‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 39 sur 157 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De V ancien estât du pais de Bourgongne, jusgués au temps quHl/ut réduit en duché : à laquelle succédèrent les ayeulx et pères maternels de Carcheduc Philippe d'Austri' che.

J'ay tant enquls (1) de ceste matière de Bourgongne , que je trouve que Diodore Sicilien, moult ancien historiographe grec, et grand clerc, et duquel les livres et les escritures sont moult recommandées entre les orateurs , en dit quelque chose, parlant d'Hercules le très renommé : dont les œuvres furent si-grandes, que plusieurs tiennent le récit de ses faicts pour chose poétique , fantosme, ou choses si merveillables, qu'elles sont quasi non croyables : et ne fust que tant de notables clercs ont approuvé ses magnifiques faicts, je, plein de simplesse , craindroye beaucoup d*alleguer ceste matière devant vostre signeurie: maisjepren courage, et hardement, de réciter ce que dit Diodore: qui met, en effet , que ledlct Hercules , en fai-

(1) Toutes ces enquêtes d'Olivier de la Marche , ne l'ont conduit qu*à des inexactitudes exirava^ntcs sur l'origine (les Bourguignons.

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INTBOOUCTION O OLIVIEB DE LA BLAfiCUB.

saiit ses voyages , et mesme en allant en Espaigne, passa par le pais que Ton nomme à pre* sent Bourgongne , et y prit en mariage, selon la ioy , l'une de ses femmes , nommée Alise : laquelle fut dame de moult grande beauté, et du plus noble sang et lignage, qui fust au pais : et dit que de ceste Alise il eut génération , dont sont venus et yssus les premiers roys de Bourgongne : et , pour appreuve , vous trouverez au ducbé de Bourgongne, au quartier que Ton nomme Laussois, apparence d'une cité ou ville (qui se nommoit Alise) que celle dame fonda , et iuy donna son nom : mais la ville a €Sté destruite et ruinée par les guerres, qui de long temps ont régné en ce quartier. De celle cité d'Alise font appreuve Lucain et Saluste , mesmement en recitant la grande rébellion que firent les François , et mesme ceux d'Austun , alencontre de César et des Rommains : les* quels François avoyent élevé contre ledict César , un prince françois, nommé Yercingentorix : lequel assembla grande puissance de François contre ledict César, et se logea en la cité d'Alise , et à l'environ : et ledict César se logea au plus près , à tout les légions romroaines : et fortifia ses tentes et son logis : où il eust beaucoup à souffrir par la puissance desdicts François. Mais, par son sens et magnanime courage, il déconfit, à la fin ,^par bataille, ledict Verciugentorix , et les cohortes françoises , et les remit en l'obeïssance de Romme , comme devant : et par ce pas trouverez appreuve de ladicte cité d'Alise , dont j'ay eserit cy-dessus.

En ce temps d'Hercules, et grand temps après, ceux que nous nommons Bourgongnons, se nommoyent Allobrogiens : et vaut autant à dire Allobrogiens (selon que Tinterprétent messieurs les clercs) comme mal-languagé ou mal-parlant : et certes combien que je soye né de celle noble terre, j'appreuve assez l'interpretement. Car le language de soy est rude, et mauvais entre tous ceux de leur voisinage. Or dura ce nom d'AUobrogiens longuement ( comme il est assez sceu , iant par les croniques romroaines , comme par les histoires de Belges (et durant le règne de la grande cité de Bavais, et Jusques à ce que les Rommains (qui moult de terres et de signeuries mirent en leur sugettion, et sous leur puissance) travaillèrent à guerroyer les Germains : et dura celle guerre par moult de temps, et par moult d'années.

Car les Germains estoyent fort et durement assaillis des Rommains et de leur grand puissance : et les Germains, pleins de noblesse, et dépeuple belliqueux, se deffendoient vigoureu- ^ment : et à la fois les uns sus les autres

