CHAPITRE VllL
De quelquêê /estes et ebatemens en la maison du bon duc Philippe de Bourgongne : comment l'empereur de Constantinople luy envoya demander secours contre les Turcs : et comment la duchesse de Luxembourg veint vers iceluy due de Bourgongne, pour avoir aide contre ia rébellion de ses sugets.
Ainsi se partit le roy des- Rommains, àe Resaaçon : et le duc de Rourgongne retourna, pour celle nuict, en la cité : et Fendemain se partirent le duc et la duchesse pour aller en une des places du prince d'Orange, pour parfaire et acomplir le mariage de Jehan de Ghalon, signeur d'Arguel, pour lors seul ûls dudict prince, avec mademoiselle Katherine de Rretaigne, fille du comte d'Estampes^ et de la sœur du duc d'Orléans dessus-nommé. Celle damoiselle Katherine estoit jeune, belle, et de grand lieu venue : et fut depuis dame fort-ren<Hnmée : et à celle feste ftirent le duc et la duchesse, ensemble toute la signenrie, grandement festeyés : et de là se retirèrent faire leur pèlerinage à Sainct- Uouan : où le corps du glorieux confesseur, laonsieur Sainct Claude, gist et repose. Puis retournèrent à Digeon : où ils parfirent le surplus de Ty ver, de la quaresme, et du temps, en voleries, chaces, danses^ et festiemens, selon les saisons et le temps : et n'estoit lors aucune nouvelle de guerre, ou question, qui touchast ou apartinst au duc, ou à ses allés.
A roocasion du temps oiseux , le signeur de Cbamy, dessusdict, s'acoompaigna de douze chevaliers et escuyers, tous du duché ou comté de Rourgongne, féaux ou sugets : et fit publier , un an devant , par tous les royaumes chrestiens, une emprise d'armes : et y envoya roys-d'arroes, heraux , et poursuivans, à ses despcns , en
Intention que luy^ treizième de nobles hommes, garderoyent un pas, le temps et terme de six semaines, pour combatre et faire armes, ftist à pié, fùst à cheval , à tous nobles honmies venans à iceluy pas : et me souvient que premièrement furent icelles armes publiées pour estre faictes à la chaussée d'Auxonne : et depuis .fut le paâ remis et exécuté à l'arbre Charlemaigne : qui sied à la charme de Marsenay, près de Digeon : et se devoyent icelles armes faire en la présence et sous le jugement du duc de Rourgongne , ou de son commis. Par l'exécution du pas on entendra les chapitres : desquels, par ce qu*ils sont mal-aisés à recouvrer, et que Tescripture en est longue, Je m'en passeray : et deviseray de l'exécution de ce noble pas, par où tout se pourra entendre et congnolstre : et commenceray ainsi qu'il s'ensuit.
Pierre de Rauffremont, chevalier, signeur de Chamy, de Molinot et de Monfort, luy treizième de dievaliers et escuyers, natifs et sugets de la dudié et comté de Rourgongne, nobles hommes de quatre lignées, et sans vilain reproche, font à scavoir à tous nobles hommes (excepté ceux du royaume de France, et des pais et sugets du duc de Rourgongne), qu'ils tiendront un pas, six semaines durant, l'an 448, en la Charme de Marcenay, près de Digeon, pour Taire armes à tous nobles hommes, des conditions dessusdictes ^ sous le Jugement du duc de Rourgongne : et commencera Iceluy pas et armes, le premier Jour de Juillet, l'an dessusdict, et finira, les six semaines acomplies, et par chacun Jour sera trouvé pendant à l'arbre Charlemaigne ( qui est en ladicte Charme ) de^ix escus : l'tin noir, semé de larmes d'or , et l'autre violet , semé de larmes noires : dont celuy qui touchera , ou fera toucher à l'escu violet, semé de larmes noires, sera tenu de combatre à pié, à-l'encontre de l'un de ceux qui garderont le pas , quinze coups de hache , ou de poux (1) d'espee : dont le gardant le pas livrera les battons, et le venant de dehors aura le chois : et est à entendre, que , si le ve^ nant de dehors choisit la hache, ils combattront tous deux de la hache, et pareillement de l'espee^ Item, le noble homme qui touchera à l'escu noir, semé de larmes d'or, sera tenu de courre onze courses de lance , à fers émoulus , à cheval , ei^ selle et harnois de guerre, à-l'encontre pareille-» ment de l'un de ceux qui garderont le pas : et s'aucun noble homme touche les deux escus, il sera tenu de faire armes en toutes les deux fa-^ çons. Si furent iceux chapitres moult bien faicta et articulés de plusieurs poincts , contenans et
(1) Liseï coups.
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IIBMOIBES d'olivier HE LA MA&CUB.
eclaircissans les périls, et les amai^des, qui de- Yoyent estre, par ceux, qui en faisant lesdictes armes, seroyent portés par terre (fùst à pié, fust à cheval) ou desembattonnés : dont de plusieurs choses ne me souvient. Mesmement fut esdicts chapitres expressément declairé, que nuls nobles hommes, de la condition dessusdicte, ne se pourroyent trouver devant les escus , sans y laisser gage d'espee, ou d'esperon, ou faire armes, selon le contenu d'iceux chapitres. Mais j'ay seulement mis par escript l'effet de Temprise dudict signeur de Charny, et de ses compaignons, qui fut envoyée et publiée par les royaumes cbrestiens (comme dict est) et exécutée, comme vous orrez cy-apres.
