‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 30 sur 157 · U C. D. M., T. III · texte numérisé non relu

U C. D. M., T. III

tentes et pavillons. Et puis le mena veoir les Flamands, qui estoient logez au Val de Cassel. Et Dieu sait en quelles pompes ils estoient quand mon dict seigneur parla à eulx , en leur recommandant le faict de leur seigneur, et les remerciant de leur bon vouloir. Et puis s'en vint par Agincourt, et devisa à ceuhc qui là estoient comme la bataille avoit esté, et leur monstra en quélendroict il estblt, et sa bannière, et tous les grands seigneurs, et où estoient' leurs bannières, et où le roy d'Angleterî'e estoit logé. Puis s'en vint à Hesdin, et de là 'à Abeville. Et làsceut'que ceulx qu'il avoit laissez à Creil s'estoierit levez de leur siège. Puis s'en alla à Eu, et de là à Diepe , pour mettre ordre aux gens d'armes qui gastoient tout.

Et tandis qu'il y fût, le seneschal de Pônthieu manda la galrnison de Eu, où estoient Olivier de Coitivi , le bastard Chapelle , et Mathurin Lescouet ; et'feirent une entreprinse stir les Anglois du Crotoy, et estoient en embuschc près la Blanchetaque. lit avoient un bateau sur la rivière de Somme, et ad visèrent bien comme la mer se retiroit; et avoient mis des gens dier* guerre dedans ledict bateau , qu? estoient couchez que on ne les veid point. Et quand ils furent près du Crotoy, et la marée cominencea à leur faillir, ils faignirent de mettre toute leur peine de recouvrer la mer. Et lors quand les Anglois les veirent en ceste nécessité, ils cuiderent que ce fust tout à bon escient , et saillirent' du Crotoy à toute puissance, et vinrent à pied et à cheval à et bateati. Et quand ils les trouvèrent ainsi garnis , ils furent bien esbahis. Et ceulx qui estoient en embusche saillirent de tous costez , et en effect n'en eschappa rien , et furent tous morts et prins , et les chassèrent en telle manière qu'ils gaignerent la ville du Crotoy : car il n'estoit demeuré comme rien dedans; et nos dicts gens tinrent/lk ville , et le féirent sçavoir à monseigneur le connestable, lequel vînt vfcoir la place, ef puis s'en vint à Abeville. Et là vint le baillif d'Amiens et le seneschal de Pônthieu. Et mon dict seigneur leur dist que si monseigneur de Bourgongne vouloit, il mettroit le siège au chasteau du Crotoy, et y feroit venir trois mille combatâns qui estoient' en Catfx, et aussi si le pays vouloit ayder à ce^ faire. Sur tant envoya devers monseigneur dé * Bburgongne à Sainct Omer, pour sçavoir si c'estoit son plaisir ; et il respondit qu'il ne le feroit point à ceste heure, jusques après le siège de Calais. Et sur tant mon dict seigneur s'en vint à Amiens, et de là tira à Paris. Et messire Mondoc de Lansac et bien trois cent Anglois estoient en embuscade, et l'altendoient ei che-

HISTOIBE DABTUS III,

miO) elUeD sçavoient sa venue; et si n'avoit mon dict seigneur que trente lances et ses archers de son corps, et les dicts Anglois cuidoient que ce ftast lavant-garde de mon dict seigneur, et les laissèrent passer sans mot dire.

Bien tost après monseigneur le connestable se disposa pour aller devers le Roy, et partit de Paris, et laissa monseigneur de Rostrenen son lieutenant, et s*en vint à Orléans ; de là tira à Loches devers le Boy, et eut bonne chère. Et luy dist le Boy qu'il falloit bien tost retourner à Paris, et qu*il y meneroit madame de Guyenne, afin d*y faire plus grande résidence. Et sur tant mon dict seigneur luy promist qu'il le feroit, et print congé du Roy, et s'enalla à Partenay veoir madame de Guyenne. Et bien tost ajures le duc Jehan le manda pour aller devers luy, et que monseigneur du Maine venoit devers luy à Ancenis. Et incontinent mon dict seigneur y vint, et trouva le duc, et monseigneur le comte et madame la comtesse, et monseigneur du Maine, qui vint les veoir Jusques à Ancenis. Puis après monseigneur s'en retourna à Partenay, pour se disposer de s'en aller à Paris. Et entre la Toussaincts et la Sainct Martin s'en partit mon dict seigneur, et tira devers le Roy, et feit venir madame de Guyenne à Orléans, qui l'attendit au dict lieu d'Orléans. Et là se rendirent les présidents et seigneurs de parlement qui s'estoient tenus à Poictiers, et leurs femmes et tout leur mesnaige, pour passer quand et mon dict seigneur. Et bien tost après s'en vint mon dict seigneur, et partit d'Orléans et tira à Jan ville, et de là à Estampes. Et là vinrent au devant de luy monseigneur de Rostrenen, Antoine de Ghabannes, messire Jehan Foucquault, Mahé Morillon, et belle compaigqée de gens; et de là tira à Corbeil, et puis à Paris, et y séjourna celuy hy ver Jusques à Pasques.

