CHAPITRE XXV
Comment le duc de Bourgongne défit ceux , qui fuyoyent du siège d'Audenarde, vers Gand : et comment plusieurs rencontres et écarmouches se firent entre les Bourgongnons et les Gandois, durant cette guerre.
Vérité ftit que celuy Jour, et sl-tost que le comte d'Estampes fût en Audenarde , et qu'il eut les Gandois mis en fuite, il envoya, à toute diligence, son héraut, nommé Dourdam, au lieu de Grammont, pour porter les nouvelles du siège levé : et fit le héraut si-grande diligence, qu'il vint de haute heure devers le duc : et si y a, d'Audenarde à Grammont, cinq lieues. Et, quand le duc fût averti du siège levé, il fit sonner ses trompettes, pour estre chacun à cheval
(1) HuiiéM : cat'béf.
à toute diligeiice : et se mirent les rootes anx champs, et au chemin, chacun qui mieux mieu, pour tirer à la porte de Gand, et du oosté où les fugitifs Gandois du siège devoyent rentrer en leur vile. Le comte de Sainct-Pol, et mesare Jehan de Grouy avoyent l'avantgarde : et se partirent les premiers : et, pource que parbonoe avanture Je fus des premiers armés de llxKtel du comte de Gharolois (à qui Je fii ser?itear],il m'envoya devant, pour sçavoir des nooirelles de ce, qui pouvoit advenir par celle chevandiee. Si m'acompaignay d'un ancien escoyer boorgongnon, nommé Philippe d'Arlay (qai beaucoup avoit veu de la guerre), et chcvaochasow si-diligemment parmy l'avantgarde, qaé vm passasmes plusieurs enseignes^ cornettes, et guidons, et ratteindismes le premier guidon : qui estoit audict messire Jehan de Grouy : qui estoit accompaigné d'environ cinq cens archers, et vingt honmies-d'armes : où Je recoogno messire Jehan de Rubempré : qui moult fort fkvauchoit celle route : pource qu'ils avoyent nwvellesqu'à un moulin à vent, à l'entrée des miladeries de Gand, aucuns Gandois se rassembloyent. Ce qui estoit vray : et certes, quand la compaignie y aborda, ilis estoyent Ja rassemblé plus de huict cens hommes-de-pié, à noceoselgne de Nostre-Damc, et disolt on que cestoit le mestier des tisserans.
Archers mirent incontinent pié à terre, de l'autre part du grand chemin : et, selon qn"* abordoyent , ils se mettoyent en bataille : «* certes je regarday bien à loisir la contenance desdicts Gandois : mais ils estoyent si effrayés et si-dèreiglés, que peu se mirent eq ordonnance pour combattre, mais par monceaux : et, si-U»* que les archers se trouvèrent deux cens à terrt. ils crièrent, Nostre Dame^ Eourgongntj^ coururent sus aux Gandois mouH-fiéremart* et les Gandois, pour toute deffense, s'enftû^^ par la maladerie , et par le fauxbonrg , «"^ Gand : et bien le pouvoyent faire. Car ils f^^ assaillis sur costière : parquoy ils SToyent k chemin de la vile à leur commandement. u« hommes^'armes commencèrent à appnx^.^ les gens-d'armes à cheval : et dura la chaee « la tuerie des Gandois, Jusques aux portes de » vile : et plusieurs ftirent dedans les demie»» barrières , et par-dedans les maisons du faubourg de la maladerie. Plusieurs Gandois estoyent musses (1) sous les licts et es djarobr«' planchers et celliers, chacun qui micnx mictf. pour garantir sa vie : mais les archers et gensde-pié cherchoyent (2) les maisons, et les !»*•
(2} Ckerchoy9nt : fouilloicnU
MBMOlBfiS d'oLIVIBB OB LA MARCHE.
noyent et ocQioyent sans mercy et sans rançon : et n'est pas à douter que la vile de Gand ne fust en grand effroy de ceste chose. Si sonnèrent lenr belfroy, et eourorent à la porte, à moultgrand nombre de gens : et le duc de Boui^ongne, le comte de Gharolois son fils^ et toute la bataille, se mirent en ordonnance, au moulin à vent dessusdict, en attendant ceux, qui chaçoyent les ennemis : et estoyent ja basse vespre, et bien tard, quand tous furent revenus et ras* semblés.
Si prit le duc conseil qu'il estoit de faire : et fat conseillé d'aller à Gavre, pour essayer si ceux de la place se voudroyent rendre au duc, pour rébalssement du siège levé : et fût toute naict^ quand le duc y arriva : et se logea chacun sans grand ordre pour celle nuict, les uns es maisons, les autres es jardins et es champs : et toute nuict tirèrent ceux du chastel sur noz gens, et par le vilage, de canons et de serpentines ( dont ils estoyent bien-pourveus) et ne voulurent n'ouyr, ne parlementer. Le lendemain, bien-matin, le duc fit sonner les selles, et fut envoyé messire Robert de Miraumont, et messire Pierre son frère, acompaignés de deux cens archers, le chemin de Gand, pour sçavoir si les Gandois estoyent point issus : et le duc s*en retourna le droit chemin de Sainct Andrian de Grammont : et là se logea et y demoura par aucuns jours. Sur la Un d'avril, le duc et le comte, son flls, se tirèrent à Audenarde : et, le premier jour de may, le comte d'Estampes, le signeur de Ravastain,ie bastard de Bourgongne, messire Anthoine le Bastai*d, le signeur de Haubourdin, et plusieurs autres captaines firent une course devant Gand : et vindrent assez matin devant la vile : et furent gaignés deux ou trois forts boulovarts sur eux.
Mais finalement les Gandois, à grosse puissance de gens et d'artillerie, gardèrent leurs prochains forts : et ne fut faict autre exploict pour celuy Jour : sinon qu'ils perdirent plusieurs vilains, pris et tués : et avint que, tandis que Ton ecarmouchoit devant la vile, aucuns des Gandois se retrairent en une maison, close de fossés, qui sied sur les marets : là où ils furent suy vis et assaillis par gens de toutes pièces, qui les poursuyvir,ent : et à celuy assaut messire Jehan ^ signeur de Miraumont , fût atteint d'un trait d'arbaleste à la gorge : dont il mourut : et f^t dommage : car il estoit un notable et vaillant chevalier. Assez tost après le duc se tira à Termonde : et ordonna ses garnisons, fortes et puissantes. Le eomte de Sainct-Pol et le signeur
(1) Litez Lokeren,
de Cimay furent envoyés à AUost. Le comte d'Estampes demoura à Audenarde : et le marescbai de Bourgongne fut ordonné à Courtray : et eut bien trois cens lances de Bourgongnons : et furent les che& le signeur de Ray, le signeur de Beauchamp, le signeur d'Espiry, et autres : et le duc, voyant la rivière de l'Ëscaud estre grande et {vofonde devant Termonde, et que là eonvenoit passer par bateaux, pour aler courre devant Gand, et pour aprocher ses ennemis d'iceluy costé, fit mander ouvriers de toutes pars, pour faire un pont sur tonneaux, à cordes et à planches : et, pour deffi^dre ledict pont, fit, outre l'eaue, faire un gros boulovart de bois et de terre : et là se logèrent le signeur de Ternant, et le signeur de Uumiéres, tous chevaliers de la Toison d'or, sachans et expérimentés en armes : et avoyent la charge et cond^ite , tant de l'ouvrage , comme de la garde d'iceluy costé.
Le jour de l'Ascension Nostre-Signeur , au poinct du jour, passèrent le pont le signeur de Launoy, le signeur de Humtéres, messire Jaques de Lalain, et messire Jehan, bastard de Renty, acompaignés de plusieurs Jeunes chevaliers et nobles hommes, qui desiroyent d'eux éprouver contre les ennemis : et tarèrent à un gros vilage, à trois petites lieues près de là, que l'on appelle Locres (1). Celuy jour conduisoit les archers ledict messire Jehan, l>astard de Renty : et avoit aveques luy la plus-part des archers du duc : dont il estoit capitaine. Si passa une grande eaue, qu'il faut passer à un pont de bois : et entra au vilage : et mit les Gandois en fuite : qui ne se doutôyent point de sa venue : et aucuns se retraîrent en l'église : et tantost passèrent les autres chevaliers et leurs routes. Si commencèrent les archers à fourrer et à piller le vilage, et les autres à assaillir ceux, qui estoyent retraits au clocher du monstiet : et deynourérent en tel desroy^ sans ordre et sans guet, près de deux heures : et tan^s les cloches des vHages Gandois sonnèrent l'effroy : et les Gandois, fugitifs, coururent es gros vilages : et se rassemblèrent plus de trois mille hommes : et vindrent marcher en deux compaignies, les uns droit au vilage, et les autres sur costière, à la couverte des haies, et des plessis (t) et tant firent qu'ils gaiguérent le pont, par où les gens du duc estoyent entrés audict vilage : où ils mirent le feu en leurs propres maisons : et, à l'avantage du vent, surprirent, brûlèrent, et ocdrent, plusieurs de noz gens, et ia pluspart mirent en desroy et en fuite : et, quand ils cuidèrent regal-
(2} Jardtnsclos.
4ÔG
MBIIOIRBS d'OLIVIBB DB LA MABCHB.
gner la rivière par le pont, ils trouvèrent les Gandois, qui leur couroyent sus à longues picques, et avec arbalestes : et enfondroyent chevaux, et tuoyent gens sans mercy ou répit : et les gens du évte repassèrent la rivére ( qui moult estoit grande et périlleuse } à nou (1) de cheval, et de piè, à moult-grand danger : et les chevaliers, qui la conduite avoyent , mirent moultgrand peine de rassembler et de ralier loirs gens.
Or, pource que bien-faict nedoitestre teu, ne celé en sa vérité, il faut bien à ce besoing, que je parle du bien-faict et de la vaillance, que fit ce jour le bon chevalier messire Jaques de Lalain. Il couroit, en sa personne, là où il voyoit la plus-grand'presse d'ennemis , et le plus grand besoing, pour ses gens secourir. Il combatoit Tespee au poing, comme un chevalier sans paeur et sans doute : et passa et repassa la rivière par plusieurs-fois : et sauva si-grand nombre de gens, de mort et de péril, que tous luy donnèrent l'honneur de la journée : et disoyent au retour tous les compaignons, en généralité, que la chevalerie de messire Jaques de Lalain les avoit préservés de mort. Cinq chevaux eut occis dessous luy celuy jour : et quand 11 cuida avoir tout achevé, et mis ses gens à sauveté devant luy, comme le bon pasteur fait ses brebis , il sceut que son frère, Philippe de Lalain, estoit enclos des ennemis. Si retourna : et fut suyvl d'aucuns : et à force d'armes recouvra son frère des ennemis : et qui medemanderoit qui furent ceux qui le suy virent, et dont il se loua fort de leur bonne compaignie pour oeluy jour, certes je le sçay par ledict messire Jaques : et Ait Gaspart de Dourtan, un escuyer bourgongnon (qui fit armes à luy en Bourgongne), Jehan Rasoir, escuyer de Hainaut, son serviteur ( qui fit armes aussi en Bourgongne contre Michau de Certaines : comme.il est escrit cy^dessus), et un fol -joyeux (qui estoit au comte de Charolois) nommé Andrieu de la Plume : et de ces trois se loua fort le chevalier pour celuy jour, sur tous autres.
Finalement se partit la journée, à foule et perte de noz gens : mais, toutesfois , perdirent les Gandois trop plus de gens, sans comparaison , que ne firent les nostres : et le duc de Bourgongne (qui bien sçavoit que ses gens avoyent eu à souffrir) , les attendit au boulovart, outre la rivière : et là fit aporter son souper : et soupèrent aveques luy les chevaliers, qui avoyent esté à la journée : et fit seoir messire Jaques de
(1) A la nage.
(2) Lisez Overmeire. L.
Lalain empres kiy, et au-dessus de luy : et dit qu'il vouloit tenir les anciennes bonnes coustiimes : qui estoyent que l'on devoit hoimorer le meilleur chevalier du jour.
