NOTICE SUR J£AN:N£ DAUC
alTaire le rôle de Pilale, était descendu de Téchafaud avec le vicaire de l'Inqaisîtioo , laissant Jeanne avec ses juges séculiers , c'est-à-idire ceux qui devaient la faire exécuter. Il n'est que trop constaté que le bailli de Rouen et son lieutenant ne prononcèrent aucune sentence ; dans Tborrible confusion , on n'entendit que ces mots du bailli : Menes-la , menet-la.
On s'est élevé avec raison contre cette violation de toutes les formes judiciaires ; toutefois , ce défaut de formes , tout odieux qu'il est -à nos yeux , ne nous fait point oublier les moyens criminels qu*on avait déjà employés contre Jeanne , et qui avaient d'avance préparé sa fin tragique : sans doute que les formes de la justice doivent être toujours respectées, et c'est toujours un crime que de s'en écarter , car elles doivent protéger rinnocence , et garantissent l'observation des lois, ou plutôt elles sont les lois elles-mêmes. Mais dans les jours où la toute-puissance est du côté de Tiniquité , et que celle-ci ne reconnaît ni frein ni empêchement , que deviennent alors de vaines règles dont l'injustice elle-même peut se servir pour justiGer ses attentats ! N'était-il pas bien facile au bailli de Rouen de (Prononcer une sentence quelconque contre la Pucelle , déjà condamnée ? Ne lui était-il pas facile de lui dire en face , de même que les autres juges, Je te cfmdamne comme relapse^ et d'y ajouter la peine du feu. S'il ne Ta pas fait , peut-on voir en cela autre chose qu'une pure distraction de gens qui ont négligé ou dédaigné de se mettre en règle , croyant que tout était fini. En supposant, en effet, que la justice séculière eût prononcé un jugement, peut-on croire que Jeanne eût été sauvée des flammes, et que le grand crime de sa mort n*e6t pas été consommé I Tout le monde sait que les juges séculiers, d'après la législation du temps , ne pouvaient ni changer, ni modifier, encore moins annuler un jugement émané d'une autorité ecclésiastique: on ne connaissait point alors ce que nous appelons , dans notre langage judiciaire, le chapitre des cireonêtanceê cUiénuantei , et malgré l'invitation dérisoire qui accompagnait la sentence des premiers juges , il était bien évident que tout devait finir par un bûcher. La vaine formule d'un jugement de plus n'eût donc été qu'une détestable hypocrisie , un odieux mensonge , ajoutés à tant d'autres mensonges , à tant d'autres hypocrisies ! Un meurtre commis par la violence est sans doute un crime horrible ; mais nous croyons qu'il y a quelque chose de plus horrible encore : c'est un assassinat qu'on commet de sang-froid et lentement , on assassinat qu'on soumet à des règles , et qu'on voudrait consacrer par des formes judiciaires!
Qui pouvait douter que Jeanne ne fût condamnée à périr dans les flammes? L'évèqoe de Beauvais n'avait-il pas envoyé dire à Jeanne, dès le matin du 29, qu'elle devait mourir dans la journée? Le bourreau n'était-il pas allé prendre sa victime à la prison , et ne lui avait-elle pas été livrée ? La mitre de Tlnquisition, placée sur la fête de l'infor-
tunée, ne portait-elle pas sa condamnation écrite en grosses lettres ? Tous les crimes pour lesquels on Tavait jugée > et que la justice du temps ponissait par le feu , n'étaient-ils pas , en forme de jugement rendu, affichés au pied du bûcher dressé dès la veille ? Que restait-il donc à faire à la justice séculière , si ce n'est d*aider Vexéeuleur de Vcswore ? Que restait-il à dire au Bailly de Rouen, si ce n'est ces mots qu'il prononça dans le tumulte et qui sont les seuls qu'on entendit : Menes4ay Menet-la»
Pour obéir à l'ordre du Bailly , deux sergents d'armes s'approchèrent , et contraignirent Jeanne à descendre de l'échafaud où elle était avec ses juges. Elle salua les assistants , et descendit , accompagnée du frère Martin l'Advenu ; des hommes d'armes anglais la saisirent en ce moment et ^entraînèrent vers le lieu du supplice avec one grande violence. Pendant qu'on la conduisait ainsi, elle faisait entendre des lamentations pieuses ; elle invoquait le nom du Sauveur des hommes, et mêlant à ses prières quelques regrets pour cette vie , Aotten, s'écriait-elle, Bown^ serailu ma dernière demeure!