(ainsi que la fortune de la guerre adonne) pas^ soyent le Rin, chacun sur sa partie : et tousjoors convenoyent, sur Tarriere saison , que chacun parti se retirast à sa seurté, pour passer rhiver, et pratiquer nouvel assaut à l'esté à venir, et estoit le fleuve du Rin comme une barrière entre les deux : et , pource que les Rommains trouvoyent, en ce pals d'Allobrogle , terre fertile et pleine de vivres , de blés , de vins, de bois, de rivières , et de moult de commodités, nécessaires à gens-de-guerre, en marchisant près de leurs ennemis , et aussi que le pais, en plosieurs lieux , est fort de roches et de montaignes , ils choisirent ce lieu proprement, qui aojourd'huy est nommé Bourgongne, pour leor retraite : et là sejoumoyent, et hivernoyent, et fesoyent , selon les cohortes et oompaignies, les uns es montaignes, les autres es vallées, plusieuri^ bourgs , clos et fermetures , les uns de bois, les autres de clostures de pierres : et là se mettoyent en seureté : et se tenoyent^et fortifloyent esdicts bourgs , contre leurs eone mis , et contre leurs voisins , et mesroes les uns contra les autres : et tellement furent iceox bourgs habités par manière de forteresses, et en firent si largement , et par telle abondance, que Ton cessa de nommer iceux païs allobrogiens, et furent nommés, et encores sont,Bou^ gongnons, c'est à dire habitans en Bourgs. Autres auteurs l'escrivent autrement : comme Orose : qui en eserit après le récit de Comelins Tacitus : qui moult bien recita des histoires rommaines, et de plusieurs choses: et dit que les Vandales furent par les Rommains chacés hors de la Germanie, et vindrent en Gaule : «« ils firent moult de maux. Car Ils estoyent bien quatre cens mille : et depuis retournèrent en leur païs : dont grande partie d'iceux y trouvèrent leurs maisons, forts, viles, ou diasteaux brûlés et destmits : parquoy il leur fut force de faire nouveaux édifices : et édifièrent plusieurs ix)urgs, pour eux tenir en seureté : parqnoy cdle partie de Vandales furent appelés Burgondionés t et dit que , depuis , les Vandales généralement retournèrent en Gaule, et firent de grandes conquestes : et qu'iceux, nommés Burgondiones, s'arrestérent près d'Austun , et demourérent e» la terre où ils sont«ncores, et qui est aujoar* d'huy nommée Bourgongne : et se nomnwit celle partie des Gaules, Gaule Belgique : poorce que ceux du païs estoyent confédérés en amiti* avec les Belgiens : et dit ledit Orose, qu'autres Vandales occupèrent Esclavonnie : dont sont nommés les Esclavons , en Dalmatîe et en Brie, près de Venise : et occupèrent Pouloigncel Boesmc : et sont , selon cestuy auteur , toutes

INTfiODUCTIOIf DOLIVIBB DB LA MABCHB.

les nations dessusdictes , venues et yssues des Vandales.

Or donc , pour mieax en parier à la yérité Je me suis ainsi eoquis , de plusieurs parties, pour trouver le nom de Bourgongne , et dont il est venu. Si vous plaise de prendre en gré ce que j'en ay peu sçavoir , et dont fut élevé premier le Doro de Bourgongne et des Bourgongnons , selon que j'en ay peu enquérir et apprendre. Durant le temps, et tant qu'ils se nommèrent Allobrogiens et Bourgongnons , et qu'ils teindrent la loy payenne ,. moult de roys et de puissants princes régnèrent et gouvernèrent ieelle signeurie : où je ne me veuil en rien arrester : poufce que diceux vous n*estes en rien descendu, fors que de nom seulement, pris par vos ancesseurs , de celle tresancienne signeurie : qui toutesfois n'est point le vray surnom de voz prodiains ancestres ( comme je déclareray en ce présent escript, et pourquoy) mais c'est le cry vray et notoire de eeste maison de Bourgongne : et à ce propos je reviendray bien-tost : et ce pendant poursuy vray ma matière , le plus au vray que mon entendement le pourra com* prendre : et laisserons toutes ces choses, advenues avant l'ad venement de nostre signeur, pour réciter aucunes choses, qui servent à nostre matière : et trouve que tous les roys, tant d'Aliobrogie, comme de Bourgongne ( qui est une mesme diose ) portèrent leurs armes ( soit du temps qu'ils furent Payens, oonune aussi depuis qu'ils furent Ghrestiens et baptisés) de six pièces d'or et d'asur, à la bordure de gueuiles : lesquelles armes durent encore» en Bourgongne.

