I. C. D. M. , T. III
guliérement de bons chefs : qui est le premier et le principal pilier de la guerre. Si soubtilièrent les aucuns secrètement, d'envoyer escheleurs compaignons à leur aventure, pour taster et essayer s'ils pourroyent rien exécuter, fbst sur la ville de Luxembourg, ou sur la vile de Tionville : et furent deux escheleurs : dont l'un estoit au signeur de Grouy, et se nommolt Robert de Bersat, et l'autre, et le principal, se nommoit Johannes, et pstoit au signeur dé Montagu, frère du maresehal de Bourgongne : et fut un compaignon Alemand ; qui parloit les deux tangages : et de leurs emprises et exécutions se conseilloyent et retournoyent, à Guillaume de Crevant, et à Jacob de Veniéres, deux escuyers bourgongnons, de la compaignie du bastard de Bourgongne : qui furent tous deux notables gens, sages, vaillans et bien renommés : et se conduisoit ceste emprise secretement,'comnie il le convenoit : et ay bien sceu que premier ils pourgettérent sur Tionville : mais ils n'y profitèrent rien : et retournèrent leur emprise sur Luxembourg, et tant soubtivérent, qu'ils trouvèrent moyen de congnoistre leur guet, et d'entrer en la vile de Luxembourg par leurs eschelemens : et avoyent robes d'Alemans : et ledict Johannes sçavoit parler (qui moult profita) ; et leur sembla que le plus-convenable lieu, pour leur emprise, seroit auprès d'une tour, sous laquelle avoit une poterne, qui sailloit sur costière, entre le chemin d'Arlon, et celuy de Tionville : et congnurent que la muraille estoit sans galerie, et sans alee, et n'y pouvoit arrester le guet de la vile, et que, l'archegoet passé, légèrement l'on pourroit entrer en nombre suffisant, poui* rompre celle poterne.
Les choses ainsi pourgettees, et le raport faîct aux deux escuyers, l'on découvrit ceste opinion au comte d'Estampes, et au bastard de Bourgongne : et fut advîsé que l'on ferolt une course à puissance^ devant Luxembourg, et que le signeur de Saveuses, Robert de Miramont, Guillaume de Crevant, Jacob de Veniéres, et autres, souz ombre de l'écarmouche, yroyent visiter et voir (au moins en ce que possible seroit) si Temprise de Johannes estoit vray-scmblable, ne possible. Ce qui fût faict : et sembla la chose conduisable : et ne falsoit on pas tant de doute à escheller le mur, comme l'on faisoit de monter le fossé : qu'il convenoit pareillement escheller, comme la muraille.
Le comte d'Estampes revenu au logis, et le bastard de Bourgongne, se rassemblèrent, ceux, qui de ce savoyent à parler ( lesquels n'èsloyent pas grand nombre), et, le raport ouy, fut avisé d'envoyer devers le duc, pour l'aviser de reste
MRX0IRE8 It^OLIYIEB DE LA MARCHE.
emprise, et sçayoîi* si c'estoit sou bon plaisir qu'elle s'exécutast. Le due fut trescontent de celle emprise : et commanda la chose tenir secrète ; et que Ton courust peu, près de la vile : afin qu'ils ne fissent plus grande provision, en leur guet : et se tiroit au lieu d'Arlon : et tenoit on journées par manière de parlement aveques aucuns Alemans, députés de par le comte de Glick : et vint le temps que l'emprise fut preste d'exécuter : et fut espieda plus-noire nuict de Tannée : et furent ordonnés environ trois cens combatans, pour acompaigner les eschelleurs.
