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MÉMOIBES d'olivier DE L4 MABCHE.
Le vœu de monsieur d^ Estampes.
« Je voue à Dieu mon créateur, et à sa glorieuse mère premièrement, et en après aux dames et au faisan, que, si le plaisir de mon treshonnorè signeur et oncle, est que je voise en sa compaignie au sainct voyage de la deffense de la foy chrestienne, et résistance de la damnable emprise du grand Turq, et des Infidelles, je l'acompaigneray et serviray de ma puissance : et durant iedict sainct voyage, si je puis savoir, ou congnoistre, qu'il y ait aucuns grans princes ou grans signeurs de la compaignie dudict grand Turq, et tenans sa loy, qui ayent voulonté d'avoir à faire à moy, corps contre corps, deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, ou cinq à cinq, je, pour ladicte foy chrestienne soustenir, les combatray, à l'aide de Dieu le tou^puissant et de sa tresdouce mère : lesquels j'apelle tousjours en mon aide, par la manière dessusdicte\ Estampes. »
Le vœu de monsieur de Ravastain,
* Je voue, etc., si mon tresredouté signeur et oncle va en ce sainct voyage , si c'est son plaisir, que je seray prest d'aler aveques luy, tout par tout où son plaisir sera. Et, si tant est que mondict signeur ne puisse aler audict sainct voyage, et son plaisir soit à moy faire cest honneur, de moy y envoyer, je m'offre à le servir de mon corps et de ma chevance, tant et siavant, qu'il me sera possible.
» Adolf de Gléves. »
Le vœu de monsieur le Bastard.
w Je Anthoine, bastard de Bourgongne^ voue aux dames et au faisan , que , si mon tresredouté signeur va en ce sainct voyage , j'iray aveques luy, et le serviray de mon corps et chevance : et, au cas qu'il n'y voise, et il luy plaise moy y envoyer, et commander aucune chose sur ce, en quelque manière que ce soit, je m'y empleyeray de tout mon pouvoir, comme tenu y suis : et, des le jour que je partiray , je prendray une emprise, laquelle je porteray tout le voyage durant , pour combatre un Turq , en quelque manière qu'il voudra requerre : et ce feray sçavoir en l'hostel du Turq. »
Le vœu de monsieur de Pons.
« Je voue premièrement à Dieu, aux dames et au faisan, que, s'il plaist à mon tresredouté signeur et puissant prince, monsieur le duc de Bourgongne , aler encontre le grand Turq , et
autre part sur les Sarrasins, et il me fait te] honneur que j'aie en son service, je le serviray 'de mon corps, tant que ma vie durera, oaquil luy plaira. Item, si son bon plaisir n*est que je soye en son service, je voue à Dieo, comme dessus, en demy an prochain venant, qnejeiK sejoumeray en vile quinze jours passés, jusqucs à tant que corps à corps j'aye oombatunn Sarrasin d'iceluy Turq, ou d'autre lien, selon que je le pourray trouver premier, à l'aide de >06tre-Dame : pour l'amour de laquelle jamais m coucheray en lict le samedy, josques faye acompli ce que dict est. Faiet le dixseptiémede février, 1453.»
Le V(BU de monsieur de Chamif.
« Je voue aux dames et au faisan, que.» mon tresredouté et souverain signeur, monsieur le duc, entretient le voyage sainct sur les lofidélies, je le serviray de mon corps et de mes biens, au cas toutesvoyes que je n'auray maladie, ou loyal ensongne de mon corps : et, en ce cas, j'y envoyeray huict ou dix gentilsJwmmes, payés pour un an. »
Le vœu de monsieur de Crouy.