Revenant à nostre matière, je trouve que Van deuxième après le cruciûement de Jesus-Ghrist, les deux roys voisins, de France et de Bourgon- ^e, tous deux Payens, eurent moult cruelle bataille l'un contre l'autre : et ncMnbre l'histoire cent mille hommes morts des deux costès : et trouvères vray, que la victoire fût pour les Bourgongnons : et ce Je recite pour appreuve , que lors il y avoit roy en Bourgongne. Itemy je trouve que. Tan quatorzième après le crudflement de Nostre-Signeur, la glorieuse Magdalelne vint au lieu de Marseilles, en Provence : et là convertit à la saincte foy chrestienne le roy et la royne de Bourgongne : et, par la prédication et enhort de la saincte dame ; les Iiaptisa salnct Maximian , à Arles en Provence : et prirent le salnct baptesme le Roy et la Royne : et tous ceux de leur royaume feirent baptiser, ou mourir : et fut nommé ce premier roy de Bour- (^ongne, chrestien, à son baptesme, Trophumie, et Ait son parrain , sainct Trophumie , ne-

veu de sainct Pol l'apostre : lequel fut depuis archevesque d'Arles, et le pi*emier.

Apres cestui roy de Bourgongne , ie premier Chrestien de ce nom , régna Estienneson fils, qui fut cinquante ans roy de Bourgongne : et fut oSluy que la Magdeiaine fit ressusciter, et moult bon catolique ftit : et fit apporter en grande dévotion , à Marseilles, la croix , où fut martirisé le glorieux corps sainct , monsieur sainct Andrieu : laquelle est encores à sainct Victor , lez Marseilles. Geluy roy Estienne augmenta moult la foy de Nostre Signeur, et eut la croix de sainct Andrieu en telle dévotion et révérence , qu'il la prit pour enseigne, toutes et quantes fois qu'il iroy t en guerre, ou en bataille : et de là vint que l'enseigne des Bourgongnons est la croix sainct Andrieu : et , si aucunefois ils ont porté aatre enseigne , ça esté quand la signeurie, par quelquesfois,a estèes mains des roys de France : mais tousjours sont ils revenus , et retournés h leur première nature : comme je feray apparoir, et ainsi qu'il en appert.

Or voup ay-je monstre ce que j'ay peu pratiquer et apprendre du premier nom de la terre , que l'on dit Bourgongne (qui se nomma Allôbrogie) et du second ( qui encore dure) que l'on appelle Bourgongne , et pourquoy : et si vous ay dèclairé, dont les premiers roys d'Allobrogie viennent , et successivement ceux de Bourgongne : et trouve, par les anciénes croniques et escritures, que le royaume de Bourgongne s'estendoit bien - avant , comprenant Piedmont , Ast, Provence, Dauphiné, Savoye, duché etcomté de Bourgongne , et jusques à Sens , du oosté de Paris , qu^ l'on dit encores Sens en Bourgongne : et de l'autre part, Ferratte, et Lorraine, Bar , et grande partie des basses Allemaignes, et jusques au Rin : et estoit ce royaume plein de gens , autant adonnés aux armes , que nuls des autres de leurs voisins : parquoy les roys et les pals firent moult de grandes choses : dont je me passe, et abrège ma matière, le plus que je puis: et dura le royaume de Bourgongne jusques au temps du roy Glovis , le premier roy chrestien de France , et dont je diray comment, et par quelle voye, ce puissant royaume de Bourgongne fut diminué à duché.

Mon souverain signeur , il est besoing que vous entendiez, que les grandes signeuries sont portées et entretenues de Dieu seulement : et non pas de la puissance des roys, ne des prin«> ces : qui sont hommes mortels : et selon qu'ils acquièrent envers Dieu mérite de régner, et qu'ils entretiennent leur peuple en justice, et à la discipline de la saincte foy chrestienne, et a garder ses commnndemens, Dieu leur permet.

XffTfiODUCTION D'OLIVIEB Dfi LA UABCOE.

et fait ayde à demoorer princes puissans , et CQ honneur et prospérité , ou les laisse périr , et leur peuple souffrir , par Taboniination de leurs vices : et à la foys il advient que les sugets sont rebelles, et desobeîssans, etquiérent de destruire et amoindrir la puissance de leur roy et de leur signeur : parquoy fortune se tourne contre eux , et laisse le malheur convenir : et en tel cas peut on comparer Dieu à celuy qui gouverne un horologe : car , tant et si longuement que le maistre y met ses mains, et qu'il le visite, il va droit, et tient mesure sans empeschement : mais quant le maistre levé sa main , et se retire de la conduicte de l'horologe, il vient à discord, à ruine , et à perdition de son labeur , et si nous voulons que Thorologe de nostre charge, et de noz affaires, soit gouverné deuement, et par raison, il nous faut requérir et mériter par oraisons, et par bienfaicts, à ce hault Dieu tout-puissant, qui tient le période du monde en sa main, qu'il nous veuille conduire, enseigner; et gouverner, en telle manière, que de la charge, qu'il nous a donnée en gouvernement en ce monde , nous luy puissions rendre compte , qui luy soit agréable : et ne faut oublier , que par vertu ensuy vir , sont les royaumes , et principautés maintenues en honneur et en force , et par vices, toutes signeuries diminuées, pourries, et mises à ruine.