Jeanne monta sur le bûcher, et fut attachée au poteau avec une chaîne de fer ; avant d'être ainsi liée, elle embrassa de nouveau la croix; obligée de s'en séparer, elle la remit au frère Isambart, et voulut qu'il la l fut élevée devant ses yeux jusqu'au pas de la morl , afin que cette croix où Dieu pendit , fût, pendant que son cœur baltoil encore, continuellement devant sa vue. En voyant le feu s'allumer, elle s'écria, Jésus ! Jésus. Gomme le frère Martin, qui était près d'elle , ne s'aperçut pas que la flamme gagnait , Jeanne l'en avertit et le pria de se retirer , et de rester au bas de l'échafaud , pour la soutenir encore par ses saintes eihorlations. L'évêque de Beauvais et quelques ecclésiastiques de l'église de Rouen s'étant approchés pour la voir «Hélas, dit-elle, en s'adressant au prélat , je meurs par vous ; car si vous m'eussiez donnée en garde aux prisons de l'église , je ne serois pas ici. » Elle ne voulut rien révoquer de ce qu'elle avait dit et fait pour sa mission venue de Dieu, et dans la persuasion où elle était que Dieu maudirait un jour ses juges, elle répéta hautement ces paroles: Âh! Rouen , j'ai bien peur que ti^n'aies à souffrir de ma mort !
Beaucoup de gens disaient que Jeanne était injustement condamnée, et ils s'affligeaient de ce que cette horrible scène se passait dans la ville de Rouen. Pour qu'il ne manquât rien à ce qu'on pareil drame pouvait avoir de sinistre , et comme si les hôtes mêmes de l'enfer avaient été appelés à y jouer un rôle , on remarqua dans la foule des figures qui riaient ; cependant la tristesse était générale parmi les spectateurs , même parmi les juges ; Jean Fabry, l'un des assesseurs, ne croyait pas qu'il y eût un homme assez dur pour ne pas être ému- jusqu'aux larmes ; l'évêque de Boulogne s'abandonnait à sa profonde douleur,
SUB.NOMMEfi LA PLCELLE U OBLEAPIS.
e( celle douleur fut remarquée de tous ceui qui étaient préseots. Des ecclésiastiques qui avaieut élé lémoios de ce spectacle, disaient qu*ils avaient pleuré sur le sort de la pauvre Jeanne plus qu'ils n'avaient jamais pleuré pour malheur qui personnelUmenl leur advint. Quelques uns de ceux là mêmes qui avaieut désiré ardemment la mort de la Pucelle , saisis tout-à-coup de compassion , pressé par le remords, s'enfuirent de la place sans savoir où ils allaient, et répétant tout haut : Nous $omme$ perdus , car une bonne et sainte fille expire dans les flammes. Nous ne voyons pas dans riiisloire qu'aucune femme ait assisté à ce terrible spectacle, et l'absence des femmes en cette occasion nous montre quelle sympa lliie les portait vers cette jeune héroïne , qu*elles regar* datent comme leur plus belle gloire, et qui, bien qu'on eût cherché à calomnier son caractère et sa conduite , mourait avec tous les sentiments et tontes les vertus de son sexe. Cependant l'exécution allait lentement ; pour que tout le nionde pût voir la Pucelle , et s'assurer de sa mort, les Anglais avaient fait construire sur le bûcher même un grand échafaudage de plâtre où la victime était enchaînée ; la flamme avait de la peine à monter jusqu'à elle; De quoi le bourreau , disent plusieurs témoins , étoil marri, cl avoil grande compassion de la forme et manière cruelle dont on la faisoit mourir. Quand le feu et la fumée commencèrent à l'envelopper, on l'entendait invoquer encore saint Michel et proférer le nom de Jésus-Christ ; elle mourut à l'heure où expira le divin rédempteur, et le dernier mot qui s*exhala de sa bouche et qui sortit du sein des flammes, fut le mot Jésus» Quelques speclateurs virent le nom de Jésus écrit dans les tourbillons de feu qui s'élevaient du bûcher ; d'autres crurent voir une blanche colombe qui sortait de la flamme et s'envolait vers les cieux.
