‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 34 sur 157 · ZZ · texte numérisé non relu

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]K>arroit rassembler, pour lui servir de renfort : à ce siyet il pratiqua si adroitement ia noblesse du pays, qu'en ayant attiré avec luy une troupe assez oonsiderable, 11 se rendit au camp du Roy avec ce secours; et donna si bien à entendre l'estatde toutes choses, par la oognoissance parfaite qu*il avoit du dedans et, du dehors de la Yiile d'Orléans, afin d'y introduire avec facilité le secours dont elle avoit besoin, qu'on luy défera l'honneur d'en faire la première tentative, avec l'eslite de ceux qu'il avoit amenez avec luy, parmy lesquels il y avoit mesmes quelques citoyens ou originaires d'Orléans : en un mot, tous ces braves, à l'exemple de leur chef, s'acqoitterent si bien de cette commission et de leur devoir, qu'ils entrèrent heureusement dans ladite ville. Et bien que la pluspart des historiens attribuent tonte la gloire de ce secours à Jeanne, qai de lÀ fut surnommée la Pucelle d'Orléans, oeantmoins il est constant, et prouvé par de bons Mémoires du temps, qu'après les exploits toat à fait prodigieux de cette généreuse fille, le seigneur d'Uliers contribua autant que pas un des autres chefs à la conservation de cette ville, qoi estoit de la dernière Importance pour restablir la domination firançoise, et pour chasser ces dangereux ennemis hors du rayaume.

Le nom de ce grand capitaine se rencontre souvent dans les relations particulières de ce siège, et nommément en l'Histoire qui en a esté imprimée à Orléans l'an 1606, dont on a tiré ce peu de paroles qui suivent , pour preuve de ce qu'on vient de dire, de sa valeur et de sa vertu : « Arriva, le Jeudy vingt-huitiesme avril, un

* capitaine moult renommé , appelle messire

> Florentin d'Illiers , et avec luy quatre cent

* lances fournies, tous braves combattans, qui

> venoient de Chasteaudun , lequel par son

* arrivée re^oiiyt grandement tous les capi- » taines. « Et plus avant , où il est fait mention de son retour d' Orléans à Chasteaudun , voicy eomme la mesme Histoire en parle : « Florentin

d'Uliers prit congé des seigneurs , capitaines et bons bourgeois de la ville , et avec ses gens de guerre par lui là menez s'en retourna dans Chasteaodun , dont il estoit capitaine , remportant grand prix , los et renommée des valllans faiets d'armes par luy et ses gens faits au secours d'Orléans : et de fait , en recognoissanee d'une si belle action, les Orleannois nommèrent une des principales rues de leur ville la rué d'Uliers , qui s'appelle encore aujourd'huy de ce nom la, en mémoire de ce que ce brave capitaine entra premièrement par là, et qu'il eut l'honneur de porter les premières nouvelles de cette fameuse entreprise de la

» Pucelle, au devant de laquelle il sortit dès le >• lendemain avec le bastard d'Orléans, pour » favoriser l'entrée démette amazone. »

Ce généreux d'Uliers, après quantité de beaux faiets d'armes, dont il signala son courage et accreut sa réputation à ce mémorable secours d'Orléans , voyant que les Anglois s'estoient retirez en assez bon ordre, et qu'ils assembloient encores de nouvelles forces qui passoient la pluspart aux environs de son gouvernement, il s'y rendit en diligence , tant pour renforcer la garnison de sa place que pour rassurer iesboni^eois et les soldats , qui ne se croyoient pas en seureté pendant l'absence de leur gouverneur. Ce fut environ la Pentecoste qu41 leur apporta les bonnes nouvelles de la desroute des Anglois , et de l'espérance qu'ils seroient bien tost délivrez d'un si fascheux voisinage , qui les tenoit comme resserrez dans leurs murailles : en cette rencontre , ils ne furent pas moins ravis de Joye par sa présence , que surpris d'estonnement par le récit qu'il leur fit des merveUleux exploits de la Pucelle d'Orléans. Les Jeunes gens de Chasteaudun en firent une resjoiiyssance publique pendant toutes les festes suivantes , sous le nom de Pucelle, que les filles ont toujours continuée depuis chaque année , comme pour éterniser la mémoire et la valeur de cette célèbre pucelle Jeanne d'Arc, etdeFlorentd'Illiers leur gouverneur; car estant ainsi retourné par devers eux, tout comblé de gloire et d'honneur, il en fut cette fois receu avec tel applaudissement et telle acclamation de Joye , qu'ils crurent que ce ne leur estoit pas assez de le tesmoigner lors pour une seule fois, s'ils n'en renouvelloient en suite tous les ans la mémoire, par cest esbatement et ces Jeux solennels.

Pendant cela, les ennemis, qui estoient réduits à ce poinct qu'ils ne paroissoient plus que sur ia défensive depuis cette grande desroute d'Orléans , furent bien-tost après chassez de Jairgeaux, de Meun, de Beaugency, et puis entièrement défaits à Patay en Beausse, par la généreuse resolution et les efforts extraordinaires de Jeanne la Pucelle , de Jean d'Orléans comte de Dunois, et des autres capitaines et chefs de l'armée.

