CHAPITRE XXXV
Comment le rojr Louis mécontenta le comte de Charolois: dont luy sourdit guêtre , sous couleur du bien-public de France. .
Comme j'ai dit dessus, le roy de France donna à monsieur de Charolois trente six mille francs de pension , et par aucun temps fut le comte bien payé de sa pension. Mais le Roy (qui fut moult-subtil en ses affaires) tint une manière que quand il se vouloit servir du comte il le traittoit bien , et teîioit mines contraires à ceux de Crouy : et quand il se vouloit servir d'iceux de Crouy, il traittoit mal le comte de Charolois. Et ainsi avint que le Roy rompit là pension de monsieur de Charolois, et rappela ceux de Crouy, dont il se Vouloit servir et aider à ceste fois : et tant convindrent ensemble, que le Roy conclut de racheter la rivière de Somme; et pour la vie du duc durant , le Roy avoit promis de ne la point racheter. Si montoii ledict rachapt à quatre cens mille escus , et contendoit le Roy qu'iceux quatre cens mille escus viendroyent en la main du comte : mais quand le roy de France veit son plus-beau, il ne tint rien au comte de ce qu'il luy avoit dict : mais en fit son
afe MEMOIRES
profit,1 et furent deux choses qui moult' depleurent au comte : l'une, que le Roy luy avoit osté sa pension, et l'autre qu'il avoit racheté (0 les terres engagées de la rivière de' Somme, pour quatre cens mille escus, qui furent mis es mains de Jacob de Brésiliens, lors garde des joyaux de mondict signeur le duc.
Le roy de France ( qui lors sç tenoit à Abbeville) visitoit souvent le duc de Bourgongne ( qui se tenoit à Hédin), et entre autres parolles li^y offrit le roy de France que s'il vouloit, il luy feroit venir le comte de Charolois son fils à la raison , et le mettroit totalement en son obéissance. Mais le dijc de Bourgongne (quitojusjours fut sage, phident et courageux) respoiidit au Roy qu'il le laissast convenir de son fils, et qu'il en feroit bien : et sembla au duc que le Roy disoit ces parolles pour mettre sa maison- et ses païs à plus-grand brouillis qu'ils n'estoyent : et ne le prit pas bien en gré.
En Ce temps un bastard de Rubempré aborda en Zeelande, à tout un léger bateau davantage. Ledict liastard estoit homme-de-faict, courageux et entreprenant; et fut tantost soupsonné contre luy qu'il ne venoit pas pour bien faire : car le comte de Charolois ( qui estoit jeune ) se tenoit lors en Holande, et s'aloit jouer à son privé de lieu en autre: parquoy les sages qui estoyent autour de luy ne s'asseurérent point dudict bastard, mais fut envoyé gens pour le prendre. Ce qui fut faict, et fut mis ledict bastard en prison fermée : et m'envoya ledict comte de Charolois à Hédin devers le duc son père, pour
(0 Ce rachat eut lieu en i4<33.
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l'avertir d'icelle prise, et des causes pourquoy : et le bon duc ouit ce que je luy voulu dire humainement, et comme sage prince : et, à la vérité, il se soupsonnoit des-lors des soubtivetés du roy de France.
Assez-tost-apres se partit le duc de Hédin , et s'eh revint en ses ppïs : dont le roy de France ne fut pa$ content, mais dépescha une grosse ambassadeC1), dont fut chef le comte d'Eu : et vindrent trouver Iç duc de Bourgongne en sa vile de L'Isle, et firent grandes propositions contre luy : et vouloit le roy de France <Jue je fusse mis en sa main , pour estre puni à son désir de ce qu'il me. met toit sus quej'avoye esté cause de la pri^e du bastard de Rubempré, et aussi que le duc de Bourgongne s'estoit parti de Hédin sans dire adieu au roy de France; mais le bon duc ( qui fut amesuré en tous ses faicts ) leur respondit que j'estoye son suget et son serviteur, et que si le Roy ou autre me vouloit rien demander, il en feroit la raison. Toutefois ces choses se pacifièrent: et, pour guerdon de toute la grande despense qu'avoit fait le roy de France, luy estant dauphin* à. la maison de Bourgongne , il luy donna , transporta et quitta vingt mille escus que le roy Charles son père a voit payés , pour avoir le droit de la duché de Luxembourg : et pour icelle somme* demoura la duché de Luxembourg en héritage paisible an duc de Bourgongne, pour luy, ses hoirs, et postérités quelconques.