- Le duc de Bourgongne, voyant que le pont qu'il avoit fait faire estoit fort assez pour passer grande armée, et que les tonneaux, les cordes, et les planches , levoyent et soustenoyent tel faii que l'on leur vouloit bailler , prit conseil défaire passer et courir plus-grande puissance : et, aanz tost après la journée devant-dicte , le sipeor de Crouy en eut la charge , et fut chef poar etluy jour : et meuoit et conduisoit Testeiidard du duc de Bourgongne , et le portoit pour celuy jour , Maillart de Fleschin , un escuyer de Picardie , escuyer d'escuyerie du due : et fat aeompaigné iceluy esteudard par Adolf , monsieDrde Cléves , neveu du duc , par Comille , bastanl de Bourgongne, par le signeur de Temant, par messire Jaques de Lalain , et rooult-d'autressigneurs : qui passèrent le pont par un mardy: et, pource qu'on fût averti que les Gandois estoyent à grand nombre en un vilage, mi-diemiii de Termonde et de Gand , nommé Hovermaire (2) , où ils gardoyent un haut et puissant boulovart, qu'ils avoyent fait pour garder H deffendre iceluy vilage de HQvennaire,inardNi la compaignie celle part : et le comte de Sainct- Pol, messire Jehan de Crouy , measirs iai|«ei de Luxembourg, et plusieurs autres, grandement et noblement aoompaignès, estant nuuMlés et avertis par le duc de Bourgongne, partiml de leur garnison d'Allost, et vindrent à Termonde, et passèrent le pont , en moult-bel ordre, suy vaut la première compaignie : et le sigoeor de Crouy, et sa route , tiroit tousjours avant: et furent ordonnés, par manière d'avantooureon, le signeur de Ternant : et messire Jaques de U lain , acompaignès de Michau de Changy, d'An* thoine de Lomay, et d'autres.
Si trouvèrent les Gandois sur leur boulovart ^ en grand nombre , et en grand appareil de dcffense : et me souvient que le signeur de Ternant , en sa personne , monstra les ennemis : et dit, «Beaux Signeurs, voilà les ennemis et r^ » belles de nostre prince. Or y perra (s) (tjfKf » d'huy qui bien le fera. » Et prestement forent pointes de soulies coupées : et hommes-d'anDCs et archers se mirent à piè , qui mieux mieux. U ftirent chevaliers nouveaux faits en grand nombre par le signeur* de Crouy . Adolf, monaieor de Cléves, Comille, bastard de Bourgongœ. Philippe de Crouy, fils du signeur de Cimav ,
(1) il paraUra.
USMOIBES 0*0LTV1BR DB LA MAB<:HB.
Véhande la Trimouille, signear de Dours, Guy de Brimear, signeur d'Hymbercourt , Philippe de Crévecueur, signeur des Cordes, Charles, fils du signeur de Ternant, Philippot de Jacourt, signeur de Yillamoui , et grand nombre d'autres , les noms desquels Je n'ay pu retenir ne sa* voir : et, selon que les chevaliers nouveaux estoyent faicts, ils marchoient contre ledict bouiovart : qui fût promptement assailli :.mais les Gandois , quand ils virent venir et aprocher enseignes et gens, les uns après les autres, et que Ton les assailloit si-baudement, ils se mirent à la fuite , et abandonnèrent les deffenses : et forent chacés pesle-mesie : et plusieurs y en eut d'ocm : mais ils avoyent grand avantage, tant pour ce qu'il faloit gaigner et monter ledict boulovart sur eux , comme pource qu'ils estoyent légèrement armés , et le chaud estoit grand , et le sablon pesant et chaud à marcher, et fort au desa* vantage de noz hommes-d'armes : et certes l'un des premiers hommes , que Je vey sur le boulovart , fot messire Jaques de Lalain. Messire Adolf de Cléves , et messire Comille , bastard de Botn^ngne, montèrent promptement sur ledict boulovart , sans attendre et sans marchander, et poursuy virent les ennemis moult-longuement , à pié : et me souvient que Guillaume de Sainct-Songne , un moult notable escuyer (qui goavemoit et avoit nourry ledict bastard de Boorgongne) courut audevant, et l'arresta: et lui dit : « Comment ? Monsieur, voulez vous, par par Yostre verdeur et Jeunesse, mettre ceste noblesse en danger, qui vous suit à piè , à pesantes armes, et par telle chaleur , qu'il faut les plusieurs porter et soustenir par les bras ? Vous devez estre le chastel et le fort , où tous les autres se doivent rassembler et fortifier : et l'on ne vous peut consuyr (1) neratteindre: et certes , si les ennemis retournoyent , et vous trouvoyent en tel travail et desroy, ceste vaillance vous seroit tournée à honte , par le dommage qu'à vostre cause pourroit avoir la compafgnie. »
Le bon chevalier ( qui moult oI>el8Soit à celuy qui l'avoit nourry) s'arresta :et se rassembla cfaacon à l'entour de luy : et tandis fot le boulovart rompu : et à cheval monta messire Jehan de Crouy (qui estoit venu en la seconde compaignîe), et passa son enseigne et sa compaignief: et chaceajusquesà Gand:et forent les chevaux ramenés à ceux , qui estoyent descendus à piè : et, tandis que ces choses se faisoyent, les Gandois , estans à Locres en grand nombre, sachans
(1) Suivre.
(2) Chasse aux oiseau I.
que leurs compaignons , estans à Hovermaire , avoyent à souffrir, se partirent bien trois mille hommes, et vindrent celle part : et cuidérent enclorre la oompaignie par derrière : pensans qu'encores durast Tassant au boulovart : et sibien avint que la compaignie , qui avoit assailli, estoit de^a à cheval : et le comte Louis de SainctpPol et sa compaignie (qui ne s'estoient bougés de la bataille , ne rompu leur ordre, pour chose qui fost avenue) fost assez-tost averti de la revenue des Gandois, tant par la poudre qui se levoit en leur chemin , comme par aucuns chevaucheurs , qui se perceurent d'eux. Si se mit chacun en devoir, et en ordre, pour recevoir iceux Gandois.
Fièrement marchèrent lesdicts Gandois : et reculèrent ce qu'ils trouvèrent de noz gens : et avoyent archers et ai*balestiers , qui tiroyent devant leur bataille. Si trouvèrent un grand fossé : où ils s'arrestèrent, se mirent en bataille, et attendirent les uns les autres : et nos gens aprochèrent, et entrèrent partie en un champ devant eux : et de costè forent envoyés environ cent archers : qui tirèrent tous à une fois sur costière : et commença le hu et le cry de toutes pars : et prestement se rompirent lesdicts Gandois, et se mirent en foitte: et certes il en mourut bien , à celle rencontre , quinze cens : et fot un droit enoysellement (2) , et un gibier pour les Jeunes et nouveaux chevaliers : dont plusieurs y en avoit, qui estoyent nouveaux gens-d'armes: et s'en retourna la compaignie à Termonde ,* celle nuit , menant grande proye de prisonniers, de bagues , et dé bestial , conquis sur les ennemb.
Le vingt-cinqième Jour de may, le comte d'Estampes , estant à Audemade, fort-acompaignè de la noblesse et puissance de Picardie, fit une emprise, pour aler gaigner sur les Gandois le vilage de Nève (3), en Flandres : que les Gandois et le peuple, leur aidant et bien-veuiilant, avoyent moult-fort fortifié : et y estoyent grand nombre de vilains assemblés. Si fit le comte ouvrir les portes devant le jour : et marcha l'enseigne de messire Anthoine, bastard de Bourgongne , la première : et vindrent bien-matin es barrières de Néve : et descendirent à piè aveques le^ archers, le signeur de Herln, Guyot Dnsie, Errard de Digoine, Sibvet Pellerin, et plusieurs autres Jeunes gens : qui tousjours queroyent à eux monstrer, où qu'ils se trouvassent: et fut l'escarmouche si-bien et si-hardiment entreprise et conduitte , qu'ils reboutèrent les
(3) Lisez Nevèle.
MBMOIBBS d'oLIVIEE DB LA MIRCHB.
ennemis : et entrèrent audict vilage à puissance d'armes : et s'enfuirent les Gandois à petite perte de leurs gens.
Si commencèrent archers et compaignons à piller et fourrer les maisons, pour butiner et pour gaigner : et se dereiglérent tellement, que les enseignes demourérent toutes seules, excepté d'aucuns gens-de-bien, à qui le dereigle et la piUerie déplaisoit moult : mais autre chose n'y pouvoyent faire : et tandis se rassemblèrent les Gandois fugitifs, aveques autres , qui leur venoyent au secours : et vîndrent par la porte, par où estoyent entrées les enseignes du comte d'Estampes : et, quand lis les veirent venir, aucuns, qui bien sçavoyent le dereigle des gens-d'armes parmy le vilage , fermèrent une barrière , qui estoit devant un pont , faict en haste , sur un grand fossé profond , qui clooit ledi^t vilage : mais incontinent y vindrent le signeur de Herin, et Jean de Chassa, dict le Benestru , et un grand tas déjeunes gens, pleins de feu et de courage : qui sans grand conseil , ouvrirent la barrière, et, sans attendre archers ou aide, marchèrent dehors , et coururent sus aux premiers ecarmoucheurs des Gandois , et les reculèrent jusques à l'ombre d'une grosse censé , où Gandois s'estoyent embuschès à grand nombre. Si saillirent sur iceux hommes-d'armes, et en occirent, et blecèrent : et reculèrent ceux , qui se peurent sauver, si-lourdement par le pont, qu'aucuns y furent noyés , et autres en grand danger.
Là fut tué Sîbvet Pellerin : qui moult-vaillamment s'estoit monstre celuy jour. Celuy Pellerin estoit un escuyer du Dauphinè : qui avoit esté nourri en la maison du duc de Bourgongne^ et son page aveques raoy , et mon compaignon : et estoit apparent ( s'il eust vescu ) d'estre fortrenommé de vaillance. Là fut occis le signeur de Herin , nommé messire Anthoine , un chevalier de Picardie, vaillant, et moult-bon corps, Jehannequin le Prévost, Chariot de Moroges, et autres : et là furent blecès, et en grand danger , Errard de Digoine , Guyot Dusie , Jehan de Chassa, et moult d'autres: lesquels furent plus-sauvès par l'aide de Dieu , que par autre cause : et de ce coup se boutèi*ent les Gandois dedans le vilage , et en regaignèrent et conquirent la moitié, avant que l'on y sceust remédier.
Le comte d'Estampes fît sonner à l'estendard, par ses trompettes : et ne pouvoit ses gens rassembler : et lit Philippot Bourgeois , un escuyer de Nivernois , qui portoit l'estendard du comte, moult-bon et asseuré devoir : et là se rassem-
(1) Blessés.
blèrept les enseignes de messire Anthoine, bistard de Bourgongne, de messieurs de HaolNMirdin , de Saveuse, d'Emeries, deRiibempré,de Miraumont, de Neufville, d'Aplainoourt, et autres : et marchèrent vaillamment icelles enseignes , sans attendre ou regarder qui les soyvoit. Si reprit chacun cueur, et hardemeot: et marchèrent archers et hommes-d'armes: et rebotttèrent et dèconflrent de-reehef les Gandois : et de celle recharge receurent les Giddois une moult-grande perte. Car aocoos, qui ne sçavoyent où se garantir, ne sauver, se retrairent, en grand nombre, sar une motte, close d'eaue et de marests : et furent telle* ment bersaillés (l) de traict , qu'ils se vindreot rendre , pour tout garant , es mains de leurs ennemis : et furent tous occis, sans mercy. Hoott fut le comte déplaisant des gensKle-biea,qQll avoit perdus celuy jour : et aussi furentles autres signeurs , qui les congnoisoyent : mais il les codvint passer et porter , par la fortune de la goem. Si fut trouvé par conseil , que Ton ne pourroit les corps emmener : et furent mis en one maison : et y fut bouté le feu : et par toat le viia^ de Néve : et se remit le comte au chemin, pour retourner à Audenarde : mais les vilains dupais avoyent les arbres abatus sur les chemins: et s'estoyent assemblés et armés : et tout le jour firent desroy et effroy , ou devant, ou derrière la compaignie : et bien le pouvoyent faire :ear tout le palis est tout fossilié (2) , à l'avantage des gens-de-pié, et au desavantage de ceux de cheval. Là fût tué un escuyer , maistre-d'hostel du comte, nonmié Janin Dinde, et moult-degetf et de chevaux navrés, et blecès : et ainsi se passa la journée.
Ainsi se faisoit la guerre entre le due et ks Gandois, ses rebelles : et y eut moult d'emprises, et de rencontres , faictes d'un costé et d'autre : et moult de gens pillés et tués par petites cmpaignies : dont ensemble se trouveroit gnnd nombre : et se tindrent assez près de la Hamctte et de Renais , par les bois et par les fortes hayesi aucuns Gandois : qui se nommoyent les corn* paignons de la verde teatè : lesquels firent moult de maux et de pillage , sur les gens du duc : et, pource que le païs du Was (qui sied entre le Lis et l'Escaud), et aussi le pais des Quatreinestlers, estoit le droit pais, et la droite source, et la fourmilière, où estoit, et dont naiisoit le plus-grand pouvoir de ceux de Gand, le duc se délibéra de passer FËscaud, pour entrer enic^ luy pais , à toute puissance.
Si fit au lieu de Terremonde son appareil et
(2) Rempli de fossés.