Après de si heureux succès , on ne parla plus que du sacre du Roy, lequel, prenant à cest efTet la route de Rhelms , attira ses principales forces avec luy, et emmena toute la chaleur et le bruit des armes à sa suite. Cependant tout se passoit dans les provinces en petites guerres seulement entre les gouverneurs des places , qui s'efforooient à faire reiissir les dessins qu'ils faisoient les uns sur les autres. Florent dllliers ne pou-

MBMOIllES ABLATIFS A FLORENT u'iLLlEBS.

Tant demeurer inutile, en forma un sur ia ville de Chartres, où les Anglois avoient mis une garnison fort considérable , laquelle tenoit en subjection, ravageolt et inoommodoit grande-* ment tout le pays. Cette entreprise fut si bien menée et conduite par ce sage et vaillant capitaine , qu'il en vint heureusement à bout , par le moyen des intelligences qu'il avoit avec les principaux bourgeois de cette ville-là ; et par la conférence qu'il eut fortuitement avec un marchand de la cognoissance d'un siçn secrétaire, à qui les ennemis s'estoient adressez pour avoir quelques provisions qui leur manquoient , particulièrement d'huile et de sel.

Ce marchand , soigneux de son profit , pretendoit de tirer un sauf-conduit des officiers de Chasteaudun, pour faciliter son commerce; mais ce brave et fidèle capitaine en estant adverty , s'aboucha avec luy , et le faisant rentrer en son devoir, mesnagea si bi^ ses interests et ceux des meilleurs habltans de Chartres ; en un mot, il disposa si sagement toutes choses pour réduire cette ville de conséquence en l'obeïssance du Roy son maistre , qu'estans enfin convenus du temps et de la manière , un samedy veille des Rameaux, le marchand, par ses ordres, s'estant présenté de grand matin à la porte de Saint Michel à Chartres , elle luy fut ouverte; et en mesme temps les ponts levis et les herses arrestées et embarrassées par les chariots , qui , au lieu de sel et autres fournitures, estoient chargez de haches , picques et pertuisanes y et estoient sdivis et environnez de soldats bien choisis, mais desguisez, les uns en femmes de village, les autres en valets et paysans, bien armez sous leurs Juppons , lesquels tuèrent aussi tost les sentinelles ; et se jettans tous ensemble sur le oorps-de^arde , se rendirent maistre de ladite porte , sans y trouver beaucoup de résistance. A l'instant le sire d'Illiers, qui conduisoit l'entreprise , sortit de l'embuscade où il s'estoit tenu caché, avec une troupe de gens choisis ; et, ficoourant au signal , entra dans icelle ville , où )es bourgeois de son intelligence le receurent fivec grands crys de Joye et d'allégresse. Et prenans les armes qu'on avoit cachées dans les phar^ttea du susdit marchand , ils se rendirent tous alors en belle ordonnance à la porte fie l'église Nostre-Dame , où le peuple estoit assemblé pour en solenniser la feste ( qui estoit oe Jour là celle de l'Annonciation ) , les uns en criant vive le Roy! et les autres , viUe gagnée y quartier j ban quartier! faisans au reste mainbasse sur tous ceux qui voulurent se mettre en d^ense, la pluspart desquels estoient des Anglois çt des feotieux ou Bourguignons , qui rendirent

durant un temps le succès comme douteux , en donnant beaucoup de peine aux assaillans ; mais ils furent enfin vivement soutenus et repoussez par le comte de Dunois et les seigneurs de Gaucourt, de Saveuse et autres, à qui messlre Florent d*llliers avoit communiqué ce grand desseia; lequel , comme il fut des plus heureusement et hardiment exécuté , ne servit pas moins pour affermir i'authorité du Roy dans toute cette contrée , que le secours d'Orléans avoit fait pour l'y establir.

C'est ainsi que les Mémoires du tempe en font mention ; et l'autheur de la Mer des Histoires en parle en ces termes , vol. 2 , page 6 : « Enee « temps le bastard d'Orléans , La Hire et mes- » sire Florent d'Illiers prirent moult subtilement » la ville de Chartres , où Ait tué Tevesque da » lien, partisan de Bonrgongne, et quelques » autres des plus factieux ; en quoi ledit Florait » d'Illiers ftit le prîndpal et premier entrepre- » neur. » Aussi Jean Chartier , historien du temps, luy en donne t'il beaucoup de gloire, que d'autres, principalement des nipdemes, attribuent toute au comte de Bunois , parce qu'il avoit le principal commandement dans les armées du Roy, et que l'on défère ordinairement aux généraux tout l'honneur des bons snooés.

L'an 1482 , il défendit Louviers en Normandie. Et l'an 1 435 , en continuant ses généreux et héroïques exploits , il se signala à la prise dn pont de Meulan sur les Anglois.

