‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 33 sur 157 · C. D. H., T. III · texte numérisé non relu

C. D. H., T. III

semble : toutesfois la chose se dissimula pour i'iieure , de peur de plus grand scandale. Puis fut assise l'artillerie, tant bombardes que engins volans , et autre artillerie; et fut fort batuë la dicte ville d'Avranches, tant qu'elle estoit prenable d'assault ; et fut faicte composition , et la rendirent les Anglois leur vie saulve j et perdirent tous leurs biens. De là s'en vint le duc au mont de Sainct Michel , et ja estoit malade ; et monseigneur le connestable le vint conduire Jusque là. Puis se disposa de s'en aller à Bayeux , où estoit le siège ; et mena avec luy ceulx qui avoient esté à Formigny , et le duc s'en retourna en Bretaigne. Puis envoya après mon dict seigneur monseigneur de Montauban, mareschal de Bretaigne , qui amena cent lances , et les archers. Puis mon dict seigneur )h*a à Bayeux , et avant qu'il y fust il estoit rendu.

Et cependant alla monseigneur Jacques de Sainct Paul devant Sainct Sauveur le Vicomte. Puis après y alla monseigneur le mareschal de Loheac et celuy de Bretaigne , et autres gens de Monseigneur; puis fut la dicte place rendue , puis s'en vinrent devers Monseigneur. Et la vigile du sacre, se partit monseigneur le connestable de Bayeux pour aller mettre le siège devant Gaen , et alla Ic^er sur les champs à deu)c lieiies de Gaen , à un villaige nommé Ghens, et n'en partit point jusques au lendemain du sacre. Et le vendredy matin se rendirent à luy ceux qui avoient esté à Formigny : c'est à sçavoir monseigneur de Glermont , monseigneur de Gastres , monseigneur de La Tour, monseigneur l'admirai de Goitivi , monseigneur le grand senescbal , messire Jacques de Ghabannes, avec la belle compaignée qu'il avoit. Et vous certifie que c'estoit belle chose que de veoir sa compaignée , et bien à redoubter. Et vint loger du costé devers l'abbaye de Sainct Estienne luy et monseigneur de Glermont , et tous les autres seigneurs et capitaines ; et y avoit bien huict cent lances à ce siège , oultre les archers. Et de l'autre costé devers Falaise campèrent les gens du Roy , c'est à sçavoir monseigneur de DuAois, qui estoit chef de celuy costé , et Poton. Puis environ huict ou neuf jours après, le Roy vint passer à un pont qu'on avoit faict sur la rivière au dessus de Gaen , et le roy de Sicile et monseigneur du Maine y estoient bien accompaignez; et alla loger en une abbaye nommée Ardenne. Et mon-^ seigneur d'Eu et Monseigneur de Ncvers, et certain nombre de gens qu*on leur avoit baillés, allèrent loger à l'abbaye des Dames , de l'autre costé de la ville de Gaën.

Puis après on commença du costé de monseigneur le connestable à faire des approches oou-

HISTOIBB D*AJITU8 Itl ,

vertes et desoouvertes , dont Le Bourgeois en conduisoit une , et messire Jacques de Ghabannes Tautre : mais celle du Bourgeois fut la première à la muraille, et puis l'autre arriva , et fut minée la muraille en Tendroict. En telle manière que la ville eust esté prinse d'assault , si n'eust esté le Roy qui ne le voulut pas , et ne voulut bailler nulles bombardes de ce costé , de peur que les Bretons n'assaillissent. Et si y avoit dedans la ville le duc de Sombresset , et bien tois mille Anglois , sans ceulx de la viile. Puis Alt faicte la composition , et s'en allèrent le duc, et les dames, et tous les Anglois, eulx et leur bagage saulfe ; et furent amenez les ostages à monseigneur le connestable, entre lesquels estoit un nommé Ver, lequel estoit parent du poy d'Angleterre ; Hue Spencier, et messire Charles de Hermanville ; et Jusques ft douze ostaiges , dont avoient la garde messire Gilles de Sainct Symon , Guillaume Gmel , et Jehan de Benais. Puis fut rendue la ville et le chasteau , et apportées les clefs à monseigneur le connestable ; puis alla conduire le duc et la duchesse de Sombresset.

Bien tost après fût conclu que Monseigneur iroit mettre le siège devant Cherbourg ; et le Boy et son autre armée alla mettre le siège devant Falaise. Et ainsi se partit mon dict seigneur ; et avec luy monseigneur de Clermont , et l'armée qu'il avoit à Formigny ; et le mareschal de Bretaigne tira à Carantan et à Yalongnes , et de là à Cherbourg , et fût mis le siège à Cherbourg. Et se logea mon dict seigneur d'un costé , et monseigneur de Clermont de l'autre. Et l'admirai de Coitivi , et le mareschal , et Joachlm de l'autre costé , devant une porte. Et y fut le siège bien un mois , et y furent rompues et empirées neuf ou dix bombardes , que grandes , que petites. Et y vinrent des Anglois parla mer, entre autres une grosse nef nommée la nef Henry ; et y commença un peu de mortalité ; et y eut Monseigneur bien à souffrir , car il avoit toute la charge. Puis feit mettre quatre bombardes devers la mer en la grève , quand la mer estoit retirée. Et quand la mer venoit , toutes les bombardes estoient couvertes, manteaux et tout, et estoient toutes chargées , et en telle manière habillées , que dès ce que la mer estoit retirée on ne faisoit que mettre le feu dedans , et faisoient aussi bonne passée comme si elles eussent esté en terre ferme. Dont les Anglois furent plus esmerveillez que de nulle autre chose ; et iliec fut tué monseigneur l'admirai de Coitivi d'un canon , dont Monseigneur Ait trescourroucé : car ce fut dommage. Puis environ huict ou dix jours après fût tué Le Bourgeois

