‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 43 sur 157 · I.\TR0DUCT10?I D OLIVIER DE LA MARCHE · texte numérisé non relu

I.\TR0DUCT10?I D OLIVIER DE LA MARCHE

estoit royanme , et terre payenne) et par contraiute se délibéra de la coBoibatre : mai le roy de Cypre envoya au-devant de luy , et lereceut benignement en son pais , et loy donna à entendre la crainte où il estoit, et comment malgré luy , il dissimnloit aveqoes les Payens , et le fit sage de la puissance des mécreans Salhadins (qui estoit moult grande) et prit en conseil , par le moyen du roy de Cypre, qu*il envoya en lerusalem demander un saofconduit pour six mille hommesaller en pèlerinage au Sainct-Sepulchre, et sans armeures : et ainsi par saufoonduit alla le comte de Flandres en lerusalem , et laissa le surplus de ses gens à Acre : et trouva le roy d'Acre, Enguerran, moult bon, et qui luy ftit amy : car il estoit son parent du costé de sa mère, fille du roy Fouques de lerusalem.

Le saufconduit M accordé par le roy Haultasjors roy de lerusalem (comme dit la cronique) parmy payant les tributs accoustumés : et ainsi alla Philippe, comte de Flandres, à six mUle hommes, faire son pèlerinage au Sainct- Sepulchre : et fût receu des patriarches, et autres dévotes gens moult lienignement : et là luy mon»trérent la saincte vie de Sebille , sa mère : et après les devoirs faits dévotement par luy et par sa compaignie , il se partit le quatrième jour, et se tira au mont de Sinaî. Ledict roy Agolas , adverti que le comte de Flandres estoit fils de Sebille , fille du roy de lerusalem , dont il avoit naguéres occis , et destruit toute la lignée , se douta, et manda ses parens et son conseil , et leur rcmonstra la venue du fils de Sebille , qui encores estoit de la lignée du roy Fouques : et sedoQtoit qu'il ne fust venu pour venger la mort de ses parens , et pour recouvrer le royaume de Surie. Si fut conclu que Nobiliter, bastard du roy d*Albeline , à six mille hommes bien-armés, Iroit les attendre au fleuve de Jourdain , pour mettre les Chrestiena tous à mort : dont fût adverti le comte de Flandres , par les Chrestiens , gardans le Saiûct-Sepulchre , et luy Ait conseillé de prendre autre chemin : mais il parfit son emprise, et se baigna au fleuve Jourdain , et fit plusieurs chevaliers (I).

Nobiliter , le bastard , vint sur lesChrestiens liérement : mats le comte de. Flandres , par bon advis et conseil, et par la voulouté divine (combien qu'il n'avoit nulles armes pour luy , ne ses gens) se mit en bataille , et en bonne ordre de deffence, et se monstra, de sa personne, comme il appartenoit : et par le racouragement et bon exemple, que ses gens virent en luy, ils déconfireiit les Sarrasins : et y moururent tcpis mille

(i) Toui ceti n'esi rien moins que de l'histoire.

Payens, et mouU de personnes r et mesme y mourut Nobiliter, le bastard, chef d'icelleenir prise, par la main du bon chevalier Philippe , comte de Flandres : et retint , pour son butin de laJournee,respee et l'escu dudit bastard : et retour* nérent les Chrestiens en Cesaree, pour eux raffreschir trois ou quatre jours , et pour medeciner et guérir les navrés : dont il y avoit grand planté.

Le roy de lerusalem , et son frère Nobilion, roy d'Albeline, sceurent les nouvelles de la déconfiture , et de la mort de Nobiliter , si coururent aux armes , et se partit de lerusalem le roy d'Albeline , à douze mille hommes, pour venger la mort de son fils bastard, et des Sarrasins , sugets de son frère, et de luy : et sceut, par son espie , le convive des Chrestiens : et se vint embuscher entre Acre et la cité de Cesaree ( pource qu'il sçavoit que là attendoit on les Chrestiens à leur retour) et ne demoura guéres, que le comte de Flandres et les Chrestiens vindrent celle part : et se tenoyent serrés , et sur leur garde sagement , et en gens-de-guerre : et le roy d^Albeline leur courut sus , en criant , lerusalem , Mahon en ayde : et d'autre part les Chrestiens se mirent tous à genoux , et firent le signe de la croix , et crièrent , Dieu , Jesus- Christ en aide, et le Saint Sepulchre. La bataille fut durement combatue : car les Sarrasins estoyent grand nombre, et combatoyent pour veagence de leurs parens occis : et les Chrestiens estoyent délibérés, et pleins de foy et de courage : et durant la bataille , se trouvèrent le roy Nobilion , et le comte de Flandres : et se oombatirent tellement, que le comte de Flandres Toccit de sa main , et abatit et gaigna sa bannière (qui estoit4'or,à un lyonde sables), et le roy des Sarrasins mort, et sa bannière abatue, les Sarrasins firent déconfits et tués : et dura la chasse moult longuement, et puis s'en retournèrent les Chrestiens à Aore : oùite furent recueillis àgrande Joye, et, sur tous, le bon Philippe , comte de Flandres , qui portoit la bannière du roy Sarrasin : qu'il avoit conquise, et où estoit le lyon de sables , comme J'ay dit : et de là en-avant le comte de Flandres laissa les armes gironnees (qui furent les anciennes armes de Flandres) et prit l'escu d'or , et le lyonde sables, rampant; moufle de gris : et encores durent icelles armes. Cestuy , à son retour , passa par le royaume de Portugal, et trouva le roy Alfonse mort : et , pour la bonne renommée de luy , la royne Mahaut de Portugal lov prlt^à mariage, et fut comtesse de Flandres^ et receue en Flandres à grand honneur : et fut cestuy Philippe le dixhuictiéme comte de Flandres.

Ainsi vmis ay Je devise comment, et. par

inTRODUGTlOlf DOLIVIBB DE LA MABCHS.

quelle raison, les armes de Flandres Airent mnees, et comment Philippe le Hardy espousa .madame Marguerite de Flandres : par lequel mariage moult de signeuries écheurent à la maison de Bourgongne : et pour le présent je me passe de deciairer les enfans venus des dessusdicts , pour continuer la matière de la fondation de ce présent volume : pource que je reviendray tout à temps, en la déduction dénies Mémoires, à deciairer par quel droit de succession vous venez à ces hautes signeuries, comme j*ay promis au commencement, en l'epistrede mon prologue.

De Philippe le Hardy , et de madame Marguerite de Flandres , vint le duc Jehan de Bourgongne : qui fut, du vivant de son père , comte de Nevers. Cestuy duc Jehan fut moult courageux , et de grand cœur : et fut homme subtil , douteux , et soupsonneux , et ne se fioit pas en chacun , et à ceste cause estoit tousjours armé sous sa robe , et avoit tousjours son espee ceinte : et se faisoit douter et creindre sur tous autres : et en ses jeunes jours fut chef de l'arroee de France, qui fût envoyée contre les Sarrasins, en Hongrie : pource que les Turcs envahissoyent le roy de Hongrie , et son royaume à moult grande puissance : et, combien que la bataille fust perdue (1) pour les Ghrestiens, iceluy comte de Nevers , vostre bisayeul , fdt pris faisant son devoir , et à son grand honneur : et de celle journée je n'en veuil guéres parler, pource qu'assez en pourrez attendre et sçavoir piyr autres escrits et croniques : mais je le recite prelentement tendant à deux fins. L'une , pour ramentevoir les faicts et adventures dudict duc Jehan , vostre bisayeul maternel : et l'autre , afin que vous ayez tousjours ,' en tous faicts et af&iires , plus-grant tremeur de Dieu , sans vous fier en pouvoir , ny en bon droit , alns en Dieu seulement. Car Dieu , en aucun pas , se dit et nomme Dieu des batailles: c'est à dire de la victoire : qu'il départ à son plaisir : et pource , à tout besoin se doit ce bon Dieu invoquer et requérir pour souveraine aide. Car telle fois, pour certaines causes, venues de sa juste sapience , à nous incongnue , il a permis les ennemis de sa saincte foy prospérer et veincre, et chastier les iniquités désordonnées de ceux de sa religion chrestienne.