L'an 1449, il continuoit le si^e de la grosse four de Yemeuil, sur les mesmes Anglois.

Ce seroit Icy le lieu de donner amplement le détail de plusieurs autres généreux exploits et signalées conqoestes que ce vaillant capitanie fit en suite dans les comtez de Chartres , Dunois, Yendosmois et du Perche, d'où il acheva de desloger entièrement les Anglois, par la prise des chasteaux du Neufbourg, de Beaumesnil et de Yemeuil au Perche, avec tant d'autres bello actions qui luy firent mériter les deux charges de gouverneur et bailly de Chartres ( lesquelles estoient si honorables que les anciens comtes de Dreux, princes yssus de la maison de France, ne les estimèrent pas au dessous d'eux ) : mais comme tous ces grands faicts d'armes n'eurent point d'autre fin que celle de sa vie, c'est asseï de dire qu'il n'y eut que ia mort qui en peut interrompre le cours, l'an 1461 , presque au mesme temps qu'il eust aigris celle de Charles YII : comme s'il luy eust esté difficile de survivre à un tel maistre, qu'on peut dire avoir esté Ton des plus reconnoissans, comme il fVit un des phis victorieux roys de cette monarchie.

Après ce. que dessus, il semble n'estre ici hors

MBUOIAES BBLATIFS A FLORENT D'iLLIEBS,

de propos d'acyouster enoor et de sçavoir que Florent d'Illiers eut un frere nomnié Miles ou Milon,qui embrassa Testât ecclésiastique , et s*y rendit aussi reoommandable par son sçavoir et son mérite, que son frere aisné tut illustre par son courage et par les armes; et comme il estoit Tan des plus habiles hommes et des plus capables de son siècle, il fut pourveu de Tevesché de Chartres, et fût fort employé en diverses ambassades d'importance par les roys Charles VU, Louys XI et Charles VIII, lequel luy donna pour successeur son neveu René dllliers, septiesme fils de Florent ; et ainsi l'on peut dire qae la maison d'Illiers avoit lors en même temps entre ses mains toute Tauthorité spirituelle et temporelle dans ce pays-là, où elle a laissé tant de preuves de sa piété et de son zèle envers les églises et le public, qu'il ne se trouve presque point de paroisses, d'abbayes et de couvents ou monastères, dans toute cette contrée, où il n'en soit demeuré quelques marques honorables : sor tout à Chartres, où l'on void encor aujourd*hay les armes dllliers dans la cathédrale et à la courtine, avec celles de la ville; dans l'ancienne muraille d'entre la porte Drouaise et celle des Espars, au droit du boulevart de Sainct- Jean-en-Vallée, et en tant d'autres lieux publics et particuliers de Chartres, Bonneval, Chasteaudnn et autres villes, que pour le bien faire entendre il faudroit presque nommer toutes celles de la province, et beaucoup mesmes d'autres circonvoisines.

Qaand on a dit que René d'Illiers fut le septiesme fils de Florent, c'est assez donner à entendre que ce grand personnage fut favorisé de Dieu d'une nombreuse lignée toute de masies , qu'il eut de Jeanne de Coûtes son espouse, petitefille de messire Jean Le Mercier, seigneur de Nogeut, grand-maistre de la maison du roy Cliaries VI , et Tun des officiers des plus chéris et des plus estimez de ce prince : ne se trouvant point que de ce mariage il soit sorty aucune fille.

C'est encore une chose assez remarquable dans cette famillC) que d'un si grand nombre d'enfiuKs masies, la pluspart embrassa Testât

ecclésiastique ; que Jeanne, fille de l'aisné (lequel n'eut point d'enfans masies), porta la terre d'Illiers en la maison de Lude , où elle est encore aujourd'huy, par le mariage qu'elle contracta avec Jacques de Bâillon, seigoeur du Lude, chambellan du Roy, et seneschal d'Anjou; et qu'il n'y a eu que le troisiesme fils de Florent, nommé Charles, seigneur de Chantemesle , qui ait continué avec plus d'esclat la postérité masculine de cette illustre et ancienne famille , qui subsiste encore aujourd'huy, avec beaucoup d'honneur et de réputation, en la personne de messire Léon d'Illiers, marquis d'Entragues, en qui la gloire de ses ancestres est si avantageusement descendue, que, sans parler des alliances que sa maison a eues avec les premières et les plus puissantes non seulement de France, mais encore avec celles du sang royal d'Escosse et d'Angleterre ; et sans faire reflexion sur celles du grand-maistre de Montaigu, de l'Admirai de Graville, du vidame de Chartres François de Vendosme, prince de Chabanois , ni sur celles des seigneurs de Balsac d'Entragues, toutes dévolues et réunies en sa personne, pour luy donner les plus solides louanges que la vertu puisse mcriter, il suffit de dire que tout ce qu'il y a de plus honnestes gens à la cour ont tousjours reconni^ en sa personne une sagesse et une probité si hors du commun, qu'il a souvent esté pris, et l'est encore tous les jours, pour arbitre des differens des plus grandes maisons, de quelques généraux d'armées, et de plusieurs princes. Et (ce. qui est presque sans exemple en un particulier) les incognus mesmes ont eu recours à luy , et se sont volontairement sousfnis à ses jugemens comme à des arrests, tant sa re^ putation les Içur faisoit estimer équitables. Aussi a-t'-il mérité cet honneur rare et singulier, d'avoir esté loué le plus adroitement et le plus à propos du monde, sur ce sujet et sur ses, autres belles qualitez, de la bouche et de la, plume d'une des plus judicieuses et plus habiles princesses que le sang de France ait produites, dont l'esprit est si pénétrant et les sentimenc^ si justes, que son jugement seul doit servir dei décision et de règle à tous les autres.