MRMOfBBS d'oLIVIBB DE LA MARCHE.
son mandement : et yini le dnc Jehan de Cléves, son neveu , moult bien aoompaigné de nobles hommes, et de crennequhiiers d'Alemalgne : et par un mardi, cinquième jour de juin, furent envoyés les mareschaux des logis , fourriers , et antres : et fut chef le signeur de Gontay , pour lors maistre-d'hostel de la duchesse de Bourgongne, nn moult-notable, vaillant, et diligent cfaevalier^ et lequel estoit lieutenant pour le mareachal de Bourgongne, et fu envoyé, aveqnes Iny pour le logis du comte de Cbarolols : et pour chacun signeur y avoit gentils-hommes envoyés, un , ou plusieurs, pour faire les logis. Celuy mardi nous passâmes Teaue , devant Riplemonde : et passasmes environ trois cens combatans : et trouvasmes un escuyer gascon : qui se nommoit Bertrandon , et estoit capitaine du diastel dudict Riplemonde. Celuy nous dit tout haut : « Beaux sigoeurs , la nuict aproche : et » vons estes près de voz ennemis : et suis asseuré » qu'à Themesie (1) a deux mille Gandois, qui » n'attendent que nouvelles de vostre descente : » et d'autre part, cy au plus^pres , en ce vilage » que pouvez veoir , a tfesgrosse puissance , » aprestee contre vous. Si pensez de vous clorre » et asseurer, pour vous deffendre, si besoing » en avez : car , pour chose qu'il avienne , je ■ n'ouvriray le chastel , que mon prince m'a » baillé en garde : si je n'ay autres nouvelles , » lettres , et enseignemens de luy . » Si se mirent les principaux ensemble. Là estoit messire François l'Arragonnois , pour iors maistre de l'artiliejie : qui avoit par bateaux amené dix ou douze serpentines, à légers chariots. Là estoit messire Jaques signeur de Harchies, le signeur deBabaudanges , et autres. Si parla , le premier, le signeur de ' Gontay : et dit : « Beaux signeurs., « combien que le vilage soit tout brûlé et va- » gue , il nous y convient choisir une place , et » la clore sur les ennemis , de ce que nous avons » d'artillerie, et faire un feu, et demourer en » armes tous ensemble ceste nuict. »
Ainsi fut faict, et la place prise devant l'église , et ordonnés et mis gens-de4>iens à pié, et à cheval pour escoutes : et les Gandois (qui estoyent à Vasselle (2), si-pres de nous, qu'à veûe de vilage ) firent grand guet de leur oosté, et ne firent pas avertis de nostre convive : et pour celle nuict ne fut rien empris les uns sur les autres. Le lendemain , au plus-matin , le cmnte de Sainct-Pol , et le signeur de Gimay ( qui conduisoyent l'avantgarde ) passèrent , en leurs personnes. Le signeur de Gontay et plusieurs autres leur alerent au-devant. Si demanda
(I) Tamifr.
le comte audict signeur de Gontay , où son logis estoit délivré : lequel luy respondit , et monstra que l'on avoit délivra son logis à l'entrée du vilage de Vasselle , en certaines maisons : mais il convenoit voisiner aveques les ennemis : qui estoyent en grand nombre audict Vasselle. Lors dit le comte de Sainct-Pol , que si près ne pouvoyent loger, sans débat. Si renvoya les charriéres , et les bateaux , où il estoit passé , et de ses gens , pour faire passer hastivement mille archers à pié ,^et trois cens lances , à deux chevaux pour hommes d'armes, pour le plus: et tandis alérent le comte et le signeur de Gimay ouir messe : et furent ceux, qu'ils avoyent ordonnés , tantost passés : car ils avoyent quatre grandes charriéres , et d'autres batteaux , à passer gens-de-pié. Si fut prestement sonné , et commandé, que chacun s'apprestast, pour combatre les ennemis : et marchèrent les enseignes, qui furent passées , et ces' archers à pié : qui moult desiroyent de grever leurs ennemis.
Quand les Gandois sentirent venir et veirent aprocher les conipaignies , ils se retralrent à garder un gros boulovart , qu'ils avoyent fait et élevé sur le grand chemin : mais peu y arestérent , que les archers ne le fissent desemparer : et en y eut plusieurs morts et pris , et les autres s'enfuirent : mais grande partie d'eux furent sipres-hastés et suyvis , qu'ils se retraïrent et eh une petite maison , close d'eaue , et autres en un monstier. £n ces deux lieux , et à une fois, furent Gandois assaillis : et dura l'assaut plus de trois heures : et le comte de Sainct-Pol ( qui tousjours doutoit la rencharge des Gandois) entretenoit les hommes-d'armes sous l'estendard , le mieux qu'il pouvoit : mais les jeunes gens estoyent fors à tenir en ordre : et se déroboyent, pour aller assaillir aveques les archers, et tellement que les enseignes demourérent (telle fois fut) petitement aoompaignees : et le comte dit par plusieurs fois : «Nous nous mettons en deu sordre contre la doctrine de la guerre : et (peut » estre) noz ennemis sont plus-près que nous » ne pensons. Ghacun se veut avancer : et cuide » bien faire : mais je dy qu'il aquiert assez bon» » neur , qui se garde de honte. »
Le signeur de Gimay mettoit grand'peine de recueillir ses gens : et avint que l'église et le chastel furent si fièrement assaillis , que les Gan^ dois demandèrent les capitaines , pour eux rendre : et allèrent celle part le comte, et le signeur de Gimay : et tandis les Gandois , qui se tenoyent à Themesie , et autres , s'assemblèrent environ trois mille : et avoyent plusieurs cha-
(2) Lisez BaersiêU. h-
MéuOIABS J)*0L1VIBB OB LA H4BCHB.
riots de petite artillerie , et légère, et abordèrent droit devant i'estendard des hommes-d'armes : et trouvèrent la eompaignie en petit ordre. Si se monstrérent les Gandois à une foule , moultfièrement : et s'arrestèrent, pour le creux d'un grand chemin., Là vey Je Guy deBentiiun (qui portoit I'estendard du comte de Sainct-Pol) marcher sur les ennemis, sans regarder qui le suy voit : et endura et soustint , sans démarcher, moult vaillamment : et tôt moult-longuement sans grand secours , ou aide. Toutesfois chacun recô'jrut à son enseigne : et revint le comte à son estendard : qui fut sui vy de ses gens : et d'autre part le signeur de Gimay ralia les archers : et vint, à la cou verre des hayes du vilage , donner sur costière de ses ennemis. Si fut marché sur eux baudement , d'un costè et d'autre : et combien que les Gandois eussent grand ordre et grand vouloir , toutesfois si se mirent ils prestement en roupture et déconfiture : et furent gaignès leurs chariots, et artillerie, dont ils avoyent assez amené aveques eux : et se continua la chace loing , et longuement.
Le duc de Bourgougne ( qui f^t de l'autre part de la rivière ) ouit le hu et la noise , qui se faisoit à l'ecarmouche, d'une part et d'autre. Si entendit que les premiers avoyent à besongner : et se bouta en une petite nacelle, luy et son fils le comte de Charolois, et son neveu le duc de Clèves, et messire Gornilie, bastard de Bourgongne : et passa l'eaue : et , selon que les gens-d'armes passoyent , ils les faisoient mettre en bataille , pour soustenir ce que besoing faisoit ; et toujours passoyent gens-d'armes , à force et à puissance : et chacea le comte de Sainct-PoI jusques à ce que le signeur de la Hauverdrie et auti-es luy certifièrent, qu'ils avoyent veu les Gandois entrer es barrières et fermetés de Gand : et certes les Gandoia perdirent, celuy Jour , bien deux mille hommes : et le bon duc recueillit les signeurs et les compaignons moult^Lgreablement : et , durant l'ecarmouche , passoyent leà gens-d'armes : comme dict est. Le comte d'Estampes (qui pour ce Jour faisoit l'arrièregarde ) fut averti qu'aucuns Gandois voulojent rompre une digue : par quoy l'eaue pouvoit nuire , et grever l'armée : comme l'on dlsoit. Si fit passer des archers en petit nombre : qui rompirent icelle emj^ise : et en tuèrent, et prirent : et ainsi se passa celle Journée : et dura le passage des gens-d'armes celuy Jour , et la plus-part du Jeudy : et estoit la eompaignie grosse et belle : car le duc de Clèves vint servir le duc, sou oncle , à quinze cens chevaux , gens moult-bien montés et armés à la façon et guise d'Alemaigne : et disoit on l'armée
du duc de Bourgongne, de huict à neof mille combatans , et non plus.
Le vendredy , au poinct du Jour , ftit faiete une alarme : et se tira chacun à son enseigne, armé et embattonné, comme il appartient : et fut ordonné que chacun serait à pié, excqitéi les chevaucheurs et découvreurs , au nombre de cent chevaux-legers , pour sçavoir des nooTelles et convive des ennemis. Si tira le doc, et ses enseignes , en une grande place , qui est entre Vasselle et Buplemonde, et sur la venue de ceux de Gand. Hervé deMeriadet portoit, celuy Jour , I'estendard du duc : et le oondoisoitle bastard de Bourgongne : qui moult bien le seavoit faire : et , combien que le comte Charles fust Jeune , et en sa première armée , toirtesfois il marchoit , ou l'espee , ou le batton an poing: et tenoit gens en ordre , et en bataille : et se faisoit douter et'obrïr : et monstroit bien que le cueur luy disoit et apprenoit qu'il estoit prince, né et élevé pour autres conduire, et gwftna. Fiére chose fut à voir telle assemblée, telle noblesse , et tel peuple : dont seulement la fierté de l'ordre , la resplendisseur des pompes et des armeures, la contenance des estendardsetdes enseignes, estoit suffisant pour ébahir et pour troubler le hardement et la folle emprise do plus-hardi peuple du monde : et demonrérent les batailles en ordre , Jusques il tat haute heure , que leschevaudieurs raportérentqneœn'estoit rien. Si se retrait chacun en son l<^:et certifie qu'avant qu'il fust midy, l'on eut deux on trois alarmes en l'ost , suivant l'un l'autre : et sailloyent les enseignes hors du logis, etiesgfos armés : à pié et à cheval : et , à ce que j'entodi depuis, ce fut par les chevauchears : qui Tarent saillir ceux de Gand et leur charroy , k mettans en ordre autour de leur vile, pour Tenir combatre leur signeur : dont messire IxHiisde Mamines fit le vray raport : comme vous orrei cy-apres. Celuy Jour, environ une heore après midy, le duc (qui fut averti que les Gandois à tout effort estoyent issus de Gand , poor tenir leur signeur assaillir et combatre) se mit aai champs , les archers à pié , et les autres à et val : et fut le champ pris entre Bnplemondeet Vasselle : et laissa le duc aprocher les GandoSf et venir Jusques au vilage, et le plu»4vaot qœ faire se peut.
Le comte de Sainct-Pol et messire Jehan de Grouy eurent la première éoarmouehe : (^ ^ duc de Bourgongne envoya le duc deClétes,6l sa eompaignie, tenir le visage , à la Tenue de Themesie : où l'on disoit que s'estwt asseoblf grand nombre de Gandois : et doutolt on qo'i^ ne vinssent à puissance de costé , on p«r der-
MBMOIIIBS d'OLITIBB DB LA MARCHE.
sr
riére : et à ceste eause fut mise la bataille du duc, par deux ou trois fols, à rechange de place. Là fit le bon duc chevaliers , de sa main, rinfant Jehan de Portugal , fils du duc de Goîmbres , Philippe Pot , signeur de la Roche , Gaillanme Raolin , signeur de Beauchamp, Guillaume de Sainct-Songne, Michan de Changy , ÂnthoiDe et Philippe , bastards du duc Anthoine deBrabant, et moult d'autres. Là vey Je messire Louis de Viévile , signeur de Sains , relever bannière : et le présenta le roy -d'armes de la Toison d'or : et ledict messire Louis tenoit, en une aoce, le pennon de ses plaines armes : et dit edict Toison : « Mon tresredouté et souverain signeur, voycy vostre humble suget , messire Louis de la Viévile , issu d'ancienne bannière , à vous sugette : et est la signeurie de leur ban* niére entre les mains de son aisné : et ne peut, ou doit, sans méprendre,, porter bannière, quant à la cause de Viévile , dont il est issu : mais il a par partage la signeurie de Sains, anciennement terre de bannière. Parquoy il TOUS supplie ( considérée la noblesse de sa nativité, et les services faicts par ses prédécesseurs ) qu'il vous plaise de le faire banneret , et le relever en bannière : et il vous présente son pennon armoyé , suffisamment acompaigné de vingt-cinq hommes-d'armes pour le moins , comme est , et doit estre , l'ancienne ooustume.» Le duc luy respondit que bien i^t il venu , et qne voulontiers le ferait. Si bailla le roy-d'armes un couteau au duc : et prit le pennon en ses naains : et le bon duc , sans oster le gantelet de la main senestre , feit un tour au tour de sa main , de la queue du pennon : et de l'autre main coupa ledict pennon : et demoura quarré : et, 1» bannière faicte, le roy-d'armes bailla la bannière audict messire Louis : et luy dit: «Noble chevalier, recevez l'hcmneur, qne » vous fait aujourd'huy vostre signeur et prince, » et soyez aujourd'huy bon chevalier : et con- » duisez vostre bannière à l'honneur de vostre » lignage. »
Ainsi (ùt le signeur de Sains relevé en bannière : et prestement se présenta messire Jaques , signeur de Harchies, en Hainaut : et porta son pennon , suffisamment acompaigné de gensd'armes , siens , et d'autres , qui l'acompaignoyent. Geluy messire Jaques requit à son son souverain signeur , conune comte de Hainaut , qu'il le ûst banneret en 1^ signeurie de Harchies: et , à la vérité, bien luy devoit estre acordè : car il estoit un tresvaillant chevalier de sa perscmne : et avoyent luy et les siens honnorablement servi eu toutes guerres. Si luy fut accordé : et fut faict banneret , celuy Jour , le si-
gneur de Harchies : et de ces deux bannières Je fay differ^ce : d'autant que l'un relève sa bannière , et l'autre entre en bannière : et tous deux sont nouveaux liannerets celuy Jour : comme dict est : et ay voulontiers ceste chose escrlte : afin que ceux , qui après viendront, sachent ce que J'ay apris et compris des cérémonies , appartenantes à noblesse, pour en cueillir le fruit , et laisser le mauvais.