• Je Anthoine, signeur de Crouy, considefe le vœu qu'a fait mon tresredouté signeur, met sieur le duc de Bourgongne, en eDsnyvanl itt luy, voue à Dieu mon créateur, aux damfô,«l au faisan, qu'au cas que mondict signeur le doc entretienne son voyage et armée, que sous l« conditions contenues en sondict vœu , qu'H > voué de faire sur les Sarrasins et mécreans, i» ainsi que ce soit son plaisir, j'yray avecpieh) et en sa compaignie, et le serviray, pour IT^»' neur de Dieu, en sondict voyage, de mon corps, et à mes despens, un an entier, sans pouree prendre ne de luy, ne d'autres Chrestiens, aucuns gages ou bienfaicts : et obeiray à luy, OQ > celuy qu'il luy plairra ordonner son lieutenant en ceste partie , en tout ce qu'il luy ]^m« * moy enjoindre et conmiander, en renonçant a toutes vaines gloires, orgueil, et autres choses mondaines, qui en aucunes manières pourroyco^ empescher ou retarder ce que dessus est dict, et généralement à toutes autres choses, qui b« pourroyent survenir, excepté mort, prison, « maladie, ou autre empeschement raisonnable, et tel qu'à mondict signeur, et autres princes, sembleroit estre digne et sufQsant pour excusation, et tellement que ce sera au plaisir deNos* tre-Scigneur, à la salvation de mon ame,eta mon honneur. Tesmoing ceste cedule , 5ign« de ma main, etc. A. db Cbov.'
Le voeu de monsieur de Cymay,
* Je Jehan de Grouy, signeur de Cymay, fay autel et semblable vœu à Dieu mon créateur, et à sa glorieuse mère, aux dames , et au faisan, qu'a fait monsieur mon frère, et tel que ey-des- 8US est contenu : et, au cas que par maladie ou autre empeschement, qui fust si-apparent que chacun congnust que je n'y pourroye aler, j'y envoyeray huict gentils-hommes de nom , et d'armes , à mes despens, payés pour un an entier, pour servir à l'honneur de Dieu, mondict signeur et prince, sous et par la manière dessusdicte. Tesmoing mon signe, cy mis. i.
» De Groy. »
Le vœu de monsieur de Santés,
« Je voue à Dieu mon créateur et à la glorieuse Vierge Marie, sa douce mère, en présence de treshaute et trespuîssante princesse, des nobles dames et damoiselles, qui cy sont, et à ce faisan, que, si le Roy, ou mon tresredoutè signeur, monsieur le duc de Bourgongne, prendent la croisée, pour résister à la puissance, et contre l'empereur des Turqs, ennemis de la saincte foy chrestienne, je les y serviray et acorapaigneray en ma personne, l'espace d'un an : et, si à l'occasion de ma vieillesse et foiblesse de corps je n'y pouvoye aler, si y envoyeiay je , pour gaigner les pardons, et satisfaire aux péchés et deffautes que j'ay par cydevant corannises, et moy aquiter de l'obligation que je doy à la foy de Jesus-Ghrist à cause du sainctbaptesme, deux hommes-d'armes et deux archers , suffisamment montés et armés : lesquels je payeray et soudoyeray, par l'espace d'un an, à mes despens. >»
Le vcBU de monsieur de Crequi,
« J'ay ouy et entendu la pitoyable complainte de notre mère Saincte-Eglise : dont mon cœur a receu amére et douloureuse déplaisance : mais, quand j'ay sceu le vœu de mon tresredoutè signeur, celle douleur s'est ainsi comme cessée ou adoucie, pour le grand espoir que j'ay, qu'aucun bon et sainct fruit s'en ensuy vra : et, combien que chose, que faire puisse, pourroit peu profiter et valoir à la ressourse et grande désolation d'Icelle, neantmoins, pource qu'aveques les grans princes de la chrestienté, raison est cju'elle soit secourue et servie à sa nécessité, des moyens et des petits, je voiie aux dames et au faisan, que, moyenant la grâce de nostre be-
noist créateur et de sa benoiste mère , au cas que les besongnes et affaires de mondict tresredoutè signeur pourront souffrir qu'il entreprende le sainct voyage dont en son vœu est faicte mention, et il luy plaist moy recevoir en sa compaignie, je me mettray en son service, à mes despens, en tel estât et compaignie de gentils-hommes, et autres, que bonnement faire pourray, selon les biens que Dieu m'a donnés : et m'y empleyeray en telle façon, à mon pouvoir, que j'espère que Dieu et le monde seront de moy contens : pourveu toutesvoyes que lors ne soye empesché de mon corps : et, s'il avenoit (que Dieu ne veuille), j'y envoyeray, tant de gentils-hommes, comme autres, en tel et sigrand nombre, que la faculté de ma chevance pourra porter. «
Le vœu de monsieur de Haubourdin.