Revenon donc à nostre matière. Ce duc Jehan de Bourgongne , fut nommé Jehan Sans-Peur : et osa, en ses jeunes jours, eminrendre et exécuter à son pouvoir , ce que tous les princes chrestiens abayent et menacent, et écoutent l'un après l'autre qui le fera : et fait plus à louer et glorifier le veincu, en si haute et saincte emprise

(1) C6ftlUb«UUIed«micopoli.

exécutant , que ne font tous les princes du jow> d'huy , et fassent ils veinqueurs de leurs querelles , telles qudies , mouvant plus^ravent de voulonté que de raison : et si je dy pins que je ne doy, et qu'il n'appartient, vérité en face mon excuse. Ce duc de Bourgongne , à son retour de la prison du grand Turc, nommé Lamorababy, n'eut pas le cueur fiiilli, ne perdu : mais pour secourir son beau-frère Albert , due de Bavière, eleu et ayant le droit de l'evesdié du Li^e , i rencontre d'un de ceux de Homes, fils du signeor de Perves, prétendant ledit eveseiié, ce due Jehan assembla ses parens, sugets, amis, et bienvueillans : et en bataille assignée , déconfit les Liégeois , en ocdtplus de trente mille, abiitit murs , et portes , par le pais , et le mit en la totale sugettion de son beau-frere : et en celle bataille le duc Jehan de Bourgongne reprit la croix sainct Andrieu , pour enseigne : laquelle les Bourgongnons avoyent laissée depuis qae, par succession , la signeurie vint au roy de France , comme j'ay dit : et portèrent la croix droitte, tant que Philippe le Hardy vescut : qii fut moult bon François : mais à cette journée il estoit trépassé : et reprit son fils la croix sainct Andrieu pour enseigne : Jlaqueile dure pour renseigne de ceste maison.

Ce duc Jehan de Bourgongne mena six mille chevaux en France : et fit son assemblée à TArbre sec, assez près de Paris, et ce pour avoir gouvernement. Ge que les autres.princes de France ne vouloyent consentir. Mais il se moiatra si -puissant, qu'il eut le gouvemem^at , oa partie, du Roy, et du royaume : qui le vousist veoir. Ce qui fut au temps que le roy Chartes , le sixiesme de ce nom , estoit en maladie : comme plus-aplain pourrez estre averti , par les croiùques de France, et autrement. Ce doc Jehan ftit celuy , qui par contrevenge d'emprise, fit tuer à Paris le duc Louis d'Orléans , tierce personne de France , et l'avoua en plaîn eooseîl, en sa personne , et là où estoyent les prineipaia signeurs , et les plus grands princes de France : et combien que le hardement ftat grant , si sont tels outrages à reprendre et à blasmer, devant tous jeunes princes: car de celle mort moult de maux sont venus au royaume de France: et es pals de voz ancesseurs, et de vous : et ay cet accident ramentu , pour dire vérité, et deciairer les adventures de ce noble duc Jehan . et principalement afin que vous preniez exemple de fuir telles œuvres , et de non croire , sans seure apparence, mauvais raports. Car le duc Jehan creut trop légèrement celuy , qui luy rapporta que le duc d'Orléans avoit marchande pour le faire tuer , et sur ce raport fit cxécu-

ihtroductiok d*olivieb dk la mabcbe.

terleeontrtire, sur la personne de son prochain [Mireot : et doit tout homme de sain entendement avoir grand regard, et advis, que légèreté de croire, et de seule voulonté , ne luy face faire ebose , dont à grand loisir il se repente : car luy et les siens en ont souvent déplaisir et dommage. Ce doc Jehan , vostre bisayeul , augmenta, par aequest de ses deniers, la maison de Bourgongne , de hi comté de Gharolois : laquelle il aebepta et la paya au comte d*Armignac, qui la possedoit par héritage : lequel la vendit , pour fiayer sa rençon en Angleterre (ce que je n'oublieray point de plus amplement ramentevoir en mes Mémoires) et, depuis, les fils aisnés de la maison de Bourgongne se sont nommés comtes de Cliarolois , et mesme vous , avant la mort de très- vertueux , et de noble mémoire, madame Marie , héritière et dame de ceste maison et si* goeurie, vostre mère, et dont vous estes héritier. Et pour vous reciter en brief , et vous don* ner à entendre, et à congnoistre quel prince fut le duc Jehan , ce fut celuy , qui en la présence de HMKisiettr le Dauphin (qui depuis a esté roy de France sqptiéme de ce nom) fût tué, et meurdri à Montereau , ou faut Yonne, par les prineipaiix chambellans, et gouverneurs dudiet Dauphin - qui , à la vérité , estoit de Jeune aage r et tootcsfois se vint mettre es mains dudiet Dauphin, pour le bien de paix , sur grande seureté et promesses inal-taïues , comme il appert : et de ce fut demandé toute sa vie messire Tannegoy du Chaste] , messire Guillaume Batilier , et antres : que Ton dîsoit avoir esté serviteurs du doc d'Orléans , et qui en firent ht contrevenge deshonnestement , et dont tant de guerres et de maux sont depuis venus au royaume de France, et ailleurs , et tant de terres , de maisons, et de viles et chasteaux en ont estes ars , et destruits, etarruinees, que de celles , qui sont demourees vagues, en friche , et sans labeur, elles assemblées , on en ferolt un bon , et fertile royaume , et de grande valeur et revenu.

Mais, Monsigneur, telle mesadvenue a esté pacifiée, par la paix d'Arras , faicte solennellement , comme Je déclaireray plus^-plain , tant en ce présent escript , comme en la première partie de mes Mémoires, et selon que mieux me viendra à propos, pour le vous mieux donner à entendre. Le duc Jehan de Bourgongne porta les armes de son père ecartelees de France et de Bourgongne : et mit, sur le tout, l'escu d'or au lyon de sables : qui sont les armes de Flandres, telles que je les ay paravant biasonnees. Si se maria celuy duc à madame Marguerite de Bavière , fille du duc Aubert de Bavière , comte de Haioaut , de Holaode , de

Zelande, et signeur de Frise, et d'une fille du duc de Brighe : et Ibt cduy duc Aubert fils de Louis, duc de Bavière, par la clémence divine empereur de Homme, l'an 316, et de Marguerite, fille du comte Guillaume de Hainaut, celpy qui mourut sus les Frisons : et par celle Marguerite veindrent les signeuries dessusdictes audict duc de Bavière par succession, et depuis à voz anoeaseurs et à vous , comme Je déélaireray en mes Mémoires.

Or de ce duc Jehan, et de madame Marguerite de Hainault, voz bisayeulx, vint le duc Philippe de Bourgongne vo^re aYe(l}, et autre liguée de fils et de filles : dont Je me posseray pour le présent , et y reviendray en temps , et en lieu : car il ne sert point au propos en ce présent escrit. Si portoit madame Marguerite de Bavière les armes.de son père : qui furent ecartelees de Bavière et de Hainaut., et se blasonnent pour les armes de Bavière , fuselées de vingt et quatre pièces d'argent et d'asur : et pour le quartier de flainaut, et de Holaode, d'or à quatre lyons , deux de sables pour Hainaut, et deux de gueuUes pour Holande. Le duc Philippe de Bourgongne ( qui ftast vostre ave ) fbt celuy que l'on nomma le l)on duc Philippe, et eut deux noms acquis et donnés. Le premier fiit Philippe rAsseuré : et, en longue continuance d'experiment de ses moeurs et vertus, Il ht nommé le bon duc Philippe, en nom et tiltre : et luy est ce tiltre demouré : et certes il mérita qu'on le nommast bon , car tel estoit. €e fut celuy, qui pour venger l'outragé faict sur la personne du duc Jehan wa père , et sa mort, soustint la guerre seize ans contre le roy Charles de France, le septième de ce nom : qui lors estoll dauphin 9 quand le duc de Bourgongne fut tuè en sa présence , et s'alla iceluy Philippe au roy d'Angleterre , que l'on dit Henry le Conquérant : et par assemblée firent moult de maux au royaume de France.