Ainsi se firent chevaliers et bannières : et le comte de Charolois faisoit'Chevaliers,ensa première bataille : et aprenoit œuvre de prince à îàïtt. Là fit il chevalier Jehan de RossimI)os , signeur de formelles , son second chambellam , et Raudoin de Noyelles , son maistre-d'hostel y et moult d'autres : dont il ne me souvient. Le comte d'Estampes et messire Anthoine , bastard de Boui^ngne, tenoyent une moult grosse arriére-garde, ainsi que sur costière, pour Joindre^ et pour secourir si besoin faisoit : et , comme dict est , sur l'avantgarde cheut l'ècarmouche : et se trouvèrent les Gandois en moult-grand nombre.
Si commencèrent trompettes à sonner, artilleries à poudre de toutes pars à tirer , et archers À huer , à marcher , et à tirer de moult-grand courage : et s'avança messire Jaques de Luxembourg chevaleureusement , sur un coursier bon et puissant : mais le cheval fut abatu sous luy par les Gandois : et y eut de grandes armes faictes à le secourir , et recourre. Fièrement ftit la première pointe combatue : mais les Gandois ne peurent le traict , ne le faix des gens-d'armes porter 9 ne souffirir : et se mirent à la fuite et desroy : et se mirent les derniers et seconds à ftûr , de l'effroy des premiers. Advint que messire Gomille , bastard de Rourgongne , quand il veit les Gandois branler, se déroba de la bataille , où il estoit aveques le duc , son père : et fut suyvi des Jeunes gens de sa chambre , en petit nombre, comme Jaques Borsan , Pierre Chenu , Tierri de Charmes , Jehan de Longchamp , et de peu d'autres : «t vint passer le chevalier à un passage , où il rencontra les Gandois à grosse flotte : qui s'en fuyoyent ensemble, et serrés. Si ne regarda pas le noble chevalier quel nombre , et quelles gens : mais coucha sa lance, et les rompit, et en abatit plusieurs , de celle rencontre : et fût suyvi courageusement des nobles hommes dessusdicts. Mais ainsi avint que Fortune (qui a les yeux bandés , et qui ne cognoit , ne veut grand ne petit congnoistre : ains de sa perverse condition, et propriété irraisonnable , ressemble l'aigle , ou l'oyseau de proye qui se fiert parmi les coulombs , et ne quiert , ne demande, que des meilleurs , pour sa
MEUOIBBS DOLlVl£A DE LA MAfiCHE.
posture et proye) guida la pieque ou la lance aiguë d*un vilain , maudit et déloyal : et fut atteint le noble chevalier en la bouche , d*un coup en montant, tellement qu'il eut la teste persee ep-dessus : et luy cheut le sang et sa cervelle en la bouche : et prestement mourut.
De grandes armes firent les nobles hommes dessuiMicts, et grandes diligences : et moult y eut de Gandois piteusement occis, tant pour la déconfiture , que pour la vengeance d'icelle mort : et fût Tendemaln certifié , par gens à ce commis , que Ton avoit compté , sur le lieu , plus de trois mille hommes morts. L'honneur, la Journée , et la victoire , demoura au duc : mais il fit si grande perte , à la maison de Bourgongne , en la mort du bastard , que la vengence de cent mille vilains , morts à ceste cause , ne sauroyent la perte satisfaire. Grand deuil et grand regret fit le bon duc , à part de son bastard : que moult aymoit. Aussi fit le comte de Charolois , et messire Anthoine, bastard de Bourgongne, son frère : et de là en-avant ne ftit plus appelé ledict messire Anthoine par son nom , mais bastard de Bourgongne seulement. Ainsi se départit celle Journée : et le corps de messire Gornille fut envoyé à Brucelles : et le fit enterrer la duchesse à Saincte-Goule, moult-honnorablement : car elle Taimoit moult pour ses bonnes vertus : et fût mise sur luy sa bannière , son estendard , et son pennon : et depuis me dit Toison d*or , qu'il n*appartenoit à homme ces trois choses estre mises en pareure sur sa sépulture , s'il n'estoit mort en bataille : mais bien Fun , ou les deux , et non point les trois ensemble. Celuy Jour fut blecé le signeur de Gimay , au pié : et messire Jaques de Lalain eut la Jambe faucee , d'une pique : et demeurèrent , pour aucuns Jours , au chastel de Buplemonde , et Jusques à ce qu'ils se peurent aider.
Or fut la bataille de Buplemonde le vendredi : et le lendemain vindrent les Holandois à grand nombre de bateaux : et furent bien trois mille combatans : et les menoyent et conduisoyent le signeur de la Vére , le signeur de Brederode , et le signeur de Launoy, gouverneur de Holande : et fût très-belle chose à les veoir venir par la rivière de l'Escaud : et ont une manière d'aler en armes et en guerre : qui est telle , que tous les jours les nobles hommes ont les cottes-d'armes vestues : et portent les bannerets leurs bannières dépleyees , et les autres leurs pennons armoyès , dèpleyès : et toute celle guerre , des qu'ils descendirent de leurs bateaux , alèrent à pié ou à chariots ; en tel estât qu'il est escrit cydessus. Assez tost après se partit le duc , de Biplemonde : et tira en un gros vilage , que l'on
pelle Eursel (l) : et là cuidoit trouver les Gandois : mais ils estoyent tellement épouventés de la bataille , que tous ceux de ce quartier là s'cs* toyent retirés à Gand , pour eux gareotir : etfit le duc bouter le feu par plusieurs vilages , en son pais rebelle : et envoya messire Anthoiiief bastard de Bourgongne , le signeur de Banâgnies , messire Jaques de Lalain , et les HolaDdois , au pais des Quatre mestiers.
Si sceurent les Gandois que le bastard de Bourgongne estoit logé en leur signenrie : ooo* me ils disoyent Si eut un coutelier , qui faisoit couteaux et canivets , à la marque du wibrdûo: qui en françois est appelé un foret à percer vin. Celuy coutelier éleva les Gandois en grand nombre : et vindrent courre sus auxdicts signeurs : qui se mirent en bataille : et leur coururent sus , et les déoonfirent : et moult en 06 cirent , et prirent : et les fogitife de celle journée reuoontrér^t {es Holandois, qui estoyent logés à Eurselle : lesquels les déoonflrent pov la seconde fois x^luy jour : et fut pris le coutelier, et pendu : et de tous ceux , que l'on prenoit , on en faisoit Justice , de main de bourrean : et congnut ledict coutelier, à sa mort, qne les Gandois luy avoyent donnée la comté, et le paîs de Was : mais il en prit piteuse possession. Ainsi faisoit le duc de Bourgongne la guerre contre les Gandois , ses rebelles : et destroisoit son profvc pals, par celuy accident , de sang et de fen: car l'on mettoit ce, qui estoit atteint, toot i sang et à Justice : et braloit on tout le plat-pais: dont si-grand nombre de maisons et de liiages furent ars et brûlés, qu'il niontoit,eD nombre, à une grande province : et , combien que le due ftist en ce déplaishr et haine contre les Gandos. et leur& adherans , toutesfois se tenoyent « bois, et es marests , plusieurs pauvres gens, et en grande quantité, qui se venoyent rendre a la mercy de leur prince : et il leur pardonnoit libéralement, et les envoyoit à 8aaveté,8eloa qu'ils se rendoyent.
CHAPITBE XXVI.
Comment le roy Charles , septième , tnt^^ ses ambassadeurs vers le due de BwTf^' gne et les Gandois , pour cuider faiffj^^ entre eux : et comment les Gandois continuèrent en obstination et rébellion.
En ce temps le roy Charles (qui de^a «^ fait sa conqueste en Normandie , et desiwit de
(<) Lises BUariOe, h.
MBMOIHES D^OLIVIBH DE LA MABCfifi^
retoomer en Guietine et en Bordelois, contre les Anglois , et en cette guerre soy servir du comte de Sainct-Pol , et d'autres gens-d'armes , qui estoyent ensongnés en la guerre de Gand) envoya son ambassade devers le duc , après en avoir esté requis et supplié par les Gandois , se trouvaos mal de leur folle emprise : et députa chef d'ieelle ambassade le comte mesme de Saînct- Pol (combien qu'il fust en l'armée : comme dict est ), le procureur du Roy, et maistre Guillaume de Pouppincourt. Si vindrent devers le duc, en son pais deWas, et là où il estoit logé aux champs : et les récent le duc moult-honnorablement : et, après avoir ouy leur commission, il fut content que lesdits ambassadeurs allassent à Gand, et veissent et ouïssent les raisons de ses ennemis : mais le comte de Sainct-Pol n'y voulut point aler. Si aléreut le procureur du Roy et ledict de Pouppincourt celle part : et furent bien recueillis des Gandois , de prime - face : pource qu'ils cuidoyent que le Roy les envoyoit devers eux , pour embracer leur faict contre le duc. Si firent plaintes injuriables, des termes que leur avoit tenu leur comte : comment il leur avoit voulu rompre leurs privilèges et franchises, et mettre tribut sur le sel : comment il leur avoit leurs bourgeois pris et occis,' et exécutés d'espee et de corde, par main de bourreaux et autrement : comment il bruioit et exiloit les maisons, et les demourances de leurs sugets, et bourgeois , et leurs héritages : et sembloit, à ouir leur proposition et remonstrance, que le duc eust grand tort, de retour , qu'il ne soufflait les signeurs de Gand possesser signeurieusement du droit et signeurie de comte, comme si eux-mêmes fussent signeurs et propriétaires, ou voisins de leur prince : et congnurent assess-tost les ambassadeurs du Roy leur rébellion, et voulonté : combien que , comme sages, ils entendirent le proposé des Gandois , froidement, et par plusieurs journées.
En ce temps s'estoit tiré le duc à Vasmustre, un gros vilage, qui sied sur l'Ëscaud (1) : et fut envoyé de là le comte d'Estampes , faire une chevauchée par le pals : et fit ce jour une sigrande chaleur de souleil , que plusieurs des chevaux de la compaignie du comte moururent celuy jour. Le comte fit rompre plusieurs boulovars, faicts par les Gandois : et vint instituer devant Morbecque : mais il trouva que les Gandois avoyent fortifié le vilage ( qui est clos de marets et de marescages) et avoyent enclos, en leur fortification, l'abaïe de Los (2) en Flandres ( qui est une grosse abaîe de l'ordre de Cts-
(1) Lffex fur la Dorme.
teaux ) , et n'avoit qu'une entrée , bien barrée ^ et fossillee de grands fossés^ et de pertuis tout à i'entouc, à manière de pièges, pour garder que l'on n'y peust aprocher à cheval : et s'estoyent les Gandois de là environ retirés en ce lieu, en grand nombre : et le deffendoyent d'artillerie, et de puissance. Si ne fut point le comte conseillé d'assaillir le vilage : ains s'en retourna, ioy et sa compaignie, moult-grevès de la chaleur.
Le l'endemain y fut envoyé le comte de Charoiois noblement et puissamment acompaigné du duc de Cléves, et d'autres princes et signeurs : et certes la chaleur du jour fut si-grande et siextréme , que je vey pescher Teaue troble aux salades, et boire l'eaued'un fossé, et le puiser jusques à la boiie : et moururent gens et chevaux de chaud, comme le premier jour. Le comte vint devant Morbecque : et trouva le lieu fort, et gardé, comme 11 est dit dessus. Si fut pris conseil par les princes et signeurs : et furent tous d'opinion quf; l'on 's'en retournast , sans autre emprise faire pour celle fois : et pensoyent et pesoyent la personne du comte et de sa première course : mais le jeune prince tenoit opinion contraire : et disoit que les vilains, ne leur fort lieu, ne faisoyent point à craindre : et se mit en tous les devoirâ, que vaillant prince se peut mettre : mais les signeurs d'Auxi et de Formelles luy remonstroyent qu'il se oontentast de l'opinion des sages capitaines , expérimentés , que le duc , son père , avoit envoyés aveques luy ( comme le signeur de Ternant, de Crequi, et de Humières), et qu'il ne fist pas choses, parquoy l'on dist (s'il en mesavenoit) que par sa jeunesse et verdeur il eust mis le cas de son père en danger. Le comte ne se vouloit contenter : et bien luy sembloit bonne l'exécution à cela : et, au moins , requeroit qu'il couchast celle nuict devant les ennemis, et que l'on renvoyast querre de l'artillerie, et gens (si mestiér faisoit) pour assaillir le village, le l'endemain au matin : mais le conseil ne fût pas de celle opinion : et s'en retourna le comte, sans autre exécution : dont il larmoyoit de dépit et de courage : et s'il n'eust douté la désobéissance du duc son père, il ne s'en fust pas ainsi revenu.
