CHAPITRE V
Comment les dues de Bourgongne et de Bourbon s^assembkrent à Chalon sur Sosne ^ pour appaiser une q^ierelle entre messire
' Jaques de Chabannes et messire Jehan de Grantson : et comment le duc Lomjs de Savoye et sa femme visitèrent le due de Bourgongne.
En celle mesme quaresme, le duc de Bourbon, dessusdicty vint à Chalon, voir et visiter le dw; de Bourgongne (à qui 11 estoit beau-frere, pour avoir épousé sa sœur), et vint avec luy un chevalier de tres<>grandïaçon, son suget; et se iiomradt messire Jaques de Chabannes, lequel de Chabannes, estoit en débat à l'encontre de messire de Grantson, signeur tfe Pesmes : lequel
estoit parent des plus grands signeurs de Bourgongne, et de ces sugets du duc, à qui il cMrivoit cousin. Vaillant chevalier estoit, et bien renommé, et aymé entre les gens-d'armes de Bourgongne, et fit en son temps de grands services au duc, et à ses pals. Mais, pour reveoir â la question et au débat des deux dievafiers dessus-dicts, la cause fut, pourceque ledict signeur de Pesmes avoit pris d'esebelle une des maisonfi dudict de Chabannes, l'avirit pillée, et pris son fils aisné prisonnier, sous umbre et eouleuf d'aucunes querelles, que ledict de Peanies disoit avoir sur ledict drs Chabannes : et de ceste matière fut une journée publiquement tenue, en la sale du palais de Tevesque : et furent anls les deux dues de Bourgongne et de Bourbon, comme frères et bons amis, sur un banc, et l'an empres l'autre : et certes, combien que le duc de Bourgongne fust le premier per de France, et si puissant, qu'il est assez sceu et notoire, tontesfoîf il fit en son hostel,et en ses pals, au duc de Bourbon son beau*frére, autant et plus d'hoanenr, qu'il n'en voult prendre, ne reœvoir : et, à la vérité, le duc Charles de Bourbon fut, de son temps, l'un des meilleurs corps (Aist à plé, ou à cheval) et l'un des plaisanset des mondains, non pas seulement de princes, mais des cheTalien du royaume de France : et sçavoit des hotmeois et gracieusetés diu duc, son frère, proidre ce, qui en estoit en son appartenir.
A celle Journée fut le signeur de Pesmes grandement accompaigné des signeurs de Bourgongne ses parens (comme de ceux de ChaloD, de ceux de Vienne, de ceux de NeafOiastd, et de Vergy), et portoit la parole, ponr le signeur de Pesmes, messire Tiban^ bastard dr Neuf-Cbastel, un moult sage chevalier, dont ot desja cydessus faiete mention : et tendolt piv ceste question à gage de bataille, qu'à fonsf d'autre plaid ou procès.
Or avint que ledict de Chabannes (quand oo luy demanda, au commencement du proees, sll vouloit tenir les deux ducs dessus-mMnmés pour ses Juges en oeste partie) respondit qu'il avoit choisi, pour son juge, le duc de Bourbon, son signeur, et non autre : et, prestement que le duc de Bourgongne entendit qu'il ne devoit pas estre Juge en ceste matière, se leva : et dit an duc de Bourbon, « Mon frère, puisque je ne sus » pas accepté pour Juge pas messire Jaques de » Chabannes, je ne me puis excuser d'estrr » partie, aveques le signeur de Pesmes : car il » est mon parent : et m'ont luy et ses predeees- » seurs si-bien servi, et la maison deBonrgoo- » gne, que je luy doy et luy veoil faire hoo* * neur, et port à son besoing : » Et prestement
HBMOIBES d'oLIVIBB DB LA UAUCHB.
