C. D. M. , T. III
Or n'est ce pas assez si j'ay devisé pourquoi Philippe de France , bisaycul de vostre mcre, fut nommé Philippe le Hardi : mais estbesoingque Je vous déclare qui il fut , plus amplement : et trouverez qu'il fut gentil-homme , fils , frère , et oncle de roy de France , luy vivant : car le roy Jehan de France son père , vescut assez longuement de son temps : et le roy Charles le Quint, f^t fils aisné du roy Jehan , et frère dudict Philippe , si longuement , qu'il veit régner assez long temps, Charles, sixième de ce nom , roy de France , fils de Charles le Quint , et neveu dudict Philippe vostre tiers ayeul : et ainsi Philippe le Hardi se trouva, de sa vie, fils , frère, et oncle de roy de France. Encores n'ay Je pas assez devisé qui fut ce noble duc , dont vous estes yssu : mais , pour en vostre Jeune aage reoorder et apprendre , le plus bref que je pour* ray , les lieux que vous devez honorer , et dont vous avez receu biens et honneurs par vos prédécesseurs , tant en bienfaicts , comme en noble descente , Je declareray en brief , de la noblesse et descente des roys de France , ce que J'en ay peu apprendre et sçavoir.
Si ne me veuil arrester à Tadvenement, et comme ils conquirent et augmentèrent France, ny à Francion , premier roy des François , et comment ils furent payens Jusques au roy CIovis : car d'iceux J*ay aucunement touché en ce présent volume : et ne dura celle lignée que Jusques à Childeric le second. Apres cette lignée passée , Pépin , fils de Charles Martel ftit faict roy de France , par son sens et bonne conduite, sans autre tiltre de droit , et , après luy, Charles le Grand , son fils : qui fût empereur de Ronmie, «t roy de France , et tant travailla , et oomibatit, pour soustenir la foy chrestienne , que ses beaux faicts en font le tesmoignage, et sont par tout le m<Hide , par fondations , chroniques , et escritures : où tout noble cueur se doit délecter , et lire , pour apprendre le chemin de valeur. Cette lignée des roys de France , dura Jusques à Louis fils d'un roy Clotaire (1) : et, sur eeliuy roy Louis , Hue Capet , fils de Hue le Grand , malstre du palais, prit le royaume de France , et fit roy de France, Robert , son fils. Celluy Robert fit à Dieu telle révérence , qu'en son habit royal chantoit aveques les prestres , et faisolt le service de Dieu , comme s'il fust prebêridé comme prestre : et fut celluy , qui, tenant un si^e sur ses ennemis à grande puissance ,'i'abandonAa de sa personne pour aler chanter et faire le service divin avec les prestreè : et luy faisant leisainct service de Dieu , les niurailles tombèrent, sans
(I) Lothalre.
INTRODUCTION D'OLIVIBB OS L4 MABCHt.
coup férir de canon , ou bombarde, mais par la \oulonté de Dieu : et fût la place prise par ce moyen , et mise à la voulonté de ce tresdevot roy Bobert.
Duquel acte vous doit bien souvenir , et servir oe bon Dieu : de qui tous bienfaicts sont acceptés et reeongnus : et faut ramentevoir , à ce propos , le bon Moïse : qui , conduisant les enians dlsraei. peuple deDieu , tant eut de dangers et de peine à gouverner leurs diverses meurs, et en plusieurs lieux se trouva en bataille, que quand il combatolt , il perdoit , et quand il prioyt et faisoit ses oraisons , il avoit la victoire ; combien que Je ne die pas qu*il fale tenter Dieu , et demourer les bras croisés , et laisser bonneur et avoir à l*aventure sans deffense : mais il s'entend que l'on doit , par humble et dévot courage , marchander à Dieu la victoire , «t y mettre cuevr el fiance , pour avoir de luy confort , et ayde. Car plustost obtiendroit celluy , qui à tort se combat., grâce de victoire, par humbles requestes et prières , que celluy , qui aveqqes le droit travaille. , ne feroit : et grandement meprendroit celuy qui tant se fieroit en sa bonne querelle , qu'il oubliast la puissance de Dieu , et la permission divine : dont la sentence est à nous incongnue , jusques à l'effect. Si soyons humbles devant Dieu , et luy requérons aide et confort à nostre droit , et pardon et miséricorde de nos tors et mefaicts : et soyons dévots , comme le roy Rol>ert, fils de Hue Capet, qui fit plus , par sou humble dévotion , en sa victoire ) que toutes les puissances , cohortes , bombardes, et artilleries de son armée : et dure eneores ceste lignée de Hue Capet , par lignée, et non pas la droite lignée des roys de France : comme je diray par cy-apres.
