C. D. M., T. III
mais autrement estoit; car ils n'estoient ainsi venus que pour ce que bien sçavoient que le régent les attendroit en la place, si ne se bougèrent du lieu où ils estoient, dont les deux osts liovoient voir l'ung l'autre , et cei)endant que là se tenoient, les Arminaz falsoient retourner leur charroy et leur train le plus tost qu'ils povoientpour eulx enfuir sans riens perdre, ne sans coup ferir. Quont ceulx qui devant l'ost du régent estoient venus orent tant esté illec, (fue bien ({ue fust l'ost h pi^ eslongné trois ou (piatre grosses lieues , si montèrent moult tost , et s'enfouirent après leurs gens qui tiroient vers le Perche. Et ce jour estoit lundy vigille de la Nostre-Dam^ tny-aoust. Quant ils furent près de Vemcil ou Perche ( dans le Perche ), si firent une grant trnyson ; car ils prindrent grant foison de leurs soudayers escossois, qui bien sçavoient parler le langage de l'Angleterre^ et leur lièrent les mains et les mirent aux queues des cbevaulx , et les touillèrent ( oouvrlrent ) de sang en manière de playes en moins , en bras et en visaige , et ainsi les menèrent devant VemeJl criant et braiant à hault cris en langaige d'Angloys : Malveismeseeste douloureuse journée ; quant nouê cessera cette douleur? Quant les Anglois qui dedens la ville estoient virent la douleur contrefaitte, si ftircnt moult esbahis, et fermèrent leurs portes , et ce mirent en hault pour defifendre leur ville ; et quant les Arminaz virent cecy , leur montrèrent le sire de Torcy, l'un des bons et vrays chevaliers , qui s'estoit rendu à eulx, qui estoit Hé comme les autres par trayson , qui leur dit que toutte la chevalerie d'Angleterre estoit morte en celluy jour devant Yvry, et pour néant se tandroient ( résiste* roient), que jamais n^auroient secours, et ee tcsmoignerent les autres qui bien parloient angloys , et Jurèrent par leur serment que ainsi estoit, si ne se sceurent comment conseiller; car ils tenoient le sire de Torcy , l'ung des bons et vraf s chevaliers qui tùst avecques le régent, et veoient les autres liez aux queues des chevaulx, qui parloient leurs langaiges, et leur affermoient la chose estre touttc vraye, et si avoient peu de vivres, si s'accordèrent que ils se randroient leurs vies saulves : ahisi leur fût accordé. Mais quant les Arminaz ftircnt dedens la ville, si firent trop grant mal ; car ils mirent tous ceulx qu'ils porrent attrapper à mort, et. plusieurs femmes et enflàns , et ce logèrent en la ville et tout leur train. Ceulx qui purent eschapper qui mieulx mieulx, les aucuns arrivèrent en l'ost du régent qui moult ftirent esbahyz. Quant ils furent ceulx de l'ost qui falsoient bonne chère et liée (joie) , si comptèrent leur adven-
JOUBNAL D'un BOURGEOIS 0B PABIS.
ture m r^ent, et on avdit dit au régent qu'ils j fus, l'autre gesIr ( tomber) à terre gneullebai«c
faisoient semblant de fouir , afin qu'il donnast oongié à ses gens, et celle pensée avoient-ils de luy courrir sur, s'il leur eust donné congié: mais aussitost qu'il sceust la chose , si soy departy, et parlementa (demanda) à ceulx du chastel (ce) qu'ils avoient pensée de faire , que bien sceussent que tous mourroient de malle mort, s'ils ne se rendoient ; si ce rendirent à luy, et en flst ce qu'il volt. Il en fist pendre , il en délivra la plus grant partie ; qui depuis firent tant de maulx que cet hydeux du Rançon. Après s'esmeut ledit régent duc de Betfort à (avec) tout son ost le plustost qu'il pot, suivit les Arroinazjour et noyt , que le jeudy d'après la myaoust qui Ait au mardy, approucha des Armlnaz, tant qu'ils virent l'ung et l'autre. Quant ils Tirent le tegent, si esmeurent leur gent, et virent qu'ils estoient bien dix-huit mille combatans, et firent esmer (demander) par leurs heraulx les gens dudlt regcut, qui dirent par leur foy qu'ils n'estoient pas dix mille au plus. Quant ce ouïrent les Arminaz,qui de Lombars avoient grant plante (grande quantité) moult bien montez, si leur dirent : Nous ordonnerons en telle manière f que vous de Lombardie qui si bien estes montez, quant Id bataille sera bien esmeûe, vous serez trois mille hommes de vous qui par derrière eulx viendrez , et tuerez tout sans prendre homme à rançon, A ce s'accordèrent les Lombars : lé régent d'autre part ordonna la bataille, et M en une belle plaine; si n'ot de quoy se fermer (se couvrir), si fist descendre ses ^ens à pié , et fist lier tous les chevaulx de son ost derrière l'ost , les testes devers le cul , trois ùa quatre despes, et tous Airent ainsi liez ensemble, que mesme les chevaulx ne se povoient mouvoir l'ung sans l'autre ; car moult estoient court liez. Quant orent ainsi ordonné les deux ost leurs batailles , et qui furent en ordonnance, les Arminaz qui moult estoient pedieurs, firent demander au régent qu'il avoit en pensée , et que il vauldroit mieulx faire ung 1)0U traité que eombattre ; car moult se doubtoient pour leurs péchez. Le régent tout assuré leur manda que tant de foys avoient leur foy mentie , que jamais on ne les devoit croire, et que bien sceussent que à luy jamais n'auroient traité ne paix tant qu'il les eust combattus. * Adoncques il n*y ot plus parlé, les deux osts vinrent l'ung contre l'autre, et commencèrent à frapper et mailler Tung sur l'antre de touttes manières d'armures de guerre que on peut penser de traict ou d'autre chose. Là eussiez oiiy tant douloureux crys et plaintes, tant hommes cheoir à terre, que puis n'en relevèrent I l'ung chacer , l'autre foiiyr, l'ung mort
( la bouche ouverte), tant sang espandu de chrétiens qui oncques n'avoient veu en leur vivant Tung l'autre; et si venoient ainsy taez TuDg l'autre pour ung pou de pecune qu'ils en atteodoient à avoir. La bataille fut moult cruelle, que on ne Sçavoit qui en avoit le meilleiir. Les Arminaz avoient grant confiance aux Lombards qu'ils avoient ordonnez de venir par derrière rompre la bataille du régent de France, lesquelx n'osèrent oncques ce faire quant ils Tirent la haye des chevaulx qui par derrière estoit , si ne leur fut agueres qui. gaignast ouperdist, mais qu'ils en eussent du pillage. Si tuèrent les pauvres varlcts et paiges qui dessus les chevaulx estoient, et orent le cuer (cœur) failiyde aider à leur gent , et prindrent tous les bons chevaulx et tout ce qui dessus estoit troussé; et ainsi se enfuirent sans plus revenir vers leors pays. Ainsi s'en allèrent honteusemeot comme couars (lâches) et oonvoiteux. Quant les Ârml* naz virent qu'ils ne venoient point, si fhnot moult esbahys. Si leur fut dit par ung henralt comment les Lombards s'en estoient enfoôis sans cop ferir pour le pillage : si furent les A^ minaz si esbahyz , qu'ils ne sorent quel conseil prendre, et si estoient entrez en bataille plus de quinze mille : mais leur péché leur uuisolt tant qu'ils ne povoient faire chose où ils eussent honneur oncques ; puisque le duc de Bourgongne fut tué par eulx. Quant les Angloys les virent es* bahiz, si se ralient et feur courent sur moult »prement de tout leur povair, et prennent terre sur eulx plus en plus si asprement qie les Arminaz ne purent plus souffrir l'estoar: ains s'en commencèrent à fotdr moult honteusement pour sauver leurs vies , et les gens du regent les poursuivent jusques devant Vcrneûil ai Perche; là fut grant l'ocdsion et cmeUedesA^ minaz ^ car là furent mors par armes par ledit des heraulx bien neuf milliers , et si fut prins k duc d'Alençon, et mort le comte d'Auroalle filx du comte de Harcourt, et le comte de Douglas mort, et le comte de Wantadour mort, et ie comte de Narbonne, lequel ot la teste coppée depuis qu'il fut mort, et son corps pendu au gih^i et sa teste en une lance moult hault.
Item , furent trouvez mort de la part des Arminaz bien deux mille trois cent soixante et quinze cottes d'armes.
Item , de ceulx du Begent lurent environ trouvez trois mille, et très-pou y ot de mw* de gens de nom. Quant ceulx qui dedens la ville s'estoient mis, virent la grant desooD(ltnre,us ne se sçeurent comment conseiller , fors que * eulx rendre à la mercy du Régent, et ainsi le
sous LB BEONB DE GHABLBS VII.
uz
firent Si ftirent ks ungs navrez, les autres bien demy mors, et en ce point furent boutez hors de la ville à leur grant confusion tous nuds de toottes leurs armures.
Item y les Lombards qui avoient pillé les chevaulx devant diz , ne tindrent pas tous ensemble leur chemin, par quoy Tune partie fut encontrée devers Chartres, et furent tous destroussez , et grant foison de tuez et navrez. Laquelle bataille dessusditte Ait le jeudi dixseptiesme Jour du moyç d'aoust Tan 1424, et le vendredy ensuivant dix-huitiesme Jour dudit moys fist-on les feus par tout Paris et moult grant feste pour la perte des Arminaz : car on dlsoit qu'ils s'estoient vantez que ce ( si ) ils eussent eu le dessus de nos gens, qu'ils n'eussent epai^é ne femmes , ne enffens , ne heraulx , ne menestriers, que tout ne fust mort à l'espée.
Iteniy le Jour de la nativité Nostre-Dame en septembre vint le Régent à Paris, et fut Paris paré par tout où il devoit passer , et les rues parées, nettoyées, et furent au devant de lui ceulx de Paris vestus de vermeil, et vint environ cinq heures après disner, et allèrent. une partie des processions de Paris aux champs au devant de loi Jusques oultre la Ctiapelle de SaiQt-Denis ; et quant ils encontrerent, si chantèrent haaitement Te Deum laudamusy et autres louanges à Dieu. Ainsi vint dedens Paris Uen aconvoyé des processions et ceolx de la ville ; et par tout où il passoit cm orloit haultement Nouel. Quant il vint au o(ring de la rué anx Lombars , ià Joua un home despartisé le plus babillenient que on avoit oncques veu.
liem, devant le Chastclet avoit ung moult bel mystère du Vieil Testament et du Nouvel, que les enffans de Paris firent, et fut fait sans parler ne sans signer , comme ce (si) ce feussent ym^ges enlevez contre ung mur. Après quant il ot moult regardé le mystère , il s'en alla à Nofitre-Dianie , où il fut receu comme ce fust Dieu ; car les processions qui n'avoient pas esté aux champs et les chanoynes de Nostre«Dame Je reeeurent à la plus grant honneur , en chantant hymnes et louanges que ils purent, et Joûoitp on des orgues et des trompes , et sonnèrent touttes les cloches. Brief , on ne vit oncques plus d'onneur faire quant les Roumains faisoient leur triumphe , qu'on lui fist à celle Joui*née et à sa femme , qui toujours alloit après lui , quelque part qu'il allast.
Item y celle année fturent les plus belles vendanges que oncques on eost veud'aaged'homme, et tant de via , que la fostaille fut si ehiere, que Ton vendait deux ou trois queues vuides une que&ede vin, un poinson sans loyer seize ou dix-
huit sols pariais, et brief plusieurs mirent leur vin«n cuves qu'ils firent enfoncer ; et fût le vin à si grant marché avant la fin de vendange , que on avoit la pinte pour ung double, dont les trois ne valloient que un blanc, et pour ung denier en avoit-on la pinte environ la sainct Remy, qui fut au dimenche celle année.
Item y au soir que le Regeut fut entré à Paris , comme devant est dit, on fist par tout Paris feus et très-grant Joye , et fut la nativité de Nostre- Dame au vendredi.
Item y tout homme de quelque estât , se non les gouverneurs, de tant de queues de vin qu'ils cuillirent, chascun pala très-grant rançon; car tous ceulx qui avoient vin devers la porte Saiût- Jacques et celle de Bordelles, paioient de chacune queue trois sols parisis forte monnoie , et de poinsons , de caques, de barils au fer des queues, et si avoient à leurs despens les Angloys par-delà la porte Saint- Jacques, et Tautre porte pour les Arminaz qui toujours oouroient en ce pays-là.
. Item y au costé de deçà les ponts ne paydent que la moitié, pource que les faulx mauvays n'y cooroient point , et si ne avoient nulles gens d'armes.
Item y ou moys de novembre fût mm'ié le sire de Toulongion eu l'ostel du duc de Bourgogne, qui estoit.frère au seigneur de la Trimouille, lequel y vint par sauf conduit , et si fut marié le sire de l'Esquales, angioys, et firent Joustes plus de quinze Jours tous les Jours sans cesser, et puis s'en alla le duc de Bourgongne en.son pays; et quant U s'en fut allé , le Régent print l'ostel de Bourbon pour sien la prciniere sepmaine de décembre , et ià firent moult grant feste, qui cousta moult , et pour ce fut assise une très-grosse taille et lourde, et fut quinze Jours devant Noûel; et qua^t elle fut assise , tous les grands seigneurs s'en allèrent à Roiien.
Item, en ce temps couroient blaqcs de huit deniers parisis,petitz blancs aux armesde France et d'Angleterre^ et couroit niquez et noirez (i) quatre pour ung niquet , niquez trois pour ung blanc, et si avoit très-grant foison de blancs de huit deniers aux armes de Rretaigne, dont plusieurs marchans, bourgeois et autres qui en avoient, furent trompez; car soudainement le neufviesme Jour de décembre fût publié qu'ils ne courroient que pour sept deniers parisis. Ainsi peidireQt tous ceulx qui en avoient lahuittiesAie partie de leur pécime.
. Item, la Royne de France ne se mou voit de Paris ne tant ne quant (jamais) et estoit aussi
(1) Monnaies du temps.
J(WBNAL d'un bourgeois DE l^ABIS,
comme ce se fùst une femme d'estrange pays , enfermée tout temps en Tostel de Saint-Paul , où le noble roy Charles VI trespassa de ce siècle son bon mary, qui Dieux pardoint , et bien gardoit son lieu, comme femme veufve doit faire.
Item y en icellui temps s'en allèrent les Angloys en la comté de Haynault, et là ftirentjusques après la Saint Jdian-Baptiste, pource qu'ils vouloient avoir la tefre de la comtesse que ung des frères du Régent de France avoit prinse plus par voulenté que par raison , et l'espousa, et si estoit-elle mariée en France au comte de Haynauit firere du comte de Saint-Paul. Si en commençea une très-douloureuse guerre.
143&. — Itemy après Pasques l'an 1425 , fût si grant année de hannetons en France, que tous les firuitsfùrent gastez et grant partie des vignes. 4 Item y enee temps rendirent «eulx d'Estampes le chastel au duc de Bourgongne et plusieurs forteresses d'entour, et après allèrent les Ânglois de par le Begent devant la cité du Mans. .' Item y l'an 1434 , fût faite la Dance Marâtre f(laBanse Macabre) aux Innocens, et fut commencée environ le moys d'aoust, et MOfifé^ en Fkaresme ensuivant
Item^ après Pasques, pou devant la Sainot- Jehaii, ceulx de la me Saint-Martin et des luCs d'entour orent oongié de faire ouvrir la porte Saint-Martin à leurs coustz ( firais) et despens • et de faire le pont-leveys , les barrières ; brief et tout ce que à la porte convenoit pour lors qui moult estoit endommaigiée; car l'arche du pont estoit rompue , et. les murs d'entour de touttes parts et touttes les barrières pourf es , et touttes les serrures enrouillées; brief il sembloit que on ne Teust point ouverte puys quarente ans^ tant estoit tout desmolly et empiré ; mais les habitans de la grant rué Saint-Martin y firent si grant diligence et si bonne de leur peine et de leur argent , que on povoit YAea dire que ils avoient le cueur à Teuvre; car chacune dixaine à son tour y alloit et portoient pelles, houes, et liottes et penniers , et emplirent et vuyderent ce que il falloit ainsi fUre , et tiroient les grans pierres des fossez pesans une queue de vin ou plus, et avee eulx se mettoient prestres et clercs, qui de leur aider faisoient toutte leur puissance, et firent; par bonne diligence tant de leur corps pener ^(travailler) (que) de bien paier ouvriers, qu'elle fiit plustost faitte que chacun y povoit passer jehevaulx et charrettes sept sepmalne, qiur le -commun du peuple ne la Jugeoit ; car tous ou le plus difloieiit qu'il seroit avant 1aSaint>Remy que on y pust passer , et gens et hamoys , comme ïit est, y passèrent tout à leur aise l'an 1435, et dit-on que passé avoit trente ans on n'y avoit
vu passer autant de personnes conme oe jour y passa , et cedit Jour-là gardèrent les dizomien du quartier, et le quartcnier et les dnqoanteniers, et firent bonne chère ce Jour de Sainct- Laurens , qui flit au mercredy .
Item^ ledarrenier dilnenche du moys d^aoust ftitfait un esbattement en l'ostel nommé d'Arminac, en la rue Saint-Honoré, que on meist quatre aveugles tous armez en ung parc, chaam img baston en sa main, et en ce lieu avoit ung fort pourcel y lequel ils dévoient avoir slls le povaient tuer. Ainsi Ait fait , et firent cette bataille si estrange; car ils se donnèrent tant de grans cops de ses bastons, que depis leur en M; car quant le mieulx cuidoient frapper le pourcel, ils frappoient l'ung sur l'autre : car se ib eussent esté armez pour vray, ils se Aisscot tuez l'ung l'autre.
Item y le sabmedy du dimenche devant dit furent menez lesdits aveugles parmi Paris toos armez, une grant barrière devant où il avoit un pourœlet ponrtrait ( dessiné), et devant eolx un homme Jouant du liedon.
Item y le Jour Saini-Leu et Sain^GiUes qni fiit au sabmedy premier Jour de septembre, proposèrent aucuns de la parrolsse faire ung edMttement nouvel , et le firent, et Ait tel ledit esbattement , ils prindrentiine perche bien kmgae de six toises ou près, et la fichèrent en terre, et au droit bout de hault mirent ung pannier, et dedens une grasse ouc (oie) et dx blancs, et oingnirent très-bien la perdie, et pois ftit erié que qui pourroit aller querre laditte oûé en nnpeant contre mont sans aide, la perche et paenier il auroit , et l'oûé et les six blancs : mais oncqucs nul tant sçeut-il bien ^n»er li^ pot avenir ï mais au soir ung Jeune varlet qui avoit grippé le plus hault ot l'ofté, non pas le pannier, ne les six blancs, ne la perche, et fht fait eedrott devant Quipquempoit en la rué aux Oûés, et te mercredy ensuivant on ooppa la teste à ung che valier mauves brigant, nommé messire Bstittne de-Favieres, né de Brie, très-maulvais larroD^ et pire que larron , et furent pendus aoconsde sesdiscH^esaugibetde Paris et en autres giteti
Itemy en celui moys les Arminaux lal^ereot Bochefort où ils estoient assegez de nos gctff et si vindrent plus quatre foys que nos gens n'estoient pour lever le siège. Mais quant les Arminaz virent que nos gens estoient de si bonne ordonnance , ils n'osetent approncher ce non de bien loing , et firent une escarmoBch^ bien aspre de leur trait, et les antres oontre eulx moult asprement , especMettent eeaix de Paris, qui moult les grevèrent de knr trait, dont pittsieun de delà Airent navrez; aussi fc-
sous LE BRGKE DE CHABLES VII.
US
rent plusleors de nos gens : mais quant les Arminaz virent la bonne voulenté que nos gens avoient de eulx deffendre, conune il apparut à ealx , ils orent paour , et tindrent la chose en estât; et en ce fiUsant, firent vuyder leur bagaîge ie plostost qu'ils purent ; et ipiant ils sceurent que ce fût fait, il firent manière d'entrer dedens Rochefort : mais ils firent autrement ; car ils firent bouter le feu dedans , et ardirent blés et lars, et autres biens qu'ils ne povoicnt emporter, afin telle que les autres n'en admen* dassent (profitassent) de rien; et quant ils vir rent que le feu montant bault, et qu'on ne le pouroit estaindre, ils s'en allereiit : ainsi , sans plus faire ung pou après, nos gens allèrent dedens , il^ n'y trouvèrent que les paroys , si s'en revint chacun en son lieu.
liemj en ce temps fut ouverte la porte de Montmartre ou moys de septembre, et ou moys d'octobre fiit fait le pont-leveys.
Item , en ce temps couroit une monnoie à Paris, nommée placques, .pour douze deniers parisis, et estoient de par le duc de Bourgongne ; lesquelles placques , quant on vit que chacun en avoit ou pou ou grant , on les cria pormy Paris le sabmedy deuxiesme Jour de novembre 1425 à huit doubles , qui avoient esté prins pour oeuf doubles, dont grant murmure fût; mais à souffrir le convint, quoique le cueur en doulust.
/le»!, la première sepmaine de Janvier 1^5 vint une grant plante ù Faris de laboureurs pour larrons brignns qui étoient en tour à douve, à seize, à vingt lieuësde Paris environ, et foisoient tant de maulx , que nui ne le diroit , et si n'avoient point d'aveu et nul estendart , et estoient pouvres gentilshommes qui ainsi devenoîent larrons de Jour et de nuyt. Quant ie prev.ost de Paris ouyt la plainte, si priot la compaignie de la soixantaine de Paris d'arbalestriers et d'archiers, et les mena hastivement où on luy avoit dit que ces larrons reposoient , et tmt fist qu'en mains de huit Jours ils en prindrentplus de deux cens , et les envoya en diverses prinsons es bom nés villes dont plus près estolt , et le mercrectt neufviesme- Jour du moys de Janvier 1425 en admenH à Paris deux cbarrettées des plus gros, et n'estoient que vingt ou environ.
liem, en ce temps avoit toujours guerre le frère du Régent de France au duc de Bourgongne , et firent plusieurs escarmouches les Flamens et les Angloys de la partie dudit firere du Régent.
Item y en ce tei^ on crioit les harengs froys ( frais) parmi Paris à la moitié de karesme environ la Saint Benoist, et en vint grant foison à .ftris.
Item y on avoit aussi bons pois qu'il en ftist oncques nuls le bouessel (boisseau) pour trois blancs ou quatorze deniers , febves pour dix deniers ou pour doze deniers.
Item y en ce temps commença la guerre entre les Angloys et les Bretims , et prindrent les Angloysla ville de Saint Jame de Beuveron, et la garnirent de vivres et fortifièrent moult , et les Bretons les assiégèrent dedens la ville en mars 1425 , et là furent Jusques après Pasques l'an 1426 (]ui traitèrent ensemble sans cop ferir, et disoit-on communément que aucuns des grans de Bretaigne,évéques ou autres, en orent de l'argent , dont la commune de Bretaigne en fût trop mal comptent ; mais ils l'endurèrent pour celle foys.
1426. — Item, en ce temps estoit recommencée la guerre entre le duc de Bourgongne et le frère du Régent de France, et fût adonq levée une grosse taille qui moult greva le menu peuple.
Item y ou mois de Juing ensuivant furent, les eaux si grandes par toute la France , que la propre nuyt de la Saint-Jehan l'an 1426 , quant le feu fût bien allumé , et que les gens danceoient autour , et que le 4ra fut abattu., la rivière crut tant, (lu'elle vint destaindrc le feu , et printK>n ce qu'on pot avoir du feu iiastivement, et le boys qui n'estoit encore tout ars et le porta vers la croix , et là fut ars le remenant (le reste) de la bûche ; mais avant qu'il fùst quatre Jours ou six après, elle (l'eau) fût si démesurée, qu'elle passa hi croix, et furent les marays de Paris pleins d'eaûe , et commença à l'entrée de ^ing , et fût avant dix ou doze Jours ou moys de Juillet , qui sont bien quarente Jours , qu'il fût tant appetlssée que d'estre marchande , et furent les gaignages des bas pays avecques tous perdus. Pour ce fût fiaitte une procession générale hi sepmaine d'après la Saint-Jehnn , mercredy devant Saint- Pere (Pierre) et SainVPaul, qui. fût moult solempnelle et piteuse, et allèrent les parroisses à Nostre-Bame et portèrent la chace de la benoiste vierge Marie; c'est assavoir par le pont qui est derrière l'Ostel-Dieu , et puis la rue première d'oultre le petit Chastelet , et allèrent pardessus le Pont-Neuf , et après par le grant pont , et revindrent par le pont Nostre-Dame en la grant église ; et là chantèrent une messe de la vierge Marie moult dévotement , et fist-on ung moult piteux sermon, et lé fist fj^re Jacques de Tourraine , religieux de l'ordre de Saint-François. .
IteMy en ce temps fut le landit au lieu accoustumé qui n'avoit mais sis puis l'an 1416.
Itemy en celle année 1426 fût tant de cerises, que maintes fois on avoit es halles de Paris neuf livres pour ung blanc de quatre denien; maia
JOURNAL D UN fiOURGEOIS DE PARIS
toat courant plus de six i^pmalnes on en avoit six livres pour quatre deniers parisis, et durèrent jusqu'à la my-aoust qu'on avoit toujours la livre pour deux deniers ou au plus pour deux doubles qui ne valloient pas quatre tournois.
Itemy en septembre le jour Sainte Croix, qui fut au sabmedy, la Porte Saint-Martin comme devant avoit esté fermée sans murer, et demeura fermée jusques au septiesme jour de décembre ensuivant, landemain de la feste saint Nicolas d'y ver, et furent les dizeniers du quartier et plusieurs autres gens d'onneur, à laquelle peticion et reqoeste laditte porte avoit esté ouverte. Là furent le prevost des marchans et le^ eschevins, qui à la porte ouvrir dirent : Entre vous^ bourgeois et mesnaigiersy cette porte soit ouverte et gardée à vos périls ; et ainsi fût ouverte la port^ Saint-Martin au sabmedy septiesme jour de décembre.
Item, le dimenche seiziesme jour dudit moys fût faite procession générale à Saint Magloire encontre aucuns hereses (hérésiarques) qui avoient.herré contre notre foy, comme devant est dit, au moys de may 1424 de leurs invocations et de ce qui fut fait; i^'est assavoir par maistre Gruillaume l'Amy, maistre Angle du Temple, et plusieurs autres en la prouchaine rue d'emprès le Temple du reuc du Temple, et est nommée la rué Portesin.
Item^ y fut proposé à laditte procession que le Saint Père vouioit que fUniversité en iist son devoir ; et à ce faire leur ordonna trois ou quatre évéques pour être avecques eulx; c'est assavoir l'evesque de Teroûanne, qui pour lors estoit chancelier de France, et i'evesque de Beauvais.
Item, le septiesme jour de janvier 1426 fut crié que les doubles du coing de France, les quatre ne vauldroient que ung blanc ung denier la pièce, et que ceulx qui estoient isignez (marqués) aux armes d'Angleterre, ne se changeroient point.
Item, escus qu'on prenoit pour vingt-trois sols, furent mis à dix-huit sois.
Item, petits moutons d'or pour ce qu'ils estoient aux armes de France comme les escus, furent mis à douze sols parisis, qui devant en valloient quinze sols, et ce vray eât que le landemain que le cry fût fait, on n'eust eu ne pain ne vin, ne quelque nécessité des doubles françois, ne les changeurs n'en Vouloient donner denier et obole ; et si n'avoit le peuple menu autre monnoie que celle qui rien ne leur vallu ; et quant ce virent aulcuns que la perte leur estoit grande, si maudissoient fortune en appert (ouvertement) et à secret, disant les volontés des gouverneurs, et vray fut que plusieurs get-
toient pardessus les changes en la rivière leur monnoie, pource que rien n'en povoient avoir; car de huit ou de dix sols parisis on n'eust eo que quatre blancs ou cinq au plus, et en fut getté cette sepmaine que la monnoie fut criée, en la rivière plus de cinquante florins ou la value en monnoie par droit de desespoir.
Item, en ce temps le régent de France estoit toujours en Angleterre, ne nul seigneur n'av<rit en France, et ce party ledit Régent de Paris le jour saint Eloy premier jour de décembre 1426.
Item, en ce temps estoit le siège devant Moymer en Ghampaigne, et là estoit le comte de Salcebry, qui moult estoit chcvalureux et bon homme d'armes et subtil en tous ses faits.
Item, en celle année fût faite .une ordonnance de par le prevost de Paris et dé par les signeurs de parlement, que nul sergent à ciieval, ne nul sergent à verge, sll n'estoit marié ou s'il ne se marioit, n'ofQcieroit plus, et fut le terme de eulx marier depuis la Toussainct jusques à la Quasimodo ou après, sans passer TAscension Nostre Seigneur. Et en ce l'an fut trèsgrand yver ; car le premier jour de l'an commença à geler, et dura trente«ix jours sans cesser, et pour ce fut la verdure toute faillie; car il n'estoit nouvelle de choulx, ne de porée, ne de persil, ne de herbes.
Item, en ce temps fut fait evesque de Paris maistre Nicolle Frallon, et fût reœu à Nostre- Dame de Paris le sabmedy vingt-huitiesme Jour de décembre 1426.
Item, il fut avant la fin de mars que verdure yssist de terre, et encore n'en avoit-on point pour moins de deux deniers ; car il gelai trèsfort à glace presque tout le moys de février, pour ce fut verdure si chère.
1427. — Item, le cinquiesme jour d'avril à ung sabmedy, vigille du dimenche perdu, Tint le Régent à Paris, qui avoit deonoré en Angleterre seize inoys pour cuider traiter paix mtre le duc de Bourgongne frère de sa femme et son frère le duc de Gestre; mais il n'y pot mettre paix à celle fois.
Item, vint le cardinal de Vincestre le darrain jour d'avril ensuivant 1427, lequel estoit ODde au régent de France, et avoit plus grand t3mel (cortège) avecques lui quant il vînf, que le régent de France qui estoit gouverneur de France et d'Angleterre.
Item, le moys d'avril et du moys de may jusqu'environ trois ou quatre jours en la fia, ne cessa de faire très-grand firoit, et ne fut gaeres sepmaine qu'il ne gelast ou grelast très-fort, et toujours pleuvoit, et le lundy devant rAsoencion de Nostre-Dame et sa compaignle furent à
sous LB aBGNB DB CUABLB8 VII.
Montmartre, et ce jour ne cessa de pleuvoir 1 depuis environ neuf heures au matin Jusques à ' trois heures après disner, non pas qu'ils se musassent (se laissent à Tabri) pour la pluie ; mais pour certain les eschevins furent si très-fort en- Ibttdrez entre Montmartre et Paris que nous mismes une heure largement à venir de Montmartre àSaintJLadre, et de là vint la procession par Saint Laurens ; et au départir, de Saint Laurens il estoit environ une heure ou plus. La pluie s'efforça plus fort que devant, et à celle heure s*en alloit le Régent et sa femme par la Porte Saint-Martin, et encontcerent la pi*ocessien dont ils tindrent nooult pou de compte ; car ils chevaalchoient moult fort, et ceux de la proeession ne porent reculler , si furent moult toûiUez (salis) de la boue que les pies des chevaulx gettpient par devant et derrière. Mais oncques n'y ot nul si gentil qui pourchasse, ne pour procession se daingneast uag pou arrester. Ainsi s*en vint à Paris la procession le plustost qu*elle pot, et si fut entre deux et trois heures quant ils vinrent à Saint Merry. A celluy Jour separty le Régent pour aller devers le duc de Bourgongne, comme devant est dit, qui fut le vingt-sixiesme Jour de may 1427.
Item y ie premier jour de juing audit an, list Tevesque de Paris sa feste , et fut conformé evesque, et ne fut plus parlé de Télection qui d*avant avait esté faite ; c'est assavoir de mesure NiooUe Frallon, lequel avoit esté eslu de tout le chapitre de Nostre-Dame : mais nonobstant i'eslection du chapitre , ledit Nicolas Frallonen fut déboutté, et Fautre dedens boutté; car ainsi le plaisoit aux gouverneurs, et estoit nommé le grant trésorier de Rains, et en son propre nom messire Jacques.
Item j en ce l'an fût la rivière de Saine si très-grande; car à la Pe^tecoste , qui fut lehuitiesme Jour de juing , estoit ladite rivière à la croix de Grève, et ce tint en ce point jusques au bout des festes , et le jeudy elle crut de près de pié et demy de hault , et fut Tisle de Nostre- Dame couverte, et aux ourmetiaux qui sont deçà de l'autre costé de la rivière devers l'église de Saint-Paul, presque toute la terre estoit couverte , et ce n*estoit mie trop grant merveille; car depuis la moitié du moys d'avril jusques au lundy de«ia Pentecoste , qui fut le neufviesme jour de juing l'an 1427, ne fina (ne cessa) de pleuvoir, et tousjours jusques à celluy jour faisoittrès-grantfroit comme à l'entrée de mars, et en ce temps faisoit-on processions moult piteuses , et dedens Paris et aux villaiges ; car le mercredy des feries de la sainte feste de Pentecoste fut le jour de la Beneisson (la béné-
diction), dix gros villaiges de devers la porte Saint-Jacques , comme Vanvres , Meudon , Glo-. mart (Clamart) , Issy , etc. , et f\irent jusques à dix parroisses, tant qu'ils furent bien de cinq ou jsix cent personnes ou plus, femmes, enffens , vieils et jeunes , la plus grant partie nuds pies , a croix et bannières , chantans hymnes et loùaDges à Dieu nostre sire, pour la pitié de la grant eau , et pour la pitié de la froidure qu'il faisoit, car du jour n'eust point trouvé une vigne en fleur.
Item , en ce point vindrent à Paris, et de li à la beneisson au landit , et puis à Saint-Denys en France, et là firent leurs dévocions, et puis s'en revindrent tous jeuns à Paris, et telz y eut jusques en leur lieu, qui sont près de dix lieues déterre; et quant ils passèrent parmy Pa-. ris au retourner, il avoit bien dur cueur à qui le sang ne muest en pitié jusques aux larmes; car là eussiez veu tant de vieilles gens tous nuds pies, tant de petiz enffens, comme de doze ans ou de quatorze si travaillez (si fatigués ) ; car cellui jour fit si grant chault que merveilles.
Itetn^ le jeudy ensuivant crut tant l'eau, que l'isle Nostre-Dame fut couverte, et devant l'isle aux Ourmetiaux estoit tant crlie, que on y eust mené batteaulx ou nacelles , et toutes les maisons d'entour qui basses estoient, comme ie celier et le premier estaige , estoient pleines : telles l'y avoit dont le celier estoit plein du hault ( de la hauteur ) de deux hommes, et là estoit pitié ; car les vins s'y estoient pardessus l'eau , et en aucuns lieux , en estables qui estoient basses de trois ou quatre degrez, l'eau crut tant là entour , que les chévaulx qui fort liez là estoient , ne porent tous estre recaux (sauvés) , qu'ils ne fussent noyez, les aucuns par la grandeur de l'eau qui sourdit en mains de deux heures de plus du hault d'ung homme là en droit et ailleurs; car elle crut tant le vendredy et le sabmedy ensuivant, qu'elle s'œpandit jusques devant l'ostel de la ville , et fut plus d'un hault pié largement en l'ostel du mareschal qui demoure à Topposite devant le costé de la Vannerie , et jusques ausixiesme degré de la croix de Grève, droit devant l'ostel de la ville au droit de la croix , et fut avant environ la Saint Eloy que on pcust aller en la Mortellerie, et bref elle Ait plus grande près de deux pies de hault qu'elle n'avoit esté en Tannée de devant, et par tous les lieux où elle fut comme en blez, en avoynes es mares , elle degasta tout et sécha tellement que celle année ne firent oncques bien ; car elle y fut bien cinq ou six sepmaines.
Item y en ce fut ordonnée une grosse taille et cueillie sans mercy.
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lOUBNAL d'un B0UB6E0IS DE PABIB,
Item y en ec temps, environ quinze jours en juillet, flst mettre le Régent le siège devant Montargis, et le sixiesme jour d*aoust ensuivant fut ordonné qu'on ne feroit plus pain cpie de deux deniers pièces ou de ung denier pièce ; et ainsi fîit fait, et i>ien avoit huit ou neuf ans qu'on n'en avoit point fait à Paris , qui mains vaulslst de deux deniers»
Item y celle ditte sepmaine mesme fut crié et publié que les escus d'or , ne les moutons d'or , n'auroient plus de cours pour nul prix que pour tant d'or.
/i^m, celle année fut moult largement fhiit et bon ; car on avoit le cent de bonnes prunes pour ung denier , et nulles n'estoient verrouses, et de tout autre fruit largement , es^ieclalment d'amendes, avoit tant sur les arbres, qu'ils en rompoicnt tous, et ûst aussi bel aoust , qu'il flst oncques d'aage d'homme vivant , quoique devant eust fait grant froidure et grant pluïe, comme dit est ; mais en pou d'heures Dieu laboure, comme il appert celle année; car les blez furent bons et largement.
Item y le dix-huitiesme jour d'aoust ensuivant 1427 , se party de Paris le Régent qui toujours enrichissoit son pays d'aucune chose de ce royaulme, et si n'y rapportoit riens que ime taille quant il revenoît , et tous les jours couroient les murtriers et larrons autour de Paris , comme toujours pillant et robant, prenant, ne nul ne disoit : dimilte. Le dimanche d'après la my-aoust, qui fut le dix-septiesme jour d'aoust oudlt an 1417, vindrent à Paris douze penanciers comme ils disaient; c'est assavoir ung duc et ung comte, et dix hommes tous à cheval, et lesquels se disolent très-bons chresticns, et estoient de la Basse Egypte, et encore disoient qu'ils avoient esté chrestiens autrefois, et n'avoit pas grafid temps e^e les chresUens les avoient subjuguez et tout leur pays, et tous faiz chrjstianer ou mourir ceuix qui ne vouloient estif , ceux qui ftirwit battisez, flirent signeurs du pays comme devant , et promisrent d'estre bons et loyaux, et de garder la foy de Jésus Christ jusques à la mort , et avoient roi et royne en leur pays , qui demouroient en leur signorie parce qu'ils furent christiennez.
Item y vray est , comme ils disoient que après aucuns temps ils avoient prins la foy chrestienne, les Sarrasins les vinrent assalllhr; quant ils se virent comme pou fermes en nostre foy, à trèspou d'achoison , sans endurer gueres la guerre , et sans faire leur devoir de leurs pays deffcndre, qui très-pou se rendirent a leurs ennemys , et devindrent Sarrasins conmme devant , et renvoyèrent nostre signeur.
Item y il advint après que les chratieu comme l'empereur d'Allemagne 9 le roy de Poullaine (Pologne) et autres slgneun, quint ils sorent qu'ils orent ainsi faulcemeat et sans grant peine laissée nostre foy , et qu'ils estoient devenuz si-tost Sarrazins et idolâtres, leur ooornirent.sur, et les vainquhrent tantost, comme s'ils cuidoient que on laissast en lear pays, comme à l'autre fois pour devenir direstiees : mais l'empereur et les autres signeurs, par grant délibération de conseil , dirent que jamais ne tenroient terre en leurs pays, ce le Pape ne le consentoit, et qu'il convenoit que là allassent au Saint-Père à Rome, et là allèrent tous petits et grans, à moult grant peine pour lesenffens. Quant là furent, ils confessèrent en général lenn péchés; quant le Pape ot oûye leur confession par grant deliberacion de conseil , leur iknna en penance (pénitence) d'aller sept ans ensuivant parmy le monde , sans coucher en liet; et pour avoir aucun confort pour leur det^eose, ordonna, comme on disoit, que tout evesque et abbé portant crosse leur donroit pour une foyi dix livres tournois , et leur bailla lettres finisant mention de ce aux prélats d'église, et leur donna sa l)eneisson , puis se départirent et furent avant chiq ans par le monde qu'ils venissent à Paris, et vindrent le dix-septiesme Joor d'aoust l'an 1427, les dozc devant diz, et le jour Saint Jehan Decoiacc (le Jour delà déeolation de saint Jean) vint le commun , lequel on ne laissa point entrer dedans Paris: mais par justice furent logez à la chapelle Saint-Denis, et n'estoient point plus en tout d'hommes , -de femmes et d'enffens de cent ou six vingt on environ ; et quant ils se partirent de leur pays, estoient mille ou dozc cents ; mais le remenant estoit mort en la voye , et leur Roy et leur Royne, et ceulx (lUi estoient en vie avoient espérance d'avoir encore des biens mondxdns ; car le Saint-Pere leur avoit promis qu'il leur donneroit pays pour habiter bon et fertile ; mais qu'ils de bon cueur achevassent leur penance. Item y quant ils furent à la chapelle , <m ne vit oncques plus grant allée de gens à la beneisson du landit que là alloit de Paris , de Saint Denis et d'entour Paris pour les vdr. Et vray est que les enffcns d'icculx estoient tant habillés filx et filles , que nuls plus , et le plus et presque tous avoient les deux oreilles percées, et chacune oreille ung anel (anneau) d'argent on deux en chacune , et disoient que c'estoit gentilleise en leur pays.