FIN DES MEMOiaSS BELATIFS ▲ FLORENT D ILLIERS.

JOURNAL D'UN BOURGEOIS DE PARIS

sous LE RÈGNE DE CHARLES VIL

Nous avons placé, dans les documens relatifs au règne de Charles VI, la partie de ce journal quis'étead depuis 1409 jusqu'en 1422, et nous TavoDs fait précéder d'une notice détaillée sur le journal entier. Nous donnons maintenant la f partie, qui comprend le règne de Cbaries VU jusqu'en 1449 ; ce grand fragment du Journal de Paris complétera notre recueil des documens sur cette époque.

ooo

Ui2.-^I(em, en décembre les blans de deux blans (1) en la première sepmaine furent criez à prendre partout un pou (un peu) devant Noûel.

Item, en icelluy temps fut démis le prevost de Paris devant nommé, qui avoit esté bailly de Vermandois, en fut esleu ung nommé messire Simon Morbier Chevalier.

Item, en icelluy temps le premier jour de Tan, prindrent les Arminaz le pont de Meullent,* qui tant cousta que Dieu le scet ; car il leur convint assiéger, et ils se rindrent fort et puissamment, et coururent jusques à Mante souvent piller et rober (voler), ou ailleurs, comme accoustumé Tavoient.

Item, le dixiesme jour après qu'ils orent prins Meullentà la commutation du moys (changement de lune) de janvier douziesme jour, fit le plus aspre froit que homme eust veu faire ; car il gela si terriblement, qu'en mains (moins) de trois jours le vinaigre, le verjus geloit dedans les celiers, et pendoient les glaçons es voultes des caves, et fut la rivière de Saine, qui grande cstolt, toute prinse, et les puiz gelez en mains (en moins) de quatre jours, et d'une celle aspre gelée dix-huit jours entiers; et si avoit tant negé avant, que celle aspre gelée commençast environ ung jour ou deux devant, comme on avoit veu trente ans devant, et pour l'aspreté de cette gelée , et de la neige, il faisoit si trés-froit, que personne ne faisoit quelque la-

(1) C'est one monnaie du temps.

bour que soulier (s'amuser), crocer (2), joiier à la pelote ou autres jeux pour soy eschauffer ; et vray est qu'elle fut si forte, qu'elle dura en glaçons en cours, en riies, près de fontaines jusques la Nostre-Dame en mars. Et vray est que les coqs et gelines (poules) avoient les crestes gelées, jusques à la teste.

Item, en icellui moys de février furent sarmentez (firent serment) tous ceulx de Paris; c'est assavoir bourgeois, mesnaigers, charretiers, bergers, vachers, porchers des abbayes, et les chambrières, et les moines mêmes, d'estre bons et loyaulx au duc de Betfort frère de feu Henry roy d'Angleterre, régent de France, de lui obéir en tout et par tout, et de nuire de tout leur povair (pouvoir) à Charles, qui se disoit roy de France, et à tous ses alliez ou complices. Les ungs de bon cueur le firent, les autres de très-malvese voulenté.

Item, en iceluy temps cuidèrent les Armhnaz faire lever le siège qui devant le pont de Meullent estoit : mais ils n'osèrent, pource que trop pou estoient, et moult doubtoient (craignoient) les communes qui trop les hayoit, et à bonne cause estoit; et les pires Sarrazins de ce monde ne leur eussent pas fait plus de tyrannie qu'ils faisoient quant ils les prenoient. Et quant Us virent la puissance dudit Régent, se lui mandèrent journée de bataille au vendredy vingtsixiesme jour de février, et la sepmaine devant celuy jour on ne cessoit jour et nuyt de prendre gens à Paris que on soubçonnoit estre de leur party, et estoient mis en prinson.

Item, en celle sepmaine on fit quatre jours ensuivant processions, et ne flst homme à Paris quelque labour (travail) en ces jours.

Item, quant ce vint à la journée que combattre ce dévoient les Arminaz, vint à quatre lieues près ou environ, un comte d'Escosse qui estoit bien accompaigné, mais il attendoit le secours de Tanguy du Ghastel, qui luy avoit pro-

(•2) Jouer à la crosse. Jeu d'cnfdns, encore usité dans le département du Nord.