Ce duc Philippe en ses Jeunes Jours combatit les François devant Sainet Riquicr : et là fût chevalier : dont pour mieux éprouver sa personne , et gaigner sa dievalerie et ses espérons dorés, il se para en simple habit , et comme un commun homme«d'armes : et combien que la bataille fàst en péril d'estre rompue par les François , et contre luy , toutesfois il soustint le faix , avec un petit nombre d'homme»^*armes , qui luy tindrent bon pié : tellement que messire Jehan de Luxembourg, comte de Lîgni, vint à l'aide du duc Philippe : et fut la bataille regal-

(1) Vostre ave : voire «lenl. PliiVn>e-le*Boa était bisaïeul de Philii^ie-lr-ileau.

INTBODUCTION d'oLIVISB DB LA MABCHB.

guee pour luy : et fit le duc tant d;armes de sa personoe, qu'il fat tenu pour tresbôn chevalier, li print trois prisonniers, hommes^'arroes de sa main : dont Tuu fat le tresrenommé escayer Poton de Saintreilles, grand-escuyer de France, et Tun des vaillans capitaines de son temps. Sous renseigne de ce duc , et par ses capitaines et sugets, fat déconfite la bataille de Crevant, à la grande perte des François , et Escoçois. Sous luy fat gaignee la bataille de Bar , par son mareschal de Bourgongne, messire Antoine de Toulongeon : et y fat pris René d'Anjou , duc de Bar et dé Lorraine, et occis le signeur de Barbasan : que Ton nomnui le chevalier sans reproche : et receut à celle Journée le duc René moult grand'perte de noblesse de France, d'Alemaigne, et de ses pais : et depuis estant en la prison du duc Philippe, luy echeurent par successicm de la mort de la royne Jouenelle, sa prochaîne parente , les royaumes de Cécile, de Naples, et de lerusalem : et en celle mesme prison du duc de Bourgongnc fat la paix faicte entre ce» deux princes : qui depuis farent grans amis ensemble : et n'ay point sceu que nulle question, ne débat , ait esté depuis entre eux deux de leur temps : et par celle paix , et pour partie de la rançon de ce roy de Cécile, le duc de Bourgongnc eut de luy les sigueuries de Cassel et de la Mot'-aUrBois, contigues et enclavées en ses paï» de Flandres et d'Artois , et qui autresfois farent données en mariage à un duc de Bar aveques une fille de Flandres : et par ce moyen recouvra lesdictes signeuries à son profit. A ce bon duc Philippe echeut la duché de Brabant de Lotrich et de Lembourg , par la mwt du duc Philippe son neveu : et de ceste succession je parleray en mes Mémoires, enmonstrant vostre droit , la généalogie, et la cause de ladicte succession, venue à voz ances8ear& et à vous. Pareillement vint audict duc Philippe par vraye succession, les comtés de Hainaut , de Holande et de Zelande , et fa signeurie de Frise : et tout vostre droit Je declareray.

Mais cette succession de Hainaut, de Holande , de Zelande et de Frise ( combien que ce fast le droit héritage de vostre ayeul le duc Philippe ) si ne l'eut il pas sans conqueste. Car madame Jaque de Bavière (qui succéda à toutes les comtés et slgneurie3 dessusdictes) fat femme de sa voulonté joyeuse, et de grande entreprise : et tottte^fois sage et subtile, pour sa voulonté conduire selon son desîr : et combien que ce bon duc PhiUppe fast son plus prochain pa-

(i) Fievoêtre :\\aei Fawaiere. L.

(2) Brauêhane : liseï Brouwen-haven. L.

rent ( fast par mauvais conseil , par vodloaté oo autrement, tousjours querant et poorehaceant aliances dommageuses , contre le désir do due, et tendant de mettre celle signeurie ea antre main) se tira en Angleterre, querant desoy alier, par mariage, au duc de Clocestre, frère du roy, Henry le Conquérant : qui tant fit de grandes choses en France. Si vint ledict doc de Cloeestre jusques en Hainaut, et amena les Ad* glois an paîs : mais le duc Philippe hiy fit la guerre, et tant le pressa, qu'il l'assiégea en uw vile de Hainaut , que l'on appelle Soingnies^et l'eust prise sans remède : mais le duc deCloco^ tre, subtilement conseillé , et sachant le doe de Bourgongnc Jeune prince, et de haut cœur, loy fit offrir de ie combatre corps à corps, poor cette querelle. Ce que le duc de Bourgongnc accepta, et luy fit voye pour aler en Angleterre faire » apprests : et priroit et acceptèrent jour pour combatre devant l'empereur Sigismond, Ion vivant : mais le duc de Clocestre ne revint point, ny ne tint ne Jour, ne promesse en cette partie, et fit une armée conduire par le signeur de Fievrastre (1) , et l'envoya en Holande. Pour à quoy résister le duc y ala en personne, et passa la mer, et trouva les Anglois en bataille, au lies de Broushane (3) : et là, le duc descendit sor la digue, à force de trait et de poudre, et prit terre courageusement , et combatit et déconfit les Anglois : et y mourut ledict signeur de Fi^ vastre , et grand nombre d'Anglois de sa ooo paignie : et de là le duc mit le siège devant Se vembergue : et fit bastilles de bois sur hatem (pource que la vile est close de mér) et la gai gna en peu de temps : et mit Holande, Zelande et la basse Frise en sa sugettion : combien que les Houes luy fassent contraires : mais lesGs billanx (8) farent pour luy : et ainsi mit le bon ducPhilippelesdictes signeuries en sasugettiott et apointa aveques madame Jaque , tellenent qu'elle demeura dame des pals dessusdi€ts,et luy Mambourg : et depuis se maria ladite cootesse à son plaisir , et espousa un gentil chetavalier son sujet , nommé messire Franq deBoiff* selle, bel chevalier, et homme de verto : et,eo pacifiant tous différens entre le bon dac Pbilippe , et ladite comtesse Jaque , ledict messire Franq fat fait comte d'Ostrenant, et signenrde la Brielle , et de toute l'isle (4) : et par sens et bonne asseurance , le bon duc Philippe asseora son faict et ses signeuries : et après le decesde ladicte dame (qui mourut sans hoirs) ledict doc Philippe fat de bon droit et paisiblement comtr

(3) Les Moues et les Obillaux étaieok deiu parUH>< se disputaient la Ilollaadc.

(4) Le ZuytbcyerlaDdt. L.

iNÏBOBUCTlOlf D^OLIYIËB DB LA IIABCHB.

de Htiburot, de âolande, de Zelande, et signeur de Frise.

Mais de la haute Frise (que Ton nomme l'un des dixsept royaumes ehrestiens) le bon duc n'en jooit ODcques : combien que ce soit l'héritage des comtes de Rolande, et le vray héritage de voz ancesseurs et de vous: et mourut le comte Goiliaome de Holande,roy des Romains, à celle conqueste, et plusieurs autres princes : et souvent a esté ce royaume conquis, mais le païs n'a nuls forts : et est pays d'eaues et de marescages et de fossés , et le peuple puissant : et d'un sec esté est le royaume léger à eonquerre , mais quand l'hyver vient, les conquereurs ne sçavent où se tenir ne retraire : parquoy légèrement leur conqueste est reperdue : et de ce parlëray cy-apres, en fournissant mon emprise poinct après autre.