« Je voue à Dieu mon créateur, et à sa glorieuse mère, aux dames, et au faisan, que, si mon tresredoutè signeur prend la croisée et va en ce sainct voyage, je le serviray de mon corps et de ma puissance, tout le mieux que je pourray : et, si mondict signeur avoit ensongne, parquoy il n'y peust aler en sa personne, et il y envoyé aucun de son sang en son nom , je luy serviray et obeïray, comme je feroye à mondict signeur : et ne laisseray que je ne voise audict sainct voyage, en la manière dicte, si méhaing, ou prison, ne m'en détournent : et ne m'en retourneray, que je ne m'y soye empleyé un an du moins, si ce n'est pour aucuns grans biens, oo profits, pour la chrestienté, et par l'exprès commandement ou ordonnance des princes, avec qui je seray : et, s'il a vient que pendant le temps que je seray audict sainct voyage il y ait journée de bataille, je feray tant, au plaisirde Dieu, que Ghrestiens et Turqs auront congnoissance de mon nom : et me mettray en mon loyal devoir, sans passer, toutesfois, n'aller hors l'ordonnance, faicte et commandée par les princes, si je suis à la bataille ou eschelle, à l'endroit où le Turq soit, que j'aborderay le jour à sa personne : et, si Dieu par sa grâce donne victoire aux Ghrestiens , et que je puisse veoir que le Turq parte de la bataille pour soy sauver (quelque chose qu'il m'en puisse avenir), je ne laisseray la chace de luy (si je ne suis mort, ou si fort navré, que je ne le puisse parfoumir, ou que mon cheval me faiile en chemin) jusques je l'aye mort , ou prisonnier : si , devant que je l'ataigne , il ne se sauve en fortresse , ou par si fort passage , qu'on ne le puisse passer. «
MSUOIBBS D 0L1V1EB DE LA MÀACME.
Ia vœu de monsieur le chancelier de Bourgongne.
« Pource que je , Nicolas Raoutin , ohstant mon ancienneté et foiblesse, ne pourroyc bonnement aler en personne, an sainct voyage que mon tresredoaté signenr, monsieur le duc de Bourgongne, entend faire, pour la deffense de la foy clirestienne, et ainsi et par la manière qui declairee est en son vœu sur ce faict, Je voue à Dieu premièrement, et après aux dames, et au faisan, qu*en mon lieu J'envoyeray, avec mondict tresredouté signeur, en son service, audict sainct voyage, un de mes enfans, acompaigné de vingt-quatre gentils-hommes, armés et montés suffisamment : et les entretiendray à mes despens, tant et si-longuement que mondict signeur le duc y sera. »
Le vœu de monsieur de Bergues,
« Je voiie aux dames et au faisan, qu'au cas que mon tresredouté signeur le duc voise en ce sainct voyage, et qu'il luy plaise que je le serve, je le serviray de ma personne, en telle façon que mondict signeur le m'ordonnera : et , si par maladie, ou autre empeschement , je n'y puis aler, j'y envoyeray et entretiendray douze gentilscompaignons crannequiuiers, un an, à mes despens. »
Le vœu de monsieur de Commines.