JOURNAL D*UN BOUAGEOIS DE PARIS

mis qui le seooureroit ; mais il lay Joua de son mestier, dont Gannelon (l) joâa à son vivant; car il n'y vint ne n'y envoya. Quant ce vit le comte d'Ëscosse qui fut trahy, si se retrait le plus bel qu'il put pour sauver ses gens et luy vers le pays des Âcminaz, et là ot grant contencion entre luy et Tanguy, et grosses paroles ; par quoy ledit comte se parti de leur compaignie, et s'en alla en son pays. Et ceulx de Meullent qui dedans estoient assiégez, ne se sceurent comment conseiller ; car bien appcrçurent que Tanguy en qui ils se tloient le plus, les avoit trahis, si se fièrent pou ou demeurant des Arminaz : car ils u'avoient à manger si pou non (si peu que rien), et bien sçavoient que les communes les hayoient très-mortellement, comme ceulx qui bien Ta volent desservi à eulx, comme devant est dit, de leur cruauté et tyrannie, si n'osèrent attendre plus ne eulx fier en leur forfortune : ains se rendirent bon gré malgré à la voulenté du duc de Betfort Régent, lequel les print tous à mercy le premier Jour de mars l'an 1422, pource que à grant foison estoient gentilshommes ; car ils estoient bien de cent à quatre-vingt cottes d'armes. Si soy pensa que moult appetissoit (diminuoit la puissance des autres, et que la sienne crolssoit, dont il fut deceu; car aussi-tost qu'ils porent yssir (sortir], ils ne tindrent oncques ne foy ou serment qu'ils eussent fait, mais firent pis qu'ils n'avoient fait devant, dont le peuple fût moult à malle paix ; mais à souffrir le convint.

1423. — Item^ en avril ensuivant après Pasques, qui furent le quûtrîesme Jour d'avril, l'an 1423, fut fait ung grant conseil en la cité d'Amiens de nosseigneurs, et là firent mariaiges et alliances de maintenir la guerre contre les Arminaz, et fut donnée la sœur du duc de Bourgongne au régent de France, et après leursdits mariaiges vindrent à Paris; c'est assavoir le duc de Betfort, le comte de Salsebry (Salisbury), le comte de Suffort, et plusieurs autres signeurs d'Angleterre, ne n'y vint quelque signeur de France, ce non (sinon) Anglois, lesquelx menoient le plus grant estât de vesture et de Joyaulx que on eust oncques veu de aage d'homme; ne nul ne s'en remettoit du gouvernement du royaume que eulx.

Itenij en celuy an forent tous les figuiers, romarins, les treilles de marays, et très-grant partie de vignes touttes gelées, et des noyers de la gelée devant ditte, especialment tout ce qui

(1) G^est le nom du traître dont tl est parlé dans le roman de rarchevêque Turpin.

estoit dehors la terre, et environ la my^nui) coaimencerent à getter déterre.

Itenij en ce l'an 1423, la seconde sepmaiae de Juing, allèrent les Angloys devant Oursay, qui tant avoit fait de mal en France, espe* cialment autour de Paris, de touttes pars; car les larrons qui estoient dedans le chastel estoient pires que Sarrazins qui oncques fiusent; n'est nul qui creust la douleur et la tyrannie qu'ils faisoient souffrir aux chrestieiis qu'ils prenoient, car premier (d'abord) nalz n'eschapp^ d'eulx quant ils le prenoient, qoli ne perdist quant que il avoit (tout oe qu'il possédoit), s'ils povoient; et après ceDe cruelle rançon, quant ils avoient tout ce que les pouvres gens ou les riches povoient finer (avoir), les faisoient -ils aucune fois mourir de faim ou d'autre cruelle mort. Et pour ce aussi-tost que on mist le siège devant, ceulx de Paris et des villaiges d'entour y allèrent de bon cueur, et fot assiégé ledit chastel moult asprement; moult se deffendirent les larrons qui dedans estoient , car bien avoient de quoy ; car grant temps avoit qu'ils n'avoient fait que gaigner par roberia : mais leur deffense rien ne leur vallut ; car avant huit Jours ensuivant ils forent si honteosement prins, qu'ils furent admenez à Paris chaseun un chevestre (une corde) dedans le col bien estroit, ferme, accouplez l'ung à l'autre comme chiens, venans à pié depuis ledit chastel jusques a Paris, et estoient environ cinquante sans les femmes et petits paiges.

Itetny ceulx que on tenoit à (pour) gentibhommes venoient ung pou après les devant dits, et n'avoient point de corde au col ; mais ils tenoient chaseun en la dextre main une espée toute nue par le milieu de l'alemelle (la lame ou environ, la pointe contre la poitrine, en signe de gens rendus à la voulenté du prince, et forent admenez le Jour saint Gervais et saint Prothais, qui fot celle année au sabmcdy.