L'an 1487, le Jour de Pasques, vinrent nouvelles à moQSdgneur le connestable que un nommé Migler de Saux fortifloit une place en Brie nommée Beauvoir, à quatre licites de Meaux, qui pour lors estoit Anglois. Et incontinent que mon dict seigneur le sceut , il feit monter à cheval messire Jehan de Malestroit, et partie des gens de sa maison, et les archers de son corps ; et allèrent coucher à Laigny sur Marne. Et là trouvèrent la garnison de Laigny, où estoient Mahé Morillon et messire Jehan Foucquault ; et tirèrent au dict lieu de Beauvoir en Brie. Et s'y rendit le commandeur de Glresme et messire Benys de Ghaiily , et arrivèrent nos dicts gens environ huict heures, et incontinent donnèrent l'assault. Et dura le dict assault tout le Jour Jusques à la nuict bien tard.

Et croyez qu'il y eut bel assault : car en la h n'y avoit plus de traict ny dehors ny dedans, et se desarmoient nos gens pour jecter de8 pierres. Et le lendemain au matin fut faicte la composition, et se rendirent ceulx de la dicte place, la vie saulve, en payant chascun un marc d'argent ; et baillèrent en ostaiges Migler de Saux et trois autres Anglois, et furent amenez à Paris. Et monseigneur le connestable feit coapper la teste au dict Migler de Saux; et partant furent les autres qui estoient en ostaiges délivrez, et quittes de leur marc d'argent.

L'an que dessus, environ le premier Jour de may, monseigneur le connestable alla devant le Bois de Malherbes , et logea assez près en une petite place, et y envoya les gens de sa maison, et les archers de son corps. Et y eut belle escarmouche : car ceulx de la place feirentune saillie, et fut chargé sur eulx en telle manière que on entra quand et eulx en la basse court: mais pour la force du traict, et qu*U n'y avoit rien où se tauldir ne rien à couvert, il se fallut retirer, et y en eut bien quatre ou cinq de toei. Et le lendemain y vint monseigneur de La Sose, et d'autres capitaines. Puis se rendit la dicte place du Bois de Malherbes, et monseigneur le connestable s'en vint à Paris, et de là tira d^ vers le Roy, et feit ses diligences que le Roy vint mettre le siège à Monstreau fault Yonne. Et cependant que le Boy faisoit son armée, mon dict seigneur, et monseigneur de La Mardie, et le bastard d'Orléans, s'en vinrent les premiers. Et fût faict sçavoir à mon dict seigneur le coonestable qu'il y avoit une entreprinse sur le dict Monstreau fault Yonne, et la demenoit le chancelier. Et afin que la chose se fist plus searement, ils le mandèrent à Monseigneur et aux autres seigneurs, et vinrent tous avec luy, et en effect c'estolt une trahison mauvaise. Mais quand ils sceurent que mon dict seigneur y estoit, ils n'osèrent laisser entrer nos gens; et ne perdlsmes qu'un homme et cinq prisonniers, qui furent délivrez dés le jour. Et de là s*en retourna mon dict seigneur mettre le siège à Chasteaulandon luy et toute sa compaignée, et ne tint gueres qu'il ne fost prins d'assault. Et de là vînt mon dict seigneur mettre le siégea Nemours, et ne tint gueres qu'il ne Aist prins par composition. Puis s'en vint Monseignearà Paris, pour faire les diligences, tant de gens, d'artillerie et d'armeures, que d'autres habillemens pour le dict siège, et aussi pour avoir de l'argent pour souldoyer les gens d'armes. Etfot de nécessité que mon dict seigneur y vinst, car un autre n'eust pas faict ce qu'il fist. Et là oayt des nouvelles de la royne d'Angleterre sa mère»