Quand la Pucelle eut rendu le dernier soupir, ceux qui présidaient à cette exécution commandèrent au bourreau de retirer un peu le feu, aflu que tous les assistants pussent la voir morte, a Alors, dit une chronique contempo- » raine, fut le feu tiré arrière, et Jeanne fut vue » avec sa robe arse (brûlée) ; et tous les secrets » qui peuvent être ou doivent être en femme , » pour oster les doutes du peuple. Quand ils » rcarent vue assez et à leur gré, le bourreau re- • mit le feu sur sou corps, qui bientôt fut mis en » cendres. » On se rappelle que Jeanne d'Arc, lorsqu'elle était malade dans sa prison, demanda à ï>es juges qu'on Tenseveltt en terre sainte, si elle venait à mourir; mais sa mort ne rassurait pas les Anglais qui ne voulurent pas même qu'elle eût un sépulcre. Après- l'exécution , le cardinal d'Angleterre ordonna que les cendres, les os, tout ce qui restait de l'héroïne fût jeté dans la Seine.
Suite du supplice et de la mort de Jeanne. — Ainsi mourut, n'ayant pas atteint sa vingtième année , la bergère de Domremy , après avoir passé
un an et plus à la cour des rois et dans les armées, et plus de treize mois dans les angoisses et les tourments de la prison et d'une procédure criminelle. Les ennemis de la Pucelle, dans le procès dont on vient de voir la fin, avaient imaginé plusieurs crimes pour la conduire au supplice, et d'un autre côté, ils comptaient sur l'appareil d'un supplice ignominieux pour prouver tous ces crimes; ils se trompèrent, car rien ne fit plus éclater l'innocence de Jeanne que la manière dont elle mourut ; la politique anglaise avait eu pour but de flétrir la renommée de la Pucelle et de ruiner ses œuvres dans l'esprit des peuples; la politique anglaise se trompa. L'héroïne avait péri sur un bûcher ; mais tout ce qu'elle avait éprouvé d'injustices et de persécutions imposait silence aux préventions des partis, achevait d'éteindre les haines suscitées contre elle, et la gloire de Jeanne, pour tous les cœurs généreux, était devenue sacrée comme la cause du malheur. Naguère, quand la Pucelle remplissait glorieusement sa mission, la France, l'Europe n'avait point de lieux retirés où ne parvntt le bruit de ses exploits et des prodiges opérés par ses armes; depuis qu'elle avait fait une fin si malheureuse, et que le glaive de l'iniquité avait tranché ses jours, il n'était pas une ville dans le royaume, pas une bourgade , un hameau , où le récit de ce qu'elle avait souffert à sa dernière heure ne fit verser quelques pleurs ; les Bourguignons mêmes , beaucoup de ceux qui l'avaient crue un instrument du démon, et pour cela la haïssaient, ne voyaient plus en elle qu'une sainte femme couronnée des palmes du martyre, et n'avaient plus de haine et de malédiction que pour cent qui l'avaient jugée, pour ceux qui l'avaient fait mourir.