d'une coulevrine : dont ce fût grand perte et dommage ; et furent tous deux tuez en une trachée qu'ils falsoient faire.

Puis après les Anglois feirent composition, et baillèrent ostaiges à monseigneur le ooimestable, lequel les bailla en garde à messire Gilles de Sainct Symon, Guillaume Gruel, et Jehan de Benais. En ce temps furent apportées les nouvelles de la mort du duc François. Puis après la ville et chasteau de Cherbourg furent rendus en la main de mon dict seigneur, lequel les bailUà garder à monseigneur l'admirai de Bueil et à ses gens. Et fût l'an 1450, la surveille de la lojraoust. Etcejour se partit mon dict seigneur le connestable, et vint disner à Yalongnes, et de là tin à Carentlan , à Caën, et de là à Falaise, et à Alençon , et au Mans , et au chasteau du Loir, où le Roy estoit, qui l'avoit attendu trois Joon, et vouloit parler à luy pour aulcunes chosn^et aussi touchant le gouvernement de Nonnandie. Puis après que mon dict seigneur eut parlé an Roy , et conclu ce qu'ils avoient à faire , le Bot se partit, et alla à Vaniours, et mon dict seigneur àPartenay devers Madame ; et y fût un bien peu : car le duc Pierre l'envoya quérir pour estre à sa feste à Rennes, et là furent huict jours, jnis s'en vinrent à Nantes faire rentrée du due.

En l'an que dessus, environ la Toussainds, allèrent le duc Pierre et monseigneur le connestable devers le Roy, et le trouvèrent à Honthason ; et là feit le duc au Roy telle redebmee comme il debvoit à cause de la duché, et bonmage à cause de la comté de Monttfort; et forent environ quinze Jours à Montbason devers le Bo) ^ puis s'en vinrent à Tours , et de là à Nantes par la rivière. Et deslogerent du dict lieu de Tours au poinct du Jour, pource que monseigneur le connestable avoit faict prendre Olivier de Mes à Marooussis près Paris, par Eustache deUEspinay et Olivier de Quden , et certain nombre d'archers , et l'avoit faict tirer par la ritiere à Nantes, nonobstant quelconque opposition ou appellation, pour en faire Justice, et pour venger la mort de monseigneur Gilles son nepveu. £tfa fut le Roy et ceulx de son conseil tres-conrroo* cez : mais il falloit ainsi l'endurer. Puis se passa celuy hyver, et s'en vint mon dict seigneur à Partenay, et y fut jusques au temps Douveso. Puis alla devers le Roy à Loches, et fbt l'an 1451. Et le Roy luy bailla la change de la basse Normandie , et s'y en alla, et y fût toute «Jl< saison. Puis s'en vint à Partenay, et de là tira devers le Roy à Tours , et y fût certain xm^ Puis le Roy le renvoya en Normandie, et fat Tan ,1452, et luy bailla charge de veoir toutes les monstres de tous les arens d'armes estans f«

htSC DE BRKTAIGZIE St GOMTt Dfe aiCHBMONT*

Normandie, et de sçavoir comme tout le pays estoit gouverné, et d'y donner la provision. Et lors alla mon dict seigneur à Gaen et à toutes les bonnes villes de Normandie , et y Ait toute celle saison ; puis s'en vint à Partenay veoir Madame, fit bien tost après alla devers le Roy, lequel voulut qu*il retoumast en Normandie , et qu'il y menast madame sa femme.

L'an 1469, mon dict seigneur s'en vint devers le duc Pierre son nepveu, puis s'en retourna en Normandie à Vire , et là se rendit madame sa compaigne , et y fut certain temps. Et de là s'en alla demeurer à Falaise, et y iturent une bonne pièce. Puis ne se trouva pas à son aise, et s'en revint à Partenay.

L'an 1454, retourna ma dicte dame en Normandie, et logea une saison à Séez, et cependant Monseigneur alloit par le pays; puis' s'en revinrent à Partenay, et y furent Jusques au temps nouveau.

