‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 4 sur 157 · NOTICE SUB JBASME D ABC · texte numérisé non relu

NOTICE SUB JBASME D ABC

(Je dire que la Pucelle ne doit pas èlre considérée comme prisooDÎère degaenre; néanmoins pour la rémunéralion de ceux qui l'ont prite, le roi d'Angleterre leur baille libéralement Jusqu'à la somme de dix mille francs^ et pour le Bastard de Vendoune, le prenneur de la dite poceUe, nne rente de deux à trois cents livres. L'évèqne rappelle dans sa lettre les lois d'après lesquelles le monarque anglais, chef de la guerre qu'on Taisait alors, pouvait racheter im prisonnier, fût-il le dauphin ou le rot, et garder ce prisonnier à sa disposition, en payant une fois pour toutes une somme de dix mille francs au prewMur.

Toutes ces démarclies, toutes ces lettres de l'Université de Paris, de l'évèque de Beauvais , ébranlèrent à la fin Jean de Luxembourg; en vain son épouse et sa sceur se jetèrent à ses pieds pour qu'il ne livrât point Jeanne à ses juges, ou plutôt à ses persécuteurs et à ses bourreaux ; il lui était difQcile de résister à tant de puissances réunies; il devait craindre d'ailleurs que la Pucelle ne lui échappât par quelque moyeu imprévu, et que le prix de sa rançon ne fût perdu pour lui. La somme qu'on lui oflfrait était considérable pour le temps, le gouvernement anglais, pour se la procurer, mit une taxe sur la Normandie et sur toutes les villes qui lui restaient soumises; Tordonnanee royale portait que cette taxe était établie pour la ram/çon de la Pucelle, qu'on disoit être sorcière. Les dix mille francs qu'on devait payer à Jean de Luxembourg ne purent être comptés que plusieurs mois après la«négociation commencée , ce qui fit que la Pucelle, prise au commencement de mai, était encore prisonnière des Bourguignons au mois d'octobre.

Pendant toutes les négociations, la Pucelle était resiée au château de Beaurevoir; quoiqu'elle eût beaucoup à craindre et à souffk'ir pour ellemême, elle ne cessait de penser à la pauvre ville de Compiègncy aux bonnes gens de Gompiègne, qu'elle avait laissés en proie aux malheurs d'un siège, et qu'elle ne pouvait plus secourir. Les nouvelles qui venaient de la ville assiégée étaient reçues diversement au château de Beaurevoir; tandis que Jeanne s'affligeait du malheur des habitants, les deux dames du lieu s'inquiétaient pour Jean de Luxembourg , qui commandait le siège : cette opposition , cette différence de sentiments et de tendres sollicitudes n'empêchait pas que tous les égards dus à l'héroïsme malheureux ne fussent prodigués à Jeanne. Les soins les plus affectueux ne purent toutefois la consoler quand elle eut appris qu'on allait la livrer aux Anglais, et son désespoir lui inspira la résolution de s'évader, au péril même de sa vie. Elle se précipita du doqjon où elle était enfermée; en vain sainte Catherine lui disait (c'est la Pucelle elle-même qui parle) qu'elle ne devait point saillir^ elle répondit à sainte Catherine qu'elle voulait aller au secours de ceux de Compiègne, et qu'elle aimait mieux mourir que d'être livrée aux Anglais; elle iat7/tï après avoir recommandé son âme. à Dieu et à Noire-Dame. Jeanne

se blessa grièvement dans sa chute, et ses gardes, qui accoururent , la crurent morte. On lui donna tous les secours nécessaires, et quand elle eut repris ses sens, elle entendit la voix de sainte Catherine , qui lui disait qu'elle prit courage et qu'elle gariroii. Elle resta trois jours sans manger, se confessa de son imprudence , qui était un vrai péché, et cria merci à Dieu qui lui pardonna.

Quand Jeanne fut tout-à-fait rétablie , on la conduisit à Arras où elle devait être livrée aux Anglais; elle fut ensuite transférée au château de Crotoi, forteresse bâtie à l'embouchure de la Somme. On était alors au mois de novembre: Compiégne venait d'être délivrée, et cette bonne nouvelle fut sans doute la dernière consolation de Jeanne, si toutefois elle put lui parvenir.

Pendant ce temps, les ennemis de la Pucelle ne restaient pas un moment en repos. Dès le ooromenoement de novembre, l'Université de Paris écrivait à l'évêque de Beauvais pour se plaindre de ce que Jeanne n'était pas encore en jugement; elle reproche au prélat ses hésitations, sa lenteur, et l'invite à venir instruire le procès à Paris, où il y avait tant de sages et de savants pour l'examiner et le juger. Vers la même époque, une antre lettre de l'Université est adressée au roi d'Angleterre pour le solliciter de remettre la captive à la jus-' tiee de F Eglise. Que dire de ces instances auprès d'un prince qui avait tant \l*intérêt à faire ce qu'on lui demandait , et qui sans doute av^t tout préparé, tout arrangé d'avance, même les prières qu'on lui adressait ?

Pendant que les ennemis de Jeanne se disputaient ainsi sa vie et sa liberié , que faisait Charles VII, dont elle avait sauvé le royaume l Nous ne voyons pas qu'il ait envoyé une seule ambassade au duc de Bourgogne ni à Jean de Luxembourg; qu'il ait offert de payer la rançon de la Pucelle ni de l'échanger contre les prisonniers de guerre qu'avaient mis en grand nombre entre ses mains les victoires de la jeune héroïne. Quelques écrivains ont essayé de nous prouver que la position de Charles ne lui permettait point d'agir et qu'il n'avait aucun moyen de délivrer Jeanne; nous conviendrons que la délivrance de la jeune captive n'était pas chose facile; mais an moins fallait-il en avoir la pensée, ou en manifester l'intention. L'impossibilité même du succès ne justifie pas tout-à-fait Tinaclion en cette circonstance. Charles VII devait tout tenter pour sauver la Pucelle qui l'avait lui-même sauvé ; et lors même que , pour remplir un si noble devoir, ce prince eût échoué dans quelque tentative imprudente, nous pensons qne sa gloire de roi n'en aurait point souffert. Si les malheurs de Jeanne lui avaient au moins arraché quelques paroles de compassion; s'il avait exprimé quelques sentiments chevaleresques sur le sort de la jeune héroïne , il est probaMe qne ses contemporains l'auraient su et nous l'auraient appris; les historiens du temps se taisent, et leur silence est affligeant pour ceux qui s'intéressent encore aux

SI R\OMMKK LA PICELLE DOBLEANS.

royales renommées des auciciis (ctnps. Lot» mômes liisloriens ne disent pas non plus que dans les cités et les provinces que Jeanne d'Arc avait délivrées du joug des Anglais, que dans les armées qu'elle conduisit à la victoire , que parmi les bonnes gens dJOrléans , de Reims , de Cornpiègne , personne ait bravé le moindre péril et se soit levé pour voler à son secours. Ces grandes ingratitudes des rois et des peuples ne se renouvellent^ il est vrai, que trop souvent dans Tliisloire. Ceux qui dans les jours de grand péril se dévouent au salut des nations et des empires seraient-ils donc presque toujours condamnés à souffrir et à mourir comme celui que Dieu envoya pour sauver le genre humain I

Procès de la Pucelle. — Jeanne d*Arc fut transférée du château de Crotoi k Rouen vers la fin de novembre ; à cette époque les armées de Charles remportaient chaque jour de nouveaux avantages sur les Anglais. L'hérofne dans les fers jetait encore l'épouvante jusque au-delà des mers ; il nous est resté une ordonnance royale du 12 décembre 1430 , portant des peines contre les soldais anglais qui déserlaient ou différaient de rejoindre leurs drapeaux, à cause de la crainte que leur inspirait la Pucelle. «Parce que ladite Jeanne, dit uo contemporain , fafsoil des choses merveilleuses à la guerre, les Anglais , dont la superslilion avoii passé en proverbe^ estimaient qu'il y avait en elle quelque chose de magique , et pour cette raison ils désiraient sa mort. »

Lorsque la Pucelle arriva à Rouen, elle fut enfermée dans la grosse tour du château; les contemporains parlaient d'une cage de fer qu*on avait commandée pour elle , tant on redoutait qu'elle u*échappât à ses gardiens par quelque sortilège. Elle avait le jour et la nuit les fers aux pieds; dans son lit elle était attachée à un poteau de hois par une chaîne de fer; des gardes veillaient sans cesse à ses côtés; elle n'avait autour d'elle que des ennemis. Que de profondes douleurs restèrent alors cachées à tous les regards ! Que d'exemples d'une héroïque résignation furent alors dérobés à Thistoire! Ici les détail:* manquent à notre tableau ; nous savons toutefois que dans le fond de sa prison Jeanne conservait la même audace, la même fierté que sur les champs de bataille. Jean de Luxembourg, comte de Ligny , étant venu à Rouen avant que le procès fût commencé , voolut voir la Pucelle, qui avait été sa prisonnière ; il lui dit qu'il venait pour la mellre à rançon, a Vous vous riez de moi , lui répondit- » elle ; je sais bien que ces Anglais me feront mou- » rir; ils espèrent qu'après ma mort ils gagneront » le royaume de France; mais fussent-Hs cent 9 mille godams de plus qu'ils ne sont de pré- » sent, ils ne garderont pas ce royaume. » Jeanne s'exprimait de la sorte en présence de plusieurs se^^neors anglais qui avaient accon^gné Jean de Lvxemboorg. L'an d'eox lira sa dague pour la frapper , et fut retenu par le comte de Warvick. I«e procès ne tarda pas à commencer, et Jeanne I. c. D. M., T. m.

fut livrée à levèque de Beauvais pour être jugi'é selon Dieu et raison. Il est â remarquer ici que le monarque anglais , en livrant sa prisonnière an tribunal qu'il avait institué , se réservait de la reprendre, si elle n'était pas atteinte et condamnée. Ainsi il ne faisait, comme on l'a dit, que la prelter à la justice; et si la justice venait à l'absoudre, la pauvre Jeanne restait entre les mains de ses geôliers et de ses plus mortels ennemis.