Revenant donques à nostre matière , un roy fbt en Bourgongne, nonunéChilderic : lequel eut une seule ûlle , nommée Glotilde. Ce roy Ghilderic eut un frère nommé Gondebaut : qui fut homme subtil, et de grande malice. Luy, voyant que Ghilderic n'avoit qu'une fille, malicieusement et par cautele s'accointa par dons, promesses , craintes , et tous divers moyens , des sugets puissans , et principaux du royaume de Bourgongne : et tant fit , par leur aide, qu'il mit son frère le roy Ghiiderlc , en une prison (où il mourut de dueil , et de misère) et semblablement fit mourir la femme dudict Ghilderic. Ge Gondebaut mit en ses mains Glotilde sa nièce , et se fit -roy de Bourgongne , par icelle tyrannie. En ce temps estoit roy de la Terre Françoise le roy Glovis : et , combien que celuy Glovis teinst encores la loy payenne , toutesfois il estoit vertueux , véritable , Justicier , vaillant , et droiturier en ses faicts. Geluy Glovis, roy de France, Pat adverty de la beauté , des vertus , et des bonnes mieurs, que Ton disoit estre en celle Glotilde , fille du roy Ghilderic , trépassé , et nièce de Gondebaut, roy de Bourgongne : et, ccnibien que celle Glotilde fust tres-cbrestienne, et luy payen, toutesfois il désira de l'avoir en mariage : et semble qu'il goustast et prist uppe- |

tit , avecques les vertus d'elle , an grand dr oit qu'elle avoit au royaume de Bourgongne, qui luy estoit voisin et propice : et dit la croDiqae, que par moyen subtil il voulut entendre si Glotilde le voudroit avoir à mary , nonobstant la di* ference de leur loy : et si bien fut la matière pratiquée , que du consentement de GonddNuit, son oncle , le mariage fût accordé d'une part et d'autre , moyenant que Glotilde vivroit en la foy de Jesus-Ghrist, et tiendroit sa loy : et ainsi fût le mariage fait et envoya Glovis, roy de France , querre sa femme moult estofément , et à grande puissance de gens , et d'avoir : et pouvez entendre que celle royne Glotilde n'aimoit gueres Gondebaut , son onele , tant pouroe qu'il avoit fait mourir son père en priaon , comme pour le tort qu'i) luy faisoit dû royaume de Bourgongne , dont elle estoit fille , et héritière, pour les causes cydessus escrites : et quand elle approcha le royaume de France , elle mesme fit commencer la guerre , et mettre les feax an royaume de Bourgongne : qui ftit mis à telle BUgettion , que vous ne trouverez point, que depuis icelluy temps , nul roy de Boorgtmgne portast couronne, ne nom de roy : et fût Dicn en l'aide du Sarrasin tenant mauvaise loy (pource qu'il estoit en ses faicts drcHturier , et homme de justice) et confondit le Ghrestîen: qu'il trouva faux , tyran , torturier , et homme vicieux. Qui doit estre exemple et regard à tons princes, qui désirent et veulent régner en bon* neur et en gloire.

Glotilde, la très vertueuse royne de France, aima moult Glovis son signeur : et bien y avoit raison : car toutes les histoires, qui de luy fout mention , tesmoignent moult de bien avoir esté en sa personne : et n'avoit la Royne , sa oompaigne , regret, que de ce qu'il vivoit en manvalse loy et créance. Si laboura moult envers luy, qu'il vousistcroire en la foy de Jesus-Ghrîst: où elle ne parvint pas légèrement : et toutesfob Dieu fût en son aide et comme il permit à Saind Grégoire la résurrection , et baptesme de Tnyan par nombre de cent ans trépassé , (pouroe qu'il le trouva par renommée si droicturler , et tenant Justice , combien qu'il iûst Payen) ainsi ce bon Dieu permit à Glotilde de convertir son mari Glovis , à devenir Ghrestien , pour ses vertus : et vous diray comment, le plus bref que je le pourray mettre par escript. Le roy Glovis de France eut une guerre contre les Alemans , qui dura moult longuement , et tant , qu'ils furent moult travaillés de guerroyer, d'une part et d'autre : et , pour mettre fin àee débat , fut pris jour et lieu de combattre , et bataille aatignee : et croye que ce fût en juin : du jour, Je ne trouve