Item y les hommes estoient très-noirs , les cheveux crespez, les phis laides femmes que on pusl voir , et les plutf noires ; toottes avoient le
sous LE HEGXB DE CHABLKS VII.
visage de plaie, les chevealx noirs comme la qoeûe d'ung cheval , pour touttes robbes une vielle flaufisoie très-grosse d'ui^ lien de drap ou de corde liée sur resjiaulle , et dessous ung povre roquet où chemise pour tous paremenS. Brief c'estolent plus pouvres créatures que on Titoseques venir en France de aage d'homme, et neamoins leur pouvreté en la compaignie avoit sorcières qui regardoient es mains des gens, et disoient ce que advenu leur estoit ou à advenir , et mirent oontans (dispute) en plu« sieurs mariaiges; car elles disoient : Ta femme, ta femme , ta femme fa JaU coux ; ou à la femme; ton mari fa fait cauipe ; et qui pis estoit , fù parlant aux créatures par art magique oa autrement , ou par Tennemy d'enfer , ou |Nir eDtregct d'abilités faisoient vuide les bourses m\ gens , et le mettoient en leur bourse , comme on disoit ; et vrayement j'y fus trois ou quatre fois pour parler à eulx ; mais onoques ne m'apperçut d'ung denier de perte, ne ne les vy regarder en fnain ; mais ainsi le disoit le peuple par-tout, tant que la nouvelle en vint à l'evcsque de Paris, leq[uel y alla et mena avecques lui ung Frère meneur (mineur) , nommé le Pe* tit Jacobin , lequel par le commandement de TEvesque fist là une belle prédication en excommuniant tous, ceulx et celles qui ce faisaient , et avoient cru et monstre leurs mains, eteonvinssent qu'ils s'en allassent, et ce partirent le Jour Nostre-Dame en septembre, et s'en allèrent vers Pontoise.
Item, le vendredy cinqiiiesme Jour de septembre l'an 1427 fût levé le siège par les gens de cellui qui se dit dalphin, qui estoit devant Hontargis, et furent les Angloys moult grevez ; car trop ce floient en leur force, et furent trouvez désarmez de leurs ennemys, qui bien en tuèrent six cent ou plus, que marchans de vivres, que hommes d'armes, et leur convint laisser le sicge on droit temps que on cueille les biens.
Item, en ce Tan faisoit aussi grand chault à la saint Remy, ou près qu'il avoit fait à la saint Jehan; oar en ce l'an ne fist pas plus d'ung inoys d'esté; par quoy les vignes apportèrent si pou, que le plus n'apportèrent (pie ung caque de vin en Taraient, et encore mains telz y avoit; moult se tenoit heureux qui en avoit en l'ar[)ent uog muy ou une queue, et tout par le long yver qui tant dura, qu'en vit onoques mais si long et vrayement on trouvoit es (sur) almendiers après la feste de Toussaint des amendes toutes vertes bonnes à peler comme |i la my-aoust, et estoient de très-bon goust.
Ikm, en ce temps fut le vin très-cher ; car on avoit très-petit vin pour huit deniers pour
pinte, et si estoit la monnoye très -bonne.
Item, en ce Tan ou pou devant vint à Paris une femme nommée Margot, assez jeune, comme de vingt-huit à trente ans, qui estoit du pays de Henault, laquelle Joiioit le mieulx à la palme (paume) que oncqucs homme eu|t vu, et avec ee Joûoit devatit ma|n derrière rQain très^puissamment, très-malicieusement, très-habillement, comme ^povoit faire homme , et pou venoit d'hoDunc à qui elle gainghast, ce ce n'estoitles plus puissans Jôûeurs| et estoit le Jeu de Paris où le mieulx Joiioit en rue Grenier Saint Ladre (Saint Lazare), qui estoit nommé le petit Temple.
Item, environ quinze jours devant la saint Remy, cheut ung mauvais air corrompu, dont une très-maulvaisc maladie advint, que on appelloit la dando; et n'estoit nul ne nulle qui aucunement ne s'en sentist dedens le temps qu'elle dura ; et la manière comment elle prenoit, elle commençoit es rains et es espaulles; etn'estoit nul quant elle prenoit, qui ne cuidast avoir la gravelle, tant faisoit cruelle douleur, et après ce à tous venoient les assées ( accès de fièvre) ou fortes frissons, et estoit-on bien huit ou dix ou quinze jours qu'on ne'povoit ne boire, ne menger, ne dormir, les uBgg pM, les autres mains ; après ce venoit une toux si très-mauvaise à chacun, que quant on estoit au sermon, on ne povoit entendre ce que le sermonneur disoit, pour la grant noise des tousseurs.
Item^ elle ot très-forte durée Jusqu'afM'ès la Toussaint bien quinze jours ou plus, et ne eussez gueres trouvé homme ne femme qui ne eust la bouche ou le nez tout eslevé de grosse rongne pour Tassées, et quant on encontroit l'ung l'autre, on demimdoit : As4u poinf eu de la dando? S'il disoit non, on lui respondoit tantost : Or te I garde bien que vrayement tu en goûteras un moreelet, et vrayement on ne mentoit pas, que pour vray il fut pou, fust petit ou grant, femme, ou enffent, qui n'eust en ce temps ou assées, ou frissons, ou la toux qui trop dur(Ht longuement.
Item, le quinziesme Jour de décembre ensuivant fut prins ung escuyer nommé Sauvfige de Fromonville dedens le chastel de l'Isle-Adam, par force lui et deux varlets : car plus n'y avoit de gens quant il fût prins, assez ftit qui le lia, ^t fût mis sur ung clieval, les pies liez, et les mains sans chaperon ; en ce point admené à Baignolet où le Régent estoit, qui tantost commanda que sans nul delay on l'allast pendre au gibet hastiveroent, sans estre oîiy en ses deflènses, car on avoit grant paour qu'il ne fust reooux (sauvé) ; car de très-grant lignaige estoit. Ainsi
JOUBNAL DUIH BOliAGEOIS DE PAAIS ,
fut admené au gibet accompaigné du prevost de Paris et de plusieurs gens, et avec ce estoît ung Dommé Pierre Baille, qui avoit esté varié cordouannier à Paris, et puis lut sergent à verge, et puis receveur de Paris, et lors estoit grant trésorier du Meinne( Maine), lequel Pierre ne volt (voulut) oncques, quant ledit Sauvaige demanda confession, quMl requist si longuement, mais lui fit tantost monter reschelle, et monta ^près en deux ou trois eschelons en lui disant groses paroles. Le Sauvaige ne lui répondit pas à sa voulenté, pourquoy ledit Pierre luy donna un grant oop de baston, et en donnoit cinq ou six au i>ourrel pour ce qui (qu'il) Tinterrogeoit du sauvement de son âme. Quant le bourrel vit que l'autre avoit si maie voulenté, si ot paour que ledit Baille ne lui fist pis, si se hasta plustost qu'il ne devoit pour la paour, et le pendit : mais pour ce que trop se hasta, la corde rompi ou ce desnoua, et cliut ledit jugié sur les rains, et furent tous rompus et une jambe brisée; mais en celle douleur lui «convint remonter, et fut pendu et estranglé, et pour vray dire, on lui portoit une très-male grâce, especiaiement de plusieurs meurtres très-liorribles , et disoit-on qu'il avoit tué de sa main au pays de* Flandres ou de HayiMilt un evesque.
1438. — Item, en ce l'an après Pasques, qui furent le quatriesme Jour d'avril l'an 1438 , fut si grant foison de hannetons , que avoit oncques vu , et mangèrent tellement vignes, almendiers, noyers et autres arbres, que par les contrées où ils ftarent, n'avoit especiaiement es noyers nulles feuilles quinze Jours devant la Saint Jehan- Baptiste.
Item , le duc de Bourgongne vint à Paris le vingt-deuxiesme Jour de may, à ung sabmedy , vigflle de la Pentecoste, et vint sur ung petit cheval en guise d'ung archer, et n'eut point esté cogneu du peuple, ce n'eust esté le Régent qui le compaignoit, et la Régente après.
Item, il s'en alla le deuxiesme Jour de juing en suivant, veille du S. Sacrement , qui fut le troisiesme Jour de julng.
Item, en celle année fut tant de hannetons , que les anxiens (les vieillards) disolent avoir rà oncques, et durèrent Jusques après la S. Jehan, et gasterent toutes les vignes, et les noyers et les almendiers, et fut avant la S. Père (S. Pierre) que on s'en pUst délivrer , et si faisoit très-granf froit a la S. Jehan , et toujours pleuvoît , tonooit, espartissoit (faisoit des éclairs), et advint que h treiziesme Jour de Juing le tonnoire cheut À Paris sur le clocher des Augustins , et fouldroya ledit clocher , toutte la couverture qui estoit d'ardoise , et le merrien par dedens , que
on estimoit le dommalge qu'il flst h huit cent ou mille francs.
Item, le vingt-dnquiesmejour de may, iemardy des festes de la Pentecoste l'an 1428 prindrent par trayson les Arminax la cité du Mans, et du prendre furent plusieurs de la ville oodsentans, par ainsi que lesdits Arminaz promisdrent qu'ils les garderoient en leurs franchis»^ et qu'ils seroient avecques eulx comme amis : mais si - tost qu'ils orent la seigneurie de la ville, ils pillèrent, roberent, efforcèrent fiileset femmes, et firent tous les maux qu'on peut feiie à ses ennnemys, à ceulx qui les cuidoioitamTS.
Item, quant laditte cité fût prinse, le cappitaine qui y estoit de par le Régent ordonné, estoit allé en ung sien affaire environ ifingt lieues loing de la cité : quant il sçot la chose comment elle estoit, si fut moult conrcé (mé* content), nul ne demande, il fist finance de trois cent hommes d'armes , et s'en vint le vendredj ensuivant environ mynuit, et flst tant qu'il r^ gaignala cité avant qu'il fiistguères grant jov; car quant la commune vit la cmanlté des Arminaz, ils les prindrent en si grant hayne, qu'ils laissèrent entrer dedens ledit cappitaine , ou ao moins ne se deffendirent que bien pou. Quant ils furent dedens, ils oominancerent à crier : Ville gaignée, et le cry du cappitaine dedens la forteresse où quantité de ses gens s'estoieot retraits, quant la cité fût trahie premier. Quant ils otiyrent le cry de leur ciqipitalne ou Bannière, si se mirent à lancier et getter, et à \wsfx choir grosses pierres sur les Arminaz qui les avoient assiégez, et leur cappitaine leur vint par dariere qui avoit avec luy trois cent hommes, comme devant est dit, de bonne étoffe, et ooidprindrent toutte la place tellement que tes Arminaz ne porent reculler ne entrer au chastel, si se combatirent main à main moult longuement ; mais en la fin furent desconfiz les Arnù* naz ; car la commune les avoit en si gra»t hayne pour leur mauvaisetié , que par l« fr* nestres ils leur gettoient grosses pierres dont ik tuoient eulx et leurs chevaulx ; et quant au«» des Arminaz eschappoit par bon cheval ou aotrement, tantost estoit tué du commun, et tairf firent : c'est assavoir le cappitaine nommé messire Talebot, et ceulx du Chastel , et la commune que doze cent des Arminaz demourertat en la pince, sans ceulx qui furent descollei <p' avoient esté consentans des entrées des Armi»»» par trayson ; et sans les prisonniers qui furent très-grant nombre, car il y avoit vingt-deux on tingt-quatre cappitaines d'Arminaz quiestoient accompaignez de trois mille hommes d'armes et plu9, dont il appert bien derement qu ils soot
sous LB BEONB DB CUABLBS VII.
bien maleureQx quant trois cent hommes les desconfit si laidement, et pour leur péché ; car se ils se ftisseut bien portés vers ceulx de la ville, selon qu'ils avoient juré, ils cessent fait que sages.
Item^ fut Tannée si froide longuement, que tout le landit, ne à la Saint-Jehan, n'avoit enoores nulles bonnes cerises, ne bien pou encore de fèves nouvelles, ne blé, ne vignes en fleur.
Ikm^ le Jour saint Lenffrey, qui fut un lundy vingt-uniesme Jour de juing, fut la plus somptueuse feste faitte au Pallays à Paris que homme qui pour lors vequist, eust oncques veué; car toottes personnes de quelque estât qu'elle fust, estoit reeea à disner selon son estât ; car le régent de Frimce et sa femme et la chevallerie forent servis en lieu et d^ glande selon leur estât. Le clergé' premièrement, comme evesque, prelas, abbés, prieurs, après docteurs de touttes sdeoces^ le parlement après^ le prevost de Paris, et ceulx du Chastellet, après le prevost des marchans, les eschevins et bourgeois et marchans ensemble, et après le commun de tous estats, et furent bien à celiuy disner que ungs qoe antres pins de huit milliers seans à table^; car il y ot de pain distribué de environ trois doilers la pièce, qui pour lors estoit moult grant ; ear on avoit ung sextier de trè&-bou froment pour doze sols parisis, si en y ot bien sept cent dozainnes.
Itern^ on y but de vin bien quarente muids.
Item, y ot bien huit cent plats de viande, sans le beuf et mouton qui fut sans nombre.
Item, environ le moys d'aoust l'an 1428, le comte de Salcebry ( SaUsbury ) avec sa compaignie print la ville de Nogent le Roy, print Gauyille m Beausse, print Rochefprt, et de là alla àChasteandan et à Orléans, voire devant la ^lle, et fut faitte une grosse taille aussi bien aux vilhdges, comme es citez, -et si leur convint faire finance de bien deux cent voitures chacun à trois ou quatre chevaulx pour mener vivres et artillerie, et pour mener bien deux cent queues de vin ou plus qui furent prinses dedens Paris, et si estoit le vin si cher, que nul ou pou de mesnaiges n'en buvoient; car la pinte de moyen vin au moys de septembre coustoit douze deniers très-forte monnoie.
Item , en ce temps pour la charte du vin , plusieurs se mirent à brasser servoise, et avant que la Toussahit en ot bien n Paris trente brasseurs, et si la ammenoit^on tous les jours à charretées de Saint-Denis et d'ailleurs, et que on la crioit parmy Paris, comme on a accoustumé à crier le vin, et si n'estoit celle de Paris qu'à deux doubles, et celle de Saint-Denis à trois
doubles , qui valloient quatre deniers parisis.
Item y en ce temps on avol t bons pois pour dix deniers le l)oesseI, bonnes fèves pour dix deniers, le quarteron d'œufs pour doze deniers parisis.
Item y en icelluy mois de septembre 1428 à la Sainte-Croix, n'avoit encore nuls raisins que on eust pu dire, veez cy une grappe noire entièrement, taut fut l'année froide longuement et tardive.
Item , en icelluy temps au moys d'aoust, fut faitte une ordonnance sur les rentes, que chacun qui auroit puissance , pouvoit avoir la livre pour quinze livres tournois, pour tant qu'ils fussent ou eussent esté grant temps cuilliers, et aussi en furent mis hors de ladite ordonnance, enffens mineurs d'ans , fenunes vefves , églises, et plusieurs autres ordonnances furent faittes sur lesdites rentes , lesquelles on peut sçavoir au Chastellet qui veult.
Item , ladite ordonnance Ait publiée le darrainjour de Juillet l'an 1438.
Item , le vendredy dixiesme jour de septembre 1438, fut despendu de gibet de Paris ung nommé Sauvaige de Fromouville , à qui Pierre Baille fit tant de déplaisir , quant on le pendoit, car il le frappa en l'eschelle moult cruellement, ^ et si bâtit le bourrel d'un gros baston qu'il tenoit , et estoit pour lors ledit Pierre receveur de Paris.
Item^ en cellui temps estoit toujours le comte de Salcebry sur la rivière de Loire , et prenoit chastéaux et villes à son voulohr, car moult estoit expert en armes ; Si s'en vint devant Orléans, et l'assit de toutes parts, mais la fortune qui à nully n'est feuste (fidèle) amie, lui monstra de son mestier dont elle sert ses amez sans deffter ; car plus cuide estre plus seurement comme à siège une piesse de canon lui fût présentée qui lui donna le cop de la mort, dont moult grant dommaige orent les Angloys , especialment le régent de France , car il se reposoit es citez de France lui et sa femme, qui partout où il alloit le suivoit , et quant l'autre fut mort, il lui convint ' maintenir la guerre, et party de Paris pour y aller le mercredy veille de St. -Martin d'y ver 1428 , et le comte de Salcebry estoit mort la sepmaine devant. '
Item^ en ce. temps le quatriesme de la ser« voise à Paris, à six mille six cent francs, et cellui du vin n'estoit mie à la troisiesme partie: car le vin nouvel estoit si petit et si foible, qu'on n'en tenoit compte ; car tout le meilleur ou la plus grand partie se sentoit plus de verjus que de vin , et estoit si cher que on fiaisoit le caque qui estoit un pou plus fort que despence quatre tournois parisis, et. ne eussiez eu nul à moins de quatre livres. En icellui temps convint faicp
JOUBNAL D*UN BOUfiGEOIS DE PABIS,
par les bourgeois de Paris finance de fiirine pour mener en i'ost devant Orléans, et en firent, finance de plus de trois cent diariots charges, lesquels chariots et chevaulx et touttes choses appartenants à charroy, ceulx du plat pays d'entour Paris assignez de leurs despcns Jusques à neuf jours ensuivans , et n'y dévoient plus demourer^ mais ils y furent après les neuf Jours 9 autres neuf à leurs despens , et leurs chevaulx qui moult les greva ; et le douziesme Jour de février se partirent à grant compaignie de gens d'armes , et allèrent Jus(pies à Estampes sans danger. Quant ils furent ung pou par delà entre Cauville en Beaussc , et ung villaige nommé Tonmray St.-Denys , il leur vint bien sept mille Arminaz , qui (es amenèrent comme une dance fait ung de petits enlfcns. Quant nos gens virent ce, ils ce ordonnèrent au mieuix qu'ils porent et ne se hoberent (remuèrent) ; ils avoient foison grans pieulx agus (pointus) à ung bout et ferrez à l'autre, qu'ils fichèrent en terre en penchant devers leurs cnnemys , et (ùrent mis lés archers et arbalest^iers de ï^is à ung costé, ausquelx fut ordonné une elle (aile) de nos gens , et l'autre elle (aile) fut de archiers Angloys, et au millieu fût ce qu'ils pouvoient avoir de grosse bataille , car ils n'estoient en tant pas plus de quinze cent contre sept mille, (piiestoient treize Arminaz contre deux de nos gens ; ils se hourderent (retranchèrent^ par darrière de leur charroy, et se recommandèrent à Nostre Seigneur, et prièrent l'ung l'autre de bien faire , et puis ordonnèrent lx)nne garde pour le charroy avec les charretiers pour le grand péril eschever qui povait advenir, et comme il advint, car aucuns et grant quantité des Arminaz vindrent par darrière cuidant piller les biens de nos gens , et aucuns des voituriers la virent venir , ils d«telierent leurs chevaulx et s'en voldrent fuir; mais les Arminaz leur furent au devant qui moult les dommaigeirent de corps et aucfens de la vie, et après cuiderent venir au pillage; mais ils furent si bien receus que moult fût joyeux qui pot se sauver ; en tant que les larrons forent ainsi gardez de piller , les Arminaz approucherent nos gens , et (tirent les Gascons qui estoient bien montés, et la greigneur partie de leurs gens ordonnez encontre les arbalestriers et archers et compaignons de Paris, et lesEscossois contre les Anglois, et la grosse bataille contre la grosse bataille. Quant ceulx de Paris virent que ceulx à cheval vendent . vers eulX) ds commencèrent à traire de ares et de arbalestres mollit asprement : quant les Gascons virent ce , ils baissèrent la chère , et tournoierent levrs lances devant eulx pour garder
leurs chevaulx du trait , et les polgnerent de l'esperon moult fort comme cilz avoient espérance de les mettre tous à mort, mais qn'ils fassent près ; mais les maleureux , les meschaos, les maudits ne veoient pas le mal qui estoit devant leurs yeulx; car comme ils appitxichoient de nos gens à pointe d'esperon, leurs chevaulx entrèrent dedans les pieux fiehez,et les pieux dcdens leurs poitrines, ventres et en Jambes , si ne porent en avant, mais churent les aucuns tous mors , et les maistres après , œolx qui furent attcrez criuient aux autres nraj, tnm«, c'est-à-dire, rettntmezy retournes ^i s'en cuiderent tantost fuir, mais leurs cheyaolx, qui navrez estoient des pieux devant dlz, cheoient tous mors sous eidx qui en abattoient deux ou trois, et fateient trébucher leurs gens qui après venoient. Quant les Ecossoîs et les autres virent ce , moult (tarent esbahys , et eoli prindrent t fuir comme bestes que un loup espart çà et là , et nos gens à les suivir de près, et à occire et abattre ce qu'ils porrent atteindre , et en demoum en la place de mors quatre eeœ et plus, et (le prins grant quantité, et comme les meschans eulx cuiderent sauver à entrer à Orléans , ils furent apperçcus de ceulx du siège (pii leur allèrent au devant , et en tuèrent notant ou plus qu'on avoit fait en la bataille devant ditte ; ainsi leur advint pour leur pe*é qu'ils avoient en pensée que tout M mis i résinée : mais tout bel leur fut quant ils se iK)rent garder que l'espée de leurs ennemys ne les tuast. Quand nos gens orent menez leon vivres en I'ost ', ils s'en revindrent à Paris le dix-neufviesme jour de février l'an 14î8 , etftrt trouve que de ceulx de Paris n'estoit mort en bataille que quatre hommes et des voitoricrt qui s'en cuiderent ftair , plus , et moult de navrez , dont c'est grant pitié , et d'une part et d'autre , qid fàuH que chrétienté tué ainsi Fonj l'autre sans avoir cause pourquoy, car Tong sera de cent lieues loing de l'autre qui se vadroit (viendroit) entretucr pour gaigner ung pou d'argent , ou le gibet au corps , ou enfer « la pouvre amo.
Item, en ce temps ftirent commencées à Saint Jacques de la Boucherie, à dire les henres canoniaux comme à Nostre-Dame, le sdziesiDe Jour de janvier 1438, jour de dlmenche qui»" toit par cinq.
1429. — Item, le duc de Bourgongne rem à Paris le quatriesme Jour d'avril , Jour sainct Ambroise, à moult belle compaignie de chevaliers et d'escuiers, et après environ ^^}^ vint à Paris un cordelier nommé Frère RicM"» homme de très-grant prudence, sçavant àonî-
sous LE BEGNE DE CHABLES VII.
son , semeur de iKAine doetriDC pour édifier son proiJsme ( prochain ) y et tant y labouroit fort que eaviz le crevoit qui ne Tauroit veû : car tant comme il fut à Paris , il ne fut qu'une joroée sans faire prédication, et commença le sabmedy seiziesme Jour d'avril 1439 a Sainte Geneviève , et le dimenche en suivant et la sepmaioe ensuivant .; c'est assavoir le lundi , le mardy , le roercredy , le Jeudy , le vendredy , le sabmedy , le dimanche , aux Innocens , et cornmençoit son sermon environ cinq heures au matin , et duroit Jusques entre dix et oMe , et y avoit toujours quelques cinq ou six mille personnes à son sermon , et estq{t monté quant il preschoit sur ung hault eschafftiuit ||ui estoit près de toise et demie le iiault ,' le des tourné Ters les Charniers encontre la Charroonerie , à rendrait de la Dance-Macabrc.
Item y le Jour de l'hivenUon Saint Denis s'en retooma le duc de Bourgongne en son pays de Flandres, et toujours estoit le siège devant Orléans, dont les vivres enchérirent fort à Paris, Qir par contrainte il y convenoit souvent mener grant foison âç farines et d'autres vivres, et choses qsl sont nécessaires pour guerre au siège ; brief on en mena tant que le blé enchery à Paris, de safamedy à autre de vingt sols parisis à qnarente sols parisis , et touttes choses dont honune povait vivre par cas pareil ; ainsi comme devant est dit , se departy le duc de Bourgongne, sans ce qu'il feist aucun bien au regard de la paix et du pouvre peuple, et disoit-on (|u'il alloit combattre les Liégeois.
Aem, le Cordelier devant dit prescha le jour de Saint Marc ensuivant à Boulongne la petite, et là oX tant de peuple, comme devant est dit , et pour vr||r celle Journée au revenir dndit sermon lurent les gens de Paris tellement tournes en devocion et esmeus, qu'en moins de M& heures ou de quatre eussiez veus plus de cent feux , en quoy lei hommes ardoient ( brilk- Ment) tables et tabliers , des cartes, billes et biUars, norells et touttes thoses, àfuoy on ce poiivoit eourcer à maugrer à Jeux convoiteox.
Item , les feounes cdlui Jour et lendemain ardoiett devant tons les attosrs de leurs festes comme bourreaux, truffeaux , pièces de cuir ou de baleine, qu'ils méfient en teui#chapperons pour estre plus roiaes ou rebnfe devant les damoiselles , laissèrent leurs cornes et leurs queues et grant foison de leurs pompes, et vrayement dix semMms qu'il flst à Paris et ung à Boulongne , tournèrent plus le peuple 4 devocion que tous les sermonneurs qui puis cent ans avoient presdié à Paris.
Item y il disoit pour vray que depuis ung pou il estoit venu de Cirie ( Syrie) , comme de Hierusalem, et là rencontra plusieurs tourbes (troupes) de Jui& qu'il interrogea , et ils lui dirent pour vray que Messias ( le Messie ) estoit né , lequel Messias leur devoit rendre leur he* ritaige; c'est assavoir la Terre de Promission , et s'en alloient vers Babilone à tourbes; et selon la Sainte Escriture, celui Messias est Antéchrist , lequel doit naistre en la €ité de BabiloM, qui Jadis Ait chef des Royaulmes les Persans, et doit estre npurri en Betsaaide, et converser en Gorozaim.
Item^ ledit frère Richart prescha le darrain sermon à Paris le mardy, landemain de Saint- Biarc, vingt-sixiesme Jour dudit avril 1439, et dist au départir que l'an qui seroit iqirès, c'est fssavoir l'an trentiesnie, que on verrait les plus grands merveilles que on eust oncques veuês, et que son maistre Arere Vincent le tesmoigne selon l'Apocalypse, et les escriptures Monsieur Saint-Paul, et aussi le tesmoigne fi>ere Bernard, ung des bons prescheurs du monde, si comme on disoit ccstui frerc Richart; et en icellul temps estoit cellui frère Bemart en prédication par^elà les Alpes en Italie, où il avoit {dus converti de peuple à devocion que tous les (Nreseheurs qui depuis deux cent ans devant y avoient presché,' et pour vray, le nuurdy que cestui firere Richart se party de son sermon que plus n'avoit congié d'en faire à Paris, quant il commanda sa bonne recommendacion, et qu'il commenda à Diti^u ou peuple de Paris, et qu'ils pliassent pour luy, et il prierait Dieu pour eulx ; les gens grans et petiz plouraient si piteusement, comme s'ils veissent porter en terre leurs meilleurs amys et lui aussi , et à tant cellui Jour au lendemain ce cuidoit partir le proudomme, et s'en alla vers les parties de Bourgongne; mais ses frères firent tant par prières que encore demoura il à Paris pour confermer par prédication le bon édiffiement qu'il avoit commancé ; et en ce temps Ust ardre plusieurs madagoires que maintes sortes gens gardoient eu lieux repos, et avoient si grant foy.en celle ordure que pour vray ils crayoient fermement que tant comme ils l'avoicnt, mais qu'il fussent bien nettement en beaux drapeaux de soye ou de lin enveloppés, que Jamais Jour de leurs vies ne seraient pouvres, et pour certain tels y Avoit qui les baillèrent de leur gré, quant ils orent oùy comment le proudomme blasmoit tous ceulx qui ainsi follement crioient, ils Jurèrent que onccpies puis qu'ils les gardèrent, ils ne se virent ung Jouf qu'ils ne deussenttoiyours plus que vaillant ils n'avoient, mais tres-grant errance avoient qu'ils les eussent moult ridies
JOUBNAL d'un bourgeois Dfi PABIS,
au temps Advenir par le maulvois conseil d*uucunes vieilles femmes qui trop cuident sçavoîr cfuant ils se boattent en telles meschancetezqni sont droites sorcerles et hérésies.
Item y en cellui temps avoit une pucelle, comme on disolt, sur la rivière de la Loire, qui ce disoit prophète, et disoit telle chose adviendra pour vray, et estoit contraire au régent de. France et à ses aidants^ et disoif-on que maugré « tous'ceulx q«i tenoient le siège devant Orléans, elle entra en la cité à tout grant foison d'Arminaz et grant quantité de vivres, que oncques ceulx de l'ost ne s'en murent, et si les veoient passer à ung trait ou deux d'arc prés d*eulx, et si avoient si grand nécessité de vivres, que ung homme eust bien mangé pour trois blancs de pain à son disner, et plusieurs aultres dioses de elle racontoient ceulx qui mieulx aimoient les Arminaz que les Bourguignons, ne que le régent de Fnmce. Ils affermoient que quant elle estoit bien petite, qu'elle gardoit les brebis, que les oyseaux des bois et des champs, quant elle les appelloit, ils venoient manger son pain dans son giron comme privez. InverUateapoctiphum est. Item, en cellui temps levèrent le siège les Arminaz, et firent partir les Angloys par force de devant Orléans, mais ils allèrent devant Yendosme, et laprindrent, comme on disoit, et par tout alloit cette Pucelle armée avec les Arminaz, et portoit son estendart où estoit tant seulement en escript Jhesus, et disoit-on qu'elle avoit dit à ung cappitaine Angloys qu'il se departist du siège avec sa compaignie, ou mal leur yendroit et honte à tretous, lequel la diffama moult de langalge comme clamer ribaulde et p...., et elle lui dit que maugré eux tous ils partiroient bien bref, mais il ne le verroit Jà, et si seroient grant partie de sa gent tuez, et ainsi en advint-il, car U se noya le Jovr devant que Toccision fut faite, et depuis ftit pesché et fut despecé par quartiers • et bollu et embosmé, et apportée Saint Merry, et fût huit ou dix jours en la chapelle devant le cellier, et nuyt et jour ardoient devant son corps quatre cierges ou torches, et après fut emporté en son pays pour enterrer.
Item, en ce temps s'en alla frère Bichart, et le dimenche devant qu'il s'en devoit aller, fut dit parmy Paris qu'il devoit prescher au lieu ou bien près où le glorieux martyr monsieur Saint Denis avoit esté descollé et maint autre martyr ; si y alla plus de dix mille personnes de Paris, et party la plus grant partie le sabmedy au soir à grant tourbes, pour avoir meilleure place le dimandie au matin, et couchèrent aux champs en vieilles mazures et où ils porent mieulx, mais son fait Ait empeschié; comment ce f u à tant '
m'en tais ; mais il ne prescha point, dont ks bonnes gens furent moult troublez, ne plus m prescha pour celle saison à Paris, et loi cooTint partir.
Item, en cellui temps tenoient les Aminai les champs qui tout destruisoient, si y furent commis Angloys environ huit mille, mais quant ce vint au Jour que. les Angloys trouvereut les Arminaz, ils n'estoient pas plus de six mille, et les Arminaz estoient dix mille ; si conrnreotsus aux Angloys moult asprement, et les Angkns ne les rvAiserent mie. Là ot grant descoofiture d'un lez (c6té) et d'autre, mais en la fin ne le porent les Angloys souffrir, car les Arminaz qni plus estoient de ^a moitié que n'estoient les Angloy», les encloyrent de touttes parts; li furent Angloys desconfiz, et furent bien comme oo disoit, trouvez mors des Angloys quatre mille a plus, des autres ne sot-on le nombre a Paris.
Itemj le dimanche dix-neuviesme Joor de Juing 1 an 1439, fut dédiée l'église Saint Laortut dehors Paris par révérend père en Dieo l'evesqne de Paris, et autres prélats.
Item, lesixiesme Jour de Juing au dit an 14S9, furent nés à Hebarvilliers deux enfifeosquies* toient propreinent ; car pour vray Je les vis et les tins entre mes mains, et avaient deux testes, quatre bras, deux coulx, quatre Jambes, (putR pieds , et n'a volent qu'un Ventre ne quoo nombril, deux testes, deux dos, et furent ehrestiennez (baptisés), et dirent trois Jours sortent pour voir la grant merveille au peuple de Paris ; et pour vray du peuple de Puis y fût les veoir plus de dix mille personnes qœ hommes que femmes, et par la grâce de Nostie- Seigneur la mère en délivra saine et sauve; ils furent nez environ sept heures au matin, etfo* rent chrestiennez en la paroisse Saint Gbristoufle; et l'une fut nommée Agnez, l'autre J^ banne,, leur père Jehan Discret, la mère Gillcltei et vesquirent après le battesme une heure.
Item, en celle propre sepmaine, le dimead^ ensuivant fut né en la Ghaunarie derrière Saint Jehan, ung veel qui avoit deux testes, hnltpiés et deux queuex, et la sepmaine ensuivant futnê vers Saint Huist^oe ung pourcellet qui avoit deux testes, mais il n'avoit^ue 4[uatrc pies.
Item, le mardy devant la Saint Jehan fat grant esmeète que les Arminaz dévoient entrer celle nuyt à Paris, mais il n'en Ait rien.
I^m, depuis sans cesser Jour ne nuyt, œuix de Paris, enforoerent le guet, et ih-ent fortiiitf les murs et y mirent foismi canons et autre artillerie, et changèrent le prevost des marehaos et les echevins, et firent ung nommé GuiilaB|>^ Sanguin prevost des roarchans, et les ecbevias
sous LB RKGNB DB CHABLES TIf.
furent, c*e8t assavoir Imbert des Champs, mercier et tapicier, Colin de Neufville, poissonnier, JehaDdeDa]iipierre,mescier,Remon Marc, drapier, et furent faiz et insUtnez la première sepmaine de juillet, et le dixiesme Jour dudit moys viutledncde Bourgongne à Paris à ungjour de diroenche environ dix heures après disner, et n*y demoura que cinq jours; esquels cinq jours y ot moult grant conseil, et taxi faitte procession gmerale, et fut fait bien moult bel sermon à Nostre-Dame de Paris, et au pallays fut publiée la chartre ou lettres comment les Arminaz traitèrent jadis la paix en la main du légat du Pape, et en oultre que tout estoit pardonné d*UDg costé et d'ung aultre, et comment ils firent les grands sermens ; c'est assavoir, le dalphin et le duc de Bourgongne, et comment ils receurent le précieux corps de Nostre Seignenr ensemble, et le nombre de chevaliers de nom d'ung lez et d'autre. En ladite lettre ou chartre mirent tous leurs signes et seaulx, et après comme le duc de Bourgongne voulant et désirant la paix dudit royaulme, et voulant accomplir la promesse qu'il avoit faitte, se submist à aller en qoelqoe lieu que le dalphin et son conseil voidroient ordonner : si Ait ordonné par ledit dalphin et ses complices la place, en laquelle place le duc de Bourgongne se comparut lui dixiesme des plus privez chevaliers qu'il eust, lequel duc de Bourgongne lui estant à genoQx devant le dalphin, fut ainsi traiteusement menrdri, comme chacun scet ; après la conclusion de la^tte lettre, grant murmure commença, et tel avoit grant alliance aux Arminaz qui les prindrenten très granthayne. Après lamurmure, le régent de France et duc de Betfort lit faire silence, et le duc de Bourgongne se plaint de la paix ainsi enfrainte, et en après de la mort de son père, et adonoques on fist lever les mains au peuple qne tous seroient bons et loyaulx au R^ent et au duc de Bourgongne; lesdits seigneurs leur promirent par leurs foys garder la bonne ville de Paris, et le sabmedi ensuivant le duc de Bourgongne se partit de Paris , et emmena sa sœur la femme du Régent avec luy, et le R^ent s'en alla d'autre part à Pontoise luy et ses gens, etfut ordonné cappitaine de Paris le signeur de L'Isle-Adam, et les Arminaz entrèrent celle sepmaine en la cité d'Ausserre, et puis vindrent à Troyes, et entrèrent dedans sans ce qu'on leur deffendit ; et quant ceulx des villaiges de Paris à l'entour scçurent comment ils oonquesterent ainsi pays, ils laissèrent leurs maisons, et apportèrent leurs biens es bonnes villes, et scièrent leurs blés avant qu'ils fussent meurs et apportèrent à la bonne ville. Après tantost après en-
trèrent en Compiegne, et gaignerent les cbastellenies d'entonr sans nulle deffense, et entour Paris prirentrils Luzarches et Bampmartin, et plusieurs autres fortes villes et ceulx de Paris, qui moult avoient grant paeur, car nul signeur n'y avoit ; mais le jour saint Jacques en juillet furent ung pou reconfortez ; car ce Jour vint à Paris le cardinal de Yincestre et le régent de France, et avoient en leur compaignie foison de geHB d'armes et archiers bien environ quatre mille, et le sire de L'fsle-Adam qui en avoit de Piccars bien environ sept cent sans la commune de Paris.
Itetny pour vray le cordeiier qui prescha aux Innocens qui tant assembloit le peuple à son sermon, comme devant est dit, pour vray chevauldioit avec eux, et aussi-tost que ceulx de Paris furent certains qu'il chevaulchoit ainsi, et que par saa langalgè il faisoit ainsi tourner les cités qui avoient fait les sermens au régent de France ou à ses commis, ils le maudissoient de Dieu et de ses sidnts, et qui pis est, les jeux de tables, de boules, dez, brief tous autres jeux qu'il avoit deffendus, recommencèrent en despit de luy, et mesme ung meriau (une médaille) d'estaing où esU^t empralnt le nom de Jésus qu'il leur avoit fait prendre laisserent-ib, et prlndrent tretous la croix de saint Andry.
Item, environ la fin se rendit aux Arminaz la cité de Beauvais et la cité de Senlis.
Itetny le vingt-cinquiesme Jour d'aoust fut prinse par eulx la ville de Saint Denis, et lan* demain couroient Jusques aux portes de Paris ; et u'osoit homme yssir pour vendanger vignes ou verjus, ne aller aux marays riens cueillir, dont tout enchery bien-tost.
//em, la vigille saint Laurens fut fermée la porte Saint-Martin, et itit crié que nul ne fàst si osé d'aller à Saint Laurens par devocion, ne . pour nulle marchandise sur la hart, aussi ne ilst-on, et la feste Saint Laurens fiit en la grand cour Saint Martin, et là fût grand foison de peuple; mais nulle marchandise ne s'y vendoit, se non des fromalges et œufs et de fruits de touttes manières selon la saison.
