‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 91 sur 157 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Comment l'archeduc Maximilian (TAustriche fut eleu Rùy des Romains : et comment V empereur Federic , son père , le délivra des mains de ceux de Bruges.

Monsieur l'archeduc eut nouvelles d'Alemaigne : et se tira celle part , bien-acompaigné, et bien-empoint : et ne demoura guéres , que nouvelles nous vindrent, qu'il avoit esté eleu et sacré (1) roy des Romains, du vivant, et en la présence de l'Empereur son père, et du plaisir et voulonté de tous les princes d'Alemaigne : et devez sçavoir que ce nous fut grand'joye par deçà, d'avoir un tel posteau, et une telle espaule , qu'un roy des Rommains père de nostre prince, et avoit commandé , avant son partement , que je fusse mis grand et premier maistre-d'hostel de son fils : et par luy fu je mis aveques son fils : où j'ay demouré jusques à présent : et le Roy manda monsieur de Mingonal , et le feit son grand et premier maistre-d'hostel en ses pals de pardeça : et ainsi nous pourveut tous deux, selon son désir : et d'ores-en-avant, quand je parleray de luy, je le nommeray Roy : comme c'est raison. Grande feste et grand estât tint le Roy à Nostre-Dame d'Aix , à son sacre : et puis se retira chacun des princes en son païs : et ne demoura guéres , que le roy des Rommains vint pardeça : et luy fut faict l'honneur, qui luy appartenoit , et la réception , par toutes les viles , comme à roy : et luy ala son fils au-devant , jusques à Utrecht sur Meuse : et puis s'en revindrent en Brabant : et , la première chose qu'il

(1) L'élecllon eut lieu à Francfort le 16 février 1486.

MKMOlUbS U'ULIVIKK DE LA MAHCIIE.

fit, il se tira à Louvaiu : et là fit monsieur Tarclieduc son entrée, comme duc de Brabant : et tait le père son fils en possession de tous les pais, dont il avoit la mambournie : et s'en vint la Royne à Malines, fort acompaignee de dames et de damoiselles , et en grand triomphe : et , pour abréger mon escriture, le Roy se Ùra à Anvers, et d*Anvers à Bruges.

En ce temps (1) courut une voix , que le Roy vouloit faire passer sa garde par Bruges , en intention de mettre Bruges à sugettion : et fut bien vray que le Roy manda sa garde, pour les faire tirer en d'aucuns lieux , où il avoit à faire : mais il n'avoit pas la voulonté de mettre Bruges en autre sugettion qu'elle estoit. En conclusion , ceux de Bruges avoyent ceste opinion , et principalement le commun : et commencèrent à estre sur leur garde , et à garder leurs poi'tes : et coutraindirent le Roy, de s'aler tenir sur le marché , en la maison d'un espicier , nommé Crainebourg : et se mirent sur le marché , en grand nombre : et Goppenolle (qui estoit en France ) revint bien-diligemment : et firent un hourd sur ledict marché (que le Roypouvoit bien veoir de sa fenestre) , et sur ce hourd, et publiquement, firent gehainer et couper la teste à un bien-noble homme , le signeur de Dugelle , disaus qu'il avoit favorisé le prince , à rencontre d'eux : et firent abatre la maison de Dugelle: et luy firent tous les dommages , qu'ils luy peurent faire : et , assez tost après , firent venir messire Pierre Lanchals, un des principaux trésoriers' du Roy, et de monsieur son fils : et le firent gehainer publiquement et décapiter : et non pas eux seulement , mais plusieurs autres.

Mais nous tairons à-present de ce, pour parler de la division de ceux de Gand : et peut on légèrement entendre que Goppenolle réveilla ses amis, et ceux de sa secte à Gand : et légèrement se firent les plus-forts : et prirent Mathis Paiart : que le Roy avoit fait chevalier , et luy avoit donné une chaîne d'or , et vouloit qu'il fust continué grand-doyen de Gand, pour les services qu'il luy avoit faicts : mais , au contempt du Roy, ils prirent ledict messire Mathis, et luy coupèrent la teste , di&ant qu'il avoit esté cause que le Roy avoit receu son fils hors de leurs mains, et qu'il ne tint pas à luy que la vile ne fust perdue et perle : parce qu'il fut cause que le Roy y entra fort et foible. Encores se vengèrent ils d'aucuns qu'ils hayoyent en ladicte vile : et ceux de Bruges continuèrent en leur erreur et mauvais propos : et firent tousjours au Roy

v1) Les év(^nenien(i de l'année 1 186 manquent au récit.

de pis en pis : et se sauvoyent , des gensdu Roy, ceux , qui pouvoyent, en habit dissimulé , et autrement : et , en conclusion , pourdiaeea tant Goppenolle, que plusieurs des plus-grana personnages du Roy furent délivrés à ceux de Gand, et menés à Gand : dont l'un fût le chancelier de Bourgongne , l'abbé de Sainet-Bertin , messire Martin de Polem, messire Wolftirt de Pdeni,lc comte Philippe de Nassau, le signeur de Villarnou , et messire Philippe Loete, et on Alemant, nommé messire Jaspart May.

