DUC DE BRBTAKÎIW ET COMTE AB BICHBMONT
.vart, et convint se retirer, et perdismes beaucoup de gens morts et blessez. Les Ânglois feirent ce Jour deux Iiannieres et plusieurs che- ^vaJiers. Puis fut la ]>aterie si grande, ^e le mardy après leur fallut abandonner le dlct bouleTart, et celuy mardy entrèrent nos gens dedans. Et quand le dlct boulevart Ait prins, le Boy et monseigneur le Daulphin, et tous les autres seigneurs, vinrent loger à Maubuisson. Pois monseigneur du Maine, qui avoit belle compaignée, y vint; et y estoit Joachim Rouault, lieutenant, qui asseml>la monseigneur de* Goitivl, Poton, La Hire, et messire Pierre de .Brezé, Flocquet, Penensac, et Olivier de CoHivi, qui estoit lieutenant de monseigneur le connestable; et estoient bien douze cent lances. Et fut faict un pont sur la rivière d'Oise, et deux boulevarts es deux bouts du pont. Puis fut fortifiée l'abbaye tre&-bien, et fut faicte une bastille; puis ne «demeura gueres que Talbot vint pour cuider secourir la ville, et vint du oosté de la bastille; et scavoit on bien qu'il venoit; et monseigneur lexx)nnestable feit incontinent que tous ses gens fussent prests en bataille, et cuida passer au pont. Le Roy vint défendre que homme ne passast, et à grand peine peut passer mon dict seigneur tout seul, exceptez monseigneur de Coitivi, Jamet de Tiglay, et Bourgeois. £t quand mon dlct seigneur fût passé, il dist au Roy qu'il laissast passer ses gens et qu'il les laissast faire : car il ne falsoit point de doute que les Anglois, en la manière qu'ils estoient mis, ne fussent desconfits. Et le Roy luy dist qu'il avoit conclu que point ne seroieut comt>atus, et ainsi ne le furent point. Et si s'estoient ils mis au plus l>eau gibier que jamais furent, *=ie oncques puis ne s'y meirent : si y furent ils E^ar deux ou trois fois. Et une au tre fois revinrent, ^ apportèrent des vivres, et ne revinrent par le C!?hemin qu'ils estoient venus l'autre fois, et t: rampèrent les compaignons. Puis vinrent à r-^ptisse puissance, et y vint le duc d'Yorc, et ^=^^oute Ja puissance de Normandie, bien neuf mille c=ombatans ; et vinrent entrer en la ville, et le lendemain nous dirent qu'ils passeroient la rivière en despit de nous, et prinrentles champs, ^ devant nous menoient quatre ou cinq bateaux €tt charretes.
Et quand le Roy veid cela, il ordonna ses ^^des, et bailla à monseigneur le connestable 'f garde de tout le siège. Et au dessoubs du ^'^ jusques à Gonflans bailla la garde à mon- ^'gneur de La Marche. Et depuis le siège Jus- ^^ a risle-Adam à monseigneur de Sainct ^M1. Et de l'Isle-Adam jusques à Greil à mon- ^'^eiir d'Eu, qui avoit en sa compaignée tous
les gens mieulx à cheval qui fussent en la compaignée : c'est à sçavoir Poton, La Hiiw, Antoine de Chabannes, Penensac, Fioocpiet, messire Pierre de Brezé, Jehan de Brezé, et^Ouillaume Du Ghastel. Et n'y eut:homme quifitapast dedans les Anglois, exceptez Antoine de Chabannes, et Guillaume Du Chaste!, qui fut là occis ; et n'estoient pas quarante Anglois. passez la rivière, et fut à un vendredy.
Et quand monseigneur le connestable ^soeut les nouvelles, il monta «à 'Cheval, et mena4;out ce qu'il peut trouver de gens de cheval. Et quand il fut à L'Isle-Adam, il sceut au certain que tous les Anglois estoient passez, puis s'en revint au siège. Et le Roy et monseigneur leDaulphin s'en allèrent coucher à la bastille, et Monseigneur demeura au siège. Et le lendemain le Roy revint, et feit du vaillant, et voulut demeurer le dernier; et monseigneur cuida demeurer à la bastille, et monseigneur du Maine : mais le Roy ne voulut, et les emmena quand et luy^ Poissy le sabmedy au soir. Et celuy Jour les Anglois vinrent loger à Maubuisson. Le dimanche au matin, monseigneur le connestable envoya cent lances porter des vivres à la bastille. Et le mardy ensuivant monseigneur le connestable et monseigneur de Sainct Paul vinrent à la bastille pour faire apporter des vivres. Et Poton luy donna d'un tour : car il faisoit Tavant-garde, et au retour l'arriere-garde. Puis manda à monseigneur le connestable qu'il luy sembloit que c'estoit le meilleur de s'en aller par le pont de Meulan; et Monseigneur print le chemin par là, cuidant que tousjours tirast après luy.
Et quand Poton veid que Monseigneur estoit passé, et qu'il estoit bien loing de luy, il retourna devers le pont de Poissy. Et quand il tai arrivé devers le Roy, il dist que monseigneur le connestable n'avoit osé passer par là. Et quand Monseigneur fut venu devers le Roy, il sceut ce qu'il avoit dict de luy, et le tour qu'il luy avoit Joué. Et pensez qu'il fut bien mal content, et parla bien à luy devant le Roy. Celuy Jour, les Anglois feirent un pont sur la rivière d'Oise entre Pontoise et Conflans, et vinrent passer toute leur armée assez prés de Poissy, et le lendemain vinrent présenter la bataille au Roy, et y eut belle escarmouche. Et pource que la saillie du pont estoit mauvaise et dangereuse, on ne laissa saillir nulles gens, exceptez ceulx qui furent ordonnez, c'est à sçavoir Olivier de Bron, et bien trente lances, qui s'y gouvernèrent si bien qu'il n'y manqua rien. Puis les Anglois tirèrent à Mantes ; et le lendemain le Roy passa la rivière, et s'en alla à Conflans, et feit monseigneur le connestable s'en venir à Paris,
HISTOIBB 0ABTU8 Ilf,
etbeauooup d'autres gens de guerre, pour passer par la dicte ville de Paris. Puis se retira mon dict seigneur le eonne8tat>le à Conflans devers le Roy, et revinrent les Anglois une autre fois pour avitailler la ville de Pontolse. Et se partit mon dict seigneur le connestable, et assembla tout ce qu'il peut de gens pour aller au devant des dicts Anglois ; et s'y rendit monseigneur du Maine et tous les autres seigneurs, quand ils sceurent qu'il y alioit.