Pierre Cauchon, évèque de Beauvals, qui présidait à ce procès, avait été chassé de son diocèse, et s'était réfugié chez les Anglais, dont il avait embrassé la cause; on Ta représenté comme un homme que la vengeance animait contre Jeanne d'Arc, et qui avait juré sa perte; nous ne partageons point cette opinion , quoiqu'elle soit généralement reçue. Noos ne croyons point que le prélat fût l'ennemi personnel de Jeanne, bien que celle-ci le lui ait reproché plusieurs fois dans ses interrogatoires. Pierre Cauchon haïssait Charles VII, qui l'avait dépouillé de son évèché , et c'est tout ce qu'il fallait aux Anglais, car c'est à Charles surtout qu'ils en voulaient en poursuivant la Pucelle. Du reste, il nous est prouvé que dans les temps de trouble et de guerre civile, la cupidité et l'ambition immolent encore plus de victimes, et font souvent commettre plus de barbaries que la haine et les passions violentes. Le siège archiépiscopal de Rouen se trouvait vacant, et cette dignité avait été montrée à l'évèque de Beauvais comme la récompense fu* ture de son zèle ; voilà pourquoi il accepta la mission de poursuivre et de juger la Pucelle ; voilà ce qui nous explique toute sa conduite au procès.

L'évèque de Beauvais cherdui partout des auxiliaires pour la mission qui lui était donnée; il s'adressa d'abord au vicaire de l'Inquisition, nommé Jean Le Maître; celui-ci hésita, fit des objections, demanda des délais; poijir l'amener à ce quon voulait de hii, on lui fit peur des Anglais : et si nous en croyons des quittances que le temps a respectées , on n'épargna point les /tores tournois ni les scUuls d'or* Le prélat appela tous les docteurs qu'il jugea propres à seconder ses desseins. Il lui fallait des hommes dévoués au parti anglais, et, sur son invitation, l'Université de Paris lui envoya six de ses membres. Deux docteurs en médecine, étrangers à la cité de Rouen , furent invités à s'asseoir parmi les juges de la Pucelle ; tous deux refusèrent d'abord , alléguant pour prétexte leur ignorance des lois ; on leur répondit que s'ils persistaient dans leur refus, ils auraient à se repentir d^élre venus à Rouen; ils acceptèrent On a remarqué que parmi les hommes appelés au procès de Jeanne, il n'y avait qu'un seul Anglais ; on peut reconnaître ici la politique du duc de Bedfort, qdi voulait que la condamna-» tion de la Pucelle fût l'ouvrage des Français, et que les Anglais, qui au fond dirigeaient tout , n'eussent point la honte de ce qui se faisait. Le tribunal se trouva enfin composé de plus de

NOTICE SlilV JEANXE D ARC ,

soixante a55o$seur< qui iwivaient que voixdélibéralivc ; Tévèquc de Bcnuvais et le v'caire de TIiiquisition pouvaient seuls prononcer le jugement. On nonoroa un promoteur, Jean Deslivct , chargé de Taccasalion, et six examinateurs du procès; trois notaires apostoliques devaient rédiger les interrogatoires. Le gouvernement anglais pourvut à tous les Trais du procès qui devaient être considérables : chacun des assesseurs recevait pour honoraires vingt sous tournois pour chaque vacation, sans compter les présents qu*on faisait à beaucoup d'entre eux. Tout cela était connu du public, et lorsque les Anglais n'étaient pas contents de la marche du procès, ils ne manquaient pas de dire que les maîtres et les clercs ne gagnaient pas leur argent. n

Yoilà le tribunal institué; mais l'embarras était desavoir comment et avec quoi on allait commencer et poursuivre le procès; on n*avait aucune pièce, aucune instruction préliminaire; aucun témoin n'avait été assigné et ne devait être entendu; on avait fait prendre, il est vrai, des informations dans le pays de Jeande; mais ces Informationsavaient été jugées si favorables à l'accusée, qu on ne voulut pas les produire. Les juges établis pour juger la Pocellc n'avaient à consulter d'autre témoignage que les bruits de la renommée , qui , d'un cAté , la représentaient comme une sorcière et une magicienne, de l'autre comme une vierge inspirée de Dieu. Il n'y avait guère de positif dans tous les bruits populaires que les exploits merveilleux de la jeune héroïne ; mais la levée du siège d'Orléans el le sacre de Reims étaient des faits que la politique anglaise se souciait peu de rappeler. Pour condamner Jeanne d'Arc , il fallait donc qu'elle s'accusât elle - même , il fallait qu'on l'interrogeât et qu'on cherchât les crimes dont on l'accusait dans ses discours et dans ses plus secrètes pensées. C'est ce qu'on fit, el pour cela on employa les moyens les plus honteux ; on tendit toutes sortes de pièges à son ignorance et à sa simplicité; on pratiqua des ouvertures dans les mors de sa prison pour écouter ses paroles; quelques-uns de ses juges, sous le déguisement de la pitié , entreprirent de gagner se confiance el de lire dans les replis de son cœur. Un d'entre eux , l'histoire frémit de le raconter, allif Jusqu'à confesser Jeanne plusieurs fois, et cet espionnage sacrilège dura tout le temps du procès.

On suivit dans le procès de Jeanne tantôt les formes de Flnquisilion, tantôt les formes de la procédure ordinaire; quand les règles connues ne suffisaient pas pour ce qu'on voulait faire , on en suivait d'autres, ou plutôt on n'en suivait aucune; le procès devait finir par une condamnation , et voilà tout ce qu'on demandait. Il ne s'agissait au fond pour les juges de Jeanne d'Arc ni de venger la religion outragée, ni de détruire une dangereuse hérésie, mais simplement, comme le dit rhisloireconleraporaîne, iVinfamcr le roi de Françf, el de flétrir, en lui arrachant la vie, une

jeune héroïne qui avait relevé le trône de s^iint Louis et de Charles V. Jeanne avait demandé dc5( juges, pris moitié dans le parti français, moitié dans le parti anglais; on ne daigna pas même répondre à sa demande. Il faudrait peut-être, pour apprécier la marche et lissue de ce procès, connaître à fond les factions qui se partageaient alors le royaume; il faudrait peut-être étudier à fond réiat des esprits à cette é|)oque, et se reporter par la pensée au commencement du quinzième siècle. On doit croire toutefois que les passions sont à peu près les mêmes dans tous les temps; el toutes les époques de Thistoire, au moins pour ce qu'elles ont de passion»^ , ne s'expliquent que trop les unes par les i^utres. Do!% procès où il faut absolument des victimes n'ont pas manqué à notre génération , et nous avons pu voir ce que devient la justice humaine, lorsqu'elle se mêle aux violences des partis, et que la haiue, la vengeance ou quelque passion fanatique font parler les lois.

Des témoins, au procès de révision, déposèrent que les mailres qui avaient comparu an procès de Jeanne, l'avaient fait plus par amour et crainte des A nglais que Tpour le bon lèle de justice el de foi catholique, et que dans cette affaire on procéda surtout par haisiie et contempt de la querelle du roi de France ; beaucoup de gens étaient persuadés alors que si la Pucelle eût été des parties d'Angleterre , on ne Veust pas ainsi traitée , ni fait contre elle un tel procèn Dès les premiers interrogatoires de Jeanne d*Arc , il commença à s'établir une opinion qui condamnait les formes suivies dans la procédure ; parmi les juges et les assesseurs, il n'y avait que les ennemis de l'accusée à qui il fût permis de parler; tous les autres étaient condamnés au silence. On lui faisait quelquefois des questions subtiles qui auraient embarrassé les plus grands docteurs, et la jeune fille, qui à g rand^ peine SAYiàii Paternosterei Ave maria^ devait répondre sur-le-champ; il n'était permis à personne de la redresser quand elle se trompait , de lui expliquer ce qu'elle ne comprenait pas, et de Vavertir,^ comme disait le comte de Warvick, à son profit. Souvent les questions partaient de tous les points de l'assemblée; plusieurs docteurs l'interrogeaient à la fois, et Jeanne était souvent obligée de leur dire : Beaux seigneurs , faites Vun après l'autre. Nicolas de lloupeville, un des assesseurs, eut le courage de dire, en présence des ju^es, qu'on procédait mal en faisant juger Jeanne par des hommes du parti contraire. Celte fille, ajou(ait-il, a déjà été examinée à Poitiers , par le clergé de Charles, ayant à sa tête l'archevêque de Reims, le métropolitain de révoque de Beauvais. Pierre Lohier, célèbre docteur, qui se trouvait alors à Rouen, fut consulté sur la marche du procès, et voici quelle fut sa réponse : « Ce procès ne va- » loit rien pour plusieurs causes : d'abord parce » qu'il n'y avoil point de forme de procès ordi-

SUBNOMMKK LA PUCKLLE D0ULE4NS.

