambon , et les gens de monseigneur de Rourgongne , qui s'en allèrent avec mou dict seigneur. Et avoit mandé monseigneur le bastard d'Orléans qu'il se rendist à luy à Poissy.
Et quand mon dict seigneur fut au dict lieu de Pontoise , il envoya des gens pour se mettre en embusche encontre Nostre Dame des Champs; et entre les autres y envoya Mahé Morillon , Geoffroy son frère , et leur compaguée, et autres jusques à quatre cent hommes à pied. Puis se partit monseigneur de Poissy environ soleil couchant , et chevaucha toute nuict , et repeut en un bois environ my -nuict bien peu. Puis chevaucha tant qu'il vint à une grange qu'on appelle la grange Dame Marie devers le Vigneul ; et y arriva un petit avant jour. Et puis comme le soleil levoit , on feit les signes que on devoit faire. Et Dieu sçait comme mon dict seigneur et ses gens tiroient vers Paris. Et comme il fut environ demie lieue , on luy vint dire que l'entreprinse estoit descouverte; et nonobstant ce, mon dict seigneur tiroit tousjours en avant sans dire mot , et venoit pour garder ses gens qui estoient à pied. Et aucuns se tirèrent de la bataille pour approcher vers les Chartreux , pour mieulx veoir la ville. Et incontinent un homme se monstra sur la porte devers les Chartreux, qui feit signe d'un chapperon. Et sans sçavoir qui avoit perdu ou gaigné, on tiravers la porte, et iceluy homme dist >Tirez » à l'autre porte , car ceste cy n'ouvre point ; » et dist : « On besogne pour vous aux halles.» Et de là on tira à la porte Sainct Jacques. Et bien tost après y vint Henry de Ville-Rlanche, qui apporta la bannière du Roy. Et lors ceulx du portail demandèrent qui estoit là ; on leur dist que c'estoit monseigneur le connestable , et ils leur requirent qu'il pleust à mon dict seigneur le connestable parler à eulx. Et bien tost mon dict seigneur vint sur un beau coursier et gentil compaignon. Et on leur dist que c'estoit monseigneur le connestable. Et lors il parla à eulx. Et ils luv demandèrent s'il entretiendroit l'abo-
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HISTOIBB D ARTUS III ,
lîtioti ainsi qu'estoit dict , et il dist que ouy. Lors ils descendirent, et vinrent ouvrir la planche; et mon dict seigneur entra dedans , et toucha à eulx , et jura de leur enti'etenir ce qu'il leur avoit promis.
Et incontinent feit entrer par la planche les gens de pied, tant que Tonrompoit les serrures du pont ; lesquelles rompiies et le pont abatu , mon dict seigneur monta à cheval et entra dedans la ville, et s'en vint tout au long de la riie Sainct Jacques et au petit Pont, et de là au pont Nostre Dame. Et rencontra sur le dict pont Michau de Laigler, prevost des marchands, qui avoit une bannière du Roy en la main ; et estoit la dicte bannière de tapisserie. Puis vint Gauvin Le Roy dire à mon dict seigneur qu'il vouloit jouyr de l'abolition , et Iny dist , s'il luy plaisoit les laisser aller , qu'il mettroit en sa main Marcoussis , Chevreuse et Montlehery. Et lors mon dict seigneur luy dist : « Par vostre foy que » ainsi ferez que dictes ; » et lors le dict Gauvain jura que ainsi le feroit, et tint ce qu'il avoit promis. Et requist à mon dict seigneur , qu'il luy pleust luy bailler un herault ou poursuivant , pour le faire passer par les gens de mon dict seigneur ; et lors il luy bailla un herault nommé Partenay , lequel le mena à Montlehery. Puis mon dict seigneur vint jusques en Grève, et on lui vint dire que les Anglois s'estoient retirez en la bastille , et que ses gens estoient au guet devant la dicte bastille , et que tout alloit bien, et qu'il luy pleust tirer vers le quartier des halles pour les reconforter. Et lors il y alla , et fut jusques devant Sainct Innocent; et là on le feit manger des espices , et boire devant l'hostel de Jehan Aslin , son espicier de pieça ; puis s'en vint à Nostre Dame de Paris, et oiiit la messe tout armé. Et ceulx de Nostre Dame luy feirent manger des espices , et boire : car il jeusnoit ; et estoit vendredy des ferles de Pasques.