Item, la première sepmaine de septembre l'an 1429, les quarteniers, chascun en son endroit, commencèrent à fortifier Paris aux portes de boullevars, es maisons qui estoient sur les murs affûtées canons, queues pleines de pierres sur les murs, redrecer les fossez dehors la ville, et faire barleres dehors la ville et dedens. Et en icelluy temps les Arminaz firent escrire lettres scellées du scel du comte d'Alençon, et les iettres disoient : A vous^ prévoit de Paris etpre^ vost des marchanSy et ûschevins, et les nom-
JQUBNAL 0*tJN B<1UJIG£0I8 DE PABIS,
moient par leurs noms, et leul» mandoient de salus par bel langaige largement, pour cuider esmoutroir le peuple Tung contre l'autre et contre eulx ; mais on apperçut bien leur malice, et leur fut mnndo que plus ne jetassent leur papier pour ce faire, et n*cn tint oncques compte. Jteîiiy la vigillc la Nativité de Nostre-Daroe en septembre, vinrent assaillir aux murs de Paris les Arniinaz, et le cuidoient prendre d'assauU; mais pou y conqucsterent, ce ne fut douleur, honte et meschef ; car plusieurs d'enlx fiirent navrez pour touttc leur vie, qui par avant Tassault estoient tous sains : mais fol ne croit Ja tant qu'il prend pour eulx le dy, qui estoient pleins de si grant maHwttr et de si malle créance, que pour le dy d'une créature qui estoit en forme defenune avec eulx, que on nommolt la Pncelle, que c'estoit, Dieu le scet. Le Jour de la Nativité Nostre-Dame firent conjuracion tout d'ung accprd de cellui Jour assaillir Paris, et s'assemblèrent bien douce mille ou plus, et vinrent environ heure.de grant messe entre onze et douze, leur Pucelie avecqucs eulx, et très-grant foison chariots, charettes etchevaulx, tous chaînez de grans bourées à trois hars pour emplir les fos- *sez de Paris, et commencèrent à assaillir entre la porte Saint-Honoré et la porte Saint-Denis, et Alt l'assault très<;ruel, et en assaillant disoient moult de villeines paroles à ceulx de Paris, et là estoit leur Pucelie à tout son estendart sur les eanclos des fossez, qui disoit à ceulx de Paris : Rendes-vous de par Jésus à nous tqst; car ce wus ne vous rendez avant qu'il soit la nwytj nous y entrerons parforce, veuillez ou non, et vous serez mis fi mort sans mercy : Voire, dist ung, paillarde ribaulde, et trait de son arbalestre droite à elle, et lui perce la Jambe tout oultre, et elle de s'enfouir, un aultre perce le pié tout oultre à cellui qui portolt son estendart ; quant il se sentit navré, il leva sa visière pour v6oir à oster le viretun de son pié, et ung autre lùy trait, et le saingnc entre les daix yeux, et le navre à mort, dont la Pucelie et le duc d'Alençon Jurèrent depuis que mieulx ils aimassent avoir perdu quarente des meilleurs hommes d'armes de leur compaignie. L'assault fût moult cruel d'une part et d'autre, et dura bien Jusques à quatre heures après disoer, sans ce qu'on sçeust qui eust le meilleur, ung pou après quatre heures ceulx de Paris prindrent cueur en enix, et tellement les hersèrent de canons et d'autre trait, tellement qu'il leur convint par force reculer et laisser leur assault et eulx en aller, qui mieulx s'en ponvoit aller estoit le plus eureux ; car ceulx de Paris avoient de grans canons qui gettoient de la porte Saint-
Denis Jusques par delà 9aint44kdre largem«)l, qui leur gettoient an dos, dont rooalt totnt espouvantez, ainsi flir«nt mis à la fuite ; mais homme n'yssi de Paris pour les soivir, poor paour de leurs embusches. Eulx en allant ib boutèrent le feu en la grange des jlatburins emprés les Porcherons, et mirent de leurs gens qui mors estoient à Tassault, qu'ils nvoicat brousscz sur leurs chevaulx, dedans celhiy feu grant foison, comme foisoient les |»ayeiis à Borne Jadis,' et maudissoient moult leur Pncelle qui leur avoit promis que sans nulle fonte iU gaigneroieot à oelluy assault la ville de Paris |iar force, et qu'elle gcyroit (y coucherolt) celle uuyt, et eulx tous, et qu'ils seroient tons enrichie des biens de la cité, et que touâ seroient mis qui y mcttroirat aocunc dàfenoe à l'eq^ée, ou ars en sa maison. Mais Dieu qui mena la grant entreprinse d'Olofeme par une femme nommée Judith, ordonna [lar sa pitié autrement qu'ils ne }>ensoient : car le lendemain y vindrent (fuerir par sauf (conduit) leurs mors, et le hcrault qui vint avectpies eulx, Ait sarmcoté du cappitaine de Paris, combien il y avoit en de navrez de leurs gens, lequel jura qu'ils estoient bien quinze cent^ dont bien dnq cent on plus estoient mors ou navrez à mort, et vray qu'en celluy assault n'avolt aussi comme nub hommes d'armes qu'environ quarente on cinquante Angloys, qui moult y firent bien leur devoir ; car la phis grant partie de leur diarroy en quoy ils avoicnt amenez leurs bonrrées, ceulx de Paris leur osterent ; car bien ne lev devoit pas venir de vouloir faire telle oecisioa le Jour de la sainte Nativité de Nostre-Dame.
item, environ trois ou quatre Jours après vint le Rcgent à Paris , et envoya de ses gens à Saint Denis : mais les Arminaz 8*en estoient partis .sans rien payer de leurs despens ; car ilspromettoient à ceulx de Saint Denis de la payer des biens de Paris quant ils seroient entrez dedans : mais ils faillirent à leur intendon, pourquoy ils trompèrent leurs hostes de Sainct Denis et d'ailleurs ; et qui pis fût poor eulx, le Régent et les Prevosts de Paris et des marchans et Eschevins de Paris, les orent en grant indignacion , pourcc que si-tost se rendirent aux Arminaz sans cop ferir , et en forent condamnez en très-grandes amendes , comme vous o!rcz cy-après déclarer pour vray.
Item . le vendredy darrenier Jour de septembre dé Tan 1429, vint à Paris le dne de Boorgongne à moult belle compaignie, et tant grant qu'il convint qu'on léb logeast es maisons des mesnaigiers et en mUlsons vuidea dont moult avoit à Paris , et avères porcs et vaches eou:
sous LE BEGNB DE CHABLSS VII.
choient lears chevaulx, et vint par la rué Sainet Bfartiri, et amena aveeques lui sa sœur, femme du diic de' Betfort Régent de France, qui aveeques luy estoit , et avoit devant luy dix Hérauts, tous vestus de cottes d'armes du signeur à qui chacun estoit, et autant de trompettes, et en celle pompe ou vaine gloire allèrent par la rué Maubôe à madame Sainte Avoye faire leurs oblacions , et de là allèrent à Saint Paul. Environ huit jours après vint le eardinal de Yincestre à belle compaignie , et pais firent plusieurs conseils , tant qu'enfin à la requeste de l'Université , de Parlement , de la bourgeoisie de Paris fut ordonné que le duc ÂDgioys de Bedfort seroit gouverneur de Normandie , et le duc de Bourgongne seroit Régent de France. Ainsi fîit fait : mais moult laissoit omqis le duc de Bedfort ledit gouvernement, si bjpoit sa femme : mais à faire Leur convint ; et ijuaDt les Angioys furent partis , qui partirent à ung sabmedy au soir, et allèrent à Saint Denis faisant du mal assez , le duc de Bourgongne se party après , et print trêve aux Arminaz jnsqocs à Nouel ensuivant ; c'est assavoir pour la ville de Paris et pour les faulbourgs d'autour tant seulement , et tous les villaiges d'entour Paris estoient apatiz aux Arminaz , ne homme de Paris n'osolt mettre le pié hors des faulxboorgs qui neiust mort , ou perdu , ou rançonné de plus qu'il n'avoit vaillant , ne si n'osoit revancher, et si ne venoit riens à Paris pour vie de corps d'honmie , qui ne fust rançonné deux w trois foys plus qu'elle ne valloit. Le cent de petiz cotterea valloit vingtrquatre sols parisis, le molle sept sols ou huit sols , deux œufs ^luatre deniers parisis, ung petit fromaige tout nouvel fait , quatre blancs , le l)oisseau de poys quatorze ou quinze blancs, et si couroit trèsforte monnoye , ne il n'estoit nouvelle ne pour Toqssains , ne pour autre feste en celluy temps de haren froys , ne de quelque marée à Paris. Item, le duc de Bourgongne quant il ot esté aviron quinze jours à Paris , il se desparty la Yigille Saint Luc, et emmena aveeques lui ses Piquars qu'il avoit amenez , environ six mille, aussi fort larrons qu*il avoit entrez à Paris, puis que la maleureuse guerre estoit commencée, et eomme il parut bien en touttes les malsons où ils furent logez ; et aussi-tost qu'il^ furent partis hors des portes de Paris , ils n'encon- Meot hommes qu'ils ne desrobaasent ou bâtis-, sent. Quant l'avant-garde fut partie , le duc de Boo^ongne fist crier comme une manière d'a- P^r gens simples, que ce <m veoit que les Arminaz venoient assaillir Paris , que on soy defIsBdist le mieulx que on pourroit , et laissa
sans garnison la ville de Paris. Veez là tout le bien ainsi qu'il fist pour la ville : or n'estoient point les Angloys nos amys, pource que on les mist hors du gouvernement.
Item y avant que Nouël fust et que les trêves faillissent, firent tant de maux les Arminaz entour Paris , que oncques les tyrans de Bome ,. ne larrons de bois , ne meurdriers, ne firent oncques plus grant tyrannie souffrir à chrestiens qu'ils faisoient, et avec la tyrannie prenoient quanque avoient ceulx qui cheoient en leurs mains , Jusques à vendre femmes et enffans , qui les eust pu vendre , et personne nulle ne les contredisoit ; car le régent de France duc de Betfort n'avoit cause de s'en mesler, pource qu'on avoit fait le duc de Bourgongne régent , lequel ot en icellui termine (temps) grant tribuladon ; car comme il ot fiait t(>ut bien et bel ordonner et appareiller tout quanque puet , et doit apartenir à nopce de si grant prince ; et comme tout fut appresté qu'il n'attendoit de jour en Jour la dame qu'il devoit prendre à fenmie, qui estoit fille du Boy de Portugal , laquelle s'estoit mise en mer; et quant elle, lui et sa mesniée (suite) près de l'écluse aussi comme à une veûe, et qu'on commançoit Ja la feste de sa venue, il vint un vent qui lui fut si contraii*e , que elle fust esloingnée en peu d'heure en ung lointain pays, qu'il fut plus de quarente Jours avant qu'on sceust la certcneté en quel pays elle estoit arrivée, et luy convint par force en la terre son père arriver en Portugal ; et après fat elle ramenée au duc de Bourgongne saine et sauve , et ce estoit la cause pourquoy^ il entrelalssa ainsi Paris cellui temps, et par celle faulte que nul gouverneur avoit à Paris , ne qui obviast à i'encontre des ennemys ; et que rien ne venoit à Paris qui ne fust rançonné deux ou trois fois , et qui le convenoit vendre quant il estoit arrivé , si cher , que pouvres gens n'en pouvoient avoir, si en advint ung grant douleur* car grant foison de pouvres mesnalgiers, dont les aucuns avoient femmes et enffens , les autres non , s'en yssirent grant foison de Paris comme par manière d'aller esbattre ou guigner et se désespérèrent pour la grant pouvreté qu'ils souffh)ient, et s'accompaignerent aveeques autres qu'ils trouvèrent, et commencèrent par l'endortement ( par les conseils) de l'enuemy à faire tous les maubc que peuvent faire chrestlens dont il convint par force qu'on s'assemblast pour les prendre , et en print-on à la première fois quatre-vingt-dix-huit, et ung pou de jours après on en pendit douze au gibet de Paris le denxiesme Jour de Janvier , et le dixiesme ensuivant on en mena onze es Halles de Paris , et
JOUBNAL I) UN BOUAGEOIS DE PÀBIS ,
leur coppft4-on les testes à tous dix, le onziesme estoit ung très-bel Jeune û\x d'environ vingtquatre ans , il ftist despoûillé et prest pour bander ses yeux , quant une jeune fille née des Halles le vint bardiement le demander, et tant fit par son bon pourebas, qu'il fut remené ou Chastelet , et depuis furent espousez ensemble.
Item, en celiui temps fut la Pasque le dixseptiesme Jour d'avril , et fût si très-cher et trèsfrolt , valloit le molle de bucbe neufs sols parisis , et le cotteret et le charbon ainsi cher ou plus , et touttes choses dont on povoit vivre , ce non pommes dont les pouvres gens avoient tant seulement admendement , et pour la deflàulte d'huile on mangeoit du beurre en celiui karesme es Halles comme en chamalge.
Item, le vingt-uniesme Jour de mars vinrent lesArminaz proier (enlever) gens et bestail, et firent celiui Jour moult de maulx, si le vinton dire à Paris au sire de Saveuse lequel s'arma lui et sa gent , et avecques lui plusieurs de Paris avec lesquels ung quartenier , un eschevin et receveur des aydes nommé Gollinet de Neuville, le bastart de St. -Paul, le bastart de Saveuse, tout fut prins, lesquelx aussi-to$t qu'ils furent aux champs , se deseréerent (se débandèrent) sans eulx tenir ensemble , et tous furent prins en moins d'une heure , dont les Arminaz eurent très-grant finance.
Itenij quant les Arminaz virent que leurs choses de touttes parts leur venoient si bien à poiact , si s'enhardirent et vinrent le vendredy ensuivant vingt-troisiesme Jour de mars envi* ron mynuit, à touttes eschelles devant St.-Denys , et l'eschellerent , et entrèrent dedans , et tuèrent les bonnes gens qui faisoient celle nuyt le guet sans mercy , et après allèrent parmi la ville tuant et occiant quanque (tout ce que) ils enoontroient , et pillèrent cette nuyt la ville, et tuèrent grant foison des Piquars qui y estoient en garnison , et emmenèrent presque tous leurs ehevaulx ; et quant ils furent bien troussez, ils laissèrent la ville , et s*en allèrent à (avec) tout leur pillage qui moult grant estoit et trop.
Item, en celui temps fircint aucuns des grans de Paris , comme du Parlement et du Chastellet, et marchans et gens de mestier , qui firent ensemble oonjuradon de mettre les Arminaz dedans Paris à quelque dommaige que ce fust, et dévoient estre signez de certains signes quant les Arminaz entreroient à Paris, et qui n'auroit oe signe estoit en péril de mort , et y avoit un Carme nommé frère Pierre d'Allée , qui estoit porteur et rapporteur de lettre de ung lez et d'autre : mais Dieu ne le volt (voulut) pas souffrir que si grant homicide fost faitte en la bonne
cité de Paris; car le Carme fut prins, api moult en encusa par géhenne (tortures) qo'on lui fist, et vray fut que la sepmaine de la Passion entre Pasques Fleuries, et le dimenche devant, on en print plus de cent cinquante, et la vigille de Pasques Fleuries on en coppa à six la teste es halles , on en noya , aucuns raourBrait par forces de géhennes , aucuns fhierent par chevance, aucuns s'enfouirent sans revenir. Quand les Arminaz virent qu'ils orent à leur entreprinse, ils furent tous désespérez, et ne trouvoient ne femmes ne euffens qu'ils ne priassent, et venoient Jusques aux portes de Paris sans contredit de nully : nmis on attendoitde Jour en Jour le duc de Bourgongne qui n'alla, ne vint , passa Janvier , février, mars et avril. Le vingtHiniesme Jour d'avril allèrent bien trois cent Angloys ou environ pour cuider prendre ung chastel nommé la Chasse : mais pour leur convoitise ils se transportèrent à Chele sainte Badour ( sainte Batilde) , et pillèrent la ville, puis l'Abbaie , et s'en vindrent devant ledit Chastel ainsi ti'oussez des biens de Teglise et des laboureurs , dont il leur meschut l^è»^^ vement ; car cependant qu'ils pillèrent laditte Abbaîe, les Arminaz eulx assemblèrent des garnisons d'autour, et les encloyrent entre le Cbastd et eulx, si ne scurent oncques les entendre; car ceulx de dedens les grevèrent rooolt de trait , et ceub: de derrière les assaillirent à asprement , que en bien pou d'heures foreat tous mors ou prins; et ainsi doncques les Arminaz firent moult enrichis ; car ils orent tovs leurs ehevaulx et tout ce qu'ils avoient pillé à Chele , et les rançons des vivans , et la dépoôilie des mors.
Item , le vingt-cinquiesme Jour dudit moys, landemain de Saint Marc , firent tant les Arminaz par leur force ou par trayson,cni'llsgaîgnerent l'Abbaie de Saint Mor des rossez, et par-tout leur venolt bien , ne oncques pois que le comte de Salcebry fut tué devant Orléans, ne fùren|: les Angloys en place dont il ne lear convint partir à très grant dommaige ou à trèsgrant honte pour eulx.
Item , celle année avoit foison de roses Uaaches au Jour 'de Pasques Fleuries , qui ftireot le huitiesme Jour d'avril 1429, tant estoit l'année hastive.
1480. — Item , le vlngt-sixiesme du^t noys l'an 14S0 firent faire les gouverneurs de Paris grans feuz , comme on fait à la Saint Jehao d'esté , pour ce que le peuple a'esbahissait de ce que les Arminaz avoient par-tout le meiUeiir ony , yenoient et firent entendre au peuple qae c'estoit pour le Jeune Hoy Henry quiseteosit
sous LE BEGNB DE CHARLES VIT.
Roy de France et d'Angleterre qai estoit arrivé à Boulongne, luy et grant foison de souldoyers pour combattre les Arminaz dont il n'estoit rien, ne du Duc de Bourgongue nouvelle nulle D*estoit ; si estoit le monde aussi comme an desespoir de ce que on ne gaîgnoit rien , et que les gouverneurs leur faisoient ainsi , intendant que brief ils auroient seeours , dont quelque sigueur ne faisoit nul semblant de secours , ne d'aucun traité ; parquoy des mesnaigers de Paris se departoient, de quoy Paris aCfeblissoit moult.
Item, la sepmaine de may avoit à la porte Saint-Anthoine prisonniers dont Tung avoit payé sa rançon, et estoit eslargi^ et alloit avec les gens du a son plaisir, si trouva ung jour que oellui qui gardoit les prinsons s*endormy après disner sur ung banc , comme on fait en esté, si luy osta les clefs ainsi comme il dormoit, et ou« vry la prinsoD, et en deslia trois avecques lui , et vindrent où il dormoit encore , et autres, TuDg çà, l'autre là, et frappèrent sur eulx pour les tuer, et en navrèrent à mort deux ou trois avant que les gens qui estoient du chastel en peussent rien oûyr. Quant ils sorent comment lesdîz prinsonniers avoient ouvré, ils accoururent à Taide de leurs compagnons hastivement, et le seigneur de TIsle-Adam qui céans estoit , qui en estoit cappitaine, et de la ville de Paris, vint tost où cils estoient , si Les escrie et ûere (frappe) d'une bâche qu'il tenoit, le premier qu'il trouve, si l'abat mort, les autres ne porent fuir, si furent trestous^prins, et recongneurent qu'ils avoient en pensée de tuer tous ceulx qui estoient dedans le cbastel, et de livrer le chastel aux Arminaz pour prendre Paris par trayson ou autrement. Et tantost que ils orent ce dit, si les fist le cappitaine tous tuez traisner eu la.riviere.
Item, en celle année le douziesme et le treiziesme jour de may gelèrent touttes les vignes qui estoient les plus belles par apparence de foison de grappes et grosses que homme les eust veués puis trente ans devant. Ainsi plust à Dieu qu'il advenist pour nous donner exemple que en ce monde n'a rien sur (certain), comme il appert de jour en jour.
Item, le ving^troisiesme jour de may fut prinse devant Compiegne dame Jehanne la Pucelle aux Arminaz par messire Jehan de Luxembourg et ses gens , et bien mille Angloys qu'ils venoient à Paris, et furent bien quatre cent des bommes à la Pucelle, que tuez que noyez. Après ce le dimenche ensuivant vindrent les mille Angloys à Paris, et allèrent asseger les Arminaz qui estoient dedens l'abbave de Saint-Mor des
Fossez, Ils ne se tindrent point, et rendirent laditte abbaye, sauve leur vie, sans rien emporter que ung baston en leur poing, et estoient bien cent, et fut le deuxiesme jour dejuing 1430.
Item, en celiui temps la livre de beurre salle valloit trois sois parisis de très-forte mou noyé, et la pinte d'huile de noix six sols parisis. Et pour certain, aussi-tost que les Arminaz furent départis, les Angloys bon gré ou malgré de leurs cappitaines, pillèrent toutte l'abbaye et la ville si au net, qu'ils n'y laissèrent pas les cullieresiau pot, qu'ils n'apportassent, et ceulx de davant a leur entrée avoient bien pillé, et les darrains encore rien n'y laissèrent : quelle pitié !
Item, en celiui moys dejuing n'estoit encore aucune nouvelle du roy Henry d'Angleterre qu'il ne fnst point passé la mer, et les gouverneurs de Paris firent entendant au peuple dès le jour saint Georges qu'il avoit passé la mer par deçà, dont ils firent faire des feuz parmy Paris, dont le mbnu peuple n'estoit pas bien comptent, pour la huche qui tant estoit chère, et que bien sçavoient les aucuns qu'il n'estoit point passé deçà la mer.
Item, du duc deBourgongne n'estoit nulle nouvelle qu'il deust venir, et si n'estoit-il sepmaine qu'on ne l'attendist depuis janvier, et c'estoit près de la sainct Jehan ; mais aussi le donnoient à entendre les gouverneurs au peuple pour les appaiser; mais ils disoient quant on parloit de son venir et le pins : Patrem sequitur sua proies, vrayement les enffens ensuivent voulentiers leur père, et plus n'en disoient; et vrayement passa encore juillet que de luy n'estoit nouvelle, fors qu'il avoit grand foison de Piquars, qui dès le moys d'avril avoient mis le siège devant Compiegne, mais encore n'y avoient rien fait au moys d'aoust. Et vrayement trois cent Angloys faisoient plus en armes que cinq cent Piquars, et si n'estoit nulz plus fors larrons et moqueurs de gens, et les Angloys gaignerent bien douze forteresses entour Paris en ung moys, et après allèrent à Corbeil la seconde sepmaine de juillet^
Item, le dix-sepUesme jour de juillet à ung jeudy , vigillc saint Arnoul, fut la cloche Nostre- Dame fondue et nommée Jacqueline, et fut faite par ung fondeur nommé Guillaume Sifflet, et pesoit quinze mille ou environ.
Item, le sire de Roz, ung chevalier angloys, vint à Paris le mercredy seiziesme jour d'aoust l'an 1430, le plus pompeusement que on vit oncques^ s'il n'estoit roy, ou duc ou comte; car il avoit devant luy quatre menestrelz joiiaiis tromnes, clerons, tous joiians de leurs instru*
JOURNAL d'un bourgeois DE PARIS,
mens : mais le vendredy ensuivant fortune luy fut trop contraire; car les Armînaz vindrent prendre la proie devant la porte Saint-Anthoine, et prindrent beufs, vaches et autre bestail, et s>n retournèrent atout, quant le sire de Roz le sceut, il alla à touttes ses gens après, et poursuivy fort, et ung autre chevalier angloys qui estoit cappitaine du bois de Vincennes, qui le suivit de près, et autres, et virent les Arminaz qui passoient Marne par delà Saint-Mor, si les suivirent, et aucuns se misrent en la rivière, qui bien virent le gué par où les Arminaz passèrent, et allèrent outre* Le sire de Roz failly à trouver le gué, et soy boutta en la rivière trop hardiment, et le cappitaine du bois de Vincennes, qui aussi faillit, et ung autre chevalier nommé monsieur de Moucy , et plusieurs autres, qui tous firent noyez, et grant foison d'Arminaz auM le furent ; mais ceulx qui passèrent besoingnerent si bien, qu'ils recouvrèrent tous les prinsonniers et la proye, et aveeques ce prindrent le cappitaine de Langny messire Jehan de Foucault^ et plusieurs autres tuèrent, et pkAieurs d'eulx furent tuez; et n'estoit gucres quinze jours qui ne veuist à Paris trois ou quatre cent plus ou moins d'Angloys; mais aussitost qu'ils alloient sur les Arminaz, toujours perdoient aussi-tost qu'ils frapoient ensemble , tt les Arminaz les mettoient tous à mort , et disoit que c'estoit pour ce que puis le siège fut mis devant Orléans que le comte de Salcebry pilla et fist piller l'église Nostre-Dame deClery, lequel mourut tantost après par cas de meschief d'une pièce de canon qui rompit.
Item, après fut levé le siège qui tant avoit cousté, et tant de leurs gens prins et mors.
Item, depuis que ce qu'il Âst à Luzarches en Teglise de Saint Cosme , puis à Chele Sainte Baudour, et tantost après furent presque tous prins et tuez, et puis que ont-ils fait à Saint Mor de Fossez eu l'église et partout où ils peurent avoir le dessus ? Les églises sont pillées qui n'y demoure ny livres, ni la boueste ou couppe où le corps de Nostre-Seigneur repose, ne reliques pour tant qu'iky ait or ou argent, ou aucun métaf, qui (qu'ils) ne gettent, soit le corps de Nostre-Seigneur, soient les reliques, tout ne leur chault, ou des corporeaux, n'y laissent-ils nulz qui poissent, et n'y aucun qui soit maintenant aux armes de quelque costé qu'il soit, .Fi^ançois, on Angloys, ou Arminac, ou Bourgitfignon, ou Piquart, à qui il eschappe rien qu'ils puissent, s'il n'est trop chault ou trop pesant, dont est grant pitié et dommaige que les seigneurs ne sont d'accord : mais ce Bieu n'en a pitié, loulte France est en grant danger d'estre
perdue ; car de touttes parts on y gaste les biens ; on y tue les hommes, on y boute feuz ; et n'est estrange ne privé qui point en die, DimiUe : mais toujours va de mal en pis, oonmie il ap« pert. Vray est que le jour de Saint Augustin en aoust 1430, cinquante ou soixante voitariersou environ, que de Paris, que d'entour allèrent querre des blez , qui près du Bourgei estoit nouveaulx soyez (coupés)^ et estolent aux bourgeois de Paris ; les Arminaux le sceorent par leurs espies (eq[>ions) dont ils avolent assez à Paris, si parvindrent sur eulx à grant puissance, si se combattirent le mieulx qu'ils porent nos gens de Paris, mais rien ne leur vallu, car tant est que les Arminaz les desoonfirent, et en tuèrent moult ^ et tout le remenant qu'ils ne tuèrent, mirent en leurs prinsons , et par leur grant mauvaisetié mirent le feu dedans les blez qui es chariots et charrettes estdent, et tout ardoient que rien n'en ftit resoous (sauvés) que les ferrures, et quant ils veoient aucun de ceolx qui estoit à la terre navré à mors ou mains que mort,qu'il remuoit^ ils le prenoient et le Jettaient dedens le feu qui moult grant estoit, car tout le blé et tout le charroy estoit en feu et en flambe.
Item, sans ceulx qui ftirent mors, ils en prindrent bien six vingt ou plus et tous les chevaulx, et les rançonnèrent, et à celle heure de maleur arriva le connestable de Franee à Paris nommé le signeur d'EstauCort à tout une trèsgrant compaignie d'Angloys et passa à une ileuë ou environ ou près la place où Ils se combattoient, et si n'en sot rien, dont ce fut grant pitié et grant dommaige, car la plus grant partie de ceulx qui furent prins estoient tous mesnaigiers ayant femmes et euffens qui furent onoques tous à pouvreté par les rançons qui leur convint payer ou estre mors sans mercy.
Item, le troisiesme jour de septembre à ung dimanche furent preschées au puis Nostre-Bame deux femmes qui environ demy an devant avoient esté prinses à Gorbeil et admenées à Paris, dont la plus ainsnée Pierronne, et estoit de Bretaigne bretonnant (basse Bretagne), elle disoit, et vray propos avoit que dame Jdianne qui s'armoit aveeques les Arminaz, estoit bonne, et ce qu'elle faisoit estoit bien fait et selon Dieu.
Item, elle recogneut avoir deux fols reoeu le précieux corps de NoStre-Seigneur en ung jour.
Item, elle afTermoit et Jlirolt qae Bieu s'apparolst souvent à elle en humanité^ et parioît à elle comme amy fait à autre, et que la darraioe foys qu'elle l'avoit veu, il estoit long vestn de robe blanche, et avoit une huque vermeille par dessous, qui est aussi comme blasphème, si ne s'en volt oncques révoquer de raffermer en sou
sous LB afiGNR DK CUAULBS VU.
propos qu*eUe veoit Dieu souvent vestu ainsi, par quoy cedit Jour fut Jugée à estre arce (brûlée), et mourut en ce projx» cedit Jour de dimenche, et l'autre fut délivrée pour celle heure.
Item^ le landemain Jour de lundi quatriesme Jour de septembre 1430, venoit par la rivière vingt-trois fonces chargées de vivres et d'autres marchandises , si ot grosses paroles entre les gens d'armes et mariniers, et à celle heure arrivèrent les Arminaz moult cruellement sur eulx, et pour le descort qui entr'eulx estoit, et eq)ecialement en treize de leur fonces, ils orent trop pou de deffense en eulx, et furent prins six vingt et plus sans les mors, et les dix qui n'avoient point de descort le iirent si bien qu'ils passèrent eulx et leursdiz fonce», et vinrent à port sainement, et pour ce descort entre gens en doubte est trop grant péril, comme il appert à ce Royaulme de France.
Item^ landemain que le sire d'Estaufort fut arrivé à Paris, il vit ( vint ) aller assiéger la ville de Brie-Gomte-Robert, et là prit d'assault au deuxiesme Jour, mais il n'ot pas si-tost le cfaastel, mais tost après ce rendirent ceulx dedeos. Quant est de monsieur de Bourgongne, n'estoit nulle nouvelle grant pièce après la Saint Remy, ne de personne qui bien voulsist à la bonne ville de Paris, et bien y apparoit; car il n'y avoit que ung pou de ne sçoiquelx larrons à Laingny , mais nul n'y remettoit remède que tout^ tes les sepmaines ne prinssent à quelque porte de Paris, ou bien près hommes, femmes, enffens, bestail sans nombre, dont ils avolent grant ûnanee, et toqjours or ou argent, et ceux qui ne povoient payer leurs rançons, estoient accoupplez à cordes, et gettez en la rivière de Marne, ou pendus par les gorges, ou en vieilles caves liez, sans Jamais leur donner manger; et si n'estoit rien qui de quelque bien pour corps humain qui pust arriver à Paris, sans estre en leur danger, tant gardoient bien tous les passaiges et par terre et. par eauê, et tellement , à la Saint Remy 1430, la bûche estoit si chère que le cent de petiz ooterets de Bondis ou de Boulongne, la petite coustoit vingt-quatre sols parisls , forte monnoie qu'on souiloit avoir pour six ou pour sept sols, et le molle de bûche dix sols parisls qu'on souiloit avoir pour huit ou pourneufblancs.
Item y en cellui an fût très-bel aoust et trèsbelles vendanges , et firent les verjus hastifs : car aussitost qu'ils estoient entonnez, ils commençoient à bouillir ou à getter pour mieulx dire, et furent les vins très-bons, et en avoit-on assez bon compte; car on avoit une pinte de bon vin pour tout homme d'onneur pour six deniers la pinte, aussi coifime l'avoit à Rouen pour six
blancs, et tesmoignoient ceulx qui en beuvoient, très-bien congnoissoient que estoit bon vin.
Item , passa septembre , ottobre , novembre , décembre, Janvier Jusques au pénultième Jour qui estoit la feste Ste.-Bauldour, que le duc de Betfort , lequel on disoit le régent de France , vin à très-belle compaignie , car il amena avecque lui bien cinquante-six batteaux , et doze fonsses tous chargez de biens, de quoy corps d'homme doit vivre, et ne les volt onccpies laisser qu'il ne les vist toujours, ou fist voir tamt qu'ils fussent à Paris , et disoit tout le peuple qui passe à quatre cent ans , ne vint si grant foison de biens pour une fois , et iiisoiton par manière de esbattemens, le duc de Betfort a amené par le plus foii temps pour estre en rivière que on dit oncques guère faire , car le vent fut sans cesser bien trois sepmaines si très cruel qu'on le vit oncques, et toujours il plouvoit , et les eaux très parfaitement grandes, et les Arminaz qui de touttes parts mettoient grans embusches pour le destruire et sa compaignie , mais oncques ne l'osèrent assaillir , et si fut tesmoigné par les heraulx qu'ils estoient bien quatre contre ung , et on disoit pour ce que en ce fort temps , et contre mont l'eaiie que le duc de Bourgongne en faisoit venir en val eaûe du pays d'Amont deux tels temps, * car il est régent de France, et verrait-on bien comment il besoingnera bien; mais il sera avant après Pasques l'an 1431, car à présent il est trop embesongné pour sa femme qui a geu d'un beau filx, qui fut christianné le Jour St.- Anthoine en Janvier, et on dit communément que la première année du mariaige on doit complaire àl'espousée, et que ce sont tretoutes nqpces , et pour celle cause n'a pu vacquer devant Compiegne tant qu'il l'eust prinse; ainsi disoiton du duc de Bourgongne, et pis assez; car ceulx de Paris espccialment Tamoient tant comme on povoit amer prince, et en vérité il n'en tenoit compte , s'ils avolent faim ou soif ; car tout se perdoit par sa négligence, aussibien en son pays de Bourgongne , comme entour Paris ; et pour ce disoient-ils ainsi comme gens moult troublez pour ce qu'on ne gagnoit rien, car marchandise ne couroit point, par ce mouroient )es pouvres gens de faim et de pouvreté, dont ils le maudissoient souvent et menu moult douloureusement et à secret et en appert , comme désespérez et non creans qu'il tiengne Jamais nulle chose qu'il promette.
Item y après la venue du Régent bien pou de temps enchéri le blé à Paris, que le sextier de blé qui ne valoit devant sa ventie que quarante sols parisls ou quarante-deux ou environ
7CÛ
JOUANAL D^UN BOUBGEOfS Dfi PAAfS ,
valu au moys ensuivant soixante-douze ou cinq francs tout raesale, dont le pain appetissa tant que le pain d'ung blanc très noir et très mesale ne pesoit guère plus de douze onces , et en mangeoit bien ung laboureur trois ou quatre par jour , car pouvres gens n'avoient ne vin ne pitance , ce non un pou de noix et du pain et de Teaûe, car pour ne fèves ne mangeoient point, car ils coustoient trop en acbapt, et plus en cuire , et pour ce s'appetissoit moult Paris de gens.
1431. — Item^ en cellui mars le Regeut Ust faire aux pouvres gens de Paris certains gens d*armes dont trop furent grevez , mais à faire leur convint ; après on alla à Gournay et fut prins , et après alla-t-on à la tour de Mongay , et fut prinse par composition le dix-huitiesme jour de mars, et puis allèrent devant Langny , et là firent par plusieurs fois grans assaults , mais à la fin n ^ ot point d'onneur , car ceste mal euvre se faisoit la sepmaine peneuse (sainte); mais ceulx de dedens se deffendirent si bien que pour certain fut geste en la ville quatre cent et douze pierres de canon en ung Jour , qui ne firent oncques mal à personne que à un seul coq qui en fut tué, dont fut grant merveille, que bel fut à ceulx du Régent et de Paris de laisser leur siège et s'en venir , et s'en vindrent la veille de Pasques qui furent cellui an le premier d'avril 1431, et disoit-on par moquerie qu'ils estoient ainsi revenus pour eulx confesser et ordonner à Pasques en leurs parroisses.
Item, environ la my-avril, pour la charte de tous vivres et pour les maulvaises gaignes qui pour lors à Paris estoient à un sabmedy quatorziesme jour dudit moys d'avril la vigile de misericordia Domini fut nombre ( compté ) que par eaue , que par terre se party de Paris bien douze cent personnes sans les enffens, par ce qu'ils n'avoient de quoy vivre, et qui patissoient de fain.
Item, le lundy ensuivant se party environ cent hommes d'armes de Paris, et allèrent versChevreuse à une vieille forte maison nommée Dannette, où avoit bien quarante larrons dedens qui faisoient tous les maulx qui peuvent estre fais, et furent prins et admenez à Paris le jeudy ensuivant, et furent par nombre tous accouplez ensemble vingt-neuf tous jeunes gens, qui le plus vieil n'avoit point trente-six ans.
Itemj le sabmedy ensuivant furent pendus treize au gibet de Paris , et deux quant on les print devant leur forteresse, et neuf qui eschapperent comme saiges.
Item, le vingt-deuxiesme Jour d'avril l'an 1431 , allèrent les gens du Régent qui a voient
esté à Dannette à la Mote , et prindrent cent meurdriers qui là estoient, dont on en pendit six ou dit lieu , et en admena à Paris tons, comme devant est dit , tous accouplez et liez de cordes, le vingt-sixiesme Jour dudit moys le nombre de nonante-quatre.
Item, le lundy ensuivant darrain (dernier] jour d'avril on pendit au gibet de Paris des larrons qui estoient de la prinse de la Motte trente et deux.
Item, le vendredy ensuivant quatriesme jour de may des larrons qui à la Motte avoient esté prins , on en pendit au gibet de Paris trente; ainsi furent pendus en ce lundy et vendredy soixante-deux de ces larrons.
Item, le vingt-cinquiesme jour de may , vendredy ensuivant futfaitte une prédication, en laquelle prédication fut monstre décleré (déclaré) le très-hault bien espirituel que Pape Martin cinquiesme de nom avoit donné et octroyé à la feste du Très-Saint-Sacrement à tous loyaulx chrestiens qui seroient en estât d'avoir cellui bien ; c'est assavoir vray confées et repentant; vray fut que celui vingt-cinquiesme jour fut le vendredy devant la Feste-Dieu. Ce jour prescha un maistre en théologie, et devisa au peuple comme Pape Urbain, quart de ce nom, ordonna premièrement à célébrer ladite solempnité tous temps le Jeudy premier après les octabès de Penthecostes , et les pardons qu'il y donna ; c'est assaveoir aux premières vespres , à matines , à la procession , à la grant messe, aux vespres du jour pour chascune de ces quatre cent jours de leurs pénitences enjointes.
Item, à ceulx qui seroient à prime, tierce, sexte, none et compile, ledit jour, pour chascune heure quarante jours, et pour ceulx qui seront ausdittes heures durant les octabes, pour chacun Jour cent Jours de pardon.
Item, ladite feste fut premièrement par Gilles i'Augustin 1318, en celluy an l'ordonna ledft pape Urbain quatrième de ce nom, et le jour saint Urlmin fût faitte la prédication.
Item, que le pape Martin, cinquième de ce nom, lequel trespassa Tan lÂso, donna et ottroya à tous ceulx qui en estât de grâce jeûneroient la vigille du Saint Sacrement, ou feraient autre pénitence par le conseil de leur confesseur, pour ce qu'en icellui temps il fait diault et grève (fatigue) fort à jeûner à aucunes gens, il donna à chascun qui bonnement fera îceilui Jour ladite pénitence, cent jours de pardon, et qui sera aux premières vespres, à matines, à la messe, aux secondes vespres, à chascune heure, deux cent Jours de pardon, et qui sera à toottes les autres heures du jour, pour chascune heure,
sous LB EEGNB DB CHABLES YII.
quatre-vingt jours de pardon ; pour chaseune beare des octabes, c'est assavoir matines, messe et vespres cent jours de pardon, et pour les autres heures pour chaseune quarante jours.
Item, à tons prélats qui ont dignité, qui seraient aucunement empeschez pour le bien de l'Eglise, ou pour le bien commun, ou pour la foy qui ne peuvent estre au Saint Sacrement celui jour, ou les octabes, il leur octroit un tel pardon, comme s*ils eussent esté présens, car bonne volonté est réputée pour le fait.
Itenij à tous ceulx qui dévotement et à jeun saasfabler ne sans bouter Fung l'autre cent joars de pardon ; et pour tous ceulx qui ce jour recevront Nostre Seigneur cent jours de pardon. '
liem, tous prestres qui dévotement cellui jour, et cbascun jour des octabes célébreront en ia révérence de la feste pour chascun jour cent jours de pardon.