Aveques lesdicts estoyent en chef le signeur de Saveuses, Guillaume de Crevant, Robert de* Miramont, Jacob de Veniéres et autres : et firent leurs aproches par quarante à chacune fois : et eschélereut le fossé, d'eschelles de bois, qui demeurèrent atachees : et puis feirent leur eschellement. Le premier, qui monta, fut Johannes l'eschelleur, puis Robert de Persat, et, le tiers, Jacob de Veniéres, et ainsi par ordre, jusques à dix, comme il estoit ordonné : et estoit au pié de l'eschelle le signeur de Saveuses : qui Jes conduisoit et mettoit enoi*dre. Là monta Robert de Miramont, Guillaume de Crevant, messire Gauvin Quieret , et plusieurs autres Rourgongnons, et Picards, et cinq ou six des archers du duc ; lesquels avoyent en garde une grosse tenaille (que l'on nomme un groin de chien) pour rompre les gons, les vérroux, et serrures de toutes portes « et, si tost que les premiers furent descendus de la muraille, ils occirent le guet, avant qu'il eust loisir de crier, ne de faire effray : et puis prestement les archers coururent à la poterne, et du groin de chien, par aspreté et par puissance, rompirent les gons, et les verroux de la poterne, et tantost entra le signeur de Saveuses, et les autres, avec cent ou six vingts archers de Picardie, et cinquante lances deRourgongne, de la compalgnie du bastarcf : et à la file venoyent les compaignies : et le ciy commença par les eschelleurs : qui crioyent Nostre Dame, vUegaignee, Bourgongne^ Bourgongne, chacun qui mieux : et les Luxembourgeois, surpris et espouventés, s'enfuirent nus et dechaux, hommes et femmes, contre le marché, en la basse vile, à l'opposite dont venoit l'effray : et le comte de Click et ses Alemans, Zassons, se retraSre&t au chastel ( qui est une moult belle, moult bonne, et forte place), et les Rourgongnons (quitousjoursrenforçoyent) marchoycnt, criant et faisant grand cry, et grand bu : et marchoyent les archers de Picardie, l'arc au poing, et' la flèche preste, télement que nul ne les osoit atendre : et, quand vint à l'entrée du marché, à une vieille tour qui fait porte, ils
trouvèrent un peu de résistance, de pierres et de cailloux : mais incontinent marchèrent les Rourgongnons au marché : et advint que le pr^ vost de la vile, et l'un des pires contre la duchesse douagere, quand il ouït l'effray, saillit en son pourpoint, un espieu en sa main : et vint baudement rencontrer un chevalier de Picardie, nommé messire Gauvain Quieret, signeur de Drueul, moult vaillant chevalier, et qui estoit des premiers sur le marché. Le Luxembourgeois enferra ledict messire Gauvain, au bras seoestre : et luy percea le bras : et le tint longuement enferré contre une muraille : mais il fat secouru, et l'homme tué: etdemouramortledict prevost sur le marché, et entraîné par une tniye, qui le dévora : et ne vey homme mort, que luy : et disoit on que c'estoit celluy, qui plus estoit cause de la rébellion faicte contre ladicte duchesse : et tenoit on sa mort pour punition divine.
Le comte d'Estampes, le bastard de BoorgoDgne, messire Robert de Saveuses, Charles de Rochefort , messire Tibaut , bastard de Neofchastel , Guillaume de Sainct-SeDgne,ettous les autres capitaines vindrent, aux grandes enseignes dépleyees, faisant grand cry et grande noyse : et les varlets , et les pages, qui amenoyent les chevaux des eschelleurs et des gensd'armes , à pié , et crioyent et huyoyent,quil sembloit que tout le monde fust arrivé^pour confondre et destruire icellè vile. Ces choses espouventoyent les Luxembourgeois : et senfuyoyent qui mieux , par la porte de la \\\t d'embas , qui tire à Tionvile : et ainsi seo fuyoyent hommes, femmes, et enfans: etlesc^ pitaines et enseignes entroyent à cheval, par les portes, qui furent rompues et ouvertes de toutes pars : et le comte de Glick, et ses Alemans, s'estoyent retraits au chastel, comme did est : et après eux boutèrent le feu es prochaines maisons , devant leur porte : et ce feu bnili toute la rue , jusques à une église de Noslre- Dame, qui est sur le marché : et brûlèrent mesmes leurs chevaux, et leurs biens : et se préffr rérent de deffendre : et mesmes derrière le chastel boutèrent le feu en une abaie de moines noirs, et en brûlèrent une grande partie, afia de non estre aproches : et ftiisoyent comme gensde-guerre devoyent faire.
Prestement que les eschelleurs forent entres, on envoya messages au duc de Bourgongne (qui estoit en la vile d'Arlon, à cinq lieues loins de Luxembourg), et depuis qu'ils se trouvèrent en la vile , autre message ; et ainsi , par ^^' sage sur autre , sceut le duc que Luxembourg estoit gaigné pour luy : et fut environ deux heu*
[RMOIfiES DOLIVIEB DB LA MA.RCHE.