Iteniy tantost après fot faitte une grosse taille et emprunt qui fist tant de grief aux pouvres gens, que très-grant foison s'en allèrent hors de Paris demourer.

Itenhy la daraine (dernière) sepmaine du mqys de Juillet fot ordoimépar l'évesqiie de Paris, que nulle femme ne serait ou cueur du moiûtîer (dans le chœur de l'église), quant on feroit le divin office, ne nul homme bigame ou sans couronne (ou non tonsuré) ne toucherait aux reliques ne à quelque chose qui fost sacrée ou beniste, ne servirait le prestre à l'autel ; mais ce ne dura gueres.

Iteniy en ce temps fot monnoie noire de trois tournois la pièce que on n'osa faire oncques

SÔUiS LB BEGNB DB CHÀRLBS VII.

courir poor ce que celle de deux toarnois eaXoii blanche, et celle de trois tournois noire. Le peuple en ftit si mal comptent, que la convient laisser, et si estoit tout assenme.

Item, en ce temps venoîent à Paris les loups touttesies nuyts, et en prenoitron souvent trois oa quatre à ungne fois, et estoient portez parmy Paris pendus par les pies de derrière, et leur donnoit-on de l'argent grant foison (à ceux qui les avoient pris).

Item, le jour de l'Invention saint Etienne, troisiesme jour d'aoust, fut faitte grand feste à Paris au soir, comme de faire grans feuz, dancer tout ainsi comme à la saint Jehan : mais c'estoit moult piteuse chose à penser pour quoy la feste ce faisoit; car myeulx on deust avoir ploùré : car, comme on disoit que trois mille ou plus furent mors des Arminaz par armes, et quelques deux mille prins, et quelques quinze cents noyez pour eschever (éviter) la cruelle mort que ceulx qui les suivoient leur promettoient. Or bien quel dommaige et quelle pitié par toutte chreatienté; car pou d'iceulx qui ainsi sont morts, ont petite souvenance de leur créateur à Teore, et ceulx qui les occient aussi pou ; car le plus n'y vont que pour la convoitise (amhition), et non point pour l'amour de leui*s signeurs dont ils se renomment, ne pour l'amour de Dieu, ne pour charité aucune dont ils sont tous en péril d'estre honteusement mors au siècle, et les âmes à perdicion.

Item, qu'aux lieux demourez inhabitez, comme villes, chasteaux, moutiers, abbayes et autres, helas I quantes orphelins on peut en terre chrestienne ti'ouver, et qoantes pouvres femmes veofveset chetives par telles occisionsi Helas I se ung chascun de nous regardoit bien se un td douleur nous estoit advenue ou promise, corn (comme) grant douleur et com grant hayne nous perceroit les cuers de nos ventres, et com grant voulenté nous aurions de en estre vangez ; et tout pour ce (cependant) nous n'avons nul regart on (au) temps qui est à advenir, lequel est moult donbteux tant au regart de cruelle mort par vengeance divine, pour la joye que nous avons du mal d'autruy, et de la destruction dont on nous peut tous juger d'homicide ; car on dit que bonne voulenté est répeutée pour fait, et si dit Nostre-Seigneur par la bouche de l'apostre : Qui de glaive ferra (frappera), de glaive mourra. Nous faisons semblant, conmie Ûst Calcas ung devlneur de Troyes la grant, lequel alla à son Dieu qui estoit nommé Apollo, par le congé du roy Priam, pour demander lesquels seroient vaincus, ou ceulx de la grant Troye ou les Gregois (les Grecs); si lui fust respondu qu'en la fin

Troye seroit destruite, pourqiioy il laissa sa dté et ses amis, et s*en alla pardevers les Grégeois, et leur dit la response d'Apollo ; par quoy ils luy firent moult grant joye pour celle pour le respons d'Apollo, auquel Apollo le diable conversoit, qui dit à Calcas que les Gregeoys vaincroient : mais il leur cela (cacha) la très-grant douleur qui leur en advint; car tous périrent; car très-pou en eschappa, que tous ne furent occis ou perilliez en mer (Jettes en mer) à leur retour, ne Calcas n'ot oncques puis joye que ung pou, quant il vint avec les Gregeoys, ne oncques puis on se fia en luy. Or veez (voyez) quelle douleur il en advint aux deux parties pour vouloir avoir vengeance ; car l'écriture ( l'histoire ) tesmoigne que là moururent par glaive et par feu plus de vingt*deux milliers d'honmies, dont très-grant partie d'Orient demoura veufve et orpheline de toutte chevalerie; car pou ou néant (nul) en eschappa qui peust rapporter les nouvelles plaines (pleines) de douleur en son pays. Et pour ce pour l'amour de Dieu, ayons pitié de nous-mesmes en craignant la main de Nostre Sauveur Jesus-Christ; car ■nul ne scet (ce) que à l'œil luy pend ; car à telle mesure que nous mesurons nous serons mesurez. Item, la darraine sepmaine d'aoust vint le duc de Bourgongne à Paris à petit preu (profit) pour le peuple, car il avoit grant compaignie qui tout degastoit aux villaiges d'entour Paris, et les Angloys aussi y estoient. En icellui temps le vin estoit très cher plus que long-temps n'avoit esté, et si y avoit très pou raisin es vignes, et encore ce pou desgastoient lesdits Angloys et Bourguignons , comme eussent fait porcs, et n'estoit nul qui en osast parler ; ainsi estoit le peuple mal gouverné par la malle et convoiteuse voulenté des gros (qui) gouvemoient Paris, qui toujours estoient avec les signeurs, et n'avoient nulle pitié du pouvre peuple qui tant avoit de pouvreté ; mais firent lesdits gouver« neurs pour complaire aux signeurs, à ung lundy sixiesme jour de septembre après disnér environ trois heures, crier la mohnoie que trois doubles ou niquets ne vauldroient que ung blanc qui devant valloient six tournois, et de ce advint qu'on ne pot celle journée, ne landemain, né pain, ne vin à Paris pour son argent flner (avoir). Iteiriy en ce temps les Angloys prenoient aucunes fois une forteresse sur les Arminaz an matin, et ils perdoient aucunes foys deux au soir; ainsi duroit la guerre de Dieu maulditte.