Et se vint loger mon dict seigneur en plains champs au chemin par où les Anglois avoient accoustumé de venir. Et les dicts Anglois arrivèrent devers le vespre , et se vinrent loger à bien demie lieûe de nostre avant-garde en un hois ; et feirent des feus laidement ; et cuidions estre certains de les combattre le lendemain. Mais ils Jouèrent d'un tour : car celle nuict ils s'en retournèrent bien à une lieûe arrière , et passèrent sur une petite rivière , et la mdrent entre eulx et nous. Et le lendemain au poinct du Jour, que nous allions nous mettre en bataille , nous les veismes de l'autre costé, et itismes bien esbahis et desplaisants : car plus ne leur pouvions nuire , ne passer la rivière sur eulx , ne eulx sur nous; et s'en allèrent ainsi à la ville, et nous retournasmes à Conflans. Et aussi tost que les Anglois s'en ftirent allez , les gens de monseigneur le connestable , qui estoient bien quatre cent lances , vinrent donner Tassault à Nostre Dame de Pontolse ; et dura bien Tassault deux heures , et flit prinse la dicte ^église d'assault, et ceux qui estoient dedans morts et prins. Et fiit un sabmedy. Et le dimanche et le lundy on commencea à batre les murailles de la ville ; et le mardy on donna l'assault , qui dura bien longuement ; et retireront toutes les enseignes d'encontre la muraille, excepté celle de monseigneur le connestable. Et y eut faict de I)elles armes, et de gens bien batus. Et au dernier fut prinse la ville d'assault , et bien huict cent Anglois morts et prins. Et ftit prins le comte de Clisseton et Henry Fetandir. Et y Alt mort messire Jehan Ripelay , et beaucoup d'autres gens de grand façon. Et fût la vigile de Nostre Dame de septembre l'an 1441. Puis demeura Guillaume Chenu , capitaine de Pontolse , soubs monseigneur du Maine.
Et le Roy s'en vint à Orléans , et de là en Touraine ; et mon dict seigneur tira à Paris , et y fut environ quinze Jours; puis s'en vint après le Roy , et laissa madame de Guyenne bien malade ; toutesfois luy estoit il amande , et cuidoit qu'elle se guairist. Et fçit son voyage en Touraine, et fut long temps devers le Roy; puis s'en alla à Partenay , et y fut certain temps
après devers le duc Jehan, et y Ait Juaques âpre la Chandeleur. Et celuy Jour de la Chandeleiir madame de Guyenne trespassa , et lay forent mandées les nouvelles. Et le duc le sçavoithien, et tous les gens de mon dict seigneur , et ne Iq) en Ait rien dict tant qu'il fut à Partenay, oq Ton le luy dist : dont il feit très-grand deuil, puis fut certain temps au dict lien de Partenay. Et après feit faire un service à Sainete Croix do dict lieu. Puis le Roy le manda pour le Toyage de Tartas, et fallut qu'il tirast devers le Boy. Et Alt le Roy en volonté de le laisser eneors pour le gouvernement de France , et puis se ravisa qu'il le mènerait avec luy.
L'an 1442 , à la fin d'apvril, le Boy commencea son voyage , et dist à monseigneiir k connestable qu'il faiioit qu'il allast on chemin, et le Roy l'autre, pour faire tirer en STaotlfs gens d'armes ; ou que autrement n'iroit point. Et afaisi fut faict. Et le R)oy alla par Limoges, et tira de là à Thoulouse, et feit tirer tons is gens d'armes qui tenoient les champs en avant; et monseigneur le connestable tira par Cicrmont, et amena tout au dict lien de Thooloose. Et y furent bien quinze Jours pour ftdre passer les gens d'armes , et pour attendre ceulx qû n'estoient pas venus. Puis se partirent, et tirèrent par deux chemins pour les vivres: le Boy par un , et mon dict seigneur par l'autre. Et km Ukt reAiséc l'entrée d'aucunes places an Boy et à monseigneur le connestable, en tirant Jev chemin ; puis après en forent punies, et tout» rendit au Mont de Marsan. Et celle nnict aile rent coucher aux champs à une petite place i deux lieues de Tartas. Et le lendemain se rendirent en la lande de Tartas le Roy, nM»sdgneur le Daulphin et monseigneur le connestable, avec tous les seigneurs et gens d'armes. B là Alt rendu à monseigneur le connestable ieHls de monseigneur d'Âlbret, qui estoit ostage. M s'en alla loger le Roy à un petit villaige,(^ monseigneur le connestable alla loger à So0broce, et Ait à un saiunedy, vigile de sainct Jehan Raptîste. Et estoient avec mon dict seigneur monseigneur de La Marche, monseigiKtf de Lomaigne, monseigneur de Foix,DM)Bseigneur de Comminges , et grand nombre de capitaines. Et là séjournèrent le lendemain, <p>î estoit dimanche ; puis deslogerent le landy ^ matin , et vinrent mettre le siège devant Saiac* Sever. Et le mercredy ensuivant le Roy y ^^ donner l'assault de son costé , et manda à mon dict seigneur te connestable qu'il ne fist point assaillir ses gens, et le cuidoit prendre sans luy; dont mon dict seigneur Ait fort desplaifl»*-
Puis nprcs quand il veid que ses gens estoient
DUC DB BHCTÂIGNB ET COUTB DE BICHEMO.^T.