INTBODliCTlOIf d'OUVIEA DB LA MABCUB.

le vray. Le roy de France (qui moult estoit sage) doutoit la fortune de la bataille (et, qui ne ia craint , c*est plus outrecuidance , que courage vaillant) dont à ses Dieux , et selon sa loy , il faisoit de grandes oblations , oraisons , et aumosnes. La royne Glotiide , pleine de bon vouloir, et femme catbolique, embrasée dei*amour de Bleu , et du sauvement de l'ame de son signeur et mary, s'enhardit en bonne foy et croyance : et dit au Roy , « Mon signeur, si vous

• me vouliez croire , J*ay espoir que vous gai-

> gneriez ia bataille , et déferiez vos ennemis : » c'est que vous voulussiez croire en Jesus- » Christ, en qui je croy, et lui promettre de

> recevoir baptesme. Geluy seul vous peut aider: " c'est celuy qui a les victoires en sa main , et » la puissance du ciel et de la terre. Mon signeur, » prenez mon conseil de bonne part, car autre » espoir je ne voye de vostre victoire. >*

Le Roy pensa moult au sermon et conseil de sa femme : et, pour abréger, vint à la bataille contre les Allemans, et fut la pluspart de sa compaignie reboutee , et comme déconfite : mais par la voulonté divine , et comme inspiré, Clovis leva les yeux au ciel, et dit ces paroles, ou semblables : • Toy , le Dieu en quoy ma femme ' croit , donne moy victoire, et me soys en

> aide : et je te promets de prendre le baptesme,

• de devenir Cbrestien, et moy , et ceux de mon

• royaume, qui obéir me voudront. i»Sur laquelle requeste , en pensée délibérée , donnant ms ses ennemis , déconfit les Alemans et en son courage tint celle victoire avoir de Jesus-Christ, le Dieu de sa femme : etluy retourné, par bonne dévotion et foy , et par le conseil du glorieux corps sainct, mon signeur sainct Remy (qui lors vi voit, et travailloit en France moult , pour exaucer la foy cbrestienne, et le nom de Jésus- Christ] et pareillement par la bonne et dévote dame la royne Glotiide, eut le sainct baptesme. et tous ceux du royaume de France fit baptiser, ou mourir : et ne se peut ignorer, que ce grant bien et éternelle grâce d'entrer en la loy cbrestienne , et recevoir la lumière de la foy, et de croire en la Trinité , et au benoist fruit de la vierge Marie, ne soit premier venu en France, par la fille du roy de Bourgongne , femme du roy Clovis, comme je Tay recité : auquel Clovis "Mmstra Dieu , par moult de foys, qu^il le vouloit appeler en son service : comme de loy en* voyer les trois fleurs de lis (dont il fit mutation en ses armes : qui estoyent de trois crapaux de sables , à un champ d'or) et comme aussi de luy envoyer miraculeusement ia saincte Ampole (qui encores est à Sainct Remy , à Reims) dont luy et les autres roys de France sont sacrés , et

enoincts : et certes Clovis Ait tant bon et tant vertueux , que ce n'est pas merveille , si Dieu luy monstra espeeiale grâce. Le roy Clovis et Clotilde vescurent en grande prospérité ensemble : et moult augmentèrent la loy de Jesus- Christ , et le royaulme de France : et eurent plusieurs enfans, qui depuis fiirent roys de France : mais, combien qu'ils fussent yssus de ce bon Roy et de celle vertueuse Royne : les enfans ne succédèrent pas en mœurs et bonnes conditions, ains à la signeurie : et furent tyrans : et empirent l'un sur l'autre : et à leurs cousins, neveux de Clotilde leur mère, estèrent leur signeurie de Bourgongne , firent les uns mourir, les autres chastrer , et les autres moines, et de ces cruautés porte assez tesmoignagc le faict de sainct Clou ( lequel yssit d'iceux roys de Bourgongne ) et tant Ait diminué le royaume, qu'il devint duché , moitié force, moitié amour, comme le couche ia cronique.

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