Le bon duc en ce temps là estoit fort caducque et
(0 Une grosse ambassade : c'est à cette époque (i464) que commencent les Mémoires de domines-.
2 3 4 . s MEMOIRES s
envieilly de sa personne, à cause d'une grande maladie qu'il avoit eue, et qui moult l'empira; mais toutesfois il estoit prince de si-grand cueur, qu'il supportoit son mal, et ainsi lé porta longuement. En ce temps les comtés de Charolois et de Sainct-Pol se commencèrent à entendre ensemble , pour la grande haine qu'ils avoyent à ceux de Crouy : et croy bien que les mauvais raports en estoyent bien cause; et visita 1& comte de Sainct-Pbl mondict signeur de Charolois au Quesnoy et ailleurs , où ils conclurent partie de leur intention.
En ce temps monsieur Charles de France, frère du roy Louis, en espérance d'avoir partage au royaume de France par la main et en la conduite d'un noble capitaine nommé Oudet de Rie , se partit soudainement de Tours sur un bon cheval, et en peu de temps se trouvèrent en Bretaigne, ou le duc François t*eceut la compaignie à grand joye, et prestement le fit sçavoir au comte de Charolois, son frére-d'armes : et p^r le moyen du comte de Sainct-Pol commencèrent à faire aliances (0 de tous costès contre le roy de France : et de celle aliance estoit monsieur de Bourbon , le duc Louis (») : et sur luy commença la guerre par le roy de France.
Si fut une journée tenue à Nostre-Dame de Paris, où furent les seelès envoyés de tous les signeurs qui voulurent faire aliance avec itiondict signeur le frère dû Roy : et portoyent iceux qui avoyent les seelès, secrètement, chacun une aiguillette de soye à sa ceincture; à quoy ils congnoissoyent les uns les auto Aliances : ces communications eurent lieu vers la fin de l'année i464. •— (a) I* duc Louis , lisez le duc Jean.
d'olivier de LA MARCHE. 235
très: et ainsi fut faicte ceste aliance, et dont le Rov fle peut onques rien sçavoir. Toutesfois il y avoit plus de cinq cens, que princes, que chevaliers, que dames et, damoiselles , et escuyers , qui estoyent tous acertenés de ceste aliance : et se faisoit ceste emprise sous ombre du bien-publiq, et disoit on que le Roy e;ouvernoit mal le royaume , et qu'il estoit besoing de le reformer.
En ce temps se mirent sus en armes, de tous costés, icetfx aliés , et autres du royaume de France; et cuidôit le Roy que. ce fust pour venir à son aide : mais il trouva bien le contraire. Et au regard du comte de Charolois, il avertit le duc son père de l'aliance qu'il avoit faicte avec monsieur^de Berry, frère du Roy, où estoyent compris les ducs de Bretaigne, de Bourbon et d'Alençon , ensemble le comte du Maine, le comte d'Armignac^ le comte de Dunois, et moult d'autres grans personnages : et en ce temps se conduisait mondict signeur de Berry par le conseil du duc de Bretaigne et p$r le comte de Dunois, et requirent leurs aliés de toutes pars : et quand le bon duc entendit que son fils estoit alié aveques tant de gens-de-bien , il fut content qu'il s'aquitast et qu'il tinst promesse aux autres princes , et qu'il fist son armée en ses pais telle qu'il la pourroit avoir. Cev qu'il fit , et assembla grans gens - d armes et grande compaignie , et se tira aux champs au jour qui estoit ordonné : et avoit une moult - belle et puissante compaignie , où estoyent le signeur de Ravastain , le comte de Sainct - Pol , le bastard de Bourgopgne , et plusieurs autres signeurs : et fut pour celle armée, par le commandement du duc , le signeur de Hau-
bourdin, lieutenant général du comte de Charolois: et ainsi se tira celle armée aux champs, où il y avoit plus de dix mille chevaux , sans les sommiers et l'artillerie : qui estoit une grosse bande. D'autre part le duc de Berry et le duc de Çretaigne se tirèrent aux , champs, en intention d'eux joindre ensemble aveques le comte au lieu de Sain et -Denis, à un jour qui fut limité.
