HISTOIRE D*ARTUS III
coup des An^Iois. Et ce jour mesmé ceulx du Marché offrirent de le rendre à mon dict seigneur, par ainsi qu'il delivreroit trois hommes (fu'ils demandoient, qui estoient prisonniers de ce Jour : c'est à sçavoir le bastard de Thien , baillif de Meaux; Pierre Carré, et un autre. Et Biandiefort qui là estoit rompit ce traicté ; et La Hire et Antoine de Ghabannes, qui estoient arrivez le jour deFassault. Et dirent qu'il failloit que les Anglois rendissent le petitBlanchefort,qui estoit prisonnier ; et par ainsi fût rompu le traicté.
Et aussi un traistre gascon, nommé Jehan de La Fuite , dist aux Ânglois qu'ils ne se rendissent point, et que leur secours venoit. Et depuis Monseigneur l'en paya bien, quand il sceut son faict au certain : car il luy feit trencher la teste. Puis feit mon dict seigneur trencher la teste au baillif de Meaux et à Pierre Carré, et à un autre, et après s'en repentit. Et lesabmedy ensuivant, vigile de Nostre Dame de la my-aoust, arrivèrent les Anglois en nombre de bien sept mille combatans ou plus, dont les chefs ensuivent : le comte de Sombresset, lieutenant du roy d'Angleterre ; le comte d'Orset, le sire de Talbot, le sire de Scales ; et messire Richard Dondeville, et plusieurs capi* taines et baillifs. Et Monseigneur n'avoit que neuf cent payes. Et vinrent les dicts Anglois loger sur la rivière de Marne, et avoient des bateaux de cuir; et vinrent passer en l'isle du Marché, et ceulx du Marché saillirent et vinrent sur la rivière, et mirent des gens dedans iedict Marché, et ceux du Marché en meirent dehors, et n'y sçavoit on remède. Et celle nuict, Mouseigneur assembla les capitaines; et furent d'opinion qu'on mettroit les gens dedans l'isle; et Monseigneur debatoit le contraire : toutesfois il se tint à l'opinion des autres. Et ceste nuict on y bouta les gens d'Olivier de Coitivi et des maneuvres pour se fortifier, pour le traict de ceulx de dehors ; et aussi y menèrent des pipes.
Et le dimanche au matin La Hire estoit prest, et beaucoup de gens de bien , pour aller à l'escarmouche sur les Anglois. Et cependant les dicts Anglois meirent sur la rivière bien deux mille archers, qui tous tiroient à une fois sur nos gens. Et ceulx du Marché saillirent sur nos dicts gens, et nous avions deux foncets armez, qui vinrent pour cuider secourir nos dicts gens; et furent tellement chargez de traict, qu'ils tuèrent tous ceulx qui les gouvemoient; et menèrent les mariniers, et tous ceulx qui estoient dedans les foncets, en telle manière que les Anglois gaignerent les dicts foncets, et vinrent passer sur nos gens en la dicte isle ; et ceux du Marché saillirent à toute puissance, et furent
tous nos gens morts et noyez. Et beaucoup de gens de guerre qui estoient en la ville coidereut s'en aller, feignans de vouloir aller à l'escaimouche, si n'eust esté monseigneur le oodinbtable, qui s'en apperceut, et feit dorre les portes, et meit es deux portes des gens de sa maison, monseigneur de Chastillonà Tune, et à l'autre monseigneur de Rostrenen, pour garder qu'il ne saillist rien ; et au pont devers le Bfarché meit Bourgeois, Mahé Morillon, Jehan Buda, de La Barre, et Guillaume G ruel. Puis s'en vinrent les dessus nommez à la porte vers Paris, dont mon dict seigneur de Rostrenen et les gens de rhostel de Monseigneur avoient la garde; et; eut belle escarmouche à pied , et y fût blessé Olivier de Coitivi. Les Anglois furent logez environ trois Jours devant Meaux, et changèrent la garnison du Marché , et y meirent messire Guillaume Chambrelan et bien quatre cent Anglois pour ferir, et leur promelrent d'aller prendre Crespy en Valois, et apporter tous les vivres, et contre-assi^er monseigneur le connestable. Monseigneur sceut leur entreprinse, et envoya dedans Crespy Olivier de Bron et d'autres capitaines, et fut leur entreprinse rompue. Si leur convint changer propos, et n'avoient plus nuls vivres, et leur convint s'en aller vers Normandie.