Le mécontentement s'était fait remarquer surtout dans la population de Rouen, et la présence toujours menaçante des Anglais n'avait pu arrêter la manifestation ouverte des sentiments populaires. Les juges, ceux qui avaient présidé an procès, furent effrayés de tout ce qu'on disait. Une information sur les derniers moments de Jeanne fut commencée; quelques paroles de désespoir avaient pu échapper à la Pucelle à l'approche du supplice ; on voulut les présenter comme une espè<^ d'abjuration nouvelle, comme un aveu des erreurs etdeç crimes qu'on lui avait imputés. Les persécuteurs et les bourreaux de la jeune vierge, de même qu'ils l'avaient fait comparaître vivante à leur tribunal, pour qu'elle confessât ses torts et reconnût leur juridiction, voulurent faire comparaître en quelque sorte devant eux la mémoire de Jeanne, ou plutôt l'ombre de leur victime , pour qu'elle proclamât la-, solennelle justice de leur arrêt de mort. On entendit quelques témoins , et ces témoins disaient que la. Pucelle, avant de quitter sa prison, avait désavouéses apparitions et toutes les inspirations saintesqui avaient dirigé sa conduite; mais il fut bien évident que l'iniquité se mentait ici à elle-même ; aucun témoin , aucun notaire n'avait osé signer une pareille déclaration; le procès-verbal ne fufc
XOTICK SIK JEA>'i\K DAHC,
pas même achevé ; celle monstrueuse enquête , tout incomplète qu'elle était, est parvenue jusqu'à nous, car Dieu n'avait pas voulu qu'aucun des crimes de ce procès restât inconnu à la postérité. N'est-ce pas un curieux spectacle que celui de voir des juges tout remplis de la crainte d'être jugés à leur tour, et n'ayant d'autre pensée que de se justiGer?Le conseil du roi d'Angleterre, qui avait tout ordonné , tout dirigé , ne négligea pas en cette occasion de s'adresser à l'Europe, de s'adresser à la France , pour leur rappeler tous les motifs qu'on avait eus de condamner et de faire mourir Jeanne-d'Arc. Dans une lettre au pape et aux princes de la chrétienté, on racontait, au nom du monarque, qui n'avait alors que dix ans , toute l'histoire de la Pucelle et de son procès; ceux qui avaient poursuivi ce procès (c'est le sens de la lettre) n'avaient eu d'autre dessein que celui de défendre la foi de Jésus-Christ contre les faux prophètes et les apôtres de l'hérésie. Cette lettre était datée du 8 juin, huit jours après la mort de Jeanne. Une seconde lettre, datée du 28 du même mois ^. fut adressée à tous les évêques, ducs, comtes, barons et communes du royaume de France; dans cette seconde lettre, beaucoup plus détaillée, on accuse aussi la Pucelle de ce qu'elle a fait contre la foi ; mais un de ses grands crimes était de s*élre présentée devant l'ennemi capital du roi d'Angleterre (Charles vu), et de lui avoir dit, ainsi qu'à ceux de son parti, gens d'église, nobles ou populaires, .qu'elle était envoyée de par Dieu ; de s'être vantée d'avoir des rapports avec les anges et les saints du paradis ; de s'être servie de ce moyen pour donner l'espérance de victoires futures, et d'avoir diverti ainsi plusieurs coBurs d'hommes et de femmes de la voie de la vérité. On ne peut pas dire plus clairement pourquoi les Anglais avaient fait le proccès de la Pucelle , et pourquoi ils poursuivaient encore sa mémoire. Suivant toujours la même pensée, la circulaire du monarque anglais ajoute que la Pucelle, après avoir pris armes de chevalier, et s'être revêtue d'un écu en champ d'azur avec deux fleurs de lys d'or, s'était tout à coup mise en cam* pagne. (On rappelait ainsi l'arrivée de Jeanne à Orléans.) On l'avait vue conduire gens d'armes et de traits en exercice et grande comp{ignie, pour faire et exercer cruautés inhumaines en répandant le sang humain, en faisant sédition et commotion de peuple, l'induisant à par jurement et pernicieuse rébellion et fausse créance, en perturbant toute vraie paix et renouvellant guerre mortelle. Voilà à quoi se réduisait, selon les Anglais, le merveilleux dévoûment de Jeanne au roi légitime de la France; voilà à quoi se réduisaient les exploits qui avaient illustré son nom , et les services qu'elle avait rendus à son pays. La lettre en vient ensuite au siège deCompiègne, où ladite femme fut prise , où la Providence vint borner le cours des vaines^ périlleuses et nouvelles crédulités, en mettant la Pucelle en l'obéissance cl domination du roi d'Angleterre. Il s'agissait, con-
tinue la lettre, il s'agissait d'une rébellion contre la sainte Eglise , et les ordonnances et règlements de ladite sainte Eglise devaient être en cette occasion préférés aux faits et volontés des princes temporels. Aussi , pour l'hommage et exhaltation de la foi (c'est toujours le monarque anglais qui parle), nous fîmes bailler ladite Jeanne à l'évêqac de Beauvais , aOn de lui faire son procès , sans vouloir que par les gens et officiers de notre justice séculière il fût pris aucune vengeance ou punition^ ainsi que faire nous esloit raisonnablement licite, attendu les grands domages et inconvénients, les horribles homicides et détestables cruautés et autres maux innaméraJbles qu'elle avoit commis à rencontre de notre seigneurie et loyal peuple obéissant. Après ce passage , qu'il est fort inutile de caractériser, et dont nous ne relèverons pas le sens qui n'est que trop à découvert , la lettre fait une longue apologie du procès , telle que l'auraient faite l'évêque de Beauvais et ses complices les plus ardents. Dans cette lettre , on loue d'un cêté la mcK dération et la mansuétude des juges , leur espril de justice et de miséricorde; de l'autre, Jeanne est représentée comme remplie de dissimulation et de malice; on a soin d'ajouter qu'elle confessa ses mensonges avant de marcher au supplice , ce qui est une autre calomnie. Si nous nous sommes arrêtés un moment sur cette lettre du roi d'Angleterre, c'est moins encore pour faire apprécier la politique anglaise dans le procès de la Pucelle, que pour faire voir jusqu'à quel point la vérité , dans les temps de trouble et de désordre, peut être dénaturée, et pour montrer comment les partis jugent quelquefois la gloire , l'innocence opprimée et le dévouement malheureux.