En celuy lieu de Wasemustre revindrent les ambassadeurs du Roy : et fut le bon duc bienjoyeux qu'ils congnurent la grand déraison des Gandois. Si se partit le duc de Wasemustre : et chevaucha par les païs de Flandres, à grosse armée , et en grand ordre : et faisoit tout brûler
(2) LUei Baudeloo. L.
MÉMOIABS d'OLIYISB DB Là MABCUS.
et destruire : et venoyent pauvres gens du platpais en grand nombre^ eux rendre à sa mercy : et il leur pardonnoit moult-debonnairement An regard de MorJbeeque, messire Anthoine, bastard de Bourgongne (qui poursuyvit et déconfit les Gandois au paîs de Quatre-mestiers, comme il escrit cy-dessus) entra à Morbecqùe, par le costé de Gand , non fortifié , et dont ils ne se doutoyent : et pilla et brûla le vilage : et rompit tous les forts : et enchacea les Gandois à Gand : et en prit et occtt plusieurs : et le duc tira ses gens près d'un vilage, nommé Long-Pont, près de la rivière de TEscaud (i). Là se logea le duc emmy les champs, en tentes, pavillons, et loges faictes : et prit chacun peine de soy bien loger et mettre à couvert, tant pour la pluye, comme pour le sottleil , et pour la chaleur , qui moult fut grand celle saison : et tous les Jours ou bien souvent, se faisoyent courses devant Gand , par les compaignies : et se levoit Técarmouche sur eux à petites compaignies, pour les cuider tirer aux champs : mais Us se tenorent en leurs forts, et près de leur vile , si qu'on ne pouvoit guéres gaigner sur eux , ou profiter , à les envahir par telle manière, mais beaucoup perdre.
Le passetemps pour jeunes gens , qui desiroyent d'eux adventurer, estoit bel : car il n'y avoit de Tost, jusques à Gand, que deux lieues, et beau pals : et^ durant ce temps , les Gandois ( qui se voyoient fort-serrés en leur vile , destruits par le plat-paîs, et chargés du peuple fugitif, femmes et enfans) requirent licence de renvoyer devers les ambassadeurs du Roy, pour rentrer en moyen sur la paicification de ceste guerre. Si retournèrent lesdicts ambassadeurs à Gand : et finalement acorda le duc une trêve, qui fut prise, d'un costé et d'autre, pour six semaines seulement, et la trêve conditionnée par la manière qui s'ensuit. Premièrement, que, si la paix ne se pouvoit trouver durant iceluy tempS; les Gandois devoyent payer, et satisfaire au duc de Bourgongne, tous les intérêts et despens, par luy portés et soustenus à l'occasion de celle guerre. Item, que, durant iceluy temps , ils ne devoyent amener, ou faire amener, en la vile de Gand , nuls vivres , ne ravitaillemens, autres que ceux qui y estoyent à l'heure et au temps de la trêve prise. Item y ne pouvoyent, ne devoyent entrer en nulles viles de Flandres, ou des autres paîs du duc, sans saufconduit.
Et sur ces poincts leur fut baillé saufconduit pour cinquante hommes de la vile de Gand, leurs députés : dont furent les chefs et principaux , roaistre Gilles Boudin , et maistre .An-
(1) Fret de la Dorme.
thoine Bovin : et ce pour venir à l'isie : où Journée leur fut baillée, pour joumoyer aveques les commis de-par le duc de Bourgongne, sous le moyen des ambassadeurs du Roy fhtnçois, et ceux dont cy dessus est faicte mention : et «vint que le roy-d'armes de Flandres fbt envoyé à Gand pour porter la trêve, seelee, faicte, et re- \ quise à leur requeste, par les ambassadeurs dfssusdicts : et, tandis que l'officier d'armes aloit parler à ceux qui la vile gouverDoyent,uD grand nombre de garsens et de peoplf , sans conseil, ou autre commission, prirent le variA du héraut (qui pourmenoit ses chevaux), etsau respit, confession, ou autre cérémonie, l'aléreat pendre et estrangler, au contrevenge de la mort de leur coutelier, dont cy-dessus est escrit. 0 noble et ancienne gandoise puissance, paceUe triumphante devant le pouvmr des hauts rofi et princes , par ta police , gouverne , et magnificque obéissance, aujourdhuy est en grand péril ta gloire, ton renom, et ton pucelage : qoi es au pouvoir, et dessous les mains de ribaods, pillars, et gourmans , nourris et empoisonnés de vices, sans vergongne, entendement, ou raison : comme il apert au cas avenu, presenteiAent recité, et dont Je plain la pehie des lisans, pour la honte des facteurs.
Les trêves criées et faictes, le due, et son armée, s'en retourna, cessa de faire la guerre, ordonna ses garnisons à Audenarde, Gourtraj, AUoçt, et en tous les voisinages de Gand, rompit au surplus son armée, et envo3ra les geosd'armes en leurs hostels : et prit son chemin par Terremonde : où il ordonna le bastard de Boa^ gongne, bien-aoompaigné. Messire Adolf de Gléves fut à Gourtray, attendant que le mareschal de Bourgongne fùst venu aveques les Boorgongnons , si besoing faisoit. Le signedr de Cimay, grand bailly de Hainaut , fût ordonné en Hainaut, et messire Jaques de Lalain A Audenarde. Le signeur de Sains et Anthoine de VTisoc furent A Ailost : et Louis , signeur de la Gruthuse, se tenoit à Bruges ^ capitaine de ta vile : là où moult-prudemment se gouvoma , a l'honneur et profit du duc, et au gré du peoplc. Le duc de Gléves s'en retourna : et ramena ks Glevois en son pais. De Teremonde vint le doc à Bruxelles : où il trouva la duchesse et les dames. Si recommença on à faire diéres et festeyemens : car le bon duc fut prince joyeux ^ envoysé (3), plus qu'autre.
De là tira la signeurie à l'Isle. Au mois d'aoust se tenoit le conseil, et le parlement ponr la paix, au lieu de l'Isle, par les ambassadeurs
($) Réiioui.
MEMOIBES UOMVIER DE LA MAUCHE.
du Roy, entre les commis du doc de Bourgongoe y et les députés de Gand : mais finalemeiit ils n'apointérent et ne firent aucune chose : et se partirent lesdicts députés, sous ombre d'aler remonstrer au peuple de Gand aucuns points , qu'ils n*avoyent pouvoir de passer ou acorder, comme ils disoyent : et laissèrent l'un des messagers de Gand seulement pour garder leur logis : mais au Jour qu'ils avoyent baillé de revenir , ils ne revindrent point , ni ne mandèrent aucune chose. Parquoy les ambassadeurs du roy de Franpe, voyans leur obstination et voulonté perverse contre leur signeur , donnèrent sentence, par grand avis et délibération : où furent compris les points cy-escrits. Premièrement condannérent Iceux ambassadeurs les Gandois , à clorre et fermer la porte de Gand , par où ils saillirent pour venir mettre le siège devant Audenarde contre leur signeur : et ce seulement un Jour la semaine, et à tel Jour qu'ils firent leur saillie. Secondement ordonnèrent que la porte^ par où ils saillirent pour venir cornbatre leur signeur personnellement à Rlplemonde , seroit perpétuellement close et murée. Tiercement , qu'ils mettroyent Jus , sans tes relever, les blancs chaperons : n'auroyent plus bourgeois forains : et ne feroyent plus bannisseraens, sans dire et publier les causes et pourquoy. Qu'ils ne creeroyent, ou feroyent plus la loy delà vile, par la puissance de leurs mestiers : mais il y auroit quatre hommes, ordonnés par le duc, comte de Flandres, leur signeur, et par le commun quatre. Ordonnèrent et Jugèrent, en outre, que les bannières, toutes, sans nulles excepter (sous lesquelles ils faisoyent leurs assemblées), seroyent mises en un coffre, fermé de cinq clefs : dont l'une garderoit le bailly, l'autre le premier eschevin : et le grand doyen auroit la garde de la tierce clef : et les autres ^cux seroyent mises es mains de deux preudhommes éleus par le commun de la vile de Gand : et fnt dict qu'ils ne s'escriroyent plus stgneurs de Gand. Item , que les houemens , bourgmaistres , eschevins , et les plus notables de la vile, au nombre de deux mille hommes , vîendroyent en chemise , une lieue hors de ladicte vile de Gand, crier mercy à leur siîmeur : et que les officiers domestiques du due, leur signeur, ne seroyent point sugets à la jurisdiction des Gandois : mais seroyent envoyés au duc : et, au regard de la congnoissance que pretexidoyent avoir ceux de Gand sur ceux du pais d'Allost, de Termonde et d'Audenarde, fut appointé et dict, que , dedans l'an révolu , les
(1) Lisez de Steêlant. L.
ambassadeurs ordonnero3'ent de celle jurisdiction, si elle demoureroit, ou non. Au regard des despens , qu'avoit fait le duc de Bourgongne par leur rébellion, ils furent condamnés à deux cens cinquante mille ridres, et le jour et terme mis pour les payer. Lesquelles choses le bon duc (qui tousjours vouloit la grâce de Dieu et du monde pour luy ) acorda et consentit : mais les Gandois, obstinés en leur persévérante malice, furent dix Jours sans acorder, ou contredire, ceste sentence : et , quand les ambassadeurs congnurent qu'ils n'auroyent autre response des commissaires de Gand , si renvoyèrent un héraut au roy -d'armes du Roy audict lieu de Gand : mais , nonosbtant la cotte^d'arroes des fleurs de lis , il fut en danger de sa vie : et ne peut présenter ses lettres : mais il fut tout joyeux d'estre quitte des mains des Gandois : et s'en revint sans autre chose faire.
Les ambassadeurs , voyans ceste chose , prirent congé du duc de Bourgongne , et s'en retournèrent en France. Les Gandois, obstinés et perséverans, s emeurent de-rechef : et firent capitaine de la verde tente, un nommé le bastard de Blanc-Estrain. Celuy assembla tous les mauvais garsons de Gand , saillit de la vile , prit Huist et Ascelle , et vint à puissance devant la vile d*Allost : et quand messire Louis de la Vièville, signeur de Sains, et messiie Anthoinc de Wisoc (qui avoyent la garde de la vile) virent les Gandois venir en si-grand nombre , ils deffendirent que leurs gens ne saillissent en aucune manière : et mirent les gardes, ordonnés, aux portes et murailles. Les Gandois aprochérent la muraille : et livrèrent Tassaut : mais ils furent durement recueillis de traict à poudre, d'arbalestes, de cailloux, et depierres : et ne profita rien leur assaut : ainçois perdirent plusieurs de leurs gens, et furent reculés de l'assaut. Si s'arrestèrent les Gandois à un boulovart, qui n'estoit pas encores parfaict : et l'assaillirent si fiè^^ rement, que Ton cuida (telle fols fut) qu'ils le deussent emporter et gaigner. Si fut renfort baillé , pour ledict boulovart garder: et furent Gandois reboutés à leur honte et perte : et à la deffense dudict boulovart fut tué un escuyer de la vile de Gand, nommé Lievin d'Estelam (1) : mais, combien qu'il fust Gandois, il n'en teuoit point le parti : et avoit esté nourry page du duc: et estoit en son service , et en celle garnison , pour sa première armée, aveques Jehan de Bosquehusc , et Philippe , bastard de la Yiévile , qui avoyent esté nourris ensemble : et fut cestuy assaut le treizième jour de novembre (2).
(2) Lisez septemhre,
MEMOIRES r- OLTVIFB DE LA MARCHE.