Et aussi tost qu'ils furent partis, on eommencea à faire grand guerre et grand diligence, et bien tost feircnt composition, et au bout de quinze Jours fut le Marché rendu à Monseigneur. Puis s'en vint à Paris devers le Boy, qui luy feit grand chère. Et estoient avec le Roy monseigneur le Baulphin, monseigneur deB(NU^ bon, monseigneur du Maine, monseigneur de La Marche, monseigneur d'Eu et plusieurs antres seigneurs ; et y eut faict grand chère à Paris, et y eut quatre Anglois qui feirent armes à quatre François. Assez tost après le Boy se pa^ tit de Paris et s'en alla à Bourges, et y feit nne assemblée des seigneurs de son sang et des pttlats du royaume : les uns pour debatre la pragmatique sanction, et les autres pour debatre la guerre ou la paix, en la manière que les Anglois demandoient.
Et durant ce conseil il envoya monsdgneor le connestable en Normandie pour fitire la guerre, et grand nombre de gens tenans les champs, qui n'estoient point souldoyez; et s'y rendit monseigneur d'Alençon. Et par le conseil de beaucoup de gens meirent le siège à Avranches, sans estre pourveus d'artillerie, ne maneovres ny aident ; et estoit Noël. Et y vint la puissance des Anglois estans en Normandie, et fn* rent par trois jours les uns devant les antres; et y avoit entre les François et les Anglois noc
DUC DE BaBTAIGKB ET COMTE DE BICHBMOIIT.
rivière bien petlle ; et tous les Joars nos gens eaiddent coml>atre, et y furent faicts plusieurs chevaliers. Et de la maison de Monseigneur tut faict celuy jour chevalier monseigneur le bastard de Bretaigne, messire Raoul Gruet, et messire Bertrand Millon.
Et comme nos gens cuidoient passer ceste rivière, il s'y noya deux ou trois gens de bien, et ne peut on passer. Et demeurèrent les dicts Anglois en bataille d*un costé, et nos gens d'autre costé. Et quand ce venoit au soir, tout le monde s*en alloit coucher es villaiges, et l(^er leurs chevaulx. Et vous certifie qu'il estoit nuict, qu'il ne demeuroit pas à mon dict seigneur le coDoestable quatre cent combatans; et Dieu sçait qu'il y endura. Et une nuict les Ânglois vinrent gaigner un gué, et le trouvèrent endroict la ville d'Avranches qui jamais n'avoit esté trouvé, et par là vinrent gaigner la ville, et prinrent Auffroy Prévost, et aucuns de nos gens qui fiiisoient le guet devant la dicte ville d'Avranebe ; et les autres se retirèrent à la bataille, qui estoit lolog de là.
Et quand nos gens sceurent que les Anglois estolent en la ville, tout le monde commencea à tirer en Bretaigne sans ordonnance, et monseigneur le connestable demeura à bien peu de gens. Et luy vinrent dire Antoine de Chabannes et Blanchefort que s'il ne s'en alloit, qu'il deneureroit tout seul; et que de tous leurs gens n*en avoient pas dix, et que de leurs personnes demeureroient avec luy. Et pareillement y vinrent plusieurs capitaines. Et en la fin mal gré Iny conveint s'en venir à Dol, et n'avoit pas demeuré avec luy cent lances ; et de là tira à Angers devers le Boy, et là trouva monseigneur le comte, qui estoit venu devers le Roy. Et puis se P^t assez tost pour aller en France, dont il avoit le gouvernement. Et ja commençoit la Praguerie. Et mon dict seigneur print congé du %, et s'en alla à Paris. Et cependant monseigneur le Daniphhi estoit à Niort, et monseigneur de La Marche estoit avec luy de par le Roy, et y WTiva monseigneur d'Alençon. Et fut mis monseigneur de La Marche hors de l'hostel de monseigneur le Daulphin, et y demeura monseigneur d'Alençon. Et dès que le Roy sceut ces nouvelle, il envoya hastivement après monseigneur le connestable monseigneur de Gaucourt et Poton, qui trouvèrent mon dict seigneur le connestable à Beaugency, qui avoitpassé par Blois, et y avoit esté fort attaqué de paroles de monseigneur de Bourbon, de monseigneur de Vendosme, et du bastard d'Orléans, qui fort cuida prendre paroles à mon dict seigneur le connestable, pour trouver manière de mettre la main
sur luy. Toutesfois il dissimula : et si n'eust esté Antoine de Chabannes, qui leur dist qu'ils feroient mal de le prendre, et que le pays de France dont il avoit le gouvernement seroit perdu des Anglois, il l'eussent prins.