» naire , ensoile parce qu'il éloil traité en lieu » clos et fermé, puis qn*0D (raUoit eu icelle ma- » lière l'honneur du roi de France, duquel Jeanne » teuoit le parti , sans l'appeler ni aucun qui fust » de par luy. i» Le même docteur ajoulait que ni libelle^ ni article n'avaient point été baillés^ et qu'aucun conseil n'avoil été donné à icelle femme, qui estoit une personne simple, pour répondre à tant de docteurs sur de grandes matières ; pour toutes ces raisons, il lui sembloit que le procès n estoit point valable.

Les procès-Yerbaux(l) des interrogatoires ontété conservés, la plupart traduits en latin, quelquesuns dans le langage du temps; ces documents sont précieux pour l'histoire du procès, mais on ne doit pas s'attendre à y retrouver la véritable physionomie de ce terrible drame judiciaire qui dura plus de trois mois, et qui finit par un véritable assassinat. Quels tableaux auraient été transmis à la postérité, si les séances où Jeanne fut interrogée, où elle fut condamnée, avaient eu des rédacteurs comme nos sténographes I Les procèsverbaux des interrogatoires de la Pucelle sont très-difficiles à lire , et voilà pourquoi le procès de Jeanne est si peu connu, même parmi les gens éclairéiï. Rien n'est plus vague que plusieurs de ces interrogatoires ; le plus souvent , mille objets divers s'y trouvent mêlés ensemble , et ne présentent que des idées sans suite, quelquefois même des disparates ; les comptes-rendus sont à peine des esquisses, des abrégés faits à la hàte; rintelligence la plus exercée , il est vrai, n'aurait pu toujours suffire à rendre exactement les questions subtiles des docteurs , questions dont on ne voyait pas d'abord l'objet, et dans lesquelles chaque interrogateur laissait à dessein quelque obscurité ; la difficulté même de comprendre les questions faisait que les réponses de Jeanne ne pouvaient pas être toujours bien saisies; outre qu'on passait sous silence beaucoup de choses qu'elle avait dites, on lui prêtait quelquefois ce qu'elle n'avait pas dit. Elle s'en plaignit un jour au notaire Bois-Guillaume, et lui dit en riant, que s'il continuait à se tromper de la sorte, elle lui tireroit les oreilles. Au reste, on craignait bien moins de déplaire à la pauvre Jeanne que de déplaire à l'évêque de Beauvais et aux Anglais, et c'est à cette dernière crainte qu'il faut attribuer les fréquentes lacunes qu'on a remarquées dans les procès- verbaux. Dieu toutefois ne permit point que tant d'infidélités et d'injustices restassent toujours ignorées ; le procès de révision, qui eut lieu vingt -cinq ans après, fut, pour tous ceux qui avaient figuré au premier procès, comme une espèce de jugement dernier où tout le monde parut avec ses fautes , où la conduite de

(i) Voyez rindication analytique des documents pour l'histoire de Jeanne d'Arc.

(2) Noos ne donnons Ici qu'un abr(^gé des interrogatoires; nous avons eu soin d'y conserver tout ce qu'il y a d'Important dans les questions et les réponses, et tout

chacun fut mise au grand jour, où tous les mystères d'iniquité furent révélés à l'histoire, où rien de ce qui avait été tramé dans l'ombre ne resta caché.

Nous allons entrer dans les détails du procès

Séance du 2\ /if m>r. — Jeanne d'Arc compal rut pour la première fois devant ses juges le 21 février 1430. Le tribunal qui devait la juger s'assembla d'abord dans la chapelle du château de Saint-Ooen ; la Pucelle fut amenée par un huissier ou appariteur. On la fit asseoir sur un banc auprès d'une table. Des bancs, qu'on appelait le Consistoire, étaient réservés à ceux qui dirigeaient le procès; devant le siège élevé do l'évêque de Beauvais, on remarquait les trois notaires ou scribes en la cause; beaucoup d'assesseurs et de conseils se trouvaient confusément assis dans l'enceinte de la salle» On doit croire que des personnes étrangères au procès furent admises dans cette séance , et qu'il s'y trouva surtout tin grand nombre d'Anglais. L'évêque de Beauvais, lorsque la séance fut ouverte, somma la Pucelle de jurer sur l'Evangile qu'elle répondrait avec vérité sur foutes les questions qui lui seraient faites ; l'accusée refusa d'abord de faire le serment qu'on lui demandait, et déclara qu'elle ne répondrait point sur les révélations faites au roi Charles. Je n'en parlerai pas , ajouU-t-elle, quand on devroit me couper la tête] Dans les séances qui suivirent, on revint sur le' serment, et Jeanne ne voulut jamais faire qu'un serment condiUonnel, car il y avait des choses qu'elle avait juré de ne pas dire, et elle ne voulait pas se rendre parjure.

L'évêque de Beauvais lui demanda son nom (2). a Dans mon pays on m'appelait Jeanne/fe; depuis que je suis venue en France, on m'appelle Jmww; de mon surnom, je ne sais ri^n.— Ou loi demanda pourquoi elle avait été surnommée la Pucelle et si elle était telle qu'on le disait.— Je puis dire que telle je suis, et si on ne me croit pas, qu'on mo fasse visiter par des femmes de bonnes mœurs. »

Des témoins ont dit que la duchesse de Bedfort ayant été informée de cette demande de Jeanne, ordonna on effet qu'elle fût examinée par des matrones; on ajoutait que le duc de Bedfort, bravant toutes les lois de la décence et de l'hon-^ nêteté, avait pénétré secrètement dans la prison de Jeanne, et, sans être vu, avait assisté k l'examen des femmes; le jugement des matrones fut tout à l'avantagede Jeanne, mais on n'en parla pa9 au procès, parce qu'il était favorable à sa réputation qu'on voulait fléirir. Il faut savoir que dans les opinions du temps, la qualité de vierge repoussait toute idée d'un commerce avec les mauvais esprits.

ce qui peut faire connaître l'esprit et la physionomie du procès de la Pucelle. Nous nous sommes eflTorcés surtout de rendre facile à lire des détails qui sont très-fastldlcui et surtout peu intelligibles dans les manuscrits conservés.

NOTICE SliB JEANNE d'aBC ^

Jeanne fui ensuile inlerrogée sar le lieu de sa naissance , sur son père et sa mère , sur ses parrains et marraines, sur le pasteur de sa paroisse, f/évèque de Beauvais, comme nous l'avons dit, avait déjà fait prendre des informations sur les premières années de Jeanne d*Arc ; un des commissaires envoyés à Domremy n'avait parlé, à son retour, que des vertus de Jeanne. De pareilles informations n'allaient guère avec les intentions qu'on avait dans le procès, et le prélat espérait tirer meilleur parti des aveux de la Pucelle. Lorsqu'on demanda à Jeanne son âge: (( Presque dix neuf ans, répondit-elle.» Gomment la pensée d'un âge si tendre ne louchait-elle pas les assistants I On lui demanda ce qu'elle savait de sa religion. — Elle avait appris de sa mère le Pater nosier, l'Âve Maria et le Credo, On l'interrogea aussi sur le bois Chesnu, sur la fontaine oii se rendaient les malades, sur Varbre des Pée$ où les niles de Domremy attachaient des guirlandes (le fleurs : ceux qui dirigeaient le procès auraient bien voulu trouver ici dans les réponses de Jeanne quelque cTiose qui put ressembler â la magie, quelque chose qui pût faire croire que sainte Catherine et sainte Marguerite, qui lui apparaissaient si souvent et lui avaient conseillé de venir au secours de (Charles , étaient des enchanteresses ou des Fées du bois Gliesnu : on passa de l'arbre des Fées aux révélations qui l'avaient fait venir en France , et aux prodiges qui avaient attesté sa mission ; quand on fut arrivé â ce chapitre, les questions se multiplièrent; chacun voulait l'interroger ; et comme les alertions de Jeanne ne trouvaient que des incrédules ou des contradicteurs , des menaces et des plaintes se mêlèrent â Tlnterrogatoire, et la séance fut troublée, Jeanne parlait devant les Anglais , devant des hommes dévoués aux Anglais , et toutes les merveilles qu'elle racontait devaient les irriter et blesser leur orgueil. Quelle que fût toutefois la cause du tumulte qui s'éleva alors dans l'assemblée des juges, ce qui nous prouve que le scandale ne vint point de la part de Jeanne d'Arc, ce qui prouve au moins qu*on ne put en tirer aucun avantage contre elle, c^est que cette partie de la séance n'est pas même indiquée au procès-verbal : les notaires rédacteurs se sont contentés de rappeler en cet endroit une défense faite à la Pucelle de quitter la prison. « Je n'accepte point cette dféense , répondit-elle, et si je m'évadais, personne ne pourrait me reprocher d*avoir violé ma foi, car je ne l'ai jamais donnée à personne. » La jeune captive se plaignit alors des fers qu'elle avait aux jambes; elle se plaignit des maux qu'on lui faisait souffrir dans sa captivité; Tévèque lui reprocha d'avoir tenté plusieurs fois de s'évader; et voilà pourquoi, ajouta-t-il, on vous retient aiusi enferrée. Jeanne aurait pu répondre qu'elle était jugée par des gens d'église , ei qu'elle aurait dû être envoyée dans les prisons ecclésiastiques. La Pucelle avait fait

cette demande plusieurs fols, et la plupart des conseillers on assesseurs l'avaient appuyée; ils adressèrent même à ce sujet plusieurs réclamations à l'évêque de Beauvais ; mais celui-ci leur ré(»ondait toujours qu'il ne voulait pas déplaire aux Anglais.