Item, ce aucunes églises sont enterdites par cas de chatif meschef , comme aucunes foys avient, ou aucunes terres, il octroit que cellui jour et les octabes on puist célébrer es dittes terres ou églises à portes touttes ouvertes, sains sonnans; c'est assavoir tous excommuniez, et tous ceulx pour qui l'enterdit seroit, seront hors bouté de l'église et du service.
lietn, à tous ceulx qui dévotement envoleront 00 porteront lumière à convoîer le précieux sacrement le jour, ou quant on le porte à aucun malade par la ville, ou qui le convoiront allant et venant en devocion et reverance pour chaseune foys cent jours, et pour tous ceulx qui ceferoicntvoulentiers, et ne pevent (peuvent cinquante jours de pardon.
Item^ il ordonne que tous prélats ou curez de quelque estât qu'ils soient tous les ans docesnavant le dimanche des octabes de la Pentheooste, ils prononcent ou fassent prononcer le dessus dit pardon aux bons chrestiens, à ce que par négligence ne les perdent ; ains furent les dessus diz pardons publiez, premièrement en l'eglise de Saint Augustin à Paris le^our saint Urbain pape et martyr vingtH^inquième jour de juing
Item, la vigille du Saint Sacrement en icelluy >n qui ftit le trentième jour de may ou dit an 1431. Dame Jehanne qui avoit esté priose devant Ckimpiegne qu'on nommolt la Pucelle, icellui jour fut fait un preschement à Rouen, elle estant en ung escbaftault que chacun la povoit veoir bien clerement, vestûe en habit d'homme, et là lui fust demonstré les grans maulx doloreux qui par elle estoient advenus en chrestienté, especialement ou royaulme de
France, comme chascun scet,. et comment le jour de la sainte Nativité Nostre-Dame elle estoit venue assaillir la ville de Paris à feu et à simg, et plusieurs grans péchez énormes qu'elle avoit fait et fait faire, et conunent à Senlis et ailleurs elle avoit fait ydolatrcr le simple peuple, car par sa faulce ypocrisie, ils la suivoient conome sainte pucelle ; car elle leur donnoit à entendre que le glorieux archange saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, et plusieurs autres saints et saintes se apparoient à lui souvent, et parloient à luy comoM amy fait à l'autre, et non pas comme Dieu a fait aucunes foys à ses amis par revelacions, mais corporellement et bouche à bouche conunc un amy à autre.
Item, vray est qu'elle disoit estre aagée environ 37 ans sans avoir honte que maugré père et mère et parens et amys, que souvent allast à une belle fontaine ou pays de Lorraine, laquelle elle nommoit l)onne fontaine aux fées Nostre- Seigneur, et en icellui lieu tous ceulx du pays quant ils avoient fiebvre, ils alloient pour recouvrer garison, et là alloit souvent laditte Jehanne la Pucelle sous un grand arbre qui la fontaine ombroit (ombrageoit), et s'apparurent à lui sainte Katerine et sainte Marguerite qui lui dirent qu'elle allast à ung eappitaine qu'ils lui nommèrent, laquelle y alla sans prendre congé à père ne à mère,, lequel eappitaine la vesti en guise d'homme, et l'arma et lui sainct (ceignit) l'espée, et lui bailla ung escuier et quatre varlets, et en ce poinct fut montée sur ung bon cheval, et en ce poinct vint au roy de France, et lui dit que du commandement de lui estoit venue à lui, et qu'elle le feroit estre le plus grant signeur du monde, et qu'il fust ordonné que tretous ceubc qui lui desobéiroient fussent occis sans mercy, et que saint Michel et plusieurs anges lui avoient baillé une couronne moult riche pour luy, et si avoient une espée en terre aussi pour lui, mais elle ne lui rendrait tant que sa guerre fust faillie, et tous les jours chevanlchoit avec le Roy à grant foison de gens d'armes sans aucune fenome vestûe, attachée et armée en guise d'homme, ung gros baston en sa main, et quant aucun de ses gens mesprenoit, elle frappoit dessus, de son baston grans cous en manière de femme très-cruelle.
Item, dit que elle est certaine de estre en par radis en la fin de ses jours.
Item, dist qu'elle est toute certaine que c'est saint Michel, sainte Katerine et sainte Marguerite qui à lui parlent souvent, et quant elle veult, et que bien souvent les a veués avoir couronnes d'or en leurs testes, et que tout ce qu'elle
iOUnNAL DUN B0CB6E0IS DE PARIS ,
fait est du commandement de Dieu, et plus fort d}t qu'elle scet grant partie des choses à advenir.
Item, plusieurs foys a prins le précieux sacrement de l*autcl toutte armée, vestue en guise d*honmie, les cheveulx rondiz, chaperon déchiqueté, glppon (pourpoint), chausses vermeilles attachées à foison aguillettes, dont aucuns grans signeurs et dames lui disoient, en la reprenant de la dérision de sa vesture, que c'estoit pou priser Nostre-Seîgneur de le recevoir en tel habit femme qu'elle estoit, laquelle leur répondit promptement, car pour ri«n n'en feroit autre, et que mieulx ameroit mourir que laisser l'habit d'homme, par nulle défence, et que ce elle vouloit, elle feroit tonner et autres merveilles; et qu'une fois on lui volt faire de son corps desplaisir, mais elle sailly d'une haute tour en bas, sans soy blecier aucunement.
Itemy,en plusieurs lieux elle fist tuer hommes et femmes tout en bataille comme de vengeance vouientaire ; car qui n'obéissoit aux lettres qu'elle fàisoit, elle faisoit tantost mourir sans pitié quant elle en avoit povair, et disoit et afTermoit qu'elle ne faisoit nulle rien que par le commandement que Dieu lui mandoit trèssouvent par l'archange saint Michel, sainte Katherine et sainte Marguerite, lesquelx lui. falsoient ce faire, et non pas comme Nostre- Seigneur faisoit à Moyse au mont de Sina!, mais proprement lui disoient des choses secrettes à advenir, et qu'ils lui avoient ordonné et ordoonoient touttes les choses qu'elle faisoit, fust en son habit ou autrement, telles faulces erreurs, et pires avoit assez dame Jehanne, et lesquelles lui furent touttes déclairées devant tout le peupie dont ils orent moult grant orreur, quant ils oiiyrent raconter les grans erreurs qu'elle avoit eues contre notre foy, et avoit encore; car pour chose qu'on lui démonstrast ses grans maléfices et erreurs, elle ne s'en effraioit ne esbahissolt, ains respondoit hardiment aux articles qu'on lui proposoit davant elle comme celle qui estoit toutte pleine de Tennemy d'enfer, et bien y parut, car elle veoit les clercs de l'Université de Paris, qui si humblement la prioient qu'elle se repentist, et revoquast de celle malle erreur, et que tout lui seroit pardonné, par pénitence ou ce non elle seroit devant tout le peuple arse, et son ame damnée ou fous (dans le fonds) de l'enfer, et lui fust montré l'ordonnance et la place où le feu devoit estre fait pour l'ardoir blentost, si elle ne se revoquoit ; quant elle vit que c'estoit à certes, elle cria raercy, et soy revoca de bouche, et fut sa robe ostée et vestuë en habit de femme; mais aussi-tost qu'elle se vit
en tel estât elle recommença son erreur conune devant, demandant son habit d'homme, et tantost elle fut de tous Jugiée à mourir, et fot liée à une estache (un pieu) qui estoit sur Feschaffault qui estoit fait de piastre, et le feu sos loy, et là fut bientost estainte et sa robe taiitte arse, et puis fu le feu tiré ariere, et fut veuë de tout le peuple toutte nuë, et tous les secrezqui povent estre ou doivent en femme, pour oster les doobtes du peuple, et quant ils orent assez et à leor gré veue toutte morte liée à l'estache, le homrel remist le feu grant sur sa povre eharongne, qui tantost f^t toute comburée et os et char (chair) mises en cendres; assez avoft là et ailleurs, qui disoient qu'elle estoit martyre et pour son droit Seigneur, autres disoient que non, et que mal avoit fait qui tant l'avoit gardée, ainsi disoit le peuple , mais quelle mauvesté on bonté qu'elle eust faite, elle fut arse celluy Jour, et celle sepmaine fut prins le plus mauvais et le plus tyrant et le moins piteux de tous les cappitaines qui fussent de tous les Armiuaz, et estoit nommé poui* sa mauvesté La Hire, et fut prins par pouvres compaignies, et fut mis ou chaste! de Dourdan.
Item y le Jour Saint Martin- le boullant ftit faite une Procession générale à Saint Martin des champs, etflst-on une prédication, et la fist ung Frère de l'ordre de Saint Dominique qui estoit inquisiteur de la foy , maistre en Théologie, et prononça de rechief tous les fais de Jehanne la Pucelle , et disoit qu'elle avoit dit qu'elle estoit fille de très-pouvres gens, et qu'environ l'aage de quatorze ans elle s'estoit ainsi maintenue en guise d'homme et qne son père et sa mère l'eussent faite volontiers dèslors mourir , s'ils eussent peu sans bleder conscience , et pource se desparty d'eolx accompaîgniede l'ennemy d'enfer, et depuis vesquit homicide de chrétienté plaine de feu et de sang Jusques à tant qu'elle fut arse , et disoit qu'elle se fùst révoquée , et qu'on lui ot baillé pénitence , c'est assavoir quatre ans en prinaon à pain et à eaue , dont elle ne fist oneques jour; mais se faisoit servir en la prinson comme one dame , et l'ennemy s'apparu à lui troisiesm^i c'est assavoir saint Michel , sainte Katerine et sainte Marguerite , comme elle disoit que moult avoit grand paour qu'il ne la perdist ; c'est assavoir iceulx ennemy ou ennemys en la fiwnne de ces trois saincts , et lui dist : meschante créature qui pour paour as laissé ton habit, n'aye pas paour , nous te garderons moult W® de tous, parquoy sans attendre se de^ii*^» et se revestit de touttes ses robes qu'eUe vestoit, quant elle cheyaulchoit , qu'elle boutées avoit
sous LB aBGNB DB CHABLES VII.
OQ feorre (aa chevet) de son lict , en se fia en rennemy tellement qu'elle disolt qu'elle se repentoit de ce que oncques avoit laissé son habit : quant l'Université ou eeulx de par elle virent ce , et qu'elle estoit ainsi obstinée , si fut livrée à la jostioe laïc pour mourir ; quant elle ce vit en ce point, elle appella les ennemis qui se apporoient à lui en guise de sains ; mais oncques pois qu'elle fut Jugée , nul ne s'apparut à elle pour invocation qu'elle sceust faire ; adoncques s'advisa, mais ce fùst trop tard; encore dist-il en son sermon qu'ils estoient quatre , dont les trois avoient esté prinses ; c'est assavoir cette Pucelle et Peronne et sa cbmpaigne, et une qui est avec les Arminaz, nommé Katerine de la Rochelle; laquelle dit que quant on sacre le preeieox corps Nostre-Seigneur qu'elle veoit merveilles du hault secret de Nostre-Seigneur Dieu , et disolt que toutes ces quatre pouvres femmes Arere Richart le cordelier qui après luy avoit si grant sayte quant il prescha à Paris aux Innocens et aillieurs, les avoit toutes ainsi gouvernées ; car il estoit leur beau-pere , et que le jour de Noûël en la ville de Jargiau 11 bailla à ceste Dame Jehanne la pucelle trois foysie corps Mostre-Seigneur , dont il estoit moult à rq»rendre, et l'avoit baillé à* Peronne celui Jour deox fois par le tesmoing de leur confession, et d'aucuns qui presens furent aux heures qu'il leur bailla le précieux sacrement.
Item, ce Tannée fut la saint Dominique au dimenche, et ce Jour revint le Régent à Paris, lequel avoit esté espié des Arminaz quant il culda passer Mante , Ils le cuiderent prendre^ mais comme bien advisé repassa la rivière , et Tint jour et nuyt tant qu'il fiit à Paris, et vint par la porte Saint- Jacques le Jour saint Dominique, et ses gens tindrent pié à leurs ennemys, tant que de touttes parts en demoura plus que mestier ne fut ; la nouvelle de ce courut Jusques à ceux de Tost qui estoient devant Louviers, si laissèrent deux ou trois cappitaines le siège à touttes leurs gens qui cuidolent que le Régent fut prins. Quant ils sorent que non estoit, si s'en bardirent et allèrent Jusques devant Reauvoys et s'embnscherent ; si fùst dit à ceulx de la cité , si se hasterent d'yssir qui mieulx mieuix. Les gens du Régent sorent leur manière par leurs espies ; si en yssit une partie qui se mirent entre la ville et les Arminaz, et les autres vindi^t par devant, et les assaillirent moult asprement, et eulx se deffendirent moult bien ; mais qnant ils virent venir par derrière les autres, si cuiderent que plus feussent trop qu'ils n'estoient; si se desooniirent d'eulx-mesmes, et furent prins les plus gros cappitaines ou tuez ; et
entre les autres avoit ung meschant ncmuné Guillaume le Rerger qui faisoit les gens ydolastres en luy, et chevaulchoit de costé, et monstroit de foys en autre ses mains et piez et son costé, et estoient tachez de sang comme saint François, et tut prins un cappitaine nommé Poton de Saintrailles de moult grant renommée et autres assez, et furent menez à Rouen.
Item, le jour de la mi-aoust 1431, cuisy ung boulanger en la rue Saint-Honoré du pain bien largement de très-belle farine, et quant il ftit cuit bien et bel, il fut de couleur de cendre, dont il fut si grant parler à Paris, que le plus disoient que c'estoit signiflance de tres-grant mal advenir ; les autres disoient que c'estoit miracle pour ce que cuit avoit esté le Jour de l'Assomption de Nostre-Dame; brief Paris estoit tout esbahy de ceste merveille, et n'y avoit celiui qui n'en jugeast en aucune manière, et fut le boulanger prins et sa farine pareillement, et en fit le prevost de Paris cuire, et quant il fût cuit et ordonné le mieulx que faire se povoit, il fût trouvé au tel *que l'autre ou plus lait. Si ce conseilla la Justice et du blé veoir voidrent (voulurent), et ne virent point ou blé nulle deffauite ; si en firent mouidre et cuire de rechef; mais il tut au tel, comme devant est dit : là avoit aucuns màrchans qui blé cognoissoient, qui dirent que en aucuns pays où ils avoient esté, avoient mangé de tel pain plusieurs fois especialment en aucunes contrées de Rourgongne, et est tres-bon et savoureux à menger, et advient par une herbe qui croist avec le blé souvent que on nomme la roivolle, et vray estoit, mais le peuple de Paris ne se povoit appaisler, et n'estoit pas tllx de bonne mère qui n'avoit ung morcel de ce pain pour monstrer l'ung à l'autre pour la coulleur.
Item , en octobre ensuivant le 25*^ Jour se partirent de la ville de Louviers, qui bien Tavoient tenue cinq mois ou environ contre les Angloys, et furent par composition qu'ils emportèrent tout ce qu'ils porent emporter, et si orent grant finance avecques, et encore estoit en la oomposicion que les Angloys ne dévoient à tous les habitans de la ville reproucher, ne faire aucun grief par pillaige ououtreroent, mais de ce se parjurèrent ; car aussitost la garnison tnt yssie, ils firent tout le contraire de ce qu'ils avoient promis, et si firent abattre les murs de tout en tout ; quant ils orent foit leur voulenté qui ne fut guère à leur honneur, ils allèrent à Rouen; c'est assavoir les plus grans pour eulx aisier, et disoit-on qu'il viendroit tant ^ de huche, mais que la ville de Louviers fust délivrée que chascun en vauldroit mieulx ; mais
JOUftNAI. D*UM BOUfiOEOIS DB PABIS,
tantost après environ huit Jours elle enchery de tournois à Paris au plus, et disoient les gouverneurs, et faisoient dire de Jour en Jour que le duc de BouFgougne venoit à Paris, et que pour vrai il admenoit avecques lui ung légat du pape, et que eulx deux dévoient mettre bonne paix entre Cliarles qui ce disoit roy de France et d'Angleterre, mais cela n'estoit que pour appaisier le peuple qui moult estoit en grant oppression ; car en vérité le duc de Bourgongne ne tetenoit compte de tous ceulx de Paris ne du royaulme en rien qui soit, et pour ce vint Henry à Paris bien accompaigné, et y fut sacré et couronné.
Item y le Jour saint André daiTain Jour de novembre vint gésir Henry égé de neuf ans ou environ en l'abbaye de Saint-Denis en France à ung vendredy, lequel se nommoit roy de France et d'Angleterre.
Item y le dimanche ensuivant premier Jour des advents vint ledit roy à Paris par la porte Saint-Denis, laquelle porte devers les champs avoit les .armes de la ville ; c'est assavoir ung escu si grant, qu'il couvroit toutte la maçonnerie de la porte, et estoit à moitié de rouge et le dessus d'azur semé de fleurs de lis, et au travers de l'escu avoit une nef d'argent grande comme trois hommes.
Itemj à l'entrée de la ville par dedans estoit le prevost des marchans et les eschevins tous rouges, tous vestus de vermeil, chascun ung çhappel en sa teste, et aussi-tost que le Roy entra dedans la ville, ils lui mirent ung grant ciel d*azur sur la teste semé de fleurs de lis d'or, et le portèrent sur luy, les quatre eschevins en la forme et manière , comme on fait à Nostre- Seigneur à la Feste-Dieu, et plus, car chascun crioit Noiiel par où il passoit.
Itemj devant luy avoit les neuf preux, et les neuf preues dames, et après foison chevaliers et escuiers, et entre les autres estoit Guillaume qui se disoit le Berger, qui avoit monstre ses playes comme saint François, dont devant est parlé, mais il ne povoit avoir Joye, car il estoit fort lié de bonnes cordes comme ung larron.
Item y près devant le Roy avoit quatre evesques, celui de Paris, le chancelier, celui de Noyon et ung d'Angleterre, et après estoit le cardinal de Vincestre.
Item y encore devant le Roy avoit vingt-cinq heraulx et vingt-cinq trompettes, et en ce point vint à Paris, et regarda moult les serrainnes (syrènes) du ponceau Saint-Denis; car là avoit trois serrainnes bien ordonnées, et ou millieu avoit ung Us qui par ses fleurs et boutons Jettoit vin et lait, et là buvoit qui voloit ou qui povoit, et
dessus avoit ung petit bois où il avoit homma sauvaiges qui faisoient esbattemens en plusieurs manières, et Joùolent des escus moult joyeusement, que chascun veoittrès-vouleotiers. Après s'en vint devant la Trinité où il avoit sur eschaffault le mystère depuis la conception N» tre-Dame Jusques que Joseph la mena en £g} pte pour le roy Herode qui fist deseoller oq tuer sept ving-quatre milliers d'enffensmasles. Tout cela estoit ou (en) mystère, et duroient la chauffaux (échaffauts) depuis ung pou par delà Saint-Sauveur jusques au bout de la rué d'Ernetal où il a une fontaine que on dit la fontaîDe de la Royne.
Item y vint de là à la porte Saint-Denysai on fist ladecoUacion du glorieux martyr dm»sieur saint Denys, et à l'entrée de la porte les eschevins laissèrent le ciel qu'ils portoieit, et le prinrent les drappiers, et le portèrent juaquei aux Innocens, et là fut faitte une chasse d'ong cerf tout vif, qui fût moult plaisant à venir.
Item , là laissèrent les drappiers le ciel, et le prindrent les espiciers Jusques devant le €hastellet où avoit moult bel mystère ; car li avoit droit encontre le Chastellet à venir de front le lit de Justice ; là avoit un eoffeot di grant du Roy (de Ai grandeur du Roi) et de soa aage, vestu en estât royal, hausse vermeille et chapperon fourré, deux couronnes pendansqni estoient très- riches à veoir à ung chascun sa sur sa teste, à son costé dextre estoit tout le sai^ de France ; c'est assavoir tous les grans a* gneurs de France, comme Anjou, Rerry, Bovgongne, etc., et ung pou loing de ralx estoiot les clercs, et après les boui^eois, et à sene^ ( à gauche ) estoient tous les grands signeon d'Angleterre, qui tous faisoient manière de donner conseil au jeune Roy bon et loyal, et chascun avoit vestu sa cotte de ses armes, et estoient iceulx de bonnes gens qui ce faisoient, et là laissèrent les espiciers le del, et le prindrent les changeurs, et le portèrent Jusqu'au Palais-Royal; et là baisa les sainctes reliques,et puis se party, et là prindrent le ciel les orfèvres, et le portèrent parmy la rue de Kalende et parmy la vieille Jurie jusques devant Saint- Denis de la Ghartre, et n'alla point à No{^ Dame celle journée. Quant ce vint devant Saint- Denis de la Chartre, les orfèvres laissèrent le ciel et le prindrent les merciers qui le porteiat jusques à l'ostel d'Anjou, et là le ïHrindrent •«« pelletiers qui le portèrent Jusqu'au devant Saint- Anthoine-le-Petit, et après le prindrrat les bonchers qui le portèrent Jusques à Tostcl desToi»^ nelles. Quant ils furent devant l'ostel de Saint- Paul, la royne de France Ysabel femme de fea
sous LE REGNB OB GHAELBS VII.
k roy Charles YV de ce nom, estoit aux fenestrès, aveoqaes elle dames et damolselles. Quant elle Yit le jeune roy Henry filx de sa fille, à rendrait d'elle il osta tantost son chapperon et la salaa, et tantost elle s'inclina vers luy moult humblement, et se tourna d'autre part plorant ; et làpriodrent les sergens d'armes le ciel; car c'est leur droit,'et fut baillé au prieur de Sainte- Katherine dont ils sont fondeurs.
Item, le 16 décembre à ung dimenche, vint ledit roi Henry du Palais-Royal à Nostre-dame de Paris; c'est assavoir a pié bien matin, accompaigné des processions de la bonne ville de Paris, qui tous moult chantoient mélodieusement : et en ladite église avoit ung escbaffaut qui avoit bien
de long et de large et montoit sus à bien
grans degrez larges que dix bommes et plus y pouvoient de front ; et quant on estoit dessus, on pouvoit aller pardessous le Crucifi autant dedans le Gueur, comme on avoit fait par dehors, et estoit tout paint et couvert d'azur, et là fut sacré de la main du cardinal de Yincestre.
Item, après son sacre vint au Palays disner luy et sa compaignie, et disna en la grant salle, à la grant table de marbre, et tout le remanant (le restejparmy la salle çà et là ; car il y avoit nulle ordonnance , car le commun de Paris y estoit entré dès le matin, les ungs pour veoir, les autres pour gourmauder, les autres pour piller ou pour desrober viandes ou autre cbose; car icellui jour à icelle assemblée furent emblez en la presse plus de quarante cbapperons et coppes et mordans de sainctures grant nombre ; car si grant presse y ot pour ie sacre du Roy, qne VUniversIté, ne le parlement, ne le prevost des marchans, ne eschevins n'osoient entreprendre à monter à mont pour le peuple, dont il y avoit très-grand nombre ; et vray est quils euiderent monter devant deux ou trois foys à mont : mais le commun les reboutoit arriéres si fièrement, que par plusieurs foys leur oonvenoit tresbucher l'ung sur l'autre ; voire quatre-vingt ou cent à une foys, et là besoingnoient les larrons. Quant tout fut escoullé le commun, ils montèrent après ; et quant ils furent en la salle, tout estoit si plain, que à peine trouverent-ils où ils peussent s'asseoir ; neantmoins s'assirentils aux tables qui pour eulx ordonnées estolent; mais ce fut avec savetiers, moustardiers. Heurs OQ vendeurs de vin de buffet, aides à maçons, qui on cuida faire lever : mais quant on en faisoit lever ung ou deux, il s'en asseoit six ou huit dautre oosté.
Itemj ils furent si mal servi, que personne nulle ne s'en louoit ; car le plus de la viande, especialment pour le commun, estoit cuidé dès
le Jeudy devant, qui moult sembloit estrange chose aux François; car les Angloys estolent chefs de la besongne, et ne leur challolt quelle honneur il y eust, mais qu'ils en fussent deslivrez, et vrayement oncques personnes ne s*en loiia, mesmement les malades de l'Ostel-Dieu disoient que oncques si pouvre ne si nu relief de tout bien ils ne virent à Paris.
Item, le jour Saint Thomas l'apostre ensuivant à ung vendredy, ûit ditte une messe solempnelle en la grant salle du Pallays, le Roy estant en estât royal, tout le parlement en estât, c'est assavoir à cbapperons fourrez et manteaulx; et après la messe luy firent plusieurs demandes raisonnables, lesquelles il leur ottroya, et aussi firent certains sermens qui leur ftirent demandez, qui sont selon Dieu et vérité ; car autrement ne vouldroient-ils.
Item, vray est que ledit Roy ne fût à Paris que jusquesau landemain de Noiiel. Hsfirent une petite jouste landemain de son sacre : mais pour certain maintes fois on a vu à Paris enffens de bourgeois, que quant ils se marioient, tous mestiers , comme orfèvres , orbateurs (batteurs d'or), brief gens de tous joyeurs mestiers en admendoient plus qu'ils n'ont fait du sacre du Roy et de ses joustes, et de tous ses Angloys : mais espoir c'est pour ce que on ne les entend point parler, et ne nous entendent point. Je m'en rapporte à ce qui en est; car pource qu'il faisoit trop grant froit en cellui temps, et que les jours estolent courts, ils firent ainsi pou de largesse.
Item, vray est que landemain de Noûel, jour Saint Ëstienne, ledit Roy se desparty de Paris sans faire aucuns biens à quoy on s'attendoit, comme délivrer prisonniers , de faire cbeoir maltottes, comme impositions, gabelles, quatriesme, et telles maulvaises comme coustumes, qui font contre luy et droit : mais oncques personnes ne à secret, ne en appert, on n'en ouy louer, et si ne fist oncques à Paris autant d'honneur à Roy,, comme on luy fist à sa venue et à son sacre; voire veû le pou de peuple, les malles gaignes, le cueur d'yver, la grant charte de vivfes, especialement de bois ; car ung meschant fagot tout vert valloit toujours quatre deniers ou six tournois, et vray est qu'il faisoit si fort yver, qu'il n'estoit sepmaine qu'il ne gelast trèsfort deux ou trois jours, où il negeoit jour et nuyt, et avecques toujours il plouvoit, et si commença dès la Toussainct, et letreisiesmejourdè janvier après l'allée du Roy, gela si asprement dix-sept jours ensuivans, que Saine qui estoit très-grande, comme jusqnes dedans la MorteK lerie, fut toute prinse de la gelée jusques à Gorbeil, et si print en une manière de admiration^
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JOUBNAL D*UII BOURGEOIS DB PABIS,
car le iuudy dont elle print, le mardy toute Jour il pleut, et toutte nuyt, et cessa un pou devant le jour, et faisoit chault, et au point du Jour celui mardy, aussi-tost que la pluie fut cessée, celle très-maulvaise et forte gelée commença, qui dura comme devant est dit, dix-sept jours, et après celle gelée que la rivière estoit ainsi prinse, le jour Saint Paul il commença à dcgeler tant doulcement et de nuyt et de jour, que la rivière fut toute dégelée par pièces, sans faire quelque mal à pons ne à moulins, avant qu'il fust six jours après, et si disoient les mariniers qu'elle avoit plus de deux pies d'espais, et bien y apparoist ; car on alloit par-dessus, on y charpentoit piex (pieux) pour mettre au devant des moulins pour rompre la glace au dégel, on y levoit engins pour frapper les piez : mais oncques ne s'en demantoit, et pour vray par la grâce de Nostre-Seigncur elle fut ainsi doulcement degelée, comme dit est ; mais moult grand dommaige fist ; car il avoit grant foison vins, blés, lars, œu&, fromaiges qui estoient arrivez à Hante pour venir à Paris : mais tout ou bien près fut perdu pour les roarchans ; car moult avoit pieu devant qui tout empira par la Iongueur du temps, et si leur coustoit tant en garde, que autres frais, qu'ils perdirent presque tout.
Item, en celluy temps coustoit ung meschant coteret de vieux chevrons cinq ou six deniers ; car autre boys n'y avoit, et pour ce le Régent abandonna le Bois des Bruyères aux bonnes gens, qui secoura ung pou PÛris.
Item, le vingtiesme jour de février l'an 1481, arriva le cardinal de Sainte Croix de Jérusalem, légat du Pape, pour faire la paix entre les deux roys, dont l'ung estoit nommé Charles de Yaloiis, et se disoit par droite ligne estre Roy de France, et l'autre estoit nommé Henry ; lequel se disoit Roy d'Angleterre par succession de ligne, et de France par le conquest de feu son père, lequel légat en fist très-grandement son devoir, que tous deux luypromisrent qu'ils s'en soubmettoient du tout sur ce qui ordonné en serait ou grant Concile qui devoit estre celle année à Basic en Allemagne. Après qu*il ot oûy leurs réponces, il s'en party de Paris, et alla aux autres signeurs cbrestiens par-tout.
Item, lemars ensui vantfurent les eaux si grandes; car en Grève à Paris elles estoient devant Tostel de la ville, en la place Maubert jusques à la moitié du Marché au pain, et tous les marays depuis la porte Saint Martin jusques à myvoye de Saint Antoine, tous plains jusques à huit jours du moys d'avril, ne depuis Noiiel jusques après Pasques de Tan 1432, qui furent le vingtiesme jour d*avril, on ne mangea point de
verdure; car pour foire. une escueile, ooustoil ung blanc sans l'appareil, et bonnes fèves coqstoient doze blancs le bo^sel, poix quatorze oq quinze.
Item, la première sepmaine de mars vindrait les Arminaz cuider prendre Rouen, et forent bien sept ou huit vingt qui firent tant par Taide qu'on leur fist, que par eschelles ils gaignerait la plus grosse tour du chastel ; mais ceulx delà ville le sçeurent tantost, si gardèrent très-bien le remenant du chastel, qu'il n'y en pot plus entrer, ne ils n'en porent yssir. Si furent si »• bahis, qu'il convint qu'ils se rendissent à la voulenté de ceulx de la ville, et le seiziesmeet le dix-septiesme jour dudit moys de mars on eo fit mourir cent quatorze, sans ceulx qui fîirent à rançon ou noiez.
Item, toujours geloit ou gresloit, ou il faisoit trop grant froit oultre mesure ; car le sabmed} cinqiiiesme jour d'avril 1431 gresla et uegea toutte jour, et le dimenche ensuivant que oo dit le dimenche perdu gela si fort et si aspivment, qu'entre mynuit et le point du jour, que tous les bourgeons et fleurs d'arbres qui estaient yssuës dehors, et tous les noyers, tout lut an et bruy de la gelée.
Item, le sabmedy ensuivant, vigille de Pwques Fleuries, fut prinse la ville de Chartres par grant trayson ; car il reparroit ung hommed'Orleans, qui moult sembloit estre bon marchand, et pour ce avoit-il sauf-conduit d'aller et venir i Chartres, et jà estoit cogneu par toutte la vill« comme le meilleur bourgeois qui y ftist. En cdluy temps avoit en la cité grant faulte de sel, si leur dit que leur en ameneroit dix (» ^ charrettées à ung jour qu'il leur dist, si s'y «* cordèrent. Si vint la vigille de Pasques Fleuries à touttes les charrettes, en chascune deux grandes queux, en chascune avoit deux homm»
bien armez, et à chascune deux honaroesd^armes comme charrettiers vestus de roques, guiftrfs en leurs jambes, ung foûait chascun en l«f main, et si nvoient celle nuyt fait bien tro» mille hommes embuschez es vfilaiges d'entour et gardoient les chemins que nul ne le post faire sçavoir à ceulx de la cité. Quant ils fîirent ainsi ordonnez, si se mirent au chemin lesdits charrettiers, et vinrent à la porte ; le trantour (traître) appella les portiers qu'ils luy ouvrissen tantost la porte ; car il leur amenoit conune " leur dist grant foison sel et des alouses, s'» convoitèrent la vitaille, et rallerentdireaaçap' pitaine, lequel vint tost et vit le traistre; » « s'en deflia point, pour ce que souvent repurj» (logeoit) avec eulx, et luy fist ouvrir la por^^' et luy donna ung panier d'alouses le tr»»irf
sous LE REGNE 1)£ CHAttLES VU.
pour plus l'abuser. Quant ils oretit mis deux ou trois de leurs charrettes dedans, ils en arresterent udc sur le pont*levey8, et tuèrent le limonier, et fut le pont arresté. Là yssirent ceulx qui estoient dedans les quëux à touttes grosses liacbes, et tuèrent les portiers; et tantost Tem* busclie vint accourrant qui mieulx mieolx, et entrèrent en la ville à force, et galgnerent les portes et la ville ; car si matin estoit, que les gens estoient encore en leurs lits. L'evesque s'arma quant il ouy dire la chose, et vint contre eulx à tout un pou de gent ': mais ce ne lui valio rien; car il fut tué et de ses gens, et la plus grant partie des bourgeois prins et mis en diverses prinsons. Ainsi les trahy le faulx traistre, et dJ90it*on qu'il en deyoit avoir quatre mille salua d'or. Pour celle prinse de Chartres enchery moult le pain à Paris ; car moult de bon en venoit avant la prinse.
IteMj avec ce faisoit si grant froit tous les jours et un vent si grant, que tant pou de fruit qui estoit demouré sur les arbres fût tout abattu par le vent qui tant estoit grant et froit, et avec cegeloit tous les matins très-fort, et dura-t-elle ce très-grande froidure Jusques après la Translaeioù Saint Nicolas en may, et vrayément on n'eust pas troavé en cent almendiers cinquante amandes ne prunes, ne quelque fruit que tout ne fiist tout rompu du vent ou gasté, ne des oojers nVust-on trouvé une toutte seule noix de la grant froidure qu'il faisoit tous les matins, neencelluy temps n'estoit encore aussi comme point de verdure, et ce qui en estoit, si ce n'estoit ce que vieille poréè avoit rejette, et vrayément deux ou trois personnes en eussent bien mangez pour ung blanc, ou de choulx, et si estoient fromaiges tant chers, que unfg bien petit qui estoit tout pissant, ^soustoit trois ou quatre blancs, et n'avoit-on que cinq œufs pour deux blancs.
1432. — Item, le premier jour de may 1432 fnt fait le signenr de L'Isle-Adam mareschal de France, et celle sepmaine on alla assiéger Lagny, et poarce que le prevost de Paris estoit et saiges homs, il fut ordonné à garder vers Chartres, et la cuida rq^rendre par l'aide de aucuns qui dedens estoient : mais on avisa leurs voutentez dont ils furent mors honteusement, et iailli le prevost à son intencion par celle cause.
Item, la première sepmaine de juing ensuivant fut fait Gilles de Clamecy chevalier garde ou commis de la prevosté de Paris, tant que Tautre fust revenu.
item, en celle semaine mesme cuiderent livrer aux Arminaz aucuns de Pontoise et aucuns Angloys aveccfues alliez de la ville de Pontoise,
mais ils furent apperceuz et prins, et re^ogneurent que leur voulenté estoit de tout tuer, hommes, et femmes, et enffens, pour quoy ils furent mors honteusement, et leur lignaige à hontaige, et femmes et enffens mis à pouvreté. En cdlul temps n'estoit nouvelle du duc de Bourgongne. Item, en cellui an le jour saint Jean-Baptiste ût une fortune de temps si grande de tonnaire et de fouldre, laquelle fit moult de maulx en plusieurs lieux, et par especiai à Yitry; car le clocher qui estoit de pierre, fut abattu et foudroyéf et du cheoir (en tombant) rompit la couverture, et puis les voultes qui cheurent dedens le moustiers, et affollerent moult de créatures, et en tuèrent cinq tous mors qui estoient venus pour oûyr les vespres du jour. Et le jour saint Pierre saint Paul ensuivant gresla si terriblement, qu'il flit trouvé gresie qui avoit seize pouloes de tour, l'autre comme billes à blller de plus menue et de plus grosse, et fut vers Lagny et Meaulx.
Item, le vingt-troisiesme jour de juillet fut mis hors de la prevosté deâ marchans Guillaume Sanguin, et y fût ordonné ung seigneur du parlement nommé maistre Hugues Rappiot, et ung pou devant on avoit changé des esch^vins deux.
Item, le dimenche jour saint Laurent, cuiderent prendre les Angloys Lagny, et galgnerent le boullevart, et fut mise la bannière du Régent dessus : mais guerre n'y demoura ; car ceulx de dedens yssirent qui estoient reposez, et vindrent sur eulx pardevant, et ceulx qui venus estoient à l'aide de ceulx de Lagny, vindrent hastivement par derrière, si orent les Angloys trop à faire, et avec ce leva une si grant challour cellui jour à l'eure qu'ils s'entreencontrerent, qu'on avoit grant temps avoit ne veû ne sentie dont les Angloys orent pis que de leurs ennemys, et leur convint reculer par force ; et là furent bien mors, tant par leurs ennemys que par la challour du temps, trois cent Angloys ou plus, et ce ne fût mie grant merveille ; car les Arminaz estoient bien, si comme on témoignoit, cinqcontredeux, qui estgrant choseàtellebesongne , et convint qu'ils missent leurs tantes (tentes) où premiers s'estoient logez quant ils mirent le siège devant Laigny, et le maleur comme fortune, quant elle commance à nuire, elle fait de mal en pis ; car elle leur fut contraire en plusieurs manières ; car entre le lundy et le mardy ensuivant de nuyt la rivière de Marne si desriva par telle manière, qu'elle crut celle nuyt de quatre pies de hault. Et vray fut que le rooys de juillet fût si pluvieux, qu'il plut bien vingtquatre jours tout de rang, et puis si vint au
JOVBNAL D*UM BOUfiOBOlS DE PAfilS,
moys d'aoust uue cballour trop merveilleuse plus que accoustumance ; car elle ardoit touttes les vignes en verjus, et pour ce, le vin que on menoit en Fost, enchery tant le vin à Paris, que ceilul qyxi en donnoit pour six deniers en Juillet, a la my-aoust il coustoit trois blancs, et encore n'en pou voit ûner pour son argent; car chacun doit sa taverne à cop.
hem^ le mercredy des octaves de Tassomp* tion deNostre*Dame, jour St. -Bernard, laissa le duc de Betfort régent lui et sa compaignie le siège de Langny, et furent si près prins, qu'il laissèrent leurs canons et leurs viandes toutes prestes à manger , et grant foison de queiies de vin dont on avoit si grant disette à Paris , et de pain par cas pareil , dont le blé enchery à Paris tellement ; car le sextier monta le samedy ensuivant de seize sols parisis. Yeez là comme tout en alloit quant toutte la Brie fut destruite des ungs, les autres gastoient Beausse et Gastinois , et tout le pays ; de quelque part qu'ils tournassent, esloit pis que les Sarrazins qui contre la li)y de Dieu sont, ils fussent entrez ; car il n'estoit rien qui tant leur pleust que tyranner les pouvres laboureurs de droite tyrannie. Et pour ce que le siège fut levé si honteusement , ceulx , que on disoit Arminaz , furent hardys à mal faire , que on n'osoit yssir de Paris , et si estoit commencement de faire les vendanges , qui trop grand dommaige estoit à Paris après le siège de Laigny , qui tant l'avoit dommaige de tout bien dont on eust pu vivre , et de toutes manières de canons et d'artillerie dont on peut grever ses ennemys ; car vrayeroent gens à ce congnoissans juroient et affermoieutque bien ayoit cousté plus de cent cinquante mille salus d'or, dont la pièce valloit vingt-deux sols parisis bonne monnole.
Item, il y avoit en ce temps une pièce d'or qui n'estoit pas de lin or , et les nommoitron dourderes , et valloient seize sols parisis ; tantost après furent criées à quatorze sols parisis, et non plus, et moult y enavoit parquoy on perdy moult.
Item , en la fin d'aoust fut mise en prmson i^abbesse de Saint-Anthoine et aucunes de ses Bonnains que on disoit qu'ils avolent esté con- ^entans-de vouloir à la faveur du nepveu de ladite abbesse , qui se faisoit moult amy de la 4Aié de Paris , trahir ladite ville de Paris par ta porte Saint-Anthoine , et dévoient premiers tuer les portiers , et après tout tuer sans rien espargner, comme il estoit après la prinse d'eulx commune renommée.
Itenif le onziesmejour de septembre prinârent les Anglois en une forte maison nommée Maurepas, le seigneur de Macy, le plus
cruel tyran de sang humain qui ftist en Francf , et bien cent larrons avecques lui , entre lesquels en avoit ung nommé Mainguet,qoincongnu que dans un vieulx pis ( puits) avoit geste en ung Jour sept hommes l'un après TaQtre, et après les tuoit de grosses pierres, sans plusieurs autres meurdres qu'il recongnot.
