‹ Les mémoires de messire Olivier de la Marche, augmentés d'un Estat particulier de la maison du duc Charles le Hardi, composé du mesme auteurChapitre 15 sur 45 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

D'une maladie du bon duc Philippe ; çle la mort du roy Charles septième ; et du couronnement du roy Louis onzième^ son fils.

En ce temps le duc Philippe eut une maladie, et par conseil de ses médecins se fit raire (*) la teste, et oster ses cheveux : et pour n'estre seul rais et dénué de ses cheveux, il fit un edict que tous les nobles hommes se feroyent raire leurs testes comme luy : et se trouvèrent plus de cinq cens nobles hommes $ qui pour l'amour du duc se firent raire comme luy ; et aussi fut ordonné messire Pierre Vacquembîc , et autres, qui, prestement qu'ils veoyent un noble homme, luy ostoyent ses cheveux; et vint ceste chose malà - point , poui; la pareure de la maison de Bourgongne : car en ce temps vindrent nouvelles à monsieur

(*) Raire : raser.

2l8 MEMOIRES

le Dauphin que le roy Charles son père estoit malade à Meun-sur-Yévre : et ne demoura guéres d(? temps après que les nouvelles vindrent qu'il estoit mort. Ce qui fut vray : et mourut aûdict chastel de Meun-sur-Yévre, 1-e jour de la Magdelaine 1461.

Ces nouvelles de la mort du roy Charles furent tost publiées : car monsieur le Dauphin (que je nommeray roy d'ores -en avant) fit ces choses hastivement sçavoir à monsieur le duc Philippe et à monsieur de Charolois : et devez sçavoir que grandes préparations se firent de pompes et autrement, pour mener le Roy à son sacre , où le bon duc le voulut bien acompaigner, pource qu'il l'avoit nourri cinq ans en sa mai* son , et à ses despens ; et luy vouloit bien» monstrer qu'il ne le vouloir pas abandonner à son besoing : car, à la vérité , la faveur du duc de Bourgongne fit maint courage bon en France , et dont les affaires du roy Louis ne valoyent pas pis.

Or revenon à la manière que tint mondict signeur le Dauphin. Quand il se trouva roy, il estoit à Genespe (un petit chasteau et, un petit bourg qui estoit à monsieur de Bourgongne , comme duc de Brabant ), et de là se tira à Mabeuge, et quit (0 tousjours les plus-petites viles des païs du duc de Bourgongne: et luy croiskoyent gens de tous costés, grands signeurs, gens-d'arfies , et autres : et le duc de Bourgongne le suyvoit, quelque part qu'il vousist aler. Le comte de Charolois , par le moyen d'aucuns ses serviteurs ( et disoit on que c'estoit Guillaume Bische ) s'entendit fort aveques le nouveau roy de France : et tellement que depuis son sacre il le mena à Tours , où il le

XO Mabeuge , et quit : Maubeuge , et chercha.

d'olivier de là marche. n 29

festeya grandement, et luy, donna trente six mille francs de pension : mais il ne l'entretint guéres en celle pension, dont le débat et la noise commença entre eux , comme vous orrez cy-apres.

Ainsi fut conduit et mené le nouveau roy Louis de France à Reims , où il fut sacré moult honnorablement «t solennellement : et de là vint à Paris, où il prit sa couronne, au plus-grand triomphe que fit onques **oy de France couronné : car le duc de Bourgongne «^voit amené, pour acompaigner le Roy, une noblesse si bien acoustree de pompes et d'habillemens , que <i*estoit belle chose à les veoir : et estoit le duc de Bourgongne richement paré d'or et de pierreries > et son fils le comte de Charolois semblablement : et si Je me vouloye arrester à escrire les pompes çt les par reures qui furent faictes cedict jour, je pourroye estre prolix en mon escrituFe , et ennuyeux aux lisans : et pouree m'en passeray , pour abréger.

Pendant le temps que le Roy se tenoit à Paris, le signeur du Lau estoit le, mignon du Roy , et s'habilloit pareil de luy : et se faisoyent parmy Paris grandes guorres (T) et grans festeyemens : et le duc de Bourgongne estoit logé en sa maison d'Artois, auquel lieu il feit par plusieurs fois, et comme tous les jours, grande assemblée de .dames, de damoiselles, et aussi des plus-notables bourgeoises de la vile, et leur donnent grans soupers et grans banquets : et chacun jour estoit la sale parée de grans buffets de nouvelle vaisselle , aucunes fois dorée, et aucunes-fois blanche : et se firent joustes moult-riches et moult pompeuses, où jousjta le comte de Charolois, qui vint sur les rangs

(0 Guorres : divertissement.

Sfc3o MEMOIRES

moult-pompeusement , à campanes d'or et de soye : et s'armèrent le comte et sesv gens à l'hostel de messire Jehan d'Estouteville , lors prevost de Paris : et tenoyent les gens du comte de Charolois, et leurs pompes, toute ceste belle rue des Tournelles , qu'il faisoit moultbeau veoir. Moult de nobles signeurs de France jousterent bien-empoinct : mais quand vint à deviser du prix, il fut trouvé que Frederik de Wiltem, avec son escu et son cheval couvert de la peau d'un daim, avoit le mieux couru, rompu, et gaignë le prix. Iceluy Frederik de Wiltem eètoit lors un jeune escuyer sujet de monsieur de Bourgongne, et des pais d'outre Meuse: et.pourtant si son cheval n'estoit couvert si-richement comme les autres , si ne luy veux je point dérober son iien-faict.

Ainsi se passa celle jouste : et assez-tost-apres le côpate de Charolois fit un tournoy en la salle de Bourbon, qui fut moult-bien combatu : et y fut monsieur Philippe de Savoye , qui s'aquita très bien , pour sa première fois. Le Roy et la sigueurie demourerent à Paris aucun temps, et se partit le Roy : et le convoya monsieur de Bourgongne, et tous les princes de France. Le Roy prit le chemin de Touraine, et monsieur de Bourgongne s'en retourna en *es pais, en apparence de toute bonne paix. Le comte de Charolois prit le chemin de Bourgongne, et de là passa la rivière de Loire , et ala à Tours devers le roy de France, qui le receut et traita honnorablement pour celle fois. Et devoit le duc François de Bretaigne venir devers le roy de France : mais le Roy ne voulut jamais souffrir que le duc de Bretaigne et le comte de Charolois se trouvassent ensemble, et pource de-

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peschâ il le comte de Charolois avant la venue du duc de Bretaigne : et il s'en ala devers son père au pais de Flandres, et le duc de Bretaigne besongna aveques le roy de France ce qu'il y avoit à faire.

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