« Je Jehan , signeur de Gommines , voue à Dieu et à la Vierge Marie, aux dames et au faisan, que, si mon tresredouté signeur, monsieur le duc, va en ce sainct voyage, qu'il a intention de faire, pour résister aux emprises du grand Turq et des mécreans, je le serviray par tout où bon luy semblera (soit par mer, ou par terre) de mon corps, et à mes despens : et, en cas de maladie, ou d*autre empeschement, si -apparent que chacun congnoisse que je n'y puisse aler, j'y envoyeray quatre gentils-hommes de nom , et à mes despens : lesquels je payeray tant et silonguement, que l'armée de niondict signeur s'entretiendra par-de-là : pourveu que ce soit le bon plaisir de mondict signeur. »
Le vœu de monsieur de Roche/ort.
« Je Charles , signeur de Bochefort, fay vœu h Dieu mon créateur, et à la glorieuse Vierge Marie , aux dames , et au faisan , que , si mon tresredouté signeur, monsieur le duc, va au sainct voyage , sur les Infldelles , ennemis de nostre foy, si son bon plaisir est, j'yray aveques luy, et l'acompaigneray et serviray de mon
corps, et de ma puissance : et, au cas que mondict signeur n'y ra en cedict sainct voyage, et mondict tresredouté signeur et maistre, moasieur le comte d'Estampes , y va, si c^est son plaisir, j'yray semblablement aveques luy, et le serviray de mon corps et de ma chevance : pourveu qu'aucun accident de maladie, ou autre, ne me survienne, parquoyje ne puisse aler au sainct voyage : auquel cas j'y envoyeray six gentils-hommes, armés et habillés : et les paye* ray pour un an entier. Et, si ainsi que mondict signeur d'Estampes trouve lesdicts InfideMes, qui le fournissent pour son vœu (c'estassavoir de combatre deux contre deux , trois contre trois., quatre contre quatre, ou cinq contre cinq] et le plaisir de mondict signeur et maistre est que je l'acompaigne, en ce cas, je seray voulontiersdc ceux, qui combatront aveques luy lesdicts Infidélies, par la manière dicte, et ainsi que mondict signeur Tentent. »
Le vœu de Jehan du Bois,
« Je voiie à Dieu, à Nostre-Dame, aux dames, et au faisan, que , s'il est ainsi que mon tresredouté signeur, monsieur le duc de Bourgongne., entreprenne, et voise au sainct voyage ordonné, pour la deffense de la foy chresticnne , et que son plaisir soit que je voise en sa compaignie. je le serviray de mon corps et chevance , et ne l'abandonneray tant qu'il y sera , ou que la \ie me durera : et que, de^ le jour que partiray, ne mangeray, par vendredi , chose, qui ait recen mort,jusques à ce que je me seray trouvé embesongnéyCombatant main à main à un, ou plusieurs ennemis, deladicte foy. Item^ et si mondict tresredouté signeur a bataille au grand Turq, et que bannière de mondict tresredouté signeur et celle de ses adversaires y soyent dépleyees,etje soye en ma franchise et liberté , sans estre mébaigné, je m'aborderay à la bannière du gnud Turq , si je la puis nullement congnoistre : et la trebucheray par terre, ou je mourray en la peine. Et, au cas que les affaires de mondict tresredouté signeur ne puissent porter d'y aler en sa personne, ou il y commette monsieur son fils, monsieur d'Estampes, ou autre, je le ser\iniy en toute obéissance, comme la personne de mondict signeur. Et , s'il avient que monsieur d'Estampes emprende bataille a aucun prioce, acompaigné de certain nombre de nobles hommes, et il luy plaise, de sa grâce, moy faire ces! honneur, que j'en soye l'un, je m'y empleyeraj tellement, qu'au plaisir de Dieu, de Nostre- Dame, et de monsieur Sainct George (aoxqueb je prie qu'ils m'en donnent la grâce), je luy fe* rav honneur. »
MÉMOIBCS d'OLIYIEIH D« LA MARCHB.
Les v€BUS de monsieur de Bousst^ et de messire Philippe de Lalain.