L*an 1455 , monseigneur le connestable alla devers le Roy à Bourges , et y fût long temps : pois flst venir Madame auprès de Bourges à Yssouldun ; puis y vint le duc Pierre devers le Roy, et là vint le cardinal de Touteville. Et bien tost après le Roy envoya monseigneur le connestable et monseigneur de Dunois devers le duc de Savoye à Genève. Et là le duc les récent grandement , et y firent bien un mois. Puis s'en tiorent devers le Roy, et amenèrent quand et eulx monseigneur de Savoye et Madame, monseigneur de Piedmont et madame la princesse , et s'en vinrent par eafie jusques à Lyon sur le Bbosne , et de là vinrent à Sainct Poursain. Et furent devers le Roy à une petite place près Saavigny, et y furent plusieurs fois , et au dict lieu de Sainct Poursain tout l'hyver. Et là vint le cardinal d'Avignon , qui venoit en Bretaigne pour lever Sainct Vincent. Puis en caresme monseigneur le connestable print son congé , et s'en vint veoir Madame à Partenay, et y fut certain temps. Puis le Roy l'envoya à Paris , et voulut qu'il y demeorast un espace de temps pour auleuues cboses. Et cependant qu'il estoit au dict lieu de Paris , il fist l'appointement de ceulx de l'Université et des mendians. Et si avoit bien failiy le Roy à le faire , et tous les seigneurs de parlement ; et toutesfois ils furent contents d'en tenir ce que Monseigneur ordonneroit. Puis luy vinrent les nouvelles de la maladie de son nepven le duc Pierre ; et se partit de Paris , et s'en vint à Orléans, et y arriva la vigile de Pasques flories.

L'an 1456 , se partit d'Orléans mon dict seigneur le lundy de la sepmaine saincte , et s'en vint à Tours ; et là soeut que madame sa com-

paigne estoit fort malade. Et malgré tout son conseil laissa à tirer devers le duc Pierre , qui estoit aussi fort malade ; et tira à Partenay devers Madame , et y arriva le vendredy sainct , et y fut longuement , pour la maladie de ma dicte dame. Puis s'en vint à Nantes devers son nep» veu , et amena quand et luy Madame, et y fut longuement Jusques au deceds de son dict nepveu. Et cependant deux jours avant la mort de son dict nepveu, flst prendre messire Henry de Villeblanche, messire Michel de Partenay, Bo« gier et Ck)ethlogon, pource que tousjours avoit soupçon que messire Henry eust esté coupable de la mort de monseigneur Gilles son nepveu et cuidoit atteindre la chose. Et pour ceste cause, les avoit faict prendre pour eu cuider sçavoir la vérité. Le duc Pierre son nepveu trespassa le jeudy vingt et deuxiesme jour de septembre l'an que dessus.

Le vingt neuflesme jour du mois dWtobre l'an 1456 , se partit monseigneur le connestable de Nantes , pour aller à Rennes faire son entrée et feste ; et là feit la feste de Toussaincts ; et y avoit belle compaignéede seigneurs, barons, chevaliers et escuyers : entre lesquels estoient monseigneur d'Estampes , monseigneur de Maillé , monseigneur de Laval , monseigneur de Rohan , monseigneur Jacques de Sainct Paul , monseigneur de Gavre , monseigneur de La Roche , monseigneur de Gueméné , monseigneur de Ma* lestroit , monseigneur d'Orval , monseigneur de Quintin , monseigneur de La Hunaudaye, monseigneur de Ck>êtquen, monseigneur Du Pont , monseigneur L'Admirai , et tous les autres seigneurs qui n'estoient morts ny malades , ou enfans. Et bien tost après s'en vint à Nantes faire son entrée , et y Ait Jusques après la feste des Roys. Puis le Roy lui flst sçavoir qu'il allast devers luy à Tours bien accompaigné, tant d'evesques que d'autres seigneurs de son pays , chevaliers et escuyers, pour cause d'une grande ambassade du roy de Hongrie , qui estoit venue devers luy pour le mariage de madame Magde* laine sa fille. Et cependant qu'ils estoient à Tours , vinrent les nouvelles que le roy de Hongrie estoit mort ; et ne mena pas tant de gens comme il eust peu , nonobstant que il alhi bien accompaigné. Et fût l'an 1457.

Et passa par Angers, où il ftit bien receu , et y fut huict Jours : car il fut malade de colique ; et puis tira son chemin à Tours , et arriva devers le Roy au dict lieu de Tours, et vinrent au devant de luy tous les seigneurs et gens du Roy, et vint descendre au logis du Roy. Et faisoit porter devant luy deux espées à Phitippes de Malestroits , sonescuyer d'escuyric. L'une a

HISTOIBE D ABTUS III,

cause àe la duché de Bretaigne , et l'autre à cause de Tofldce de connestabie. Et eut bonne chère de tout le inonde , et y fîit bien environ un mois. Puis voulut s'en revenir en son pays, et offrit au Roy faire telle redebvance qu'il demandoit à cause de la duché de Bretaigne. Et luy fut dict que le lendemain, qui estoit dimanche , il seroit receu ; et y vint cuidant estre receu. Et quand il fut venu, le Roy et ceulx de son conseil vouloient qu'il fist hommage lige , a cause de la duché de Bretaigne ; et mon dict seigneur respondit qu'il n'en feroit rien. Et pource qu'il n'estoit pas le plus fort, dissimula, et dist qu'il ne le feroit pas tant qu'il eust parlé aux Estats de son pays. Et sur ces termes s'en vint en son pays de Bretaigne.