Mais le roy de France , acompaigné de dixneuf cens lances des ordonnances , prit conseil qu'il estoit de faire, et sur laquelle des deux bandes il couroit sus, ou sur les Bretons , ou sur les Bourgongnons : mais ils dirent tous qu'il valoit mieux courre sur les Bourgongnons, pource que l'ancienne haine d'entre les François et les Bourgongnons estoit plus grande que contre les Bretons , et esperoit le Ri)y qu'il auroit meilleur avantage et aventure. Les Bourgongnons marchèrent jusques à Montlehery : et le roy de France marcha au devant d'eux , à grosse et fiére compaignie de François. ,
Le comte de Charolois mit ses batailles en ordre, et là furent faicts chevaliers d'une part et d'autre : et en puis parler, car je fu ce jour chevalier. Le signeur de Clecy, Jehan de Monfort, Hemer Bouton, et pour nostre chef le signeur de Ghasteau Guyen, fils du prince d'Orange et de la sœur du comte d'Armiguac, et plusieurs autres, fusmes chevaliers à ce premier rencontre. Le roy de France ordonna ses batailles outre un fossé , et fit partir .environ trois cens hommes - d'armes , la lance sur la cuisse, sans varlet ou mesquine (!X, qui vindrent donner du costé du
(x) Mesquine ? lisez mêchin : serviteur.
d'olivier de la marche. 287
comte de Charolois : mais les archers de monsieur le bastard donnèrent de leurs flèches par le ventre d'iceux chevaux tellement, qu'ils les firent ressortir, et tourner le dos : et le comte de Charolois donna dedans, et porta moult grand dommage aux François, et fit un tour autour du chasteau, et puis il s'en revint joindre ayécques ses gens : et avint que le comté fut rencontré d'aucuns François, et fort occupé de sa personne, jusques à luy dire qu'il se rendist. Mais courageusement soustint l'assaut de ses ennemis : et avint :|ue le fils de son médecin, nommé Robert Cotereau, monté sur un fort cheval , voyant son maistre en ce Ranger, se vint fourrer au milieu de ce débat, l'espee m poing : dont le François, qui tenoit le comte moultile-pres, s'élongna de ceste place; et fut le comte garanti pour celle fois : et prestement le comte fit chevalier ledict messire Robert Cotereau, et le pourveut le l'office d'estre lieutenant des fiefs en Rrabant , qui ?st un bel estât, et profitable.
Ainsi avint de celle journée : et donnèrent les François sur le quartier à la main senestre , dont plusieurs portèrent le faix à grand'peine : et mesmement s'en fuirent aucuns des capitaines bourgongnons, dont la compaignie du comte fut fort amoindrie : et en demandoit on au signeur d'Emeries, au signeur d'Incy, et à plusieurs autres; et, à la vérité dire, je ne les sauroye comment excuser : car ils furent pris au pont Saincte - Maixance : et partit bien qu'ils estoyent pris saùs tenir ordre , et comme gens fugitifs de la bataille.