se tira le Ixm duc devers le signenr de Pesmes, et se Jofndit avec kiy, comme parent, et non pas comme signeur, prince ou souverain, qu'il estoit : et devez sçavoir que lediet signeur de Pesmes, et les signeurs, qui l'acompaignoyent, le receurent humblement, et de grand courage : comme ceux, qui bien le devoyent foire*: et, quand partie adverse vit le duc, qui s^estoit adjoint aveqnes son contraire, il dit tout haut, par tresbonne façon, « A ceste fois ay je partie trop * forte et trop pesante. »
£t eeste chose J*ay voulontiers ramenteue, et mise en escrit, pour commencer, temps après antre, selon les lieux, les raisons, et les causes, à dire et deviser les biens, les vertus,' les bontés, et les courtoisies de cestuy noble prince, le bon doc Philippe de Bourgongne, cinquième de ce nom : auquel, en la première semaine. que Je Teosse jamais veu, je vei foUrc et monstrer publiquement tel honneur, et tel port, que de soy nsonstrer et dedairer parent de son suget. Secondement j'ay declairé ceste cause advenue, par une manière de doctrine et de regard, que chacun, en tel cas, doit bien peser et avoir bon avis de refàser ou regeter le jugement d*un prince (car mieux vaut au moins puissant faire, de son plus grand, son juge, que son ennemy) , ettieroement^ pour ramentevoir et remémorer, à tons nobles hommes, Thonneur et la cherté, qu'ils doy vent garder et porter, d'estre yssus par oonsanguinité des grandes et des nobles maisons : car chacun endroy t soy, en sent et gOQste, une fais en sa vie, ou peu ou beaucoup, ou tellement, <|u'il en vaut mieux d'avoir, ou de recommandation. «
Pour retourner à ma matière commencée.
Messire Jaques faisoit plainte du signeur de Pesmes, et disoit qu'après le traité de la paix de France , faicte entre le Roy et le duc , en la manière ci-dessus escrite, le signeur de Pesmes avoit pris et dérobé d'eschelle , et par nuict, sans tiltre, queréleou défiance, une des maisons dudict de Chabannes , nommée Montagu-le-Blanc , située au pa!s de Bourbonnpis : et avoit pillé et pris les biens meubles dudict Chabannes, et emmené son fils aisné prisonnier (qui n'avoit pas dix ans d'aage) et plusieurs autres jeunes nobles bommes, qui accompaignoient sou dict fils : et demandoit sur ce réparation d'honneur , de sa maison , de son fils , et dé. son avoir. Et de la part du signeur de Pesmes fiit respondu , par la bouche de messire Til>aut , bastard de JNeuf- Chastel , que voirement avoit pris le signeur de Pesmes le chasteau de Montagu-le-Blanc par aide et soubtiveié de guerre , et pris les biens et le fils dudict GbalMinnes, et ce à la querèle et
contrevange de plusieurs griefz, pilleries, et pri* ses faictes sur lediet signeur de Pesmesi, et sur ses amis,parens etaliés,par AnthoiiiedeGhabannés comte de Dammartin , frère dudict messire Jaques , et dont les prises avoient esté menées et retraites, tant en icelle place de Montagu, comme autres places et maisons, appartenans^et estans sous le pouvoir dudict messire Jaques : et que telles choses, et telle» œuvres de faict , se doyvent et peuvent rendre par tous droits de guerre, par le semblable : et concluoit sur grandes réparations, que demandoit lediet de Pesmes, d'estre chargé de son honneur sans desserte, par lediet de Chabannes , en la présence , tant de son prince, et du duc de Bourl)on, que dételle noblesse, qui là estoit présente : en faisant offre de son corps , pour son honneur deffendre, si lediet de Chabannes le voulolt charger d'avoîv fait en ce aucune faute , digne de reprehension^ . Phisieurs responses et répliques furent faietes de chacune partie : mais , pource qu'il estoit tard , la journée fût remise à une autre fois : et, asseztost après, mondict signeur de Bourbon se partit de monsieur de Bourgongne , et s'en retourna aveques hiy lediet de Chabannes : et , depuis , madame Ysabeau de Portugal , duchesse de Bourgongne , vint au pais : qui appaisa iceluy débat : et rendit le fils dudict de Chabannes à son père , et ensemble les autres enfans , et nobles hommes , qui furent pris avec luy.
Assez tost après le département du duc de Bourbon , vint au Heu de Chalon sur Sosne , le duc Louis de Savoye , et madame Jehanne de Lusignan , fille du roy de Cypre , sa femme : et vindrent veoir le duc Philippe en son paîs, moult grandement acompaignè de signeurs et nobles, et la duchesse de dames et de damoiselles : et luy Alt au-devant , bien une lieue , le duc de Bourgongne , acompaignè de Jehan Monsieur , héritier de la duché de Cléves , du comte de Nevers, du signeur de Beaujeu, d'Adolf Monsieur de Cléves , de Comille bastard de Bourgongne, et de raoult belle compaignie de noblesse : et se conjouirent et bienviengnérent les deux ducs moult honnorablement, et par moult grande cordialité : et bien le devoyent faire : car ils cstoyent cousins germains , et enfans de frère et de sœur : car le duc Louis de Savoye M fils de madame Marguerite (l) de Bourgongne, sœur du duc Jehan , père dudict duc Philippe.