Et vous certifie que jamais ne fust retourné devers le Roy, ni ne luy eust faict nulle redebvance, si n'eust esté pour saulver la vie à monseigneur d'Alençon son nepveu , qu'il alla à Vendosme. Et là feit la redebvance au Roy telle que ses prédécesseurs avoient faict, et non autrement; lequel luy tint et paravant avoit tenu plus estranges termes que à nul de ses prédécesseurs. Et me semble que c'estoit mal recogneu les grands, bons et loyaulx services qu'il avoit faicts à luy et au royaume : car oncques bien ne luy fiAt. Et pource que aucuns dient qu'il luy donna Partenay, Je le croy bien; mais ce fût malgré luy : car s'il l'eust eu en ses mains, jamais ne l'eust eu. Mais monseigneur de Partenay le feit son héritier, et luy bailla la possession, et feit faire à tous ses gens le serment à mon dict seigneur de luy estre bons, loyaulx et vrais obeyssans après sa mort. Et aussi furent ils, et luy furent bons et loyaulx.

Puis après la condemnation de monseigneur d'Alençon, le duc s'en vint en son pays. Et s'en vinrent ensemble lui et monseigneur d'Orléans Jusques à Frontevaux , pour veoir madame de Frontevaux leur nîepce. Puis prinrent congé l'un de l'autre, et s'en vint le duc en son pays. Pleust à Dieu que jamais n'eust esté à Vendosme : car onoques puis ne fut sain jusques à la mort, et plusieurs font grand doubte qu'elle fût advancée. Dieu en sçait la vérité. Le bon prince s'en vint à Nantes, et là fut bien receu, et y trouva la duchesse, et feit grand chère. Et bien tost après eut question contre l'evesque de Nantes, nommé Guillaume de Maiestroit; lequel luy fist du pis qu'il peut, et faisoit comme mauvais et desloyal homme : car le duc l'avoit fait evesque, et son oncle le chancelier s'estoit demis en luy, à la requeste du duc. Et le dict chancelier dist au duc : « Je ferois plus pour vous que pour hom- » me qui vive; mais, par le corps Nostre Dame,

» vous en repentirez : car c'est le plus roaii?ais » ribaud traistre que vous veistes onoqaes; etn » vous le congnoissiez comme moy,voittn'eD » parleriez jamais. »

Et depuis la Conception de Nostre Dame firt tousjours le bon prince malade jusques à Noël, nonobstant que toujours estoit sur pieds, et point ne se couchoit. Et jeusna les quatre temps; et la vigile de Noël se confessa, et le jour aussi; et fut à matines et à la messe de minuict, et à la grand messe du jour, et à vespres. Et le Jour de Sainct Estienne ouy t la messe, et dist ses heures à genoûils bien et dévotement, comme bon et loyal chrestien : car je croy que en son temps n'y avoit meilleur catholique que luy, ne qn plus aimast Dieu et l'Eglise qu'il faisoit, et le plus patient homme qui fût en son temps : car pour quelque reproche ou vilennieqneondist de luy, il ne vouloit point prendre veugeaDce,et du tout s'en soubmettoit en Dieu. Aussi Dieo luy a tousjours gardé sa bonne renommée, et plus après la mort que devant; ne poar quelques mauvais termes que luy tint le roy Charles son maistre, oncques ne dist mal de luy, ny ne laissa à le bien servir. Et sçay bien qu'il estoit remply de toutes bonnes vertus : car oncqoes ne luy ouyt-on blasphémer le nom de Dieu, et ne le pouvoit ouyr qu'il ne reprinst ceolx qni le blasphemoient , et les punissoit s'ils estoient tels qu'il le peust faire.

Oncques homme en son temps n'aima phB justice, ny ne meit peine de la fahre à son pouvoir qu'il faisoit. Onoques homme ne haytplos toutes hérésies, et sorciers et sorderes, qnll hayoit. Et bien y parut : car il en fdt plosbnD- 1er en France, en Poictou et en Bretaigne, qne nul autre en son temps. Et pouvoient bien en les sorciers et sorcières, et hérétiques, quand il mourut, que leur ennemy mortel estoit mort Oncques prince en son temps ne fut plus humble, ne plus charitable, ne plus miséricordieux, nejplus libéral, ne plus large, ne plus abandonné en bonne manière sans prodigalité. Et pour sa douceur, bénignité et bon recueil , a plus esté obey et fhict des choses, que n'eust faict par cruauté ou grands dons. Et outre ce, a esté le moins avaricieux prince qui fust en sontemps, et bien y a paru en plusieurs manières. Car dès l'heure qu'il print l'espée, le Boy lui offrit ia duché de Touraine : mais pource qu'il veoit te Boy avoir fort à besongner, et le royaume en grande nécessité , refusa pour lors la diète doché, disant qu'il ne la prendroit point jusquess ce qu'il eust faict quelque grand serviceau Roy et au royaume, et que le Boy fust au dessus de ses besongnes , nonobstant que le roy Charles

DUC DE BfifiTÂ.lGNB E'H COMTB DE filCHEMONT.

sixiesme de ce nom, la luy avoit donnée; et par aucun temps veis qu'il s'en appeloit duc.