Séance du 22 février. — I^ seconde séance du procès ne se tint point dans la chapelle du château, mais dans la salle dite des Préparatoires. On avait en soin de placer des gardes à la porte, chargés de ne laisser entrer que ceux qui étaient appelés par leur office ; cette mesure avait été prise pour éviter le scandale de la veille. La Pucelle fut d'abord interrogée, comme dans la séance précédente, sur son éducation et les premières années de sa vie. II résultait de ses réponses que dans son enfance, comme on l'a déjà vu, elle avait quelquefois gardé les troupeaux de sou père, qu'elle avait été ensuile occupée des soins du ménage. On lui demanda si elle avait appris un métier. — Elle avait appris â coudre du linge et à filer , et n*euêl pa$ craint femme de Rouen pour filer et coudre, — A qui avait-elle coutume de confesser ses péchés? — Au curé du village; quelquefois â des moines mendiants; elle communiait tous les ans à Pâques. — Recevait-elle reucharislie à d'autres solennités? — Passez outre. — La plus grande partie de son interrogatoire porta sur la mission qu'elle avait reçue de Dieu ; voici le résumé de ses réponses , que nous transcrivons de suite et qu'on pourra lire comme une page de sa vie écrite sous sa dictée.

« A l'âge de treize ans, j'eus une voix de Dieu, » pour m'aider à me gouverner, et la première » fois, j'eus grand'peur; cette voix vint à Thenre » de midi, en été , dans le jardin de mon père; » c'était un jour de jeûne: j'entendis la voix â » droite, du côté de l'église : je vis en même temps » une grande clarté; après que j'eus entendu trois y> fois cette voix , je reconnus que c'était la voix » de Tarchange Michel; cette voix m'a toujours » très-bien guidée, et je comprends très-bien » ce qu'elle m'annonce ; elle me disait trois ou » quatre fois par semaine qu'il me fallait partir et » venir en France ; elle me répétait que je ferais » lever le siège d'Orléans ; en vain je lui repré- » sentais que je n'étais qu'une pauvre fille qui ne » savait ni chevaucher ni conduire la guerre, la » voix insistait de la part de Dieu ; j'avais une » telle impatience de lui obéir, que je ne poutot^ » tenir oûj'élois, et je partis sans en parler à mon » père, de peur que les Bourguignons ne le sus- 9 sent et ne missent obstacle à mon voyage. Un » frère de ma mère me conduisit à Vaucouleurs, » et \h je connus Robert de Baudricourt sans l'a- » voir jamais vu, parce que mes voix me disaient » que c'était lui ; je lui déclarai que j'étais appelée » par Dieu à secourir la France ; il refusa dé me » croire, et me repoussa jusqu'à deux fois; latroi- » sième il m'écoula comme mes voix me l'avaient

SirUXOUMBE LA. FICELLE d'oBLÉANS.

IM

» prédif ; ledit Robert ûi jurer à ceux qui devaient » me coodutre qu'ils me conduiraient bien et sôre- » ment, et il me dit quand je le quittai : Vas, et » advienne que pourra, ...»

Jeanne fut interrogée sur les révélations qu'elle «lisait avoir été faites au roi. a Allez au roi , et il vous le dira. *- Y avait-il de la lumière , quand les voix lui montrèrent le roi?^Faites-moi grâce! — Ne vit-elle point d'ange sur la tète du roi? — Passez outre. » On lui demanda aussi qui l'avait |iorlée à prendre Thabit d'homme. Cette question, roiBRie nous le verrons plus tard, Timporlunait, et ses réponses sur ce point sont presque toujours vagueset embarrassées; il est évident qu'elle avait pris l'habit d'homme parce que sa nouvelle destinée oQ sa mission l'appelait à vivre parmi les hommes. Sa pudeur souffrait d'avoir à s'expliquer là-dessus, et uous concevons facilement cet embarras dans une jeune vierge. On demanda à Jeanne quelle récompense elle attendait de ce qu'elle avait fait : « Je n'ai jamais rien demandé à mes voix que le salut de mon âme. » Après le sacre de Reims , elle avait eu plusieurs fois la pensée de déposer les armes et de se retirer auprès de SCS parents ; mais on n'avait jamais voulu la laisser partir.

Séance du 21 février, — Dans les premières séances, Jeanne avait consenti à jurer qu'elle dirait la vérité sur tout ce qui lui serait demandé concernant la foi; l'évèque de Beauvais la somma de faire un serment sans restriction, ce qu'elle refusa, en disant qu'elle avait assez juré et qu'on devait la laisser au jugement de Dieu qui l'avait envoyée; après quelques débats, elle jura néanmoins de dire ce qu'elle savait touchant le procès. Or, qu'était-ce que le procès? Jeanne l'entendait d'une manière, les juges de l'autre ; ainsi rien n'était plus vague que les paroles de ce serment.

A chaque interrogatoire, Jeanne montrait on caractère plus ferme, plus opiniâtre, et c'était un nouvel embarras pour ses juges. A l'ouverture de cette séance , on lui demanda ce que lui avaient dit ses voix? « Elles m'ont conseillé de vous répondre hardiment. » La plupart de ses réponses prouvent que jamais conseil n'avait été mieux suivi. Jeanne reprocha à l'évèque de Beauvais de s'être déclaré son juge, lui qui était son' ennemi personnel ; elle lui adressa souvent le même reproche dans le cours du procès, et lui paria plus d'une fois de la terrible responsabilité qu'il eneourait devant Dieu. « Le roi d'Angleterre, répoodit le prélat, m'a ordonné de vous juger, et je vous jugerai.)» Ces paroles, peu dignes d'un juge, aehèvent de nous prouver que les Anglais dirigeaient en maîtres le procès de Jeanne, et que l'aulorité ecclésiastique, qu'on affectait de mettre en avant, n'était au fond que l'instrument de la politique anglaise.

Tous les interrogatoires se ressemblent, à peu de chose jH'ès ; ce sont toujours les mêmes incriroinatioDS et les mêmes réponses. Dans cette séaœe od revient aux apparitions; Jeanne est in-

terrogée sur la manière dont les voix se font entendre, sur ce qu'elles lui ont dit; on lui dcin.inde si elle les a touchées, si elles ont un visage, des yeux, des oreilles; l'accusée répond laconiquement; quelquefois elle garde le silence, ou demande xlu temps pour s'expliquer.— Les habitants de Domremy étaient-Ils Bourguignons?— Il n'y avait qu'un seul Bourguignon dans le village, et Jeanne aurait voulu qu'il eût la tète coupée, toutefois si cela avait plu â Dieu. — Le village de Marcey était-il pour les Bourguignons? — Toujours prêt à s'armer contre ceux de Domremy. —Les voix avaient-elles ordonné à Jeanne de hafr les Bourguignons? —Elle les a moins aimés depuis qu'elle a compris que les voix étaient pour le roi de France.— Avait-elle été avec les enfants de Domremy qui allaient combattre ceux de Marcey ?— Non, mais elle les vit souvent revenir bien btes$é$ ei saignanis.-^Eui-eUej dans son en rince, grande envie de nuire aux Bourguignons? — Elfe avait grande volonté et affection que le roi eût son royaume.

On revint à l'arbre des Féee ou des Dames, h la foolaine dont les eaux guérissaient les malades, il faut croire que toutes les questions qu'on faisait là-dessus étaient suggérées par les Informations prises au pays de Jeanne. Les commissaires envoyés d'abord à Domremy avaient sans doute parlé à leur retour des traditions merveilleuses accréditées parmi les villageois ; ils avaient répété tout ce qu'ils avaient entendu dire des apparitions et de la puissance magique (fes fées. Mais quel rapport pouvait exister, dans l'esprit des juges, entre cette poésie des hameaux et les factions qui se disputaient alors le royaume de France? Qu'avaient de commun les fées du bois Ghesnu avec le parti des Anglais et des Bourguignons, et avec la cause du roi Charles, le véritable motif du procès? Dans son interrogatoire, Jeanne avoue que bien des gens qui avaient la fièvre, venaient vl< siter l'arbre des Dames , et buvaient de l'eau à la fontaine voisine; mais elle ne sait i'ili guériisaient ou non; elle avait oui- dire à quelques anciens que les fées apparaissaient en ce lieu; sa marraine Jeanne lui avait dit les avoir vues : mais si cela était vrai, elle ne sait. Bien souvent, en été , elle était allée avec les autres jeunes filles danser et chanter autour de l'arbre des Fées ; aucunes fois elle y luisait des couronnes de fleurs pour Notre-Dame de Domremy^ Elle ajoutait que depuis qu'elle avait pris la résolution de venir en France, elle ne partageait pas les jeux de ses compagnes, et qu'elle n'allait plus s'ébastre sous ledit arbre. Ces réponses de Jeanne devaient dter toute vraisemblance aux incriminations; toutefois les juges de la Pucelle n'en persistaient pas moins à penser qu'elle avait pris ses révéla» lions à l'arbre des Fées. Ce qu'elle disait des apparitions de saint Michel et de ses deux saintes, ses amies du Paradis, paraissait à ses juges un mensonge digne du bûcher, et ce qu'on leur disait des inspirations et de la puissance des fées

NOTICE SUB JEA.XNfi d'aBC ,

temblail plein de Yérilé. Chose singulière dans eclle cause ! on ne croyail rien des merveilles que racontait l'accusée , tandis que toute l'accnsalion était pour le moins aussi difûcile à croire I Comme on s'était arrangé pour condamner Jeanne, tout ce qui parlait pour elle était fabuleux, il

n*y avait de vraisemblable que ce qui pouvait la faire mourir.