DUC DE BJi£TÂlGN£ ET CO&LTE DE BIGHEMONT.

qui estoit trespassée. Le Roy se rendit à Bray sur Seine, et vint du oosté devers le chasteaa mettre une bastUle à une petite montaigne qui y est, et se logea bien. Et mon diet seigneur et monseigneur de La Marche se vinrent loger devers la ville en un beau pré. Et lors ordonna mon diet seigneur son guet à cheval et à pied, ne homme ne se desarma. Et celle nuict y avoit bien cinq cent maneuvres. Et avant que le jour i^st grand, il avoit faict faire un grand fossé biâi long, et plusieurs taudis sur tréteaux, pour garder les gens d'armes du traict : car la place estoit bien artiliée.

Et le lendemain ehascun oommencea à se loger; puis arrivea monseigneur le bastard d'Orléans, et plusieurs autres capitaines. Et le second jour Ait faict un autre fossé près de la place, et pois on commencea à faire de grandes approches, et bien tost après on vint loger sur les fossez. Et furent fkictes mines couvertes et descouvertes, et ftit partie de la rivière d'Yonne destoumée, laquelle passoît par les fossez; et Alt fàict pont sur Seine et sur Yonne, et fut la ville bien batuê d'artillerie ; et y avoit boule* verts et moineaux, qui furent batus auparavant que on peust assaillir. Et y eut un assauit pour essayer si Teaûe estoit profonde ; et oommencea pour une fusée, qui fût tirée d'un des gens d'armes de Monseigneur. Et se mist le feu en la ville très-fort, etbrusla plusieurs maisons, et cuidoit on assaillir à bon escient , mais la rivière estoit encores trop grande, et n'y eut gueres de gens qui passassent jusques au pied du mur : tontesfois monseigneur de Rostrenen y passa, et Eustache Gruel, et un homme d'armes de moDseigneur de La Marche, qui fût mort ; et fallut se retirer. Et bien huict jours après fut conclu l'assault à un jeudy ; et y vint le Roy et la plus grande partie de ses gens, qui avoient grand peur que les Bretons la prinssent sans cqIx. Et avoit on faict un bateau armé pour passer le fossé ; et s'y meit Le Bourgeois et des gens de Monseigneur bien largement, et en fut noyé une partie. Car quand l'assault commencea, tout le monde alla sur le bateau tant qu'il enfondra ; et Bourgeois estoit le premier, et trouva manière de lever une eschele avec l'aide des autres compaignons, et monta le premier dedans. Et comme# il estoit à combattre œoix de la place, il vint une bombarde frapper au mur, et abatit le diet Bourgeois et le pensa tuer, et tua ceulx qui oombatoient contre luy. Et bien tost après tout le monde oommencea à monter. Et fut la ville prinse d'assault, et plusieurs AngloU tpez ou prins ; et ceulx de la langue de France qui tenoient le party des An-

glois furent pendus. Et au dlct assauit furent faicts plusieurs chevaliers. Et de la maison de monseigneur le connestable furent faicts chevaliers messire Jehan de Malestroit, messire Geoffroy de Couvran, messire Simon de Lorgeri, messire Jehan de Bron, messire Olivier Giffart, et messire Guillaume de Yandel. Et bien tost après ftit prins le chasteau de Monstreau pat* composition. Puis s'en vint le Boy à Melun, et tous les seigneurs avec lui; et monseigneur le connestable vint à Paris pour faire préparer, pource que le Boy luy avoit promis venir au dlct lieu de Paris, et y faire son entrée.