En celle nuict, monseigneur de Gaucourt et Poton, comme dict est, arrivèrent devers monseigneur le connestable, et luy dirent que le Roy le prioit, non pas commandoit, qu'il vinst hastivement, toutes choses cessées, devers luy ; et luy dirent les nouvelles telles qu'elles estoient. Et incontinent feit mon dict seigneur babiller un bateau, et bien equipper de mariniers et d'archers, et vint passer ceste nuict par soubs le pont de Blois, et tant feit que bien tost arriva à Amboise devers le Roy, qui pas ne dormoit Et quand on luy dist que c'estoit monseigneur le connestable qui estoit venu, il feit grand chère, et dist puis qu'il avoit le connestable que plus ne craignoit rien. Et avoit faict prendre le petit Blanchefort, et ja avoit faict faire l'eschafault pour luy coupper la teste ; et à la prière de monseigneur le connestable il luy pardonna; et depuis le servit bien.
Mon dict seigneur le connestable, incontinent qu'il fût arrivé, dist au Roy qu'il prinst les champs, et qu'il luy souvinst du roy Richard ; et qu'il ne s'enfermast point en ville ne en place. Et incontinent le Roy se meit sur les champs, et tout le monde tira devers luy, et s'en alla à Poictiers. Et là luy vinrent les nouvelles que monseigneur d'Alençon et Jehan de La Roche estoient entrez par trahison dedans Sainct Maixant, et que un portail de la ville tonoit pour le Roy. Et incontinent le Roy et mon dict seigneur envoyèrent Yvon de Beaulieu leur dire que bien tost auroient secours ceulx qui tenoient pour le Roy, et montèrent à cheval le plus tost qu'ils peurent, et amenèrent ce qu'ils avoient de gens. Et aussi tost que monseigneur d'Alençon et Jehan de La Roche le sceurent, ils deslogerent bien à la haste, et laissèrent des gens au chasteau qui bien tost se rendirent. Et eurent ceulx qui estoient à Jehan de La Roche les testes trenchées, et mon dict seigneur le connestable saulva à sa prière ceulx de monseigneur d'Alençon. Et bien tost après le bastard d'Orléans vint crier mercy au Roy de ce qu'il voulut mettre la main à monseigneur le connectable, et eut son pardon, et laissa les autres. Puis monseigneur le Daulphin et monseigneur d'Alençon tirèrent en Bourbonnois, et leur vint au devant le seneschal de Bourbonnois, et Antoine de Chabannes, et autres à belle compaignée. Puis le Roy laissa les frontières contre Niort, là où estoit Jehan de La Roche, qui avoit
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HISTOTBB DABTUS lll,
/avec luy des ÂQglols. Apres ce, le Roy, monseigneur le eonnestable, monseigneur du Maine, monseigneur de La Marche et plusieurs capitaines tirèrent en Bourbonnois et en Auvergne, {it cependant mourut monseigneur de Rostrenen à Paris, qui estoit à monseigneur le conuestable, lieutenant en France. Et tout celuy esté dura la guerre Jusques en septembre. Puis ; fut fàict 'Fappointement, et tira monseigneur le connestable à Paris, et fut ordonné certain nombre de gens pour aller seco.urir Harfleu, là où le siège estoit. Et y estoient monseigneur d'Eu, monseigneur le bastard d*Orlcans, monscigpeur de Gaucourt, et plusieurs autres capitaines. Et pour conduire les gens de monseigneur le connestable, fut ordonné messire Gilles de Sainct Symon.