Nous ferons remarquer dans cette séance du 24 février un incident très-propre à faire connat- Ire tout à la fois l'esprit qui présidait au procès et la liantQ raison que la Pucelle montrait quelquefois dans ses réponses; nous rapporterons avec tous ses détails cette scène qui est à peine indiquée dans le procès-verbal. L'interrogateur fit à l'accusée la question suivante : « Savez-vous » être en la grâce de Dieu I — C'est une grande chose que de répondre à une pareille question. » Ou multiplia ici les interrogations et les subtilités, et les choses allèrent au point qu'un des assesseurs ne put s'empêcher de s'écrier : — aCesl n trop. — Taisez-vous, dirent alors plusieurs des » interrogateurs. » Celui qui avait parié répliqua que l'accusée n'était pas tenue de répondre aux questions qu'on lui faisait : « Vous auriez mieux » fait de vous taire , » dit alors d'une voix irritée révéquede Beauvais; le silence se rétablit, et les juges demandèrent de nouveau à la pauvre Jeanne si elle te eroyoii en la grâce de Dieu. — « Si je n'y suis pas, répondit-elle, Dieu veuille » m'y admettre, et si j'y suis. Dieu veuille m'y » conserver. » — De pareilles réponses faites par une jeune fille élevée dans la simplicité des champs, ne devaient-elles pas faire croire que Dieu inspirait ses discours I

Dans cette troisième séance , la Pucelle avait été de nouveau interrogée sur son habit d'homme. «Voulez-vous, répondit-elle, que je reprenne » rhabit de femme, donnez-m'en un, je le pren- » drai et je m'en irai ; autrement, je me contente » de celui-ci, puisqu'il platt à Dieu. » On revenait sans cesse à cet habit d'homme que portail la Pucelle dans sa prison et devant ses juges ; rhabit d^homme avait été reconnu, avant même l'ouverture du procès, comme un des principaux chefs d'accusalion; ce fait si facile à constater était le seul de tous les griefs imputés à la Pucelle qu'on ne pût révoquer en doute; il faut d'ailleurs se rappeler ici quels étaient les préjugés et les opinions de ces temps reculés. On regardait alors comme une espèce d'énormilé qu'une femme fût velue des habits d'un autre sexe ; nous savons par les chroniques du moyen-âge que la moindre in iiovalion dans les vêlements était souvent dénoncée dans la chaire évangélique comme une réforme impie, comme un signe de corruption et comme une invention de l'esprit de ténèbres (1). A plus forte raison devait - on voir avec

(1) La plupart des Innovallons dans les costumes, et surtout dans la parure et les vêtements des femmes, (fiaient vivement censurées par les prédicateurs du

répugnance une femme vêtue à la manière des guerriers; celte prévention, ce préjugé étaient tellement enracinés dans les esprits , que Jeanne, comme nous l'avons vu, n'avait pas trouvé grâce pour son habit militaire même dan^ les camps , et que ses prodiges de bravoure ne l'avaient pas toujours défendue contre les sarcasmes de ses compagnons d'armes. Parmi les femmes qui s'intéressaient au sort de Jeanne, la femme et la sœur du comte de Luxembourg, la duchesse de Bedforl,SŒar du duc de Bourgogne, lui avaient envoyé des habits de femme, et elle les avait refusés, ce qui avait scandalisé beaucoup de bonnes genls. Cette obstination d'une jeune fille peut s'expliquer de plusieurs manières; le vêtement qu'elle portait dans sa captivité, elle l'avait porté au milieu des combats ; l'obliger à en prendre un autre, n'étaitce pas exiger en quelque sorte qu'elle abjurât sa propre gloire et qu'elle désavouât la mission toute guerrière que Dieu lui avait donnée? Ses voix d'ailleurs lui disaient qu'elle serait délivrée de sa prison, et que la carrière des périls s'ouvrirait encore pour elle; ne devait-elle pas craindre que le signal de nouveaux combats ne la trouvât désarmée et sous un habit qui eût affaibli ou embarrassé son courage ! Une autre raison qui aurait dû frapper des juges ecclésiastiques, c'est que Jeanne était gardée par des soldats qui ne respectaient ni le malheur ni la vertu ; les habits d'homme pouvaient senis lui servir de défense contre leur brutalité. Il y avait an scandale beaucoup plus grand que celui dont on faisait un crime à Jeanne : c'était de laisser une jeune vierge sous la surveillance d'hommes de guerre, et personne n'y songeait parmi les juges. De leur côté, les Anglais n'avaient pas au fond une grande envie de voir leur jeune captive quitter l'habit viril ; il leur était aussi facile de forcer leur prisonnière â prendre les vêtements de son sexe, que de la couvrir, comme ils le faisaient, do chaînes de fer. Cette violence salutaire eût 616 tout prétexte aux accusations, mais ce n'était pas là ce qu'ils voulaient.

Séance du 27 février. — Jeanne fait le serment de dire la vérité sur les faits du procès; on procède ensuite à l'interrogatoire. « Comment vous êtes-vous portée depuis samedi dernier?— Je me porte le mieux que je puis. — Avez-vous jeûné chaque jour de ce carême? — Tous les jours. — ^Depuis samedi , avez-vous entendu la voix qui vous vient? — Plusieurs fois. — Que vous a-t-elle dit?— De vous répondre hardiment. — ^La voix vous conseille-t-elle de répondre à tout ce que nous vous demandons ? — Parmi les révélations qui m'ont été faites, il y en a qui sont pour mes juges, d'autres qui ne s'adressent qu'à mon roi. — Est-ce la voix d'un ange, la voix d'un saint, dune sainte

ou de Dieu? — De sainte Catherine et de sainte

temps, parce qu'on les attribuait a la vanité et à l'envie de plaire et de séduire; on n'en pouvait pas dire autant de l'habit d'homme que portait Jeanne d'Arc.

srn>()MMÉK LA Pl'CKLLE l)*OnLBA.\S.

Margacrtte. — Commenl savez-vous qae ce sont CCS deux saillies? — Je sais forl bîcu qae ce >onl elles , el je les distingue parfaitement l'uoe (Je l'autre. — Commeut les distinguez-vous ? — II y a sept ans qu'elles ont pris la charge de me conduire ; je les reconnais parce qu'elles se nomment en m'abordanl. — Sont-elles vêtues du même drap? — Je ne vous dirai paa autre chose aujourd'hui. — Ont-elles votre âge? — A cette question et à beaucoup de semblables, point de réponse. — Quelle fut la voix qui vint à vous à l'âge de treize ans? — Saint Michel. — Vilesvous saint Michel et ses anges corporellcmcnt et réellement ? — • Je les vis comme je vous vois. — Que vous dit l'archange la première fois 1 — Point de réponse. — Quelle était la figure de saint Michel? — Je ne sais. — Elait-il nu? — Pensez- ^ous que Dieu n'ait pas de quoi le vêtir? — Avaitil des cheveux? — Pourquoi les lui aurait-on coopés? — Qu'éprouvâtes- vous à la vue de saint Iktichel el de ses anges ? — Quaud je les vis s'éloigner, je pleurai et j'aurais bien voulu qu'ils nremmenas'-eut avec eux. — Dieu vous a-t-il ordonné do venir en France? — J'aurais mieux aimé être écartelée par des chevaux que de venir en France sans la permisHion de Dieu — Quelles révélalions eut votre roi? — Vous n'aurez pas cela de moi cette année; je fus interrogée pendant Iroîs semaines à Poitiers el h C binon ; le roi eut signe de mes faits avant qu'il y voulût croire ; les ecclésiastiques de mon parti ne trouvèrent rien que de bon dans mon fait, etc. »

Nous avons extrait de cet interrogatoire du 27 février ce qui concerne les révélalions el apfiarilloos; c'était là surtout ce qu'on voulait incriminer. Ces apparitions étaient-elles vraies ou fausses? Pour savoir à quoi s'en tenir, il aurait fallu le demander à Dieu lui-même ou bien à Kiiul liiehel et è sainte Catherine; elles étaient d'ailleurs choses fort innocentes en soi , et la justice humaine n'avait rien à y faire; pour qu'elles pussent être incriminées, il fallait qu'elles eussent inspiré des doclrines condamnables , el qu'il en fût résulté quelque scandale ou quelque dommage; mais rien de tout cela; l'accusation avait beau alléguer que ces prodiges venaient des mauvais esprits; comment croire que l'esprit de ténèbres eût apparu pour engager une jeune fille à garder sa virginité, à pratiquer les vertus que la religion enseigne, à se dévouer pour son Dieu el pour son roi? Le dévoûmeut que la Pucelle avait montré pour la cause do Charles Vil pouvait bien , il est vrai , n'être pas agréable aux Anglais; tous les prodiges qui avaient signalé ce dévoûmcnt pouvaient bien être pour les ennemis de Jeanne un sujet d'affliction et de honte; mais comment faire de tout cela un crime digne du bûcher? Voilà pourtant ce qu'on avait entrepris dans ce procès.

(I) La réponse de Jeanne, conservée an procès-verhël %:r$i pas facile à pntendre; nous avons doniK^aui

Ou aurait bien voulu prouver que les victoires de Jeanne étaient l'œuvre du démon , et que la délivrance d'Orléans et le sacre do Reims n'avaient été que le produit de quelque pratiquo superstilieuse ou de quelque vertu magique. Ccllo intention est bien marquée dans ce qui nous resle à faire connaître de ce quatrième interrogatoire.

