‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 87 sur 157 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la nativité de madame Marguerite d'Austriche : et du mariage dHcelle avec le dau-, •phin Charles : de la mort du roy Louis on-' ziéme, et d'autres particularités.

En ce temps madame l'archeduchesse, estant à Brucelles, s'acoucha d'une fille, dont madame la Grande fut commère : et fut celle fille, Marguerite, qui depuis deust estre royne de France, et dont on lui fist tort : et fut celle mesme Mar-^ guérite, qui espousa le prince de Castille : mais il ne vescut guéres : combien qu'il laissa madicte dame grosse d'un fils : qui ne vescut pas longuement. Et, pour donner a entendre ce, qui avint entrç le roy Charles et madicte dame Marguerite, combien qu'il fust fiancés et espousés, la consommation du mariage estoit à parfaire : et en ce temps la guerre estoit grande entre France et Bretaigne, et avoit le roy des Rommains , par procureur ( qui fut messire Wolfart de Polhem, beau chevalier, et homme de vertu ) fait espouser la duchesse , héritière de Bretaigne : et le roy de France luy faisoit guerre de toutes pars : et croy bien que le roy des Rommains ne fit pas si grande diligence à aider et secourir la duchesse de Bretaigne . comme il devoit : et durant ce temps, le prince dOrange, amy des François et des Bretons, se mit en pratique, et tellement pratiqua, que le roy Alt content d'espouser la duchesse de Bretaigne, comme la duchesse' n'y mit pas grand contrtv dict : et remonstra au Roy, que s'il avoit celle duché de Bretaigne ajoincte à son royaume, il pottvoit bien dire qu'il avoit faict une grande et riche oonqueste : et à la duchesse remonstroit à part, que si elle estoit royne de France, elle seroit la plus- grande princesse du moâde : et ainsi furent acordès : et vint le roy Charles à Nantes, fort-acompaigné de nobles-hommes, et de beaux gèns-d'armes, et prestement firent fiancés et espousés : et celle huict couchèrent ensemble : dont ledict de Polhem (qui se veit aiHise ) fut merveilleusement troublé, ne jamais ne voulut aler, ne se trouver en l'hostel du Roy, ne de la duchesse de Bretaigne : et asses tost après vint le Roy, où estoit madame Marguerite, pour prendre congé d'elle : et ainsi fut la départie du roy de France, et de celle, qu'il avoit le premier prise : et ne fut pas sans pleurs, ne sans larmes, d'un costé et d'autre : et de ce Ait le roy des Rommains bien tost averty , par un gentilhomme, maistre-d'hostel de madicte dame Marguerite, nommé le Veau de Bousanton : qui

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MEMOIRES D*OUVIEn DE LA MARCHE.

loyalement se porta en ceste besougne. Mais j*ay tousjours ouy dire , que contre forts , et contre faax, ne valent ne lettres ne sceaux : et ne fait pas à douter que le mariage de monsieur le Daupliin, et de madame Marguerite d'Austriclie, fût bien dicté et bien seelé , et que par raison de droit on n*y pouvoit rien changer ne muer : mais les forts ( c'est à dire la puissance du roy de France ) et les faux hommes de son conseil, tournèrent ceste raison en mesus de justice : et ce fut faict pour le mariage de Bretaigne : ccmime dict est : et madame Marguerite d'Austriche ( qui avoit esté tenue neuf ans pour devoir estre royne de France), sans Tavoir desservi fut expulsée du mariage, où elle avoit esté donnée : et, tantost après, monsieur Far» cheduc, son frère, envoya le comte Anglebert de Nassau, pour pratiquer que sa sœur luy fust rendue. Ce qu'il obtint à grand peine.