fort batus, le Roy loy manda qu'il laissast aller ses gens à Tassault; et fût en volonté mon dict seigneur de rien n'en faire : toutesfois feit il assaillir. Et vous certifie qu'ils ne tinrent pas un quart d'heure qu'ils ne fussent pris d'assanlt ; et encores oombatoient contre les gens du Boy, que nos gens les venoient prendre et tuer sur la muraille. Et disoit monseigneur le Daulpbin que les Bretons avoient tiré les mains aux gens du Roy Y ou qu'ils n'y fussent ja entrez. Et y eust esté faict de grands maulx plus qu'il ne fut, si n'eust esté mon dict seigneur le eonnestable : car par luy furent gardées maintes femmes d'estre f(»reées. Et pource qu'il ouyt crier La force! luy et monseigneur de La Marche coururent soubdainement de nuict , et pensèrent estre tuez de raesdians gens qui point ne les cognoissoioit, si Dieu ne les eust préservez. Et là mesmes mon dict seigneur feit nourrir plus de cent enfans que les mères avoient laissez, les unes prinses et les autres fuyes; et feit amener des chèvres pour les alaicter ; et ne velstes Jamais telle pitié. Puis se partit le Roy et Monseigneur , et toute Tannée, quand ils eurent séjourné quatre ou cinq jours, pour tirer devant Daes ; et Monseigneur coucha aux champs, et fût son charroy destroussé. Et vous certifie qu'il n'avoit gueres de vivres, et n'avoit pour luy qu'une petite bouteille de vin , qui ne tenoit pas un pot ; et souppa sur une fontaine, qui bien y servit. Et le lendemain , qui estoit vendredy , meirent le siège à Dacs , et y eut belle escarmouche , et bien petit a manger : car il n'avoit que des oignons et du pourpier, et bien petit de pain et de vin. Toutesfois luy veint le lendemain une pipe de vin, qui lui cousta bon pris, et luy dura plus que jamais vin ne luy avoit duré : car tout homme qui en euvoyoit quérir avoit sa bouteille emplie, mais qu'il apportast une bouteille d'eauê pour mettre par la bonde. Et pour certain les gens de guerre eurent là fort à souffrir; et dura le siège bien trois sepmaines^ ou plus. Et feirent ceulx de la ville de grandes saillies sur nos gens , et nousfeirent de grands dommages. Car ils avoient de bons arbalestriers, et nous venoient tirer Jusques à la poincte de la lance : car nous n'avions nuls archers fors bien peu , et n'avions point de traict, et estoient les plus orgueilleuses gens que l'on peut trouver. Mais après furent en telle nécessité , qu'ils se fussent laissez prendre d'assault sans coup ferir ; et ja se rendoient par les tours, et par les gardes où ils estoient. Et mon dict seigneur le eonnestable et monseigneur de l4 Marche les engarderent , pour les grands ^aulx qui se font quand on prend une place ('assault ou d*emblée. Et fut la dicte place ren-
due au Roy , et y furent le Roy et les seigneurs six ou sept jours. Puis s'en vint à Sainet Sever, et laissa Regnauld Guillaume capitaine. Et de là tira sur la rivière de la Garonne à ta ville d'Agen ; et monseigneur le eonnestable et monseigneur de La Marche tirèrent au Mont de Marsan.
Monseigneur de La Marche avoit parlé plusieurs fois à monseigneur le eonnestable du mariage de luy et de sa niepce , fille de monseigneur d'Albret; et en ce voyage fut conclu le dict mariage. Et tira mon dict seigneur le eonnestable du Mont de Marsan à Nerac , où estoient monseigneur d'Albret et Madame, et monseigneur de La Marche. Et quand il fut à quatre lieues de là, il envoya messire Raoul Gruel et messire Guillaumne de Yandel , et les atten* dit deux jours ; puis s'en vint au dict lieu de Nerac, et là trouva monseigneur de La Marche, et ceste nuict souppa avec les dames , et les veid à son aise , et dansèrent. Puis furent bien tost faictes les fiançailles et les espousailles ; et fut le jour de ladecolation de sainet Jehan Baptiste que mon dict seigneur espousa, l'an 1443.
Et estoient avec luy de sa maison monseigneur de Ghastillon , Guyon de Molao, messire Gilles de Sainet Symon, messire Jehan de Bron, messire Raoul Gruel , messire Geoffroy de €on« vran , messire Guillaume de Yandel , Charles de Montmorency , Olivier de Quelen , Jehan de La Houssaye , Pierre Du Pan , Guillaume de Launay , Henry de Launay, Olivier de Nael , Robert de Quedillac, Langourlay , Jehan de La Haye , le capitaine Olivier de Bron , Mahé Morillon, Jehan Rudes, Jehan de La Boëssiere, Maleschet , Jacquet et Darionet , et oeluy qui a dicté ceste cronique , nommé Guillaume Gruel, et plusieurs autres. Et fut bien huict jours ou plus à Nerac. Puis s'en alla mon dict seigneur devers le Roy à Agen , et y fut envh-on trois jours , et conclud ce qu'il avoit à faire ; puis s'en revint à Nerac , et y fut deux ou trois jours. Après en partit, et s'en alla à Gastel-Jaloux et a Saincte Baseille, et de là à Marmande. Et là se rendit le Roy; et y furent bien quinze jours en attendant les gens d'armes. Et là le Roy dist à monseigneur le eonnestable qu'il convenoit que l'un d'eulx allast faire venir les gens d'armes qui estoient vers Thoulouse et vers Beam, et tenoient les champs , pource que point n'estoient payez en ce temps là , et mouroient de faim eulx et leurs chevaulx. Et fût dict que si le Roy ou monseigneur le eonnestable n'y alloient, que point ne reviendroient.
Ainsi fut advisé que mon dict seigneur iroit. Et lors print le chemin , et vint par Nerac , pour
HISTOIBB DiUlTUS III,
faire partir Madame pour s'en aller à Partenay ; ' et l'emmena quand et luy. Et en tirant à Thon- «louse , rencontra, à une ville qui a nom Guavre, •maistre Robert de La Rivière , qui depuis fut -«vesque de Rennes , qui venoit devers le Roy de {par le duc François , pour avoir le congé de monseigneur le connestable son oncle , pour venir devers le duc François à sa feste. Et le dict maistre Robert feit tant qu'il eut le congé de mon dict seigneur, et le trouva à Thoulouse. Et de là se partit mon dict seigneur, et tira à Partenay , et Madame quand et luy. Et de là mon dict seigneur tira vers le duc son nepveu , et fut à la feste à Rennes, et feirent grand chère ; et y fut bien un mois, ou plus. Puis s'en vint à Fontenay le Comte devers Madame, et fut là une pièce , pource qu'on s'estoit mort à Partenay : puis quand la mortalité fut cessée , il s'en revint à Partenay , et y sejouraa celle saison , excepté qu'il feit un voyage devers le Roy à Tours et à Chinon.