Et suis certain que s'il eust voulu croire aulcuDs de son conseil à la prise de Paris, et avoir excédé les termes de raison , il eust gagné deux cent mille escus : mais il ne l'eust pour rien fiict, et ne gaigna rien que bonne renommée et Tamour des gens. 11 eatoit preudhomme, chaste et vaillant autant comme prince peust estre, et me semble que homme ne debvoit rien craindre en sa compaignée : car homme en son temps ne fnt de meilleure conduicte que luy pour conduire une grand bataille ou grand siège, et pour toutes approches en toutes manières* Et tous les jours au moins une fois la Journée plirloit de la guerre, et y prenoit plaisir plus que à nulle autre chose. Sur toutes choses aimoit gens vaillans etbien renommez, et aimoit et soustenoit le peuple plus que nul autre, et faisoit largement des biens aux pauvres mendians, et autres pauvres de Dieu. Et quand Je ne cesserois jamais de dire, je n'en sçaurois dire la dixiesme partie de oe que je croy et pense qu'il en a faict.

Geluy l)on duc trespassa de ce monde le Jour deSainct Estienne, lendemain de Noël, environ six heures après midy, et rendit à Dieu son esprit le vingt-sixiesme Jour de décembre l'an 1557; et repose son corps en l'église des Chartreux près Nantes, lesquels furent fondez par luy eu une église , laquelle s'appelloit auparavant la Ctiapelle au Duc, que le bon duc Jehan son père avoit fondée, et depuis l'augmenta, et feit édifier le monastère. Et depuis sa mort la duchesse Catherine son espouse a faict parachever les cloistres, faict faire les chaires, donné calices, livres, chappes, chasubles, avec leurs appartenances, et faict beaucoup d'autres biens.

Pour ce, tous ceulx et celles qui liront ce livre et le oiront lire, veuillent prier pour Tame du l)on prince I que Dieu luy veuille pardonner ses meffaicts, et pardonner à celuy qui a dicté ce livre, et mis eu escript partie des faicts de bon duc Artus ! Car il ne sçauroit si bien faire comme il le sçait et pense, et la plus part en a veu, au moins depuis qu'il fut conneslable de France , et ce qui est auparavant a ouy dire de la bouche au bon prince, et à ceulx qui estoient avec luy en sa compaignée , avant qu'il iust oonnestable. Et n'y a rien mis qu'il a peu sçavoir qui ne soit à la vérité.

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Lettres par lesquelles le roy Charles VI /pourveoit Artus de Bretaigne, comte de Richemontj de V office de connestable de France. A ChinoUy l'an 1424^ le 7 du mois de mars.

Chaales, par la grâce de Dieu roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront , salut. Comme depuis que l'office de connestable de France a esté dernièrement vacant n'ayons pourveu à iceluy office, parquoy, et par défault de chef principal sur le faict de nos guerres, se soient ensuivis plusieurs inconveniens, au grand préjudice de nous et de nostre seigneurie , et aussi se seroient faictes sur nostre peuple plusieurs pilleries et autres oppressions, à nostre très-grande desplaisance : scavoir faisons que voulons pour ce pourveoir au dict office de connestable de personne qui sur nos gens d'armes et de traict puisse et doibve mettre et entretenir tel ordre de Justice, que ce soit au bien de nous et à la cessation de tous maulx, et qui soit de telle auctorité, entreprise et vaillance, que par son moyen et conduicte nos affaires puissent estre bien adressez. Considerans que pour ces choses faire et exercer ainsi puissamment que besoing en est, seroit trcspropice et convenable, pour plusieurs considérations, nostre très-cher et amé cousin Artusde Bretaigne, comte de Ricfaemont, frère germain de nostre très cher et amé frère le duc de Bretaigne, attendu les grands sens, industrie, proiiesse, prudence et vaillance de sa personne, tant en armes que autrement, la prochaineté ^dont il nous attient, et la maison dont il est issu ; ayans esgard mesmement a ce que pour nostre propre faict et querele il exposa et abandonna moult honorablement sa personne à rencontre de nos ennemis à la Journée d'Agincourt, à laquelle il combat it vaillamment, et Jusques à la prise de sa dicte personne ; voulans ces choses luy recongnoistre en honneurs, biens-faicts, et autrement, comme bien nous y sentons tenus ; et pour l'entière confiance que nous avons de luy, luy commettant et Imillant le soing et charge de nos plus hauts affaires, qui sont le faict et conduicte de nostre dicte guerre, esperans que par son moyen et celuy des siens, qui sont grands et puissans, pourront estre faicts à nous et à nostre diète seigneurie tels et si profitables services, que ce sera à perpétuelle mémoire, au bien de nous et d'icelle nostre seigneurie, et à la confusion de nos dicts ennemis : iceluy nostre cousin, de nostre mouvement, et par l'advis aussi, conseil et meure délibération de ceulx de nostre sang, et de plusieurs prélats, barons, tant nos officiers que plus notables de nostre grand conseil, que autres, et