L'an 1436 , en avril , s'en vint mon dict seigneur , comme dict est , de Nostre Dame de Paris à la porte Raudes , et meit bon guet devant là bastille , puis vint disner au Porc Ëspy, où il estoit logé. Et tandis qu'il disnoit, on luy vint dire que Pierre Du Pan , son maistre d'hostd, estoit à la porte Sainct-Denys, et demandoit à entrer ; et mon dict seigneur dist que on le laissast entrer. Et lors il vint à mon dict seigneur durant le disner, et luy dist que ceulx de la tour du Venin de Sainct Denys se vouloient rendre à luy la vie saulve; et Monseigneur luy dist qu'il les prinst. Et s*en retourna Je dict Pierre Du Pan à Sainct Denys , et trouva
le nepveu du prevost de Paris mort , et tous ses gens bien environ six vingt. Et la raison fut que quand nos gens ouyrent sonner les cloches de Paris , tous ceulx qui estoient au siège de Sainct Denys tirèrent à Paris pour coider entrer dedans : et quand ils furent à la porte de Sainct Denys, on ne les voulut laisser entrer: car monseigneur le connestable l'avoit défendu, de peur qu'ils feissent quelque mal : car c'estoit la plus part des routiers , et des gens forte a entretenir. Et quand ceulx de la tour du Venin veirent que nos gens estoient allez vers Paris, ils se cuiderent saulver par le marais de Sainct Denys ; et ceulx qui avoient cuidé entrer à Paris et avoient esté refusez estoient tous enragez: et quand ils arrivèrent au dict lieu de Sainct Denys , ils trouvèrent que ceulx de la toor dn Venin s'en alloient par le marais, lors chargèrent sur eulx , et n'eschappa homme qui ne fust tué. Et celuy jour , qui fut le vendredy vingtiesme jour d'apvril l'an que dessus, fnt recouvrée en l'obeyssance du Roy la bonne cité de Paiis, par monseigneur le connestable, et Sainrt Denys, Chevreuse, Maroousis, Montlehery^ie pont Sainct Cloud , et le pont de Charenton. Puis mon dict seigneur feit le guet devant la bastille, ave^ les gens de sa maison. En la dicte bastille estoient Tevesque de Teroûenne et le sire de Willeby, et plusieurs autres, jusques an nombre de mille à douze cent. Et le lendemain il cuida emprunter de l'argent jusques à quinze mille francs, et se vouloit obliger, en teik forme qu'on vouldroit, le payer dedans on mois , et tout pour mettre le siégea la bastille du costé devers les champs ; et les gens d'arne ne se vouloient loger sans argent, et au partir il n'avoit eu que mille francs du Boy. Etoeolx de Paris luy dirent : « Monseigneur, s'ils se » veulent rendre , ne les refusez pas. Ce vous »» est belle chose d'avoir recouvré Paris : maints » oonnestables et maints mareschaulx ont este » autresfois chassez de Paris ; prenez en gré ce » ce que Dieu vous a donné. » Et quand ii 1^ ouyt parler , il les receut à composition. Mab s'il eust eu argent de quoy souldoyer ses gens* il eust gaigné deux cent mille escus. Puis s'f]> allèrent par composition , comme dict est. rX Dieu sçait comme ceulx de Paris feireot grain. chère et grand joye , après qu'ils furent délivrez des Anglois. Et croy que homme ne fo^ oncques mieulx aimé à Paris que estoit mon dict seigneur.
En celuy mois d'apvril , bien tost après fut faicte une entrcprinse par Poton , La Hirc, Pf* nensac et autres sur Gisors ; et le vinrent dur à monseigneur le connestable à Paris. Et il 't'"^
DUC DE BBETÀIGNE ET COMTE DE BlCHEMOMTl
dit : « Attendez jusques à huiet jours, que j*en- - voyeray quérir le mareschal de Rieux qui est » en Caux , qui m'amènera deux mille comba- « tans ; et par deçà J*en assembleray tant que w j'en trouveray trois mille , avec eeulx du dict > mareschal ; et seront assez forts pour combat- » tre tout ce qu'on peut trouver en Caux. » Et lors dirent à Monseigneur : « Force est que le « facions à ceste heure, et n'y faisons nul » double. » Et lors mon dict seigneur assembla tout ce qu'il peut de gens d'armes pour Tés afder, et les vint conduire jusque^ à Pontoise ; et là demeura, et les gens de sa' maison, excepté Bourgeois , qui alla avec eulx , et entrèrent dedans la ville. Et furent uii jour et deux nuicts devant le chasteau : mais Talbot y vint, qui les deslogea bfen^ hastivement , et y en eut de morts et de pf ins , mais non beaucoup , car ils s'enfuirent bien. Ef m6n dict seigneur s'en vînt à Paris ; Pôton et La Hire s'en allèrent à Béauvais. Et bien tost après mon dict seigneur eut anicunes nouvelles de Roiien, et pour celle câiïse s*en alla à Bêauvaîs , et assembla ce qu'il peut de gens d'armes, et tira à Gerbéroy; et avoit mon dict seigneur le mareschal de Rieux , et tous ceulx de Caux. Mais la chose ne se peut faire poiïr celle heure , et s'en revint mon dlCt seigneur le connestable à Beauvais , et de là à Pontoise ; et les Anglois estoient en enibiïàche sur le chemin et n'osèrent frapper sur luy , et s'en vint à Paris.
En celui an 1436, environ le premier' jotfr de TOay, fiit advisé de mettre le siège à Creil , et assembla monseigneur le connestable ce qu'il peut de gens d'armes, et y vint mettre le siège luy mesme , et avoit avec luy monseigneur le ftûstard d'Orléans , monseigneur dé Rostrenen , monseigneur de l'Isle-Adam, Poton et La Hire, ^t plusieurs autres capitaines. TouTesfois mon dict seigneur avoit charge dû Roy d'aller devers monseigneur de Bourgongne , pour le faict dû Tôy de Sicile, lequel estoit compûignon d'armes de monseigneur le connestable. Et pour sa délivrance laissa le siège , et mist monseigneur le bastard son lieutenant , et se hasta de tirer devers monseigneur de Bourgongne , pource qu'il faisolt son armée pour aller mettre le 'siège devant Calais. Et s'en alla en Pieardie , et trouva mon dict seigneur de Bourgongne à Saint Orner, et feît tout ce qu'il peut pour le roi de Sicile. Puis print congé de monseigneur de Bourgongne, et s'offrit à luy pour aller au dict lieu dé Calais , et de le servir à trois mille comhatans, qui pour lors estoient en Caux ; et il le refusa. Et puis vint conduire monseigneur le connestable aux champs , et lui monstra ses