La lettre du roi d'Angleterre recommandait aux prélats de faire notifier dans leur diocèse, par prédications et autrement , tout ce qui avoit été dit contre les ceuvres d'icetle femme» Nous ne croyons pas que beaucoup d'évêques français aient obéi à cette invitation, et qu'un grand nombre d'ecclésiastiquei), même parmi les Bourguignons, aient consenti à se faire les interprètes des haines et des vengeances britanniques. Seulement à Paris, dit une chronique contemporaine, le jour de saint Martin le Bouillant^ fut faite une procession générale à Saint-Martin-des-Champs. A la suite de cette procession, un frère de l'ordre de Saint-Dominique fit une prédication où il retraça devant le peuple une histoire calomnieuse de ladite Pucelle. Il faut remarquer que Paris était dévoué alors à la cause des Anglais, et qu'on s'y préparait au sacre de l'usurpateur Henri VI. Malgré toutes les déclamations de la haine et de l'esprit de parti, le souvenir de Jeanne rendait chaque jour au patriotisme français son ardeur et son enthousiasme. Chose inouïe, les merveilles de sa vie excitèrent l'ambition de plusieurs jeunes filles qui prirent le nom de Jeanne la Pucelle. Elles disoient que Dieu les avoit sauvées du bûcher et leur avoit donné la mission d'achever la ruine des Anglais. Elles ne réussirent point «\
SlIRNOMMBE LA PUCELLE U*0RLÉANS.
9*accrédiler dans les esprits, car ufi liérolsme comme celui de JeaDoe d'Arc ne simile point, ne se transmet point, el le r6le merveilleux qu'elle avait joué daus ce monde ne se joue qu'une fois. La France, d'ailleurs, n'avait plus besoin d*un miracle pour se sauver.
Tous ces efforts tentés par les ennemis de Jeanne pour flétrir le souvenir de leur victime, n'eurent que très-peu de succès, surtout dans la cité qui avait vu la Pucelle à ses derniers moments. Un des notaires du premier procès affirmait au procès de révision que les juges et ceux qui prirent part à la mort de Jeanne d'Arc encoururent une fronde noie dam Petprit du peuple. Après que ladite Jeanne fut brâlée, les populaires, ce sont les expressions des témoins , les monlroieiU au doigt et les maudiêsoient,
Noos avons dit que le siège archiépiscopal de Rouen avait été promis au zèle de l'évèque de Beauvais; la haine et le mépris qui poursuivaient son nom n'attestaient que trop les services qu'il avait rendus; mais celte manifestation même des opioions du peuple ne permit pas aux Anglais de reocnnattre et de récompenser un si honteux dévouement. Le prélat n'obtint point ce qu'il désirait; et, chose inouiel il se trouva réduit à solliciter des lettres de garantie pour sa conduite dans le procès de Jeanne. Ces lettres de garantie , que le roi d'Angleterre ne pouvait lui refuser, furent données à cette fin que tous ceux qui avoient pour agréablei les malé fiées de Jeanne, et quivoudroient troubler les jugements de notre mère sainte Église, ne tirassent en cause devant le pape le concile générai et autres, l'évèque de Beauvais, le vice-inr quisiteur, les docteurs el autres qui s'esloient entremis dans le procès. Le monarque anglais réclamait en Caiveur des j nges de la Pucelle le secours et l'appui de tous les princes de sa famille, de tons ses sujets d'Angleterre, de tous les rois ses alliés. Cette pièce singulière nous montre d'abord une contradiction étrange dans l'esprit de ceux qui avaient concouro au procès. Naguère Ils accusaient la Pucelle de méconnaître l'autorité de l'Eglise, celle du Pape et du concile général, el maintenant ils tremblent que la cause de Jeanne ne soit portée au tribunal de l'Eglise, ou jugée par le Pape et les conciles. Il n'y a jamais eu au monde de procès où les juges aient pris tant de