Tant dura to lignée de Hue Capet , qu'elle vint à ce bon sainct Louis , roy de France, lequel ti*avallla moult pour la oonqueste de la Terre Saiocte, et fat prisonnier des Sarrasins : et, depuis sa délivrance , fit armée nouvelle , et retourna , et mourut sur les Sarrasins , et fti t moult estimé , et de saincte vie : comme il appert par les tesmoignages de l'Eglise : qui l'a canonisé , et tenu pour sainct. Celluy sainct Louis se maria à MargWfite, fille du comte de Provence, et de celle «me eut plusieurs enfans : dont l'alsiié, qui suceeàa à la Couronne , fat Philippe. Celluy Philippe eut en mariage Ysabd , fille du duc de Bourgogne (1) : et de oe mariage il eut trois fils , dont les deux , par succession , farent roys de France, et le tiers fat Charles , comte de Valois, el d'Alénçon.
(I) iMbcUe d*Arragon.
Cette lignée de sainct Louis faillit en la bgnet directe des roys , à Philippe le Bel : et mooni* rent tous les hoirs masies. De celle lignée de* mourérent plusieurs femmes : dont l'ainee , nommée Marguerite (qui fat fille de Philippe, fils de sainct I^ouis) fat royne d'Angleterre: mais les pers de France, en approuvant une loy par eux faicte , que fille ne doit point succéder à si-noMe royaume ,ne voulurent consentir qoe ladicte royne d'Angleterre, ou son fils, 8Qcc^ dussent à la Couronne : ains firent roy de Fmre Philippe de Valois, fils de Charles, comte de Valois, fils de Philippe, fils de sainct Lonis, cl demy-frére de ladicte royne d'Angleterre : et de ce débat meuvent et viennent les qoerel* les, qui sont de présent entre les deux royso* mes , de France et d'Angleterre, et dont la guerre n*e$t pas encores finie.
Ainsi fat celle lignée directe des roys de France faillie, et venue à In ligne oolatcrale: car Philippe de Valois , eleu et élevé roj de France , fat fils de Charles, comte de Valois, tiers fils du roy Philippe , fils de sainct Louis, qui fut longuement hors d'espérance de reresir à la Couronne : et depuis se sont les roys^yssH de celle lignée , nommés de Valois : dont voos estes yssu : et combien que les princes et priscesses, yssus du royaume de France, di^eel^ ment ou colateralement, se puissent nommer de France en surnom , toutesfois , pour les gnndes et anciennes signeuries , tirées et apanagees du Royaume aux enfans en partage , chacon sîgneur , et chacun prince , a pris le nom de la signeurie, à luy donnée : comme , (pvA aux ducs d'Orléans , de Berry , d'Angeoo, de Bourgogne , et de Bourbon , leurs snccesseon ont pris le nom de leurs signeuries et partage* combien qu'ils se puissent nommer de Fraoce, et que leur droit surnom soit de France, coBuae dict est.
Philippe de Valois , roy de France, est deei fenmies. L'une fut de Navarre (dontjemctay^ et l'autre fat fille du duc de Bourgogne, nctfmee Jehanne. De ces deux vint le roy i^bao; qui mourut en Angleterre, et de luy J'ay nagoéres parlé , tant de sa prise à Poictiers, eomsK de sa prison. Ce roy Jehan se maria à Bomie. fille du roy de Behaingne : et de ces deux vciadrent les quatre fils , dont J'ay parlé cy devant: à sçavoir Charles le Quint f qui fat roy de Yr» ce) et les ducs d'AnJon , et de Berry, et Philippe , vostre tiers ayeul : lequel fat longneneit appelé Philippe-Sans^Terre , el puis M^^ Touraine , nommé Philippe le Hardy : etdetost ce J'ay assez parlé et ramenteu* Qr , ponr pan* chever ce propos, qui vous toudie , Je difw
INTRODUCTION D OUVIEB DE hà MABCHB.
comment Philippe le Hardy , vostre tiers ayeul , fat duc de Bourgongoe , par don et partage , comme fils do roy de France : laquelle matière j'abregeray pour ceste fois, pour ce que j'entends y revenir en autre lieu , pour l'aproba^ion de ?o$tre droit.