Ai.Dsi SQ partirent Gandois de devant Allost, à peu de profit : et s'en retournèrent à Gand : et, assez tost après, les Gandois saillirent de leur vile, et vindrent à puissance bruller Harlebecque, et autres vllages, au plus-près de Gourtray. Les nouvelles vindrent au duc de Bourgongne ( qui estoit à Flsle ) que les Gandois estoyent aux champs , et brulloyent son paîs. Si fit partir à toute diligence , messire Adolf de Gléves, son neveu ( qui pour lors estoit devers luy ) et ce qu'il peut flner et lever de gens-d'armes, tant à la court, comme autre part : et à toute diligence poursuy virent les Gandois : mais ledid messire Adolf ne les trouva pas : car , si-tost qu'ils eurent leur emprise faicte, ils se retraïrent en leur vile. Le bastard de Bourgongne (qui estoit demouré en sa garnison de Terremonde ) désira de faire une coui'se devant Gaud. Si fit son apprest , le plus-secrétoroent que faire le peut : mais toutesfois sceurent les Gandois sa venue , et le jour qu'il devoit courir (qui fut le vingtcinquiéme d'octobre ) , et firent partir secrètement trois mille hommes, par la porte qui va en Anvers : et perdirent chemin plus d'une lieue : et le bastard de Bour- |[;;ongne vint le grand chemin , à cstendard dépleyé : et trouva les Gandois à si grosse puis* sance, hors de la vile , et en tel arroy , que ses gens se mirent en desroy , et ne peurent le faix soustenir : et quand ledict bastard congnut que ses gens ne demandoyent qu'à eux retirer, il prit vingt lances , et les archers de son corps seulement : et fît marcher contre la vile de Terremonde, le chemin qu'il estoit venu : et soustint en sa personne, aveques les vingt lances, la pour^ suite des Gandois : qui avoyent grand nombre d'Anglois aveques eux, estans partis de la garnison de Calais , pour venir les Gandois servir : et fit sa retraitte si-bien et si-à-poinct , que les Gandois ( qui s'estoyent partis pour luy clorre le chemin ) ne peurent venir à temps : et les autres Gandois , qu'il trouva devant la vile , le poursuy voyent aigrement, à cheval et à pié , cuidans clorre ledict bastard entre les deux compaignies : mais par bonne conduicte il échapa de ce péril.
Ainsi se continuoit la guerre : et lemareschal de Bourgongne amena les Bourgongnons environ trois cens hommes-d'armes, nobles hommes, et grande signeurie du pals. Si furent mis à Gourtray : et ledict mareschal (qui moult sçavoit et congnoissoit de la guerre) sceut, et s'apperceut , que , si tost que les gens du duc faisoyent une emprise contre ceux de Gand, ils estoyent mansins par les cloches des vilages , qui avertissoyent de l'un à l'autre. Si s'appensa
d'y remédier : et fit une emprise , mandant messire Jaques de Lalain , qui estoit à Aodenarde : et chevauchèrent ensemble, et en ordre : et brulléres Ëscloz (1), et tous les vilages de ce quartier : et fit abatre les cloches des clochers , pour échever les dangers dessusdicts : et trouvèrent petit empeschement : et s'en retoorna ledict mareschal à Gourtray, et messire Jaques à Audenarde.
Assez tost après, le mareschal duc de Boorgoogne fit une course devant Gand : etn'avott poiot seulement les Bourgongnons aveques lay , mai» tresbonne bande de Picards, et de Hannuyers: que conduisoyent les signeurs d'Ëmeries et de Miraumont , messire Gauviu Quieret , et autres : et en bel ordre chevaucha le mareschal devant Gand : et mit ses coureurs et ses escannoudieun devant , pour cuider attraire les Gandois: mais ils se tindrent en leurs forts , si que peu poovoit on sur eux profiter. Si prit conseil de remettre les compaignies au retour : et quand les Anglois, qui lors estoyent au service de ceux de Gaod, comme dict est, les virent ainsi retourner, ils sortirent dehors , et aveques eux aucuus des Gandois, achevai : et pouvoyentestre cinquante combatans , gens de faict : et nepourchaçoyent point la compaignie (. car elle leur estoit trop forte ) , et l'ordre de l'arrlèregarde bien garde, mais pensoyent bien qu'aucuns compaignonssV carteroyent à petite compaignie , pour gaigner. Ce qui avint : car douze archers s'estoyeot écartés : et se trouvèrent enclos des Gandois, assez près d'un pont, que les Gandois avoyent gaigné sur eux. Si ruèrent les douze archers baudement pié à terre : et se trouvèrent dos contre dos : et tirèrent de leurs flèches : qui blecérent le cheval d'un Anglois : lequel cheval de rAogloisde la bleceure recula par les Gandois , si qu'il rompit la presse : et, quand les archers se virent dèpressés, ils chargèrent hardiment, si qu'ils reculèrent les Gandois et les Anglois. Si savisa l'un des douze archers d'un cornet de chace, qui pendoit à son col : et sonna haut, une fob. ou deux , comme s'il appellast secours. Les Gandois ( qui cuidoyent que le secours fust près, et qu'il nefalloitque l'appeler, ainsi qu'ils avoytni ouy ) se mirent à la voye , et laissèrent les archers : qui prestement reparèrent le pont, et se remirent en ordre : et finalement je nay point sceu que les douze archers perdissent aucune chose ( fust cheval , ou autre chose ) , ne que oui d'eux eust bleceure , n'incon veulent, qui aramentevoir face : et ainsi s'en revlndrcntàCour* tray : et ay recité ceste aventure , pour ramenât) LIsex Eertoo» Tille située entre Gand et Br«g«.
MEMOIRES D0L1VIER DE LK MABCUE
tevoir le bien-faict da petit et du grand , et aussi pour monstrer à tous gens-d'armes que peu avient qae viles, chasteaux, ou gens, soyent pris, ou raés Jus (1), tant qu'ils se veulent deffendre.
Le second jour de décembre messire Philippe de Lalain , un jeune chevalier, firérede messire Jaques, et lequel se tenoit aveques son frère en la garnison d'Audenarde, désirant de soy avancer et faire congnoistre, éleva grande partie de la garnison , et entreprit une course devant Gand , leplus-secrétement que faire peut : mais lesGandoîs avoyent tant d'amis et d'espies, par toutes les viles , et par le paîs , que Ton pouvoit peu faire de choses, dont ils ne fussent avertis. Si fut mausuy (2) en son emprise : et saillirent les Gandois à grosse puissance : et mirent embusches sur le passage , qu'il devoit passer : mais ainsi avint qu'on page de la compaignie dudict messire Philippe queroit son maistre : qui estoit devant, du nombre des chevaucheurs. Ledict page faillit ne trouver son maistre : et passa tout outre lesdicts chevaucheurs : et trouva les aguetteurs des Gandois : qui le prirent , et luy coupèrent la gorge : et le trouvèrent mort sur le chemin , les gens dudict messire Philippe : et congnurent bien que les Gandois estoyeut aux champs. Si s'arrestérent , et firent arrester la compaignie : et , quand Gandois s'apperceurent qu'ils ne marchoyent plus-avant , si se desem* buschérent à si-grosse compaignie , que besoing fût à la garnison de retourner : et fut mandé à messire Jaques de Lalain qu'il saillist, pour son frère secourir. Ce qu'il fit : et recueillit ses gens , et les mit en bataille devant les Gandois : mais il estoit si-tard, que la nuict départit les compaignies : et s'en retourna messire Jaques à Audenarde : et les Gandois couchèrent en xme abhaïe (3) , près de là : et devant le jour se partirent, et s'en retournèrent à Gand.
En celuy temps le bastard de Bourgongne , luy estant a Terremonde , eut moyen de parlementer secrètement à un, qui estoit chef desdjcts Anglois , et se nommoit Jehan Fallot , moult subtil homme de guerre, et avantageux. Celuy Jehan Fallot remonstra à ses compaignons , qu'ils ne pouvoyentavoirlionneur de servir celle commune , contre leur signeur , et aussi qu'ils estoyeut en danger de ce puissant peuple , et que conununément le guerdon du peuple est de tuer et assommer ceux , qui mieux le servent, et si-bien leur remonstra Jehan Fallot, qu'il convertit bien cinquante Anglois des plus-gens-debien : et un jour , sous ombre d'une emprise
(i) Rcnrersés.
(2) Mal suivi.
contre les Bourgongnons , ils s'en vindrent à Terremonde, rendre à mondict signeur le bastard : qui moult bien les receut, et leur bailla logis, et ordonnance telle, qu'ils en furent biencontens.
Tost-apres , ceux de la verde-tente, et autres Gandois , firent une rese sur les marches de Hainaut : et dedans le pais pillèrent , bruUérent et firent moult de maux : et disoit on qu'ils estoyeut de huict à neuf mille hommes : et certes lesdicts Gandois avoyent grand avantage : car il estoit yver , et avoit gelé : et les Gandois estoyeut à piè, et aloyent par fossés, et par marescages. Ce que gens-de-cheval ne pouvoyent faire. Si fut averti le bastard de Bourgongne de leur retour , et de leur passage : et pourtant se partit de Terremonde, en l>onne ordonnance et ordre : et leur vint à-l'encontre sagement, les prenant à son avantage : et porta ausdicts Gandois tresgrand dommage : et en occit plus de cinq cens : et leur recouit leur proye : mais pour l'avantage de la saison , qui faisoit pour eux , il ne les peut deffaire de tous poincts. Ce qu'il eust légèrement fait , si c'eust esté temps ehevauchable. A celle rencontre s'éprouvèrent moult-bien les Anglois, nouveaux Bourgongnons : et monstrèrent , celle première fois , qu'ils vouloyent loyalement servir , et tenir le parti qu'ils avoyent pris. £d ce temps les Gandois envoyèrent devers le comte d'Estampes , luy requérir qu'il leur impetrast saufconduit devers le duc , pour avoir lieu de traitter aucune paix. Ce qui leur fut acordé : et fut journée prise à Bruges : où fut envoyé , de-par le duc, ledict comte d'Estampes, et gens de conseil : et, pour les Gandois, un chevalier, nommé messire Jehan de Woss , et le prieur des chartreux : mais celle journnee ne peut prendre effect, à la deffaute des Gandois : et , quand ledict prieur et le chevalier, qui estoyeut là envoyés de-par ceux de Gand, virent l'obstination, l'outrecuidance , et le mauvais et déréglé courage des Gandois, ils ne voulurent plus retourner à Gand : et demourèrent à Bruges.
Le mois de février suyvant, environ le dix* septième jour, les Gandois furent advertis que le mareschal de Bourgongne , et la plus-part des grans capitaines estoyeut à l'isle, devers le duc : et n'estoyent pas à Courtray . Si firent une issue de leur vile, à grosse compaignie : et marchèrent contre Courtray : et n'en sceurent ceux de la garnison nulles nouvelles^ jusques ils virent la fumée, et le train, à près d'une lieue du-
(3) L'abbaye d'Eenam.
MËMOIBES d'OLIVIEB D£ LA MAKCHË.
dit Courtray. Si se partirent les plusieurs sans ordre et sans commandement : et tirèrent audevant' des Gandois. Là fut Tescarmouche bien faicte, et bien escarmouchee : mais les Gandois (qui moult estoyent puissans) gaignoyent tousjours place : et non-pourtant firent à l'écarmouche les Bourgongnons bien leur devoir : et en y eut, archers et hommes-d*armes, qui mirent pié à terre : et, si ce n*eussent esté les sages gens-d*armes, qui avoyent veu de la guerre, qui les fit remonter, et qui soustindrent jusques ils fil! ent remontés , certes il y eust eu grande perte : et toutesfois il y en demoura : mais en petit nombre. Si se retraït la garnison : et les Gandois marchèrent tousjours jusques aux barrières : et à l'entrée des fauxbourgs. Là s'arrestérent hommes-d*armes et archers : qui deffendirent ledict fauxbourg, tellement que les Gandois s'en partirent sans rien faire de leur profit : et eurent grand nombre de gens morts et blecés. Moult se firent d'emprises, et de rencontres, celuy y ver, d'une part et d'autre, et tant, que de tous je ne puis avoir Tentendement^ ne la mémoire : mais je recite voulontiers ce que j'en puis sçavoir, en continuant mon œuvre.
Le second jour de mars, le bastard de Bourgongne de gayeté de cueur partit de Terre monde : et fit une chevauchée par le païs, tant en intention de rencontrer les ennemys ( s'ils estoyent par bonne aventure aux champs) comme aussi pour donner crainte ausdicts ennemis , et rompre leurs emprises et courses : par lesquelles le pais de Flandres, et l'environ, avoit moult à porter et souffrir. Si aviut, par bonne aventure, que les avanceurs dudict bastard rencontrèrent les Gandois : qui de rien ne s'en doutoyent : et retournoyent en leur vile, à tout butin et proye, qu'ils avoyent pillé et robe celle nuict par le païs. Le raport faict, le bastard de Bourgongne donna dedans, sans les marchander : et moult en oceit et prit : et tousjours perdoyent les Gandois : et tousjours leur croissoit le cueur, et la haine, qu'ils avoyent contre leur isigneur.
Ainsi se passa celuy yver, à courses et emprises de guerre, d une part et d'autre : et, le einqiéme jour de mars, la duchesse de Bourgongne se partit de l'isle, pour aler à Bruges. Si en furent les Gandois avertis ; et par nuict mirent une grosse embusche entre Bruges et Rollers, et Broussales, en païs couvert : qui est près d'une grande plaine, que l'on nomme Burlescans (l). Mais la duchesse, avertie, ne prit pas le grand«cherain acoustumé : ains se fit con-
(i) Liseï Buscamvell.