res avant le jour. Si fut sonné pour mettre selles : et s*arma et prépara chacim : et le duc s^arma de toutes piécesi : et vint à la messe : et ouït ses messes : et dit ses heures, et son ordinaire, aussi froidement qu'il avoit acoustumé : et depuis, tout ouy et tout achevé, dit certaines grâces en son oratoire : qui durèrent assez longuement : et me souvient que nous , ses pages , estions à cheval, et ouyons les gens-d'armes, qui disoyent et murmuroyent que longuement faisoit le duc, et qu'une autre fois il pouvoit bien recouvrer à dire patenostres : et tellement que Jehan de Chaumergy (qui estoit premier escuyer d'escuirie) le dit au duc : qui luy respondit : « Si Dieu m'a donné la victoire , il la » me gardera : et peut autant foire à ma re- » queste (s'il luy plaist de m'estre misericors) > qu'il fera à l'aide de toute ma chevalerie. En >* la compaignie des conquereurs sont mes ne- •• veux et mon bastard, et si-bon nombre de mes » sugets et serviteurs, qu'à l'aide de Dieu il sous- » tiendront bien , josques à ma venue. » Ainsi parla le bon duc, et paracheva ses oraisons : et à la vérité, ce fut un prince constant , et qui ne se mouvoit de chose qui luy advint, et fut haut Jour, quand il monta à cheval : et prestement se mit aa compaignie aux champs, et tout homme en point : et chevaucha ces quatre ou cinq lieues,, en moins d'une heure et demie : et n'encontra nuls messages : par quoy il cuida que les entrepreneurs eussent seulement gaigné aucun fort, ou aucun quartier de la vile : et, sitost que l'on percent la vile et les clochers, le signeur de Temant assembla les jeunes gens, qui avoyent voulonté d'eux monstrer : dont estoit Jaques de Laiain ( qui bruloit au feu de chaleureux désir), Philippot Gopin, Meriadet , le bastard de Dompierre, et moult d'autres : lesquels coupèrent leurs pointes, ostérent leurs espérons, et vonloyent descendre à pié, et mesme le duc : et se tenoyent près de sa personne le signeur de Crouy, son premier chambellan, monsieur le bastard de Sainct-Pol , signeur de Haubourdin , un moult vaillant chevalier, et de grande conduite : et tous vouloyent descendre à pié, quand roessire Robert de Saveuses (qui estoit sur le portail) escria au duc, et lui dit : « Monsieur, en- » trez en vostre vile : car tout est vostre et en » Yostre commandement. » Aussi ne trouvèrent eu la vile nulle résistance.
Si sonnèrent les trompettes : et entra le duc en Luxembourg, sans autre détourbier : et vint au marché : où il faisoit. dangereux, pour les coulevrines, que tiroyent les Alemans du chastel : et trouva le duc le comte d'Estampes , le bastard de Bourgongne , et leurs enseignes en
moult belle ordonnance sur ledict marché : et a celle heure n'avoit on encores rien pillé en llidicte vile : mais avoyent gens-d'armes, archers, et valets, tenu ordre : tellement que chacun gardoit son enseigne. Le duc descendit devant l'église de Nostre-Dame : et feit ses oraisons : et se logea en une maison au plus-près : et prestement courut chacun au pillage : et furent trouvées les maisons pleines de femmes et d'enfans , et de biens : mais onques n'y fut touché par homme, ne mal faict.
Tantost fut advisé que le bastard de Bourgongne , le comte d'Estampes , et la meilleure partie de leurs gens , s'en iroyent loger en l'abale de Sainct-Estienne derrière le chastel, pour rompre la saillie du comte de Click, et des siens : et, pour rompre la visée du traict à poudre , et des'cranequins (qui tiroyent sur le marché, et blessoyent beaucoup de noz gens ) , l'on feit un haut taudis de tonneaux plains de terre et de pierres, et de hauts ais, qui transversoyent tout ledict marché : et , quant au faict du butin , il fîit crié que chacun ( de quelque estât qu'il fùst ) se tirast devers le signeur de Temant , et le signeur de Humières (qui furent ordonnés butiniers, et aveques eux Guillaume de Grevant, et autres), et que tous fissent serment de raporter, es mains d'iceux, tout le butin : fust or, argent , cuyvre, draps, pelleterie, et toute antre chose , qui peut tourner à profit. Guillaume de Crevant ftit butineur public : et vendoit Je butin sur un estai : et crioit une fois , trois fois : qui moult bien luy seoit. Si fut tellement celluy butin conduit et gouverné, que les compaignons en eurent le moins : et disoit-on que les butiniers y feirent largement leur pr<rfit. Car tout compté et rabatu, ledict butin fût délivré à sept florins et demy, pour paye : et tel porta aux butiniers la valeur de cinq cens florins, qui n'en eut que trois florins et demy, ou un quart. Sur ledict butin furent pris quinze cens florins , pour la rançon de Jehan de Rocheharon, et d'Estor du Soret, pris par Jaquemin de Beaumont , entre Yvis et Yilly.