Au regard de l'honneur que fit lediet duc Philippe à la duchesse de Savoye , il- ne fait pas à demander : car le bon duc fut si-gracieux , tant courtois et honnorable à toutes dames , que nul
(1) Liseï Marie.
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plus eonrtols prince ne chevalier, ne fut Jamais troavé, et certes la duchesse valoit hien, qne Ton fist d'elle grande extime : car elle estoit fille de Ro;, Une tresgrandé et paissante duchesse , et, aveques ce , l'une des plus belles dames de tout le monde. Pareillement là fut la duchesse de Bourgongne : qui grandement estoit acompaignee de moult de daines, et de belles filles : et eurent plusieurs gracieuses et amiables conversations ensemble : dont , pour la venue des deux princes , Airent faictes et tenues plusieurs assemblées et congrégations , du conseil de chacune panie assemblé ensemble : et maintesfois s'y trouvoient les deux ducs : et la cause singulière de la venue du duc et de la duchesse de Savoye, en Bourgongne , Ait^ en intention de gaigner de leur part le duc de Bourgongne, pour tenir le parti du pape Fdix, à rencontre de pape Eugène : et ce à l'occasion de la division , qui pour lors estoit en l'Eglise. Parquoy me sera force de lataer un peu le droit chemin de ma matière, et d'entrer en indâence , pour declairer comment il advint que deux papes , en un temps et i une.fois , régnèrent en l'Eglise. Ce qui advint , conune vous pourrez entendre et ouyr.
ooo CHAPITRE VI.
J)e la cause y qui meut le duc de Savaye à visiter le duc de Bourgongne : et de quelques autres petites particularités.
Vérité fut que l'an H31 , par le moyen d'aucuns cardinaux , et principalement du cardinal d'Arles (qui se sumommoit d'Arban : et estoit noble homme , et du pais de Savoye), un concile Aïs mis sus en la cité de Basic en Alemaigne, et singuUerenxent fut créé iceluy concile ji rencontre et à la reformation depapeEiigene: et publiquement luy mirent avant, 4 l'encontre de sa vie et de sa persom\e y plusieurs cas , tels et de tels gestea, que je n'en veux escrirene ramentevoir, inais le laisse réciter et escrire , à ceux qui plussagement sçavent coucher, et mettre en souvenir , ou raïQcntevance , chose de tel poiXv et de telle efficace : car à toucher à la famé et au renom de siosaincte et haute personne en chrestienté, comme nostre sainct-père le Pape , l'entendement se doit arrester de firayeur, la langue doitbarbusser de crainte, l'encre ^l^oheç, le papier fendre ^ et la plume plqrer par doute dangereux , et plein de péril , d'encourir , ou d'enchoir, au danger d'ind>èdience, et de faute, à rencontre des commandemens et ordonnances de noslre sainte et salutaire mère , et ressourse,
l'Eglise triomphante : et supplie à eeluy , qui tst garde de tous bons et catholiques courages , qu'il me deffende et gaide, en cesle partie , de toucher ou mettre chose qui soit eontre Testut de ma conscience.
Or toutesfois fut ceste matière tant continuée, et vint le concile à ce polnct, que par effeet , et par sentence prononcee,sous ombre de certains adjournemens y f aicta à la personne du pape Engène , par faute de conqMuroir aux Journées à luy baillées , et pour autres raisons , dictes et dedairees au dictum de ceste sentence, et où je ne veuil atoucher, ne venir, Idt le SainctrPere, dessusdict , privé du sainct estât de la papalité, et injurièusement, et par grande dérision , déclairé inhabile de tenir et exercer Testât dess» dict : et, pour pourveoir au faict de l'Eglise, prestement, et à celle heure, eleurent et créé rent à Pape , et souverain payeur de l'Eglise , monsieur Amè, duc de Savoye, père da due Louis dessus-nommé : lequel duc Amé, avoit paravant renoncé à sa signeurie,^et icelle mise es mains de son fils : et s'estolt rendu an lieu de Ripaille , lez Tonon, en une oonfirairie , et ordie de chevaliers, qu'il avoit fondée, luy trénème, de chevaliers moult honnorables, et de grande recommendation : et là fut envoyé qoerre par le saint concile , fût créé , sacré , et élevé pou pape, et nonuné pape Félix : et, le plus test qu'il peut , se tira à Basic , à grand triomphe et grande compaignie de prélats et de signeur : rt arriva à Basic en telle cérémonie , que Teo peut, et doit faire , à l'entrée et Joyeuse advcDiiedn Pape , lieutenant souverain de Dieu, en terre.