« Etes-vous allée à sainte Catherine^e-Flerbois ?

— Oui ; el quaud je fus arrivée à Tours, j'envoyai cliercher une épéequi était dans Téglite de Sainte- Catherine. — Comment saviez-vous que celle épée était-là ? — Par mes voix. — Avezvoos porlé celle épée? — Jusqu à mon départ de Saint-Denis après l'attaque de Paris. — Avez-vous posé votre épée sur l'aulcl pour quelle fût pius fortunée, — Non , mais j'ai toujours désiré que mes'amies fussent heureuses. — Aviez-vous votre épée de Fierbois quand vous fûtes prise? — > Non , mais une épée enlevée à un Bourguignon; cette dernière était une bonne épée de guerre , el propre à donner de bonnes buffles et de bont torchons, — Où avez-vous laissé l'autre ? — Cela n'est pas du procès.-^ Quand vous vîntes à Orléans, aviezvous un étendard ?— Un étendard dont le champ était semé do fleurs de lys ; un monde y était flguré avec deux anges sur les côtés ; il était broité de franches de soie , et portait ces mots écrits : Jésus Maria, — Qu'aimiez-vous mieux de votre étendard ou de voire épée? — Beaucoup plus , voire quarante fois plus mon étendard que mon épée. Je portais moi-même cet étendard quand j'attaquais les ennemis, pour éviter de tuer quoiqu'un ; je n'ai jamais tué personne. — Quelle armée vous confia votre roi , quand il vous mit en œuvre? — Dix ou douze mille hommes. — Eliezvous sûre de faire lever le siège d'Orléans ? — Dieu me l'avait révélé, et je l'avais dit à mon roi.

— Ne disiez-vous pas à vos soldats quo vous détourneriez les flèches des Anslais. — Je leur recommandais d'être sans crainte. Plusieurs ont été blessés à mes eûtes , j'ai été blessée moi-même.

— En aviez vous la prescience ?^ — Je l'avais annoncé avant le combat, n

Si nous en croyons un témoin au procès de révision, on aurait demandé à Jeanne, dans cette séance, si elle s'était jamais trouvée en lieu où des Anglais avaient été tués : En mon Dieu! aurnit-elle répondu , ^t de nous n^apas vu la guerre? Mais de si tristes choses, parlons doucement et à voix basse {i). Un seigneur anglais qui était présent, «joule le témoin, fut Itiuché de cette réponse, a Je voudrois, s'écria-t-il , que cetto » femme fût Angloise. » Mais les ennemis do Jeanne ne l'avaient pas moins condamnée d'avance. Un témoin <lu procès de révision nous apprend qu'après cet interrogatoire du 27 février ,' l'huissier ou l'a ppari leur , nommé Massieu , comme il reconduisait Jeanne à sa prison , fut rencontré par un nommé Turquctil, chantre

muls rapportés dans la minute le sens qnl aous a paru le plus probable.

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«le la chapelle du roi d'Auglelerre ; celoi-ci lai demanda, sans égard pour la présence de Taccusée: « Que le semble de $es répomes ? scra-t-elle aree (brûlée)?— Jusqu'ici, répondit Massieu, je n'ai yu que bien et honneur en elle , et elle me semble une bonne femme ; je ne sais quelle sera la fin ; Dieu le sache!» — ^Turquetîl alla sur-le-champ rapporter cette réponse aux gens du roi, enlr*autres au comte de Warvick ; d'après ce rapport , Massieu se trouva en grand péril; Févéque deBeauvais le manda et lui dit que s'il continuait à se conduire de la sorte , on le fairoU boire un peu pluique déraison (1).

Séance du i*' mare, — Le cinquième interrogatoire porta d'abord sur les lettres que Jeanne avait écrites au comte d'Armagnac, au roi d'Angleterre et aux chefti de l'armée anglaise; elle reconnut le contenu de ces lettres, à l'exception de quelques mots qu'on yavaitchangés,et déclara qu'elle même les avait dictées. Comme on lui adressa beaucoup de questions au sujet des menaces faites aux Anglais dans ces lettres, elle rappela lout ce qu'elle avait prédit sur l'entière délivrance du royaumedes Lys.« Les Anglais, ajouta-(-eIle, abandonneront un pluêfirand gage qu*iii n*onl fait devant Orléans^ et perdront tout en France. — Comment savez-vous cela? — Par la révélation qui m'en a été faite: cela arrivera avant sept ans, et je suis fâchée que cela doive tant larder. »

Toutes les fois que dans le procès il était ques^ tion de la France, Jeanne oubliait sa propre cause, elle oubliait sa captivité et les p/^rils dont elle était menacée; prisonnière des Anglais, elle leur parlait encore comme au temps do ses victoires. An reste, la prédiction qu'elle fit à ses juges dans cette séance s'accomplit exactement; Paris fut enlevé aux Anglais dans la sixième année qui suivit la mort de Jeanne, et peu d'années après, toute la France fut délivrée de la domination des étrangers.

Le chapitre des apparitions fut de nouveau traité. On interrogea l'accusée sur sainte Catherine et sainte Marguerite. On lui demanda quels étaient les vêtements des deux saintes, si elles étaient des femmes, si elles avaient un visage, si elles avaient des cheveux, et si ces cheveux étaient longs et pendants; si elles avaient des bras et des membres; comment elles pouvaient parler sans organes, quelle langue elles parlaient. — Sainte Catherine parle-t-elle anglais?— Comment parlerait-elle anglais, répond Jeanne , puisqu'elle n'est pas du parti des Anglais. — On interrogea ensuite l'accusée sur des anneaux qu'elle avait portés , et qu'on regardait comme des talismans. On aurait voulu savoir si sainte Marguerite et sainte Catherine s'étaient entretenues avec Jeanne sous l'arbre des Fées. On lui demande ce que les deux saintes lui avaient promis au bois Cliesnn et ailleurs. — Les sainleslui promettaient troischoses: la première, qu'elle irait en France; la seconde,

(1) Ce fait fut rapporté au procès de révision

que Dieu aiderait les Français; la troisième, qu'elle irait en Paradis, a Elles m'en ont promis une quatrième, ajouta-t-elle , que vous ne saurez que dans trois mois. » — Ses voix lui avaient-elles dit qu'elle serait délivrée de prison ? — Elle de mande trois mois pour répondre. Cet interrogatoire se termine par quelques questions sur les révélations faites au roi ; Jeanne répond qu'elle aimerait mieux qu'on lui coupât le cou que de parler sur des choses qu'elle a promis de ne jamais dire à homme vivant.

Séance du^ mare. — Quoique nous ayons eu soin d'être court dans ces extraits , nous n'avons pu éviter les répétitions, car les interrogatoires roulant toujours sur les mêmes faits et les mêmes accusations , les mêmes réponses s'y représentent sans cesse. A l'ouverture de cette séance on revient sur les apparitions de saint Michel , de sainte Catherine , de sainte Marguerite. La pauvre Jeanne persiste dans toutes ses assertions ; et quelle âme généreuse oserait la contredire, puisqu'il ne lui reste plus d'autre consolation et d'autre appui que ses visions miraculeuses I Combien ne serait-il pas douloureux de penser que les amis qu'elle avait dans le ciel , et qui l'accompagnaient dans sa gloire, ont fait comme les puissances de la terre , et l'ont abandonnée dans cette terrible lutte avec l'adversité ! Dans cette séance , Jeanne d'Arc fut encore interrogée sur son étendard. « Disiezvous point que lea penonceaux en semblemce du rostre estoient heureux? — Je disais aux gens d'armes du roi : Entrez parmi les Anglais, et j'y entrais moi-même à leur tête. — Disiez-vous point qu'ils portassent hardiment votre drapeau, et qu'ils auroient bon eur? — Je disais ce qui est advenu et ce qui adviendra encore. » — On lui demandai! si des papillons n^avaient pas été trouvés sur son étendard; si son drapeau n'avait pas été porté autour des châteaux et des églises avec certaines cérémonies, avant d'être montré dans les combats? — Jeanne répondait que non. — N'avait-elle pas connu le frère Richard, fameux prédicateur et soupçonné aussi de quelques sortilèges? — Elle raconte naïvement qu'elle a vu ce Richard devant Troyes en Champagne. « Ceux de la ville, dit-elle, l'envoyèrent devers moi, croyant que ma mission ne fût pas chose de Dieu. En approchant il faisait grands signes de croix et jetait eau bénite. Je lui dis : Âpprockeshardimentje ne m'envoulerai pot.» L'accusiée est interrogée sur Catherine de La Rochelle, qui s'était donnée pour une prophétesse^ et qui estoit, disait-elle, visitée toutes les nuits par une dame blanche, veslue de drap d'or. Jeanne convient qu'elle a vu à Gergeau cette Catherine de La Rochelle, et qu'elle lui a conseillé de retourner auprès de son mari et de ses en* fants.