« Monsieur de Boussu et messire Philippe de Lalain vouent à Dieu, à Nostre-Dame , aux dames , et au faisan , que , si mon tresredoulé signeur, monsieur le duc de Bourgongne , \a en Turquie , à rencontre des Infidelles, les dessusdicts le serviront bien et loyaument, si le plaisir de mondict signeur est qu'ils y voisent : et du jour qu'ils partiront , ils porteront une emprise , pour en combatre deux : et, si le tiers y venoit, ils en prendront telle aventure , que Dieu et Nostre-Dame leur voudront envoyer. »
Le fXBU de messire Claude de Toulongeon.
Je voiie à Dieu, à Nostre-Dame, et à madame saincte Anne , aux dames , et au faisan , que je serviray mon tresredouté et souverain signeur, monsieur le duc et comte de Bourgongne, au sainct voyage qu'il a intention faire à rencontre du Turq, ennemy de nostre foy : et le serviray du corps , tout le temps qu'il y sera : et des biens que Dieu m'a donnés, j'y empleyeray tout ce qu'il me sera possible : et, au cas que mondict signeur ait quelque empeschement , par quoy il n'y peust aler, s'il y envoyé aucun de son sang, je le serviray, et obeîray, durant ledict voyage, comme je feroye la personne de mondict signeur : et, outre-plus, incontinent que je seray hors des marches de pardeça , je porteray une emprise, pour faire armes, à pié ou à cheval, à rencontre d'un des gens dudictXurq: lamelle emprise je feray signifier (si je puis) en son ost : et tout par le bon gré et licence de mondict signeur : lequel j'ensuppliray et requerray : et, si celuy, qui voudra lever madicte emprise, ne me vouloit venir combattre devant mondict signeur, ou son commis , je l'iray combatre devant le Turq , moyenant que je puisse avoir • bonne seurté. »
Les WBUs de messire Chrestien et de monsieur Evrard de Digoine.
< Nous Chrestien et Evrard de Digoine, frères, chevaliers, vouons à Dieu, à la benoiste Vierge Marie, aux dames, et au faisan , que , si nostre tresredouté signeur, monsieur le duc de Bourgongne, va au sainct voyage contre les Infidelles , nous irons aveques , et le servirons de corps et avoir : et , s'il avient que nous nous trouvions en bataille aveques les Infidelles, nous ferons nostre pouvoir de porter jus la première enseigne, qui apperra des ennemis : et de ce ferons si-grand devoir, ou'il ne sera point dit,
que nous n'en ayons faict nostre possible. Et , s'il plalsoit à nostre tresredouté signeur, monsieur d'Estampes , de nous faire cest honneur, et grâce , que nous fussions deux de ceux dont il s'acompaignera pour fournir aux armes de son vœu , nous le servirons tellement , qu'au plaisir de Dieu, luy et tous autres devront être contens. Et, outre, je Chrestien de Digoine, voiie comme dessus, que, s'il plaist à mon créateur et à sa glorieuse mère, moy faire tant de grâce que je retourne , je repasseray par trois royaumes chrestiens : dedans lesquels je porteray emprise, pour faire armes à pié et à cheval. » Sur quoi finit ledict banquet, et lesdicts vœus.
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CHAPITBE XXXI.
Du mariage de Caisnéfils de Crouy à une fille du comte de Saincl-Pol : du voyage du bon duc Philippe en A lemaigne : et du mariage du comte de Charolois, avec madame Ysabeau de Bourbon.
En ce mesme temps le signeur de Crouy, estant à Luxembourg , fit espouser Jehan de Crouy, son fils aisné , à la fille du comte de Sainct-Pol : laquelle fille fût baillée es mains du signeur de Crouy, qu'elle estoit jeune, et enfant: et fut traité iceluy mariage entre le comte de Sainct-Pol , père de la fille , et le signeur de Crouy, père du fils. Mais pour aucun mal content, ou autres causes, ledict comte de Sainct- Pol ne Touloit point que le mariage se parachevast : et toutesfois il n'avoit sa fille en ses mains : mais l'avoit le signeur de Crouy : comme dict est. Parquoy il fit consommer le mariage : et envoya prier le comte, et ses amis, notablement : mais le comte n'y voulut point aler, ne les amis : dont grande haine se conceut entre les parties, et toutesfois fut, et demoura faict, ledict mariage : et soubtiva chacun de troubler son compaignon , et de l'effect ^ et de ce , qui en avint, je deviseray cy-^ipres.