H1ST0IBE D*ABTUS III, DUC DE BBETAIGNE ET COMTE DB BICHEHONT.

aussi de ceuk de nos parlemens et bonnes villes, qui pour ces causes et autres toudians le bien de paix, sont cy venus àuostre commandement, avons pour les causes devant touchées, et autres à ce nous mouvans, et spécialement pour l'évident bien et profit de nous et de nostre dict royaume, faict, ordonné, constitué et estably, faisons, ordonnons, constituons et establissons eonnestable de France, et chef principal après nous et soubs nous de toute nostre guerre : pour iceluy office avoir, tenir, faire et exercer doresnavant aux honneurs, prééminences et privilèges, et aux gaiges, pensions et autres droicts, profits et esmolumens qui y appartiennent, et tels et semblables que les ont accoustumé avoir et prendre ses prédécesseurs connestables de France. Et loy donnons pouvoir de ordonner es frontières, garnisons de chasteaux et de vHles, capitaines de gens d*armes et de traict, et aussi les retenir pour le dict faict de la guerre, et de les croistre et appetisser ; et si mestier est, changer et diminuer, ainsi qu'il yerra estre a faire pour le bien de nous et de nostre seigneurie, et généralement de faire et ordonner au dict faict de la guerre; et des dépendances, comme représentant nostre personne, tout autant coAime nous mesmes faire pourrions, si presens y étions. Voulans et ordonnans que en iceluy faict, en quelque part et contrée qu'il soit, luy soit par tous obey, tant en ouvertures de chasteaux, forteresses, bonnes villes, que autrement, comme à nostre dîcte personne et en toutes autres choses, comme faire se doibt à eonnestable de France. Si donnons en mandement , par ces mesmes présentes, à nos amez et feaulx conseillers, les gens tenans et qui tiendront nos parlemens, presens et advenir, que à nostre dict cousin de Richemont comme eonnestable de France (auquel, par manière de possession du dict office, avons, suivant l'usage ancien et accoustumé, baillé et commis la garde de nostre espée, et lequel présent nostre dict conseil, nous a , pour ce faict hommaige et serment tels que le dict office les doibt), souffrent et laissent doresnavant , et à ses lieutenans, commis et députez, tenir et exercer sa Justice et jurisdiction, selon que ses dicts prédécesseurs Font accoustumé de faire et exercer , et lui facent obeyr comme dict est, et ces présentes faoent publier en nostre cour et ailleurs où à faire sera. Commandons

aussi par ces dictes présentes à tous chefs de guerre, et semblablement à tous seneschanli, baillifs, prevost, maires et eschevins, gardes et gouverneurs de bonnes villes, chasteaux et forteresses, ponts, ports et passaiges, et généralement à tous nos justiciers, officiers et subjects, ou À leurs lieutenans presens et advenir, rt à chacun d'eulx , que à nostre dict ooosin et eonnestable, et à ses lettres et mandemem, facent et donnent doresnavant telle obéissance comme dessus est dict. En outre, maodons à nos amez et feaulx les gens de nos comptes et trésoriers, et aux généraux conseillers sur le gouvernement de nos finances, tant preseos que advenir ou à ceulx d'eulx qu'il appartieih dra, que les dicts gaiges et antres droicts appa^ tenans au dict office luy facent payer et délivrer, ou à son commandement, aux termes et en la manière aceoustnmée, soit par le receveur gênerai de nos dictes finances, ou par ron de nos dicts trésoriers de guerre, presens et advenir, ou autrement, comme à faire sera. Et» rapportant ces présentes ou vidimus d'icdies faict soubs seel royal et autentique pour ane fols seulement, avec quictance suffisante snr ce de nostre dict cousin, il ïious plaist et toqIods tout ce que payé luy en sera, estre alloac es comptes de celuy ou ceulx qui payé les aura w auront par nos dicts gens des comptes, ansqueb mandons que ainsi le facent sans difficulté. Ea tesmoing de ce nous avons faict mettre nostre seel à ces dictes présentes, données à Giinoale sesptiesme Jour de mars l'an de grâce 1424, et de nostre règne le trolslesme.

Ainsi signé en la marge de dessoubs. Par le Roy en son grand conseil, auquel le comte de Yendosme, vous, l'archevesquc deRbeiins,rM' chevesque de Sens, l'evesque d'Angers, le nwreschal de Severac» Crestophle de Harcourt, te grand maistre d'hostel, le sire de Montejchan, maistre Adam de Cambray, président de parlement ; les mareschal et président de Savoye, l'admirail de Bretaigne, Guillaume d'Ataagour, maistre Amauld de Marie, le sieor de Trignac, l'archidiacre de Rheims, le gtwTcrneur d'Orléans et austres estoient. J. L» ^^' et au dos est escript : Leeta et publiea^ P^' tavis in parlamento; deeimo quinto die fnorftï, anno Domini millesimo quadringentestfM vicesitno quarto.

