‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 89 sur 157 · CG · texte numérisé non relu

CG

«EMOIBES UOMVIEB DE LA MABCHE.

lérent autrement qifils u^avoyent fait : et l'archeduc parla au peuple : qui tous se déclairércnt à faire ce qu'il voudroit, et commanderoit : et, celle response ouïe, me dépescha Tarcheduc : et à celle propre heure je me parti, pour aler pratiquer les Hannuyers, pour venir au service de Tarcheduc. Eu ce temps Tarcheduc avoit fait pratiquer un serviteur de Piètre Metenay, nommé le bastard de Retane : et estoit lors capitaine du chasteau d'Audenarde, pour les Gandois. Iceluy serviteur estoit lieutenant dudict Piètre audict chasteau : et asseura ledict archeduc de le mettre au chasteau, fort et foible : et, pour parfaire et asseurer ceste pratique, après que le comte de Romont et ses gens se furent délogés du lieu d'Ask, Tarcheduc se partit, et vint à Mons en Hainaut : et éleva les signeurs et les eompaignons-de-guerre de Hainaut, pour Tacompaigner à mener fin à son emprise : et ne s'en découvrit pas à chacun. Il se mit devant, pour guider les gens-d'armes : et chevaucha la plus-part d'icelle nuict : et prit un si-grand tour au tour d'Audenarde, qu'il ne fut point ouy de ceux du guet : et par bonne guide fut mené à l'entrée du chastel d'Audenarde , où il trouva ledict bastard de Retane, son marchand : et fut pris, dedans. Piètre Metenay, couché avec sa femme : lequel ne sçavoit rien de celle emprise.

L'archeduc mit bonne garde audict chasteau : et , à torches et fallots , et à grande puissance de gens-d'armes, entra dedans Âudenarde, environ heure de minuict : et fit dire par les mes, et par les maisons , que nul ne s'effrayast, ne bougeast de sa maison : et qu'il ne vouloit que -bien à ceux de la vile d'Audenarde. Chacun se logea quoyement, et sans bruit ; et le noble archeduc se logea au Cerf : et tint ses gensd'armea en telle discipline , qu'il n'y eut ne pillage y bature , ne meurdre faict , en icelle prise : et le i'endemain furent les eschoppes , et bouticques ouvertes, et toute manière de marchandise mise comme par avant : et ainsi fut celle vile d'Audenarde prise par le chasteau : et Tardieduc donna la capitainerie dudict chasteau , audict bastard de Retane : pour ce qu'il avoit esté cause qu'il avoit gaigné ladicte ville et le chasteau.

£n ce temps le comte de Romont , averty d'icelle prise, assembla une grosse bande de François, de Gandois, et autre manière de Flamans, autant qu'il en pouvoit finer, ne trouver : et vint faire un gros logis entre Ayne et Audenarde , sur la rivière : et fortifia iceluy logis , de trancbis et d'artillerie , tellement qu'il estoit fort à conquérir : et en ce mesme temps

le signeur des Cordes , fort • acompaigné de François , entra à Gand , fort et foible et à son plaisir :et estoit commune renommée qu'il estoit venu pour emporter, au roy de France, le jeune archeduc. Fust vray ou non, il nesehasta point de découvrir son intention : et, durant oe temps , une écarmouche fut entre aucuns Gandois et François à rencontre des gens de l'archeduc: mais , pource que lesdicts François ne s'aventurèrent point assez , au gré des Gandois leurs compaignous , ils mirent sus ausdicts Françob, qu'ils ne vouloyent trahir, et laisser oieurdrir, par les gens de l'archeduc : et , snr ce , s'en re- Vindrent en leur ost, et emplirent tantost, de ce language toute la compaignie : et les Flamans , doutans que ce ne fust vérité , s'élevèrent tous à une flotte, et tous ensemble tirèrent contre Gand: et, quand le signeur des Cordes *( qui estoit à Gand ) fut averty de la venue dlceox Flamans, il monta à cheval , luy et sa compaignie : et se partit , sans dire à Dieu , par une autre porte : et tira à Tournay.

L'archeduc et ses gens firent grande poursuitte , pour les atteindre : mais ils ne peoreot : et tourna l'archeduc son armée contre Gand , délibéré d'y donner l'assaut : et , s'il eost esté bien obéi, il leur eust fait une terrible venue (car il avoit sagement pourgetté son faict) : mais les Flamans firent nn alarme à l'autre bout de l'armée : auquel alarme monsieur Philippe de Cléves courut, acompaigné de ses gens, et de grande partie de ceux de monsieur de Nassau : et par ce moyen le noble archeduc faillit à son emprise. L'emprise faillie , l'archeduc s'en retourna à Audenarde : et là les Wallons Tabandonnérent : et , à la vérité , ils servirent longuement sans payement. Mais le noble prince ne s'ébahit de rien : et rassembla ce qu'il avoit d'Alemans : où il avoit une bonne bande : lesquels Alemansil contenta le mieux qu'il peut, et prit une picque dessus son col, comme un piéton : et mena iceux Alemans au pals de Vas, où Ib trouvèi*ent grande paye, et grand butin de bestes à cornes : et de là tira à Anvers , et fit desdictes bestes argent : et en revestit tous les povres compaignous de sa compagnie :et pendant ce temps il fit venir des navires , et se bouta en mer, et fit grande guerre aux Flamans de ce costé , et mesme au quartier de Bervillier (1) : et estoyent les Flamans tons ébahis de la diligence et travail de ce prince : qui espousa la guerre incessamment, maintenant par la mer , maintenant par la terre : et ne sçivoyent de quel costé eux garder.