Et ppur ce voyage ne feirent rien que faire la coipposition de ceulx qui estoient à Harfleu. En ce temps là nos gens fortifièrent Loaviers et Concbes. Et celuy hyver se passa ainsi, excepté que mon dict seigneur meit le siège à Saint Germain en Laye, que les Anglois avoient auparavant prins d'eschele; et bien tost fut rendu à mou dict seigneur, lequel après fut requis d'aller en Çhampaigne, dont il avoit le gouvernement. Le Roy tira en Çhampaigne eu celle saison, et monseigneur le connestable tira devers luy pour oster les pilleries qui s'y faisoient, et pour mettre ordre sur les gens d'armes. Et furent jusques à Yaucouleur, et à Monteclere, et à Langres, et par toutes les marches de jChampaigne, et osterent des capitaines, et en meirént d'autres. Et de là vinrent à Bar sur Aulbe. Et là vint le bastard de Bourbon devers le Roy, lequel avoit faict beaucoup de maulx, et soustenu faire à ses gens, et entre autres choses faisoit une assemblée de routiers, et les youlolt mener hors du royaume sans congé du Roy, dont il fut mal content. En oultre, un hompie et sa femme se vim*ent plaindre au Roy et à monseigneur le connestable d'un grand oultrage que le ^ict bastard leur avoit faict : car il avpit forcé Lçi femme sur l'homme, et puis Tavoit {ait batre let decoupper, tant que c'estoit pitié à veoir.. Puis le Roy dlst à monseigneur le connestable qu'il le fist prendre : ainsi le feit il par le prevost des ni^areschaulx, et incontinent fut faict son procez, et j.ecté en la rivière. Puis s'en vinrent le Roy et monseigneur le connestable à Laon, et là vint madame de Bourgongne devers le Roy, et y fut bien huict jours ; puis monseigneur le connestable la conduisit. Et en celle saison fut mis le siège à Montagu et à Marie. Et là fut parlé et traicté du mariage de ' monseigneur du Maine et de madamoiselle de
Sainct Paul. Puis le Roy et monseigneur .le coqncstable s'en vinrent pour mettre le siège à Creil.
L'an 1441, environ le mois de may, le Roy et monseigneur le connestable meirent le siège à Creil, et gueres ne dura qu'il ne fust prins par composition. Puis s'en vinrent à Paris, etse disposèrent de mettre le siège à Pontoise. Et se partirent de Paris la vigile de la Pentecoste, ets'en alla mon dict seigneur loger à Ai^enteiul,etle Roy logea à Sainct Denys. Et le mardy des ferles de la Pentecoste vinrent loger devant Pontoise, et se logèrent à Maubuisson ; et environ quatre heures après midy, le Roy^'en oetouma loger à Sainct Denys, et monseigneur le Daulphin, monseigneur du Maine, monseigneur de La Marche, monseigneur d'Eu, et tous les autres seigneurs. Et ne demeura que monseigneur le connestable, et le mareschal de Jalongnes,et Joachim Rouauit, et Pregent de Coitivi, Fotoo, La Hire, et monseigneur de Mouy. Etceiuy jour,, environ cinq heures après midy, les An glois feicent une saillie sur la chaussée, et m derent gaigner des coulevrines et ribaudequios qui estoient .sur la dicte chaussée. Mais iisfo rent tellement chargez, que on vint jusques à prendre les chaisnes du pont. Et en effect ne feirent gueres depuis de saillies, et y estoient bien deux mille bons combatans, toute l'eslite de Normandie ; et estoit le sire de Scales leur chef.
Et celle nuict mon dict seigneur le connestable feit le .guet, et avoit soubs son enseigne quatre cent lances, et avec ce estoient à son guet monseigneur de Coitivi, Poton, La Hire, et monseigneur de Mouy. Et en effect mon dict seigneur avoit bien six cent lances, et les archers, et des gens de pied à son guet. Et croy en vérité qu'il y avoit bien près de deux mille combatans, et fut le plus beau guet que je veis onoques. Et Dieu sçait comme mon dict seigneur besongna ceste nuict avant qu'il fusl jour clair : car il avoit mis ses gens en seureté du traict de la ville, et fait faire taudis et fossez. Et vous certifie que c'estoit belle chose que ^wir venir au matin le guet qui venoit lever l'autre guet : car tous les champs estoient couverts de gens d'armes qui alloient et venoient. Et bien tost après Monseigneur feit asseoir rartillene pour batre le bouleyart ejt le pont. Et le dimanche fut donné un assault au boulevart, pouf veoir Ja contenance des Anglais; et se deifendirent très-bien : aussi n'avoient ils à deffendre que celuy boulevart. Et avoient faict ponts de bateaux des deux costez du pont, et venoient par un costé rafraischir leurs gens, et par I autre costé retiroicnt les blesse^.
Et ce jour ne fut point prins le did bo«^^'