FIN DE l'histoire d'àRTUS III.

BCLATIFS

A FLORENT, SIRE DILLIERS

Ces mémoires sar Florent dllliers sont loat sifflplemeot ODe notice sur ce célèbre capitaine, composée par Denis Godefroy. Ce travail liistoriqae a de l'intérêt, et nous le reproduisons comme PoDt (ail les précédents éditeurs.

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AYANT que de parler de Florent dllliers, qui fat l*un des principaux chefs qui ayderent, en plusieurs oceasions d'importance, à chasser les Aogloishors du royaume, et qui contribuèrent le plus à restablir Tauthorité et la puissance du roy iCharles VII, il est à propos de remarquer que les seigneurs de ce nom d'Uliers sont sortis d'une maison si noble et si ancienne, que, pour n'sn sçavoir la première origine, aucuns la rapportent au temps de ces anciens Gaulois, qui selon la coustame de leur pays (de laquelle César lait mention en ses Commentaires) prenoient le nom du lieu dont ils estoient seigneurs ; et conformément à cet usage, tiennent que ceux-ey ont emprunté leur nom de ^ancienne seigneurie dllliers, qui est une petite ville située sur les confins du pays Chartrain et du Perche, où il y a un chasteau tres-ancien, mouvant de la grosse tour de Chartres : quoyqu'il y ait bien pins d'apparence de croire que cette terre a plustost esté ainsi appellée d'eux, parce qu'ils l'ont possédée de tout temps immémorial : ce que le vieil mot gaulois sire, dont ils furent autresfois qualifiez, semble designer assez vray-semblablement.

Mais soit qu'ils ayent ainsi appelle cette petite ville de leur nom, ou bien qu'eux-mesmes s'en soient surnommez, il est constant que du temps de Thibaud, premier comte de Chartres, qui vivoit environ l'an 900, les sires ou seigneurs d'Uliers estoient desja en possession des premiers rangs parmy l'ancienne chevalerie de France; et qu'il se trouve encore aiyourd'huy des titres très-anciens, où ils ont signé avec Ebrard Du Puiset, Hugues de Gallardon, et autres seigneurs du pays de Beansse, immédiatement après les comtes de Chartres, dont on tient aussi qu'ils

sont sortis des puisnez. De plus, il est certain (et cela se voit bien clairement dans les archives du chasteau de Chantemesie en Dunois, par le vieil martyrologe de l'église de Chartres, les chartulaires des abbayes de Sainct-Cberon, Sainct-Jean, et SaindrPere en Vallée, au mesme diocèse), qu'en la plusparl; des anciens titres de ces églises, il est fait mention de plusieurs seigneurs et dames de la maison d'Uliers ; les noms desquels n'estoient en usage que so)is la première et la seconde lignée de nos roys, comme des Avesgauds, des Bodards, Hildegrandis , Elciundis et autres, qui prouvent assez quelle est l'antiquité de cette souche, qui depuis tant de siècles a poussé ses branche^ et ses rameaux Jusques à nos Jours, sans aucune interruption que l'on sçache.

On n'ignore pas toutesfols ce qu'un autheur moderne, des mieux versez dans l'histoire et dans l'antiquité des familles de France, a mis au jour depuis peu, sçavoir, qu'un puisné de la maison de Yendosme avoit espousé l'heritiere d'Uliers, à condition d'en porter le nom et les armes (qui sont d'or à six anneaux de gueules) ; mais.outre que cet autheur, d'ailleurs fort exact, ne marque point le temps de cette institution, qui doit précéder absolument le sire d'Uliers, duquel nous avons à parler (et dont les descendans sont fort bien prouvez par mémoires irréprochables), il est vray de dire que la naissance de ce seigneur tire son origine des plus nobles et premières maisons du royaume , soit qu'il prenne son extraction de ces anciens sires d'Uliers, ou bien qu'on le fasse descendre des seigneurs de Vendosme, puisque les princes de la maison de Bourbon, par le mariage de Catherine, héritière de Vendosme, avec Jean II du nom, comte de La Marche, ont honoré de leur alliance cette maison illustre, de laquelle est sortie la branche royale, qui est enfin montée sur le throsne des fleurs-de-lys, et qui règne aujourd'huy avec tant de bon-heur.

Cela présupposé, l'on peut dire avec vérité de Florent d'Uliers (nommé dans une Histoire du

MEUOIBES RELATIFS A FLOfiENT D ILLlEfiS.

siège d'Orléans, et par quelques autres, messire Florentin), qull a esté Tun des plus illustres rejettons de cette ancienne famille ; que c'est en luy que prennent leur source ceux de ce nom qui vivent encore aujourd'huy; qu'il fut fils aisné de Pierre, et petit-flls de Geoffroy, que d'anciens monumens nomment haut et puissant chevalier Geoffroy sire d'Illiers, lequel vivoit en Tan 1350.