L'an 1438, en octobre, le Boy feit son entrée à Paris, et luy et tous ses gens estoient armez ; et y fat très-bien receu, et à grand joye, et luy feit on grand chère, et là feit la feste de Toussaincts. Et estoient avec le Boy monseigneur le Daulphin, monseigneur le connestable, monseigneur du Maine, monseigneur de La Marche, monseigneur de Yendosme, monseigneur d'Orléans, et grand nombre de seigneuis et capitaines. Et monseigneur de La Marche feit faire le service de monseigneur le comte d'Armaignac son père, et fût à Sainct Martin des Champs, et y fut le Boy et monseigneur le Daulphin, et tous les seigneurs dessus nommez ; puis on feit porter son diet père en Armaignac en grande solemnité. Bien tost après le Roy se se partit de Paris, et tira à Orléans, et de là à Tours; et monseigneur le connestable demeura à Paris, et bien tost après tira en Ghampaigne, et jusques à Troyes, dont il avoit le gouvernement. Et luy furent faictes plusieurs plainctes d'un capitaine nommé Bouson de Failles, qui avoit faict des maulx en grand nombre, et leur faisoit de Jour en jour. Et pour ceste cause mon diet seigneur le voulut faire prendre en la ville de Troyes ; et le diet Bouson fût adverty, et monta à cheval hastivcment pour cuider recouvrer la place de Nogent ; mais mon diet seigneur le feit chasser de si près par le prevost des mareschaulx et autres de sa maison, qu'il fut prins, et amené à Troyes. Et incontinent fut faict son procez poules gens de Injustice et le prevost des mareschaulx, et incontinent fût exécuté et jecté dans la rivière. Pareillement un capitaine escossois nommé BouaysGlavy, qui faisoit tous les maulx que on pourroit dire, fût prins et pendu : dont les Gascons et Escossois feirent grand plaincte et grand bruit devers le Boy, et donnèrent ù Monseigneur de grandes menaces en son absence. Mais quand il fut arrivé devers le Boy, ceulx qui l'avoient menacé furent plus humblos envers luy que tous les autres, et s'ogenoûilloient

niSTOIBE bARTtS III

bien, et plus n'en osèrent parler. Puis s'en vînt mon dict seigneur à Paris, et y fut une partie de celuy hyver; et y eut grand famine, puis l*esté après grande mortalité.

Et environ le mois d'aoust 1439, mon dict seigneur voulut aller loger au bois de Yincennes, pour fuir la dicte mortalité : mais le lieutenant du bois de Vincennes, nommé Roger de Pierre-Fritte, ne voulut le mettre dedans, et tenoit la dicte place pour monseigneur de Bourbon ; pareillement ceulx de Beauté luy feirent refus. dQ la place du dict lieu de Beauté. Et y envoya mon dict seigneur ses gens d'armes, et voulut y faire mener de l'artillerie. Et incontinent se rendirent à sa volonté, et furent amenez à Paris tou& liez en un chariot, et le cordei au col : mais madame de Guyenne leur saulva la vie é^ sa prière. Puis s'en allèrent Monseigneur et madame de Guyenne loger à Sainct Maur, et puis au pont de Gharenton : et y furent une pièce, tant que la maladie se meit es gens de sa maison, et fallut desloger. Et s'en alla mon dict seigneur à Saincte Manehould, et ma dicte damCi après jusques à Bray sur Seine; et mourut sa niepœ madamoiselle Ysabeau, fille de monseigneur d'Estampes. Puis s'en rer vint mon dict seigneur environ Noël, et estoit la mortalité cessée ; et la vigile de Noël arriva ma dicte dame de Guyenne è Paris.

Et bien tost après le duc Jehan envoya Jehande Vennes devers monseigneur le connestable ; et le prioit qu'il voulust venir devers lay pour aucuns soupçons et imaginations qu'il avoit sur monseigneur de Lavai sans cause. Et y vint monseigneur le connestable devers luy au chasteau d'Âuray, et feit incontinent l'appointement. Puis s'en revint à Paris, et y séjourna par un temps. Apres le roy de Sicile le feit prier qu'il voulust aller devers monseigneur de Bourgongne pour sa délivrance. Aussi avoit il charge de par le Roy de ce faire, et il le feit de bon cœur : car ils estoient frères d'armes. Et tira devers monseigneur de Bourgogne à L'Isle, et y fut long temps. Puis s'en vint à Paris ; et quand il ftit à Senlls, il sceut que les Anglois avoient prins Pontoise d'eschele sur monseigneur de L'Isle-Adam : et fut le mardy-gras ; et en estoit le dict seigneur de L'Isle-Adam capitaine, et y estoit monseigneur de Varambon, et beaucoup de gens de bien. Et croyez que mon dict seigneur fut bien desplaisant : et les Anglois sçavoient bien sa venue, et le guetoient au chemin, et s*en vint par devers Laigny sur Marne. Et inncontinent qu'il fut venu il reconforta cculx de Paris, qui murmuroient fort ; et meit bonne garnison à Sainct Denys.