L'esté après, 1443, les Anglois vinrent en grand puissance et bien soubdainement devant Angers , et logèrent une nuict à Sainct Nicolas ; et en estoit chef le duc de Sombresset , et le comte d'Orset , et Mathago , et estoient bien plus de sept ou huict mille combatans; et de là allèrent loger devant Pouancé, et prinrent La Guerche, et furent phis de quinze Jours devant Pouancé, cuidans qu'il se deust rendre. Et quand monseigneur le connestable le sceut, il feit grande diligence , et tira à Angers , et manda ce qu'il peut de gens d'armes ; et de là tira à Chasteaugontier. Et là trouva monseigneur d'Alençon, puis y arrivèrent monseigneur le mareschal de Loheac, monseigneur de Bueil , et Louys son frère, et plusieurs gens de bien , qui avoient faict une entreprise d'aller courir sur le siège, et le vinrent dire à monseigneur le connestable, qui leur dist : « Si vous » voulez attendre jusques à demain , j'auray » deux cent lances de mes gens , qui seront en- » nuict icy; et ainsi pourrons faire nostre en- » treprinse seurement , et en telle manière que > les Anglois ne nous pourront grever. » Et ils ne le voulurent croire, et luy dirent qu'ils iroient essayer le chemin. Puis après eulx s'en allèrent assez d'autres, et se partirent environ quatre heures après midy, et estoient allez repaistre en un villaige. Et celle nuict, Mathago, bien accompaigné de mil cinq cent Anglois , vint courir devant Chasteaugontier , et les trouva de nuict dedans le logis, et les mist en desarroy ; et en fut de morts et de prins, et fut prins Louys de Bueil , et d'autres. Et monseigneur le mareschal de Loheac et monseigneur de Bueil se saul-
vèrent. Et puis demeura une pièce monseigneoV le connestable à Chasteaugontier ; après viol parler au Roy à Saulnlur , pour conclure ce qu'il avoit à faire. Cependant les Anglois m allèrent de devant Pouancé et tirèrent en Normandie. Et à celle heure monseigneur radmiral de Coitivi fust esloigné de la cour sans perdre nuls de ses offices; et entra messire Pierre de Brezé en gouvernement, et JametDu TIIlay,et le petit Mesnil. Et l'hyver après monseigneur ie connestable envoyases gens en garnison à Grand* ville, soubs messire Geoffroy de Couvranet Oi^ vier de Bron.Puis s'en vint mon dict seigneur à Partenay.
L'an 1444 , en esté, vint le comte de SQffoie et le privesel d'Angleterre à Tours devers le Roy. Et y eut une grande assemblée , etfiil traicté que le duc François y viendroit ; et l'alla quérir monseigneur le connestable à Nantes, et l'amena devers le Roy à Tours; et partit de Nantes pour faire he voyage le mardy desferies de Pasques. Et Dieu sçait comment il estoit secompaigné ! c'estoit belle chose à veoir les seigneurs, chevaliers et escuyers : car quand il alloit devers le Roy es Monstils , sa compaigoee duroit depuis les Monstils jusques à la porte de Tours. Et là y eut une grande assemblée^, et fat conclu le mariage du roy d'Angleterre et de madame Marguerite, fille du roy de Sicile; et furent prinses trefves jusques à deux ans. Vm se départirent, et s'en alla le duc en Bretaigo^t et monseigneur le connestable à Partenay.
Puis après l'an que dessus 1444, ftit admise que monseigneur le Daulphin meneroit les nw* tiers et plusieurs autres en Allemaigne. Et le roy de Sicile et monseigneur le connestable allèrent en Lorraine , et devant Metz ftirent I(^ei plusieurs de leurs gens d'armes. Et se partit idod dict seigneur le connestable pour faire le dict voyage environ la my-aoust, et laissa raadafflf Jehanne d'Albret malade. Toutesfois ne cuidoit il pas qu'elle fust m danger , et si trespassa elle environ la fin de sef^embre : dont mon dict seigneur feit bien grand dueil. Et passa tout l'hyver en Lorraine , à Nancy , et ailleurs.
Puis au commencement de l'esté. Tan N45, fîit parlé de son mariage , et traicté par monseigneur du Maine et monseigneur de Sainct Paul et autres : tant que le mariage se fist d« luy et de madame Catherine de Luxembourg , et le dernier jour de juin furent accordez, rt bien tost en juillet furent espousez. Puis y ^^ un broûillis que le grand seneschal de Poicton meitsus, pource qu'il se doubtoit que le roy de Sicile^ monseigneur le connestable, o^ seigneur <lu Maine et monseigneur de Sainte
DUC DE BRETAIGNE ET COMTE Tf^ RICHEMONT.
Paul estoient alliez ensemble , et faisoient une praguerie; et fut mal trouvé : car ils n*y pensoient point. Puis de là vinrent à Chaaions.
En ce temps monseigneur le connestable feit passer les gens d*armespar Bourgongne , malgré que le roareschal de Bourgongne en eust , pour aller quérir les gens du Roy qui estoient à Mootbeliart. Et quand ils furent venus , mon dict seigneur feit les monstres , et cassa ceulx qui estoient à casser, et meit les gens de bien en ordonnance ; et les meschans et tout le ba* ^age furent envoyez , et eurent lettres de passage de mon dict seigneur; et fut ainsi trouvée à celle heure Tordonnance de vivre aux gens d'armes de France. Et fut, ce me semble, grâce de Bleu : car oncques homme qui fut cassé ne lay dist que ce fust mal faict. Et- furent ordonnez les capitaines : ce qui tousjours a duré depuis. Et ainsi fut ostée la pillerie de dessus le peuple , q^long temps avolt duré: dont mon dict seisïueur fut bien joyeux , car c*estoit Tune des choses que plus il desiroit , et tousjours» avoit tascfaé de le faire : mais le Roy n'y avoit voulu entendre jusques à celle heure.
