‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 6 sur 157 · NOTICE SUB JEAN.\£ D ABC · texte numérisé non relu

NOTICE SUB JEAN.\£ D ABC

que-là aa procès : tous ces griefs élaienl autant de crimes qui , cPaprës la justice du temps , devaient filre punis par le feu ; le même promoteur jura de calomnie et déclara que sa poursuite seroU juste et sincère; l'évèque deB eau vais s*adressa ensuite à Jeanne, et lui dit que ses juges désiraient sur toutes choses la ramener h la voie de la vérité ; il Pinvila à choisir, parmi les assistants, des conseils capables de Taider dans sa défense ; Jeanne remercia le prélat el la compagnie de ce qu'on lui disoil pour son bien^ mais elle refusa les conseils qn*on voulait lui donner, ajoutant qn^elle n'avait pas envie de se séparer du conseil de Dieu , c'est-àdire qu'elle s'en tenait à ses voix, qui l'avaient dirigée jusque là.

Dans la séance du 28 mars, mercredi saint , Jeanne répondit aux trente articles qui avaient été lus la veille; Jean Cliastillon, un dés assesseurs, fut chargé d'admonester et de prêcher l'accusée; puis les débats s'engagèrent sur la soumission à l'église militante ; Jeanne croyait bien que l'église militante ne pouvait faillir; mais pour ses faits et dits , elle ne s'en rapportait qu'à Dieu ; on lut demanda si elle n'avait point de juge en terre , et si notre saint-père le pape n'était point son juge ; on lui dit en outre que si elle ne voulait croire l'église, et Vairi.ecelesiam sanctam catholicam , elle se déclarait par cela même ^^r^(ïçw, et courait le risque d'être brûlée. « Si je voyais le feu , répondit-elle , si je voyais le bûcher allumé devant moi et le bourreau prêt à me précipiter dans les flammes, je ne dirais pas autre chose, r.

Ici le procès-verbal se lait sur la discussion scandaleuse qui s'éleva dans l'assemblée; nous y suppléons par le récit des témoins entendus dans le procès de révision. Lorsqu'on pressait la Pucelle de se soumettre à r église militante ^ qui lut était définie très vaguement, et quelquefois même en latin, un des assesseurs prit pitié de son ignorance qui l'exposait aux plus grands périls, et lui donna les explications dont elle avait si grand besoin. 11 termina ces explications en recommandant à Jeanne de se soumettre au pape et au concile assemblé à Bàlc. « Qu'est-ce que le concile , répondit Jeanne. — C'est la réunion do l'église universelle, et dans cette réunion , il y a autant de docteurs du parti français que du parti anglais. — En ce cas, s'écria (-«Ile, je me soumets à notre saint-père le pape et au sacré concile, d Cette déclaration de Jeanne jeta une grande confusion dans l'assemblée ; l'évèque de Beauvais , dont tous les projets se trouvaient déconcertés , ne put dissimuler son dépit, et jetant un regard plein de colère sur celui qui venait de parler, il s'écria : Taisez-vous de par le diable; puis s'adressant au notaire qui rédigeait ce qui avait été dit , il lui défendit d'écrire le moindre mot de cette soumission au concile de Basic. Ce fut sans doute en cette occasion que Jeanne dit ces mots: Vous écrivez ce qui est contre moi , et vous passez ce qui fait pour

moi. Dans une séance tenue le samedi saint, trente-un mars, Jeanne répondit encore sur les trente articles présentés par le promoteur du procès. Pressée de nouveau de se soumettre à l'église militante , elle déclara qu'elle s'y soumettrait en tout points, hors pour ce qui était chose impossible. « Q'entendait«elle , lui demandait-on, par chose impossible? — De désavouer ses apparitions , et tout ce qu'elle avait fait pour It cause de Charles. » C'était là pourtant ce que demandaient les juges de Jeanne.