Item , en celluy an faillirent les blés, et ftit si grant charte , que ung sextier de bon \k valloit sept francs forte monnole, et l'orge valloit quaQ*e francs , et estoit à la Toossains.
Item y en celluy temps estoit tressant mortalité sur Jeunes gens et sur petits enffens, et tout d'épidémie.
Item^ le deuxiesmejour d'octobre ensuivant fut prinse la ville de Provins et le chastel par les Angloys , et fût pillée et robée, et tné gens, comme «oustume est, à tels gens de faire, et dient que c'est droit de guerre.
Item , en celiui temps fut faitte à Âussem ung concile pour traiter de la paix des dax Roys, et plusieurs signeurs de toattes les deox parties y furent , et de par le duc de Boargongne plusieurs.
Item , en celiui temps estoit toujours la noortaitté à Paris, laquelle assailli la duchesse de Betfort, femme du régent de France sonirdn duc de Bourgongne, nommée Anne, la plu plaisante de toutes dames qui adoncques fassent en France ; car elle estoit bonne et belle , et de belaage: car elle n'avoit que vingt-huit ans quant elle trespassa, et certes elle étoit bien amée du peuple de Paris, et vray est qu'elle trépassa en l'ostel de Bourbon entrés le Louvre le trdziesme jour de novembre deux cures après mjvu^ entre le Jeudy et le vendredy , dont cenlx de Paris perdirent moult de leur espérance; mais à souffrir leur convint.
Item^ le samedy ensuivant elle fût enterrée aux Celestins , et son cueur Ait enterré aux An* gustins , et au porter le corps en terre estoient tous ceulx de Saint-Germain, et les prestres de la confrairie des bourgeois, chascun une étoile nohre et ung cierge ardent en leur main, et Us chantoient en allant en portant le corps o terre seulement, les Anglois en la guise du pa.^ moult piteusement.
Item^ s'enallala sepmaine d'après le Régenta Mante , et y demoura environ trois sepmaiaes^ et puis revint à Paris. En icelle sepmaine eeolx qui estoient allez à Ausserre pour traiter de b paix, revindi*ent, et ne firent rien que despes* dre bien largement et gaster Je temps. Et (^ ils furent revenus, on fist entendre aupeopk que très*bien besongnes avolent : mais le cootralre estoit ; et quant le peuple le sceot «>
sous LB EÀGNB DE CHAELBS Vil.
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vray , si oommencerent à murmurer moult fort eoDtre œulx qui y avoient esté, dont plusieurs ftireotmisen prinson, dissimulant que c'estoit à fin celle que le peuple ne s'esmeust ; et quant ils avoient payez leurs deqpeas largement , on les mettoît hors.
Itemj quant les larrons qui estoient sur les champs, sceurent de vray qu'ils n'orent rien fait , et la mort de la régente , ils devindrent si esragez^queoncques ne payens ne loups esragez ne furent pires à chrestiens, qu'ils faisoient aux bonnes gens de labour et aux bons marchans. Et pour certain il n'estoit sepmalne qu'ils ne Tcnissent deux ou trois foys jusques aux portes de Paris, et fiiisoient si grant cruaulté , qu'ils pre- Doicnt moines, nonnains, prestres, femmes,' petits eDffens,honmies vielx de soixante ou quatrevingts ans , et nul n'eschappoit de leurs mains, saas payer grant rançon ou mourir ; et s'il n'estoit nul seigneur , quel qui fîist , qui y mist tant soit peu de contredit.
Item, le Jeudy huictiesme Jour de Janvier fist leRegent Tobseque de sa femme aux Geléstins , et fist faire une donnée à chacun de deux blancs, et furent bien quatorze milliers à la don- Dée, et y ot bien quatre cent luminaires de cire.
Itenij en cellui temps gela si fort, que Saine qni moult grant estoit , car elle passoit la Mortellerie en Grève , et pour certain y gela si fort, qae en deux Jours et en une nuyt elle ht si fermement gelée , qu'elle dura Jusques après la Saint-Vincent , et pour ce enchérirent tous vivres , espedalement tout grain dont on povait hâre farine ; ear le froment coustait huit francs, petites fèves de deux ans ou de trois que on soQlloit donner aux pourceaulx, oousterent cinq francs le sextier, orge, cinq ou six francs, vesse , nelle , tout ce vandoit ainsi cher à la vallûe , ne on ne mangeoit à Paris que pain que on soulloit faire pour les chiens , et estoit si petit de quatre deniers qu'il passoit bien par tesoos la main d'ung homme.
Item , le quatrlesme Jour de février se party le Begent , et alla en Normandie cuillir une grosse taille de quatre cent mille francs que on hii avoit ottroyée quant il fust à Mante, comme dit est par devant.
Item, en celle sepmaine Ait deppointé de touttes offices royales le président; c'est assavoir Philippe de Morvillier , et fut ordonné en son lieu comme commis, maistre Robert Pié de Fer, detnourant pour lors emprès la porte Saint-Martin.
Item y la darraine sepmaine de mars ftit fait Qng concile à Gorbeil ; et là forent en cellui temps tout le remenant du karesme , et plus.
A ce concile estoient de La Croix (le cardinal de La Croix) et l'evesque de Paris, et plusieurs autres évesques et grans signeurs , et grans clercs d'une part et d'autre , et ftit envoyé à Paris par le concile ung evesque qui estoit venu avec le cardinal àCorbeil , lequel fist le divin office la sepmaine peneuse (sainte) , comme d'assoultes , comme du chresme , prestres , diacres , soudiacres, accolithes, couronnez : mais il les fit si matin , que gruit partie de touttes ordres à ce Jour faillirent : après ^s'en alla à Corbeil celui Jour mesme.
Item, en celle année Tan 1432 fut si grant frolt, que Jusques bien près de Pasques 1433 geloit tous les Jours, mesme le Jour Saint Marc fist-il si grant froit , que on le portoit a grant peine ; car après disner negea et gresla moult terriblement.
Item, faisoit très-grant froit à la Penthecoste, qui ftit ce l'an le darrain Jour de may 1433.
1433. — Item, en ce temps se maria nostre r^ent de France le duc de Betfort , le 20"" Jour d'avril , le landemain de Quasimodo , et print par mariaige la fille au comte de Saint-Paul , niepce du chancelier de France.
Item, le septiesmejour de may vindrent les Arminaz à mynuit en la ville de Saint-Marcel lez Paris, et firent moult de maulx ; car ils prindrent hommes, femmes et enffens, dont ils orent moult grant finance ; et ainsi eulx en allèrent tuant, occiant, l)outant feuz en moustiers, et à celle fois cuillirent moult grant proye qui moult greva Paris ; car pour ceste prinse enchery tout plus que devant , et ainsi s'en allèrent à Chartres ; tantost apr^ allèrent devant Crespy en Valloys , laquelle ville les Angloys avoient prinse ung pou devant ; mais elle Ait par trayson rendue aux Arminaz qui fut douleur sur douleur aux bons mesnaigiers de la ville.
Item , en Juing ensuivant fut fait de rechief ung conseil à Corbeil , lequel devoit estre pour faire trêve ou abstinence de guerre entre les deux roys, mais l'evesque de Teroiienne, chancelier de par le roy Henry en France, en ce l'espace de temps qui Ait entre le premier conseil , et cestuy dernier alla cestny evesque, et assembla les garnisons de Normandie, et les admena à Paris la première sepmaine de Juillet, et après alla au conseil à Corbeil , et quant on cuida qu'il deust sceller ledit traité qui devant avoit esté accordé par le cardinal et par le chancelier du roy Charles, evesque de Reims et par les autres signeurs , il ne volt rien faiire , dont chascun se desparti comme par mal talant , et s'en alla le cardinal au grant concile à Basic ,
JOURIIAL D UN BOURGEOIS DE PARIS
pour rapporter comme ledit conseil s'estoit desparti, et Tarchevesque de Reims se desparti moult doulant , et monstroit son volt et sa manière qu'il fut moult couroucé de ce que la chose ainsi alloit; mais autre chose n'en pot faire. Cestuy chancelier de par le roy Henry après le despartement mena ou envoya ces gens qu'il avoit admenés droit à Nully en Gastinois, et guignèrent moustiers et ville , et ardirent tout , et firent pis que Sarrazins , ne que payens aux Sarrazins.
Itenij en ce temps de Tan 1433 coustoit le blé seigle quatre francs parisis ou plus, et Fautre au cas pareil. La darrainesepmaine de Juing arriva à Normandie tant grant foison blé , que le premier sabmedy de juillet on cria pai*my Paris bon blé metail à vingt-quatre sols parisis , ce qu'on avoit oncques mais vu crier le blé comme charbon, et le mercredy ensuivant fut le pain de huit deniers mis à quatre deniers, car il fut ce dit an très-bon blé et grant foison, et si fist moult bel aoust, mais très-grant mortalité estoit en celluy temps especialment sur petits enffens de boce ou de veroUe platte , et encore en celluy temps n'estoit oncques puis venu le duc de Bourgongne à Paris que vous avez devant oûy , ne le Régent depuis qu'il fut marié, n'estoit retourné à Paris, et laissoit du tout régenter le devant dit evesque de Teroûanne luy et ses alliez.
Item y en ce l'an fist le plus (bel) aoust que on eust oncques vu d'aage d'homme, etfurent les blés et les potaigers très-bons, mais si grant mortalité estoit de boce et d'épidémie , que puis la grant mortalité qui fut l'an 1 348 ne fut veuë si grande ne si drue, car pour saignée ne pour cristoire, ne pour bonne garde nul , ne nulle qui fut frappé de kl boce qui pour lors couroit , n'en povoit eschapper ce non par la mort , et commença dès le mois de mars l'aii 1433 , et dura ainsi cruellement jusques à bien près de Tan 1434, car toujours jeunes gens mouroient.
IteMy en cellui temps en la darraine sepmaine de septembre firent aucuns de Paris, gens qui avoient bonne chevance, une conjuracion ensemble bien maudite, car ils avoient ordonné qu'ils feroient entrer à Paris grant foison d'Escossoîs qui avoient la croix rouge , et seroient deax cent ou plus , et admeneroient cent des plus forts et hardys de leurs gens qui auroient la croix blanche, et auroient les mains liées bien simplement , et armés à couvert , et dévoient venir par la porte Saint-Denis et par la porte Saint- Antboine, et dévoient embuscher en tout Paris bien prés trois ou quatre mille Arminaz en querrieres (carrières) et ailleurs en des-
tours , dont assez et trop avoit entour Paris, et puis dévoient admener leurs prinsonnlers environ midy que les portiers disnent, et dévoient tous les portiers tuer, et tous ceulx qu'ils eusseDt trouvé allans ou venans, fust aux champs ou à la ville , et dévoient gaigner les deux bastides devant dites , et envoyer tantost quérir leon armes, et mettre tout à l'espée : mais Dieu qui ot pitié de la cité, donna cognoissanœ de leur dampnable conseil , et leur tourna leur foit, comme dit le psalmiste , laeum aperuit eifodit, et incidit in foveam quant feeit; car les ungs furent décollez, les autres bannis, et perdiicnt leur chevance ( leurs biens ) , et mirent lenn femmes et enffens en mendicité , et en rqpnNiche eulx et leurs hoirs , et furent en hayne de touttes les deux parties.
Item, celle sepmalne mesme avoit antres qui avoient vendu laditte ville pour payement d'argent qu'ils en dévoient avoir , et dévoient venir la vigille samt Denys à tout nacelles, et entrer par les fossez d'entre la porte saint DeQ}'s et la porte saint Honoré , pouroe que il ne demeure personne là en droit , et dévoient tost tuer, comme devant est dit, et pour vray ils ne sçavaient rien l'ung de l'autre, selon lear confession et selon le cry que on fist es Halles , quant on les descolla , et iceolx de ces nacelles dévoient entrer le Jour de saint Denys, et avoient pancée ( projet ) moult craelle et plaine de sang et aux champs et à la ville et à femme et enffens ; mais le glorieux martyr monsieur saint Denys ne volt pas sonffirir qu'ils feissent telle cruaulté en la bonne cité de Paris qui l'a (qu'il a) autre foys gardée par sa salncte prière de tel péril et de plusieurs autres pfas grans.
Item y le vendredy vingtneuviesme jour de janvier 1433 venoient à Paris grant foison de bestail , comme bien deux mille porcs , grant foison bestes à cornes et grant foison brebis. Les Arminaz qui avoient leurs es[Mes , vindrent au devant ung pou par-delà Saint Denis, dont cappitaine estoit ung nommé La Hire, plus deux foys que ceulx qui oonvoitoient le bestaiU si forent tous desconfiz , et tuèrent la plus grant partie , et prindrent la proye et les naaichaDS , et les mirent à tres-grant rançon, et quant ils orent tout tué , ils firent sercher le champ > K les prisonniers et tous ceulx qu'ils trouvèrent mors ou vifii qui portoient ou par saing d'Angloys , ou parloit angloys, ils leur coppereat les gorges et aux mors et aux vib qui estoit grant inhumanité de retourner ou diamps , et copper la gorge aux chresliens qulb avoient tués.
sous LE AKONB DE CHÀBLBS VII.
liemy la sepmaioe d'après vindrent à Yitry par nuyt, et pillèrent et ardirent tout, si furent landemain suivis ung pou de ceuix de Paris, si ot treize pouvres laboureurs qui aileroit après ceulx de Paris , et laissèrent ung pou la oompaigoie pour cuider gaigner et recouvrer aucune chose du leur , si les adviserent les Arminaz et vindrent à eulx; et tantost les priodrent et leur copperent les gorges; en cellui temps ils gaignerent la ville et le chastel de Beaumont, et le vingt-septiesme jour de février fut faitte prinse de chevaulx et de gens dedans Paris le plus que on pot , et quant ils furent là, tout bel de eulx en refoûir bientost, et ceulx qui s'en refuoient (fuyoient) ne s'en faingnirent pas de piller en revenant vaches , beu& et tout ce qu'ils porent, non pas ce qu'ils voldrent ( voulurent ), comme il appert clerement que le mdlleor ne vault rien.
Item y en cellui temps il n'estoit nulle nouvelle du Régent, ne homme ne gouvemoitque Tevesque de Teroûanne , chancelier de France, lequel estoit moult hay du peuple ; car on disoit À secret et bien souvent à appert , qu'il ne tenoit que à luy que la paix n'estoit en France , dont il estoit tant maudit et tous ses complices que fut oncques l'empereur Noiron ( Néron ) , mais Je ne sçay s'il avoit déservi ou non , mais Dieu le scet bien.
1434. — Item y en l'an 1434 furent Pasques le yingt-septiesmejour de mars l'an 1434, et fut trè»-fort y ver et aspre en gelée , car il commença à geler environ huit ou neuf Jours devant Noûel , et dura bien trente Jours sans cesser jour qu'il ne gelast fort, et aucuns des clercs de Paris qui estoient enflez de science , affermèrent que pour certain celle grant froidure dureroit Jusques à la my may ou plus; mais Dieu qui tout scet flst autrement , que pour vray oncques hommes n'avoit veu à son vivant tel mars ; car oncques ne plut tout le mois de mars , et si flst si très-chault , que par maintes foys on n'avoit vu faire plus cbault à la saincte Jehan d'esté qu'il flst tout ledit moys , et le karesme fut si planteureux ( abondant ) de harengs sors et blancs, que à la my-karesme on avoit la cacque de bon hareng blanc pour 24 sols ou pour 26 sols parisis, on avoit le quarteron de bon hareng sor pour dix deniers ou pour deux blancs et du blanc pareillement ; bon pois pour six blancs ou pour sept blancs , fèves pour quatre blancs , rhuille pour sept blancs la pinte toutte la meilleure qu'on pust trouver à
Item y tout le moys d'avril il ne plut point mais la darraine sepmaine dudit moys le vingt- I. c. D. M., T. m.
huitiesme jour le Jour saint Vital gela tant fort que touttes les vignes furent c<;He nuyt gelées et tous les mareys, et si y avoit adoncques la plus belle apparence de foison de vin que on eust vu dix ans devant; mais bien apparu que pou sont les choses de ce monde seures , car avecques la gelée vint tant de hannetons et de chenilles , que tout le fruit fiit tout degasté d'icelle vermine, et estoient les pommiers , les pruniers sans feiiilles comme à JVoel, et en cellui temps croissoit plus en plus fort la guerre; car ceulx qui se disoient François comme de Xagny et des autres forteresses d'entour Paris, couroient tous les Jours Jusques aux portes de Paris, pilloient, tuoient hommes pour ce que à nul des seigneurs ne chaeloit de mettre la guerre à fin , pour ce que leurs souldoyers point ne payoient, et qu'ils n'avoient autre chose que cequ'ils embloient en tuant, en prenant hommes de tous estats, femmes et enffens.
Item y à l'entrée de may l'an 1434 vint le comte d'Arondel et ung chevalier d'Angleterre nommé Talbot, et reprindrent par force Beaumont , et furent pendus aucuns des larrons qui dedens furent prins, et après allèrent devant le chastel de Graiul en Beauvoisin , et puis s'en revindrent sans riens faire.
~ Item y en ce moys de Juil et Ait déposé de la prevostédes marchans maistre Hugues Rappiot, et changé deux échevins.
Item y en cellui temps n'estoit nulle nouvelle du Régent, ne du duc de Bourgongne , ne qu'ifs fussent mors , et donnoit on tous les Jours à entendre au peuple qu'ils dévoient venir bien bref, puis l'ung puis l'autre et les ennemys venoient tous les Jours au plus près de Paris prendre les proyes, car nuls n'y remedioient ne Angloys ne Françoys, ne quelque chevalier ou signeur, et si estoit toujours le conseil (concile) à Basic eu Allemaigne dont on n'avoit aussi nulles nouvelles.
Item^ en ce temps, à la Saint-Remy,on avoit bon blé firoment pour vingt-quatre sols parisis. ' Item , ou moys d'aoust, le deuxiesmejour, se troublèrent en la Normandie les Angloys à aucunes communes de Normans , et en mirent bien à l'espée douze cent , et fut emprès Saint-Sauveur-sur-Dyre.
Item , le septiesme jour d'octobre , qui ftit au jeudy, commença le plus terrible vent de quoy. on eust point vu depuis cinquante ans devant , et estoit environ deux heures après disner , et dura Jusques entre dix et onze de nuyt , et en ce pou de temps flst cheoir, à Paris, maisons et cheminéies sans nombre , et pour certain il flst cheoir une vieille salle près ma maison , où il
JOUBNAL d'un BOUBGBOrS DB PABIS ,
avoit de grosses pierres de taille , mais le vent en jetta trois pesans comme une eacque d*eaue on de yin , plus de quatorze pies de loing en un ung autre Jardin , et il leva une poultre toutte en Tair de laditte salle , et fut assise sur les murs d'ung jardin chascun bout , portant sur Tung des murs , comme si vingt hommes l'eussent assise le plus doulcement que faire se peut, et si avoit bien quatre toises de longueur , et si fut bien portée du vent, comme dit est , cinq ou six toises loing de là où elle fut levée du vent, et Je vous Jure que ce vy-je à mes yeux , aussi-bien que oncques Je' vis rien de ce monde, ne Je n'en creusse homme , si veu ne l'eusse.
hem , dedens les bois de Vincennes , y ilst si grant tempeste, que en mains de cinq heures abaty ledit vent plus de trois cent soixante des plus gros arbres qui y fussent , les racines contre mont y sans les petits arbres dont on ne parle pas; brik il fist tant demaulx en bien pou d'heure, que c*est une grande admiracion.
Item , le vin fut si cher, qu'on ne l)euvoit point à moins de trois blancs vin qui valust rien, mais on avoit à la Saint-Andry (Saint- André) le meilleur froument pour vingtHieux sols parisds , et autre grain à i>on marché au cas pJFeil.
Item , le Hegent revint de Normandie à Paris , et admena sa femme le sabmedi dix-huitiesme Jour de décembre, l'an 1434, environ entre une et deux heures après disner, et flst on aller au-devant de luy aux champs les processions des mendianset des parrolsses revestus et portans croix et encensiers (encensoirs) , comme on feroit à Dieu , et à la bastide Saint-Denb estoient les enffens de cueur de Nostre-Dame , qui moult chantoient mélodieusement quant il entra à la porte Saint -Denis avec sa femme, et criolt le peuple abi^sé à haulte voix Noël : brief on lui faisoit telle honneur comme on doit faire à Dieu.
/fom, desdites communes qui furent tuées emprès Saint-Sauveur sur Dyve (sur la Douve), des Angloys n'estoit plus parlé , fors que quant on parloit à Paris que c'estoit pitié , aucuns disoient que bien Favoient deservy , aucuns Angloys disoient quant on en parloit que ça avoit esté à bonne cause , et que les viilains vouloient destourber aux gentilshommes à faire leur voulenté, et que ce avoit esté à bon droit.
liem , en celluy temps n'estoit nulle nouvelle du conseil de Basle ne en sermon , ne autre part à Paris, ne que s'ils fuissent tons en Jherusalero.
Item , en celhiy an fist moult doulx temps Jusques à la Saint-Andry, et cellui Jour commença à geler si fort que merveilles, et dura uug quart d'an neuf Jours moins , sans point dé-
geler , si negea bien quarante Jours sans cesser, on de Jour ou de nuyt, et fut abandonnée U place de Grève pour la porter à tombereanx ; car il fut commandé de par le Roy que on Toatast hors des rues , mais on n'en scavoit point oster , que landemain n'en eust comme devant , et la convint mettre à val les rues en grans tas oomne mules (meules) de foing tout parmy Paris, car oncques tant comme il gela et negea si fort, ne plust ne ne desgela , et pour vray la glaee avant qu'elle fût toutte fondue, il fût l'Annonoiation Nostre-Dame en mars, qui est sept Jours à ryssuë.
Item^ le Régent se party de Paris, toi et sa femme , le dixiesme Jour de février.
Item , le duc de Bourgongne ne vint ne alla à Paris, depuis que devant est dit
Item , le vin fut si cher celle année , que da plus petit on n'avpit point la pinte à moins de trois blancs , et ^ ne ponvoit - on flner point de servoise qui vaulsist (fut iKMine) poor les mauldlttes subsides qui furent dessus mises , ne vendoit servoise qui nepayast sept blancs pour chascune sepmaine , et sans le quatriesme et l'imposition.
Item , le fruit tant cher que on yendoH ung cent de bonnes pommes de cappendn ung peu grosses seize sols pariais.
//em, il recommença à geler à la fin de mars, et ne fut Jour qu'il ne gelast Jusques après Pwques , qui furent le dix-septiesme Jour d'avril, et furent les vignes qui estoient en vallées et ks mares tous gelez , et tous les bourdeiays qui es trailles (treilles) des Jardins estoient, et tous les figuiers mors , et tous les loriers (lauriers) grans et petitz, et le bel pin de sainct Victor, qui estoit le plus bel qu'on sceust en France, et la pi» grant partie des cerisiers aussi moururent celle année peur la grant froidure qui dora sans plcnveoir ne sans desgeler que trop pou pins d^nag quart d'an.
liem , en celle année euston trouyé en eoms umbraiges dessoubs fyens de grans glaçons , H en vérité Je en vis le Jour SainVYves , et fbrcnt trouvez en un arbre creux en ce l'an par ceafte fait sept vingt oiseaux mors de trM et plus.
Item , en celle année les abnandieri ne fleih . rirent que pou ou néant pour vray.
Item y ce Jeudi absolu que on vent le lart, qui (est) le qnatorziesme Jour du moys d'avril , vint à Paris le duc de Bourgongne à moolt noUe oompaignie de seigneurs et de dames, et admena avecques lui sa femme la duchesse , el nng bel flix qu'elle avoit eue de lui en mariage, et avee ce admena trois Jeunes Jouvenceaulx qui moolt beaux estoient , qui n'estoient pas de mariaige , et une belle pueelle, et le plus vieolx n'avmt pas
sous LE RÈG?8I! DE CHARLES \II.
plas de dix ans ou environ , et avoit en sa compaignie trois chariots tous couverts de drap d'or, et ane littière pour son âlx de mariaige, car les antres clievaulclioient très-bien , et pour sa gouvernante de lui et ses gens avoient bien cent chariots , et quelques vingt charrettes tout chargez d'armures, d'artillerie, de char (viande) salle, de poisson salle, de frommaiges, de vins de Boargongne; brief il avoit toute pourveance qu'on peut ou doit avoir au temps de guerre ou de paix , car aussi il avoit foison pavillons pour loger aux champs, se mestier (si l>esoin) eust esté, et chascun chariot avoit tous les Jours quarante sols parisis, et les charrettes deux francs.
Item , il fist sa Pasque à Paris , et tint cour pleniere à tous venans , et landemain l'Université proposa devant luy sur le fait de la paix, et le mardy ensuivant il fist faire un moult bel obsèque aux Gélestins , pour feue la duchesse de Betfort sa soeur, qui là estoit enterrée , et là fist moult riche offrande d'argent et de luminaire , et tous prestres qui là voldrent aller , erent messe.
Hem j le mercredy ensuivant les damoiselles et bourgeoises de Paris allèrent prier moult piteusement à la duchesse , qu'elle eust la paix du royaubne pour recommandée, laquelle leur fist response moult doulce et moult bénigne, en disant : mes bonnes amies, c'est une des choses de ce monde dont j'ai plus graiit désir, et dont Je prie plus monseigneur et Jour et nuyt pour le très grand besoing que Je croi qull en est , et pour certain Je sçai bien que Monsieur en a très-grant voulenté d'y exposer corps et chevance ; si la remercièrent moult, et prindrent congié et se départirent.
Item^ le Jeady ensuivant, vingt -uniesme Jour d'avril, se despartit de Paris le Duc et sa femme, pour estre le premier jour de juillet à Arras au conseil , et la première sepmalne de may fut desoonfit, et prins le comte d'Arondel et ses gens mors de par les Arminaz , et fut navré , et fiit devant Gerberoy.
Item y de nuyt entre le darrain Jour de may et Iç premier Jour de Juing après mynuit , fut prinse la ville de Saint-Denis par les Arminaz , dont tant mal s'ensuivy, que la ville de Paris fut si assiégée , que de nulle part n'y povoit ve* nirnuls biens par rivière , ne par autre part , et veooient tous les Jours Jusques aux portes de Paris; et à tous ceulx qu'ils trouvoient en allant ou en venant qui estoient de Paris ils les tuoient, et femmes et filles prenoient à force et faisoient sayer (scier) les blés auprès de Paris , ne nul n'y mcttoit contredit (opposition] , et après s'accoustnmerent que tous ceulx qu'ils prenoient , ils leur
coppoient les gorges , fussent laboureurs ou au* très, et les mettoient en my {au milieu) les chemins , et à femmes aussi bien après : vers la fin d^aoust vint grant foison d'Angloys ; c'est assavoir le sire de Hâullebit , le sire d'Ëscalle , le sire d'Estaufort et son nepveu le bastart de Saint-Paul et plusieurs autres seigneurs d'Angleterre , et la darraine sepmaine d'aoust assiégèrent ceulx qui dedens Saint-Denis estoient, et leur osterent la rivière qu'on nomme Grout , et à faire leurs logeys (logis) , despecerent les maisons de Saint-Qiiin, de Haul)ervi|]iers , de la Qiapelle ; brief de tous les villaiges d'entour qui n'y demeura ni huys, ni fenestres , ne traillis de fer, ni quelque chose qu'on pust emporter, ne n'y demeura aux champs , depuis qu'ils furent logez, fèves ^ ne pois^ ne quelque autre chose, et se y avoit encore des biens sur terre, mais quelque chose n'y demeura , et coppoient les vignes à (avec) tout le grain , et en cou vroient leurs logeys, et quand ils estoient ung pou à séjour, ils alloient pilier tous les villaiges d'entour Saint- Denis. Quant ceulx qui dedens Saint-Denb estoient , se vir^t ainsi enclos , ils yssoient souvent sur eulx , et en tuoient très-grant foison , et quant dedans estoient , ils les tuoient par canons grans et petitz , et especialment par petits longs canons qu'ils appellolent eoulenbures , et qui en estent firappé , à peine povoit-il eschapper sans mort
Item , landemain de la Nativité de Nostre- Dame levèrent ung assault à ceux 'de Saint-Denis, mais tant bien se deffendirent, qu'ils tuèrent grant foison d'Angloys et de bien gros chevaliers et autres , et fut tué le nepveu au sire de Faceton , et après f^t despecé par parties, et cuit en une chaudière ou cymetiere de Saint-Nicolas tant et largement que les os laissèrent la char, et puis furent très-bien nettoyés, ils Airent mis en ung coffre pour porter en Angleterre , et les tripes et la char et l'eauë furent enfouiz en une grant fosse oudit cymetiere de SaintpNicolàs.
Item , celle année fist le plus bel aoust et bon blé et fois<m.
Item^ celle année les moriers (mûriers) ne portèrent nulles mores , mais il fut tant de pesches , que on en vit onoques mais tant, car on avoit le cent de très-belles pour deux deniers parisis ou deux tournois ou pour moins«
Item , il ne fut nulles amandes.
Item, encore estoit leconseilàAiTas,etonn*eD avoit aucunes nouvelles à Paris en cellul temps.
Item , le duc de Betfort , qui avoit esté régent de France depuis la mort du roy d*Angletcrre Henri , et estoit trespassé à Rouen le quatorziesmejour de sq[>tembrè^jour Sainte-Croix.
JOURNAL D UN BOURGEOIS DE PARIS
Item , les Arminaz de Saint-Denis prirent le dimenche vingt-qnatriesine Jour de septembre Tan 1435 trêves , et celle propre nuyt ceulx de son party prirent le pont de Meurlen (Meulan) , dont ceulx qui estdent dedans Saint-Denis , quant on cuida traiter avecques eutx, ils lurent pires que devant, et convint à eulx traiter par ainsi qu'ils s'en yroient à (avec) tout ce qu'ils Youdroient ou pourroient emporter sans quelque contredit de nully, et aussi leur fut accordé par les signeurs qui tenoient le siège , et se partirent le jour Sainte-Aurequatriesmejour d'octobre , tout raocquant des Angloys , en disant , recommandez-nous aux roys qui sont enterrez en l'abbaye de Sain^Denis et à tous nos compaignons , cappitaines et autres qui sont là-dedens enterrez , et estoient bien de quatorze à quinze <»nt très-bien montez et habillez, et aux escarmouches et assaults en mourut bien environ quatre cent , et ce n'eust esté qu'ils avoient trèsgrant ftmlte d'eau doulce et de vin et de sel , et si n'avoient admenez nuls nures ( chirurgiens ) avecques eulx , par quoy plusieurs navrez moururent par deffauite d'appareil , et si leur avoiton osté leur rivière , ce n'eust esté ce , on n'eust pas en si bon marché de leur partie.
Rem , deux Jours après vindrent devant Paris pillant', robant, prenant hommes, femmes et enffens; car il n'estoit personne qui aux champs osast yssir , et les Angloys estoient dedens Saint- Denis , qui pilloient la ville, sans rien y laisser à leur povair; ainsi fut la ville de Saint-Denis destruite, et quant ils orent tout pillé à leur povair , si firent* abattre les portes et les murs , et en firent ville champestre , et tant comme le siège dura , il n'estoit sepmaine que l'évesque de Teroûanne , qui estoit chancelier, ne couchast en l'ostune fois ou deux, et flst faire en l'isle Saint-Denis une petite forteresse entourée de grand fossez très-profons.
Itemy la royne de France Ysabel femme de feu Charles YI trespassa en l'ostel Saint Paul le sabmedy vingt-quatriesme Jour de septembre l'an 1435, et fut trois Jours que chascun la veoit qui vouloit, et après fut ordonnée comme il appartenoit à telle dame, et fut gardée Jusques au treiziesme Jour jeudy d'octobre qu'elle fut apportée à Nostre-Dame à quatre heures après disner, et y avoit quatorze sonneurs devant le corps et cent torches, et n'y avoit compaignie de femmes d'estat que la dame de Bavière, et ne seay quantes demoiselles après le corps qui estoit en hault levé sur les espaulles de seize hommes vestus de noir, et estoit sa représentation moQlt bien faite ; car elle estoit couchée si proprement, qu'il sembloit qu'elle dormist, et
tenoit un ceptre royal en sa main dextre. Celle Journée furent dittes des vigilles moult solempnellement, et fut prélat l'abbé de Sainte GeM^ vieve ; et là furent touttes les proeessioBs de Paris.
Itemy le landemain fbt mise en la rivière de Saine après sa messe en ung bastel, et fat portée enterrer à Saint Denis en France ; car od ne l'osa porter par terre, pour les ArmlBU dont les champs estoient toujours pleins et tow les villaiges d'entovr Paris.
Itemy aussi-tost que le pont de Meolan fiit prins, tout enchery à Paris, ce non le vin : mais le blé qu'on avoit pour vingt sots parisis monta] tantost après à deux firancs, fromaige, beurre, huille, pain, tout enchery ainsi dé près de la moitié ou du tiers, et la char et saindouix quatre blancs la chopine.
Itemy en cellui temps n'estoit nulle noovelle du conseil d'Arras, ne que s'ils feossentà deux cent lieues de Paris.
Itèmy en cellui conseil ne firent rien qui proufitast à Paris; car chascun vouloit tenir le party dont le proufQt lui venoit.
Itemy quant les François ou Arminaz virent qu'ils ne porent trouver autre accort, ils se misdrent sus plus fort que devant, et se mirent en Normandie à puissance, et en pou de temps gaignerent des meilleurs pors de mer qni y soient, comme Montyvillyer, Dieppe, Harflenr, et autres bonnes villes et chastellenies assez, et après vindrent plus près de f aris, etgaignerart Gorbeil, le bois de Vincennes, Beauté, Ponloisef Saint Germain en Laye, et autres villes et cbasteaux assises autour de Paris, par quoy nul bien ne povoit venir en la ville de Paris, ne de ^or* mandie, ne d'ailleurs, ne pour monter, ne poor avaller aucuns biens, et pour ce tous biens forent très^hers en karesme , especlalment birangs caquez ; car pour certain la cacque coustoit quatorze francs, et le sor aussi cher à b value, et n'admenda de rien tout le karesme, et environ Pasques tant enchery le blé, qo'ii valloit quatre francs, qui ne valloit à la Chandeleur que vingt sols parisis le meilleur. .
Itemy en ce temps que chascun a apprios A gaigner, estoient les gaiges si maulvaises, ^ les bonnes femmes qui avoient apprises à gaigner cinq ou six blancs pour Jour, se donnoient volontiers pour deux blancs, et se vivoient dessus.
Itemy le vendredy de la trolsiesme sepmaiac de karesme furent envoyez les Angloys en toof les villaiges d'entour Pontoise pour boater k feu par-tout, et en blés, et en avoynes, et » pois, et en fèves, qui dedens les maisons «s*
sous LE BÈGNB DE CR4BLES VII.
loient, et en après pillèrent tout ce qu'ils porent trouver; et ^i pis est, trestous ceulx à qui les biens estoient, admenerent prinsonniers dont ils orent moult grant finance. Et pour vray fut dit en la ville de Paris par gens dignes de foy , tous ordonnez pour mouldre de bons blés avoient are pour vivre six mille personnes demy an , et eeulx de Paris en avoient très-grant nécessité , comme devant est dit , et toute cette maléfice et diabolique guerre soustenoient et maintenoient trois evesques ; c'est assavoir le eiumcelier homme très-cruel qui estoit l'evesque de Terouanne, l'evesque qui fut que Beauvays, qui pour lors estoit de Llsieux et Fèvesque de Paris , et pour certain par leur fureur sans pitié on faisoit en secret et en appert moult mourir de peuple ou par noyer ou autrement, sans ceulx qui mouroient par bataille. ftemy la sepmaine devant Pasques Flouries, Tan 1435 , on fist aller commissaires par tout Paris , pour sçavoir combien de blé ou de farine chascun avoit ou d'avoyne ou de fèves ou de pois.
/fem, les devant diz gouverneurs firent faire en oelluy karesme à tous ceulx de Paris le serment sur peine de dampnation de l'ame , sans espargner prestres ne religieux qui seroient bons et loyaux au roy Henry d'Angleterre , et qui ne voloit faire , il perdoit ses biens , et estoit banni, ou il avoit pis, et n'estoit nul homme qui parler en osast, ne faire semblant, et si faillirent les harengs quinze Jours devant Pasques et les oignons, car six oignons un peu gros coustoient quatre deniers parisis, et tout estoit tant cher, pour ce que nul n'osoit rien apporter à Paris, qui ne fût en péril d^estre tué. Item y il convint par la force les devant diz gouverneurs , que chascun portast la croix rouge sur peine de la vie et de perdre le sien , et tous les gouverneurs portoient une bande blanche toutte plaine de eroisettes rouges;
Ifem^ le mercredy de la sepmaine peneuse (sainte), se despartirent de Paris environ quatre cent Anglois pour ce qu'on ne les payoit point de leurs gaiges, et le jeudy absolu ensuivant estoient encore à Nostre-Bame des champs , et là firent du pis qu'ils porent, et mangèrent celluy jour tous les œufs et frommaiges qu'ils porent trouver là et ailleurs par où ils tindrent le chemin , et roberent et pillèrent les églises de croix , de calices et de nappes , et toutes les maisons des bonnes gens ; brief après eulx n'y deraouroit rien emplus qu'après feu , mais environ trois ou quatre jours après ils ftirent rencontrez, tellement qu'ils ftirent presque tous mis à mort
Item y le mardy des festes de Pasques , les gouverneurs de Paris firent partir de Paris {environ mynuit bien six ou huit cent Angloys pour aller bouter le feu en tous les petits villaiges et grans qui sont entre Paris et Pontoise sur la rîviere de Seine , et quant ils furent à Saint- Benys , ils pillèrent l'abbaye , et vray est qu'en l'abbaye aucuns prenoient les reliques pour l'argent avoir qui au tour estoit et défait , l'ung regarda ung prestre qui chantoit la messe , et pour ce qu'elle luy sembloittrop longue, quant le prestre eut dit Agnus Dei^ et qu'il usoit le précieux sang, un grant ribâultsaut avant, et tantost print le calice et les oorporaux et s'en va, les autres prindrent nappes de tous les autels, et tout ce qu'ils porent trouver dans l'église Saint-Denys , et s'en alloient à tout faire les douleurs que nos evesques et les gouverneurs leur avoient donnez à faire , mais le seigneur de risle-Adam qui estoit yssu de Pontoise , et estoit sur les champs, vint oontr'eulx , et les. mit presque tous à mort, et les chassa tuant et occiant par-delà Espinel jusques aux portes de Paris ; c'est assavoir la bastide de Saint-Denys; mais celluy jour environ deux cent s'estoient espartis es baillage, car ils sorent la chose comment elle alloit, ils se mirent dedens Saint-De< nis en une tour qu'on nomme la tour du Velin; quant le shre de l'Isle-Adam vit qu'ils fiirent là, si dist qu'il n'en partiroit point tant qu'il les eiist mors ou vifs ; si laissa de ses gens , et firent tant qu'ils les pHndrent , et tantost furent tous mis à mort sans rançon , et fut le vendredy des festes de Pasques l'an 1436, et furent ce l'an Pasques le huitiesme jour d'avril , et fut celle année bisextre dimanche courant par G.