(2) Hu ; cri.
duire pai* la basse Flandres : et ala a BràgèssaO' vement : et d'ieelle emprise avint que messire Symon de Lalain, estant à TEcliise, et sacbwt que la dame devoit passer, pour échever le danger et le péril d'elle, et de sa compaignie^se mit aux champs, à estendard dépleyé, et à bonne puissance de gens-de-cheval : et y estoit en sa personne le signeur de Maldegam. Geluy signeor chevauchoit devant : pource que luy et ses gens sçavoyent le chemin et adréce, comme ceux quf en estoyent. SI avint que ce jour le temps estoit noir, chargé d'une grande bruine : dontilssembattirent au danger de l'embuée, avant qulis s'en sceussent percevoir. Si fut le signeur de Maldegam prestement assailli : et quand messire Symon entendit l'affaire en quoy esloit le signeur dQ Maldegam, il fit ses archers descendre : et luy-mesme se mit aveques : et vint moult-courageusement au secours de sesoompaignons : mais les Gandois (qui grand nombre estoyent) l'encloîrent de toutes pars. Vaillammoil se deffendit messire Symon et ses gens, et mooltbien se prouva de sa personne ; et ses honunesd'armes (qui estoyent à cheval) se fourrèrent dedans les ennemis^ sans peur et sans crainte: et si-bien se maintindrent (combien que les Gandois estoyent quatre pour un) qu'ils rompirent la presse : et se rassemblèrent ensemble, si qoe les Gandois furent contens de les laisser paisibles : et fut i'écarmouche si fièrement oombatue, que l'estendard dudict messire Symon foi abatu, et perdit, mors sur la place, quatre hommes d'armes, et douze ou seize archers : et firent les Gandois moult-grande joye, et moult-grand hu (2), de l'estendard qu'ils avoyent gaignéiet, dedans brefs jours après , prirent Englemonstier (3) et y firent moult de maux et de dommages.
A la requeste des Gandois se tint une antre journée en espérance de paix, au lieu deSecOn, près de l'isle : et là fut, pour le duc de Bourgongne, le comte d'Estampes, et le conseil de vingt députés, pour les Gandois : mais rien ny fut faict, ny conclu, qui tournast à aucun eflect En celuy temps un compaignon françois (qn' estoit venu servir les Gandois pour peconc nommé Pierre Moireau, pour son commencement fit une emprise : et emmena foison de Gandois courre devant [Terremonde : et fit ses ordonnances : et marchèrent Gandois en moo^|" bel-ordre : et le bastard de Bourgongne, averti, saillit hors de ladîcte vile de Terremonde : et les rencontrast plus-tost qu1ls ne cuidoyentirt
(3) C'était Hnc grosse bourgade entre Courtray f* Bruges , qui appartenait alors au comte d'Estamp^^-
MÉMOIRES d'olivier DE LA MAP.CIIF.
floaiemeDt les Gandois furent déconfits : et les chacea le bastard jasques aux barrières de Gand, tuant, prenant, et méhaignant (l) ses ennemis : et leur fut faict un grand dommage eelay jour. La guerre se continua et exécuta, entre le duc de Bourgongne et les Gandois, fiére et cruelle. Car ce que lesdicts Gandois prenoyent de Bourgongnons, et de ceux du parti du duc, il les mettoyent à Tcspee, sans rançon et sans mercy : et ce, qui estoit pris des Gandois, estoit misa mort, ou par faict de guerre, ou par Justice, et de main de bourreau : et se passa l'an 52 en telle pestilence, au pais de Flandres, que moult en fut de vefves, et d'orfelins : et se continua la pestilence et la mortalité à Gand sigrande et si-merveilleuse , que tant d'hommes, de femmes, et d'enfans moururent en celuy temps à Gand, de maladie et d'epidlmie, que c'est une merveille du nombre : et m'en tay, en doute d'estre repris.
<XX> CHAPITRE XXVIL
De plusieurs écarmoucheSy et rencontres^ entre le duc de Bourgongne ^ comte de Flandres, et les Gandois^
Or deviseray je de Tan 1453, et des aventures diccluy, en continuant mon œuvre et ma manière : qui vaut bien d'estre perséveree. Si fut vr^ que l'an 53, le troisième jour d'avril, après Pasques , Pierre Moireau, dessusdict, soy voulant venger du reboutement que luy fit le bastard de Bourgongne, à sa première conduite des Gandois, assembla desdicts Gandois tant et si-largement qu'il en pouvoit finer : et marcha de-rechef contre Terremonde : et croy qu'à celle heure n'y estoit point le bastard de Bourgongne ; mais estoit en court, devers le duc. Si fut messire George de Rosimbos,signeur de Fillames, averti ( lequel estoit lieutenant du bastard de Bourgongne), et feit entrer au bouiovart d'outre l'eaue, trois cens archers et cinquante hommesd'armes, et aprester l'artillerie : et les Gandois marchèrent moult-fiéreroent : et vindrent de tel courage, que pour doute du traict À poudre ils ne laissèrent qu'ils ae veinssent livrer l'assaut audict bouiovart, main à main : et dura ledict assaut, aspre et fier, bien trois heures : et furent ceux du bouiovart une fois ou deux rafreschis et renforcés de ceux de la garnison : et finalement se partirent Gandois : et se retraïrent à leur grande perte. Car les archers saillirent sur
(1) MaltraHam.2
les levées de la rivière : et moult en occircnt : mais la chace ne fut pas longue : pourco que moult-grand nombre furent les Gandois : et doutoyent les capitaines de la garnison qu'il n'y eust embusche.
Le lendemain (qui fut le quatrième jour d'avril) les Gandois firent une autre emprise, et à grosse puissance coururent en Hainaut, jusques au plus-près d'Enguyen, passèrent près de Tournay, firent moult de maux et de dommages en leur chemin, et s'en retournèrent sans nul contredict : et bien le peurent faire : car les mesnagers avoyent abandonné leurs garnisons, pour aler visiter leurs maisons et leurs mesnages :.et n'y avoit nuls gens-d'armes assemblés au pais, qui eussent peu faire à la puissance des Gandois nulle résistance. Quand le due de Bourgongne veit la continuation de ses ennemis et rebelles, il fit de nouvel son mandement : et manda gens-d'armes, par tous ses pais, pour estre prests au quinzième jour de may : et en ce temps , à la requeste des nations à Bruges demourans, le duc aoorda une journée à l'isle : où furent des plus-notables de Gand : et fut la paix comme conclue : mais le peuple n'en voulut rien tenir : et crioyent, parmy Gand : La guerre^ la guerre. L'on verra qui seront les loyaux Gandois qui combatront pour leur franchise.
Eu ce temps aucuns Luxembourgeois , qui tousjours avoyont tenu en leur courage le parti du roy Laneelot de Hongrie, voyant le duc empesché contre les Gandois, malicieusement cuidérent faire leur profit, et prendre le temps à leur avantage: et pourtant s'emeurent et rebellèrent: et firent rebeller aveques eux la vile de Tionville ( qui est la meilleure de la duché, après la vile de Luxembourg), et mirent les officiers du duc de Bourgongne dehors, et ceux qu'ils pensèrent qui estoyent du parti du duc. Si fut avisé d'envoyer devant , pour le secours du paîs : et , pource que par Je trépas du noble chevalier messire Cornille, bastard de Bourgongne, le signeur de Crouy avoit eu le gouvernement d'iceile duché , fut avisé que l'on y envoyroit deux des neveux dudict signent de Crouy , moult-bons chevaliers et fut : l'un, messire Antboine de Rubempré, et l'autre messire Jehan de Rubempré, signeur de Biévres : et leur furent baillés cinq cens archers, et soixante lances : et gardèrent la frontière à Arlon , et à Vireton , et à autres places voisines : et, à l'aide du signeur de Sou- Icuvre, du signeur de Rollers, de Bourset, et d'autres, qui ne tindrent point le parti des rebelles, se conduisirent iceux deux chevaliers, frères, si-notablement en leur commission, qu'il n'y eut depuis rien conquis, ne perdu, sur le duc
MEMOIRES 1) OLlVlEfi DE LA MAfiCHE.
de BourgoDgiie : et À Luxembourg se tenoit messire Guillaume de Sainct-Songne, et Guillaume de Grevant : pource que ledlct messire Guillaume y avoit eu gouvernemeut, et estoit congDU des signeurs, nobles bommes du pais , et autres, du temps du bastard de Bourgongne, messire Cornille, trépassé : dont ledict messire Guillaume avoit le gouvernement : et Tavoyent trouvé sage et véritable : et à celle occasion par-bons moyens.il entretint plusieurs bonnes maisons, viles, et personnes, qui ne se tournèrent point : et ( qui plus fut ) il ramena des plus obstinés à la mercy du duc : et fit moult de biens, à l'avantage du duc, pendant iceluy temps : et nous tairons pour le présent d'icelle guerre, pour retourner à celle de Gand.
Pour continuer ma matière commencée , les Gandois, perséverans en leur obstination, firent tousjours la guerre, à leur pouvoir, à-l'encontre de leur prince et signeur : et firent moult d'emprises, de courses, d'entrefaictes , et de maux au plat-pals de leurs voisins : et tousjours perdoyent gens, par cens et par miliers : et le vingtcinqiéme jour de juin s'assemblèrent ceux de la Verde-tente, en grand nombre et coururent à- Tentour d'Allost, et boutèrent feux, tuans et pillans. Si furent rencontrés par le signeur deCimay , grand bailly de Hainaut (qui avoit assemblé aucunes garnisons aveques les siens), lequel les deffit , et en fit telle occision, que, depuis la Verde-tente ne fût si forte qu'elle estoit par-avant.
Quand le bon duc eut essayé le courage et l'intention des Gandois, ses rebelles, l'une fois par ambassadeurs françois, et autre fois par ambassades, à leur mesme requeste envoyés par les nations estranges, et par les viles voisines ( qui tous se meslérent, à leur pouvoir, de trouver paix et apointemeut en ceste matière), et que tousjours fut trouvé le droit pour le duc, et la roupture par les Gandois mal-conseillés , le duc congnut évidemment qu'il falloit , par l'épee et par le sang, abaisser cest orgueil dérelglé. Si eut fait ses mandemens par ses païs : et se tira au lieu de Courtray : et se partit de l'Isle : où il avoit longuement séjourné à grand triomphe : et fut le vingtième jour de juin : et, le vingtcinqième jour d'iceluy, le duc ( qui avoit séjourné à Courtray, quatre jours entiers : durant lequel temps l'armée et les garnisons s'estoyent assemblées autour de Grammont, et l'artillerie s'estoit aprochee) en partit, avec son fils : et alérent mettre le siège devant une place, qui se nomme Squandebecque (1 ) : laquelle place les Gandois tenoyent, et si retrayoyent : et fut
(1) Lisez Schtndelbeke, L..
k l'occasion d'icelle place moult de maui parie plat-paîs de Hainaut foict : et furent enclos en ladicte place bien deux cens Gandois : et assez près de là y avoit une autre tour, petite, close d'eaue : en laquelle s'estoyent retraits environ vingt compaignons.
Tandis que le mareschal de Bourgongneordonnoit le siège et les approches, aucuns aveaturiers furent avertis d'icelle tour, et des Gandois retraicts en icelle. Si leur fut prestement livré l'assaut par plusieurs hommes-d'armes : qui prestement entrèrent au fossé, et oommencérent à assaillir : et les Gandois se deffendirent roouit-hardiment. Les archers tiroyent flédies si dru, et si-souvent, que les Gandois ponvoyent à grande peine venir à leur deffensesimais, nonobstant, ils se deffendoyent asprement. Les hommes-d'armes estoyent en lieu , tous armés, qu'ils ne leur pouvoyent rien faire, si-non recevoir les coups de pierres, et de bric((ues,qne leur nioyent lesdits Gandois : car en la tour n avoit qu'une entrée, d'un huis tresestroit,haot en la tour, bien clos, et bien serré. Sifutane escheile aportee, et dressée devant la porte, en intention de la rompre : et le premier, qui monta dessus, fut Jaques de Falerans , un OKKilt vaillant escuyer : et monta jusques à la porte : mais, par une fente, un Gandois luy donna sigrand coup d'une picque, qu'il l'emporta jus de l'eschelle, et l'abatit tout plat au fossé : mais il fut par ses compidgnons tantost relevé : et n'ent autre mal, ne bleceure. Si monta iooontioent l'eschelle, Ëstienne de Sainct-Moris^ cousin germain dudict Jaques de Falerans. Il avoit l'espee au poing : et monta jusques au plus haut : et contendoit de couper ladicte picque, dont ledict Gandois deffendoit moult-fiérement la porte. Plusieurs coups d'aguet et d'avis rua le Gandois, de la picque, pour cuider l'escoyer atteindre : qui sesoustenoit vaillamment, et contendoit d'entrer en la tour, et de gaigner l'entrée à son pouvoir : mais le vilain (qui combattoitàson avantage ) rua un coup de toute sa force, et atteindit ledict escuyer an visage, et lui perça li joue, et la teste, en costiére : et porta Tescaya au fossé, tel atoumé, que l'on cuidoit qu'il fiel mort. Finalement l'assaut dura si-longnenieD^ que le signeur de Montagu, et autres capitaine vindrent à l'assaut : et fût deftendu que pl« nuUy ne montast l'eschelle : pour ce que trop ^ grand desavantage avoyent les assaillans : c^ fut l'eschelle ostee : et fit on aporter largement paille : et soutenoyent les hommes-d'armes, > leurs lances, les faix de la paille, liés, et allomes de feu : parquoy l'on bruUa ladict porte : et tandis un escuyer, nommé Jehan de Florey, levi
XEMOlEfiS DOLlVlEa DB LA UABCUE.
reschelie, d^un autre qnarre de la toar : et du bout d'une haehe mina tellement les bricques de la tour qu*U y fit un trou si grand, qu'il valoit an nouvel huis : et, quand les Gandois, qui avoyentdeffendu plus de trois heures, se veirent ainsi pressés de toutes parts, ils montrèrent signe de parler ': et finalement se rendirent à Toulonté : et furent mis es mains du prevost des mareschaux, et depuis pendus à un arbre.