En ce temps, messire Guillaume ChamBrelan* et la garnison de Meaux prinrent Orville par les gens du Galois d'Aulnay, qui le trahirent; et eschappa le dict Galois. Et puis messire Guillaume Chambrelan emmena madame d'Orville, et trois ou quatre de ses femmes, et la tint prisonnière ; et fut forcée une de ses fenunes, et meit la dicte dame à finance à quatorze cent escus, ny ne la voulut rendre. Aussi plosieurB entreprinses se feirent sur Pontoise et sur (H^ ville, qui ne vinrent à nul effect. En la fin les Anglois eurent argent de ceulx de Paris, et fut Orville abatiie et desmolie.

L^an 1440 , nos gens d'armes estoient allez vivre en Ghampaigne , pource qu'ils n'estoient point payez : les uns avec Le Sanglier d'Ardenne , pour assiéger Chavancy : c'«st à sçavoir messire Jehan de Malestroit et messire Geoffroy de Couvrant, lesquels avoient belle oompaignée. Et Geoffh>y Morillon , Alain Giron et Pierre d'Augy estoient es marches de Barrois; etle damoiseau de Gommercy les vint trouver en^an logis sans guet, et les desconfit , et tua la plus part.

En celuy an mesme , monseigneur le connestable assembla genspour faire le gnast à Meaux, et y alla en personne; et desiroit sur toutes choses quele Roy luy baillast gens et artillerie, pour mettre le siège «u dict lieu de Meaux. Et avoit envoyé de par luy et de par ceulx de Paris devers le Roy luy supplier que il y vouhist pourveoir-, ou que la bonne ville de Paris et tout le pays auroient trop > à souffrir. Et assez tost après le Roy luy envoya messire Matelinde* La Tour et Olivier Fretar , qui luy vinrent dire que le Roy vouloit qu'il mist le siège à Meanj , et mandoitau;^ capitaines qu'ils tirassent à Paris devers mon dict seigneur. Et les dessus nommez venoient pour faire les monstres. Et croy que ce f^t une des grandes joyes que je lay veisseonoques avoir. Et aussi tost se partit pour* aller à Corbeil , où les capitaines se rendirent ; et meirent jour de se rendre à Monseigneur entre Paris et Meaux. Et se partit Monseigneur de- Paris luy et les gens de sa maison , entre lesquels estoient monseigneur de Chastiilon , monseigneur de Rostrenen , monseigneur de Troissy, messire Ambroise de Lore , prevost de Paris, et autres chevaliers et escuyers , et alla loger à Chaultoonin. Et là se rendirent La Hire , Flocquet , le bastard Ghapelle , messire Denys de Chailly , le commandeur de Giresme, et Gourbanton.

Et environ le vingtiesme jour de juillet , vint loger mon dict seigneur devant la ville en une vigne, et meit ses gens en trois pariies. Ben-

OIJC DE BREtAlGNE ET COMTE Ofi RIGUEMO.>T.

'voya monseigneur de Rostrenen , et le bai^rd Chapelle et autres, loger en Tabbaye de Sainet Faron ; et envoya La Hire et Flocquet loger es -Gordeliers. Et deux jours après envoya messire Deoys de Ghailly et Courbanton , M leheau Durant et Denys Laurougle , du oosté devers Brie faire une bataille; et puis en feit une là où il *estoit. Puis feit faire des approches , et feit asseoir l'artillerie , et feit faire grand diligence à maistre Jean Bureau. Et Bourgeois et Boessiere ne dormoient pas tousjours. Et quand le siège y eost esté environ vingt jours, monseigneur le <»Dnestable sceut au certain que les Anglois le venoient combatre. Et croyez qu'il sçavoit toutes les nouvelles de leur partement de Rouen : car il avolt bonnes 'espies , et les payoit bien , et sceut qu'ils estoient passez à Pontoise, et estoient en l'isle de France. Et incontinent il manda les capitaines et leur dist des nouvelles, et délibéra dés le lendemain d'assaillir la ville, et que chascun archer porteroit à Passault la moitié de sa trousse , et l'autre moitié seroit pour combatre. Etavoit en volonté, au cas qu41 ne prendroit la ville , d'aller au devant des Anglois à Nantoiiillet , et de leur garder le passaigc.