Itemy en oelluy vendredy d'après Pasques, vinrent devant Paris les seigneurs de la bande devant ditte ; c'est assavoir le comte de Richemont, qui estoit connestable de France de par le roy Charles, le bastard d'Orléans, le seigneur de FIsle-Adam et plusieurs autres seigneurs droit à la porte Saint Jacques, et parlèrent aux portiers, disant, laissez-nous entrer dedens Paris paisiblement, ou vous serez tous mors par famine, par-cher temps ou autrement ; les gardes de la porte regardèrent par dessus les murs, et virent tant de peuple armé^ qu'ils ne culdoient mie que toutte la puissance du roy Charles pust finer de la moitié d'autant de gens d'armes, comme ils povoient veoir, si orent paour, et doublèrent moult la fureur, si se consentirent à les bouter dedens la ville, et entra le premier le seigneur de l'Isle-Adam par une grant eschelle qu'on luy avalla, et mit la bannière de France dessus la porte criant Ville gainée. Le peupU
JOtJA^IAL U*LN BOtAOKOlS D£ PABIS ,
eu sceut parmy Paris la nouvelle, si priudrent tantost la croix blanche droite, ou la croix Saint Andry. L'évesque de Teroûanne (piant il vit la besongne ainsi tournée, si manda le prevost et le seigneur de Huillebit, et tous les Angloys, et furent tous armez au mieuix qu'ils porent; d'aultre part ceuix de Paris prindrent cueur par ung bon bourgeois nommé Michel de Laiier, et autres plusieurs qui estoient cause de ladite entrée, si firent armer le peuple, et allèrent droit à la porte Saint Denis, et furent tantost trois ou quatre mille hommes que de Paris, que des villaiges qui tant avoient grant hayne aux Angloys et aux gouverneurs, qui autre chose ne desiroient que les destruire ; comme ils estoient à garder ladite porte, et les gouverneurs devant di^ orent assemblez leurs Angloys, si firent trois batailles ( corps d*armée ) , en l'une le sire de Huillebit, en l'autre le chancelier et le prevost, et en l'autre Jehan l'Archer, ung des plus crueuix chrestien du monde, et estoit lieutenant du prevost un gros villain comme un cagoux, et pour ce qu'ils craignoient moult le quartier des Halles y ftit envoyé le prevost à toutte son armée, et en allant trouva ung sien compère, ung très-bon marchand nommé le Vavasseur, qui lui dit, monsieur mon compère ayez pitié de vous ; car Je vous promets qu'il convient à ceste foys faire la paix, ou nous sommes tous dedtruits, comment, dit-il, traistre es-tu tourné, et sans plus rien dire, le fiert de son épée par le travers du visalge dont il cheut, et après le fit tuer par ses gens. Le Chancelier et ses gens alloient par la grant rue Saint Denis, Jehan TArcher aUoit par la rue Saint Martin lui et sa eompaignie et n'avoit cehii qui n'eust bien en sa eompaignie deux ou trois cens hommes tous armez ou archers, et crioient le plus orribiement que oneques on vit crier gens Sahit Georges, Saint Georges, traistres François, vous tous mors, et ce traistre l'Archer crioit qu'on tuast tout, mais ils ne trouvèrent hommes parmy les rues, ce ne Ait en la rue Saint Martin qu'ils trouvèrent devant Saint Mery ung nommé Jehan le Prestre, et ung autre nominé Jehan des Groustez, lesquelx estoient très - bons mesoaigiers et hommes d'honneur qu'ils tuèrent plus de dix foys ; en après allèrent criant, comme davant est dit, et tirant aux fé- De$tre& especialment au bout des rues de leurs flèches ; mais le& chaisnes qui estoient tendues parmy Paris, leur firent prendre toutte leur force, ainsi allèrent à la porte Saint Denis où ils furent bien reçeus ; car quant virent tant le peuple, et qu'ils virent qu'on leur getta quatre ou cinq canons, furent moult esbahis, et au plus* ta:t qu'ils porent, s'enfouirent tous vers la porte
Saint Anthoine, et se boutèrent tous dans la forteresse ; tantost après vindreut parmy Paris le connestable devant dit, et les autres flignain aussi doulcement, comme se toutte leur vie ne se feussent point meus hors de Paris, qui estoit ung bien grant miracle, car deux heures devant qu'ils entrassent leur Intaicion estoit et à ccqIx de leur eompaignie de piller Paris, et de mettre tous ceulx qui les contrediroient à mort, et par le recort d'eulx bien cent charretiers, et phis qui venoient après Tost, admenoient blés et antres vitailles, disant on pillera Paris, et quant nous aurons vendu nostre vitaille à ces vilain de Paris , nous chargerons nos charrettes dn pillage de Paris, et remporterons or et argent, et mesnages, dont nous serons tous riches toott» nos vies; mais les gens de Paris, aucuns bons chrestiens et chrestiennes se mirent dans ^cs églises, et appeloient la glorieuse vierge Marie et monsieur Saint Denis qui apporta la foy eo France qu'ils voulsissent de prier à Nostre-Sdgneur qu'il ostat toutte la Aireur des prioeei devant nommez et de leur eompaignie, et Tny^ ment bien fut apparant que moDsieor Saint Denis avoit été advocat de la cité, par demi la glorieuse vierge Marie, et la glorieuse vierp Marie par devers Nostre-Seigneup Jésus^rist ; car quant ils furent entrez dedens, etqa'ilsTireit qu'on avoit rompue à force la porte Saint Ja^ ques pour leur donner entrée, ils furent si mens de pitié et de joie, qu'ils ne se porent oncqoei tenir de larmoier, et dlsoit le connestable voêAtost qu'il se vit dedens la ville aux bons habitaos de Paris, mes l>ons amys, le bon roy Charles vous remercie cent mille fois, et moi de par iny, de ce que si doulcement vous lui aves rendisa maistresse cité de son royaulme, et s'aeiin (si aucun) de quelque estât qu'il soit à mesprins par devers monsieur le Roy, soit absent oo antrement, il lui est tout pardonné, et tantost sans descendre fit crier à son de trompe que nal ne ftit si hardy sur peine d'estre pendu par la gorge de soy loger en Tostel des bourgeois, ne demesnaiger oultre sa volonté, ne de reproucher, ne de faire quelque desplaisir, ou piller personne de quelque estât, non s'il n'estoit natif d'Angle terre et souWoyer, dont les peuples de Paris le print en si grant amour, que avant qu'il fîit bn* demain n'y avoit celui qui n'eust mis son corps et sa chevance pour destruire les Angloys. Aprrs ce cry fWent cerchées les hoetelleries pour tron* ver les Angloys, et tous ceulx qui ftirent trouvei, furent mis à rançon et pillez, et plusieurs tûfSnaigers et bourgeois qui s'enfouirent avee ie chancelier dedens la porte de Saint Aothoiae, ceux-là furent pillez, mais oneques persoiu^*^
SOliS LB fifiGME DB CHABLES VU.
qoelgne estât qall ftit, ne de quelqae langue, ne tant eut mal fidt contre le Roy n'en Ait tué. Item, landemain de rentrée jour de sabmedy , vint tant de biens à Paris qu'on avoit le blé pour vingt sois pariais, qui le mercredy devant ooustoit quarante-huit ou cinquante sois, et ftit le vieil mardié de devant ta Magdelaine ouvert, et y vendit-on le blé qui plus de dix-huit ou vingt ans avait esté fermé, et en ot cellui pour sept cmâ pour ung blanc, et le Jour de devant on n'en avoit que cinq pour deux blancs et autres vJtaiJles au cas pareil.
Item, ceulx qui se boutèrent en la porte Saint Antlioine, eulx trouvèrent moult esbahis, quant ils se virent enfermez là dedens, car ils estoient tant que tout estoit plain, et eussent esté tantost affamez, si parlèrent au Connestable, et flnerent ( obtinrent ) avec par finance qu'ils s'en iroient sains et saufz par sauf-conduit, et ainsi vuiderent la place le mardy dix-septiesme Jour d'avril 1436, et pour certain oncques gens ne ftirent autant mooqnez ne huyez (hués) comme ils furent, ^lécialment le chancelier, le lieutenant du Prévost, le malstre des Boudiers, et tous ceulx qui avoient esté coupables de l'oppression qu'on fàlsoit au pouvre commun ; car en vérité onoques les Juifs qui furent menez en Caldée (Chaldée) en chetivoison (captivité), ne furent pis menez que le pouvre peuple de Paris, car nulle personne n'oaoit yssir hors de Paris sans oongié, ne riens porter sans passe-port, tant fut pou de chose, et disoit-on vous allez en tel lieu, revenez à telle heure, ou ne revenez plus.
Item, nul n'osoit aller sur les murs sur peine de la hart , et si ne gaignoit le peuple de quelque labour (travail) qu'il fbst denier ; car pour vray les Angloys furent moult long-tenolps gouverneurs de Paris ; mais Je cuide en ma consdenee que onoques nul ne fit semer ne blé ne sdvoyne , ne faire une cheminée en hostel qui y fust, ce ne fût le Régent duc de Betfort , lequel faisoit toi^ours maçonner en quelque pays qu'il fiist , et estoit sa nature toute contraire aux Angloys ; car il ne vouloit avoir guerre à quelque personne) et les Angloys de leur droite nature veulent toi^oura guerroier leurs voisins tans cause , par quoy ils meurent tous mauvaisenient; car adoncq en estoit mort en France plus de soixante etseize mille.
Item , le vendredy ensuivant pour la grâce que Dieu avoit faite êk la ville de Paris, fut faitte la plus solempnelle procession qui fût faitte passé avoit cent ans ; car tonte l'université , petits et grans , furent à sainte Katerine du Val des Escolllers , ehascun ung cierge ardant en sa main , et esftoient plus de quatre mille , sans
autres personnes que prestres ou escolliers, et pour certain oncques on ne vit cierge qui destaignit (s'éteignit) depuis les lieux dont ils partirent Jusques à ladite église, que on tenoit à droit miracle , car il faisoit un temps pluvieux et venteux , et celles choses doivent bien donner à tout bon chrestien voulenté et devocion de remercier nostre Créateur , et especialment de l'entrée qui fût si benignement et si doulcement faitte , comme vous avez oûy devant , et en deveroit-on faire tous les ans louange à Nostre- Seigneur , car comme ce ce fut de droite prophétie, TofTertoire de la sainte messe de celluy Jour en parle assez de ce faire ; car il dit : Erit vobis hic dies memorialisj et diemfestutn celebrabUis soletnpnem Domino in progenies vestras legitimum sempitemum diem, aileluya, alleluyay alteluya.
Item f le dimenche ensuivant fut faitte procession générale très-solempnellement, et ce Jour plut tant fort, que la pluie ne cessa tant que la procession dura , qui dura bien quatre heures , ^e aller que venhr , et furent les signeurs de sainte Geneviève naoult agenez (incommodés) de la pluie , car ils estoient tous nus pies , mais especialment ceulx qui portpient le précieux corps de madame sainte Geneviève et saint Marcel orent moult de peine ; car à grant peine se soustenoient sur les carreaulx, et vrayement ils estoient si trempez de la pluie comme si eussent esté Jettez dedens Seine , et pour certain ils suoient si fort qu'ils desgouttoient tous par le visaige de sueur, tant estoient vains et travaillez, et pour certain oncques nuls de tous ceulx n'en fût oncques mamins , ne malade, ne découraigé, qui ne semble droit miracle de madame sainte Geneviève , qui peut bien faire par ses mérites par devers Nostre-Selgneur , et plus que tant, comme il appert par devers Nostre-Seigneur en sa sainte légende, comment par plusieurs foys elle a sauvé la bonne ville de Paris, Tune foys de cher temps, l'autre fois des grans eaux et de plusieurs autres périls. Après ce on flst un prevost des roarchans du devant dit Michel de Lalier , après on flst eschevins nouveaulx, dont l'ung fut Golinet de Neuville , Jehan de Grantrûe, Jehan deBelloy, Pierre de Langre, tous quatre naUfis de la bonne ville de Paris , et fut fait prevost de Paris ung chevalier nommé messire Philippes de Temant, chevalier signeur de Temant, de Toisy et de la Motte , conseiller du Roy nostre sire , et garde de la prevosté de Paris.
/ifem,la darraine sepmaine de may furent prins les os du comte d'Arminac et du chancelier de France sirrHenry de Marie et de son
iîlx révesque de Coustaiices, et uug nommé maistre Jehan Paris, et ung autre nommé Remon de la Guerre, qui estoient enterrez en la grant cour de darriere saint Martin des Champs en ung grand fumier qui là est , et furent enterrez leurs os en leglise de Saint Martin des Champs; c'est assavoir le comte d'Arminac dedens le cueur à dextre du grant autel.
1437. — Item y quant les François furent affermez avec le parlement et les grans bourgeois et le conseil , ils se plaignirent que le Roy estoit très-pouvre et toutte sa gent , et qu'il convenoit avoir de l'argent , ou qu'il fûst prins, si leur fust dit, il faut faire ung emprunt, et ainsi fut fait especialment tres-griefs sur ceulx qu'on cuidoit qu'ils amassent (aimassent) mieulx les Angloys que les Françoys , et fut l'emprunt tres-grant, et se monta à très-grosse somme d'argent et d'or , car ils furent non à Paris de mesnaigers qui n'en payassent pou ou grant. Quant ils orent cette grant somme d'argent, ils s'appointèrent pour aller devant Crail , et y fUreut environ trois sepmaines ou ung moys qu'à aller , qu'à venir , qu'à mener vitaille et artillerie, et quant tout fut prest, et qu'on y ot moult despendu sans cop (coup) frapper, ce bien pou non ils levèrent le siège ^ et s'en revindrent trestous sans sçavoir cause pourquoy, conune on disoit , ce non qu'on leur ûst entendre que grant foison d' Angloys venoient pour lever le siège : ainsi fut là despendu (dépensé) mauvaisement grant partie de l'emprunt ; quant ils furent revenus à Paris, si leur convint faire nouvelle finance ; si leur fut donné, ce conseil qu'il convenoit faire cheolr la monnoie ; mais pour ce qu'ils n'avoient point assez de monnoie forgée au coing du roy Chai*les , ils firent crier le mercredy vingt-sixiesme jour du may 1437, les blancs de huit deniers qui estoient au coing de Henry qui se disoit roy d'Angleterre et de France, ils les misrent à sept deniers , si val* loient mieulx de six blancs pour franc , que ceulx qu'ils forgeoient au eoing du roy Charles , si comme on disoit ceulx à ce reconnoissans. .
Iteniy le Jeudy douziesme jour de juillet ensuivant , firent de tous poins cheoir les blancs que devant avoient mis à sept deniers et les sains d'or qui pour le temps qu'ils mirent les blancs à sept deniers valloient vingt-quatre sols parisls , ils les mirent à vingt sols parisis , et la sepmaine de devent s'estoient ralliez les Angloys et couroient à une lieûe près de Paris , et boutoient feux et tuoient femmes et enffens , et desti*uisoient quanques ils encontroient.
ttem^ en celiuy temps en la fin de juing, ung
JOUBNAL d'un bourgeois DE PARIS,
caymant ferit l'enffent d'une caymande dedeu l'église des Innocens , celle leva sa qoenoaille et le cuida frapper sur la teste, si recula, elle l'asena ung bien pou au visage , si lui fistune très petite esgratigneure dont un bien pou de sang yssit, mais pour certain ils en furent vingtdeux jours en prinson , et en ces vingt-deox jours oncques l'évesque de Paris ne volt reeoBcilier l'église s'il n'avoit et les deux pauvres gens n'avoient pas tant vaillant en toottes choses , comme la somme qu'il demandoit Et pour ce que ledit evesque ne le volt faire, 8*11 n'estoit payé à sa guise; en tout les vingt-deux jours oncques messes , matines ne veqpres, ne corps en terre ou cymetierre ne fût, ne le saint service fait de nulle heure , ne l'eau benoiste (bénite) et les confrairies qui avoient en laditte église leurs journées assignées , ils alloient faire leur service à saint Josse , en la nie Aab^y-l^ Bouché.
Itemy en celle année fut tant de cerises qne on avoit la livre pour ung denier tournois ; voire telles foys fut six livres pour ung blanc de quatre deniers parisis ^ et durèrent jusquesàta Nostre-Dame my-aoust.
Item^ celle année fut la Saint-Laurent, an vendredy, et fist-on la foire comme autrefoys, de touttes marchandises acooustumées à ladite journée.
Itemy ou moys de septembre ensuivant, on commença à vendanger , mais oncques mais io vendanges ne cousterent autant comme ils firent celle année , et si ne furent oncques mais vendangeurs et vendangeuses à si grant marche; car on avoit au eommencement quatre femmes tout le jour pour deux blancs , et tel jour Ait on en avoit cinq pour deux blancs et botteufs pour deux blancs ou pour trois; et si avolt-oa très-grant marché de vivres, et si ne furent aussi chères passé cinquante ans, car en tontes les portes de Paris avoit deux ou trois sergens de par les gouverneurs de Paris, qui sans ioy et sans droit et par force faisoient payer à chacun hotteur deux doubles , à chacune charrette qui amenoit cuves où il y avoit vendange hnft blancs ; seize de deux , huit sols parisis de trois, et ceulx des garnisons d'entour Paris comme le Bois , comme Saint-Cloud , le pont de Charrenton, et avoient chacun vlllaige huit ou dix gucôes de vin de rançon et autant ou plus qu'ils en pilloient de nuyt et de jour, sans les ff^ patiz qu'ils avoient et temoingnoient les gens dignes de foy , que ou bois de Vincenoes tant seulement en ot bien celle année trois cent queues et les autres ainsi ce qu'ils porent non pas tant quïls voidrent. Et «a celiuy temps
sous LE REGNE DE CHA.BLES VII.
n'estoit nouvelle du Roy nullement , ne que se il fost à Rome ou en Jérusalem. Et pour cer^ tain oncques , puis rentrée de Paris nul des cappitaines françoys ne flst quelque bien dont OD doye aucunement parler, se non rober et piller par nuyt et par Jour , et les Ànglois menoient guerre en Flandre, en Normandie, devant Paris , ne nul ne les contredisoit et gaignoient toujours quelque forte place. £t le jour Saint Gosme et Saint Bamiens vindrent-ils jusques à Saint Germain des Prez , ne onôques nuls des gens d'armes de Paris , et ne s'en voldrent mouvoir, et disoient qu'on ne les payoit point. Et en vérité quanques pouvres gens de bonne ville en leur obéissance pouvoient gaignier estoit pour eulx , et de ceux des villaiges ce qu'ils avoient gaigné ou à gaigner leur ostoient-ils , ne nulle chose ne leur demouroit , ne que après feu, et pour certain ils disoient qu'ils avoient aussi cher ou mieulx cheoir es mains des Angloys comme es mains des François.
Item, en ce temps les bouchers de Saint Germain des Prez firent une boucherie au bout do pont Saint Michel comme on tourne à aller aux Augustins, et commencèrent à vendre la vigille de Toussaint , jour Saint Quantin.
Item^ le jour Saint Clément ensuivant, vint le eonnestable à Paris et ammena sa femme, sœur du duc de Rourgongne et avoit esté femme au duc Guienne filx du roy de France, et vint aveoques lui l'arcevesque de Rains chancelier de France et le parlement du Roy, et entrèrent par la porte de Rordelles, qui nouvellement avoit esté desmurée.
Item , le jeudy ensuivant , vigille Saint Andry fut crié à son de trompe que le parlement du roy Charles , qui depuis sa despartie de Paris avoit esté tenu à Poytiers et sa chambre des comptes à Rourges en Rerry , se tendroit (tiendroit) désormais au pallays royal à Paris , en la fourme et manière que ses prédécesseurs Roys de France l'avoient accoutumez à faire et commencèrent le jour Saint Eloy , premier jour de décembre 1437. Et ainsi fut fait et furent rappelez aucuns bourgeois par doulceur qu'on avoit mis hors après la despartie des Angloys, parce que moult estoient favoureux (favorables) aux Angloys pour leurs offices ou autres causes , et leur fut tout pardonné très-doulcement, sans reprouche et sans mal mettre eulx , ne leurs biens.
/fem , celle année fut tant de navez , qu'on avoit celle année le boesseau pour deux doubles, et tant de poreaux qu'on avoit une grosse botte pour ung denier , qui l'année devant coustoit quatre doubles.
Item , pois , fèves, furent à si grant marché qu'on avoit fèves pour dix deniers le boissel , belles et grosses, et pour quatorze deniers bons pois et très-bon vin par tout Paris pour deux doubles , blanc et vermeil.
Item , en la fin de novembre , la vigille Saint Andry commença à geler si fort qu'elle dura jusques à karesme-prenaht , qui fat le douziesme jour de février, et en cellui temps ne plut point, mais moult negea.
Item , celle nuyt de karesme-prenant à heure de mynuit ou environ prindrent les Angloys la ville de Pontoise, par la grant négligence du cappitaine qui estoit seigneur de l'IsIe^Adam , qui n'estoit pas si saige comme mestier eust esté, car il estoit très-convoiteux et bien y parut ; car on disoit qu'au jour que la ville fût prinse, qu'il y avoit de blé plus qu'il n'en falloit pour deux ans tous entiers pour fournir ladite Tille , et il en avoit très-pou à Paris ; mais oncques pour prière que ceulx de Paris peussent faire , il n'en volt oncques laisser venir grain à la ville de Paris, et lui vouloient donner les marchans de Pontoise de chascun sextier quatre francs parisis. On perdit tout , premièrement , honneur , car il s'enfoûyt honteusement sans deffendre ne luy ne la ville. Ainsi par lui furent les bonnes gens tuez et leurs biens perdus , et ceux qui ne furent tuez furent mis en divers lieux en prinsons, et mis à si grant finance qu'ils ne porent payer , pour quoy plusieurs moururent dedens les prinsons. Ainsi fiit tout ce mal par luy et enforcea les ennemys, et greva tant par sa maul valse garde Paris et le pays d'entour , que à peine le pourroit-on raconter : car aussi-tost que la ville fût prinse , trois ou quatre jours après le blé enchery à Paris la moitié et tout portaige de grain ; car nui n'osoit venir à Paris pour les Angloys qui par tout couroient autour de Paris, et fut la veille du premier dimenche de karesme vincbrent à douze heures de nuyt ou environ assaillir Paris , par ce que les fossez estoient gelez , mais ils furent si bien reboutez par canons ou autrement qu'ils y gagnèrent pou et que tout bel leur fut de leur esloigner.
Item , la première sepmaine de karesme fût crié à son de trompe, que nul boulanger ne fist plus de pain blanc , ne gasteaux , ne eschaudez ; afin que si les bourgeois qui avoient du blé cuisissent.
Item , la gelée avoit tellement fait mourir toutte la verdure , que à la fin de mars on n'en trouvoit quelque pou , ce non un pou de poreaux qui ooustoient une petite botte quatre deniers qu'on avoit eu en janvier pour ung denier
JOURNAL D*UN BOURGEOIS DE PARIS
et oingnons très-chers et pommes très-cheres , car ]e quarteron de cappendu un pou grosses ooustoit sept blancs, et si ne vint nulles ûgues ; mais 11 fùst le meilleur miel qu'on eust veû grant temps avoit et à bon marché, car la pinte ne coustoit que deux blancs , et si avoit-on le molle de bûche en Grève pour dix blancs.
Item, le pain fut moult cher, car le sextier de très - petit seigle coustoit quarante - quatre sols ou trois francs, et le fromment quatre francs.
Item, la sepmainepeneuse, le mercredy vingtsixiesme Jour de mars de l'an 1437, furent descollez trois hommes, Tung advocat en parlement, nommé maistre Jacques de Lunay, et ung autre de la chambre des comptes, nommé maistre Jacques Rousseau, et un varlet de boucher qui estoit devenu poursuivant, qui portoit aux ennemys anciens de France tous les secrets qu'on faisoit à Paris, et lui envoioient les deux devant diz et ung autre nommé maistre Jehan le Clerc; lequel fut mené en ung tomberel à voire la journée que les deux dessus diz furent descollez et après condampnés perpétuellement en oubliette, pource que clerc estoit et les deux estoient bigames, lesquelx recongnurent especialment maistre Jacques Rousseau, que quant aucunes bonnes villes que les Angloys tenoient se vouioitnt mettre en l'obéissance du roy de France, et que les bourgeois le mandoient au connestable et au chancelier qu'on feust prest de ce faire, à tel jour les faulx traistres devant diz le mandoient aux Angloys, qui tantost fidsoient grans garnisons de gens d'armes et faisoient copper testes à desroy et bannissoient gens et prenoient le leur sans mercy et tuoient et boutoient feux es villaiges d'entour, et menoient tous les biens en leurs garnisons.
1438. — /ifoi7i,lasepmainedePa8quesrant438, ftit prins à Beauvais en Brie, un nommé maistre Mille de Saulx^ lequel estoit procureur de parlement, qui avoit esté autrefois prins et avoit promis d'estre loyal et avoit baillé sa foy et mis sa femme et deux filx qu'il avoit en hostaige (en 6tage), mais de tout ce ne tint con^ de foy, ne de femme, ne d'enffens, mais devint le plus fort larron, honteux de feux et de tout autre maléfice qui Aist en France ni en Normandie, et si estoit du maudit conseil des trois devant diz, et pour ce oMl la teste coppée et son varlet, le dixîesme Jour d'avril 1438, et cettuy Mille enseigna plusieurs grans caves et anciennes touchans à quarrieres ; desquelles on ne sçavoit riens parmi lesquelles on devoit bouter les Angloys dedens Paris : mais Dieu qui tout soet ne le volt consentir, ung pou après en oeiluy moys prindrent les Angloys le chastel nommé Onr-
ville qui estoit au 6(|lloys d'Annoy, lequel chastel il perdit par sa maulvaisetié; car les soudars qui le dévoient garder, il ne vontoit payer de leurs gaiges, pourquoy ils forent cnse de la prinse du chastel, et fut sa femme priose et fut menée à Meaulx qui estdt en oellny tenpi en l'obéissance des Angloys, comment die ht desmenée des Angloys, on s'en taist.
Item, il perdit toute sa chevance et seiist la prinse de cestuy chastel tant de mal à Paris que homme ne le povoit nombrer : car il estoit sur les chemins de Flandres, et de Picardie et de Brie, et brief sur tous les chemms doot il povoit venir biens à Paris. Brief, il flst tant de mal à Paris ; car il fut prins à l'entrée de Juillet que on devoit cuillur les blés si convint mettre grant garnison à Saint Denis pour garder les laboureurs, mais pour certain on ne sçavoit daquel on avoit le meilleur marché, on desÂDgloys ou des Françoys, car les Françoys prenoient pâtis et tailles de trois moys en troys moys, et se les pouvres laboureurs n'avoient de quoi payer, les gouverneurs les habandonnoient aux gens d'armes, les Angloys les deUvroient quant ils les povoient prendre par rançon . En oeiluy temps fut mis le siège devant Montereau le Jour saiot Barthélémy en aoust, dont il convint que ceox de Paris payassent une trop grosse taille qui moult les greva ; car il n'estoit nul qui gaignast ce non ceulx qui avoient blé ou orge à vendre, et si estoit le blé tant cher on droit eonr d'aoust, à l'entrée de septembre que le plu petit blé valloit quatre francs, le fkx>mment six franes, l'orge quarante sols parisis, et si ne numgeoit* on point de pain blanc.
Item, le Jour de la my-aoust dianta4;-on en h chapelle Saint Françoys aux Pelletiers, en l'^ giise des Innocens la première messe^e la glorieuse Assomption de la glorieuse vierge Marie Nostre-Dame.
Item, en cellui moys 1488 de septembre, on fist de rechief à Paris la plus estrange taille qoi oncques mais eust esté faitte ; car nul en tout Paris n'en fut excepté de quelque estât qu'il toA ne evesque, abbé, prieur, moine, nonnaines, chanoine, prestre lieneficié ou sans bénéfice, ne sergens, menestriers, ne les clercs des parroisses, ne aucune personne de quelque estât qu'il M. Et fut, premièrement, fait une grosse taille 9ûx les gens de l'église, et après sur les gros inarchans et marchandes, et payoient l'ung q^ mille francs, l'autre trois mille, ou deux mill«> huit cent, six cent, chascon selon son estât, flprts aux autres mains riclws, à l'ung cent ttnncs oa soixante , cinquante on quarante , tretons le maindre (moindre) paya vingt francs ou an des-
sous LE bi:gne de châbles vif.
SOS, les autres plas petits au dessous de vingt francs et au dessus de dix francs, nul ne passoit vingt francs, ne nul ne payoit mains de dix francs, ungs et autres plus petits nul ne passoit cent sols ne mains de quarante sols parisis. Après cette douloureuse taille firent une autre très-deshonneste : car les gouverneurs prindrent es églises les JoyauU d'argent, comme encen* siers, plats, burettes, chandeliers, saix, brief de tous vesseaux d*église qui d'argent estoient, ils prenaient sans demander et en après ils prindrent la grigneur (plus grande) partie de tout Targent monnoyé qui estoit au trésor des con- /rairies. Brief, ils prirent tant de finances à Par ris, que à peine en seroit homme crû et tout sous l'ombre de prendre le chastel de Montereau et la ville. Et furent devant sans riens faire depuis la myaoust jusqu'au jeudi onziesme jour d'octobre ensuivant landemain Saint Denis qu'ils prindrent la ville par assault, et les gens d'armes se mirent dedens le chastel à garant, après plusieurs fois parlementèrent ensemble; mais ils ne poroit accorder. Si assaillirent le chjBistcl par plusieurs foys et jettercnt de leurs canons et d'autres traits tant et si souvent que grandement grevèrent te chastel eiceulx de dedens, et aussi traloient ceux de dedens à ceux de dehors; mais pou leur vallu, mais ils virent bien que longuement ne le poraient tenir le chastel qu'ils ne fussent destruis. Si parlementèrent au Roy et ad ce s'accordèrent que les Angloys s'en yroient sauves leurs vies comme estrangiers conquerans terre ; car ils n'estoient pas venus de France de leur autorité, et tous ceux qui avecques eux estoient de la langue de France se rendirent a la voulenté du Roy. Et ainsi fut fait, dont la plus punt partie d'iceulx François reniez furent pendus par leurs gorges, et aucuns autres allèrent en longs pellerinaiges une corde au col. Cet appointement fait le sabmedy dix-neuviesme jour d'octobre l'an 14S8, et le mardy ensuivant rendirent le chastel et s'en allèrent, et ceux de Paris s'en tindrent bien mal contens et ne firent pour la {»rinse du jchastel ne joie, ne feux allumèrent, ne n'en tindrent compte comme ils firent pour la prinse de la ville ; car on sonna par tout les mostiers (églises) de Paris, on fist par tout joie et liesse toutte nuy t et feux et danses et tout ee fut délaissé, par ce qu'on avoit ainsi délivré les Angloys et qui estoient trois cent, tous meui^ triera et lai-rons. La plus grant partie d'eulx se mirent en la rivière pour plus emporter de leurs bagaiges, et qumt ils passèrent pardevant Paris, il fut crié sur peine de la hart, que nul ne nulle ne fut si hosé ne si hardy de leur dire pis de leur nom, dont le peuple de Paris fut moult
malcontent, mais à souffrir le convint pour celle fois : car de nulle rien ils n'osoient parler qui touchast le bien publique, car ils avoient tant d'oppressions, taqt de tailles devant dittes, tant de malgaignes, tant de grant charte de pain et de tous autres vivres que oncques on eust veu puis cent ans ; mais l'espérance de la veniie du /Roy les confortoit, laquelle fut bien en vain. Car quant il vint à Paris, lequel y vint landemain de la feste de Saint Martin d'y ver, l'an 1438, dont on fist aussi grand feste comme on povoit faire à Dieu : car à l'entrée de la bastide Saint Denis par où il entra tout armé au Clerc et le Dalphin jeune d'environ dix ans tout armé comme son père le Roy, et à l'entrée les bourgeois luy mirent ung ciel sur sa teste que on a à la Saint Sauveur à porter Nostre-Seigneur, et ainsi le portèrent Jusques à la porte aux Paintres dedens la ville, et entre laditte porte et la bastide avoit plusieurs beaux mystères , comme à la porte des Champs avoit ffiogles (anges) chantans, à la fontaine du ponceau Saint Denis, moult de belles choses qui moult longues seroient à raconter. Devant la Trinité la manière de la Passion comme on fist pour le petit roy Henry, quant il fut sacré à Paris, comme devant est dit.
Jtem, à la porte aux Paintres aussi et devant chastelet et devant le pallays , sinon que depuis laditte porte aux Paintres tout Ait tendu à ciel jusqu'à Nostre-Dame de Paris, ce non le grant pont Et quant il fut devant l'Hostel-Dieu ou environ , on ferma les portes de ladite église de Nostre-Dame et vint l'evesque de Paris, le* quel apporta ung.livi'c sur lequel le Roy jura comme roy qu'il tendroit loyalment et bonnement tout ce que bon roy faire devoit. Après furent les portes ouvertes et entra dedens l'église et se vint loger au pallays pour celle nuyt , et fist-on moult grant joïe celle nuyt comme de bassiner^ de faire feux enmy les rues, dancer, manger et boyre et de sonner plusieurs instruments. Ainsi vint le Roy à Paris comme devant est dit.
Item, le jour saint Katherine ensuivant Ait fait ung moult soUempnel service à saint Martin des Champs pour feu le comte d'Arminac qui fût tué comme devant est dit, environ dixneuf ans devant dedens le pallays et y ot bien ce jour dix-sept cent cierges allumez et de torches à la valllie et tous prestres qui vôldr^t dire messe Airent payez ; mais on n'y fist point de donnée dont on s'esbahit moult, car tel quatre mille personnes y "allèrent qui n'y fussent ja entrez, s'ils n'eussent cuidé qu'on y eust fait donnée et les maudirent qui avant prièrent pour luy, et tout ce service fit faire le comte de Par*
JOCBNAL DUN BOURGEOIS DB PABIS ,
driel ou de La Marche le maisné filx du comte d'Arminac devant dit et y fut le Roy et chevalier d'Anjou et tous ceulx de Nostre-Dame et des collèges de Paris, tous revenus.
Itenij après dit le service, furent portez les os dudit comte à Nostre-Dame des Champs accompaigné de grans luminaires et de gens tous vestus de noir, et là fut laissé jusqu'au mercredy suivant, et ce Jour disna le Boy à Sain^ Martin des Champs, et le mercrédy furent emportez les os dudit comte en son pays d'Arminac. Et en ce temps avoit à Paris grant foison de gens d'armes, et environ quarante ou cinquante larrons qui s'estoient boutez dedens Chevreuse , couroient tous les jours jusques aux portes de Paris, et prenoient hommes, bestes, voitures, et devers la porte Saint-Denis, ne sçay quels larrons qui estoit à oudoitte venoient prendre les hommes et les proyes jusques emprès les portes de Paris, et pour ce point venoient touttes les sepmaines, et quant ils estoient trois ou quatre lieues loing, les gens d'armes qui à Paris estolent s'armoient tout à loisir, et se partoient sans oonvoy et tantost s'en revenoient, puis qu'ils avoient fait manière (semblant) et pour ce enchery tout grain ; car le blé valloit cinq francs et demy, qui n'estoit que mesteil, orge soixante sols, fèves menues cinq sols parisis le boessel, pois au (même) pris, huille cinq sols parisis la pinte, la livre de beurre salé six blancs et tout à forte monnoie. Et depuis que le Roy estoit entré à Paris tout enchery, comme dit est, pour ces larrons qui toujours estoient en embusches emprès Paris, ne Roy, ne duc, ne comte, ne prevost, ne cappitaine n'en tenoit compte, ne que s'ils fussent à cent lieues loing de Paris.
Item y ce l'an grant année de choulx et de navez ; car le boessel ne coustoit que six deniers parisis, parquoi les gens appalsoient leur faim et à leurs enffens.
Item^ le fruit faillit par tout, ce nom de neffles et de pommes de. bois, et si ne fut nulles noix ou nulles amendes.
Iteniy le Roy se despartit de Paris le 3*^ jour de décembre 1438 sans ce que nul bien y fist à la ville de Paris pour lors, et sembloit qu'il ne ftist venu seullement que pour voir la ville, et vrayement sa prinse de Montereau et sa veniie cousta plus de soixante mille francs à la ville de Paris où qu'ils fussent prins.
Itetn^ le jour de la Typhaine (Epiphanie), les larrons de Chevreuse environ vingt ou trente vindrent à la porte Saint-Jacques et entrèrent dedens Paris, et tuèrent ung sergent à verge qui estoit assis à ung huys et s'en r'allerent
franchement et prindrent trois des portiers gardans la porte et plusieurs autres pouvres gens, sans la proye qui ne fut pas petite et si n'estoit que douze heures de jour ou environ, et disoient où est Yostre Roy, il est mucé et pour les ooa^ ses que lesdiz larrons faisoient enchery tant pain et vin que pou de gens mangeoient de pain leur saoul, ne pouvres gens ne beuvolent point de vin.
Item^ ceux de Montargis firent semblablement et rendirent ces trois places.
Item y Montargis s'estoit autrefois rendu par ainsi qu'on devoit donner grant finance, laquelle ung grant seigneur qui la devoit porter la joôa aux dez, ainsi estoit tout gouverné et ce rendirent la darraine sepmaine l'an 1438 du mois d'octobre.
Item^ la mortalité fut si grande especialment à Paris ; car il mourut bien à l'Hostel- Dieu en celle année cinq mille personnes, et parmy la cité plus de quarante-cinq mille ([oe hommes, que femmes, que enffens : car quant la mort se boutoit en une maison, elle en emportoit la plus grant partie des gens et especiaiment des plus forts et des plus jeunes.
Item y de celle mort trespassa l'evesque de Paris nommé sire Jacques ung homme tris* pompeux, convoiteux , plus mondain qne son estât ne le requerroit et trespassa le deoiiesme jour du mois de novembre l'an 1438.
Item y en ce temps venoient les loups dans Paris par la rivière, et prenoient les chiens et si mangèrent un enffent de nuyt en la place aux Chats derrière les lunoccns.
Item y le jour Sainte-Geneviève et landemain et le troisiesme jour ensuivant tonna, esparti, gresia aussi fort comme on vit oncqaes faire en esté temps au matin et après-disner, et estoit tout ainsi cher comme devant est dit.
Item y ou moys de janvier fut prins par les Angloys le chastel de Saint-Germain-en-Layc, et fût par ung faulx religieux de Sainte^»^vieve nommé Carbonnet, lequel estoit prioff de Nanterre et ce fist privé du cappitaine dudit chastel, et tant fist qu'il y entroit à quelque heure qu'il vouloit et sçavoit toujours où les clefs estoient, que on ne se définit point de iny} et le mauvais homme alla à Rouen et promis! au comte de Warvic que ce il lui vouloit donner trois cent salus d'or qu'il lui i-endroit le chastel , et on les lui bailla et le faulx traistre leur livra le chastel au jour qu'il leur avoit promis. Et environ douze ou quinze jours aprè fut prins et recongnut toute la trayson et fut jng* à prinson perpétuelle, chargé de gros fers, jambes et bras, et ne manger jamais que pain ^ eaue et tres-pou.
sous LS aBGNB DB CHàBbBS VII.
Itemy fax ]a ville de Paris sans evesque Jusqoes au vingt-uniesme Jour de février ensuivant la vigille de la chiaire Saint Pierre , que on fist evesque de Paris l'aroevesque de Toulouse, pour ce. qu'il estoit du conseil du Roy. Il ot l'aogct l'antre et aussi-tost qu'il fut confirmé , il se transporta à son archevesché , et laissa que à Pasques et aux quatre-temps de la première sepmajne de karesme, il convint prendre et [H'ier autre prélat pour faire les ordres et autre divin service, appartenant à soyde faire, et en eelluy temps il n'avoit ne roy ne evesque qui tenist compte de la cité de Paris , et ce tenoit le Roy tom'ours en Berry , ne il ne tenoit compte de risle de France ^, ne de la guerre , ne de son peuple, ne que s'il fust prinsonnier auxSarrazias, et dit-on par commun langaige selon signeur mesnie duite (tel maître , tel valet). Car en vérité les Angloys couroient touttes les seproataes deux ou trois foys autour de Paris , et pilloient, tuoient et rançonnoient , et pour certain le connestable , ne les capitaines ne s'advançoientde leur deffendre aucunement, ne que s'ils fussent de leur party.
Item y en eelluy temps , avoit si cher temps à Rouen que le sextier de bien pouvre blé coustoit dix francs et tous vivres au prix , et trouvoit-on tous les Jours en my les rues les petits enffeos mors que les chiens mangeoient ou les pores , et tout par la cruauté de l'aroevesque qni estoit homme plein de sang , et avecques lui prevost qui avoit esté de Paris, messire SymoQ Morhier qui élevé leur a tant de maletostes, qne nul ne povoit vivre en la cité de Rouen , 8*il n'estoit à eux , ou ce il n'estoit moult riche paravaot : ainsi estoit gouverné.