En grand erreur, grand murmure, etgranée désolation lût l'estat de FEglise , et de tonte It chrestienté : car chacun d'eux ûiiaott les saisis exercices, aussi bien l'un comme l'antre, £agene comme Félix , et Félix comme Engene. Ib prononçdient les sainctes parolles Ils fàlsoyent et consacroyent le Saint dont l'on baptisoit les enfSBms nouvesnx nés. Ds sacroy ent prostrés et diacres : doonoyent absolntiims, indulgences^ bénéfices, et bulles : ctcstoyent, l'un porté et diel d'anenns princes d d'aucunes signeuries et provinces, et Tsatre d'autres : et tenoit un chacun parti et partial, à bon,sainQt, et valable, ce, qne son p^ie £ûsoit , ordonnoit , lioit , on delioit : et je, uiejne, vey, et m'en souvient, que ceux de Boor^ngne (qui tenoyent la première dection, et le parti du pape Eugène ) faiaoient conscience d^ooir messe , ou d'eux confesser au pals de Savo3re,ct en l'oAieissance du pape Félix : et certes cestsy Félix eut moult grand' faveur, et moult grand port de plusieurs princes, et téiement qu'ilgnigna
MBHOIBES 1>'0LIVIKR DB LA NABCIIB.
de son oosté Italie, Alemaigne et Es|iaigpie : mais le roy de France pe le duc de Boorgongne ne YoalureQt Jamais laisser, n'abaDdonner le premier sainctet canonique pape, Eugcoedessusdlct : et, si le dac de Bourgongne se fust condescendu au duc de Savoye, son cousin, touchant ceste matière, pape Félix eust esté obeS aussi par toute France, par toute Angleterre, et jusques en Norvège : mais pour amonr, pour sang, ou pour affinité, Jamais le bon duc ne se voult pieyer , ou condescendre , de faire , ou consentir rien , ou nulle chose, au préjudice de pape Eugène.
Cinq ans dura, ou environ, ce schisme et ceste douleur en l'Eglise , et par la chrestienté : et jusques a ce que cestuy Félix congneut bien qu'il n'auroit port n'obedience du roy de France, ne du duc de Bourgongne , et qu'il demouroit frustré, et en abus de son intention. Si s'apensa de sauver son cas et son emprise par autre voye : et à la vérité , ce fut un des plus sages , et des plus entreprenans princes, que l'on sceut : car , iuy estant comte de Savoye , se feit duc : et fut le premier duc de Savoye. Il conquit la principauté de Piémont, à force d'armes : et télement travailla Philippe Maria , duc de Milan , de guerre, et par force d'armes , qu'il Iuy donna la comté de Verseil , et la vile de Cvvaux : et prit le duc de Milan sa fille à femme , et recongnut avoir receu , pour son mariage, trois cens mille ducats : et pour icelle somme donna au dessusdict duc de Savoye , et à ses successeurs, au cas qu'il mourust sans hoirs légitimes de son corps, la duché de Milan: et est la quercle,qu'encores ont lesducs de Savoyesurladochéde Milan.
Cestuy Félix vescut avec François et Bourgongnons, et si -sagement se gouverna au temps des divisions de France , que son pals de Savoye estoit le plus-riche , le plus-seur, et le plus-plantureux de tous ses voisins. Trois filles de roy furent pour un jour seans à sa table : dont il avoit allé ses enfans par mariage. Luy vefve, prit i'estat de religion , et fut appelé, invoqué, et eleu pour la plus-digne, plus-grande, et première personne de chrestienté: dont (comme dict est) luy congnoîssant son emprise ne venir à effect , trouva moyen que la pluspart des princes chrestiens se meslerent de l'apointement des deux nommés papes et du concile : et fut conclu, accepté, et tenu, que pape Eugène demoureroit en sa dignité , juste et canonique, et que Félix demoureroit légat en toute puissance papale , en toute la duché de Savoye et la principauté de Piémont : et confermapape Eugène (1), toutes les choses faictes
(1) Ce fut le pape Nicolas V, raccesseur d'Eugène ,
par ledict Félix, du temps devant ; et ainsi fut paix et union en saincte Eglise : et depuis vescut le légat de Savoye, environ dix ou douze ans : et trépassa À Ripaille l'an 1462.