Maladie de Jeanne d'Arc, et séance du 18 avril. — Tandis qu'on s'occupait sans relâche de poursuivre le procès de Jeanne, elle tomba gravement malade ; aossitét le cardinal d'Angleterre et le comte de Warwick envoyèrent chercher Guillaume Des Jardins, Guillaume de La Chambre, et plusieurs autres médecins; le comte de Warwick leur annonça la maladie de Jeanne, et il ajouta que pour rien au monde, le roi ne voudroit que cette femme mourût de mort naturelle. Le roi, disait-il , l'a achetée assez cher; il ne veust pas qu'elle meure autrement que par justice et entend qu'elle soit brûlée. Après ce discours, il invita les médecins à prendre tous les soins pour sa guérison. Les médecins s*étant rendus dans la prison de Jeanne , lui trouvèrent la fièvre , et conclurent à la saigner; le comte de Warwick s'y opposa d'abord, disant qu'elle était rusée ^ et qu'elle pourrait laisser couler son sang jusqu'à se donner la mort. Cependant elle fût saignée et la fièvre cessa. Comme on craignait encore pour la santé de la malade, ou plulÀt de la victime, qu'on voulait guérir pour la brûler, un autre médecin, Jean Tiphaine, fut appelé, et ce fut le promoteur, Jean Destivel, le plus fougueux des ennemis de Jeanne, qui le conduisit dans la prison. Le nouveau médecin interrogea la Pucelle, et lui fit quelques questions sur le mal qu'elle souffrait; elle répondit que l'évèque de Beauvais lui avait envoyé une carpe et qu'elle avait vomi après en avoir mangé. Là-dessus, Destîvet se mit en colère et loi dit : Tu mens , paillarde! tu as mangé des harengs et des choses à toi contraires. Elle répondit que non ; la discussion devint très vive de part et d'autre , et la Pucelle reprit la fièvre. Cet incident étrange, qui jette une si affreuse lumière sur la malheureuse situation de Jeanne et sur le procès qu'on lui faisait subir, est attestée par plusieurs témoins entendus au procès de révision.

Jeanne était encore malade, lorsque l'évèque de Beauvais et quelques-uns de ses assesseurs vinrent tenir une de leurs séances judiciaires auprès de son lit de douleur. On lui proposa d'abord de choisir des conseils parmi les plus habiles et les plus sages docteurs; on lui rappela que le procès commencé la mettait en grand danger de sa personne, a 11 me semble, répondit-elle, que vu la maladie que j'ai, je suis en grand péril de mort ; et si ainsi est que Dieu veuilU faire son plaisir de mot, je voudrois avoir confession, rece-

SIR. NOMMER LA PL CELLE b OK LEVAS.

voir noue sauveur ei être en (erre sainie. — Si vous voulez avoir les sncrenieuts de Téglise , lui dit révè(|ue de Beauvais, il faut que vous fassiez comme les bons caLholiques, el que vous vous soumcflicz à iégiise. » ËHc répond qu'elle ne saurait dire autre chose que ce qu'elle a dil. Ou revieul plusieurs fois à la même question; toujours la même ré|)oase. Quefques uns des docteurs préseuls lui eiteot plusieurs exemples de I Ëcrilure , pour rengager à faire ce qu'on loi demaude; les docteurs lui répètent que si elle n obéit , elle sera traitée comme une Sarrazine, L'évèque de Beauvais paraît s'attendrir, et prenant le langage de la compassion, lui dit que si elle le vent, on ordonnera une belle el nolable procession , pour la réduire à bon élat. Elle se coiilente de lui répondre qu'elle voudroii bien qtie les bons ealholiques priassent pour elle.

Séance du 2 mat. — Le lundi 2 mai, on s'occupa , dans une réunion cticz Tévèque de Beauvais, des moyens d'arriver au terme du procès. On examina tout ce qui avait été fait , et il fut décidé qu'il serait rédigé un acte d'accusation en douze articles; ces douze articles devaient être un résumé succinct de toutes les réponses de Jeanne dans les interrogaloires qu'elle avait subis depuis le commencement do procès; un des assesseurs, qui avait montré le plus d'ardeur à poursuivre la Pucelle^ fut chargé de cette rédaction (1). Les réponses de Jeanne ne devaient point être rapportées textuellement; on devait eu rendre seulement le sens &après des eonjeelures vraisemblables. Cette pièce importante du procès fut rédigée en secret , un petit nombre d'assesseurs en eurent connaissance ; elle ne fut point communiquée à Jeanne; elle était faite pour être envoyée aux plus habiles docteurs eu théologie, et sartoot à l'Université de Paris qu'on voulait consulter sur les questions de doctrine contenues au procès.