Nostre Florent commença de paroistre au mesme temps que Charles Yll devint héritier de la couronne, c'est à dire environ le temps que le roy d'Angleterre Henry VI, ligné avec le duc de Bourgongne, gouvernoit l'Estat sous le nom de son oncle régent, qui taschoit de ravir le sceptre et la couronne audit roy Charles.

Ce prince se voyant privé de son droict, oublié de partie de ceu\ qu'il avoit de plus proches, et abandonné de la pluspart des siens, eut recours à l'ancienne chevalerie, comme à la principale force du royaume, et la plus intéressée à la conservation des loix fondamentales de la monarchie, il choisit pour cet effet, parmy les chefs et capitaines qui suivirent sa fortune, les plus fidelles et les plus expérimentez qu'il peut, les uns pour les jetter dans les places qui )e reconnoissoient encore pour leur seigneur, les autres pour les mettre à la teste de la plus leste noblesse, qu'il ordonna d'enrooller dans les terres ^i restoient en son obeïssance, dont les bandes victorieuses ont tousjours retenu depuis le nom de eompagnées des ordonnances du Roy, par ^excellence. Entre ceux-là, Florent fut des premiers qu'il honora de cette charge, laquelle ne ^ donnoit qu'à des seigneurs d'un mérite extraordinaire, mesme à des officiers de la couronne, et à des princes. La naissance de ce seigneur, sa valeur et sa réputation estans bien cognuês de ce Roy, il le fit encore capitaine (conime on parloit Qlors), c'est à dire gouverneur de Chasteaudun, place des plus considérables en ces temps, que les poudres, les canons et les mines n'estoient encores gueres eu usage dans la France. Ce prince considéroit cette place comme un boulevart et un donjon tres-asseuré pour maintenir son pouvoir, non seulement dans le Dunois dont elle est capitale, mais dans tout le pays ciroonvoisin, parce que son chasteau construit sur un rocher presque inaccessible, et naturellement escarpé, la rendoit comme imprenable.

Ce roy avoit jette les yeux sur ce brave chef, comme sur une personne très-propre à ses desseins et à l'employ auquel il le destinoit, tant à cause du rang qu'il tenoit dans la province, où la pluspart de sou bien cstoit assis, que parce

qu'en le mettant dans cette forteresse il pouvoi^ aisément tenir les mal-intentionnez en leur devoir, et les ennemis en crainte, en desooavrant et traversant les menées des Ânglois et de leurs adherans, qui occupoient desja tout le Perche, la Beausse et le pays Chartrain. L'experienee fit voir depuis que Charles ne s'estoit pas mespris en son choix ni en son espérance : car les Anglois se voyans lors le vent favorable, cirait resolution d'assiéger Orléans, après avoir réduit sous leur obeïssance toutes les places voisines qui pouvoieut nuire ou favoriser à leur dessein ; lequel alloit principalement à resserrer les troupes du Roy, et à le repousser au delà de la rivière de Loire, en luy retranchant les neifs de la guerre, qui sont les contributions des peuples; et en luy enlevant cette ville importante, laquelle estant du domaine du duc d'Orléans leur prisonnier, aussi bien que celle de Ghasteaudun, ils croyoient assez vraysemblablement qu'elles contribuoient beaucoup à la subsistance de leurs adversaires. Voilà donc les Anglais campez devant Orléans, et bien occupez à commencer leurs travaux et leurs bastilles, que ce brave' d'Illiers (lequel avoit bonne corre^MMidance avec Jean d'Orléans comte de Danois, qui estoit renfermé dans cette ville, qull def* fendoit) alloit souvent reoonnoistre, donnant de temps en temps d'importans advis au Roy de Testât auquel se trouvoient les uns et les autres ; en surprenant tantost quelqu'un des assiegeans, et tantost leur ostant la communication avec les Chartrains et les Perchercms, desquels ib tiroient la pluspart de leurs rafraichissemens.

Six mois et plus se passèrent de la sorte, pen« dant lesquels Charles assembla quelques cinq à six mille hommes (1), ne sçachant pourtant à quoy encor se déterminer ; mais enfin ce prince, animé par la présence et par les conseils près* sans d'une. Jeune fille que Dieu luy suscita des confins de la basse Champagne, renommée et connue depuis par toute la France sous le nom de Jeanne la Pucelle, résolut, par i'advis de son conseil, de luy mettre les armes à la main, et de luy confier et laisser la conduite de tonte l'entreprise, avec ordre à ses généraux de ne rien bazarder sans la participation de cette £bmeuse Pucelle. Florent d'Illiers eut charge en mesme temps de joindre à cette armée, fort petite en nombre, mais grosse de courage, et de l'espérance de la protection qu'elle attendoit do ciel, le plus d'hommes d'armes et de traict qull

(i) Ces troupes ne s'élevaient qn'à trois mille hommes, ei furent dispersées par Falslolf pr^çde RouTray-S^inl- Denis. (Journée des Hareogs.)

HliuOlHES ABLATIFS A FLOABNT d'iLLIERS.

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