Le bon duc Philippe se trouva par un jour en gnerre contre le roy de France, et contre l'Emperear, cuidant avoir droit en mort fief, des ductiés de Brabant, de Lotrich et de Lembourg, et des comtés de Hainaut , de Holande et Zelande : et pource défia l'empereur Sigismond ledict duc : et le roy d'Angleterre luy manda , que (quelque aliance qu'il eust avecques luy) 11 ne pouvoit abandonner son frère le duc de Glocestre, luy signifiant qu'il renonçoit à ladlcte allance , et le défioit : mais en ensuyvant le nom à luy donné de Philippe l'Asseuré , il n'en fit ne plus ne moins : ains par bon conseil pourveut si-bien à toutes choses, qu'il demeura

possesseur de ces successions , lesquelles , par Taide de Dieu , encores vous tenez , en en estes signeur : et ne devez pas oublier en voz prières et oraisons , ceux de qui vous avez ces grands biens , et ces signeuries : qu'ils vous ont acquises et maintenues par grand travail et peine, de leurs entendemens et de leurs personnes.

Ce duc Philippe, vostre ayeul, chace^ hors de la duché de Bourgongne les François , par armes, et par siège, et prit de siège en une saison sur les François, Grancy , Perepertuis, Avalon, Mucy-l*Evesque, Chaumont, et plusieurs autres places : et, combien que le duc Charles de Bourbon eust espousé sa soeur, toutesfois il le guerroya , et tint le parti du roy de France : et firent ses gens moult de grans maux en Bourgongne : tnais le bon duc Philippe le recula de son païs , et envahit Beaujoulois , et assiégea Bellevile (où le duc de Bourbon avolt mistoute la pluspartde sa noblesse) et tellement l'oppfessa d engins et de bateries , que ladicte vile et ceux qui estoyent dedans, estoyent en danger de per-

(1) Litei Mon mari.

dition : mais madame Anne de Bourg(^e , sa sœur, duchesse de Bouriwn, travailla tant devers son frère (î),qqe la vile fbt rendue au duc de Bourgongne, et s'en alerent les gens de guerre un batton en leur poing : et fit la bonne duchesse la paix entre les deux ducs : qui depuis furent grans amis ensemble : et fit depuis ce bon duc Philippe, de grans biens à la maison de Bourbon, et aux enfans, ses neveux et nièces, comme je diray cy-apres, à la poursuite de mes Mémoires.

Le duc Philippe se maria trois fois : la première à madame Michelle de France , fille du roy Charles sixième, et soeur du roy Charles septième, contre lequel il eut la guerre, dont j'ay parlé. Pour la seconde fois , se maria à madame Bonne d'Artois, sœur du comte d'£u, laquelle estoit vefve de son oncle, Guillaume (3) de Bourgongne, comte de Nevers, et de Bétel, et baron de Dousy : et de ces deux femmes n'eut nuls enfans : et pour la tierce fois se maria à madame Ysabeau de Portugal , et en eut lignée : mais, pour mieux poursuyvre ma matière. Je m'en tairay pour le présent, et en parlëray plus-amplement ailleurs : et à ces dernières nopces, le duc de Bourgongne éleva premier l'ordre de la Toison d'or , que vous portez encores à vostre col: et depuis cette fondation, l'ont porté, et portent encores plusieurs roys, princes , et chevaliers , de chevaleureusé recommandation et renommée : et que c'est , et que signifie, et la cause de la fondation de celle ordre, je ne vous en doy pas adv^tir: pource que l'advertissement de si-hautes choses vous doit venir par les nobles chevaliers voz confrères, portans la Toison : qui vous endoctrineront es nobles et solennels chapitres , sur ce faicts et ordonnés.

Ce bon duc Philippe soustint celle guerre contre le roy de France seize ans. 11 estoit allé des Anglois et aidé : et prosperoit , luy et ses pais en guerre : mais en continuant et approuvant ce dernier nom à luy donné de bon duc, il se laissa légèrement conseiller, et faire paix (comme celuy qui de sa nature fut vray , bon , et entier françois) et mit en son front, au profond de son cueur et devant ses yeux , le bien et l'honneur, qui luy venait d'estre yssu delà treschrestienne, et royale mijestè de France : et mise arrière doz la vindication et le désir de vengeance, en oubliant et mettant à nonchaloir toutes offenses passées, pour complaire et obelir à Dieu , et a ses commandemens, et par moyens trouvés par le Pape , et par plusieurs princes et sages , les

(3) LIsex PhOippe.

INTBODUCTlOllf D*OLIVI£B DE LA MABGHB.

uns parens, et les autres sugets des deux costés< la paix fut faicte en la vile d'Arras, entre le roy Charles de France septîesnie de ce nom et le duc Philippe de Bourgogne : et se sont iceux deux princes monstres si vertueux , en gardant leurs sermens, parolles , et promesses^ que pour rapports d'ennemis privés , flateurs de court, gens oorrumpus, ou autrement , pour quelque chose qui soit survenue , Jamais ceste paix ne fut par eux rompue , ne souffert rompre ou diminuer : dont si grand bien advint au royaume de Fran* ce , que les Anglois ont esté dechacés par iceluy Roy hors de Normandie et Guienne : nonquespuis ne prospérèrent en France : et les païs du duc Philippe (tant ceux qui furent tenus de France, comme de TEmpire) régnèrent si longuement en prospérité et sans guerre , que ce ftirent les plus-riches , et les plus-puissans pais du monde : et de ceste paix Je vous advertiray plus-à-plain , à la poursuite de mes Mémoires, et en mon premier volume.

Or , Monsigneur , recudllez en vostre estomac , et enrichissez vostre cueur de bonnes vertus , prises et cueillies au verger de voz ancesseurs : et si vices vous en sont racomptés, mettez-les hors de vostre mémoire , et aomez vostre souvenance d'exemples de bienfaicts , et non pas de vices, qui 9ont à nobles cueurs horreur abominable. Ce prince Ait moult vaillant, doux, et débonnaire. Il croyoit conseil, et scavoit choisir serviteurs sages , et loyaux. Il estoit dur à courrouce : et ne se rapaisoit pas légèrement : et quand il pardonnolt aucun mefaict , jamais il ne le ramentevoit après ; mais il le mettoit hors de sa souvenance. Prenez exemple d'ensuyvre ses bonnes mœurs : et Jamais homme ne vous en dira note, ne reproche: et Je prie à Dieu , que ceux qui ont l'administration de ce noble et treschrestien royaume de France , se conduisent si-bien, et si-raisonnablement envers vous et voz pals , que vous ayez cause de demourer bon et entier François, honnorant ce que devez honnorer , et aymant ce que devez aymer^ et que vous puissiez garder foy , hommage , et feauté , selon les bonnes et anciennes cousturaes , et que chacun puisse avoir son droit et le sien , au contentement de Dieu , de justice, et de bonne équité.