Pais s'en vint mon dict seigneur à Partenay , et en feil amener Madame. Et bien tost après vint devers le duc François , et le trouva à Rieux , et Dieu sçait s'il luy feit grand chère. Et y avoit entre le duc François et monseigneur Cjilies son frère aucun différent , et n'estoient ))as bien contents Fun de l'autre. Et incontinent que monseigneur le connestable le sceut , il envoya quérir monseigneur Gilles , et fist l'appointement. Puis le duc requist à monseigneur le connestable qu'il flst venir madame de Richernon à Nantes , pource qu'il la vouloit veoir en Bretaigne , et aussi qu'elle veist la duchesse. Et Monseigneur l'envoya quérir ; et vint à Nantes, et là fut très-bien festoyée. Et y estoient monseigneur 4e connestable , monseigneur Gilles, et. nionseigneor Pierre ; puis s'en retourna monseil^neur le connestable et Madame à Partenay, et V passèrent partie de l'hyver. Puis alla Monseigneur devers le Roy à Tours ; et là fut conclu de mettre le siège au Mans, au cas que les Anglois ne le rendissent , et ce qu'ils tenoient de places en la comté. Et y envoya le Roy grand nombre de gens d'armes , et en estoient chefs monseigneur le grand senesehal, monseigneur ladmiral , monseigneur de. Bueil , etplusieurs capitaines. Et ne vouloit le Roy au4cunement que monseigneur le connestable y allast; toutesfols il fût mandé : car ils ne vouloient rien faire les uns pour les autres , et fallut que mon dici seigneur y allast. Et bien tost après les Antrlols rendirent Le Mans, et tinrent ce qn'ils
avoient promis ; et fut la vigile de Pasques flories, l'an 1446.
Puis s'en vint mon dict seigneur le oonnestable à Tours devers le Roy , et de là à Partenay, et y fut un espace de temps. Et bien tost' après fut entreprins l'appointement du duc François et de monseigneur de Laigle , lequel ne voulut point venir en Bretaigne , si monseigneur le connestable n'y estoit. Et l'amena mon dict seigneur à Nantes devers le duc , et y fut longuement, et en la fin fist l'appointement ainsi comme on peut sçavoir. Monseigneur Gilles dist aulcunes paroles à messire Jehan Hingant , qui estoients fort rigoureuses, dont il fist le rapport au duc François. Et en celle saison le duc François vint devers le Roy , et aussi feit monseigneur le connestable; et fut pourchassée devers le Roy la prinse de* monseigneur Gilles , sans le sceu de monseigneur le connestable ; et fut donné à entendre beaucoup de choses au Roy et au duc François. Et fut conclu que messire Regnauldde Denesay iroit pour faire l'exécution , et meneroit les cent lances de monseigneur le grand senesehal.
Et quand le duc fut party et les gens d'armes, le Roy le dist à monseigneur le connestable , lequel parla bien à luy , en disant qu'il ne fâisoit pas bien de vouloir ainsi destruire la maison de Bretaigne ; et que par autre moyen pouvoit bien appaiser la chose , sans mettre le duc et son frère telle manière en guerre et dissention. Et fut mon dict seigneur tres-mal content. Lors le Roy luy dist : « Beau cousin , pourvoyez y , » et faictes diligence ; ou autrement la chose » ira mal : car le duc et les autres vont tous dé- » libérez de le prendre, et mettre en la main du » duc. » Et ainsi se partit monseigneur le connestable tres-mal content , et s'en vint en Bretaigne après le duc : mais ne le peut atteindre que la chose ne fust parfaicte , et arriva à Dinan avant que monseigneur Gilles fust amené, lequel avoit esté prins par messire Rcguauld de Denesay. Car quand monseigneur Gilles sceut que c'estoient les gens du Roy , il leur fist ouvrir la porte du Guildou : et ainsi estoit bien aisé à prendre; puis fût amené à Dinan, comme dict est. Et lors monseigneur le connestable requist au duc qu'il luy pleust veoir son frère ; et fht amené monseigneur Gilles au chasteau de Dinan , et là vint le duc , et monseigneur le connestable, et monseigneur Pierre. Etmonseigneur Gilles se meit è genoiiils, et monseigneur le connestable, et monseigneur Pierre, supplians au duc qu'il luy pleust avoir mercy de son frère , en pleurant tous trois en toute humilité. Mais le duc ne s'en flst que rire , et n'en tint
laa
HlSTOIfiS DARTUS III
compte ) pour quelque chose qu'ils luy peussent dire ny faire. Et quand monseigneur le connestableveid cela, il se départit , et s'en vint à Rennes, puis à Nantes et à Partenay, et là séjourna, jusques à ce qu'il sceut au certain que le duc avoit assigné ses Estats à Redon. Et là cuidoient condamner monseigneur Gilles par les Estats ; mais mon dict seigneur le connestables'y rendit, et parla privément avec aucuns des seigneurs de Bretaigne et autres , tant que la chose fiitrompiie, et ftit le duc mal content de luy. Puis s'en revint mon dict seigneur à Partenay, et puis tira à Chinon devers le Roy.
L'an 1447 , y eut à Chinon une belle assemblée de seigneurs devers le Roy , et y vint le duc François. Et y estoient monseigneur le Daulphin, le roi de Sicile, monseigneur d'Orléans, monseigneur de Bourbon, monseigneur d'Alençon, monseigneur du Maine; et de là monseigneur le connestable alla veoir Madame à Partenay. Et cependant monseigneur de Nevers print le logis de mon dict seigneur le connestable, et avoit autre logis en la ville, et mon dict seigneur n'avpit que celuy. Et quand il arriva il voulut venir à son logis, et on luy dist que monseigneur de Nevers y estoit , et n'en vouloit partir. Mon dict seigneur vint tout droict descendre au dict logis, et trouva monseigneur de Nevers , et luy dist que c'estoit son logis , et qu'il falloit luy laisser , et qu'il avoit autre logis, et qu'il s'en allast; et l'autre dist qu'il n'en bougeroit, et mon dict seigneur dist que Si feroit. En la fin fallut que monseigneur de Nevers s'en allast assez tost. Et depuis en itirent grandes paroles devant le Roy , et s'y rendit toute la seigneurie. Et dist monseigneur de Nevers que le logis luy estoit demeuré pour l'amour de l'ofQce; et Monseigneur luy dist que quand il ne seroit que Artus de Bretaigne, qu'il le garderoit bien de le desloger. Et forent Monseigneur de Bourbon et monseigneur d'Eu pour accompaigner monseigneur de Nevers ; et monseigneur n'y mena que luy et ses gens; dont le roy de Sicile, et monseigneur d'Alençon, et monseigneur du Maine, furent mal contents qu'ils n'y avoient esté pour l'accompaigner. Et fiit mon dict seigneur mal content du duc François : car il estoit en la présence devant le Roy, et n'y dist oncques mot, dont beaucoup de gens furent desplaisans ; et assez tost après furent bons amis. Et bien tost après Monseigneur s'en vint à Partenay , et y passa la plus part de celle saison.