précautions pour n'être pas jugés eux-mêmes trop sévèrement dans l'avenir; et par un miracle de la justice divine, il est arrivé que toutes ces précautions n'ont servi qu'à mettre leur iniquité au grand jour. Le monarque anglais pouvait bien protéger les juges de Jeanne devant les rois, devant les puissances de la terre ; mais comment les défendre au tribunal des consciences et devant Topinion des peuples? Pour imposer silence à l'indignation publique, on essaya de faire le procès à ceux qui s'exprimaient trop ouvertement. Ud religieux, nommé Jean Lapierre, fut cité devant le bailli de Rouen pour avoir mal parlé du jugement rendu contre la Pucelle. Saisi de crainte
à Taspect du tribunal, ce religieux demanda pardon à genoux pour ce qu*il avait dit, et fut condamné par grâce à garder prison au pain el à Veau, dans la maison des frères Prêcheurs, Qu'arriva-t-il de cette condamnation? On la regarda comme une injustice de plus, et ce fut un nouveau motif pour le peuple d'exprimer sa haine et de revenir à ses malédictions contre les juges el les bourreaux de Jeanne d'Arc. La haine publique, semblable au remords qui poursuit le méchant, s'attacha dès lors à fous leurs pas et ne les quitta plus. La multitude irritée en appela, des justices de ce monde qui les protégeaient, aux inexorables vengeances du ciel. On les suivit dans tous les accidents de leur vie, on les suivit jusqu'à leur trépas; et toutes les fois qu'il leur arrivait quelque chose de malheureux ou de sinistre, on bénissait la justice de Dieu qui les avait frappés. C'est dans cet esprit que l'hisloire contemporaine nous dit que l'évèque de Beauvais, devenu évèquc de Lisieux, était mort subitement entre les mains de son barbier; que le promoteur d'Estivet fut trouvé mort dans un colombier, hors des portes de Rouen; que Loyseleur, qui avait joué un rôle si infâme dans le procès, expira subitement dans une église de Bà|e ; que Nicolas Jiftdt, qu'on accusait d'avoir rédigé les douze articles, fut atteint de la lèpre et finit misérablement; tous avaient été punis pour ce qu'ils avaient fait au procès de Jeanne ; et , lorsque quatre ans après , le duc de Bedford mourut , on ne manqua pas d'atiribucr aussi sa fin à la colère divine. Celte indignation des peuples, qui s'accroissait chaque jour, dut contribuer dans la suite à l'expulsion des Anglais. Ce que Jeanne n'avait pu faire de son vivant s'accomplit après sa mort, et Dieu se servit sans doute du souvenir des grandes injustices qu'on lui avait faites et des maux qu'elle avait soufferts, pour achever les merveilles qu'elle avait commencées par ses victoires.
Procès de révision, — Dans l'année qui suivit la prise de Rouen, 144'9, Charles s'occupa d'abord de la révision du procès ; les lettres royales par lesquelles une enquête était ordonnée, disaient expressément que le roi de France voulait savoir la vérité sur ce procès à la suite duquel on avait fait mourir Jeanneiniquemenl et contre raison. Plus tard le cardinal d'Estouteville , archevêque de Rouen , obéit , comme il le dit lui-même , aux plaintes qui s'élevaient de toutes paris contre la condamnation de Jeanne, et fit faire une seconde enquête; ces premières informations achevèrent de montrer à tous les gens éclairés les révoltantes nullités du procès ; on put voir que le temps de la justice arrivait, et que le moment était favorable pour offrir de solennelles réparations à l'innocence, à la f^loire calomniée et livrée aux bourreaux. Comme Us premiers juges de Jeanne s'étaient servis du nom de l'église, et qu'ils s'étaient constitués en tribunal ecclésiastique , on crut devoir s'adresser dans cette affaire à la cour de Rome ; ce fut alors