Or pour monstrer que ceste paix n'estoit pas feinte de sa part, et qu'il estoit François de nom et de nativité, avec ce que les AnglOis (qui ne forent compris en ceste paix d'Arras: ou si compris y Àirent , ce ne fitf pas eomme ils demandoyent) ne se peurent tenir d'aiguilloiiner ce bon duc Philippe , par mer et par terre , il se declaira contre iceux Anglois : et mit le siège

devant Calais : et y mena quarante mille testa armées de la commune de Flandres , sans les autres nobles , et gens-de-guerre , avecques merveilleux charroy d'artillerie, et autremoit. Mais les Gandois , et autres communes des bonnesviles du plat-paîs de Flandres, ne peurent looguement endurer la peine de la guerre : aios murmurèrent contre les signeurs et nobles de l'armée , disans qu'ils estoyent trahis, el que les gouverneurs du duc lesavoyent là amenés pour les faire mourir : et pourtant se levèrent par on matin , et se retirèrent chacun eu sa maison , et abandonnèrent leur prmce, la signeurie , et Tartillerie. Mais le bon duc se ralia avecques ses gens-de-bien, et se retira par bon arroy , ethoanorablement : et n'est pas la première fois, que quand peuples sont les plus forts en une grande besongne , la conclusion en est souvent de petit effect : et ainsi le vaillant prince faillit à ceste haute emprise : et ne trouve point que ceste fortresse de Calais, depuis qu'elle fîit en la maîa des Anglois, ayt esté prise , depuis que le boa chevalier , messire Gorfroy de Charny , cuids celle vile prendre , et avoir, par le moyen d'£meri de Pavie, (lOmbard , qui le trahit : comme Froissart le raoompte en sa cronique : et doit tout noble cueur louer et priser ce noble dac , d'avoir empris de reconquérir son héritage : car Calais est de la comté de Guy ne, et Gayneficf de la comté d'Artois.

Ceste tressaincte et tresbeureuse paix &îele et advenue , ce bon duc Philippe envoya grands navires et armée sur les Sarrasins , et par plusieurs fois. Il alia ses nièces de Booi^pngne et de Cléves, à roys et à grands princes , à ses despens. Il tira hors de la prison des Anglois, le bon duc Charles d'Orléans, fils du grand eonemy du duc Jehan son père : et paya sa rançon , de ses deniers : et luy donna en mariage sa nièce, fille du duc de Cléves : et lUt si ffnaà amour entre ces deux ducs, toute leur vie, que plus grande ne pourroit estre : et fiit le due d'Orléans chevalier, pourtant la toison d'or. Ce bon duc Philippe subjugua ceux du val de Casse! ; qui luy furent rebelies. Il sul>{ugaa ceux de Bruges ; qui luy firent rébellion. Il déconfit les Gandois , en sa personne , par deux fois , en bataille : où furent occis plus de trente mille Fbmans : et les fit venir à merci, liors de leurs viles, nus pies, et dechaus : et tint cenx dUtreht et du Liège , ses hayneux voisias , en crainte et en discipline : et vescot prospérant toute sa vie. Il çonquesta , en sa personne , la duché de Luxembourg , pour et au nom de la duchesse héritière du paîs , sa belle tante , et comme mambourg d'elle : et depuis es demoura

IHTBOOOGTIOlf D*OLXrVIfiH DX LA VABCHB.

doe praprfetaire, i»ar droit d'acbapt, Gonmie Je doDneray à entendre en mes mémoires : et, poor eondnsion de ses nc^ies laicts, Lmiis dauphin de Viennois , fils du roy Charles septième de oe Dom, se sentant en donte dn roy de France , son père, pour anennes imaginations , se partit de 6on pals du Dauphiné , et vint devers le dac Philippe , pour estre sonstenu et recuelHi d'ice- Iny dac Philippe , non pas contre le Roy son pére,mai8 contre ses hayneax, qui gouver- Doyent le Roy et le Royaume, à son regret , et premièrement donnant à entendre, que, s'il n*estoit aydé , porté , et soustenu , en ceste vostre maison , il passerofit en Angleterre , et s*alieroit aux anciens ennemis du royaume de France , pour préserver sa personne : dont il estoft en singulière doute.

Le bon duc , congnoissant que c'estoit l'héritier de France , et son signeur apparent , de nativité, de nom , et de plusieurs signeuries, le receat en ses pa!s , et luy départit de ses biens largement , et tant , qu'il tint bel , et grand estât, et aussi madame la dauphiné, fille du duc Louis de Savoye : et tindrent leur résidence à Genespe-Rommapt , au pals de Brabant : où ils eurent de beaux enfans : et ainsi demourèrent , aux despens soustenus de ce l)on duc , l'espace de quatre ans : dont le duc fut en grand danger d'entrer en guerre , contre le roy Charles , père dndict Dauphin : mais tout ce se passa par remonstrances de notables ambassades , envoyées d'une part et d'autre : et se traîna le temps sous grandes menaces, et Jusques à ce que le plaisir de Dieu fut de prendre ce noble et tresvertueux roy Charles : et prestement, après la mort de ce roy Charles , ce bon duc , et son fils ( dont je parleray cy-après) accompaignerent et menèrent ledict Dauphin à Reims , et à Paris : où il flit sacré , couronné , et receu , au plus grand et riche triumphe,que fbt jamais roy : et en ce temps , et M8CZ prochain l'un de l'autre , par le port et aWc du duc Philippe , vostre ayeul , le roy Edouard d'Angleterre , fils du duc d'Yorc , ftit couronné roy d'Angleterre , et le roy Louis fût couronné roy de France , et tout sous le pouvoir rt main dudict duc Philippe : et , à son retour d'iceluy couronnement , le bon duc renvoya de- ««hef grands navires de gens-d'armès , en la conduite de messire Anthoine , bastard de Bourlangue , son fils naturel , pour servir le pape ^y (t), contre les raécreans , à grands frais et missions (2) : mais le Pape mourut, et f^t l'armée des chrcstlens rompue. leeluy bastard fit •nnes ai Angleterre , à-lenoontre du signeur

'i) Pie II.

d'Escaiies , frère de la Royne : et luy envoya le duc bien-acompaignè, et à ses grands firais : et , dorant ces choses , ie roy Louis de France ne recongnut pas bien les biens et honneurs , qu'il avoit receus en ceste maison : mais trafiqua débats entre les serviteurs du duc , et de monsieur de Charolois son fils :dont le débat vint entre le père et le fils : qui fort étonna ceste maison.

Mais les serviteurs furent loyaux , et le père et ie fils bons et sages : et s'apperceurent que c'estoit pour amoindrir leur pouvoir et authorité: et fut à tout sagement pourveu , par l'aide de Dieu. Moult de grandes choses furent faictes par ce ix>n duc Philippe , sous luy , et de son règne : des quelles parleray encores : et mesme , luy estant en ses vieils Jours , et malade , les Liégeois , par l'exhortement du roy Louis, luy firent la guerre : pouree que le comte de Charolois , son fils , faisoit la guerre , au roy Louis, et estoit entré en France : et cuiderent iceux Liégeois prendre le duc au depourveu : mais il fit armée nouvelle , et furent par ses gens déconfits, à Montenac : où les Liégeois receurent grande perte , de pris et de morts. Ce bon duc Philippe fit deux choses à l'extrémité : car il régna le plus large et libéral duc des Chrestiens : et si mourut ie plus riche prince de son temps : et ne vous en seauroit on assez de biras ram^tevoir. Ce duc de Bourgongne augmenta ses armes de plusieurs pièces , pour les signeuries, qui luy succédèrent de son temps : et aussi acquit la comté de Namur , hi duché de LuxemlK>urg, et la comté de Chigni : et porta ecartelé de France et de Bourgongne , et de firalmnt contre Lembourg : pour France , d'asur semé de fleurs de lis d'or , la bordure ooponnee d'argent, et de gueulles : pour Bourgongne , de six pièces en bandes d'or et d'asur , la bordure de gueulles: pour Brabant , de sables au iyon d'or : pour Lembourg , d'argent , au Iyon de gueulles , armé, langhè , et couronné d'or , la queue forcbue, et croisée en saultour : et, comme son père, porta de Flandres , sur le tout : qui est d'or , au Iyon de sables , moufle de gris.

Ce noble duc (comme j'ay dit) se maria à madame Ysal>el , flile du bon roy Jehan de Portugal, et de Philipote de Landastre, fille du fils du feu roy d'Angleterre : et portoit icelle duchesse Ysabel les armes de Portugal , telles que Je les ay cy-devant devisees , en l'article de l'Emperière, vostre grand-mere paternelle : et d'iceluy Philippe l'Asseuré , et d'Ysabel de Portugal , issit le duc Charles le Travaillant. Mais , avant que Je parle de luy , Je parlerai qui fut le roy

(2) Dépemes.

iirrBODUGTiON d'olivibb db la mabche.