L'an 1448, la vigile de Nostre Dame de mars, furent prins la ville et chasteau de Fougères d*eschele parles Anglois , dont estoit chef messire François de Surienne, dict l'Arragonnois,
' dont les trefves furent rompues. Et le vint din à monseigneur le connestable à Partenay Michel Mâchefer; et pareillement le Roy rescriiit à mon dict seigneur. Et le plus tost qu'il peut se partit de Partenay , et manda tous ses gens, et tira à Nantes et de là à Rennes, et là troinale duc, qui fût bien aise de sa venue : si fottoct le monde. Et lors commencèrent à conclarece qu'ils avoient à faire par le bon advis etoonscii de mon dict seigneur; et en attendant querarmée fùst preste, il conseilla de fortifier la fille de Sainct Aulbin. Et luy mesme se partit le dernier jour d'apvrii , et alla coucher au dict lien. Et là vinrent monseigneur le maresdtal de Loheac , Joachim Rouault , Odet d'Aidie etBe nisot, qui par le congé du Roy vinrent servir le duc. Et y avoit une belle compaignéetnitde Bretaigne que de France , et bien tost fût Saiset Aulbin fortifié. Puis tira mon dict seigneur i Rennes devers le duc , et bien test après ^• rent le duc et mon dict seigneur à Sainct Âolbin , et ftit faict des courses devant FoQgm et à l'une des fois saillirent les Anglois, et y en eut de prins et de morts.
Et cependant arrivèrent les cent lanees de monseigneur le connestable, que messire Geoffroy de Ck)uvran et Olivier de Bron amenereot; et dura la chose une pièce , et y forent faictes des sommations tant du Roy que du duc, et ambassades d'un costé et d'autre. Et puis quand on veid que ce n'estoit que dissimulatioo, «o commencea à faire guerre en Normandie ; et fot prins le Pont de l'Arche et Gondies par nxnseigneur le grand seneschal et Flocquet, et crièrent Bretaigne. Et le Jour de Sainct Pierre fol prins Beuvron ; et y estoit monseigneur Ja^ ques de Sainct Paul , lieutenant de MonseigiKQf ^ avec luy monseigneur de Loheac et monscigoror deDorval; et y vint mon dict seigneur, i»i$ retourna devers le duc à Rennes. Puis feireol une entreprinse à la requeste de monseignev de Touteville sur Tombelaine , et y fut doDoe i'assault; et par faute d'escheles fut faillie*^ prendre d'assault , et en debvoit mon dict seigneur de Touteville fournir. Puis feirent autw entreprinse sur Mortaing , et y allèrent pwf faire l'exécution monseigneur le marescbal de Loheac, monseigneur Jacques de Sainct Panl* lieutenant de mon dict seigneur le connestable. monseigneur de Montauban , marescbal de Br^ taigne, monseigneur de La Hunaudaye, inooseigneur de Dorval, et Joachim Rouault, et plusieurs autres; et fut donné I'assault, qui data depuis sept heures au matin jusques à la Dui^^ Et vous certifie qu'ils se deffendirent très-bieoi et le lendemain se rendirent ; et n'y avait pto
Dire DE BBSTAIGNE ST COUTE OE BICHEMOKT.
homme en la place que cinq, qu'ils ne fussent | blessez , et beaucoup de morts , et y eut faict de belles armes. Puis s'en retourna l'armée à Sainct Jame de Beuvron, et de là à Sainct Aulbin; et demeura pour monseigneur de Lolieac , monseigneur de La Merveille , à quinze lances. Et pour Joaehim, Micheau Guarangier, à quinze lances.
Et puis après le duc -et mon dict seigneur feirent leur armée; et feit tant Monseigneur que le duc entra en Normandie malgré tout son conseil, et vinrent mettre le siège à (Constances ; et y arriva Tavant-garde des le soir devant , en laquelle estoient le mareschal de Loheac , monseigneur Jacques de Sainct Paul , lieutenant de monseigneur le connestable , monseigneur de Bossac, monseigneur de Briquebec, et les cent lances de mon dict seigneur le connestable, et partie des gens de sa maison , et Joachim Rouault , Odet d'Aidie y et Denisot , et plusieurs autres. Et le lendemain arrivèrent le duc et monseigneur le connestable, accompaignez de monseigneur de Laval, de monseigneur de Dorval , de monseigneur de La Hunaudaye , de monseigneur de Malestroit, de monseigneur de Goetquen et de monseigneur Du Pont, et de la plus part des seigneurs, chevaliers et escuyers de Bretaigne. Et Tautre partie estoit avec monseigneur Pierre , pour mettre le siège à Fougères. Et celuy soir fut faicte la composition, et le lendemain fut rendiie; et partit l'avantgarde pour aller à Sainct Lo, et vinrent gaigner le l(^s.