La lignée de Heude et de Robert , dues de Bourgougne, faillit par deux ducs , tous deux nommés Philippe, père et fils, Tun après l'autre, et le derrain ( qui fut Philippe le Jeune ) avoit en mariage Marguerite de Flandres , fille du comte Louis, que l'on nommoit Louis de Maie: et vint, par vraye sueeession, la duché de Boargongne au roy Jehan de France , descendu de la fille de Bourgongne, dont j'ay cydessus parlé : et de celle succession firent lea François grand' feste. Car, combien que ladicte doché fust par-avant perrie, et se nommast le duc de Bourgongne premier per de France, comme encores fait , neantmoins les François en /Irent apanage , pour tousjours plus lier ladicte duché à la couronne de France. Quand celle Marguerite de Flandres fut vefve , et douagére de Bourgongne, par le trépas du jeune Philippe, duc de Bourgongne, comme dict est , pource que c'estoit une grande héritière des lors , et au temps advenir (conabien que le comte Louis de Flandres son père fust vif) grande poursuite se fit par plusieurs princes , pour avoir ladite vefve en mariage y et mesmement par le roy d'Angleterre , qui la vouloit avoir pour son frère (1), en intention d'avoir par là Flandres , dont elle estoit seule béritiere : et d'autre part le roy de France Charles le Quint (qui fut moult sage roy, et de grand' prudence) la demandoit pour son frère Philippe : et doutoyent les François que celle grande héritière par mariage ne ûst aliance au dommage du roy de France , et mesme en Angleterre : et, regardons les dangers à venir, fut pratiqué le mariage de Philij[^ le Hardy , lors frerc du Boy, et de Ladicte vefve , fille de Flandres. Le comte Louis estoit naturellement, et en courage , François : et desiroit l'aliance de France : mais les Estats et les membres de Flandres, et nommément les Gandois, vouloyent et demandoyent l'aliance des Anglois.
Toutesfois journée fut prise et tenue , pour le mariage du iils de France : et , pour y parvenir, fut offert au comte Louis de Flandres, par traité solennel, avec les pers de France, que Ton donnerait à Philippe le Hardy la duché de Bourgongne (que le Roy avoit nouvellement , et par succession) sous tiltreet condition d'apanage. Ce
(1) Ceci est inexact. Jean de GomoualUes, unique frère d*Edoaard ni , était mort avant que cehii-ci fût roi.
que le comte Louis refusa : si iedict Philippe ne l'avoit pour la tenir pour luy, ses hoirs, et postérités quelconques, et en telle manière et condition que la tenoit le duc Heude , et Robert , renonçeant le Roy audict apanage : et ainsi Ait faict et solennellement passé : et en appert par chartes, et tiltres autentiques. Mais je ne veuil guéres arrester en cest endroit , et sur ce pas : pource que , Dieu aidant, j'en parleray plus-àplain ailleurs, et de rappreuvemeiit de vostre droit en ceste partie. Ainsi donques fut vostre tiers ayeul , duc de Bourgongne , marié à madame Marguerite de Flandres : laquelle eut espcmsé deux Philippes, ducs de Bourgongne, comme vous avez ouy : et de là en-avant les hoirs yssus de ces deux , portèrent le surnom de Boargongne (combien qu'ils se pouvoyent nommer de France , sans nul contredict) , et a duré en ceste maison jusques à vous , et à madame Marguerite vostre seur : car vous deux prenez le surnom d'Austriche, à cause de monsieur Maximilian d'Austriche, vostre père, à -présent roy des Rommains (comme premier a esté dict) , et n'y a plus de ce nom de Bourgongne nuls , en ligne directe : mais en ligne colaterale y sont encores monsieur Jehan de Bourgongne, comte de Nevers et de Retel ; et la comtesse d'Angoulesme, sa fille , et non plus : qui sont yssus des ducs de Bourgongne, dessusdicts.
Si prit le duc Philippe le Hardi les armes de Bourgongne (qui sont de six pièces d'or et d'asur, en bendes , bordées de gueulles) et les ecartela de France , en chef, semé de fleurs de lis : car j'ay sceu par messire Jehan de Sainct Remy, chevalier (du tempp qu'il fut roy-d'armes de l'ordre de la toison d'or, et l'un des renommés en l'office d'armes de son temps),que tous les fils de France , doy vent porter semé de fleurs de lis : et n'apartient à nul de porter les trois fleurs de lis seulement , si non à celluy qui est roy de France, ou rhéritier apparent , portant les lambeaux : si la diference n'est si grande en l'escu qu'elle soit à tous manifeste et congnoissable. Au r^ard de madame Marguerite sa femme , vostre trisay eule, elle porta les armes de Flandres, qui sont d'or à un lyon de sables, moufle de gris. Or, en continuant ce que j'ay dit , et selon que je l'ai trouvé et apris , comment et pourquoy les armes de plosieurs signeuries ont esté et sont muées, je m'arresteray un pen à vous deviser aucunes choses , avenues à vozancestres eomtes de Flandres , et comment et pourquoy ils prirent le lyon en leurs armes , le portans depuis longuement sans antre escu et blason.
U est manifestement parlé, par croniques et I esicritures, dea grandes chevaleries faictes pac