CHAPITRE XL
Comment Varcheduc Maximilian (PAustriche JU guerre aux GandoiSy pour retirer Philippe, son filsy comte de Flandresy hors de leur gouvernement.
Or reviendrons aax Gandois : qui firent grande feste de ce qu'ils avoyent le Jeune prince en leurs mains : et tantost trouvèrent assez d'adherans à leur voulonté, tant pource qu'ils payoyent bien et largement (car les deniers venoyent du peuple, et ne leur coustoyeut rien), comme pource que ledict Guillaume RIn leur preschoit, et leur donnoit à entendre (à sçavoir au peuple) que ce, qu'ils faisoyent, estoit pour le bien et utilité du Jeune prince, et que tousjours vouloyent demourer ses loyaux sugets : et disoyent que l'archeduc, le père, ne vouloit avoir gouvernement du pa!s, ne du fils, sinon pour porter les grans deniers des païs de pardeça, en Alemaigne : et ainsi abusoit les gens et le peuple :« et, au regard des adlierans, ils eurent le comte de Romont, fils de Savoye, le signeur de Ravastain , le signeur de Reure, fils du bastard de Rourgongne, le signeur de la Gruthuse, le signeur de Treisignies, le signeur de Raceguyen, leballly de Gand, le signeur d'Adiselle, et moult d'autres : et ainsi monsieur l'archeduc, nostre prince, ressembla sainct Eustace, à qui un loup ravit son fils, et un lyon sa fille : et par ce moyen s'aigrit la guerre de toutes parts : et ne veuille point parler des menues choses, avenues en icelle guerre (car ce ne sont que meurdres, et rançonneroens de gens), mais parleray des grandes choses, qui avindrent en celuy temps, et durant celle guerre : et commencerons à la prise de Termonde, faictepar l'archeduc, sur les Gandois.
En ce temps l'archeduc, nostre prince (qui avoit bon vouloir de se venger de ceux de Gand) conceut secrètement comment il pourroit prendre Termonde : et fit son assemblée de gensd'armes en la vile de Malines : et estoit acompaignè de messire Jehan de Rergues, de messire. Baudoin de Launoy, et du signeur de Ghanteraine : et, pour conduire son faict plus subtilement, avec un peu d'entendement qu'il avoit en aucuns de la vile de Termonde, mit sus une douzaine de compaignons de guerre, dont Jaques de Fouquesollcs estoit le chef : et habilla les uns en moynes-noirs, et les autres en moynesblancs, les autres en religieuses noires, et les autres en religieuses blanches : et fit d'iceux religieux et religieuses deux chariots : et les en-
voya contre Termonde, pour aborder à la porte, sur le poinct du Jour : car ceux, qui avoyent entendement aveques l'archeduc, devoyent avoir la garde de la porte à icelle heure. Si se partit l'archeduc, à tout ses gens-d'armes à cheval, bien-matin : et ala mettre une grosse embuçche assez près de Termonde, enun lieu, qu'on dit la Maladrie : en laquelle embusche il estoit luymesme en personne. Il avoit ses signes entre les moynes et nonnains, et luy et son faict tresbien ordonné : et, quand vint à la porte ouvrir, les deux chariots de moynes et nonnains entrèrent en la porte, et firent signe à l'archeduc : lequel, luy et sa compaignie, à course de cheval, ala vers la porte de Termonde : et trouva que ledict Jaques de FouquesoUes et ses gens estoyent à pié, les vouges et les battons au poing : et avoit gaignè la porte : et tantost les gens-de-cheval entrèrent dedans, et tirèrent tout droit jusques au marché : et, à gaigner iceluy marché, fut tué l'un des fils du comte de Some ; dont ce fut dommage : car il estoit bel et bon gentilhomme. Si ordonna l'archeduc gens-de-bien, pour aler par les rues, et asseurer le peuple : et par ce moyen chacun rentra en sa maison :* et le Tendemain il ne sembloit pas que la vileeust eu affaire n'effroy : mais estoit toute rapaisee, sans pillage, n'autremeurdre : et demoura l'archeduc à Termonde assez longuement : et, pour la seureté et gouvernement d'icelle bonne ville, il y ordonna capitaine messire Jehan, signeur de Melun (qui s'y conduisit notablement), et s'en retourna l'archeduc à Brucelles.
Eu ce temps, monsieur de Romont (qui estoit lors capitaine de Gand, et de Flandres, pour les Gandois) fit une assemblée de Flamans, et principalement Gandois : et se mit aux champs : et marcha jusques à Assele , où il se logea, et y demoura certains Jours : et monsieur l'archeduc, désirant de le con^atfe, voulut assembler gens, pour luy courre sus : mais ceux de Rrucelles ne voulurent point que l'on fist guerre de la vile de Brucelles, contre ceux de Gand : et ainsi ne peut l'archeduc pour celle fois rien exécuter : mais il fit praticquer le peuple de la vile de Brucelles : et par un matin le fit venir sur le marché, en grand nombre : et luymesme ala ea rhostel de la vile, et demanda aux gouverneurs s'ils entendoyent point qu'il se deust defifendre de ses ennemis, par la vile de Brucelles. Ils fu« rent un peu longs en response : et l'archedue leur dit , « Le peuple est assemblé pour me » donner aide : et ( qu'il soit vray ) venez ave-> * ques moy : et nous sçauroBS d'eux leur vou- » lonté. »
Los gouverneurs forent tous ébahis : et par-