INTRODUCTION UOLIVIEB DE LA MARCHE
piusîeurs comtes de Flandres , et comment les uns par leur» prouesses et chevaleries , se sont faits empereurs de Gonstantinople , et comment l'un déconfit et tua deux grands geans de Caiete: et ont par plusieurs fois fait sur les Sarrasins , et en la Terre Saincte , moult grandes choses , et dignes de mémoire : et, si le peuple flamand eust esté, et fust maniable par leur prince, comme autres pals , peu de princes eussent peu faire plus grandes cooquestes, et vasselages, que les comtes de Flandres : et des conditions d*iceux , je me tay , pour revenir à ma matière commencée. Je trouve que depuis Liedric, Forestier (qui premier signeurit, et possessaFlànr dres) jusques à Philippe, fils de Tierry d'Allesastre , comte de Flandres, tous les princes et comtes de Flandres portèrent leurs armes gironr nées d'or et d'asur : et dura treslonguement, par la manière que Je diray : et , pour mieux declairer ceste matière, et quelle soit approuvée et entendue, il est besoing que Je declaire aucune chose des faits du comte Tierry d'Allesastre père de Philippe.
Le comte Tierry de Flandres , nommé d'Allesastre, sceut que le roy de France (à qui il estoit parent) se preparoit pour aller en Icrusalem , lever ie siège , que les Sarrasins y avoyent mis de\<ant la cité , et dedans avoyent assiégé le roy Fouques , roy de lerusalem, moult vaillant preu^homme , Ghrestien , et bien renommé de son temps. Si se prépara ledict Tierry, pour aller aveques le roy de France : et , pour avoir l'amour du Roy, il reprit sa comté de Flandres de luy : et , pour abréger mon récit, le siège, que tenoyent les Sarrasins devant lerusalem , fut levé , et le roy Fouques , et ceux de la cité mis en liberté : où le comte de Flandres fit tant d'armes et si bien s*y porta, qu'il enquit grand los et grand pris : et accompaigna le roy Fouques jusques en Egipte, à la poursuite de ses ennemis : et tant l'aima ledict Fouques , qu'il hiy donna sa fille en mariage , nommée Sebille, dame moult dévote et vertueuse.Le roy de France repassa hi mer : et le comte de Flandres amena sa femme en son pals, et eut plusieurs enfans d'elle, dont celluy qui succéda à la comté de Flandres , ftit nommé Philippe : et après que Tierry et Sebille eurent iignee, et qu'ils eurent régné ensemble trente ans , et gouverné et tenu le pals en paix et en prospérité , Sebille adver:ie de la mort du roy de lerusalem son père , prit dévotion de visiter la Terre Saracte , dont elle -«etoit venue , et de voir comment ses frères se roaintenoyent , et gouvemoyent le royaume de lerusalem , et la terre de Surîe : dont se contenta son mari , et l'accompalgna honnorable-
ment, et la pourveut de richesse, et de ce qui luybesongna, espérant que son voyage faict, elle deust retourner : mais non fit. Car après la Visitation des saincts lieux , de ses frères , et du pals , elle entra en si grand dévotion , qu'elle se rendit sœur, servant les pauvres de Thospital Sainct Jehan de lerusalem (qui est moult sainct et dévot lieu : et à cest hospital mourut sainct Ladre), et par ceux qui l'avoyent amenée, eile rescrivit au comte de Flandres, son mari,ni(N)lt dévotes lettres : et , pour guerdon des biens et honneurs qu'elle avoit receus en Flandres, eile envoya le sainct sang de miracle , qui encom gist en la ville de Bruges, en la chappelleoQ bourg, que l'on dit la Ghappelle du Sainct Sang : et me soit pardonné , si je suis allé hors de ma matière : car il faloit que je devisasse des choses dessusdictes , pour mieux èelaircir , et donner à entendre ce que je veuil dire , et mettre avant à la déduction de ma matière.
En ce temps les Sarrasins (et parle l'histoire des mecreans Salhadins) se mirent sus à si grande puissance, qu'ils conquirent lerusalem, et toute la Terre Saincte , et tuèrent les frères de Sebille, comtesse de Flandres, et toute la noblesse, et généralement tous ceux qui ne vouloyent croire en la loy de Mahommet, an grand vitupère et dommage de la saincte foy chrestienne : et eu ce temps Philippe d'Allesastre devint homme, et' fut receu comte de Flandres par la mort de Thierry son père. Celluy Philippe fut moult bel et chevaleureux prince , fort aimé et obéi par toute Flandres : et, se voyant riche, et puis- 'sant d'avoir et d'amis, et que son pals estoit paisible et en seureté, se delil)era d'aller veoir la Terre Saincte, en espoir de trouver sa mère, et la ramener en son pals , pour pamser (i) sa vie en seureté : et de ce faire fit voeu solennel , et de non jamais manger chair, qu'il n'eust soo voyage accompli : et eut assistance de plusleors princes et signeurs , et mesmement du rov de Frant^e, qui luy avoit donné en mariage sa nièce, fille du comte de Vermandois : mais elle mourut, et lors à son enterrement, en Tabbaîe de Clereyaux , fit le vœu dessusdict , et etitreprit le voyage , et assembla de soy bien dix mille combatans : et ainsi se mit en la vqye pour son voeo accomplir et parfaire : et entra le comte de Flandres , en mer, à moult grand navire , et se rafreschit en Espaigne : où plusieurs nobles hommes , sachans l'entreprise de son voyage , le sd) • virent et accompaignérent : et tant vaucra Tla mer, qu'il approcha fisle de Cypre (qui lors
(1) Finir.
(2) Couiul.