Quant au comte de Charolois, combien qu'il .fust blecé en la Senestre partie de son col, et de poincte
ra38 mémoires
d'espee, toutesfois il ralîa ses gens, et se mit en ba* taille devant ses ennemis : et dura longuement qu'ils estoyeitf les uns devant les autres sans ,guéres exé* cuter du mestier de la guerre : tellement que la nuict aprocha, et se retira chacun pour celle nuict: et pource que les François firent grands feux, et en plusieurs lieufc , parmy le vilage de Montlehery , chacun de nostre parti cuidoit que le roy de France se fust arreste audict vilage, pour l'endemain venir combatre les Bourgongnons; Mais non feit : ains toute la nuict chevaucha, et s'en ala à Côrbeil, combien que le chastel de Montlehery tinst pour luy : et le comte de Çharolois ( ainsi blecé qu'il estoit ), se tira à une grosse haye sur le champ de la bataille, où il démolira pour 1^ nuict : et fusmes ordonnés cinquante hommes d'armes, qui veillasmes celle nuict à cheval, pour soustenir les premiers : et sur le poinct du jour fusmes envoyés aveques le signeur de Morneil, lors maistre de l'artillerie , pour gaigner eV recouvrer certaines pièces d'artillerie au pié du chastel de Montlehery. Ce qui fut faict : et à. celle heure vint un cordelier du vilage, qui nous dît comme le Roy françois s'estoit en -aie à Corbéil, et que toytes manières de gensd'armes françois avoyent abandonné Montlehery, exceptés ceux qui tenoyent le chastel :.et, pour plusgrande seureté , furent gens envoyés pour visiter le lieu : et fut trouvé que nuls François n'estoyent demeurés audict vilage de Montlehery, n'a l'environ. Et fut la fuite des François longue : car le comte du Maine fut ce jour au giste à Chasteleraux ; et autres s'en alérent, d'une tire, à Partenay et à Lusignan, et firent grande diligence pour eux sauver.
d'olivier de la marche. s3g
En celle nuict le signeur de Condé fut tellement espouventé qu'il abandonna lé comte de Charolois, et s'enfuît jusques en Bourgongne : et le comte de Charolois, cuidant que ses ennemis le deussent l'endemain combatre et assaillir, tint un conseil au long de ladicte haye, sur une pièce de bois abatue : et là se trouvèrent les grans, les sages, et les plus-gens debien de son armée. Là ouy je parler le signeur de Crequi et le signeur de Haubourdin, qui ramentevoyeht comment estant le duc Philippe à sa première bataille, qui fut à Saindt-Riquier, ladicte bataille fut ce jour perdue pour le duc, et puis recouvrée; et que plusieurs s'enfuyrent , qui depuis reyindrent à icelle bataille : et fut cause du recouvrement d'icelle le comte de Ligny, qui amena une bande de gens - d'arnies *, qui moult de bien firent au duc et à sa compaignie; et le duc s'éprouva si -bien de sa personne, qu'il prit trois prisonniers françois de sa main, comme il est escrrt en vautres chroniques : et mesmes lé duc prit de sa mainToton de Saintreiiles, qpi pour lors estoit nommé et tenu l'un des experts et des gentils^hommes-d'armes du royaume de France. Ainsi se ramentevoyent les beaus faicts du père pour honnorer le fils ; et devez sçavoir que les aucuns du conseil doutoyent la journée de Tendemain , et mettoyent avant que bon seroit de tirer en Bourgongne toute la nuict, et que là se pourroit recouvrer gens-d'armes et bonnes places, pour sauver et garentir ledict comte de ce danger. Mais quand vint à l'opinion dû signeur de Contay , premier maistre-d'hostel du comte, il dît que Dieu n'avoit pas sauvé le comte de ce danger, s'il ne le vouloit mettre outre : et qu'il demouroit d'opinion
que le comte attendist la fortune, et gardast le champ et Montlehery à rencontre de ceux qui luy voudroyent calenger : et sur ceste opinion le jour commença à poindre , et denioura la conclusion que l'on attendrait la fortune.