Et le lendemain arrivèrent le duc et monseigneur le connestable à tout la bataille , et dedans deux Jours Ait faicte la composition , et se rendit Sainct Lo. Et. bien tost après on alla devant Carentan, qui gueres ne dura, et fut prins par composition ; et aussi le pont de Doue , et la bastille de Beusiville , et La Haye du Puis , Briquebec, Le Hommet, et Lausné ; et après fut le siège mis à Valongnes, qui gueres ne dura. Puis le duc et son conseil tascherent à s'en revenir au siège qu'il avait faict mettre devant Fougères , qui lui tenoit au cœur : car c'estoit en son pays; et s'en voulut revenir. Et en s'en revenant , par le conseil de monseigneur le connestable il feit mettre le siège devant Gauray , et y vint monseigneur Jacques de Luxembourg, aecompaigné de beaucoup de gens de bien , et y fut deux jours. Puis monseigneur de Blot alla quérir monseigneur le connestable , et le lendemain y vint.
Et Asa veniie fut prins le boulevart par monseigneur Jacques de Luxembourg , et ceulx qui Soient avec luy. Et le Jour après fut la place
rendiie par composition, et demeura en la main du dict monseigneur Jacques de Luxembourg. Puis le duc et Monseigneur tirèrent au siège de Fougères, et là trouvèrent monseigneur Pierre, et plusieurs seigneurs de Bretaigne, qui là tenaient le siège ; et se logea le duc devant une des portes, et monseigneur le connestable devant l'autre ; puis feirent assortir l'artillerie , et y faire des approches <, et tout ce qui s'y pouvoit faire. Et les Angiois feirent une saillie, et furent bien reboutez. Puis après fut prins un des bou* levarts , et y fût perdu des gens d'un oosté et d'autre. Puis au long aller fût faicte composition, et se rendirent les Angiois leurs vies saulves et leurs biens , et encores eurent ils de l'argent. Puis s'en vint le duc à Bennes, et monseigneur le connestable s'en vint à Partenay , et y séjourna celuy hyver. Et cependant les gens de mon dict seigneur qui estoient en garnison à Gauray , et ceux de Sainct Lo et de Constances, feirent une destrousse sur les Angiois de Vire et de Donfront , et y eut des gens morts de tous les costez ; mais le champ demeura à nos gens. Et furent morts et prins et mis en fuite tous les Angiois, et fut la chose bien combatûe.
L'an 1449 , monseigneur le connestable environ la Chandeleur se partit de Partenay pour venir devers le duc, et pour tirer en Normandie vint à Nantes ; et furent les eaiies si grandes que ce fîit merveilles, et séjourna huict ou dix jours. Et la cause estoit pource que messire Boland de Coisic luy dist qu'il y avoit un sorcier. Et sur toutes choses desiroit de faire justice de tous sorciers et erreurs contre la foy ; et dés l'heure l'eust faict brusler , si n'eust esté l'evesque Guillaume de Malestroit. Et lors y eut grande question entre eulx dessus ce sorcier. Puis après ce partit, et tira à Dinan devers le duc. Et là vinrent les nouvelles que les Angiois estoient descendus à Cherbourg, et qu'ils avoient assiégé Valongnes, et y furent le caresme jusques à la sepmaine saincte. Puis se paitit monseigneur le connestable , et à son parlement monseigneur de Montauba^ luy vint dire : « Monseigneur , je vous advertis que on veult » faire mauvaise compaignée à monseigneur » Gilles vostre nepveu , et je m'en descharge ; » et incontinent Monseigneur le vint dire au duc. Et y eut grande altercation, et lui demanda qui le luy avoit dict , et il dist que ce avoit esté monseigneur de Montauban; et lors le duc se courrouça très-fort à monseigneur de Montauban, et luy voulut courir sus, qui ne l'eust destoumé. Monseigneur le connestable avoit cuidé mener le duc en Normandie, lequel avoit grande
HISTOIBE D ABTUS IH
envie d^ aller , si n'enst esté son conseil , par qui il fiist destourné. Et quand Monseigneur veid cela, il print congé, et s*en alla faire ses pasques à Dol ; et au partir le duc luy fist promettre qu'il Fattendroit à Dol jusques au lundy après Pasques, et ainsi le feit mon dict seigneur. Et le duc se voulut rendre à Dol , ainsi quMl avoit promis : mais les gens de son conseil Ten gardèrent. Et demeurèrent beaucoup de gens qui avoient grande envie d'aller avec mon dict seigneur, et dirent au duc qu'il les laissast aller; et que si mon dict seigneur avoit grand nombre de gens, qu'il combattroit les Anglois , et mettroif tout à Tadventure. Ainsi demeurèrent ; mais depuis s'en repentirent.
Quand mon dict seigneur veid cela , il print congé du duc, et s'en alla accompaigné de monseigneur de Laval, de monseigneur le marescbal de Lobeac, de monseigneur Jacques de Sainct Paul, de monseigneur de Bossac , et de monseigneur de Dorval , et de plusieurs gens de sa maison, où y avoit belle compaignée, et bonne. Et vinrent plusieurs le conduire , et entre les autres Le Bourgeois, auquel il dlst : « Jamais Je » ne te tins demeuré de bonne besongne Jusques » à ceste fois ; » et Bourgeois luy respondit tout en larmoyant : « Je sçay, Monseigneur, que » vous ne combatrez point. » Et lors Monseigneur luy dist: « Je voùeàDieuqueJeles verray, » avec la grâce de Dieu, avant retourner. » Et ainsi tira son chemin , et alla coucher à Grandville, et le lendemain à Constances. Et là eut des lettres de monseigneur de Clermont, de monseigneur de Castres, de l'admirai de CoiUvi, et du grand senescbal ; et en effect lui rescrivoient que les Anglois avoient pris Yalongnes , et que encores estoient au dict lieu , et qu'il leur sembloit qu'il debvoit tirer à Sainct Lo ; dont Monseigneur fut bien mal content. Et toutesfois le fist il , ppurce qu'ils le luy avoient rescript, et tira à Sainct Lo. Et celle nuict luy envoyèrent un poursuivant qui arriva à Sainct Lo au poinct du Jour, qui lui vint dire que les Anglois estoient passez le Vez, et qu'ils tirolent à Bayeux; et qu'il se rendfst à Triviere , et là se rendroient à luy, et qu'ils chargeroient tousjours les Anglois en l'attendant. Et au poinct du Jour mon dict seigneur fut le premier qui' ouy t appeller lé guet, et fist lever gens pour ouvrir la porte, et incontinent feit sonner ses trompetés à cheval , et s'arma bien diligemment , puis ouyt la messe.