ItevU'i en eelluy an 1438 fust si largement verdure, comme porée , choulx , poreaulx , navez, persin (persil), cerfeuil et toutte autre verdure appartenant à corps d'homme nourrir; car aumoys de Janvier Jusques à la Saint Jehan, on avoit plus de verdure pour ung tournois à la Chandeleur et devaût et après , qu'on avoit en Tannée de devant en avril ne en may pour deux blancs ou trois.
Item y environ huit Jours après la Saint Père (Pierre) , fut le persil et le cerfeuil tant cher que on n'en povoit finer. Pour vray on vendoit quatre doubles ou six deniers autant de persil ou de cerfeuil que on avoit en quinze Jours pour nn nevet (noiret) (1).
Item y à la Saint Jehan ou environ enchéri tant le blé, que pour vray un sextier de bon mestii valloit huit francs , et un sextier de
i) Honnafe du temps.
seigle valloit six francs , et la mesure de suif six sols parlsis, la pinte d'huile de noix six sols, la livre de chandelles quatre blancs.
Item^ en cellui temps vint le connestable à Paris , et amena avecques luy ung grant tas de larrons et fist entendant (entendre) qu'il estoit venu pour prendre Pontoise et les mena environ la ville , et la r^arda tant seulement de loing et dist qu'elle estoit moult forte à prendre et qu'il n'avoit pas assez gens, et s'en retourna sans autre chose faire lui et ses larrons tout gastant les blés , les granges et les fritaiges (fruits) des bonnes gens, avant qu'ils fussentbons, especialmeut les cerises qui commençoient à rougir, et ce qu'ils ne povoient manger comme fèves nouvelles et pois apportoient-ils à grant sachées.
Aem, la darraine sepmaine de Juing, vint ung autre aussi mauvais ou pire nommé le comte de Perdriel , qui fut filx du comte d'Arminac , qui fût tué pour ses démérites et admena une autre grant compaignie de larrons et de murdriers, qui par leur maulvaise vie et détestable gouvernement furent nommez les esoorcheurs , et pour vray ils n'estoient pas mal nommez ; car aussi-tost qu'ils venoient en quelque ville ou villaige , il convenoit soy rançonner à eulx à grant finance , ou ils desgastoient tous les blés qui y estoient , qui encore estoient tous verds , et firent entendant qu'ils dévoient prendre Meaulx d'assaut , ou par gens qui dévoient leur livrer ou par composition ou autrement, et firent charger canons et prendre tout le pain qu'on trovoit et orent l'argent largement ; car on cuidoit qu'ils deussent trop bien faire la besongne; mais ils ne passèrent gueres par de-là le chastel de Dampmartin , et là pilloient, tuoient, rançonnoient les blés et tous autres gaignaiges, sans autre bien faire. Ainsi l)esoingnoit le noble connestable de France Artus , comte de Richemont , et pour yray les prisonniers Angloys disoient à Paris et ailleurs, quant ils avoient payée leur rançon et qu'ils estoient en leurs lieux, que les Angloys disoient pleinement : par Saint George, vous povez bien crier et braire à vostre connestable qu'il vous secoure ; car par Saint Edouard, tant qu'il sera connestable , nous n'avons point paour que nous soyons combattu qu'il puisse. Car quant il veult faire une armée pour faire le bon varlet ou pour avoir de votre argent , nous le savons de par luy ou de par au*» très toujours trois ou quatre Jours d'avant ; car par Saint George luy bon Angloys et a secret et en appert, mais aucuns tenoient qu'ils le disoient pour le mettre en hayne du Roy et du oonmiun, mais la plus saine partie le tenoit pour très-
JOUfiNAL D UN BOUHGEOIS DE.PABIS
inaulvois homme et très-couart (lâche). Brief il ne challoit ne de Roy , ne de prince , ne du commun, ne de ville ou de chastel que les Ângloys preissent ; mais qu'il eust de l'argent ne lui challoit du demourant ne de quel part. Brief, il n'estoit à rien bon au regart de la guerre , et laissoit et souffroit aux gros qui avoient les grans greniers pleins de blés et d'autres grains vendre aux pouvres gens tant comme ils vouloient, mais qu'il en eust jun émolument ou proufQt, il ne lui challoit comment ils le vendissent, et tant les laissa faire à leur guise , que la première sepmaine de Juillet , qui vouloit avoir un sextier de bon blé, il coustoit neuf francs trèsbonne monnoye, et les fèves pour faire mouldre six francs , et pour ce que le peuple ne se povoit taire il flst le bon varlet , et fist mettre le siège devant la cité de Meaulx ; mais ce fût quant ils orent tous cuillis leurs saigles et leurs potaiges et ne faisoit mie en deux moys , ce qu'ils deust avoir fait en huit jours ; car il commença dès le moys de may à dire à ses gens qu'il se oonvettoit ordonner pour y aller et si fut avant le dix-neuviesme Jour de Juillet qu'il ne ses gens y missent le siège, lesquels gens estoi«;nt les plus maulvaises gens que on eust oncques veû au royaulme de France , et se faisoient appeller les escorcheurs ; car tels les devoit-on tenir par tout où ils passoient , car après eux ne venoit rien ne que après le feu.
Item , ils assaillirent la ville le douzlesme Jour d'aoust ensuivant, et la prindrent par force, et y ot aucuns prins à qui on coppa les testes.
Item , le marché ne pot estre prins , et se mirent bien six cent Angloys dedens qui le tindrent moult bien, Jusques à ce que le Roy vint à Paris la seconde foys puis l'entrée des François, et y entra par la porte Saint Anthoine le neuviesme Jour de septembre , landemain de la Nativité Nostre-Dame , et le Jeudy ensuivant alla à Saint Denys foire chanter pour sa sœur dame Marie de Poissy.
Itetn^ le dimanche ensuivant rendirent les Angloys le marché de Meaulx leurs vies sauves et leurs biens , et furent admenez par eau à Paris, et y furent deux Jours sur la rivière es bateaux.
. Item , le darrain Jour de septembre se party le Roy de Paris, et alla à Orléans, et landemain entre le Jeudy et le vendredy vindrent les Angloys environ mynuit en la ville de Nostre- Dame des Champs , et boutèrent feux , et prindrent hommes et biens ce qu'ils porent.
Item , le vingt -qnatriesme Jour d'aoust Tan 1 438 fbt prins en la rivière de Seine devant les
Bernardins ou environ ung poisson qui avoit entre queue et teste sept pies et demy au piédu roy de chastellet largement.
Item , en celluy temps especlabnent, tant comme Roy fut à Paris , les loups siesragés de manger chair d'hommes, de femmes ou d'eaffens , que en la darraine sepmaine de septembre estranglerent et mangèrent quatorze penoiUMS que grans que petits, entre Montmartre et la Porte saint Anthoine, que dedans les vignes, qoe dedens les mares , et s'ils trouvoient ung troupeau de bestes , ils assalUoient le berger , etlalisoient les hesies. La vigille saint Martin fiit tant chassé un loup terrible et orrible, qu'on disoit que luy tout seul avoit fait plus des douleurs devant dittes que tous les antres: oelv; Jour fut prins, et n'avoit point de queue, et pour ce fût nommé Gourtault etparloit autant deluy, comme on fait du larron de bols ou d'ungcrad cappitaine , et disoit-on aux gens qui aHoient aux champs, gardez-vous de Gourtault ; ioelloi Jour fut mis en une brouette la gueule ouverte et mené parmy Paris , et laissoient les genstoottes choses à faire fust boire, fust manger oq autre chose nécessaire que que ce fàst pour aller voir Gourtault ; et pouir vray il leur vailo plus de dix francs la cuillette.
Item, en celle année fut tant de gland de chesne , qu'on le vendott à la halle emprès Ta* voyne, à aussi grans sachées comme blé.
Item y le seiziesme Jour de décembre vindrent les loups soudahiement, et estranglerent quatre femmes mesnaigeres , et le vendredy ensuivant ils en aCfollerent dix-sept entourPariSi dont il en mourut onze de leur morsure, et faisoient en ce temps oeulx qui gouvernoient de par le Roy nouvelles subsides , car ils ordonnèrent que quelque beste à corne comme bŒoft ou vaches qui seroient vendus au marché, pay^ roit quatre sols pariais, le ponrcel huit bianes, le mouton ou brebis quatre blancs , et avec ce firent une très grosse taille et très-grevaUe; car qui n'avoit payé devant que quarante sois, il paîoit six livres , car elle doubla deux fova et aussi-tost comme ils venoient pour estre pales, et on ne les payoit-on avoit tantost après sergens en garnison, qui moult grevoient le poutre commun ; car quant ils estoient dans les maisonS; il les eonvenoit gouverner de grans des* pens, car c*estoient les varlets au deable (diable) , ils faisoient du mat trop plus que on n( leur commandoit.
Item, en celluy an en Janvier et février vint moult grant foison de porcs , mais les fanix gon* verneurs , quant ils virent la grant habondance, ils firent tant enchérir le Sel , que le bœssel de
socs LE BEGiNB D£ CHARLES VII.
sel ooustoit Tingt^deux sols parisis , et encore on n'en pooyoitflner pour son argent , et forent à Paris perdus très-grant foison de pores qu'on avoittuez par deffaulte de sel , car les gouver^ neura ne vonloient que on l'amenast que par ehevaUées pour vendre plus à leur voulenté, et disoitH>n pour vray que tout ce fauix gouvernement ne procedoit que du faulx malice de l'abbé de saint Mor des^Tossez. .
Item^ en celle année Aist tant de tauppes, que tous les Jardins en estoient gastez.
Ilem, en celle année ftirent les escorcheurs en Bourgolgne et en une grant court du pays mirent toutes les bestes à corne comme vacbes, l)eofs qui labouroient aux champs qu'ils porent trouver sans les bestes à laines et pourceaulx et autre bestall , et tous firent mourir de faim, parce qu'ils furent trop sans manger là-dedans, et fut pour ce que les gens du pays ne purent payer si grant rançon qu'ils demandoient
Item, en celle année ftirent les Ecorcbeurs devant A vranches, et y mirent le siège, et en estoit chef le connestable le comte de Richemont et estoient bien quarante mille contre huit mille AngloyB ; firent lever le siège à grant deshonneur , Youlsissent
Item , en eellui temps le Boy et son fllx furent à deseort ^par le conseil d'aucuns des seigneurs de France, comme le duc d'Anjou, le eonnestable, lesquels fbrent avec le Roy et le due de Bourbon avec le Dalphin et ung grant nombre qu'on nommoit les plus larrons qu'ils fussent ou remenant du inonde, et estoient nommés les Ecorcbeurs , et faisolent guerre au poudre peuple si forte, que on n'osolt yssir hors les bonnes villes , et quelques personnes qu'ils enoontrassent , ils lui demandoient gui vive , s'il estoit de leur party , il n'estoit seulement que desrobbé de quant qu'il avoit , et s'il estoit d'autre party il estoit tué et desrobbé, ou mené en prinson , dont Jamais il n'yssoit, tant estoit tyre gehaine, et mis A grant rançon, que Jamais ne ^ povdt paler , et par celle cause mouroit dans leurs prinsons.
Ikm, ils mangeoient char en karesme , fh>maige, lait et oeufs comme en autre temps ; en cellny temps se boutterent dedens Corbeil et dedens le bois de Vincennes et à Beauté.
1440 (1). — ^Le premier dimanche de may Tan 1440 environ une douzaine de ces escorcheurs vindrent à Paris, et après disoer allèrent Jouer «a Tisle Nostre-Dame avec autres gens , et regardèrent les toylles des bourgeois de Paris qu*on blanchissoit , et très-bien les adviserent,
(1} L'année 1499 ne se troave pas dans le Journal.
et quant ce vint sur le soir , ils firent semblant s'en venir et se mucerent en lieu qu'ils avoient espié, et à mynuit ou près vindrent en laditte isie , et prindrent touttes les toylles de lin , sans prendre une seule de chanvre, et navrèrent les gardes de plusieurs playes , et dit-on qu'ils valloient bien quatre cent livres parisis , et s'en allèrent droit à Corbeil , et ung vieil chevalier nommé messire Jehan Foucault , et le cappitaine du lK>is qui les deussent avoir recoussés, s'en allèrent partir à butin à Corbeil.
liem, celle année fut tant de hannetons et si largement, que on ne les avoit oocques mais vu venir à si grant habondance , mais il flst si grant fkoit la première sepmaine de Juing et si grant vent et plnye, qu'ils n'orent point de longue durée.
Item, il fut de tauppes par tout, que on n'avoit oncques mais vu , car pour vray ils gattoient touttes les semences que on mettoiten terre , et si avoit tant dè»-lors qui ùe demouroit rien en arbre qui fruit portast , ne cosses de bols onde fèves.
Item, en ce temps avoit moult cruelle guerre entre le Roy et son fils (3), et estoit le duc de Bourbon à l'aide du fllx contre le père , et se tenoit en fortes villes ou pays de Bourbonnais accompaigné de foison gens d'armes qui tout destruisoient son pays , et d'autre part le Boy estoit en pays de B^rry, car pour certain on alloit bien dix ou douze lieues que on n'eust trouvé que boire ne *que manger, ne fruit , ne autre chose, et si estoit ou droit cueur d'aoust, et tuoient et coppoient les gorges les ungs aux autres , fùst prestre, clerc, ou moyne , nonnain, ménestrel ou herault, femmes ou enffens ; briefs il n*estoit homme ne femme qui osast se mettre en chemin pour chose qu'il eut a faire , et prenoient les villes les ungs aux autres. Corbeil fut prins au nom du duc de Bourbon , Beauté et le Boys et les autres estoient de par le Roy ; et ceulx de Corbeil allèrent faire une cource pour piller sur les champs , et aussi-tost qu'ils Âirent ung pou esloingnez de Corbeil , ceulx de la ville leur fermèrent les portes, et leur cappitaine qu'on nommoit messire Jehan Foucault , chevalier, se bouta dedens le chastel luy et cevix qui estoient demourez pour garder la ville , et tantost ceulx de la ville, quant ils virent qu'il s'enferma au chastel, l'assiégèrent, et quant ils se virent ainsi assiégez , si JoCierent à tout , car ils avoient assez canons et artillerie, dont ils dommaigerent moult ceulx de la ville , que homme de la ville n'estoit tant hardy d'approcher vers eulx. En
(2) Le Dauphin, qui fiit depuis Louis XI.
JOURNAL d'un bourgeois DE PARIS,
ce temps ie Roy et son fils furent accordez , et par ainsi que toutes les places que ie duc de Bourbon avoit prinses la guerre durant, furent rendues au Roy par le traité fait entre eulx signeurs , et par ce point fut le chastel délivré de Foucault , et d*un grant tas de larrons qui avecques lui estoient , et fut laditte paix criée parmy Paris du Roy et de son fils le jour madame Sainte Anne , vingt-huitiesme jour de juillet , et fist-on les feux parmy Paris, et celle année 1440 fut très-fructueuse de tous biens très-bons et à bon marché ; car on avoit aussi bon blé pour seize sols parisis, comme Tannée devant pour cinq francs , aussi bonnes fèves pour quatre blancs , comme Tannée de devant pour sept ou huit sols parisis , très-bons pois pour six blancs, et si grant marché de tout fruit, comme on voulloit demander ; car on avoit le cent de grosses pesches pour deux deniers parisis , poires d'angoisse ou de caillan pépin trèsgrosses pour quatre deniers le quarteron , le cent de prunes de Damas pour sept deniers, le cent de très-bonnes noix pour quatre tournois.
Itemy en ce temps la ville de Harefleu estoit assiégée des Angloys, c'est pourquoy le Roy fist une grant assemblée de gens d'armes pour qui il convint faire une grosse taille, et lever subsides plus grans que autrefoys ; car une queue de vin paîoit aux portes de Paris vingt blancs, qui ne payoit Tannée devant que huit blancs.
Itemy quant Tassemblée des gens d'armes fut faitte, ils prindrent leur chemin à venir parmy Paris pour quérir leurs nécessités, et y furent bien quatre ou cinq jours, et estoient espartis (répandus) es villaiges d'entour Paris, et tout à leur povair gasterent, car il estoit le droit cueur de Tendange.
Iteniy en ce temps estoit très-grant nouvelle de la Pucelle, dont devant a esté faitte mention, laquelle fut arse à Rouen pour ses démérites, et y avoit adoncques maintes personnes qui estoient moult abusez d'elle, qui croyoient fermement que par sa sainteté elle se fust eschappée du feu, et qu'on eust arse une autre cuidante que ce fùst elle, mais elle fut bien véritablement arse et toute la cendre de son corps fut pour vray gettée en la rivière pour les sorceries qui s'en feussent pu ensuivir.
Iteniy en ceilui temps en amenèrent les gens d'armes une, laquelle fut à Orléans très-honorablement receuê, et quant elle fut près de Paris, la grant erreur recommença de croire fermement que c'estoit la Pucelle, et pour celle cause l'Université et le Parlement la firent venir à Paris bon gré malgré, et fut monstrée au peuple au Palays sur la pierre de marbre en la grant court,
et là fut prescbée, et toute sa vie et tout sod estât, et dit qu'elle n'estoit pas pucelle, etqu'elle avoit esté mariée à ung chevalier dont elle ayoït eu deux filx, et avec ce disoit qu'elle avoit fait aucune chose, dont il convint qu'elle allast ao Saint Père, comme de main mise sur son père ou mère, prestre ou clerc violentement, et qoe pour garder son honneur, car comme elle disoit, elle avoit frappé sa mère par mésaventure, comme elle cuidoit ferir ung autre, et pour ce qu'elle eust bien eschevée sa mère, se n'enst esté la grant ire où elle estoit, car sa mère latenoit pour ce qu'elle vouloit battre une sienoe corn* merre, et pour celle cause lui convenoitallerà Rome, et pour ce y alla vestuë comme nng homme, et fut comme souldoyer en la guerre du Saint Père Eugène, et flst homicide en ladite guerre par deux foys, et quant elle fat à Paris encore retourna en la guerre et fut en gamisoii, et puis s'en alla.
Iteniy le neuviesme jour d'octobre fut receaà Nostre-Dame de Paris, c'est assavoir le joor Monsieur Saint Denis, Tévesque de Paris, lequel estoit arcevesque de Toulouse, et ainsi fut-il arcevesque et evesque de Paris, et fut nommé Denis de Moulins.
Iteniy en celluy moys fût faite une grosse taille, pour aller resoourre Harrefieu que les An* gloys avoient assiégé, et ftit cuillie, et pois n'en firent autre chose Françoys, et ceux de Barr^ fleu par force de famine se rendirent au Angloys, et si estoient ^bien les Françoys vingt mille comme on disoit, ou plus, et les Angloys n'estoient pas plus de huit mille, qui toujours gagnoient pays, et vrayement il serobloitqueles signeurs de France foiiissent toujours devant eulx especialment le Roy qui avoit avecqnesiov tant de larrons, car les roys estrangers disoient aux marchans de France, quant ils alloient dans leur pays, que le Roy de France estoit le droit ourine aux larrons de chrestienté, et poor certain ils ne mentoient mie, car tant y en avoit en l'isle de France, qu'elle estoit toutte peuplée de gens pires que ne furent onoques Sarrazins, comme il apparoist par les grands énormes péchés et tyrannie qu'ils fiaisoient au pouvre peuple de tout le pays où le Roy les menoit oonunc des enffens nouveaulx, mais la plus grant tvrannie qu'on eust onoques veuë^ car ils estoient aussi-tost qu'ils estoient ne2 de leur mère, et I0 eussent plutost laissez mourir sans battesme, que jamais père et mère les eussent tenus sans grant rançon.
Iteniy ils prenoient les petits enfTens qa'ib trouvoient parmy les chemins aux villaiges ou aillieurs, et les enfermoient en huches, et là
sous LE BBGNB DB CUABLBS VII.
mouroient de faim et d'autre mesaise , qui ne les raDçonnoit de grant rançon.
Item, quant on preud'hoinme avoit une Jeune femme , et lis le povoient prendre , et il ne povoit payer la rançon qu'on lui demandoit , ils le tourmentoient et le tyrannoient moult grièvement, et les aucuns mettoient en grans huches, et puis prenoient les femmes-, et les mettoient par force sur le couvercle de la huche où le bonhomme estoit , et crioient : villain , en despit de toy ta femme sera chevaulchée cy endroit, et ainsi le faisoicnt, et quant ils avoientfait leur malle œuvre, ils laissoient le pauvre périr lànledans, s'il ne paîoit la rançon qu'ils lui demandoient , et si n'estoit Roy ne nul prince qui pources'avançast de faire aucune aide au pauvre peuple , mais disoient à ceulx qui s'en plaignoient , il faut qu'ils vivent, ce se fussent les Aogloys, vous n'en parlassiez pas , vous avez trop de bien.
liem, le sabmedy quatorziesme Jour de Janvier 1440 entra le duc d'Orléans à Paris, qui avoit esté prinsonnier aux Angloys ou pays d'Angleterre par l'espace de vingt-cinq ans ou plus. Quant il oC esté environ huit jours à Paris, il se desparty de Paris lui et sa femme qu'il avoit admenée avecqnes lui, et se party de Paris le jeudy ensuivant qui fut venu , et alla voir son pays d'Orléans, et ceulx de Paris lui donnèrent de beaux dons à sa despartie ; et il les print très volontiers , et encore convint-il faire une taille pour lui aider, dont le clergé paia la moitié, pour ce qu'il promist par la foy de son corps de faire paix entre le roy de France et d'Angleterre ; pour ce le clergé fut plus incliné à lui aider à laditte taille, car tout se perdoitpar iam&udite guerre. Il est vray qu'on pendit ung larron lequel estoit ooutumier, quant il veoit ung petit enffant en maillot ou autrement, il l'ostoit à la mère, et tantost ne le rançonnoit ; ou en fist mourir aucuns par sa cruaulté comme Herodes.
lieniy en celluy an 1440 Ait le cimetière des Innocens par l'espace de quatre moys qu'on u'y enterra onoques personnes petits ne grans, ne on n'y fist procession ou recommendacion pour quelque personne , et tout par Tévesque qui pour lors estoit qui en vouloit avoir trop grant somme d'argent , et l'Eglise estoit trop povre, et fut nommé celKii évesijue maistre Denis des Moulins , lequel estoit arcevesque de Toulouse, patriarche d'Antioche, evesque de Paris , et du grant conseil du roy Charles sept de ce nom, et si disoit-OQ qu'il n'en estoit pas content , et si estoit homme ancien et très-pou piteux à quelque personne, s'il ne recevoit argent ou aucun don qui le vattlsist ,' et pour vrny on disoit qu'il
avoit plus de cinquante procès au parlement, car de luy n'avoit rien sans procès.
Itetn^ il, ou ces très-desloyaulx complices trouvèrent une pratique bien cstrange , car ils alloient parmy Paris, et quand ils veulent huys fermez , ils demandoient aux voisins d'entour pourquoy sont ces huys fermez à sire , respondoient-ils , les gens en sont trespassez , et n'ontils nuls hoirs qui y fussent demeurez à sire , ils demourent ailleurs , et tant faisoient qu'ils par leurs decevans paroles sçavoient où ils ce demouroient^ et tantost les faisoient citer pour rendre compte de leurs testamens , et se par aucune adventure pour long-temps , posez qu'ils eussent bien accomply leur testament , et qu'ils le prouvassent bien , si ne peussent-ils chevir , s'ils tantost ne apportassent leurs testamens , et y cust dix ou douze ans, et s'ils l'apportassent , si bien oonstoit-il argent par leur subtille cautelle.
Item , celle année fut moult bonne , car on avoit le sextier de bon froment pour seize sols parisis, le sextier de noiz pour vingt-quatre sols parisis, et le crioit-on parmy Paris , comme on fait le charbon, à trois blancs le boesseau , la pinte d'huille cinq blancs, bonnes pommes en may pour deux blancs le boesseau , la pinte de vin deux deniers , fèves pour dix deniers, pois pour quatre blancs , navez pour quatre deniers le boesseau ; mais les Angloys eouroient souvent Jusques aux portes de Paris, et si n'y avoit qu'ung seul cappitaine d'Angleterre nommé Tallebot , qui faisoit visaige , et tenoit pié contre le Roy et sa puissance , et pour vray il sembloit au semblant qu'ils monstroient que moult le doublassent, car toujours eulx esloingnoient de lui vingt ou trente lieues, car il chevaulchoit parmy France plus hardiment qu'ils ne faisoient , et si tailloit tous les ans le Roy deux fois son peuple des mains pour aller combattre Tallebot, et si n'en faisolt-on rien , par quoy le peuple du villaîge fût tant grevé comme au pain quérir especialment laboureurs , car du blé qui leur avoit cousté en semence quatre francs le sextier, ne leur valloit que seize sols parisis , ou vingt sols au plus , et l'avoyne qui avoit cousté trois francs , ne leur rendoit que treize sols parisis, et pareillement de tous grains, et après les patis , les tailles , et les cpurces sans pitié , et qui pis est, les cappitaines firent une ordonnance aux chasteaulx d'entour Paris, où il y avoit pons à passer, comme Charenton , le pont de Saînt-Cloud et autres pons , que quelque personne qui y passeroit , payeroit passaige fut à pié , ou^ cheval ; au pont de Saînt- Cloud toutte personne qui y entroit , ou yssoit , et y entrast cent foys le Jour, tant de doubles luf convenoit payer sans mercy, une charrette vuide
lî)
JOUBNAL D*UN BOUBGEOIS DB. PARIS.
OU plaine six doubler, ung charriot douze doubles.
Item , le dix-neuviesme jour de may, jour Saint- Yves , fist mettre le Roy le siège devant Creel par le connestabie , et y vint et son flix avecques luy.
Item , le mardy vingt-troisiesme jour de mny, vigille de l'Ascension Nostre-Dame , on fist crier le pain de deux doubles à deux parisis , pesant le blanc vingt-quatre onces , et le pain faitiz à toute la fleur de deux deniers parisis pesant trente-deux onces tout cuit.
Item^ le jour de T Ascension Nostre Seigneur furent prins parmy Paris plus de trois cent pouvres hommes laboureurs par le commandement d'un droit cruel ty rant, qui pour lors estoit président, nommé Maistre , pour mener en Tost devant Creel, et les espioient les sergens à l'issue des églises, et mettoient moult rudement la main àeulx , et falsoient trop pis qu'on ne leur commandoit , mais qui pis qui en parloit tant fust pou, il estoit mis exi prison villainement, et lui coustoit moult; mais comme ils estoient entre les mains de ses ennemys sergens qui dévoient ou cuidoient partir, Nostre Seigneur les conforta grandement , car environ deux heures après disner vint ung herault de par le Roy et de par le connestabie tout bâtant , qui aporta lettres au prevost de Paris et des marchans et à la ville , lesquelles faisoient mention que la ville de Creel et le chastel estoient rendus , par ainsi que les'souldoyersqui dedans estoient , s'en estoient allez à tout leurs bagues franchement, lesquelx , si comme on disoit , estoient bien cinq cent d'hommes de fait. Quant les pauvres labou* reurs devant diz oûyrent les nouvelles, si furent moult reconfortez , et ceulx de Paris moult rejoijys , et firent moult grant joie, et sonnart'-on par touttes les églises de Paris moult hauitement et après soupper on fist grans feus comme à la Saint- Jehan , ou plus et danooit-on parmi Paris, et les enffens crioient Noiiel moult hauitement.
Item , le jeudy ensuivant vint le Dalphin à Paris, et fust logé en l'ostel des Tournelles, emprès la porte Saint-Anthoine , et n'y démonta qu'une nuy t , ne se monstra point à Paris , ne son père le Roy n'y vint point , pour ce qu'on leva la plus grant taille à Paris, selon la grant pouvreté d'argent et de gaing , qui pour lors estoit qu'on eust veû depuis cinquante francs (ans) ; car on faisoit premier très grans emprunts à tous ceulx de parlement, de chastellet, et de toutes les cours de pratiques, sur peine de tous perdre leurs biens, et le oonvenoit paier ou estre mis en pri^son et avoir sergens en son ostel en garnison , qui tout gastoient aussi-tost que ils y estoient \ car ils faisoient très oultrai-
geuse despence et autres maulvalses bcsoingncs plus que on ne leur commandoit.
Item , après celluy prest furent assis à très grosses tailles et cuidoit le peuple que on ne leur demandast rien , mais après on commença la grant douleur au peuple d'icelle taille, cir nuls ne nulle n'en eschappa , et très grevemeot furent assis; car qui n'avoit payé devant que vingt sols , il paloit quatre livres , œloy de quirante sols à dix francs , celuy de dix francs i quarante francs, et si n'y avoit point demern; car qui estoit refusant , ses biens estoient tendus en my la nie et son corps en prinson.
Item^ fût mis le siège devant PontoysCf ie mardy des festes de Pentecostes , qui futleqnatriesme jour de juing 1441. Et le sabmedy ensuivant , vint le Roy à Paris comme ung homme estrange (estranger) et son fllx , et se logea pr» du chastel Saint-Anthoine Iny et son fSlx,eonin)e s'ils eussent paour qu'on leur fist aucon grief dont on n'avoit talent ne voulenté, et le joorde la Trinité manda l'Université environ dnqheores après disner et leur demanda aide d'argent pour payer ses gens. Après parla aux boorgeob qu'il avoit si tres-grevement taillei n'avoit pas encore un moys, en leur demanda que convient que ce f^t à force ou autrement qu'ils loi febsent bientost finance de vingt mille escnsd'or.
Item , depuis que le Roy fut devant Pontoise, ne fust jour qu'on ne fist à Paris proucesiion, l'Université , les religieux ou les paroisses.
Item , la darraine sepmaine de juillet , vint le Roy à Saint- Denis, et fut là trois seproaines entières luy et la plus grant partie de sa gent;et là faisoit conseils tous les jours et oonspiraeions, l'une foys de laisser le siège, l'autre foys de prendre tout l'argent que les oonfMries de Paris avoient et disoient les faoix conseillers qoe trop y avoit confirairiesà Paris de la mmtié, e( tant firent par leur grant mauvaiseté, qneb plus grant partie des oonfrairies forent apeticées de la moitié ou phis , car à la pins grant partie où on disoit trois oo quatre omsks^ deux à nottes et deux basses, on ne dianta qu'une basse, et où il y avoit vingt da trente cierges , que trois ou quatre pointes sans torches , ne sans honneur à Dieu , et de touttes parts où lé Roy oo tous les grans en gênerai qv estoient avecques lui, savoient les Angioys^ils s'enfuioient d'autre part, puis à Poissy,poB* Maubuisson , puis à l'isle-Adam , puis à Conflans , puis s'en rasvioient (revenoient) à Saint- Denis, et toujours avoit en leur oompaignietrotf Françoys contre un Angloys , lesquelx Franc»?' ne faisoient tous les jours que piller et rober, et gaster touttes les vignes , tous les firuits, coppr
sous LE OEGNB DB CIIABLKS VII.
les arbres tous ehargez de fmits qui ne les rançoimoJt, battre les maisons couvertes de thuilles, bref tout estoU rançonné aux champs et à la yille, et si le sçavoient bien les sîgneurs , mais ils estoieat trestous sans pitié que quant on s'en plaigDoit, ils disoient, se ce fussent les Angloys, vous n'en parlassiez pas , il convient qu'ils vivent, on que soit ainsi , estoit ce roy Gharles-le- Sept gouverné, voire pis que Je ne dis, car ils le teooient comme on fait ung enffent en tutelle.
Item^ toiyours estoient devant Pontoise, si advint un Jour de Jeudy en septembre le Jour de Sainte-Croix, que les aucuns des Françoys allèrent devant la cité d'Evreux , en fut rendue sans sang espandre que pou , car d'un oosté et d'autre n*y ot mort que cinq hommes.
Item , le dix-neuviesme Jour de septembre ensuivant, fut prinse par force d'assault Pontoise, et furent tuez à l'assault quatre cent Angloys on environ, et des Françoys environ diz ou onze.
Item , plusieurs Angloys furent mis à mort en celiers et en caves et autres lieux où ils fuirent trouvez messez (cachez) , et sien ot à l'Ostel- Dien de trouvez qui orent malle estraine.
Item , le vingt-dnquiesme Jour dudit mois de sqttembre emmenèrent les gens d'armes les prinsonniers qu'ils avoient admenez à Paris après la prinse de Pontoise ^n leurs fortereses moult piteusement, car ils les menoient au pain de donlenr deux et deux accouplez de très fort chevestres ( cordes ) , tout ainsi comme on mené chiens à la chasse, montez sur grans chevaulx qui mottlt tost alloient, et les prinsonniers estaient sans chapperon , tous nuds testes , chascottg un pouvre haillon vestus, tous sans chausses ne souliers la plus grant partie ; brief , on leur avoit tout osté Jusques aux brayes (culottes), et en emmenèrent cinquante- trois de Thostellerie du Coq et du Paon de la grant rue SainMif artin , et tous qui ne ce povoient rançonner, Ils les menoient en Grève vers le port au Foin , et les lioient pies et mains sans mercy mains que des chiens, et là les noyoient voyant tout le peuple, et HMNilt y en ot de noyez et emmenez en forteresses, comme devant est dit; car plus de gens d'armes avoitdelàle8pons8anscomparaison,qu'ilneavoit <I^ les pons , et touttes voies gueres hostellerie ne deçà ne de là où il n'eut foisons prinsonniers ^'specialment où estoient les gens d'armes.
Item , ce vingt-cinquiesme Jour vint le Roy à Paris environ quatre heures après disner , et ne vint point le Dau|riiin ce Jour.
Item , le Boy s'en alla de rechief en son pays <le Berry , à celle fin qu'on ne lui demandast quelques relasches de malletostes , dont tant y avoit en France , et aussi ^ur une grosse taille
que les gouverneurs vouloient cuillîr , laquelle ils cuilUrent fùst tort ou droit.
Item , quant le Roy se fut party de Paris ung pou apr^ lequinziesroe jour d'octobre l'an 144 1 , vint le duc d'Orléans à Paris pour prendre une beschée sur la pouvre ville, et puis s'en retourna en son pays le vingtiesme Jour dudit moys , sans nul bien faire pour la paix , ne pour autres choses quelconques.
Item , en ce saint temps de l'advenement de Nostre-Seigneur, on troubla tellement l'Université, que oncques n'y ot prédication faite ne à Noël ne es octabes, ne jusques au Jour des Rrandons.
Item, après ce cessa le parlement, et fut avant le huitiesme Jour de karesme que ceulx de parlement plaidoïassent aucune cause qui flit celle environ le vingtiesme Jour de février.
Item, le penultiesme jour de janvier trespassa la femme du comte de Richement, connestabte de France, qui fut premier espousée au duc de Guienne, fllx du roy de France Charles le sixiesme de ce nom, et fut fille de Jehan, duc de Bourgongne, comte de Flandres , et de plusieurs comtés et duchés, et trespassa en la ruëde Joûy, et fut enterrée le cinquiesmejonr de février en l'église de Nostre-Dame du Carme à Paris, et fût porté son cueur àNostre-Bame de Liesse ou de Liausse, lequel qu'on veult.
Item, en icelle année fut si grant année d'oignons, que environ Pasques-Fleuries, qui furent celle année le Jour de l'Annonciation de Nostre-Bame, ne valloit le grant boessel de Bourgongne que six deniers parisis, et en ieellui temps vint tant de figues à Paris, que la livre de la meilleure ne ooustoit que quatre deniers parisis, et raisins très-bons quatre deniers parisis, fèves les plus belles à douze deniers parisis, pois très-bons à quatre blancs.
1442. — Item y ou moys d'avril après Pasques 1442 furent les eaux si grandes, qu'ils estoient le Jour de Pasques qui furent le premier jour d'avril celle année 1442, qu'ils venoient Jusques devant l'Ostel de la ville en la place de Grève et plus, et puis fust-elle marchande, et tantost après à l'entrée de may vint de rechef aussi grande comme devant, qui moult fist de mal aux gaignaiges de bas pays sur rivière.
Item y outre le sabmedy et le dimanche devant l'Ascension , qui fut le sixiesme jour de may qu'on a accoustumé d'aller à Saint Spire de Corbeil en pellerinaige, environ neuf heures de nuyt commença la plus grant pluye, que oncques mais d'aage d'homme, tant fust vieulx , eust esté veuë, car depuis celle heure jusques au
ly.
JOURNAL d'un BOUBGEOIS DE PA.RIS,
jour elle ne cessa, et chut si très-habondamroeot, que es plus larges places des grans rues de Paris, elle alloit es moutiers dedans les celiers pardessus le seuil des huys haults , et levoit les queues (tonneaux) de vin jusques aux planchers, et avec ce tonnoit et espartissoit si terriblement, que tout Paris en Ait espouvanté, et ceulx qui estoient allez à Saint Spire, nous dirent qu'ils n'en oiilrent rien, ne de la pluye, ne du tonnerre.
Itemy celle sepmaine le quatriesme jour le vendredy devant le sabmedy que celle terrible pluye chut, furent veus entre Villejuive plus de quatre cent corbeaux qui s'entrebatireut de becs, d'ongles et d'ailes si très-fort que firent oncques gens en bataille mortelle , et en laditte place espandirent foison de leur sang , et faisoient si orribles crys que très grant paour et freour (frayeur ) en avoient ceulx qui les virent et oyrent.
Item^ letroisiesme Jour dejuing l'an 1442 fut dédiée l'église Saint Anthoine-le-Petit par révérend père en Dieu raaistre Denis de Moulins, lors cvesque de Paris, arcevesque de Toulouse, patriarche d'Antioche, et conseiller du Roy nostre sire.
Item^ celle année fut le plus bel aoust et les plus belles vendanges qu'on pustestre veuëspuis cinquante ans devant, et tant devin qu'on avoit pour deux deniers parisis, ou pour deux deniers tournois parisis la pinte fin et net, pommes grosses de cappendu de rouveau pour ung double le quarteron, grosses poires d*'angoisses pour deux doubles.
Item , le onziesme Jour d'octobre au Jeudy fut la recluse nommée Jehanne la Voiriere, mise par maistre Denis des Moulins, lors evesque de Paris, en une maisonnette toute neufve, dedans le cymetiere des Innocens , et fist-on ung bel sermon devant elle et devant moult grant foison de peuple, qui là estoit pour le Jour.
Item , en ce l'an fut le plus long y ver que oncques homme vivant eust veu ; car il commença proprement la vigille de Saint Nicolas en décembre à geler, et ne cessa Jusques environ le quînziesme d'avril , qui fut le lundy de la semaine peneuse (sainte) , et puis recommença à l'entrée de may, l'an 1443 , et gela les quinze premiers Jours très-fort , qui moult empira les vignes, et les hannetons aussi.
Item^ en ce l'an furent pois et fèves trè»-mauvais à cuire , et tous plains de cossons et trèsehen^ car ung boessel de bons pois coustoit six sols parisis au plus , et advint parce que l'esté fut très-chault et sans pluye, mais tous ruits furent à trèsi-grant marché; car' en la fin
du moys d'aoust on avoît très-belles pommes de cappendu le quarteron pour deux doubles, le cent de noix pour deux deniers parisis et antres fruits à la value, le molle de bonnes bocbe» huit blancs, le cent de cotterets pour vingt sols parisis , mais oignons furent très-chera , car six oignons gros constoient quatre deniers parisis.
Item , celle année 1443 fut bien quatre \m% et plus sans pleuvoir , point en yver ne en esté, parquoy les vins furent de très-maulvalse garde, et tost tiroient à aigreur, et devenoientrooxet de malle saveur , et pour ce furent-ils celle année à bon marché.
Item , le Jour de Sainte Marguerite vingtlesme Jour de juillet 1448, vint le DalphinàParis, et pour sa venue fist-on une grosse taille.
Item , la deuxiesme sepmaine d'aoust ledit D alphin fut devant Dieppe, et par force il len le siège que les Angloys avoient tenu devant laditte ville par l'espace de grant temps, et là furent mors grant foison d'Angloys ^ de bons marchans.