Toutes fois les François, voyans que ce leur estoit plus de honte, que d'honneur , de tenir ceste noble princesse, la rendirent à mondict signeur de Nassau : et la fit le roy honnorablement acompaigner, et la ramener à son frère : qui la receut de bonne affection et voulonté : et luy ala l'archeduc et la noblesse audevant, bien une Ueùe : et descendirent tous deux à terre, pour eux bien-viengner : et faisoit l'archeduc à sa sœur tout tel , et aussi grand honneur, que s'elle eust esté royne de France : et ainsi ftit amenée à Malines , et receue à grand' Joye : et Tacompaignoit madame de Ravastain , fille du comte Louis de Sainct-Pol, et d'une fille de Savoye,

En ce temps les Gandois faisoyent pratiquer d'avoir les enfans en leurs mains : et s'adrecérent , pour mener leur pratique , à aucuns d'entour le prince : et tant pratiquèrent, qu'il fut ordonné que chacun pals auroit les enfans en leurs* mains, chacun quatre mois : et furent menés les nobles enfans à Gand, pour les quatre premiers mois : mais, quand on les demanda aux Gandois, pour les mener en Brabant, ils furent reftisans : et dirent qu'ils avoyent privilège de gouverner les enfans du prince , en leur Jeunesse : et y avoit à Gand un nommé Guillaume Rin, qui les mettoit tous à quérir des choses deraisonnables : et ainsi furent lesdicts enfans re- Aisés par ceux de Gand : et en ce temps, madame l'archeduchesse aooucha, en la vile de Brucelles, d'un fils : lequel le duc de Bretaigne fit tenir sur les fons par monsieur le comte de Chimay : et l'autre compère ftat le cardinal de Clugny : etfutbaptis4solemnellementàSainete- Goulle : et eut nom François, pour le due de Bretaigne : nuils il ne vescut guéres, et mourut

en l'aage de quatre mois : et est enterré à Cara* bergne, devant le grand autel.

En ce temps maistre Jehan du Fay s'acointa des François : et pratiquèrent le mariage de monsieur le Dauphin, fils du roy Louis, aver Marguerite d'Austriche, fille du doc d'Austriche: et se firent forts les estats des pais d'iceluy mariage, en intention d'avoir paix : et, conclusion, celle nostre princesse, environ l'aage de cinq ans, fut amenée à Hedin : où madame de Beau- Jeu la receut, comme Dauphine : et, toutes choses pourparlees, le signeur des Cordes fit acompaigner madicte dame, et mener à Amboise : et luy Alt baillée, pour dame d'honneur, madame du Secret : qui moult bien s'en acquitta : et nourrit madicte dame en toute bonté et vertu : et n'amena aveques elle que la femme du Veao de Bousanton (qui estoit sa nourrice) et ledlct Veau et son frère, aveques peu de gens de nostre nation : et certes, pour dire la vérité, le roy Louis fit bien traitter, et honnorablemeat, madame Marguerite : et, tant qu'elle fut en France, elle fut bien et honnorablement traittee, et jnsques à ce que le roy Charles la laissa pour une autre : comme j'ay dit dessus.

En ce temps mourut le roy Louis (1) : et fut roy, Charles son fils : et assembla l'ardieducson conseil, pour sçavoir qu'il estoit de faire : et fot en la ville d'Utrecht : et trouva par conseil, que prestement il devoit envoyer, devers le roy Charles^ un ambassade, chargé de toutes bonnes et gracieuses parolles: et fut ordonné que jeferoye ce message : et tant alay, que Je trouvay le Roy à Bogency. Là estoyent monsieur de Bourbon, connestable de France, monsieur d*Orleans, monsieur de Beaujeu, et madame de Beaujeo, sœur du Roy, laquelle gouvernoit tout le royaume. Le Roy, de sa grâce, me bailla bonne audience : et n'arrestay guéres, que Je ne fusse depesché, pour retourner devant l'ardieduc mon maistre. En ce temps monsieur d'Orléans, par congé du Roy, fit son entrée en sa cité d*Orleans , où Je me trouvay : et certes l'entrée ftit belle et honneste : et y estoyent, pour Tiioompaigner, la plus-part des gens-de-bien de France: et, celle entrée passée, Je pry congé : et m'n retournay devers rarcheduc mon maistre : lequel s'en revenoit à Malines.

(1) Louis XI mourut le 30 août 1483.

MÉMOIRES d'OLIVIEB DE LA HABCHE.

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