Cet acte d'accusation , comme on le verra plus tard , fut tout entier rédigé dans un vérilablc esprit de haine ; toutes les réponses de Jeanne y étaient présentées comme autant de motifs de condamnation. 11 était difficile, après la lecture des douze articles , de ne pas regarder l'accusée comme convaincue d'hérésie , de magie, de rébellion à l'église , d'idolâtrie, de superstition , de mensonge , de trahison et même d'attentat contre rhumanité. Le premier des douze articles commençait par ces mots : Une certaine femme dil el affirme, qu* étant âgée de 13 ans ou environ , elle a vu de ses yeux corporels saint Michel qui venait la consoler, etc. etc. On avait supprimé dans cette pièce le nom de raccusée; selon l'usage suivi par rinquisittoo lorsqa*on demandait l'avis des consulteurs do saint-office. Une remarque curieuse , c'est que cet usage de supprimer les noms des accusés sur le

(I) Cei douze aiticles se trouveront parmi les pièces imprinécsdans notre Indication analytique des documents.

sort desquels on devait prononcer, a beaucoup de rapports avec ce qui se fait en Turquie. Dans une affaire criminelle, ou pose les questions d'une manière générale et sans désignation de personne; ces questions sont soumises aux muphtis ou docleurs de la loi qu? donnent leur avis , et cet avis ou fetwa est très souvent adopté par le juge.

Cet acte d'accusation aurait dû inspirer qoeU que défiance à la plupart des docteurs auxquels il fut adressé; mais ceux-ci prirent trop facilement les précautions de l'iniquité pour les soins d'un zèle inquiet et prudent, pour une scrupuleuse envie de découvrir la vérité , et de faire triompher la justice. Comment , en effet , soupçonner le dol el la fraude dans une affaire où toutes les lumières comme toutes les consciences semblaient être consultées. La plupart des prélats et des docteurs de la Normandie dont on demandait ravis , ne tardèrent pas à envoyer des réponses ou des opinions qui , à l'exception de celle de révèque d'Avranches, étaient toutes plus ou moins défavorables à l'accusée; cependant le chapitre de Rouen paraissait hésiter, il n'osait prendre une détermination avant de connattre celle de l'Université de Paris. Il fallut vaincre cette hésitation, qui pouvait avoir des suites, et faire à la fin ouvrir les yeux sur les moyens qu'on avait pris; on résolut pour cela de faire une nouvelle mont/ton à Jeanne eu présence de plusieurs membres du chapitre de Rouen , et de rappeler dans cette monition les principaux chefs d'accusation tels que les présentaient les doaze articles; on comptait beaucoup sur l'obstination de Jeanne à ne pas répondre explicitement sur le point de la soumission à l'église , el sans doute qu'on ne négligea poiut en cette occasion d'employer le perfide ministère de Loyseleor. La séance se tint dans la grande salie du cliâteau : Jeanne y fut amenée ; l'évèque de Beauvais l'exhorta à écouter avec docilité 'les conseils de Jean Cbastillon , uu des assesseurs , qui avait beaucoup de choses à lui dire pour le salut de Pâme el du corps. Jean Cbastillon lui adressa en effet un long discours où il lui reprocha son obstination à porter l'habit d'homme et son refus de se soumettre à l'autorilc de l'église; il passa en revue toutes les fautes, toutes les erreurs dont elle était accusée, telles que sa persistance opiniâtre dans la folie de ses apparitions^ l'espèce de culte qu'elle avait souvent rendu à des choses insolites , la complaisance avec laquelle elle avait reçu des hommages idolâtres, sa confiance téméraire dans la clémence de Dieu, et la présomption vaine de ses prophéties. Le même Jean Cbastillon dit, en finissant son discours , que l'église catholique no pouvait juger personne injustement, et qu'il fallait se soumettre à ses jugements, sous peine d'être déclaré schtsmatique.

Dans tout ce qu'on disait à Jeanne, pour l'engager à se soumettre au jugement de l'église , on lui faisait entendre implicitement qu'elle devait d'abord désavouer la mission qu'elle croyait avoir