En ce temps du banquet du duc, se trouva à risle le comte de Sainct-Pol , comme l'on peut voyr cy-dessus : et ne se contenta point le duc du vœu, qu'il avoit fait en sa présence : pource qu'il ne se monstroit point suget, tel qu'il estoit. Or fit le comte une grande feste à Cambray, et une grande assemblée : où il y eut tournois et joustes , et grans entremets : mais , pour la cause susdicte , ne voulut souffrir le duc, que nul der sou hostel y alast : et commencèrent telles choses à mettre le comte .en défidence , et squpson : parquoy il s'élongna de la maison de Bourgongne : et se tenof t aveques le roy de
HfiMOIEES D OLIVIER DE LU MAHCHE.
France. Eu ce temps le comte avoit besongné aveques le duc Charles de BourboD , pour avoir Ysabel de Bourbon , sa fille , en aliance de mariage, pour Jehan de Luxembourg, aisnéfils du comte : mais la damoiselle avoit esté nourrie avec la duchesse de Bourgongne : et estoit en la maison du duc : qui estoit son oncle : parquoy le comte ne parvint point à son emprise : et avint qu*en dissimulant ledict mariage, le bon duc (qui avoit empris d'aler à Rissebourg, et ne sçavoit s'il passeroit outre , ou s'il auroit autre détourbier ) , fut conseillé qu'avaut son partement il mariast son fils : et , voyant les mœurs, vertus, et conditions de sa nièce, Ysabel de Bourbon , dessusdicte, il prit en son opinion de la donner à femme à son fils : et envoya querre le comte à toute diligence : qui desja avoit pris congé de luy , pour aler en Hollande , es affaires du duc son père : lequel revint hastivement, pour obeïr : et à la vérité , la duchesse ne conseilla point le mariage : pource qu'elle queroit et entendoit de marier son fils en Angleterre, à la fille aisnee du duc d'York (qui depuis fut duchesse d'Ëxestre ) pource qu'elle le vouloit aller en Angleterre : où elle avoit le cueur par nature : car elle fut fille d'une fille de Lanclastre , mariée au roy de Portugal , son père : et toutesfois fut le duc obeî de la mère et du fils : combien qu'à ceste cause furent aucuns différens en ceste matière. Moult prisoit et louoit la mère les vertus et conditions de la noble damoiselle.
Si furent fiancés secrètement : pource que le duc n'avolt le consentement, ne le sceu , du duc de Bourbon, père d'elle , ne de la duchesse , sœur germaine du duc : et tendoit le duc d'avoir lasigneurie de Ghasteau-Ghinon, pour Joindre à Bourgongne. Si fut envoyé Jehan Boudant, escuyer, dessusnommé, pour conduire ceste matière : et s'en retourna le comte en son voyage de Hollande. Le bon duc ( qui tout ardoit de faire son voyage , et d'exécuter ce qu'il avoit promis) fit diligenter son partement : et se partit , à moins de cent chevaux , de la vile de risie, le quinzième jour de mars, iceluy an 53 : et se fit guider à Ghastel en Porcien : dontie signeur de Grouy estoit comte et signeur : et sied assez près de Bar-sur- Aube , entrée du pals de Bourgongne : où il fut noblement receu : et ainsi se mit le bon duc en son voyage d' Alemaigne : et laissa son fils gouverneur de tous ses paîs, en son absence. 11 laissa ses paîs en paix et union, en richesses, en justice, et en toutes les bonnes prospérités , que prince peut laisser pais. Il laissa son fils ppurveu de conseil : comme du chancelier Raolln , du signeur de
Grouy, du signeur de Goux, et d'autres graos personnages : et certes ses pais demouréreaten telle prospérité , que l'on poorroit dire d'eux ce, que dit le poëte , quand il dit que les siècles estoyent dorés : et en ce gouvernement se gouverna le comte Charles si-bien et si-vertoeusesèment , que nulle chose n'empira en sa main: et , quand le bon père revint de son voyage, il trouva ses paîs entiers , comme devant.