Les ordonnances furent faictes des portes et des guets : et fut l'une des portes baillée à garder à Guillaume d'Auron, et aux compaignons qui avoyenttenu le chastel dudict Villy : pource qu'honnorablement et bien s'y gouvernèrent. Or advint, après que le siège eut duré environ trois semaines, que le comte de Click (qui ne voyoit à son faict nul expédient ou remède), par une noire nuict feit livrer une écarmouche , sur le oosté de l'abaie, où estoit le comte d'Estampes : et firent les Alemans une saillie assez baudement. Si fut la saillie bien soustenue par ceux qui faisoyent le guet: et à l'effray vint le signeur
MÉMOIBKS D*0L1VIBB DE LA UABGHE.
de Baveuses tout désarmé, ainsi qu*il se trouva : et estoit assez sa coustume d'ainsi faire ( car il ^toit chevalier asseuré et hardy ) , et advint qu'un cranequinier luy donna d'un vireton parmy Testomac : mais de tant luy fut Dieu en aide, que ledict signeur de Saveuses avoit une grosse chaîne d'or, massive, à son col , sur laquelle le vireton assena, au redouble de deux chaînons : et trouva si grande résistance, que le coup perdit sa force : mais toutesfois entra le vireton plus de deux doigts au corps dudict signeur de Saveu* ses : et, si n'eust esté ladicte chaîne, il eut esté mort et occis de celuy coup : qui eust esté dommage : car depuis il a bien servi : comme l'on trouvera cy-apres.
Durant ceste écarmouche, le comte de Glick (qui s'estoit pourveu , ainsi qu'il avoit délibéré) par cordes et par aide se dévala du chastel , et de la montaigne opposite du chemin de Tionviie : et passa la rivière, ainsi que Dieu luy fut en aide : et toute la nuict chemina par bois et par chemins, tellement qu'il vint audict Tionvile : où ses gens , et les habitans , le receurent à grande Joye. Le signeur de Saveuses fut secouru : et sa playe mise à poinct : et cessa l'écarmouche, quand ils sentirent que le comte estoit dévalé, et tiroit à la garde de Dieu : car ils es* peroyent de luy avoir secours, ou conseil : et se tenoyent et gou vemoy ent en gens-de-guerre, sans parlementer, ou monstrer cause d'ebahissement.
Un jour monsieur le bastard de Dampierre , un beau , sachant et plaisant chevalier , venoit de l'abaïe sur sa mule ( comme celuy à qui ne souvenoit de fortune, s'elle veilloit, ou s'elle dormoit ) , et s'en retournoit dedans la vile, pardessous le chastel, où se sauva ledict comte : et ainsi avint que les Alemans avoyent aftisté une coulevrine à chevalet , celle part, droit a un petit podt , près du moulin : et , au passer ce pont, le coup de la pierre ferit le chevalier en la teste, et cheut tout mort devant les pies de ladicte mule : et fut très grand donunage de luy. Le corps Ait emporté, et enterré escordcllers moult honnorai)lement : et l'enterrèrent et l'aoompaîgnérent tous les princes, et toute la noblesse de la court : «t fit le duc tàke son enterrement moult honnorablement
Assez tost , après que le comte de Clîck Ait arrivé àXionville, il assembla les Alemans et les habitans d'ioelle vile : et demande^ qu'il pourroit faire sçavoir à ceux qu^il avoit laissés au chastel de Luxembourg : car il sçavoit qu'ils estoyent petitement pourveus de vivres : et ne voyoit secours de nulle part. Si avisèrent ensemble, que par signe, ou autrement, ils les avertirovent d'eux rendre , au moins mal , et au
meilleur marché qu'ils pourroyent. Ce qnj fut faict : et pm-la, pour ceux du chastel, un Juif: qui demouroit dedans la vile , et s'estoH rendu aveques eux : lequel estoit homme prudent, et sage en sa loy : et feirent appointement aveques le duc de Bourgongne, ou ses commis, ([w les Alemans, Behaignons et Zassons, s'en iroyent, un batton en leur main, et que les Loxemboargeois demoureroyent à la voulonté do doc : et ainsi se rendit le chastel de Luxembourg, enriron trois semaines après la prise de la ?ile : et descendirent les Alemans en rabale.-oùlesatendoyeiTt le comte d'Estampes et le bastard de Bourgongne , fort acorapaignés : et forent mis en l'église : et , après leur avoir donné à boire et à manger , leur Ait baillé condoitte de gens* de-bien, pour les conduire seurementjusqoesa Tionvile, comment on leur avoit promis : et, tantost qu'ils Airent issus du chastel, Jehan de Ghaumergis, premier escuyer^^escniriedQdDc, porta les bannières du duc de Bourgongne sur les tours , et sur le portail : et fit sonner les trompettes ,: et le suyvions nous antres pages du duc , comme après oeluy qui esbrft nosire maistre , et qui avoit charge de nous : et pour nostre butin gaignasmes plusieurs chiens, biea maigres et bien affamés : et, à la vérité, ils n'a* voyent leans , pour tonte provision, que àm tonneaux de pain moisi, et gasté, et un petit saloir dé chair ^lee, et, de vin, cinq ou six tooneaux. Plusieurs chevaux avoyent : qui d*'* voyent nulles provisions : et vous asseurequlls avoyent mangé leurs rasteliers et leurs mangeoires, de force de faim : et là Je vey une pro>i' sion , pour chevaux , bien estrange , et non i croire : qui ne l'aurait veuë : car Je vey un gros monceau de rabotures, Urées au rabot, d'aisde sapin, ou d'autre bois, dont on donnoitàmW' ger auxdicts chevaux : et ne vivoyent d'antre chose : dont les plusieurs moururent, et peu en échapéreut : et , à la vérité, lesdicts Alemans se tindrent honnorablement en celle guerre : ftne firent rien contre leur honneur.