« Savez-vous, lui dit l'interrogateur, A ceux de votre parti ont fait pour vous service ou oraison ? — Je ne sais ; mais je serai toujours contente de voir des chrétiens prier pour moi. — Dans quelle

SLB.NOMMEK LA PLCELLE UOULEANS.

jnleotioD eeox de voire parli vous baisaieDl-iU les i mains el les vèlemeDls ? — Si on baisait mes vêtemente, je n'en pimvois mais; venaient les pauvres gens voioniiers à wun , parce que je ne leur faisais paini de diplaisiré — ^A*t on (ait des images de vous en papier, en plomb on antre métal ? a-t-on porté œs images suspendues an oon? — Si on m*a pris pour une sainte ou pour un ange , si on m'a nommée à l'église dans des prières , si on y a fait l>énir des images en mon honneur , je n'en ai rien su. — Ceux de votre parti vous croient-ils envoyée de Dieu? — J'ignore si eeox de mon parti rae croient envoyée de Dieu pour ce que j'ai fait, et, dans le cas où ils le croiraient, il m'est avis qu'ils ne se trompent pas. »

Elle est interrogée sur ce qui loi est arrivé au château de Beanrevoir. « Blasphémâtes -vous point alors le nom de Dieu ou des saints? — Je n'ai pas coutume de jurer. i» On loi demanda si elle avait reçu les sacrements de l'église en habits d'homme. « Oui , mais je déposais mes armes. — Si elle avait tenu des enrants sur les fonts de baptême , et quels noms elle leur avait donnés. — Aux garçons le nom de Charles , aux filles celui de Jeanne. — Si un enfant de Lascni avait été rappelé à la vie par ses prières. — Toutes les vierges delà ville, assemblées à l'église, priaient Dieu de ressusciter un enf«int pour qu'il fût baptisé , et Jeanne alla prier avec elles ; Teofanl ouvrit les yeux, bâilla trois ou quatre fois, reçut le baptême et mourut : voilà tout ce qu'elle sait. » On avait l'intention de tirer de ses aveux la preuve qu'elle avait abusé du nom de Dieu et de l'autorité de ses sainte pour des choses mondaines; qu'elle s'éteit livrée à de coupables superstitions; qu'elle n'avait pas craint de se présenter ellemême aux peuples comme un objet d'idolâtrie.

Lorsqu'on lui demandait si elle était prophétes8e,elle répondait qu'elle ne savait qu'une chose dans l'avenir, c'est que les Anglais ne resteraient pas en France. Une autre fois on lui demandait si Charles avait bien fait de tuer ou faire tuer le duc de Bourgogne :« Cette mort, répondit-elle, fut un très^and malheur ; mais Dieu ne m'a envoyée que pour secourir le royaume. » 11 y avait tant de noblesse dans ses réponses, qu'on ne renouvela plus de pareilles questions.

Siemce du 10 mars. — Cette séance fut tenue dans la prison de Jeanne , ce qui ajoutait encore à l'illégalité comme à l'odieux de la procédure : l'évêque de Beauvais s'y rendit avec un très-petit nombre d'assesseurs. On interrogea l'accusée sur sa sortie de Compiègne, et sur ce qui se passa lorsqu'elle tomlûi aux mains des Bourguignons. Elle dit qne dans la semaine de Pâques, s'étant troovée sur les fossés de Melun, ses voix lui avaieot annoneé qu'elle serait prise avant la Saint- Jean; les mêmes voix ajoutèrent qu'elle ne devait s'ébakirj qu'elle devait prendre tout en gré, et que Dieu l'aiderait. On lui demande si cet avis lui avait été réitéré plusieurs fois; elle répond que

oui, et qu'elle a souvent prié Dieu de lui épargner les angoisses de la captivité. Du reste, en lui annonçant qu'elle serait prise , on ne lui avait dit ni l'heure ni le lieu. Si *elle l'avait su , elle n'y serait point allée , à moins que ses voix ne lui en eussent fait un devoir.

On lui fait plusieurs questions sur ses armes; sur le cheval qu'elle montait. On lui demande si elle avait un trésor. — Dix â douze mille écus qu'elle avait vaillant n'éteient pas grand trésor à mener guerre; elle ne demandait rien au roi que de bons chevaux et de bonnes armes. <— Le signe donné au roi fut-il de Dieu ? — Oui. — Durera-t-ll long-temps? — Il peut durer mille ans et plus.

— Esl-il or ou argent , pierre précieuse ou couronne?— La plus riche couronne qui soit au monde. — Jeaime répugnait à en dire davantage, car ceux qui l'interrogeaient ne lui paraissaient pas gens à en être frappés comme elle et comme ceux de son parti. « Le signe qu'il vous faudrait, à vous, leur dit-elle, le seul qui put vous émouvoir, est que Dieu me délivrât de vos mains» » On loi demande si elle salua l'ange , quand il apporta le signe : elle ôla son chaperon et s'agenouilla , puis remercia Dieu de ce qu'il la délivrait des elere* qui arguaient contrs elle.

Séance du 12 mars. — On demande à Jeanne si l'ange qui apporte* le signe parla au roi. — « il dit qu'il falteit me mettre en besogne^ el que te France serait tantôt allégée, — Eteit-ce saint Michel, le même qui vous avait d'abord apparu? — Le même. — Il vous aurait donc failli^ au moins pour les Iriens de ce monde, — Puisque c'éteit io plaisir de Dieu^ mieux était-^e encore que je fusse prise, — Ne vous a-t-il point failli pour le bien de votre âme?— Comment m'aurait-il failli^ puisqu'il me conforte tous les jours dans ma prison. — Quand vous promîtes à Notre-Seigneur de garder votre virginité, parliez-vous à lui? — ^A sainte Catherine et â sainte Marguerite. — ^Avez-vous point parlé de vos visions â votre curé ou â tout autre homme d'église? — Non, mais seulement à Robei t de Beaudricourt et â mon roi. — Croyiez-vous bien faire de partir sans la permission de père et mère? — Puisque Dieu le commandait, il convenait de le faire ; quand j'aurais eu cent pères et cent mères , quand j'aurais été tille de roi , je fosse partie.^'— Quand vous voyiez saint Michel et ses anges, leur faisiez-vous la révérence ? — Oui, et je baisais la terre où ils s'éteient arrêtés.

— Avez-vous eu messages et lettres de saint Michel et de vos voix? — Je répondrai dans huit jours. — Vos voix vous ontfelles quelquefoto appelée Fille de Dieu , FUle de l'Eglise , FUle au grand ccBur? — Avant et après la délivrance d'Orléans, elles m'ont plusieurs fois appelée Jeanne la pucelle^ fille de Dieu. »

Dans cette journée du 12 mars , il y eut «ne séance après dtner; on interrogea la PueeNe sur le songe de son père et sur les inquiétudes de ses parents â son départ. On revient ensuite â l'habit d'homme : « PHtes-voos cet habit, dit l'inlerroga-

NOTICE SIR JBlN.XB i/aKC,

leur, il la requête de Beaudricourt ? — Par ma propre volonté el non à la requête d'aucun homme au monde. — Pensîez-vous mal faire ? — Non , « el si j*estois de présent en l'autre parti, et en » habit dliomme, me semble que ce seroit un v des grands biens de France , de faire comme » j*ai fait devant ma prise, v

A la fin de cette séance, Jean Le Maistro, vicaire de rinqnisition , qui n'avait paru jusque-là que parmi les assesseurs, se présenta comme juge du procès, ce qui fut un motif do nullité au procès de révision.

Séance duiSmars, — Dans toute cette séance, on ne 8*occupa guère que du signe qui fut donné au roi; Jeanne déclara d'abord qu'elle n'en parlerait pas; puis elle en parla assez longuement, c Ce signe, dit-elle, fut ce que l'ange certifia à mon roi en lui apportant la couronne; Fange lui déclara qu*il aurait tout le royaume de France, d/'atiif de Dieu et moyennant mon labeur, Saiui Michel ajouta que le roi n'avait qu'à me donner gens d'armes , et qu'il serait bientôt couronné et sacré. — De quelle manière l'ange apporla-l-il la couronne? — Elle fol baillée à l'évèqne de Reims et mise au trésor du roi. -^ De quel métal était-elle composée? — De fin or et moult riche. — Quelle était la signifiance de cette couronne? — Que le roi reprendrait le royaume de Fr'ance. — D*où venait cette couronne apportée par l'ange? — Il n'y a orfèvre an monde qui la sût faire si riche et si belle. — Comment l'ange arriva- t-il? — Il entra par l'Atiû, et fit révérence au roi , louant sa résignation dans l'adversité, et lui annonçant les destinées futures de son royaume. — Jeanne accompagna l'ange et dît au roi : Voilà votre signe, prenez-le. La Trémouille, Charles de Bourbon et plusieurs prélats virent ce signe, et Dieu permit que ce signe fût ainsi vu, pour épargner à Jeanne les questions qu'on lui faisait sur sa mission. Parmi la multitude d'anges qui accompagnaient saint Michel, il y en avait avec des ailes, quelques-uns avec une couronne sur la tête, d'autres sans couronne. L'archange, après avoir rempli son message, se sépara de Jeanne qui se mit à plourer et qui l'aurait volontiers suivi s'il eût plu à Dieu. — Fut-ce pour sou mérite à elle que l'ange vint de la sorte? — Il était venu pour que le roi crût à la mission qu'elle avait reçue de Dieu, et pour que les bonnes gens d'Orléans fussent secourus. — Pourquoi elle plutôt qu'un autre? — Dieu avait voulu opposer une simple vierge aux ennemis du roi. V

Tels furent les proiliges que Jeanne raconta dans son interrogatoire du 13 mars. Si de pareilles choses avaient été vues do la cour de Charles VU, comment l'histoire contemporaine aurait-elle gardé le silence? Nous avons dit que Jeanne, en arrivant à Chinon, avait fait reconnaître au roi sa mission , eu lui rappelant une prière à Dieu qu'il avait faite en secret dans un moment de désespoir ; l'héroïne voulait cacher aux juges Tcsprit de découragement qo^elie avi'JI

trouvé dans le prince qu*elle était venue secourir; elle aima mieux raconter des choses merveilleuses que de dire la vérité, parce que la vérité était peu glorieuse pour le roi de France; on ne doit voir au reste dans ces fictions que les inspirations d'une grande et belle poésie. Les deux dernières années de la vie de Jeanne sont le plus beau sujet de poème épique qu'on puisse trouver dans l'histoire des hommes; lorsque nous entendons la jeune vierge nous parler ainsi des anges et des magnificences du ciel , qui viennent attester sa mission auprès de Charles, noussommes tentés de croire que les merveilles de sa vie l'ont inspirée, qu'elle prélude elle-même au poème dont elle est le héros , el qu'elle se fait ainsi devant ses juges le poète de sa propre épopée. Si en eflet quelque poète, vraiment inspiré, chantait la gloire de Jeanne d'Arc, il n'y aurait rien d'étonnant qu'il racontât l'arrivée de l'héroïne à la cour de Charles, comme elle la racontait elicniêroe dans celte séance du 13 mars.