KOTICK Sim JRWNE DAKC,

reçae de Diéa; il fallait qu'elle désavouai sa gloire , sa pairie, sod roi , sa vie tout entière; il fallait qu'elle rejetât loin d'elle , en se déclarant coupable d'odieux mensonges, la reconnaissance que les peuples lui avaient témoignée, et jusqu'à cette compassion que la haine des partis ne refuse pas toujours à des malheurs noblement soufferts. Aussi Jeanne montra-t-elle en celle séance plus d'opiniâtreté que dans toutes celles qui avaient précédé. Lorsque , après la monilion , elle fut interrogée de nouveau, on s'arrêta surtout à deux ou trois points principaux oi!i ses réponses n'étaient que trop faciles à prévoir. Soit qu'elle eût plus de défiance qu'à l'ordinaire , soit que le désespoir eût troublé son esprit , elle répondit quelquefois avec une fierté mêlée d*amertume; le plus souvent elle garda le silence ou se contenta de renvoyer à ce qu'elle avait dit. Pour l'habit d'homme , si souvent reproché , elle était bien décidée à ne pas le quitter avant que sa mission fût entièrement remplie ; quant aux révélations, Hnlerrogatoire se réduisit à quelques paroles, a Blés révélations viennent de Dieu , j'en appelle à son jugement. — Pour le signe donné au roi, vous en rapportez- vous à l'évèque de Reims, à des témoins comme Charles de Bourbon , La Trémonille et La Hire ? — Donnez-moi un messager , et je leur écrirai sur ce procès. — Si on vous envoie deux, trois ou quatre clercs de votre parti , voulez-vous vous en rapporter à eux ? — Qu*on les fasse venir et puis je répondrai. » lorsqu'on passa à la question de la soumission à réglise, la jeune captive montra la même répugnance à répondre , et quelquefois la même humeur, a Si vous refusez de croire Téglise catholique , et rarticfe unam eccie»iam sanciam , vous serez arte (brûlée.) » Elle répéta ce qu'elle avait plusieurs fois dit , que la vue du bûcher ne la ferait pas changer. «Voulez-vous vous sonmetire à notre saint - père le pape ? — Conduisez-moi devant lui et je lui répondrai. — Vous en rapportez-vous à l'église de Poitiers où vous avez été examinée? — Croyez-vous me prendre de celte manière et par là m'attirer à voua ? » Plusieurs docteurs lui firent observer qu'elle se mettait en grand péril, et qu'elle •devait redouter à la fois le feu éternel qui dévorait les âmes , et le feu de ce monde qui dévorait les corps. » Vous ne ferez point ce que vous dites contre moi, leur répondit- elle, ÇM't'/ $ie voui en pregne mal el au corps et à Vàme. p Telle fut cette séance, tenue dans l'intention d'amener le chapitre de Rouen à donner son avis dans le procès de Jeanne. Les espérances de «eux qui conduisaient ce procès ne furent que trop remplies ; Jeanne ne voulait point se sou- «uettre à l'église , dans le sens que ses juges attachaient à ce mot ; mais les assistants , faute d'explication de part el d'autre^ devaient penser que le refus de l'accusàe regardait la véritable église militante. Aussi le chapitre de Rouen, non «eulemeut n'hésita plus à se prononcer sur Jes

douze chefs d'accusation qui lui avaient été soumis, mais il ajouta que l'obstination de Jeanne devait la faire regarder comme héréliqtie.

Séance du 9 mat à la prison de Jeanne, — Toutes les questions du procès devaient être résolueii par celle de la soumission à l'Eglise. Si Jeanne refusait ouvertement de se soumettre, la condamnation allait toute seule. Si elle se soumettait et si l'autorité de l'église militante, ou plutôt celle des juges, n'était plus contestée, on pouvait l'invoquer et la faire intervenir, pour condamner dans la vie de Jeanne tout ce qu'on voudrait y trouver de condamnable. Pour arriver là, il s'agissait d'obtenir d'elle une déclaration plus formelle, plus explicite que celle qui pouvait résulter jusque-là de ses réponses. Toutes les sublililé^ scolastiqoes , toutes les habiletés judiciaires avaient été vainement employées; vainement on parlait sans cesse à Jeanne des supplices de ce monde et des tourments d'une autre vie ; on n'avait pu lut faire dire ce qu'on voulait qu'elle dit. On résolut donc de la soumettre à un autre genre d'épreuves.