Jehaa de Portugal , et de ses ndiles faicts , et aussi de Philipote de Lanclastre , voz bisayeuls maternels , selon ce que J'en ay entamé paravant , en parlant de l'augmentation du blason des armes de Portugal.

OOO CHAPITRE IV.

Du roy Jehan de Portugal y et de madame Philipote de Lanclasire , père et mère de madame Ysabeau de Portugal , mère de Charles de Bourgongne^ grand-père maternel de Varcheduc Philippe d'Austriche.

Le roy Jehan de Portugal , dont je repren présentement la ramenteyance , fut fils naturel et bastard du roy dom Piètre de Portugal, et l'engendra ieeluy roy en une noble femme du royaume de Sicile , nommée Marie , fille d'un chevalier banneret : qui se nomma , de son propre nom , messire Gonsalvo Pardo. Ainsi donques la mère du roy Jehan de Portugal se nommoit Marie Pardo : et l'eut le roy dom Piètre , du temps qu'il fut à marier , et en vefvage. Geluy roy dom Piètre eut un fils légitime : qui se nomma Ferrand : et succéda au royaume. Celuy roy Ferrand ftit marié à une fille du roy d'Arragon : et d'elle eut une fille : laquelle fut mariée au roy d'Espaigne. Celle royne de Portugal » fille du roy d'Arragon , mourut : dont il a vint que ce roy Ferrand persévéra en plusieurs vices , dont il estoit entaché : comme de gaster les trésors que ses prédécesseurs avoyent amassés , et tyranniser le peuple^ pour faire dépenses sans nécessité , et voluptuairement , estant luxurieux publiq , sans èonneste regard , et homme tenu et réputé sans vérité , sans foy , sanshonte^ et menant vie dont il estoit haï par tout son royaume : et ftit prince de si mauvaise vie , qu'il fut dechacé des prélats , des nobles , et oommu-<, nautés de son royaume : eteleurent Jehan , son frerè bastard : et le firent roy , par ses vertus : et dechacérent le légitime par ses vices. Ferrand fut léfritime pour avoir l'héritage , et bastard quant aux vertus dé ses ancestres : et Jehan nasquit bastard quant à l'héritage , et fut légitime par ses vertueuses œuvres : et y par sa vertu, Dieu l'appela à dignité : et , retira sa main de celuy , qui ne le craignoit ne doutoit : et le souffrit démettre de couronne et de siège royal : qui est exemple à vous , Monsieur , que vertus soustiennent la couronne de Roy , et les vices abatent avoir , honneur , gloire , puissance et sigtieurie : et , pour vous approuver le récit de cest aiticle , je vous declaireray comment et

poorquoy ce vertueux bastard, vostre blsayeol, fut élevé roy de Portugal, et débouté le légitime.

Celuy roy Ferrand s'énamoura d'une dame de Portugal , femme d'un noble chevalier , son suget et serviteur : et , quand il fut vefve de la fille d'Arragon, il espousa ceste dame, du vivant de son mari , sous umbre d'une fausse dis^ pense , ou autrement : et , sans avoir rf^ard au sainct sacrement de mariage , à la doute de Dieu , n'a la honte du monde , il la fit sa femme, et la maintint pour royne de Portugal : et ce tresdeshonneste poinct esclandrit de plus en plus sa mauvaise vie , et fortifia la haine que son peuple avoit contre luy : et celle deshonneste \k mainteint, tant qu'il vescut : mais, après samort, les estats de Portugal ne voulurent souffrir que les enfans , venus de tel adultère , eussent aucune partauroyaume ,et dechacérent celle lignée toute , hors du pays : et le roy d'Espaigne se voulut faire roy de Portugal, à cause de sa femme , fille légitime dudict Ferrand : et eutgrande assistance des nobles du royaume : mais la plus-part ne voulurent souffrir que celle dame héritast à la signeurie : et en bailloyent trois raisons : la première , que fille ne doit point hériter à si-nobk royaume : la seconde, qu'ils ne vouloient point estre sugets de Castille : et la tierce, que la fille d'un mauvais Roy, tel que son père , portoit jugement de sa maie adventure : et, pour abréger, eleurent Jehan, bastard du roy don Piètre , et îrérehàstard du roy Ferrand , à leur Roy et à leur signeur.

Celuy Jehan de Portugal est celuy, dont j'ay parlé cy-dessus : et fut mis, en sa jeunesse, chevalier de la religion d'Avis au royaume de Portugal : et tai maistre de la religion , fondée par les roys de Portugal , des chevaliers et des frères, portans la verde Croix, pour la deffeose de la foy : comme sont Rhodes, sainct Jaques, Caletrave, Prusse , et autres : et fut celuy bastard , maistre d'Avis , principal deffendeur , en armes , du royaume de Portugal , à rencontre du roy de Castille (qui toutesfois avoit grand' partie du Royaume pour luy : comme dit est), et pour sa vaillance, sens, et vertus, fut élevé à roy de Portugal : et d'iceluy vous estes issu : cl encores dure la lignée des roys du pais : qui certes ont esté et sont vertueux , et ont fait de grands conquestes sur les Sarrasins , du costé de Rarbarie et d'Affrique , et pris et oonquesté plusieurs diverses isles : dont le royaume de Portugal a et porte grand honneur et profit

Mais , pource que plusieurs sont , qui ont reproche et dédain d'estre issus de bastards et non légitimes, et mesmes, sur toutes les nations du monde, les Germains et A Jemans , font petite estime de bastards et de bastardes , j'ay trai aillé

INTBODUCTION d'OLIVIBR DE LÀ MAfiCHE.

et entrepris , selon mon petit entendement, de ' voosmonstrer, que vostre lignée, du costé de Portugal , n'est pas seule issue de bastards , et que moult de lignées , de pais , «t de signeuries , ont eu honneurs par bastards : et prend Dieu plaisir et gré aux vertus exercées , et non pas à rentière et légitime naissance , si vices et faute d'honneur y régnent et abondent. Je ne veuil pas, tontesfois, avouer que ce, qui se fait par péché , soit bien faicl ; car J'erreroye à mon donner à entendre : mais J'enten que , quand de péché vient amendement, comme de personne de vertu, il ne fait pas à rebouter, ne dépriser : car vertu est le fruit que Dieu demande à tout labeur.

Et, pour Fappreuve démon espitre présente, j'ay pris la peine de remémorer ( si vieil que je sais) ce quefay aprîs en ma Jeunesse, en plusieurs él divers volumes : et me souvient de l'Escripture , qui dit que Jephté , juge et capitaine du peuple d'Israël au désert , est mis au nombre des saincts : et toutesfois il estoit fils d'une femme publique, et sans mariage. Ne coucha pas Judas, le patriarche , avequesThamar, vefvc de son fils ? et en cest adultère furent engendres Pharez et Zaram : duquel Pharez descendit Salmon , conduiseur au désert du peuple d'Israël : et dMcehiy Salmon et de Raab, femme publique , fut fils Boos : qui engendra Obed, père de Jesse, et Jesse engendra le roy David : et David engendra en Bersabee , femme d'Urie , le sage Salomon : qui fut roy de lerusalem : et de ceste progenie vint la tressacrée vierge Marie , inere de nostre rédempteur Jesus-Cbrist , le roy ^es roys , le paissant sur les puissans , le noble des nobles, le digne sur toutes les dignités : et , si ce créateur et sîgneur ne deprisa pas , ne n'eut en dedaing , d'estre issu de génération où il y eustoorruptionen aucun ( comme j'ay dit) pourquoy antres (qui ne sont que ses créatures) prennent ils en dedaing , ce cas semblable en leur nativité , s'il leur advient ? Et , s'il ne suffit assez de ce que j'ay dit cy-dessus , nous reviendrons àmonstrer du temps des Payens, et de mille ans passés , des grands princes bastards , qui 'egnérent en ce temps. Je commenceroye au grand Alexandre : pource qu'aucuns disent qu'il 'nt fils de Nabusardan Tenchanteur , mais la saincte-Escrilure , sainct Augustin , et autres , Parlans de luy, le nomment fils de Philippe , roy de Macédoine : pourquoy je parleroye plus , que je ne doy , de le nommer bastard : combien que iwy mesme se nomma, en un pas , fils de Jupiter. Jupiter , roy de Crète , engendra il pas hors mariage , en Sémele , fille de Cadmus , roy de Thébes , ce grand conquereur Bacchus ? Or ce bastard mit en sa sugettlon Asie , depuis les In-