Ainsi fut le siège mis devant le chastel de Scandebecque, la tour prise : et se logea le duc, 1^ princes, et gens-d'armes de toutes parts : et fut l'artillerie afustee, et les aproches faictes : et auxdictes aproches fut tiré du traict , tout outre le visage d'un escuyer, nommé Jehan Rasoir, serviteur de messire Jaques de Lalain : et n'en mourut point. Aussi fut blecé un moult bel et vertueux Jeune chevalier, nommé messire Jehan du Bois, signeur de Hanneliin : et eut le pié senestre percé d'une ooulevrine. Plusieurs y eut blessés et navrés (qui sanS' grande cause s'approchoy ^t, et décou vroyent devant le traict) dont je me passe pour abréger : et fut t'artiilerie du duc si-bien diligentee, que les Gandois, eux voyans enclos de toutes«parts, commencèrent à parlementer : et firent traiter par leur curé, et se rendirent à ja voulonté du duc, corps, vie, et biens : et ne demeura le siège que cinq jours entiers : et furent tous pendus, réservé le prestre, leur curé, et un, qui se disoit capitaine de Gavre : qui fut gardé , pour les causes, que vous pourrez ouir cy-apres : et fut le capitaine pendu au pont-levis : qui estoit noble homme, et l'un des beaux hommes que l'on pouvoit veoir : et ainsi prit le duc le chastel de Scandebecque.
Le duc fit retourner son artillerie : et prit conseil d'aler assiéger le chastel de Poucques : et tira celle part : et le mareschal de Bourgongne, acompaigné des Bourgohgnons, de messire Jaques de Lalain, des signeurs de fieauchamp, et d'Emeries, et autres capitaines, tirèrent contre le chastel de Gavre : pource que celuy, qui se disoit capitaine de Gavre ( comme dict est ), promit audict mareschal, de luy faire rendre la place. SI fut mené parler à ses compaignons : mais Ils tindrent petit de compte de luy , et de son pouvoir : et tirèrent après luy canons, et autres traicts : et s'en revint le mareschal de Bourgongne sans autre chose exploiter pour celle fois : si non qu'il fit pendre le Gandois à un arbre : et coucha celle uuict, et la compaignie, en un vilage, assez près dudict lieu de Gavre : et le l'endemain retourna l'avantgarde devers le duc de Bourgongne* Le bon duc (qui desiroit de soy venger de ses rebelles , et qui vouloit exécuter l'esté ; qui estoit bel et sec ) se
tira, au départir de Scandebec, devant le chaste! de Poucques. Si fut le chatel environné de touteS'.parts , et de plaine venue la basse-court brulee et arse, voire leur pont, gisant jusques au pont-levis, qu'ils avoycnt a grande haste drecé contre, et pour la deffense de leur porte : comme afin que l'on n'eutrast peslemcsle par le pont.* Si fut l'artillerie drecee grosse et petite, contre un pan de mur, entre deux tours : lequel pan de mur estoit maçonné d*une sale et autres chambres : et voyoit on bien , par les fenestrages , que celuy pan ne pouvoit avoir guères grand force : et aussi le lieu et le terroir estoit convenable à asseoir artillerie, au regard des marescages des autres costés : et furent en peu de temps les- tours et ies murailles fort empirees* En faisant icelle bateure, il avint que par un matin messire Adolf de Cléves, le bastard de Bourgongne, et autres jeunes signeurs, alérent visiter i'ai*tillerie, et une bombarde, nommée le Bergère, qui moult-bien faisoit la besongne : et se tenoyent pavesés et couverts du mantel de celle bombarde : et vint celle part le bon chevalier messire Jaques de Lalain : qui se tira hors de la couverte, et voulut regarder du convive, de la place, et de la bateure : et se bouta derrière deux tonneaux, pleins de terre : et pardessus avoit deux pavais drecés. Le chevalier estoit grand : et regarda entre les deux pavais : et à ce moment ceux du chastel boutèrent le feu en un veuglaire (l), qu'ils avoyent nouvellement afùstè au plat de la porte. Si fut la fortune telle, que la pierre rompit les deux pavais : et assena le noble chevaliet* en la teste : et lui emporta tout le front, depuis le nez en sus : et cheut mort le chevalier à la terre : et de ce coup et douloureuse atteinte n'oublia pas Fortune sa diverse nature : qui est telle, qu'elle ne peut souffrir les fieurs, ne les fruits, sur la terre souvent venir à meurison, ou profit sans leur envoyer vents, gelées , vermines , ou temps impétueux , tendant tousjours À ses fins tre4smaudlctes : qui est de prendre la fleur sans fruit , ou le fruit sans meurison, et finalement de tout arruiner et destruîre ce, qui nnist, et croist, entre le ciel et la terre. Mais celle fois, cette maudite forsenee Fortune, faillit à son atteinte : car elle heurta au front du noble chevalier, à telle heure et à tel bmit, que la renommée de ses vertus et de son sens, et de sa chevalerie vivra et demourera en estre et en mémoire, non pas seulement par les souvenances des vivans et de leurs recors, mais autant que les écritures faietcs, et à renouveler, auront cours et durée en ce monde. Car
( I , CaDon.
Je sçay bien que le roy-(Varmes de la Toison d'or, George Ghastelain, nostre grand historio* graphe , ne plusieurs autres, qui se meslent «t entremettent d'escrire, n'oublieront point , en leurs ramentevances et escrits , cestuy messire Jaques de Lalain : dont Feraploy de leur récit, en eeste partie , fera honneur et profit à leurs œuvres et matières.
Ainsi mourut messire Jaques de Lalain : dont rame, par la miséricorde de Dieu, et par l'apparence de la vie du bon chevalier, donne espoir de prendre le chemin de Paradis : et fut le corps emporté en une église, et ensevély , et mis sur un chariot, le mieux et le plus-honnorablement que l'on le peut faire : et Taecompaignérent les nobles hommes de sa compaignie : et chevauchoyent après le corps , à cornette dépleyee , conupe s'ils fussent par luy conduits et menés en bataille : et aveques gens-d*eglise fut mené à Lalain, en Hainaut : où estoit messire Guillaume de Lalain , père dudict messire Jaques , un ancien notable chevalier , chevalier d'honneur de la duchesse de Bourgongne, et madame Jehannette de Grequi , sa mère : qui piteusement recueillirent leur 111s : mais toutesfois se monstrérent sages et constens, en portant leur deuil patiemment , cognoissans que du plaisir de Dieu chacun se doit contenter. Si fut enterré en l'église de Lalain : où depuis j'ay veu sa sépulture, moult-solennelle : et ne fait pas à demander si le duc de Bourgongne et le comte de Gharolols furent déplaisans de ceste male^venture , avec toute la chevalerie et communauté de l'armée : car il fut mesmes regreté et plaint de tous les lieux, où il estoit en cognoissance. Or ici finit ce, que je puis réciter, et mettre par mémoire , du tresvertueux chevalier , messire Jaques de Lalain priant Dieu, par sa grâce, qu'il veuille que je le voye escrit au livre de vie, aveques les parfaicta.
Le siège de Poucques dura neuf jours : et fut abatu un grand pan de mur, rez à rez du fossé : et le fossé estoit de petite eaue. Si se rendirent les Gandois à la voulonté du duc : et furent pris et liés, et tous pendus, sans rançon, ou répit, ou miséricorde : excepte un ladre (qui leans jse trouva enclos ) et deux ou trois jeunes enfans, et les gens-d*eglise : et, ce faict, fit le duc remonter son artillerie et tira à Courtray, pour prendre conseil qu'il estoit de faire : et là séjourna douze jours, cuidant trouver manière que son fils Gharles n'ailast plus-avant en icelle guerre : pource qu'il cognoissoit la fi ère obstination des Gandois, et esperoit avoir la bataille, et doutoit pour son seul fils et héritier : et pource l'envoya visiter la duchesse, sa mère : qui de le retenir
fit son devoir, luy remonstrant qu*eUe en estoit requise du duc, et de ses pals. Mais il respondit courageusement qu'il ne demoureroit point, et qu'il vaudroit mieux à ses pais , à venir , le perdre jeune, que d'avoir signeur sans courage : et finalement revint le jeune comte à Courtray, avant le partement du duc son père.
Le seizième jour de juillet le duc de Bourgongne se partit de Courtray : et ala devant Gavre : et l'assiégea : et l'environna de toutes pars : et fit descendre bombardes, mortiers , et engins volans : et furent les aproches faictes, siprès que faire se peut : et à la vérité la place de Gavre ne fut guéres empiree de bombardes ne d'engins, fors le dessus des pans, et des tours, qui furent abatus : et avint, après avoir duré le siège six ou sept jours, que le capitaine du chas> tel ( qui se nommait Jehan de Bos ], voyant que pour nionstrer feu , ou enseignes , son secours ne venoit point de Gand, congnoissant la variation du peuple gandois, et se sentant batu et étonné de toutes parts, s'appensa d aventurer son cas : et prit aveques luy six ou sept hommes, ses feables , et gens de faict : et fît une saillie par le plus obscur de la nuict, et frapa hardiment sur les premiers qu'il trouva es tranchées, et es aproches ( qui furent en petit nombre , et qui ne se doutoyent de rien), et finalement mit iceux en fuite et desroy : et feit un grand effray sur l'artillerie : mais luy (qui avoit ailleurs son emprise progettee ), ne poursnyvit point : ains passa la rivière de l'Escaud à nou, et ses gens : et s'en tira à Gand sauvement : et n^est pas a oublier comment il amassa ceux de la vile, et leur dit qu'il s'estoit aventuré pour sauver ses compaignons, qui estoyent assiégés à Gavre, tt qui deiy'a estoyent en grande nécessité de vivres et de bateures, et n'y avoit moyen pour les secourir, que par bataillle, qui leur estoit par eQ\ promise : et leur dit que le duc de Bourgongne n'avoit guéres de gens , et que son armée estoit moult amoindrie par ses gens , qui l'abandon* noyent, et se déroboyent tous les jours de la compaignie : dont il estoit bien acertené par prisonniers, qu'il avoit pris sur le siège.
Là fut un Anglois nommé Jehan Ost. Iceluy Anglois avoit grande authorité aveques les antres Anglois , tenans le parti de Bourgongne : et avoit promis d'amener les Gandois en bataille : car le duc de Boui*gongne voyoit moult son profit de les combattre aux champs : et desiroi: moult de les y trouver , pour soy venger , il abréger sa guerre. Si dit cest Anglois tout haut, que pieça il leur avoit bien dit que le doc de Bourgongne n'avoit guéres de gens, et que Von ne devoit point laisser perdre ceux qui estoyent
Memoi&es i>*olivier de la M.\rCKC;
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assiégés à Gavre, n*une si bonne place : et leur l dit qu'il Youloit estre le premier au front de la bataille : et les asseura moult de la victoire. Si fut le peuple léger à émouvoir : et saillirent hors de la vile de Gand en deux compaignies : dont en la première compaignie eut vingt-cinq mille hommes, éleus et nombres, sans les gensde-cheval, Anglois, et autres : et conduisoit les chevaucheurs d'icelle première compaignie ledict Jehan Ost, pour les Anglois , et un Jeune homme gandois, nommé Jehan Van Nielle, pour lesdicts Gandois : et avoyent canons et serpentines à chariots, et artillerie à poudre assez, et largement. Apres iceux saillirent une grosse compaignie de gens y où il pouvoit avoir mille hommes, et plus. Ceux saillirent sans ordre, et sans commandement : et marchèrent après les premiers, comme une arriéregarde.
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