Item, en ce temps au moys de septembre fist tant l'evesque de Paris qui estoit patriarche, qui (qu'il) fut arcevesque de Rouen par faute de souffisance, et le jour saint Denis ensuivant

JOUBNÀL D UN BOUBGEOIS DE PABIS,

neuvième jour d^oetobre, fut fait ung autre evesque de Paris nommé Jehan de Vienne.

Item y en ce mois de septembre devant diz, orent Journée de bataijle ensemble les Arminaz et les Anglois, et fut en Normandie environ Avranches, et furent desconfiz bien quatre mille Anglois tous mors en la place dont ce fut pitié Y et est que il faut que chrétienté détruise ainsi Tung et l'autre , et certes ne fut pas sans grant destruction des autres, car tout le peuple les avoit en trop mortel hayne les uns et les autres.

Item y quant ledit évesque de Vienne fut receu évesque de Paris , il ûst faire quarente Jours tout ensuivant procession que Dieu par sa grâce voulsist (voulut) mettre paix en la chrétienté, et appaisier le temps qui trop estoit contraire pour les semailles ; car il fiit bieti quatre moys tous entiers au plus que oncques ne cessa de plouvoir et de Jour et de nuyt.

Item, en ce temps avoit ou chastel d*Yvry-la- Chausse ung grant compagnie de larrons qui se disoient Arminaz ou de la bande , ausquels rien , s'il n'estoit trop chault ou trop pesant , ne leur eschappoit, et, qui pis est, tuoient, boutoientfeux, efforçoient femmes et Ûiles, pendoient, s'ils ne payoient rançon à leur guise , ne marchandise nulle par-là ne pouvoit eschapper. •

Item^ en ccUuy temps le monde estoit moult esbahy pour le temps pluvieux qui tant duroit, et le douix temps qu'il faisoit de la St.-Remy Jusqu'environ la St. -Thomas Tapôstre, faisoit si très-doulx temps , que la viollette jaune estoit aussi commune, comme elle a esté aucunes fois en mars, ne gella point en iceluy temps, et disoit chascun que y ver estoit tout passé; mais Dieu qui ordonne, et nous devisons , commença à faire geler à la St. -Thomas, et gela déplus en plus fort 9 et dura jusquesà la Chandelour sans cesser ; et en ce temps qui gelpit si asprement , avoit si grant marché de choulx à Paris , qu'on en avoit une charretée pour douze blancs ; on en avoit assez pour quatre ou six personnes pour ung noiret qui ne valloit qu'une poictevine ou environ, et avoit-on pois, febves pour deux sols parisis le lx)isseau.

Item , de fruit en grant abondance et trèsbon ; on avoit à Noûel et après ung quarteron de pommes de romeau ou de capendu (1) pour quatre deniers et pour moins.

Item, en ce temps touttes gens qui avoient maisons y renonçoient, puisqu'elles estoient chargées de rentes ; car nuls des censiers ne

(1) L« signification de ces mots n*eiiste plas.

vouloient rien laisser de leurs rentes, et aimoîebt mieulx tout perdre que faire humanité à ceaix qui leur dévoient rente, tant estoit la foy petite, et par celle deffaulte de foy en eut trouvée Paris de maisons vuides et croisées saines et entières plus de vingt-quatre milliers où nulli (personne) ne habitoit.

Item, en ce temps, bien pou après onderant Noiiel fut reprinse Gompiegne par les Arminaz, et avecques ce prindrent tres-grant fbisons blez qu'on amenoit à Paris du pays de Picardie ; et tautost que les nouvelles furent sceuês à Paris, le prevost de Paris y mena grant foison gens de Paris pour les assiéger ; mais il ne fist chose dont on doye parler , que gaster finance, et donner peine.aux pouvres gens.