Sur ceste matière ne firent les deux ducs aucune conclusion : mais en aliance d'amour et de paix se partirent, comme bons parens devoyent faire : et avoit le duc de Savoye aveques luy un sien frère, de l'aage de dixhuict ans : qui estoit comte de Genève, et se nommoit Amé. Cestuy comte de Genève désira d'estre. de l'hostel du duc de Bourgongne. Ce qui luy fut libéralement accordé : car il estoit de tresbelle apparence de prince , et moult bien conditionné : mais ne demoura gueres, après, qu'il mourut : dont ce fut grand dommage pour la maison de Savoye.
Ainsi se partit le duc de Savoye , et la ducheâe : et se retirèrent en leur pais : et le duc de Boorgongne se retira en sa vile de Digeon : auquel lieu il passa le plus-beau de Testé , en grandes chères, fesUmens, banquets , chaces, et voleries , et en plusieurs et divers déduits : et revint le duc de Bourbon , et la duchesse de Bourbon, sœur du duc , et Jehan de Bourbon , comte de Clermont, leur aisné fils, devers ledict duc de Bourgongne : où ils furent bien festeyes, et bien recueillis.
En celuy temps se maria un escuyer de Bourgongne , nommé Jehan de Salins , à la bastarde du duc de Bavière, une tresbelle damoiselle, de l'hostel de la duchesse de Bourgongne : et là furent faictes les premières joustes que Je vey onques : et furent lesjoustes en harnois de Joustes, en selle de guerre, et à la foule, sans toille. Là jousta monsieur Jehan, héritier de Cleves, le comte Louis de Nevers, le nouveau marié, le signeur de Waurin , Guillaume RoUin , Antoine de Sainct- Simon , et plusieurs autres , et fut la Jouste bien Joustee : et certes les pornp^ et pareuresde tors n'estoyent pas telles , que celles de présent : car les princes joustoyent en pareures de di-ap de laine , de bougran , et de toille , garnis et ajolivès d'or cliquant, ou de peinture seulement : et si n'en laissoyent point à rompre grosses lances , et d'endurer la rudesse de la Jouste , et des armes , comme font aujourd'hui les plus-jolis : et fut donné le bruit et le prix de la feste , tant dedans comme dehors , au signeur de Waurin , et à un jeune escuyer du pais de Hainaut , de l'hostel du duc de Bourgongne, mignon dudict héritier de Clèves , nommé Jaquet de Lalain : lequel a depuis tant cueilly et monstre de vertus, d'honneur, et de vaillance, que cy -après
qui resta seul au pouvoir ponUflcal par TabdiciilloD d» Félii, qui eut lieu le 9 avril J«I9.
MEMOIUËS D ULIVIEB UB LJL MABCUE.
j'aupay assez affaire et à besongiier pour déclairer et pour descrire l'exercice chevalereux de sa vie. Eu celle saison le comte de Frlbourg , pour lors gouverneur et mareschal de Bourgongne , pource qu'il estoit desja vieil , et travaillé de gouttes , se tira à Digeon y devers le duc : et reinonstrason impotence, et qu'il ne pouvoit porter le faix et le travail de la guerre^ suppliant que Ton le vousist déporter et décharger de son office, et y pourveoir d'homme, pour exercer la peine et le labeur, pour l'utilité du pais : et tut rais en conseil, que, pource que le duc ne devoit guéres demourer en la contrée , il estoit expédient voirement de pourveoir es choses dessusdictes. Si fut avisé queTibau!;de Neuf-Chastel , escuyer , signeur de Blaroont , (ils aisné du signeur deNeuf-Ghastel , aagéde vingt six ans, estoit homme defaict, de sens, et d'exécution, et d'emprise, et, de soy , des plus-grands, et des'plus-puissans du païs de Bourgongne , et de grande maison : et , combien que de sa personne il n'estolt d'apparence, ou de force corporelle , ([ue peu de chose, toutesfois il s'estoit monstre homme magnanime, hardi, et entrepr^eor:
et desjà avoit pris et gaigné Ghasteau-Vilain sur les François : et s'estoit monstre celuy des sigueurs de Bourgongne, qui plus-grande résistance feit à-Fencontre des escorcheurs : et feit et exécuta sur eux maintes belles emprises, et leur feit et porta moult de dommage en ce temps , et depuis : comme vous orrez cy-apres. Ainsi fut faict le signeur de Blamont maresehal de Bourgongne, l'an 1440.