Or est temps que je devise de monsieur de Berry et du duc de Bretaigne , qui s'estoyent retirés , eux et leur armée, à Chasteaudun. Ils eurent, pour les premières nouvelles, que le comte de Charolois estoit déconfit,* et que le roy de France avoit gaigné la bataille : mais taatost après leur vindrent certaines nouvelles que le comte de Charolois avoit gaigné la bataille , et tenoit le champ , et que le roy > de France s'estoit retiré à Corbeil. Si conclurent les Bretons de se venir joindre avec mondict signeur de Charolois: et mondict, signeur de Charolois garda ce jour le champ de la bataille ( que l'on nommoit anciennement le champ de Plours ) , et le l'endemain se logea à Montlehery, où nous avions esté envoyés Jaques de Montmartin et moy, pour faire les logis : et là trouvasmes sur dç, la paille le corps mort du sénéchal de La Va renne ( qui fut grand dommage), et plusieurs autres nobles et bons personnages françois, les uns morts, les autres blecés, et les autres prisonniers en diverses mains; et ainsi, pour ce jour second, se logea le comte à Montlehery ,' et le fit pour médeciner les navrés : dont il avoit grand nombre. Si inoururent à çeste bataille, du costé du comte Charles , v messire Philippe de Lalain , le signeur de Haines, Jehan de Pourlan, Jaques Du Chasteller, et plusieurs autres gens-de-bien : et, le lendemain du logis de Montlehery , le comte fit marcher à Chastres ( où il n'y a
DQLIVIER DE LA MARCHE. 2Àt
quune petite lieue); et ce en intention de rencontrer
le duc de Berry, le duc de Bretaigne, et leur armée,
quiestoit tresbelle et puissante, et pleine de noblesse.
Or ay je devisé de la bataille de Montfehéry , qui
fut le seizième jour de juillet Tan i465 , et comment
elle fut conduite d'une part et d'autre. Et ne déplaise
à messieurs les historiographes françois, qui ont mis
la bataille gaignee pour le roy de France , car il n'est
pas ainsi : mais garda le champ „ comme sa victoire,
Je comte de Charolois par trois jours, sans élongner
en tout plus d'une lieue, et pour les causes que j'ay
dites cy dessus. Quant au roy de France (qui s'estoit
retiré à Corbeil pour sa plus-grande seurté, et aussi
pour estre seur de sa cite), il se tira à Paris, et fit •
bonne chère à chacun , aussi bien à ceux qui s'en es-
toyent fuis comme aux autres : cs^r il avoit, à celle
heure , faute de gens et d'amis. Et ainsi se passa ceste
bataille. *
Si reviendrons à parler en céluy temps des Bourgongnons, que menoit et conduisoit le mareschal de Bourgongne , messire Thibaut de Neufchastel , signeur de Blancmont. Il avoit aveques luy les deux frères de Toulongeon , messire Claude et messire Tristan, lesquels estoyent bièn-acompaignés. Aussi avoit il leisigneur d'Espiri, le signeur de, Ru, le signeur de Soye, et les enfans de Vaudrey, que conduisoit Philippe de Vaudrey, gruyer (0 de Bourgongne. II avoit Guiot Dusie, et plusieurs autres bons personnages:. et d'autre part se joindit aveques eux le duc Jehan de Calabre, un moult-noble prince : et certes quand
Gruyer : garde forestier.
les Bourgongnons et les Lorrains furent assemblés ensemble, c'estoit une moult-belle armée , et puissante d'hommes-d'armes : et au milieu dé la Beausse leur vindrent nouvelles que le roy de France avoit gaigné celle bataille de Montlehery , et que le comte de Charolois estoit ou mort ou pris :. dont de plain saut la compaignie fut moult effrayée. Mais ce noble prince monsieur de Calabre reconfortoit toute la compaignie , et disoit qu'H ne croyoit point que celle noblesse et puissance fust déconfite pour un jour: et pria qu'on eust patience d'ouir les secondes nouvelles, et que les premières nouvelles de la^ guerre ne sont jamais seures ne vrayes : et que quand il sëroit vray *de la déconfiture ( que Dieu ne vousist ) , il s'offrit en sa personne de demourer aveques les Bourgongnons: •et conseilloit d'eux tirer devers le bon duc Philippe, pour prendre vengeance de ce grand méchef à luy avenu : et se monstroit le duc de Calabre vray et loyal prince en ceste partie i et combien qu'il y eust des pidques et des partialités entre luy et le mareschal de Bourgongne , toùtesfois il mit toutjirriére dos, et besongnoit de conseil et d'aide avec ledict maresclial familièrement, et le mareschal aveques luy: et en devisant de ces matières, et regardant qu'il estoit de faire, il vint ijn certain messager, qui luy certifia sur sa vie que le comte de Charolois avoit obtenu la journée, et gaigné la bataille. Si fut ce grand dueil mis erç toute joye, et marchèrent pour venir1 devers le comte, et estoyent tous en esquadres, qui estoit moult-belle chose à veoir.