des , jusques à la fin d'Orient : et y régna longuement , et si-vertueusement , qu'il fut tenu , et aouré comme un Dieu , entre les Payens : ainsi que raoompte Diodore Sicilien , et Ovide en sa métamorphose. Ce grand conquereur Perseus , fils dudlct Jupiter , ne fût il pas conceu par adultère en Danaë , fille d'Acrisius ? et ncantmoins il fût si-grand homme , qu'il conquit toute Libye et toute Afrique , jusques à la mer iEthiopique, et jusques au mont Atlas en Occident , tesmoins Ovide et Lucain. L'un des trois , et lé principal juge , d'Enfer, selon les auteurs de poeterie, fut Minos , roy de Crète , engendré par adultère dudit Jupiter et d'Europe, fille du roy Agenor, ravie en Egipte : lequel Minos les auteurs ont en merveilleuse recommandation , pour ses vertus et vaillances. Qui fut le tresgrand, et l'admirable en ses œuvres, puissances, et cooquestes, Hercules ? Ne fut il pas fils dudlct Jupiter, et engendré par adultère en AIcmena , femme d'Amphitruon ? et selon les acteurs ( tesmmng mesme ledict Diodore : qui réduit les fables des poètes à la vérité ) cestuy bastard Hercules conquit , depuis Grèce , jusques à la fin d'Orient , et d'Occident : planta ses bornes en la mer , et es extrêmes parties du monde : passa, et conquit Afrique et Europe : et , pour les merveilles de ses falcts, les Payens l'adorèrent comme Dieu. Le compaignon dudict Hercules , nommè Theseus , bastard d'^Ëgeus , roy d'Athènes, et d'jEthra , fille de Pitheus , fut tant recommandé en preu-d'bommie et vaillance , et tant valut (combien qu'il fut bastard) qu'il succéda au royaume d'Athén^, et à tout l'héritage et signeurie de son père. Themistocles , bastard de Neocles , et d'une femme de petit estât , du païs de Trace , fut si- vaillant capitaine , et de telle conduite , qu'il déconfit le roy Xerxes , par mer et par terre , et le rebouta hors de Grèce : où ledict Xerxes avoit amené quatre mille navires, et seize cens mille combattans , selon que racomptent les plus grands historiens de Grèce , et mesme Orose , Justin , et plusieurs autres. Romulus, premier roy des Romains, ne l'engendra pas Mars en Ilia, nonnain, religieuse, et vouée à la déesse Vesta? comme le dit Ovide , Vergile , Titus Livius , et plusieurs auteurs antiques. Ce grand capitaine rommain , Fabius Maximus , fut bastard , et né d'une femme de petit estât : et dit Plutarque , qu'il fut engendré par Hercules, enïpres le Tibre, en une femme , à l'adventure rencontrée : et ncantmoins trouverez qiie ce fut le premier , qui onques veinquit Hannibal en bataille.

Artus , roy d'Angleterre , ne fût il pas bastard d'Uterpandragon? et toutesfois il est nommé

zu

INTBODUCTION DOLIVIEB DE LA MARCHE.

Tua des neuf preux, et le premier des trois preux chrestiens. Roland , si-reuommé et sivaillant , les anciennes croniques et gestes ie nomment bastard de Gharlemaigne. Et qui fut le derrain prince estranger, qui conquit Angle^ terre ? Ce fut Guillaume , bastard de Normandie: qui s*y fit roy , et y régna vertueusement. D'où sont descendus les roys de Castille et d'Arragon , regnans aujourdhuy ? Ils acmt venus de Henry le bastard : qui dechacea le roy dom Piètre , son frère légitime, et le tua de sa main :' et régnèrent deux bastarda tout en un temps : Fun Henry , roy d'Espaigne , et Jehan , roy de Portugal. Le roy de Naples , régnant au-jourd'huy, et vivant , n*est il pas bastard du roy Alphonse, roy d'Arragon? £t par plusieurs fois les bastards ont succédé au marquisat de Ferrare , devant les l^itimes : et , pour clorre mes aleguations plus-peremptoirement , lisez le cooh mencement de la lignée de Charles Martel (qui fut comme roy de France), et vous trouverez que tout n'est pas légitime. Ainsi , Monsieur, en continuant mon propos, je vous ay bien voulut monstrer que les bastards ,vi vans et r^:nansen vertu , ne sont pas à depriser n'a rebouter : car Dieu n'est pas accepteur des hommes , mais des vertus , ou des vices.

Mais tout mon récit ne suffit point , si je ne vous declaire amplement aucunes choses des grans faicts , que fit ce noble et vertueux bastard , le roy Jehan , vostre bisayeul : qui vescut si-bien et si-vertueusement en son royaume , qu'il est encores aujourdhuy nommé , en Portugal , le bon roy Jehan. Ce roy Jehan , après avoir longuement maintenu la guerre contre le roy d'Espaigne , et défendu le royaume de Portugal , devant et après qu'il fut roy, eut si-bonne fortune, acquise de Dieu, de son sens et vaillance , qu'il déconfit , en bataille , le roy d'Espaigne , aidé de grande noblesse de François , et de Gascons : et à celle heure le roy d'Espaigne estoit aecompaigné de la puissance de son royaume , aussi grandement, ou plus, que par-avant fut nul roy d'Espaigne : et , toutesfois , le roy de Portugal n'avolt qu'une partie de ses sugets : car grand nombre de nobles de Portugal teiioyent le parti du roy d'Espaigne, et sa querelle , pour les causes que j'ay dictes par-avant : et, de tous estrangers n'a voit le roy Jehan de Portugal que deux cens Anglois , qu'un pirate de mer luy amena a son service. Celle bataille de Giberrot gaigna le roy Jehan de Portugal : et s'enfuit le roy d'Espaigne : qui fit moult grande perte celuy jour : et par ce moyen mit le roy Jehan son royaume en paix, justice, et police : et par celle victoire se fit douter , aymer,

et extimer en son royaume , phis-qae devant Ce bon roy Jehan ne meconguut , ou n'ignora pas , que Dieu luy avoit donné couronne de roy, et victoire de bataille contre un si grand , et puissant roy , que le roy d'Espaigne : car aussi tost qu'il en peut avoir le loisir, il voulut à Dieu rendre service, et sacrifice de ses bies» faicts : et fit préparer si grands navires, et ar* mee , qu'il luy fut possible , passa , en sa per« sonne, la mer, descenditen Afrique, sor la mecréans , et assiégea la grande cité de Seple (quiestlameilleureviied'Afrique),ettantiltn> vailla , qu'il gaigna celle puissante vile , et y fit maint Sarrasin mourir et destruire : et de celle vile fit une cité , à l'augmentation de la foy chrestienne : laquelle vile est cnoores tenue cC gardée par les roys de Portugal , an grand honneur d'eux, et de leur royaume, et an grand profit de la chrestienté.