En ce temps plusieurs nobles hommes et femmes, de l'hostel du duc, se rendirent en l'observance : et nommément Anthoine de Sainct-Simon, Anthoine de Sailly, Jehannin d'Or, et plusieurs autres : qui menèrent moatt belle et saincte vie : et ainsi s'en ala le duc en Alemaigne : et son fils demonra gouvemear pour luy : et nous tairons un peu à parler ds noble comte , et parlerons du père , et comment il exploita en Alemaigne.
Quand l'empereur Frédéric d'Austriebe sceut la venue du duc Philippe de Bourgongne en Alemaigne , luy craintif de sa personne , et voyant que tous les princes d' Alemaigne faisoyent grand honneur audict duc , et le festeyoyenl honnorablement , se retira es dernières parties de son empire : et manda au duc qu*il n'allast plus-avant pour celle fois, et qu'il envoyeroil devers luy , pour eux entendre l'un l'autre. Ce qu'il fit : et y envoya son chancelier (qui fiit depuis pape Pie), mais ilsnesepeurentacorder : et demoura la chose en roupture : et durant ce temps le duc Philippe prit une grande maladie : et fut longuement malade en une bonne vile d' Alemaigne : toutesfois par la grâce de Dieu il en échapa : et , sans faute, les princes d'Alemaigne le festeyèrent grandement ( comme ceux de Bavière : à qui il estoit parent) et autres nobles princes : qui moult-honnorablement le receurent et festeyèrent: et le bon duc, voyant et congnoissant qu'il n'auroit autre response de l'Empereur, se délibéra de s'en wtourner en ses paîs. Ge qu'il feit : et fut grandement festeyé en l'hostel du prince d'Orange : et en ce temps le signeur d'Antre maria son fils à la fille de Neufchastel : et de ceste aliana de Vergy et de Neufchastel , fut faicte grande extime en Bourgongne : pource que ce sont dew grandes maisons. Le signeur d'Antre fit diOgence d'arrester le duc son signeur à icelles noces : lesquelles furent moult-plantureusement servies de vins et de viandes : et y furent toutes les dames du paîs : et devez entendre que le signeur d'Antre fut le plus large et abandonne de ses biens, qu'homme de son temps: etof plaindoit nulle despense. Les noces durèrent quatre jours : et y estoit tout homme deffrajf «
MËMOIUES DOLlVlSa DE LA MABCHE.
et mesmes pftr tes vilages , au fraiz et à la des* pense dudict signeur d'Antre : et, à la vérité , iceiuy signeur d'Antre fut un des larges despensiers , et des libéraux hommes, qui fust de son temps.
La feste achevée, le bon duc (qui avoit le cueur et la voulonté que le mariage se fist de son âls et de sa nièce ) dépescha messire Philippe Pot , un sien chevalier privé : et par lettres, et par commandement de bouche, manda à son fils , qu'il espousast sadicte nièce, et qu'il trouvast le mariage consommé à son retour. Ce qui fut faict et acomply, selon le désir du père : et à la vérité , ladicte dame estoit toute vertueuse , et digne de ce grand bien avoir. Les noces furent à Tlsle : et y eut riches joustes : car monsieur de Ravastain et monsieur le Bastard firent la feste grande et plantureuse : «t ainsi fut madame Ysabel de Bourbon comtesse de Charolois : et fut ledict mariage en l'an 1454.