Geux furent prisonniers à Gand , et aouTcat menacés de faire mourir : et le tout &loit prendre en patience : et , au regard de ceux de Bruges , ils en firent mourir autant , qu'ils en peurent atteindre: et, pour monstrer leur mauvaisf voulonté, ils firent crier que tout homme , serviteur du roy des Rommains , qui voudrait partir hors de Bruges , se trouvast, à une heure nommée, sur le vieil marché : et on leur donneroit passage : et, pour ce faire , s'aaseniblérent un grand tas des plus-mauvais garsoos de la vile , et trouvèrent sur le vieil mardié gens de tous estats : qui cuidoyent partir hors de ladicte vile , comme on l'avoit crié : mais mauvais garsons f râpèrent dessus, et cd drlrent à leur voulonté : et ceux, qui peareot échaper, nagèrent le fossé. Et voila la Jostiee et la raison, qui en ce temps regnoymtà Bn^cs.

Geux de Bruges préparèrent l'hostel de nudstre Jehan Gros , pour loger le Roy. Ils y llreat faire une cage de gros bois, et toute fanée de fer : et en celle cage firent tenir le Roy , poor leur seuretè : et luy baillèrent maistre-d'hostel, pannetier, eschanson, et eseuyer-traDchaDt.. pour le servir. Ils le traitèrent bien de sa boache : mais Ils le tenoyent en grand regret et su* getti<m : et en ceste sugettion fàt longuement : et , pendant ce tmnps, les nouvelles de sa prise , et de sa détention , coururent en Aiemaigne : et pouves penser que remperenr Frederik d'Au^triche , son père, en ses vieux jours récent dures nouvelles , que son fils esMt prisonnier de ses sugets, et de ceux, qui hiy avoyent fait foy et serment , comme à père et mambour de son fils , comte de Flandres, leur signeur et leur prince.

Le vieil Empereur se trouva contraint dV mour paternel : et prit courage , mandant tons les princes de son sang en Alemaigne : et ieor déclaira qu'il vouloit, en sa personne, venir pardeça , pour la reoouvrance de son fils , pour le mettre en son franc arbitre , et pour le venger de ceux , qui contre droit le molestoyent : et les princes d'Alemaigne se conclurent d'acompaigner l'Empereur , et descendre pardeça : et le

MÉMOIRES D*OLIVlEB 1)Ë LA MABCIIE.

firent : et les premiers , qui descendirent , ce furent deux ducs de Bavière , ascavolr le duc Christofle de Bavière , et le duc Wolfkam de Bavière , son frère : lesquels amenèrent environ deux mille combatans : mais ils ne vindrent pas comme les autres , qui vindrent depuis : car e^estoyent deux maisnès de Bavière : et les oonvenoit payer : ou certes je croy qu'ils se fussent tournés du costè des Flamans : toutesfois Ton pratiqua tellement , qu'ils furent contentés : et servirent bien : car, pour la crainte de leur venue , ceux de Bruges firent apointement aveques le roy des Rommains, pour sa délivrance : et fut cest apointement sur certains points : dont les espèciaux contenoyent que le Roy pardonnoit à ceux de Bruges ce qu'ils avoyent fait , sans Jamais en rien quereler , ne demander. Secondement ils voulurent que messire Philippe de Glèbes demourast pleige , pour le Roy : et de tous les poincts, contenus entre ceux de la vile et le Roy, monsieur Philippe s'en faisoit pleige , et principal. Item voulurent avoir autres pleiges , que le Roy, mis en sa pleine délivrance, ratifieroit, de nouvel , tout l'apointeroent faict entre eux : et (comme j'ay dit cy-dessus) des menues choses , avenues en ceste guerre , Je me passe légèrement, pour venir es grandes choses et es grans poincts avenus : et commenceray , pourqnoy, n'a quelle cause , mondict signeur Philippe de Gléves se tourna eunemy de Roy , et de son prince : et le coucheray au plus-près de la vérité , qu'il me sera possible.

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