Le quinziesme Jour d'avril l'an 1450, après que monseigneur le connestable eut ouy la messe à Sainct Lo, il alla à la porte de l'église et monta à cheval , et n'avoit pas six hommes avec luy au partir ; puis chevaucha environ une lieiie,
et s'arresta pour mettre ses geiïis en bataille; puis fist ses ordonnances , et mist le hastard de La Trimoûille à bien quinze ou vingt lances devant. Apres envoya son avant-garde, en laquelle estoient monseigneur Jacques de Sainct Paul, monseigneur le marescbal de Loheac, monseigneur de Bossac , et leurs archers. Puis ordonna pour gouverner ses archers mtsâie Gilles de Sainct Symoil , messire Jehan de Malestroit, et Pfailippesde Malestroit. Puis ordonna pour la garde de son corps certains gentilshommes, dont les noms ensuivent : premier, Règnauld de Voluire, Pierre Du Pan, Yvonde Tréenna, Jehan Budes, Hector Meriadec, Jehan Du Bois, Colinet de Lignieres, et Guillanne Gruel. Puis ordonna gens pour l'arriere-garde, et chevauchar en bonne ordonnance le plus diligemment que faire se pouvoit , et tant qne les premiers de ses gens arrivèrent à Trivieres, où bien tost après il arriva. Et à l'heure qu'il arriva, les Anglois saillirent de leur batailie environ quatre cent, qui meirent en fuite bien treize cent archers de ceulx qui estoient du costé de monseigneur de Clermont, et gaignerentdes coulevrines dont on leur faisoit guerre. Et si n'eussent esté les gens d'armes qui tinrent bon, Je croy qu'ils eussent faict grand ouHraigeànos gens.
Et comme Monseigneur arriva à un monlio à vent qui y est, tout estoit naeslé, et le plu^to^ qu'il peut âst partir partie de son avant-garde, et ceux qui gouvernoient ses archers ; et les archers allèrent passer au bout de la bataille des Anglois-, et de ceulx qui avoient faict la saillie sur nos gens. Nos dicts archers en tuèrent bien six vingt. Puis apresmon dict seigneur vint passer après ses archers au plus près de la batailk des Anglois : puis s'approchèrent la batailie et archers de nos gens. Et vinrent à monseignenr le connestable monseigneur de Clermont, nwnseigneur de Castres , monseigneur Tadmiral de Coitivi , monseigneur le grand seneschal, dm*" sire Jacques de Chabannes , Joachim Rouaolt, messire Geoffroy de Couvran , Olivier deBron? Odet d'Aidie , Jehan de Roussevinen, et tonte leur bataille , et Joignirent nos batailles ensemble. Puis monseigneur le connestable dist à monseigneur l'admirai : « Allons , vous et moy, vcoir a leur contenance ; » et mena mon dict seigneur l'admirai entre les deux batailles , et luy demanda : « Que vous semble , monseigneur Iw- » mirai , comment nous les devons prendre, «» » par les bouts , ou par le milieu ?» Et loR l'a»* mirai respondit à mon dict seigneur qu'il ^^' soit grand doubte qu'ils demeureroicnt en leur fortification ; et Monseigneur luy dlst : • Je voue
bue DE BfiETAIG?iE Et COMTE DE BlCHfiMONT.
» a Dieu , ils n'y demeureront pas, avec la grâce » de Dieu. » Et à celle heure monseigneur le grand senescbal Iny vint demander congé de faire desoendrci son enseigne à un taudis que les Anglois avoient faict ; et Monseigneur pensa un peu, puis Juy dist qu'il estoit content, et bien tost après ^es gens furent au taudis. £t incontinent sans plus dire tout le monde s'assembla pour donner dedans , et ainsi fut faict; et n*arrestèrent point les Anglois , et tous furent desconfits, morts et prins, et en fuite bien six mille»'Et ftit prins monseigneur Thomas Kyriel, qai estoit lieutenant du roy d'Angleterre, et messire Henry de Norbery, et Jennequin Baquier , qui fut prisonnier d'Eustache de L'Espinay , et Mathago s'enfuit.
Et ainsi furent les Anglois desconflts. Et couchèrent Monseigneur et les autres seigneurs et capitaines , sur le champ , les uns à Formigny , et les autres à Trivieres. Puis Monseigneur fist iMiller de l'argent pour enterrer les morts : aussi feit monseigneur de Glermont. Et le lendemain allèrent couchera Sainct Lo , et menèrent leurs prisonniers, et allèrent eulx rafraischir et faire penser les blesse2. Et envoyèrent devers le Roy, pour sçavoir où ils irolent mettre le siège , ou à Vire, on à Bayeax. Le Roy leur manda qu'ils Hûssent le siège à Vire : et ainsi le feirent , et y YÎDrent tous ceulx qui avoient esté à Formigny ; et bien tost se rendirent ceux de Vire , et leur fut ordonné quatre mille escus pour la rançon de leur capitaine messire Henry de Norbery. Et fut pour se haster pour aller devers le duc François , qui venoit mettre le siège à A vranches. Et monseigneur le connestable, après qu'il ^ut eu la possession de y ire, il en partit; et avec Iny monseigneur de Lafval, monseigneur Jacques de Cliabannes , monseigneur le mareschal de l^iieac, monseigneur de Boussac , monseigneur de Dorvai , et tous les autres gens de sa maison. Et messire Geoffiroy de Couvran , Olivier de Bron et Jehan de Rosinbinen , à tout leur charge, et monseigneur de Glermont et son autre bande, s en allèrent Joindre avec les autres gens du Roy, pour mettre le siège à Bayeux.
Et le dernier Jour d'apvril l'an que f^essus 1^50, arriva monseigneur le connestable à Avranches , et là trouva le duc et les seigneurs deBretaigne ; et estoit mon dict seigneur grandement accompaigné. Et celle nuict logea à Pons ^bs Avranches , pource qu'il n'avoit point en- <^Ks de logis. Puis le lendemain , premier jour demay, vint au siège, et bien tost luy vinrent les nouvelles que monseigneur Gilles son nepveu ^oit mort , dont il lût bien courroucé ; puis le doc le luy dist, et eurent grandes paroles en-