Ainsi Alt toute la duché de Luxembourg ««quise en moins de quatre rooys, réservée la vk de Timivile : qui se renforçoit, à cause de rbyver qui aprochoit : pouroe que ladicte vile (< assise en marests et en marescages. Ainsi danM* ra le duc en sa vile de Luxembourg : et fit après* ter le chasteau (qui est une moult belle et signesrieuse place), et là vint la dudiesse de Bourgongne, et la duchesse douagère de Luxemboorg: et là furent renouvelés les traittés, faicts entre ladicte duchesse de Luxembourg, sa belle4ante : H se nommoit le duc de Bourgongne mambonr et gouverneur de Luxembourg : et devers eux ^t-
MEMOIBES d'olIVIER UË LA UARCIIE.
Doyeiit Alemans de tous costés , et ambassades de Mets, de Tou, de Verdun, et de toutes les viles et cftés : et mesmes l'archevesque de Trêves, eliseur de TEmpereur, y vint : à qui le duc fit grand honneur : et reeueilloit Alemans , et autres nations, si-doucement,et si^humâinement, que tous se partoyent contens de luy : et fit que tout homme et toute femme, qui voudroyent revenir en leurs maisons, y seroyent seurs de leurs personnes , réservés ceux qui avoyent conspiré le reboutement de leur duchesse douagére, sa tante.
Si revindrent en petit temps moult de gens en ladicte vile : et fit deffendre, sur peine de la hart , que nul ne fist aucua déplaisir, ou dommage, aux Alemans : dont il advint que l'un des archers du duc , nommé le petit Escoçois, homme vaillant, bien-renommé, et fort -agréable et aimé du duc, par une malaventure se trouva en un grenier d'avoine, apartenant à messire Bernard , signeur de Boui^ set , un chevalier notable du paîs de Luxembourg : qui , avec le damoiseau de Souleuvre , avoit esté le premier , et le principal de ceux qui avoyent tenu le parti du duo , et de leur dame, et qui l'avoyent bouté au pa!s. Ledict archer, plein de vin , se bouta audict grenier, et voulut avoir de l'avoine , cuidant que ce fiist pillage et butin, comme les autres. Le chevalier eu fut adverti : et vint en son grenier, dépourveu de gens: et ne se sceurent entendre de langnage : et eroy que l'archer ne le congnut point : et, pour abréger, lui donna d'une hache par la teste , si grand coup , que l'on cuidolt qu'il fust mort. Le duc en estant adverti , fut fort ooal-content, et fit prendre l'ardier , et pour requeste de nul homme, ne mesmes de deux chevaliers ^ fils dudict signeur de Bourset (qui de par leur père requeroyent le pardon dudict archer), onques ne se voulut contenter, qu'il ne fost pendu et estranglé par main de bourreau , devant tout le monde : et la renommée croissolt du bon duc , parmy les Alemans , et faisoit grand'chére : et tint le duc, à Luxembourg, la Toossaincts , Noël , et les Roys : et pendant ce temps il meit ordre au paSs : et ordonna gouver- . tieur de la duché de Luxembourg , Comille, son fils bastard : et demoura son gouverneur, aveques luy, un nommé Guillaume , de Sainct-Saigne, un moult notable escuyer,et aussi Philler>ert de Vaudrey, Guillaume de Crevant, et grande foison de Bourgongnons : et si demoura aveques luy un escuyer françois^ nommé Anthoine de Sainct-Simon , moult beau fils et bonnt>ste : et depuis se rendit cordelier : comme l'on trouvera cy-apres.