Item^ qu'on ne doit de rien jurer qui soiti advenir ; car le premier Jour de septembre ensuivant , un prinsonnier de la prinse de Pontoise qui avoit esté par plusieurs foys condamné à noyez, ou d'autre pire mort, et toujours avoit esté enferré es prisons de Saint Martin des Champs, vendu et revendu de rançon à plus grant rançon, le premier Jour deseptembrefiitmariéàune belle Jeune femme bien née, et y ot très-belle feste, etde lionne foy ils n'attendoient tous les jours que la mort lui et son compaignonqui fut délivré eday jour sur sa foy ; ainsi ouvra fortune en «s deux hommes, et pour ce nul ne se doit défierde Nostre-Selgneur , et soy désespérer pour nulle peine.
Item , en la fin d'aoust vint le Dalphin à Paris , et y fut environ trois Jours , et après alla à Meaulx , et là fut aucuns Jours que oncques n'alla à l'église, que tous les Jours aller chasser, et faire telles vanités ou pis, et aveeques loi avoit quelques mille larrons qui tout destmisirent l'isle de France , et leur donna eestuy Dalphin sur chascune vache qu'ils prendroient deoiy escu, et sur chascun cheval ungescu,etqui vouloit vendanger, il convenoit qu'il rançonnast (racbe tât) sa vigne à grant rançon, et touteceste douk»reuse tempeste qui ainsi se soffroit (souflroit) du Dalphin et des gouverneurs faux et traistres an Roy , ne ce faisoit , que pour ce que le poow« peuple ne povait pas pafer les grans tailles et autres subsides , à quoy on le mettoit de jour en Jour , et faisoient entendant qu'<m faisoit ces aides pour aller devant les Mans , les autres disoient devant Rouen , les autres diMMeot devant Mantes, et faisoient atoi euteudant
sous LB BEGNB DE CUABLBS VII.
les fauix gonverneors au peuple, et tant tindrent ces faulces paroles que le peuple estoit tout appaisié de leurs dommaiges , pour espérance qu'on avoit qu'ils feissent aucune chose de bien , mais leur espérance fut toutte vaine, car ils tindrent tant le pouvre peuple en celle espérance que l'y ver commença ; lors (ut dit par les faulx gouverneurs qu'on ne povait tenir siège Jusques au temps nouvel , et que le Roy avoit moult à £aire où il estoit très*grant besoitt , et que son ûlx allast par devers luy et sa cofflpedgnie hastivement ; ainsi se party le Daipbin le quatorziesme Jour d'octobre l'an 1443 quaut il ot sa part de la taille sans faire aucun bien que tout le pays destruire.
Item , en ce temps furent deffendué touttes prédications dès devant la my^aoust , jusques à la conception Nostre-Dame en décembre. En icellny temps ti'estoit nulle nouvelle du Roy, ne de Royne , ne de quelque seigneur de France à Paris, ne que ce ils fussent & deux cent lieues , mais que les gouverneurs sous leurs umbres faisoient tailles sans cesser , disant que le Boy et ses subjets, mais qu'ils eussent l'argent, qnïls iroient conquester toutte Normandie, mais quant là estoit cueillie , et qu'ils l'avoient par devers eulx , plus ne leur en challoit que de jouer aux dez,ou chasser au bois, ou danser, ne De faisoient mais commeon soulloit faire ne Joustes,netoumois, ne nuls faits d'armes pour paour des lezions (blessures) ; bref tous les signeurs de France estoient tous devenus comme femmes, car ils n'estoient hardis que sur les pouvres laboureurs et sor pouvres marchans qui estoient sans nulles armes, et quant ils virent que le pouvre peuple n'avoit plus de quoy payer la taille, ils firent crier que nuls ne prins plus de (fuelque monnoie que ce ftist ne de Bourgongne, ne d'Angleterre , ne de Flandres , ne de quelque autre pays que celle qui auroit ung chappelet au tour de la croix ou de la pille. Helas ! le pouvre peuple n'avoit pour celluy temps que celle monnoie qoi fût deffendué à prendre , dont il fut tant grevé que c'est grant pitié à patisser ( à payer l'impôt) ; car ce fut une des grandes tailles qui east esté faitte , passé avoit grant temps, car il convenoit la nouvelle monnoie à leur vouieuté achepter , ne nul n'en osoit parler , et ftit fait ce cry et cette ordonnance le jour de la chaire Saint Pierre qui fût au sabmedy , dont le peuple qui vint au pardon à Saint Denys , furent mallement grevez et fortendommaigez; car pou y avoit de gens qui vindrent devers Normandie, dont il vint grant peuple à celle fois qui eussent autre monnoie que englesche, ou de Bourgongne , Flandres, ou de Bretiugne, par
quoy ils ftirent moult grevez pour le changement de la monnoie qu'il falloit qu'ils feissent par tout où ils furent.
Item, en celluy temps avoit toujours en sainte église deux papes, Tung nommé Eugène, et l'autre Félix; cestuy Eugène trmoit toutte la France , et l'autre la partie de Savoye, et d^aucunes contrées environ son pays.
Item , celle année fut tant d'oignons, qu'on avoit leboessel pour deux doubles ou pour deux deniers aussi bons que on eust oncques veû , et de poureaulxla plus belle botte des halles pour ung denier ou pour ung tournois , ne oncques enchérirent en tout lekaresme, bons pois pour trois blancs ; fèves pour trois blancs, bon vin deux deniers.
Item y k la my-karesme que on chante en sainte église Lœtare Jérusalem à la messe, tonna tant de fois qu'on eust oncques oiii puis cent ans, et fut entre trois et cinq heures sans cesser, et chut sur l'église de Saint Martin des Champs, et abatit la croix et le cochet (clocher), et une pomme de pierre qui pesoit bien une queiie de vin , et rompit le moustier en plusieurs lieux , tant que on disoit qu'il ne serait pas bien reparé pour trois cens escus d'or.
Item y en celluy temps le chancelier alla à Tours , où le Boy estoit pour traitter de la paix de France et d'Angleterre; mais il cuida parler au Boy , soudainement ung mal le print, dont il mouruthastivement , qui fut grant dommaige, car bon preudhomme estoit gour le royaulme.
Item , fut faitte une des piteuses et la plus devDte procession que on eust oncques veiie à Paris ; car l'evesque de Paris et celluy de Beauvays et deux abbez portèrent le corps de Nostre-Seigneur de Saint Jehan en Grève sur leurs espaules , et de là allèrent aux Billettes querre (prendre) à grant révérence le gaunivet, de quoy le faulx juif avoit dépicqué la char Nostre-Seigneur , et de là furent portez avecques la sainte croix et autres reliques sans nombre à Sainte Katherine du Val des Escolliers, et y avoit devant plus de cinq cent torches allumées , et dé peuple bien neuf ou dix mille personnes, sans ceulx de l'église , et avoit après ces sainctes reliques , tout le mystère du Juif, qui estoit en une charrette lié où il avoit espines, comme se on le menast ardoir , et après venoit la justice, sa femme et ses enffans, et parmy les rues avoit deux eschaffaulxde très-piteux mystères, et furent les rués parées comme à la Saint Sauveur, et fut faitte celle procession, pour ce qu'on avoit bonne espérance d'avoir paix entre le Boy de France et d'Angleterre, et fût le quinzicsme jour demay au vendrcdy Tan 1414.
JOURMAL D UN BOUKtiEOlS DE PABIS,
1 444.—Itemy le 11*0151651116 jour de juing ensuivant fui la troisicsme feste de la Penthecoste. Le mereredy des quatre-temps ftirent criées les trêves de paix entre le Roy de France et d'Angleterre oommençans le premier jour de juing 1444 et sur la mer le vingt-sixiesme jour dudit moys , et furent publiées cedit moys parmy la France et en Normandie et en Bretaigne et par tout le royaulrae de France.
Item, en ce Tan fut le iandit qui n'avoit esté puis Tan 1436, et fut fait dedans la ville de Saint Denis , et fut grant débat entre l'evesque de Paris pour la benisson ( bénédiction ) et l'abbé de Saint Denys , car l'abbé disoit la ville estre à soy, de son droit, et que lui appartenoit la benisson. L'evesque disoit que passé trois cent ans l'avoient faitte ses devanciers evesques de Paris, la fcroit. Quant l'abbé vit cecy , luy flst faire deffense sur grosse peine de faire ladite benisson , et l'evesque de Paris alla a ung autre costé du marché , et flst faire la benisson par ung maistre en théologie nommé maistre Jehan de Lolive, né de la ville de Paris.
Jteniy le douziesme jour de juillet fut faitte procession générale, et fut celluy jour reporté le précieux corps de monsieur S. Gloud en la ville du sainct dont il avoit esté aporté pour les guerres bien avant seize ans ou environ , et avoit esté à Saint Simphorlen derrière Saint Denis de la Chartre celui temps en garde en une châse , et le vindrent querre les bonnes gens des villes d'entour Saint Gloud à procession , en chantant À Dieu louanges.
Item, le douziesme jour de juillet l'an 1444, Alt ouverte la porte Saint Martin qui n'avoit esté mais ouverte puis le moys d'aoust 1429 que la Pucelle vint devant Paris le jour de la Nostre-Dame en septembre ensuivant qu'on feist pre- Diier la feste Saint Laurent en la grant court de Saint Martin.
Ilem^ à l'entrée de juillet vint une grant eompaignie de larrons et de murdriers ( meur* triers ) qui se logèrent es villaiges qui sont au tour de Paris, et tellement jusques à six ou environ huit lieues de Paris, homme n'osoit aller aux champs, ne venir à Paris, ne n'osoit cuillir aux champa quelque chose que ce fust, car nulle voiture n'estoit d'eulx prinse , qu'elle ne fust rançonnée à huit ou dix francs , ce nulle beste prinse, fust asne, vache oupourcel, qui ne iust plus rançonné qu'il ne valloit , ne homme de quelque estât qu'il fust , fust moyne , prestre ne religieux de quelque ordre, fust nonnains, fust ménestrel , fust herault , fust femme ou enffant de quelque aage que s'il yssoit ( sortait) dehors Paris qui ne fust en grant péril
de sa vie, mais se on ne luy ostoit sa vie, il estoit despoûillé tout nû tous sans ung teul excepter de quelque estât qu'il Aist; et quant on s*en plaignoit aux gouverneurs de Paris , ils re»pondoient , il faut quHls vivent, le Roy y mettra bien bref remède, et de cette eompaignie estoient principalement Pierre Regnaalt, Floquart L'Extrac et plusieurs antres tous monbres d'Antecrist , car tous estoient larrons et murdriers, l)oute-feux, efforceurs detonttes femmes et leurs compaignies.
Item , en cellui an le Roy alla en Lorraine, et le Dalphin son filx en Allemagne g;uerroier ceulx qui rien ne leur demandoient luy , ces mallegens (mauvaises gens) devant dites qui tant faisoient de maulx que le Roy contraint et tous les gouverneurs tellement, mangèrent le peuple que nul bien ne luy povait venir , ou que il fust , car il laissoit son royaulme qui estoit tout meslé d'Angloys qui foumissoient et enforçoient leurs chasteaux , et ils aUdent lui et son filx en estranges terres, où ils n'a voient rien despendre et gaster ses gens en la finance de son royaulme. £t en bonne foy ils ne faisoient en six ou en dix ans , ne pour eulx ne pour autre quelque chose que oe fùst pour le bien do royaulme , qu'ils ne deussent avoir fait en trois ou quatre moys.
Item , le quatriesme jour de septembre cessèrent les sermons jusques au treiziesroe jour de mars qui fut dimenche devant, Rinni^ palmarum , et fût fait à Saint Magloire. La cause fût pour ce qu'on flst une grosse taille où on vouloit asservir tous les suppôts de TuiUversité de Paris. Si alla ie recteur pour deffendre et garder les libertez et franchises de ladite université , parler aux esleuz, Si y ot aucuns desdits esleuz qui mirent la main au reeteur, par quoy les sermons cessèrent. En celluy temps fut apporté le Circoncis de Nostre-Seigneurà Paris , et ceulx qui l'aporterent disoient que le Roy et le Dalphin et Charles d* Anjou avoient impetrez lettres à nostre saint père le Pape Eugène , que tous ceux qui prendrolent une lettre qu'ils bailleroient, qu'ils seroient absouls de peine et de coulpe à Teure de la mort; mais qu'ils feussent vrays confées et repentans , et très-chier coustoit une cette lettre , car les riches en paîoient quarante sols parisis, et les moyens trente-deux ou vingt sols parisis , et les poovres à la value et tauxoient ces lettres à journées d*UDg ouvrier deux sols pour jour, le nche à vingt ou à trente journées , les mains (moins) riches à mains , et disoient que l'evesque de Paris leur avoit octroïé à ce faire en sa dyocese. Par qcioy le peuple priiit par dévocion plus de cinq cent
sous LB BBGNB DB CHABLES Vil.
de ces lettres et aussi pour la réparacionde Nostre-Dame de Coulombes qui avoit esté destruite par les gaerres, et quant ils eurent emporté la sainte relique , l'eresque de Paris fist commandement par touttes les parroisses de Paris que tous cenix qui avoient ces dittes lettres les luy portassent , sur peine d'excommunié et plusieurs de cealx qui les avoient prinses pour paour d'encourir en celle sentence, les luy portèrent et pour paour d'estre en indignadon du prélat et aussi de maleisson pour bénédiction , et quant ils lesportoient on les pendoit à ung crocliet en son estude , et n'en fist on plus pour celle heure josques à une autre fois qu'on les devoit visiter plus à loisir j et ceulx qui les avoient portées ne les porent avoir pour celle dont moult furent troublez.
Item , ïïprès fut apportée la chasse Saint Sebastien et Ait par les parroisses comme celle de devant , et tous ceulx qui se mirent dans la confrairie dudit sainct paioient chascun huit deniers.
Item , le Jour de l'Ascension qui fut le Jour Saint Jehan enmay et le landemain gela à glace, par laquelle gelée les vignes furent gelées , par quoy le vin enchery si fort que le vin que on donnoit par devant à deux deniers fût tantost mis à six deniers parisis.
/tem, en celle sepmalne fût apportée à Paris la chasse Saii^t Quentin et fut portée par les églises de Paris , et ceulx qui la oonduisoient faisoient pendre un grant fléau , conune il est au poids du Roy, et là faisoient peser hommes et femmes et eulx estans en la' balance , on les tiroittant qu'ils perdoient terre et en ce faisant on noromoit sur eulx plusieurs saincts ou sainctes et après ils se racheptoient de blé ou d'argent on de ce qu'ils vouloient , et moult firent grant <iiillette (récolte) d'argent à Paris , iceulx que»teurs de pardons en celluy temps.
Item , le mercredy de la feste de la Penthecoste chut le tonnerre en l'église de Nostre- Dame de Liesse environ six heures au matin et tua dedens l'église de Nostre-Dame quatre hom* mes et affola bien vingt-huit ou trente personnes de leurs membres, et aucuns de leurs sens, et leva du pavement les quarreaulx et les barreaulx de fer.
Itemj le deuxiesme Jour d'aoust fut faitte vue procession générale de touttes les parroisses de Paris à .Nostre-Dame, et de Nostre-Dame allèrent à Nostre-Dame des Champs par grant devocion : car vray est que grant temps avoit que ung moine de Saint Denis en France pour le temps que les Angloys gouvernoient leroyaulme, prtnt le doud et la couronne à Saint Denys
à celle fin que les Angloys ne Fotassent de laditte abbale , et l'emportassent en leurs pays , ledit moine print ces deux précieux Joyaulx et les porta honorablement à Bourges en Berry où estoit adoncques le roy de France Charles septiesme de ce nom. Et le premier Jour d'aoust furent apportées par le vouloir du Roy et des seigneurs du sang royal , et par le pourchas (à la demande) de l'abbé Saint Denis en France, nommé Gamaches par surnom , à Nostre-Dame des Champs , et le lundy deuxiesme jour d'aous t 1444 furent apportées à Saint Magloire par très honorables processions à grant luminaire et là furent celle Journée Jusques à landemain qui fut le Jour de l'invention de Saint Estienne troisiesme Jour dudit moys , et ce Jour vindrent à Paris l'abbé de Saint Denys et tout le couvent revestus de chappes de drap d'or ou de soye et avec eulx touttes les parroisses à bannières et à croix et à très grant foison peuple , et à très grant foison torches allumées vindrent à Saint Magloire celluy Jour, et là fut dit une messe trèssolen^nelle , et après congé à l'abbé et à tout son couvent, lequel les convoya jusques hors de Paris vestu et tout aoumé comme evesque et tout son couvent revestu de chappes , et avec ces saintes reliques alla tant de peuple à Paris que à peine seroit crû qui ne Tauroit point veâ.
Jtem , le lundy seiziesme jour d'aoust trespassa en la ville de Chaalons la femme du Dalphin de France nommée Marguerite fille du roy d'Ecosse, et en celluy temps fut fait chancelier de France , le frère à rarchediacre de Paris et arcevesque de Bains, tous deux enffens de feu maistre Jacques Jouvcfnel.
Item y la seconde sepmalne d'octobre la vigille des Octaves de Saint Denis fut ouverte la porte de Montmartre à ung vendredy.
Itemy le Roy ne nuls des seigneurs de France n'alloient ne venoient à Paris et tout temps faisoiM-on grosses tailles, sans ce que on fist aucun bien pour le commun , et toujours s'enforçoient les Angloys et avitailloient leurs forteresses et ne faisoient ne trêves, ne paix, et ne challoit au Roy comment tout en allast que de chevauleher de pays en autre toujours bien accompaigné de Vingt mille ou plus de larrons qui tout son pays mettoient à destruction..
Item y en ce l'an fut la plus terrible maladie de la verrolle depuis la my-aoust jusques après la saint Andry, que on eust oncques veiieespecialment sur petits enffens : car en la ville de Paris on eust vu durant celluy temps plus de six milliers, et moult en mourut de cette maladie , et mouroient depuis qu'ils estoient gueriz de celle verollc mauldite, et moult en furent mala-
JOUBNAL D*UN BOUBGEOIS DE PIBIS ,
des plusieurs hommes et femmes de tous aages, especialment à Paris.
Item y en celluy temps vint ung Jeune cordelier à Paris de la nation de Troyes en Champagne ou d'environ, petit homme, très doulxregart et avoit un nommé Jehan Crète aagé de vingt et ung an ou environ , lequel fut tenu à ung des meilleurs prescheurs qui oneques eust esté à Paris depuis cent ans, car vraiement on ne vit oneques homme lire plustost qu'il disoit son sermon , et sembloit proprement qu'il sçeust tout le vieil testament et le nouvel et toutte la Légende dorée, et tous les anciens livres de touttes nations du monde, et oneques on ne le vit faillir de revenir à son propos , et par tout où il preschoit,le moustierestcMt tout plein de gens.
Item^ il se départi de Paris environ huit Jours avant Noûel, et alla prescher ou royaulme d'Angleterre.
Item^ le vingt-quatriesme Jour de février l'an 1444 , Ait dédiée l'église des Innocens par révérend père en Dieu l'evesque de Paris , nommé messire Denis des Moulins.
Item , le premier lundy de mars ensuivant, fuirent renouvellées les trêves du premier Jour d'avril Jusques au premier Jour d'avril de l'année ensuivant , et fut crié par les carrefours de Paris.
1445. — Item , à ung mardy douziesme Jour d'avril l'an 1445 en la sepmaine peneuse , entre la mynuit et prime du Jour^ gela si très fort que touttes les vignes furent touttes perdues et tous les noyers cuits de la gelée, et après vint tant de hannetons et de chanilles et d'autre orde vermine que toutte celle année n'y ot ne vin, ne verjus , ne fruit par toutte la France ; et fut le divseptiesme Jour de la lune de mars, et furent Pasques ledix-septiesmejour en ce Tan
1446. — Item , en celluy an vint ung Jeune homme qui n'avoit que vingt ans ou environ , qui sçavoit tous les sept arts llbéraulx par le tesmoing de tous les clercs de l'université de Paris, et si sçavoit Jouer de tous instrumens, chanr ter et deschanter mieulx que nul autre, peindre et enluminer mieulx que oneques on sçeut à Paris ne ailleurs.
Item^ en fait de guerre, nul plus appert et JoUait d'une espée à deux mains si merveilleusement que nul ne s*y comparast ; car. quant il veoit son ennemy il ne failloit point à saillir sur luy vingt ou vingt-quatre pas à ung sault.
Item^ ilestmaistreeu ar ts,maistre en médecine, docteur en décret, docteur en théologie et vrayment il a disputé à nous au collège de Navarre qui estions plus de cinquante des plus parfaits
clercs de Puniversité de Paris , et plus de trais mille autres clercs , et a si haultement bien repondu à touttes les questions qu'on lui a faites, que c'est une droite merveille à croire qui ne l'auroit vu.
Item y il parle latin trop subtil, grec , ébreo, caldaique , arabique , et tous autres laDgaiges.
Itemy il est chevalier en armes , et vrayement se ung homme povoit -vivre cent ans saut boire , sans manger et sans dormir , il ne auroit pas les sciences qu'il scet touttes par cucnr , aprinses et pour certain il nous fist très grant freour , car il scet plus que ne peut sçavoir nature humaine ; car il reprent tous les quatre docteurs de la sainte église. Bref , c'est de sa sapience la nompareille chose du monde, et nous avons en TEscriture que Antecrist sera engendré en advontive de père chrestian et de mère julfve qui se feindra chrétienne et chascun coidera qu'elle le soit , il sera né de par le diable en temps de touttes guerres et que touttes Jeunes gens seront déguisez d'abit tant femmes que hommes , tant par orgueil comme par luxure, et sera grant hayne contre les grans signeors, pource qu'ils seront très cruelx au menu peuple.
Itemy toutte sa science sera de par le diabk et il cuidera qu'elle soit de par sa nature ; il sera chrestien Jusques à vingt-huit ans de son aage , et visitera en celluy temps les grands signeurs du monde pour monstrer sa grant sapience et pour avoir grant renommée d'ieeulx; au vingt-huitiesme an viendra de (à) Jérusalem ; et quant les Juifs incrédules verront sa grant sapience , ils croiront en luy et diront que c'est Messias qui promis leur estoit et l'adoureroot comme Dieu , adoncques envoira ses disciples par le monde et God et Magod le suy vront, et régnera par trois ans et demy : à trencte-deux ans les dyables l'emporteront, et adoncq les Juife qui auront été deceups, ils se convertiront à la foy chrestienne, et après vendront (vi«idront) Henoeh et Elle , et après sera tout chrestien et sera l'Evangile du sainct qui dit : Eifiei unum (mie et unus pastovy adoncq approuvée , et le sang de ceulx qu'il aura fait tourmenter, pour ce qu'ils ne vauldrent adourer , criera à Dieu vengeance, et adoncq vendra saint Michel qui le trébuchera luy et tous ses ministres ou prinson, puis d'enfer , ainsi comme devant est dit , le racontèrent les devant diz docteurs de celloy homme devant dit, lequel est venu d*Espaigne en France ; et pour vray selon Daniel et l'Apocalypse Antecrist doit naistre en Babylone , en
Caldée.
Itemy en celluy an 1446 fut le moys de may le plus froit et le plus pluvieux que on cost onc-
sous LB EàGNB DB CHABLBS VII.
qafls vu d'aage d'homme vivant ; car oncques Jour ne fojst qu'il ne gelast ou que il ne pleust , et (ut avant la feste de la Trinij^é qui fiit le douziesme Jour de juing que le temps se eschauffa.
Itemy la sepmaine devant l'Ascension , fiit crié panny Paris que les ribauides ne porteroient plus de sainctures (ceintures) d'argent, ne de collets renversez , ne pennes de gris en leurs robes , ne de menuver , et qu'ils allassent deroourer es borderaulx , ordonnez comme ils estoient au teiAps passé.
Item, la vigille de l'ascension fut enterré le Prévost de Paris nommé Ambroys Lore baron de Juille, mains (moins) amant (aimant) le bien commun, que nul prevost que devant luy eust esté puis quarante ans ; car il avoit une des femmes qu'on peust voir en tout Paris, la plus belle et honeste et fille de nobles gentils gens de grant ancienneté , et si estoitsi luxurieux qu*on disoit pour vray qu'il avoit trois ou quatre concubines qui estoient droites communes , et supportoit par tout les femmes folieuses , dont trop avoit à Paris par sa lascheté et acquist une trèsmaulvaise renommée de tout le peuple ; car à peine povoit-on avoir droit des folles femmes de Paris, tant les supportoit et leurs m.... relies.
Iteniy après son trespassement le septiesme jour d'aoust on ordonna pour estre prevost de Paris Jehan d*Estouville chevalier , conseiller et chambellan du roy nostre sire 1446 au jour devant dit courant le dimenche par Y.
Itenij le troisiesme jour de septembre ensuivant fut crié à trompes parmy Paris qu'on portast à Pontoise tous vivres pour la solempnité de la feste de la Nativité de la Vierge Marie qui fut le jeudy ensuivant , pour cause de certains pardons et indulgences que notre sire le Roy et monsieur le Dalphin et monsieur de Bourgongne avoient impetrez par devant nostre saint père le pape Eugène ; c'est assavoir pour l'église Nostre-Dame de Pontoise qui moult estoît empirée par les guerres et par les longs sièges qui devant avoient esté par plusieurs foys tant d'Angloys comme de Françoys.
itenif ledit pardon commença à doze heures de Doyt la vigille de la Nativité de Nostre-Dame et dura Jusques à mynult de la journée d'icelie feste qui font vingt-quatre heures , et fut dit plain pardon comme il est à Rome ; mais celluy de Borne dure plus longuement et fault estre vray confées et repentans.
item, celle année 1446 fut le vin si cher que on De avoit point de vin qni vaulsist rien. qui ne coustast dix ou douze deniers parisis la pinte, et fu si pou de vin que on n'avoit point le sex-
tier qui ne coustast du moins seize blancs, et si pou de noix que le cent en coustoit quatre blancs que on avoit l'année précédente pour deux deniers parisis ou pour deux tournois.
ttemy celle année vint à Paris par eaûe et a charroy, que on avoit le quarteron pour dix deniers parisis les plus grosses poires d'angoisse et pour deux blancs au plus, et si estoient de si bonne garde qu'elles n'enpirerent point jusques à la my-mars. Et de vray les tas en estoient es halles de Paris comme je vy oncques de charbon à la Croix de Grève, non pas ung tant seulement, mais six ou sept tas sans garde, et des pommes autant ou plus qui furent apportées du pays de Languedog, de Normandie et de plusieurs autres pays.
Itenif celle année fut né ung Ûlx de la royne de France le jour des Innocens après Noël, qui furent cette année le mercredy et fut né à ung chastel nommé le Motis en Tourainne et fut nommé Charles duc de Berry.
Iteniy cellui an fut le grant pardon au mont Saint-Michel par deux foys; c'est assavoir en may l'an 1446 et en septenJ)re ensuivant ou dit an.
1447. — Itemy en may 1447 le dimenche dix-huitiesme Jour landemain de Saint-Jehan Porte-Latin.
Itemy le dimenche ensuivant qui fût le quatorziesme jour de may 1447 fut faite procession de nostre mère rUniversitéàNostre-Dame deParis qu'on priast pour feu pape Eugène, qui trespassale troisiesme jour de février, le jour saint Biaise.
Itemy fut institué après luy pape Nicolas cinquiesme du nom, et toujours estoit pape Félix dux des Savoysiens en sa voulenté première ; c'est assavoir de vouloir estre pape sans vouloir aucunement soy condescendre que à sa voulenté, et disoit que le saint concile de Basie l'avoit ordonné sans nulle prière qu*il en fist aucunement et pour pape se tenoit.
Itemy en celluy temps estoit le vin à Paris si cher et ne buvoit le pouvre peuple que sarvoise, ou hochet^ ou bière, ou cidre, ou peré en telz manières de breuvages, et en ce temps environ la my-may arriva tant de vins en la ville Saint- Denis en France pour le landit qui devoit estre le moys ensuivant, qui furent prisiez à douze mille quelles et environ sept cent muys, que de Bourgongne que de France, et après le landit en fut tant ramené à Paris, qu'on avoit aussi bon vin pour quatre doubles ou pour six deniers , qu'on avoit devant pour douze doubles, et bientost après ot-t-on très bon vin pour quatre deniers pinte.
JOl ANAL D'irw DOUllGEOIS DE PABTS,
item y ou moys de septembre 1447 trespassa de ce siècle révérend père en Dieu , monsieur Tevesque de Paris , le quinziesme jour de septembre , nommé monsieur Denis des Moulins , patriarche d'Antioche, arcevesque de Thouloze, et fut enterré à Nostre-Dame de Paris.
Item, ce Jour Saint Nicolas en décembre, fat fait par élection evesque de Paris, messire Guillaume Charetier, homme de très bonne renommée, et estoit chanoine de Nostre-Dame de Paris.
Item y en celluy temps fat décollé maistre Pierre Mariette , pour le contans qu'il avoit mis entre le Dalphln et le duc dcBourgongne, par sa grant raauvaisetié et desloyaulté trayson.
1448. — Itemy le douziesme jour d'avril 1448 fat confirmé abbé de Saint Magloire frère Jehan Jamelin , lequel avoit esté tout nourry en ladite abbaye, né de la cité de Paris, et le sacra et beney l'evesque de Meaulx, lequel avoit esté moyne de Saint Magloire, et estoit avec ce abbé de Saint Mor et prieur de Saint Eloy de devent le pallays , et fat à sa beneisson l'abbé de Saint Denis , l'abbé de Saint Germain des Préz, l'abbé de Saint Victor, l'abbé de Sainte Geneviève.
Itemy la darraîne sepmaine d'avril vint à Paris une damoiselle, laquelle on disoit estre aimée publiquement au roy de France sans foy et sans loy , et sans vérité à la bonne royne qu'il avoit espousée, et bien y apparoist qu'elle menoit aussi grant estât comme une comtesse ou duchesse , et alloit et venoit bien souvent avec la bonne royne de France , sans ce qu'elle eust point honte de son péché , dont la royne avoit moult de douleur à son cueur : maisà soufTrîr lui con venoit pour lors, et le roy pour plus monstrer et manifester son grand pechié et sa grant honte et d'elle aussi , lui donna le chastel de Beauté , le plus bel chastel et jolis et le mieulx assis qui fust en toutte l'isle de France, et ce, nommoit et faisoit nommer la belle Agnez , et pour ce que le peuple de Paris ne lui fîst une telle révérence comme son grant orgueil demandoit que elle ne pot celler, elle dist au départir que cen'estoient que villains, et que ce elle eust cuidé que on ne luy eust fait plus grant honneur qu'on ne luy flst, elle n'y eust Ja entré ne mis le pié, qui eust esté dommalge, mais il eust esté petit. Ainsi s'en alla la belle Agnez le dixiesme Jour de may ensuivant , à son péché comme devant. Hélas î quelle pitié, quant le chef duroyaulme donne si malle exemple à son peuple , car s'ils font ainsi ou pis il n'en oseroit parler , car on dit en un proverbe : selon signeur mesme duyte (mêmes serviteurs), comme nous avons d'une dame royne de Bahylone, nommée Semiramis, qui fut
une des neuf preuses qui flst de scm propre filx son amy ou son ribault, et quant elle vit que son peuple en murmuroit, elle fist crier publiquement par tout son royaulme que qui youldroit prendre sa mère, sa fille ou sa sœur par mariaige, ou par folle amour, ou autrement, qu'elle en donnoit à tout son peuple , quel qu'il làst , licence et povair de ce faire et le oommandoit, dont il vint moult de maulx oudit royaulme de Caldée; car les hommes efforçoient les femmes et les filles , dont maints homicides fat fait depuis cette loy que Semiramis fist pour couvrir sa grant luxure. Car quant ung si grant signeur oo dame fait publiquement grans pecbés , les dievaliers et son peuple en est plus hardy à pécher.
Itemy en celluy an fat si bon marché de pain et de vin, que ung homme laixnireur avoit assez de pain pour deux tournois à vivre pour ung jour , très bon vin pour tout homme pour deux deniers parisis la pinte, blanc et vermeil, à te Saint Jehan, le quarteron d'œufs poor huit de* niers parisis, un très-grant fromaige pour six deniers, la livré de bon l>ettrre pour huit deniers parisis.
Item, à ung dimenche courant par F celhiy an le jourdelaMadelainefatsacréetbeny Tevesque de Paris, en l'abbaye de Saint Victor les Paris, et celluy jour fat faite une proocessioDà Saint Germain l'Aucerrois, et là fût ordonné qu'on yroit rachepter des chrestiens qui estoient es mains du soldan (soudan) auxquelx on faisoit souffrir moult des martyres, et le deuxiesme oq troisiesme jour après ce, partirent de Paris aucuns frères de Saint Mathurin et autres pour aller audit voyage piteux.
Itemy le dimenche ensuivant quatriesme jour d'aoust, fat rcceu ledit evesque à Nostre-Dame de Paris et partit de Saint Victor sur ung dieval blanc et vint à Sainte Geneviève, en delà fat porté à Nostre-Dame de Paris à très grant honneur.
Item^ celle année fut la rivière de Saine si petite que à la Toussaint on venoit de la place Maubert tout droit à Nostre-Dame de Paris, à l'aide de quatre petites pierres et hommes et femmes, et petiz enffens sans mouiller leurs pies, et devant les Augustins jusques au Pont Saint Michel, en quatre ou en cinq lieux, en telle manière pour venir au pallays du Roi par la porte de derrière.
Itemy celhiy an farent commandée à tetcr les festes de madame Sainte Geneviève, comme le jour du dimenche par l'evesque de Paris devant nommé, en la feste de madame Sainte Katherine, lesquelles on festoit devant aux ns et coustumes.
sous LE EKGNS DB CHARLES VU.
Itemy moosiear de Paris dessus dit, ûst une belle predicstioii am Innocens le Jeadi absolu^ et donna absolacion à tous les trespassez, qui |Mr faolte d'amis ou de pecune, ou par mauvais procureurs avoient esté ou esMeut nommez es ^lîses, excommuniez par négligence ou autrement, jusques à trente Jours. Et en celluy temps le bon preodhomme visita les registres, et y mit très bonne ordonnance contre ceux de la court d'église, qui ainsi*tost falsoient excommunier une personne fùst tort ou droit, en le dimanche qo'on dit, Miserieordia Damini^ flst dire vi* giUeset les commandassions landemain, et messe très solempnelle par toutes les parroisses de Paris, et aux Innocens deux fois la procession.
Item, en ce temps furent prins caymans , larrons et meurdiers, lesquels par Jehaine (torture) ou autrement confessèrent avoir eniblez enffens, à l'ung avoir crevé les yeux, et à autres avoir coppé les jambes, aux autres les pies et aux autres maolx assez et trop , et estoient femmes aveo les meurdriers pour mieulx décevoir les pères et les mères et les enffens , et demouroient comme logez es hostels trois ou quatre jours, et quant ils veoient leur point enpiai&e marche , pays ou ailleurs , ils embloient ainsi les enffens et les martyroient comme devant est dit. En ce temps en la fin de mars 1448 ftirent aocnns prins qui encuserent tous les autres , et de ces caymans furent pendus ung homme et une femme le mercredy vingt-troisiesme jour d'avril emprès le Moulin au Vent , ou chemin de Saint Denis en France 1449. Aucuns desdits caymans qui estoient de la compaignie d'iceulx devant diz ûirent mis en prinson : car on disoit qu'ils avoient fait ung roy et nneroyne par leur dérision, et prouvé contre eulx qu'ils avoient à petiz enffens qu'ils avoient emblezes villaiges ou ailleurs, coppé les jambes, crevez les yeux et assez et trop de tels meurdres faiz où ils repairoientet estoient très grans compaignîes de telx larrons à Paris et ailleurs.
1449. — /if4&fn,lequatorziesmejourd'avrill449 furent à ung mercredy publiez une lettre que pape Nicolas estoit paisiblement demouré en la papalité du bon gré de Félix duc de Savoye, et ledit Félix , par l'ordonnance du conseil , fût ordonné cardinal et légat.
fietHy iejeudy ensuivant cinquiesme jour dudit moys , fut faite grant joie à Paris pour lesdites nouvelles et fist-on les feux parmy les rues comme on fait à la saint Jehan.
henij le vendredy ensuivant fist on procession générale à saint Victor-lez-Paris, et ne fiston rien à Paris ne que au dimenche.
item^ en celluy temps estoit si grant marché
d'œufs, qu'on avoit à l'Ascension ung quarteron pour six deniers pariais , un firomaige pour quatre ou cinq deniers , et bon vin deux doubles et ung pain pour vivre (nourrir) ung homme pour ung bon double, dont les trois valloient quatre deniers parisis , mais de poires ne de pommes ne furent nulles celle année , et si ftirent les hannetons à grant puissance , qui moult firent de maulx.
Item, en celluy moys de may fttt gaigné sur les Angloys le pont de l'Arche , et le mardy vmgt-septiesme jour de may furent faittes processions générales au pallays du Roy en la sainte chapelle , et là furent monstrez la précieuse couronne de quoy nostre seigneur Dieu fut couronné , et le fer de la lance et ung des doux dont il fut percé , et autres dignes reliques largement, qui n'avoient esté monstrées au peuple puis la prlnse de Pontoise qui fut Tan
Item, le trentiesme jour de may , fist ung terrible tonnerre environ quatre heures après digner qui desgouvry tout le clochier des Augustins d'ung costé et d'autre, rompy gros chevrons et rompy le bras à un crucifix sur l'autel , et abbaty du la couverture du moustier grant partie.
Item, en celluy temps on avoit bon blé frc* ment pour huit sols et pour moins; et bon blé seigle pour quinze ou seize blancs , mais on gaignoit pou.
Item^ en celluy an environ la saint Jehan fût prins le pont de l'Arche, et environ la my-aoust fut prins Mante, Yernon et plusieurs villes et chasteaulx que les Angloys tcnoient en Normandie. En ce l'an fut le grand pardon gênerai en la cité d'Evreux , et y vint le Roy de France sans venir ne luy ne la Royne en la bonne cit& de Paris.
Item, en ce l'an fut faitte une procession bien piteuse le treiziesme jour d'octobre, des enffens de quatre ordres mendians et de touttes les escolles de Paris, de Yalentons et de Pucelles , et furent nombrez à douze mille cinq cent enffens et plus, et tous vindrent aux Innocens en la grant liie Saint Denis, et là fut chantée une messe , et là fut moult bien honorablement prins l'ung des saincts Innocens , et porté par deux dévotes personnes à Nostre-Dame de Paris et les enffens après, tous portans cierge ou chandelle de cire en sa main, et fut faite une moult belle prédication par ung mnistre en théologie, et au revenir près de leur église commencèrent /«^ violata jusques dedans l'église , et disoient une antienne du sainct ou saincte de l'eglisç et une oraison.
JOUHNAt d'un B0UBOBOI8 DB PABI8*
Ilenij le dimenche dix-neoTiesme Jour d'octobre , entra le Roy en la ville de Rouen par la voulenté du commun et malgré les Angloys , et le lundy ensuivant on sonna par tous les moustiers de Paris , et landemain fist-on des feux pour la joie de l'entrée de laditte ville qui fut faitte sans sang espandre , et se boutèrent les Angloys dedans le pallays qu'ils avoient fait faire que mestier (besoin) leur fût; car le commun de la ville moult pou les avoit cher, ponrce que trop de mal leur avoient fait ou temps qu'ils signourisoient (qu'ils etoient les maîtres).
Item, le Jour saint Simon et saint Jude fût faitte la plus belle procession à Saint Martin des
Champs qu'on eust vu puis cent ans devant; car ceux de Nostre-Dame aeoompalgnn de toutte l'Université et de touttes les parroisses de Paris , et allèrent querre le précieux corps Nostre Seigneur à saint Jehan en Grève acoompoignez de bien cinquante mille personnes, tant du parlement que d'autres , et parmy les rues où ils passèrent les firent encourtinez comrae k Jour du saint Sacrement, et fût fait en la grant rue saint Martin devant la fontaine Maubrie , on près , ung moult bel eschafhult où on fist nne très belle histoire de paix et de guerre , qui longue chose seroit à raconter , qui pour ce on délaissera.
FIN nu lOUBNAL n'UEV BOUBGEOIS nE PABIS.
DS
AUGMENTÉS d'UR BSTAT PABTICDLIEB