Le mercredy environ prime fut donné l'assault, et ne dura pas demie heure. Et croy fermement que Dieu y feit plus pour l'amour de mon dict seigneur et du peuple, que ne feirent les gens dtemes : car il ne coustoit rien à monter sur la muraille. Et Dieu scait en quelle nécessité estoient ceulx de Paris et tout le pays d'environ paravant ce. Et aussi mon dict seigneur le connestable, pour les maulx qui se fiaisoient tant des gens du Roy que des Anglois, y voulut remédier : car les gens detnonseigneur de Bourbon, qui estoient au bols de Vincennes et à Gorbeit, faisolent autant de maulx que les Anglois; et estoit la pillerie par toute la Cbampaigne, et Brie et en la Beausse, en telle nuiniere'que homme n'y pou voit mettre remède. Et le Rdy et tous les seigneurs, chascun en son endroict, soustenoitces pilleries, ny mon dict seigneur n'y pouvoit pourveoir, nonobstant que tousjours en faisoit justice à sa puissance. Et tant que une fois assembla le conseil, et fût de- Kberé de soy deffaire et descharger du gouvernement de France et d'entre les rivières, et d'aller ou envoyer devers le Roy pour celle cause.

Et le lendemain au matin vint le prieur des Chartreux de Paris devers luy, et le trouva tout seul en la chapelle de son hostel ; et demanda au dict prieur : « Beau père, que vous fault-il ? » Et le prieur luy dist qu'il vouloit parler à mon-

seigneur le connestable, et Monseigneur luy dist que c'estoit il. Et le dict prieur luy dist : « Pardonnez moy, Monseigneur ; je ne vous co- » gnoissois pas. Je veulx parler à vous s'il vous » plaist ; » et il luy dist que volontiers. Et lors il commença à luy dire : « Monseigneur, vous » tinstes hier conseil, et dellberastes de vous » descharger du gouvernement et charge que » avez par deçà. » Et lors Monseigneur s'eschaufTa, et luy dist : « Comment le savez vous ? » qui le vous dict ?» Et cuida Monseigneur que aulcun du conseil luy eust dict. Et lors le prieur luy dist : « Monseigneur, je ne le sçay poiÂt par » homme de vostre conseil, je le sçay par homme » bien certain ; et ne vous donnez point de ma- » laise qui me l'a dict : car ce a esté un de mes ^ frères. » Et luy dist : « Monseigneur, ne le faictes « point : car Dieu vous aidera , et ne vous souciez. >• Et Monseigneur luy dist : « Ha, beau perc, com- » ment se pourroit il faire ? Le Roy ne me veult » aider, ne bailler gens ne argent ; et les gens » d'armes me ha} ssent , pource que j'en fais jus- « tice, et ne me veulent obeyr. » Et lors le prieur luy dist : « Monseigneur, ils feront ce » que vous vouldrez ; et le Roy vous mandera « que ailliez mettre le siège à Mësdix, et vous » envoyera gens et argent. » £t mon dict seigneur luy dist : << Ha, beau père, Meaux est si » fort I comment se pourrOit il faire ? Le roy » d'Angleterre y fut neuf mois devant. » Et le prieur luy dist : « Monseigneur, ne vous sour » ciez : vous n'y serez pas tant , ayez tous- » jours bonne espérance en Dieu , et il vous » aidera. Soyez tousjours humble, et ne vous » enorgueillissez point : vous la prendrez bien » tost, vos gens s'enorgueilliront, puis]auront un » peu à souffrir : mais vous en viendrez » à vostre honneur. »

Puis après Monseigneur le pria qu'il luy monstrat le chartreux, et il luy dist que si feroit il ; et le lendemain Monseigneur alla ouyr messe aux Chartreux, et le prieur feit venir tous les frères devant luy. Puis après mon dict seigneur dist au prieur : « Vous m'aviez promis » de me monstrer celuy qui vous dist ce que » m'avez dict. » Et le prieur luy dist : « Vous » l'avez veu : autrement ne le verrez vous. » Puis long temps après mon dict seigneur feit tant, que les Chartreux de Nantes furent fondez du duc François et de mon dict seigneur. Puis y vint frère Hervé Du Pont, et fut le premier prieur, et fut celuy qui eut ceste révélation, comme depuis a esté sceu au certain, et est enterré aux Chartreux. Et pour revenir au propos de la ville de Meaux, qui fut prinse ainsi légèrement, à cest assault furent morts et prins beau-

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