Item, en ce temps n'avoit en France nul seigneur, ne nul chevalier de nom, ne Angloys, ne autre , et pour ce estoient les Arminaz si hardis et si entreprenans.

Item, à l'yssuê de Février , audit an 1433, se rendirent ceux du Grotay et ceulx de Montaquilion aux Angloys leurs vies sauves, ets'ffl allèrent franchement qui tantdemaulxavoieot faits ; car ils s'estoient tenuz plus d'ung an.

Item , en ce temps rien ne se faisoit qoe par l'Angloys , ne nul des signeurs de France ne se mesloit du gouvernement du royaulme. Enioelluy tetops estoit la Royne de France demonrante à Paris, mais elle estoit si pouvrement gouvernée , qu'elle n'avoit tous les Jours que hnitsextiers de vin tout au plus pour elle et son tynel, neie plus de ceulx de Paris qui leur eustde mandé où est là Royne , ils n'en eussent scen parlers , tant en tenoit-on pou de compte qo'à peine en challoit-il au peuple , pour ce qn'oo disoit qu'elle- estoit cause des grans maulx et douleurs qui pour lors estoient sur terre.

1424. — /tem, tout l'yver et tout le karesme jusques après Pasques qui furent le vingt troisiesme jour d'avril 1424 environ demay,on alla assiéger Gaillon, Sedanne, Nangis et autres forteresses, lesquelles furent toutes prinsesdes Anglois, et s'en allèrent les Arminaz desdits leurs vies sauves, senon (excepté) œoli de la garnison du chastel de Sedanne , qui furent tous mis à l'espée , et les autres firent pis la moitié qu'ils n'avoient fait devant.

Item , en ce temps le régent de France &t assiéger à l'entrée ( au commencement ) de Juillet ceux qui estoient dedans Yvry-la-Cbaussée qui avoient pou de vivres , et estoit lenr espérance toutte de eulx garnir de vivres dés biens qui estoient sur terre en celluy moi5,e^ cialement de tous blez et de potaigers pour toute l'année, car de char ( viande) avoîent-ils toa-

sous LB BBGNB DS CHABLB8 ^11.

Jours aawK ; mate on dit bien souvent que ung pansse ly asgne et i'antre ly asgnier ; et Dieu moa les propos (renversa les projets) de Olofeme, tourna leur Joye quand ils Guidèrent estre plus abseurez ( oonilants ), en tristour (tristesse, déboire). Car ils furent de si près prins, qu'ils o'orent point de povair de cueillir ne blé ne vin, ne potaige ( légumes ) ; pourquoy il convint qo*ils traistassent au régent, et Ait leur traité tel qu'ils se dévoient rendre à In voul^té du prince, s'ils n'nvoient dedens quinze Jours secours oumoys d'aoust , lequel leur fut accordé , et de ce baillèrent en ostaiges bons et soufIQsans tous gentilshommes; car bien estoient oudit chaste! quatre cent hommes d'armes , tous de renom ; si oreat grant espérance ou le secours que point ne leur fauldroit audit jour. Si sceurent les Arminaz le jour ; si firent grant assemblée de toute leur puissance, et eulx mirent en chemin par devers Chartres, tuant, robant, pillant, prenant hommes et femmes, brief ils falsoient tout mal : d'autre part le régent, qui estoit devant le chastel d'Yvry-la-Ghausséc, fist semondré (fit convoquer) son ost par-tout, et quant ils fiirent venus, si furent armez à dix milliers tous hommes dcffensables, lesquels il ordonna ( il fit placer ) moult saigement ; car II se mist en une plaine moult belle , et par derrière luy avoit ung tertre moult hault, par quoi it n'avoit garde par derrière , car nul ne peust bonnement descendre ladite montaigne pardevers eulx saii0 grant travail. En ce temps les Arminaz approucherent plus, et plus Tost du r^ent ; quant il le sceut , s'y fit ordonner ces batailles, et les pria de bien faire , et lA les attendy de pié quoy en moult belle ordonnance , les Arminaz envoyèrent coureux (des éclaireors) montez d'aventaige pour aviser l'ost dudit régent : quant les coureux virent son ost en si belle ordonnance si s'en retournèrent comme gens eChrayez à leurs gens , en leur disant que très-grant folie seroit d'assembler , et que le mieulx seroit de s'en retourner chascun en sa garnison. Si s'adviserent après d'une traysou ; car ils envoyèrent à une lieue près de rost du régent environ cinq cent hommes d'armes bien montez et armez , lesquclx firent semblant de venir pour lever le siège dont ils n'avoient talent ne hardement (ni hardiesse); et ceulx qui estoient dedens le chastel , eulx orgueillirent et commencèrent à crier et bBaire, et disant parolles moult villeneuses et despites au régent et à ses gens ; car ils cuiderent bien à cette foys estre secourus et deslivrez , quant ils virent les otnq cent hommes; car leur pensée ^oit que ee ftat l'avant-^rde des Arminaz :

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