Séance duiï mars, — On demande à Jeanne pourquoi elle se précipita d'une tour du château de Beaurevoir. « On disait , répond l'accusée , que ceux de Compiègne , tous, jusqu'aux enfants de sept ans, devaient être rois à feu et à sang ; j'aimais mieux mourir que de vivre après une telle destruction de bonnes gens; je savais d'ailleurs que j'étais vendue aux Anglais. — N'avezvous pas dit alors à sainte Catherine ces paroles : Plaira-t-il à Dieu de laisser si mauvusb- MENT mourir ces bonnes gens do Compiègne ? — Je n'ai point dit macvaisbmbnt, mais seulement Dieu laissera-t-il mourir ces bonnes gens de Compiègne, si loyaux à leur seigneur! — On lui demande si elle a fait ce saut dans l'intention de se tuer. — Non , mais pour échap|)er aux Anglais. »

Jeanne avait dit à l'évêquer de Beauvais qu'il se mettait en danger en se déclarant son juge : Â avisez bien que vous ne jugiez mal (ce sont ses expressions) : je tous en avertis, et si notre Seigneur vous en chastie, j'aurai fait mon devoir de vous le dire. Le procès-verbal ne dit point que l'évêque de Beauvais ait répondu à ces paroles de Jeanne. Comme elle avait dit que sainte Catherine viendrait à son secours, et qu'elle serait délivrée, on voulut qu'elle s'expliquât là 'dessus : — Elle répondit que ses voix lui avaient annoncé sa délivrance, mais ne lui avaient point dit quand et comment; seulement il lui avait été annoncé qu'elle serait sauvée par une victoire. « Quand ce sera au jugement^ ajoula-t-elle, je ne sais s'il y aura aucun trouble qui me délivrera ; mes voix me disent : Ton martyre finira et tu viendras au royaume du paradis ; entendent-elles par le mot de mart;fre la peine et adversité que je souiTrc en prison , ou bien ai-je encore de plus grands maux à souRVir? Dieu le sait et je m'en rapporte à lui. — Eles-vous sûre , lui demanda l'interrogateur , que vous serez au paradis? — Aussi sûre que si j'y étais déjà. — Cette réponse est

SUCNOMM£fi LA PliCKLLE bOULEARS.

grave et d*ttO graod poids. — Aussi en tieufr-Je la pensée pour an grand Irésor. — Croyez-vous après cette révélation que vous ne paissiez faire péehé mortel? — Je n'en sais rien et je mets toute ma confiance en Dieu.» La séance est suspendue, êtreprise dans l'après-dlner du même jour 14 mars. Le compte-rendu de cette séance commence par quelques phrases inintelligibles. On demande ensuite à Jeanne si elle tient son serment de garder «a virginité de cœur et d'àme. — Point de réponse dans le procès-verbal.

La séance est de nouveau suspendue et reprise une seconde fois. Ou demande à Jeanne si elle croit qu'elle ne peut pas pécher mortellement , et dans ce cas, pourquoi elle se confesse. — Elle ne sait, mais si elle était en péché mortel , elle croit que sainte Marguerite et sainte Catherine rabandonneraient.—Ou veut savoir si elle a maugréé on renié Dieu dans la prison. — Les gens envoyés auprès d'elle avaient sans doute surpris quelques mots échappés à sa douleur; aucunes fois elle disait, bon gré Dieu, bongri iainlJean^ ban gré Noire-DatM, On avait fait de ces mots autant de blasphèmes. Jeanne se contente de répondre qu'on Ta mal entendue et qu'elle n'a pas l'habitude de jurer.

Prendre un homme en rançon, lui disait-on, et le faire mourir, n'est-ce pas péché mortel ? — On faisait allusion à Franquet d'Arras qu'elle avait fait prisonnier. — Elle répond qu'elle avait voulu échanger Franquet contre un prisonnier de son parti ; mais ce dernier étant mort pendant la négociation, elle avait laissé faire la justice, qui réelama Franquet comme meurtrier, larron et traître. — On reprochait à Jeanne d'avoir baillé de l'argent à celui qui avait pris Franquet , afin de le livrer à la justice de Lagny et de Senlis. — « Je n'étais, répondit-elle, ni monnayer, ni trésorier du roi de France. »

On peut juger ici de i'embarras où devaient se trouver ceux qui cherchaient des crimes dans la vie de Jeanne , puisqu'ils en étaient réduits à s'arrêter sur des pareilles circonstances. L'accusée n'aurait-elle pas pu leur répondre que ce qu'on lui reprochait au sujet de Franquet d'Arras , on pouvait le reprocher aussi au roi d'Angleterre qui l'avait achetée elle-même des Bourguignons , pour la faire juger et condamner. On lui fit plusieurs questions sur des faits qui pouvaient être regardés comme des péchés mortels ; elle avait livré un assaut à Paris le jour do Notre-Dame ; elle s'était approprié la haquenée de l'évêque de Senlis ; elle avait voulu se donner la mort , en se précipitant du haut d'une tour ; elle portait l'habit d'homme. — Toutes les questions qu'on lui adressait ainsi semblaient n'appartenir qu'au tribunal de la pénitence ; l'accusée répondit que sur toutes ces choses , elle ne connaissait que le joçcment de Dieu et celui de son confesseur; die ajouta que le cheval de Tévèque de Senlis avciit été payé deux cents saluls d'or, et qu'elle l'aYait mémo renvoyé au prélat , comme impro-

pre à la guerre ; quant au saut de Baurevoir, elle en avait demandé pardon à Dieu ; pour l'attaque de Paris dans un jour de tèie , elle avait obéi à ses chefs; et pour l'habit d'homme, elle le portait parce qu'elle avait failles œuvres d'homme: si cet habit déplaisait à Dieu , elle était prête à le quitter.

Séance du 15 mar«.— On s'aperçoit, à la seule lec* ture des procès-verbaux, que les séances se tiennent dans une prison , et que l'accusée est interrogée devant un petit nombre d'assesseurset de témoins, dévoués à la cause de ses ennemis ; de plus fréquentes lacunes se font sentir dans le compterendu des interrogatoires ;'plusieurs réponses semblent altérées ou passées sous silence.

Pour mieux faire connaître la physionomie du procès, nous dirons encore quelques mots sur l'espritqui présidaitaux interrogatoires. La grande affaire pour les juges était de découvrir des motifs de condamnation, et tous les moyens étaient bons pour cela. Tantôt on s'elTorçait d'incriminer les moindres actions de Jeanne ; tantêt on scrutait ses plus secrètes pensées, avec le dessein d'y trouver quelques erreurs condamnables. Les questions sur les faits sont simples, quelquefois naïves, et souvent la Pucelle a l'air de s'en moquer. Quant aux questions sur les doctrines, comme elles oiTrent à l'accusation un champ plus vaste, c'est de ce cêté que les interrogateurs dirigent le plus souvent leurs efforts. Leur investigation opiniâtre va de subtilité en subtilité, et ne s'arrête que lorsqu'elle a cru trouver dans les réponses do Jeanne quelque sens équivoque , quelque contradiction apparente qui puisse faire suspecter sa foi. Quoique l'ignorance de l'accusée sur certaines matières, mette fort à Taise les docteurs qui veulent la tromper, ceux-ci ne restent pas moins cachés sous un voile mystérieux. Lorsqu'ils font une interrogation à laquelle ils attachent une grande importance pour l'issue do procès, toute leur crainte est qu'ils soient parfaitement compris, et que leur intention puii&se être devinée. Pour l'ordinaire, c'est le crime qui, en présence des lois, craint la lumière ; ici ce sont les juges. Toute franchise leur déplaît, toute explication, toute définition leur est odieuse. S'il arrive dans les débal s qu'une question soit assez éclaircie pour que l'accusée se mette en g^rde contre les embûches qu'on lui dresse, aussitôt la même question est présentée soos d'autres formes et dans des termes plus vagues. Alors la jeune vierge, pressée de répondre, hésite. Quelquefois même elle varie dans ses réponses. Mais qu'importe à ceux qui rintcrrogent les variations et les incertitudes de l'accnséc? Ils n'écouteront rien de ce qui peut servir sa cause, et ne retiendront de ses paroles que ce qui peut lui noire (1).

Dans cette séance du 15 mars, Jeanne fut invitée à s'en rapporter, pour iei faits et diu^k la décision de l'Eglise. Elle demande que ses réponses

(i) Voyez les Douze Article? dans notre indication analytique des documents.

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