‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 85 sur 157 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Comment madame Marie , Jllle et seule héritière du feu Charles de Bourgongne y fut mariee à l'archeduc Maximilian d'Austriche: et des guerres quHls eurent avec le roy Louis de France y onzième de ce nom.

En ce temps les Gandois tenoyent prisonniers messire Guillaume Hngonet, chancelier , et le signeur d'Imbercourt : et ( quelque requeste ou prière, que leur scenst faire madîcte dame pour eux : combien qu'elle fust leur princesse ) ils firent iceux deux mourir : et les décapitèrent sur le marché de Gand : et , au regard de moy , Je ne fu pas conseillé de me booter en leurs mains : et demouray à Malines, aveques madame la Grande : qui me traitta humainement : et me tint tousjours compaignie un sommelier de corps du duc Charles , nommé Henry de Vers : et ainsi Je dlssimolay le temps, Jusques après Pâques.

En ce temps ^ le duc Louis de Bavière , et l'evesqûe de Mets (qui estoit de Bade) par charge de l'Empereur vindrent devers madame Marie : et pratiquèrent le mariage de monsieur Maximilian d'Austriche , fils de TEmpereur , et de madame Marie de Bourgongne : et à la vérité ,' ils avoyent bien couleur de poarsayvre ledict mariage : car monsieur le due Charles, en son vivant, désira qu'iceluy mariage se fist D'autre part , Madame estoit requise du roj d'Angleterre, pour monsieur d'EscalIcs , frère de la Royne : et faisoit le Roy de grandes offres : et le roy de France vouloit avoir madicte dame pour monsieur le Dauphin. Monsieur de Cléves la vouloit avoir pour son fils : et mçiisiear de Ravastain pour le sien : et ainsi estoit madicte dame pressée de toutes pars : et à un conseil, qui ftittenu^ fut dict à madicte dame qa*elle feroit bien de dèclairer son vouloir , el lequel d'iceux maris elle vouloit avoir : et elle respondit froidement , « J'enten que Monsieur , mon » père ( à qui Dieu pardoint] consentit et acorda » le mariage du fils de TEmpereor et de moy : » et ne suis point délibérée d'avoir d'antre que » le fils de l'Empereur. » Et , par celle seconde raison^ les deux ambassadeurs dessusdicts avoyent bien cause de poursuyvre Madame : et, à la vérité, madame la Grande tint fort la main au fils de l'Empereur, et au mariage d'eu

(•2) Otage.

HEAIOmSS D'OLIVIEB DE LA MARCHB.

deux : lequel , averti , desceDdit le Rin : et je m'en alay aveques le signeur du Fay , et le signeurd'Irlaîn : et furent mesaproches tellement faictes , que Je fti retenu grand et premier maistre-d'hostel du flls de TËmpereur : lequel yint à Cottkmgne : et de là se tira à Gand , où il fut honnorablement receu , et à grand triomphe : et le soir , après souper, monsieur Maximiiian , areheducd'Austriche, vint venir madamoiselle Marie de Bourgongne : et à Taborder ftit sigrand'foule et si-grand*presse , qu'on ne sçavoit où se sauver.

Si vindrent en la chambre de parade : et là fut parlé du mariage : et ne fht pas ce propos longuement tenu : car tantost Ton fit venir un evesque : qui les fiança tous deux : et prirent jour, au Tendemain^ défaire les noces : et l'endemain au matin fut amenée Madame^ nostre princesse, par deux chevaliers ses sugets (asça- Yoir le comte de Chimay, et le signeur de la Gruthuse), et devant elle (qui portoyent les cierges) estoyent Min Joncker de Gueidres, et madamoiselle de Gueldres sa sœur : qui estoyent lors deux beaux jeunes enfans : et fut toute la pompe, qui fut faicte à marier le fils de l'Empereur, à la plus-grande héritière du monde : et ainsi se passèrent icelles noces (i) : et n'y eut autre chose faicte pour celuy jour.

Âpres la mort du duc de Bourgongne , le roy Louis (qui avoit juré la trêve de neuf ans) n'en tint rien : mais assembla grosse armée, et prit des signeuries et des biens de Marie de Bourgongne, héritière, ce- qu'il en pou voit prendre et avoir. 11 prit la duché et comté de Bourgongne , les comtés de Mascon , de Charolois, et d'Auxerre : et tout ce mit en sa sugettion. Il prit la comté d'Artois, et mesmement Arras : et luy changea son nom, en l'appellant Franchise. Il gaigna des principaux du conseil de la duchesse : et fit d'iceux païs comme des siens propres : et marcha jusque devant Sainct*Omer : mais le signeur de Ghanteraine, acompaigné des gens de l'hostel du duc Gharles , et autres, entra dedans Sainct-Omer : et fit grande résistance à rencontre des François : et, pourceque la duchesse de Bourgongne n'estoit pas lors bien^fournie d'argent, ledict signeur de Ghanteraine fit pour dix ou douze mille escus de monnoye de plomb, et la faisoit courre, et avoit cours parmy Sainct- Omer, et à-l'environ : et par traitte de temps il rachapta toute icelle mauvaise monnoye, et paya ses créditeurs : qui luy fut grand honneur et grande décharge de conscience.

(I) Le mariage de Maiiinilfcn et de Marie fat célébré le 18 août 1477.

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