(1) Lisez Biervlieî,

llEMOlfiES OOUVIKA UE LA UAHUIE.

En ce]l€ saison Guillaume Rio (qui estoit Tidole et le dieu des Gandois) se tira à Allost , l^our faire une exécution : mais ceux de Gand macliinoyent desja contre iedict Guillaume Rin : et luy roettoit on dessus, qu'il avoit esté cause de faire venir le signeur des Cordes à Gand, et les François : et qu'il queroit de prendre et emmener le Jeune princees mains du roy de France, et plusieurs autres choses, que l'on a aooustumé <le trouver sur unhomme, que l'on veut deffaire : et principalement luy disoyent qu'il avoit esté cause de rompre certain traité,faictÀ Terroonde, pour le bien de la paix : et disoit que ses maistres ne vooloyent point tenir le traitté : et sesdicts maistres (c'est à dire ceux de la loy ) disoyent c|u'ils n'en avoyent onqnes ouy parler : et à deffaire Guillaume Rin tint fort la main le signeur de Ravastain , et maistre Jehan du Fay . Si fut d^iesché un mandement, de-par ceux de Gand, pour aler prendre Iedict Guillaume Rin au corps, et l*amener a Gand : et fut la commission baillée au bastard de Fieviu , bon bomme-d'arme , qui bien et diligemment l'exécuta : et amena Guillaume Rin prisonnier : et Ait son procès faict^ etparceproces condamnée avoir la teste coupée. Ce qui Ait faict, et exécuté publiquement sur le marché de Gand. Or pouvez à ce congnoistre quelle seureté on a à servir peuple : car Guil* laume Rin avoit plus grande voix à Gand , et plus grand crédit, que n'avoit le.prince du pals, ne les plus-grans de Flandres : et soudainement' changèrent propos , et tous , en généralité, consentirent à sa mort : et sur le hourd on luy laissa faire ses remontrances : mais onques personne ne respondit : et dit Iedict Guillaume sur ces derniers roots, « Ou vous ne me respondez point , ou Je suis devenu sourd. » Et sur cela prit la mort en gré : et eut la teste coupée , comme dict est : et, depuis icelle mort, monsieur Tarcheduc eut plus d'entendement, pour le bien du pais, et pour la paix, qu'il n'avoit onques eu : et restoit eucores, pour ceux qui tenoyent la vile contre le prince, un nommé Jehan Coppenolle, chaussetier, demourant à Gand: qui li'estoit guéres de meilleure condition , que Guillaume Rin : et fut retenu , pour entretenir ces brouillis, maistre d'hostel du roy de France, a six cens francs de pension par an.

Or ' est temps que Je revienne au faict de Bruges. Les marchands et les notables delà vile se tannèrent (1) de la guerre : et , à la vérité , ils devenoyent pauvres et souffreteux. Si s'appensérent de mander monsieur Tarcheduc d' Austriche et monsieur de Nassau, pour traitter

I) 8e laliguèrem.

d*appoiuteffient : et vint monsieur d'Austriche à Bruges, aoompaigné de monsieur de Nassau, et de grans personnages de son hostel : et fut receu , par ceux de Bruges , de grand cueur , et de toute bonne voulonté : et en ce temps estoit revenu de France le signeur de la Gruthtise : et pour la première exécution , qui fut faicte à Bruges, mondict signeur de Nassau, sachant que le signeur de la Gruthuse estoit en rhostel. de la vile , l'ala prendre , en la présence de la loy : et le fit prisonnier du prince , et luy fut demandé s'il vouloit estre Jugé par ceux de l'ordre de la Toison d'or (dont il estoit conArére) ou par ceux de la loy de Bruges : et il respondit qu'il vouloit estre jugé par ceux de la loy de- Bruges. Si Ibt mené en la maison des prisons de la vile, où il fut prisonnier par certain temps : et l'an 81 , le vendreày desquatre-temps, avant Noël , la vile de Bruges murmura de rechef: et avoit un capitaine nommé Piccanet, qui n'estoit pas bon pour le prince : et ala en ce temps Iedict Piccanet courre par mer : et Ait pris des. gens de monsieur de Nassau , assez près du Dam : et desiroyent qu'il vinst à Bruges , pour fortifier les bons, et rebouter les mauvais. Mondict signeur de Nassau pritaveques luy le chevalier de Tinteville, monsieur Jehan de Montfort, Philippe Dale , el aucuns autres , et s*en ala à pié , du Dam à Bruges : et courageusement , et en danger , entra à Bruges : où il Ait recueilly des plus-gens-de-bien : et se trouva le plus-fort en ladicte vile : et prestement manda monsieur d'Austriche (qui estoit descendu de la mer, assez près de là) et f^it mondict signeur d'Austriche le bien venu en sa vile de Bruges : et furent toutes choses appaisees : et prestement l'on fit décapiter Iedict Piccanet, capitaine de Bruges, et certains autres complices : et de là en avant fut monsieur d'Austriche , et ses gens, paisibles et bien-venus en sa vile de Bruges : et y fit régner Justice , et la marchandise r dont 11 fut beaucoup mieux-aimé , et bien-voulu.

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