Pendant le .temps que le pas se préparoit en son exécution ( comme dict est ), le duc et la duchesse firent de grandes chères en leur vile de DIgeon : et là furent faictes une Jouste à selles plattes, et en harnois de jouste, déjeunes gens, et de nouveaux jousteurs, pour aprendre le mestier : et furent ceux de dedans, Adolf , monsieur deCléves, Gornille, bastard de Bourgongne, Jaques de Villiers , et Philippot Gopin. Icehiy Philippot fut un escuyer moult gentil compaignon , et Tun des meilleurs jousteurs de son temps : et à celle cause fut ordonné avec ces deux jeunes signeurs, pour soustenir le faix, si besoing faisoit. Là joustérent Philippe Pot, Antoine Rollin , Jehan du Bos , le Moyne de Neufvile,' Antoine de Herin, Comille de la Barre , Jehan Courant, et plusieurs autres jeunes gens, et nouveaux jousteurs. La jouste bien joustee, et vivement ; et maints furent portés hors de leurs selles : et gaigna le prix de dedans , le bastard de Bourgongne , et , de dehors , un escuyer «lemand , de Thostel du prince d'Orange, nommé Rombot : et la cause principale , pourquoy j*ay escrit cette simple jouste, a esté pour dire vérité de deux nobles personnages : c'est d'Adolf, monsieur de Gléves, et de Gornille, bastard de Bourgongne : lequel Adolf prit tel commencement à la jouste, celle fois, que depuis il a esté tenu l'un des gentils coureurs de lance, et un des bons jousteurs , et qui plus souvent a jouste et gaigné pris, que l'on ait sceu de son temps : et au regard de Gornille , bastard de Bourgongne, ce fut, depuis, l'un des plus gentils hommes-d'armes, et un vaillant, sage et véritable capitaine : et, si Dieu l'eust souffert vivre longuement, il avoit apparence de faire de grands services à la maison de Bourgongne : mais il mourut jeune chevalier , en la guerre que firent les Gandois : comme cy-apres le pourrez veoir, à la poursuite des Mémoires présents.
En telle plaisance s executoyent le temps et la
saison : et venoyent au duc ambassades de toutes pars : et lors arriva devers luy un chevalier preq, de la court, et chambellan de Tempereor de Gonstantinople : et aporta lettres et ambassades , de-par l'Empereur dessusdict, au duc de Bourgongne, Tadvertissant de ses nouvelles, et le requérant de secours et d'aide : et quant à ces nouvelles , il estoit advertl que le Grand- Turq faisoit une grande et tres-pnissante armée, en intention de passer en Grèce, et de venir d^ vaut sa cité de Gonstantinople : et trou voit l'Enh pereur peu^ ou nuls princes, disposés à son secours. Parquoy luy, congnoissant le duc estre bon amy, et vray catholique, mettoit sa flaoee et son confort , après Dieu , en luy seulement: car tant avoit desja approuvé , et sceu de son noble vouloir, et de son pouvoir, que ses naves et ses navires, à grands fraiz^ et à grande puissance, avoyent vaucré la mer de Levant, et fait grand secours à la Ghrestienté : et pouree envoyoit devers luy, en espérance de seeours et d'aide : et certes le chevalier, ambassadeur, estoit tenu l'un des adroits archers, à lear manière, qui fust en toute Grèce : et, pour ai^reuve, je le vei courir à cheval, et en courant bander son arc, et mettre sa barbe en sa bouche, pour doute de la corde , et tirer derrière luy plusieurs flèches. Qui estoit chose moult nouvelle , à la façon de pardeça. En ce temps, madame Jehanae de Gueurik, duchesse héritière de la duché et pais de Luxembourg, et comté de Gheny, vint au lieu de Bigeon , à secours et à remède, devers le duc de Bourgongne, son parent, luy remonstrant comme les Luxembourgeois l*avoyeDt dechacee de son héritage, et de sa duché de Luxembourg, et av(^ent mandé le due de Zasses (1), et pris et receu ses commis et ses gensd'armes en la faveur , tant dudict duc , oomine du roy Lancelot de Hongrie, son neveu : et reeongnurent iceux à signeurs, leur firent serment, et dechacérent leur noble héritière et souveraine dame dessusdicte : et pour icelle cause ladicle duchesse ftit devers l'Empereur son* neveu, et devers tous les princes de l'Empire (qui tous luy estoyent prochains de lignage), mais onquesnV trouva confort, port, faveur , ou aide : pouree qu'iceux ducs de Zasses, sont grans, nobles, et puissaas en Hongrie, Behaigne, et Germanie: et fut contrainte icelle dame de venir à refiige et à confort, devers iceluy duc de Bourgongne, son neveu , et prochain parent , du eosté de Behaigne et de Bavière. Si Ait à icelle dame fut grand honneur et grande recueillote.
(1) LiW2 de Saxe,
MEMOIRES D0L1VIBB OE LA MARCHE