Le 9 mai , Tévêque de Beauvais et quelque^ assesseurs se présentèrent dans la prison de Jeanne, et cette fois les bourreaux vinrent avec les juges ; l'interrogatoire fut commencé, et dès le début, on déploya l'appareil de la torture; l«i jeune captive protesta d'avance contre des aveux qu'on pourrait obtenir de la sorte. On la pressa vivement de se soumettre à l'église militante; cl pour lui arracher la déclaration qu'on voulait avoir, on fit signe aux bourreaux de se mettre à l'œuvre ; nous en jugeons du moins par oetl** réponse qui se trouve au procès-verbal : Quand même vous me devriez distraire les membres el faire partir l'Ame du corps, ne vous en diraije autre chose. Dans une pareille extrémité la jeune vierge n'avait guère à opfioser à ceux qui la persécutaient de la sorte , que ses protecteurs, que ses amis du paradis; elle dit à ses juges que l'ange Gabriel , le 7 mai , jour de la Sainte-Croix, était venu la visiter dans sa prison , comme messager de Dieu; l'archange Michel et les deux saintes, se&patrones, étaient venus aussi la réconforter ; comme elle leur avait demandé si elle mrait brûlée^ on lui avait répondu que Dieu VaideraiL H parait que ses juges voulurent lui êter jusqu'à ces tristes consolations , et cherchèrent à lui faireconfesserqu'elle était sous l'empire de l'en nemi des hommes, a Le démon, leur répondit-elle, n'a jamais eu de puissance sur mon esprit ni sur mes pensées , et Dieu a toujours été le mattre de toutes mes actions. »

Voilà tout ce que nous trouvons dans le compte rendu d'une séance judiciaire où de graves docteurs appelaient la crainte des supplices an secours de leurs arguments et voulaient faire de la torture un moyen de conviction, f^ pauvre Jeanne ne se laissa point intimider, et si ùoui en croyons un témoin entendu an procès de révision , elle répondit avec tant de prudence que les mssisleuHM

SUBNOMUBK LA PUGËLLB 1> ORLEANS.

M'en émerveiiièrenl; ceUe fermelé d'une jeane fille, qo'on appelai! endureittement d'egprit , ûi recaler ce jour-là les bourreaux et les juges. Le sorleDdemain, 11 mai, plusieurs conseils et assesseurs furenC convoqués , et leur fut demandé m*U étoil expédient de faire subir la question à ladite Jeanne. Les uns répondirent qu'il fallait éviter la violence, pour que le procès ne fût pas calomnié ; d'antres qu'on devait ajourner la torture; d'autres enGn que tout moyen violent était inutile et que la matière était assez claire sans cela; il n'y eut que deux assesseurs qui furent d'avis de la torture, dans la pensée qu'on forcerait Jeanne de se soumettre à l'église, et que cette dure épreuve serait pour elle comme une salutaire médecine de l'âme. Les assistants, au nombre de treize, finirent par décider que la question ne serait point donnée à l'accusée, et qu'on se conteolerall de l'interroger et de l'admonester comme on l'avait fait jusque-là.

Une raison qui ne fut point dite et qui était peut-éire celle qui détermina les juges , c'est la crainte que Jeanne ne succombât à l'épreuve de la torture , et qu'elle ne fut point brûlée comme le voulaient les Anglais.

Séance du 23 mat. — Nous avons vu plus Iiaut que les douze articles contenant les griefs du procès avaient été soumis à l'Université de Paris. Deux députés, choisis parmi les assesseurs, furent chargés de porter eux-mêmes cet acte d'accusation, et de l'accompagner de tous les eomraenlaîres dont on aurait besoin. Afln qu'on eût toute confiance en eux, et qu'on sût en quel nom et dans quel intérêt se poursuivait le procès, les députés étaient porteurs de le! ires du monarque anglais qui les recommandait comme ses plénipoteotiaires. L'Université n'avait alors dans son seio ni le vertueux Gerson, ni aucun des docteurs qui avaient montré quelque fidélilé à la cause et au parti de Charles ; tous les docteurs qui étaient restés à Paris suivaient aveuglément le parti de l'usurpation anglaise ; leurs démarches , comme on a pu le voir, avaient fait commencer le procès de la Pucelle; avec quelle joie oe devaient-ils pas saisir l'occasion de mettre la main à celte œuvre d'iniquité t Plus l'accnsalion était remplie de mensonges, plus elle leur parut pleine de vérité ; plus les calomnies étaient lofâmes, plus ils se montrèrent faciles à y croire. Chaque article motivait â leurs yeux une condamnation sévère, et leurs avis furent rédigés dans les termes les plus véhéments. Les denx députés, envoyés du roi d'Angleterre, revinrent à Rouen avec la sentence doctrinale des facultés de droit et de théologie. L'Université de Parts écrivait en même temps à l'évèque de Beauvais, le félicitant de ses travaux dans le procès de Jeanne; elle demandait en outre que irès-diligemment cette matière fût par justice menée brièvement; car en vérité, ajoutait-elle, la longueur et dilation est périlleuse pour le peuple, qui sur cette femme a été moult scandalisé.

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