Celluy Roy se maria à Philipote de Landastre , fille de Jehan duc de Landastre , fils du roy d'Angleterre , Edouard , tiers du nom, et fille aussi de Blanche issue de la droite lignée d'Edmond , due de Lanclastre: lequel Edmond estoit frère aisné du roy Edouard , premier de ce nom : et neantmoins ne succéda pointa la couronne : pouroe qu'il estoit difforme et bosss. Dequoy je vous adverti : à cause que, quand à la lignée de Portugal , dont le roy vostre père, et vous, estes issus, n'estes pas, ou 8erei,voas ou les vostres, sans querelle du royaume d'Angleterre , et principalement de la duché de Lanclastre : de laquelle duché Edmond le Bossu, frère du roy d'Angleterre, dont j'ay parlé, fut contenté et party : et de sa lignée fut seule héritière Blanche, mariée à Jehan, fils du ny Edouard , le tiers : et de par icelle Blanche, si femme , ledict Jehan fut duc de Lauclastre : et de la fille d'iceux , nommée Philipote de Lanclastre, veint Edouard , roy de Portugal, père de l'Eraperiére, vostre grand-raere, et madame Ysabel duchesse de Bourgongne , vostre ave,rt aussi le duc de Coimbres, père de madame de Ravastain : dont est issu monsigneor Philipp de Clèves : et ces choses je vous eclairei, afin que mieux vous entendiez les lignages et aliances de ce costé de Portugal : qui par droit voui doy vent soustenal , amour, et service , et vous à eux. Mais , quand je pense à ce quartier d'Angl^ terre , où par droit vous vous devez ap|Niyer,ct soustenir en voz affaires, je regrete que jen'ay l'entendement de ces grans et notables auteurs, pour vous déclairer que c'est , et que c'a esté de ce puissant royaume , et des grandes choses faictes et advenues en Angleterre : qui semblent plus merveilles , qu'autrement.

INTBODCCtlOIl D OLIVIER DE LA MABCBB.

iZâ

C'est ODe isie la plus puissante du monde : qui jaftit habitée par Albîne fille du roy Diodinas. Ce Roy eut trente^eux filles, mariées à trentedeux roys (1) : et par une nuict chacune d'iceU les meordrirent leurs marh» en leurs liets : et dit rhistoire , qu'elles estoyent trente trois sœurs d'iceile conspiration : mais la plus'jeune ne voulut, de sa part, exécuta telle cruauté : parquoy je ne raconte que des trente deux. Icelles trente deax roynes exilées par leurs maléfices, arrivèrent, par mer, en Tisle, dont nous parlqos (qui lors n'estoit point habitée) et, pour Albine , Taisnée de toutes, ftit nommée l'isle d*Albion : et (^premier habitée par les roynes dessusdictcs; lesquelles par leurs péchés tombèrent en fornication si deshonneste,que les diables habitèrent aveques elles : et firent et portèrent geans, grans et merveilleux : et dura celle détestable lignée, joflques au temps de ce vaillant prince Brutus : qai fit mourir par puissance d'armes toute icelle génération : et du nom de Brutus fut celle isle appelée Bretaigne : et là régna Brutus moult Q<ÀlemeDt, et long temps : et sur la lignée d'iceluy fut celle grande Bretaigne conquise par les Saxons, jusques es moutaignes, que Ton nomme le pais de Gales. Ceux-là sont demeurés de la lignée de Brutus : et vous certifie (comme celoy qui Tay veu) que, si un Anglois a débat contre un Galois, le Galols, pour villalner sa partie, l'appellera Saxon, par grand dépit. Par icelle Gooqueste des Saxons, fut depuis celle isle nommée Angleterre : pource qu'elle est assise en un anglet de terre. Celle noble isle , élevée en royaume , croissoit tousjours en pouvoir et richesse , et faisoit guerre à tous ses voisins : ^ y régnèrent glorieusement plusieurs roys : et parle l'histoire de Brennus , roy d'Angleterre , et du différent qui fat entre luy et Belgius , son frère, et comment Belgius passa en Angleterre, À puissance de gens , et de navires, pour comhatre Brennus son frère : lequel assembla sa puissance : et la mère des deux se mit entre les ^ux batailles, et cria à ses deux enfans, qu'ils tirassent leurs espees, et les souillassent au sang de leur douloureuse mère , avant qu'elle velst de ses yeux, ou ouist de ses oreilles, que ceux, qu'elle avoit portés , se défissent l'un l'autre. Ces paroles amolirent les cœurs des deux frères, et firent paix, et passèrent la mer par-ensemble, et tout d'un accord alèrent contre les Bommains : et à l'aide^ et à la faveur que leur firent les Alobrogiens (qui sont en ce temps nommés Bourgonguons) ils eonquirent Bonune, et firent moult de grandes choses en ce voyage : mais , depuis,

'1) Cela rcMembleplutà des contes qu*à rhistoire.

les Bommains reconquirent leurs slgneuries. Le roy Artus, comment se maintint il bonnes^ temeut en ce royaume d'Angleterre? Quelles grandes et merveilleuses chevaleries furent fai-^ tes et exécutées, du temps du roy Uterpandragon son père, et de luy ? dont j'ay veu en Angleterre de grandes apparences, comme la table ronde, et autres conjectures. Et, combien que ces choses soyent estranges à croire à plusieurs, toutesfois il ne faut pas ignorer que le roy Artus n'ait esté roy d'Angleterre : comme il appert par les croniques antiques d'Angleterre, par les fondations faites par luy^ et par sa sépulture, en l'abale de Glasombery , et aussi qu'en toute la chrestienté , il est figuré l'un des neuf preux du monde, et le premier des trois preux chrestiens : comme cy devant j'ay dit. Pourquoy je conclu que Ton doit bien peser, devant que rebouter et contredire aux choses escrites, et mises en ramentevance, sous un si-noble roy, et si-renommé , que le roy Artus : et ( qui plus est) vous trouverez grandes appreuves des choses dessusdictes , par les croniques de Belge et de Bomme : et n'est à croire , ny à penser , que les grans et solennels volumes, faicts pour registres des choses advenues du temps du roy Artus , ayent esté publiés en vain^, et que les auteurs eussent voulu perdre tant de temps , pour choses frivoles , trouvées , et non advenues : combien que non le croire ne charge point la conscience : et pource m'en passe , et laisse de ramentevoir les roys successans en Angleterre, jusques à Guillaume , le bastard de Normandie : qui conquesta la signeurie sur le roy Harald , et duquel Guillaume j'ay parlé cy-dessus : et treuve que depuis ce temps les roys d'Angleterre , qui ont fait les plus grandes choses , ont esté les Edouards , et les Henris : et, si les guerres civiles^ et partialités , n'eussent régné en Angleterre depuis deux cens ans en ça, ils eussent conquis grande partie de leurs voisinages : mais Dieu , qui limita le cours de la mer (qu'elle ne peut passer), qui sépara les élemens , et qui donna à chacun son limite, par sa divine Providence met. en toute chose la bride , et le frein de la fortune manie et conduit de sa digne main , et à son plaisir : comme le Dieu , le Slgneur , et le maîstre de toutes choses , et à qui chacun se doit soigneusement recommander , et luy rendre service. Or vous ay je ramentu, à l'abrégé , du faict d'Angleterre , dont vous estes yssu par Philipote de Lanclastre, mère de vostreayeuie , en donnant à entendre comme le bon duc Philippe espousa madame Ysabel de Portugal , d'où vint le due Charles^ vostre grand-père, que l'on nomme Charles le Travaillant : et , combien qu'ils eu-

IMTBODUCTION D'OLIVIER DE LA lURCHE.

reut d*aatres enfans , toutesfois le duc Charles demeura leur seul héritier , et signeur de toutes ces belles signeuries , dont j'ay çy-devant parlé au commencement de ce présent «script.

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