Quand les ducs de Berry et de Bretaigne sceurent la venue des Bourgongnons, et mesmes du duc Jehan
d'omvibk de là marche. 243
tle Calabre leur cousin , ils partirent de Moret en Gastinois* pour aler au-devant : et d'autre part se partit le comte de Charolois, et se joindit aveques monsigneur de Berry , pour aler au-devant du duc Jehan de Calabre. Et pouvez croire qu'ils se firent grand honneur et grande feste à rassembler : et pendant ce temps le comte de Charolois fit tendre ses tentes «t ses pavillons sur la rivière de Seine, et sembloit que ce fust Raimondin qui eust fait une nouvelle vile.
Là tindrent les signeurs un conseil comment ils soustiendroyent la bataille , si les signeurs de France revenoyent encores une fois. Mais monsieur de Bueil ( qui moult sçavoit de la guerre ) affermoit tousjours qu'ils ne reviendroyent plus à la bataille, et que le'roy de France en avoit assez pour ceste fois : et fut pris conclusion de tirer à Sainct-Maturin-de-Larchamp, et que là se prendrçyent conclusions de ce qu'il seroit de faire : et fut celle grosse armée séparée pour celle fois. Le duc de Calabre , et le comte de Charolois, et le comte de Sainct-Pol , demourérent à Sainct-Matliurin. Les ducs de Berry et de Bretaigne, et grande partie de la signeurie, se logèrent à Nemours: et le signeur de Haubourdin se logea en une vile qu'il avoit gaigneé, aveques grande partie des signeurs et de l'armée : et en ce temps fut tenu un conseil à Sainct-Mathurin ( où estoit Tanneguy Du Chastel , grand-eàcuyer de France) ; et vouloyent les aucuns que celle noble armée se tirast sur les marches de Bourgongne, pour eux fortifier de gens et de vivres : mais le comte c|e Charolois ( à qui estoit ceste première
victoire) tenoit la main qu'on retournast devant Paris,
et que Ton fist bonne et forte guerre au roy de France», et f u envoyé , aveques six archers, toute la nuict , devers mondict svgneur de Haubourdin , pour l'avertir de la voulonté du comte, et qu'il tinst la main à monsieur de Dunois et aux autres; signeurs d'ainsi le faire : et fit celle nuict le signeur de Haubourdin sibonne diligence, qu'il gaigna les signeurs qui esioyent en icelle vile : et l'endemain, au plus matin, se tirèrent à Nemours. Et fut fa chose conclue que Ton tireroit devant Paris, à l'appétit du comte de Cha- Irolois.
Et ne demoura guéres que toute l'armée tira devant Paris: et se logèrent monsieur.de Berry et le duc de Bretâigne au chasteau de Beauté, et là environ: et le <luc de Calabre et le comte de Charolois se logèrent à Conflans, au pont de Charanton^ et à l'entour : et tous les jours se faisoyent de grandes écarmouches devant Paris, du costé de la porte Sainct-Ànthoine. Le roy de France avoit assemblé à Paris grosse armée et grans gens-d'armes, et les estoit aie quérir jusques en Normandie : et par une noire nuict envoya les francs-archers normans faire un franchis sur la rivière : et estoit iceluy tranchis garni d'artillerie tellement, qu'il batoit du long de la rivière et du travers, et se pou voit on tenir à grand peine à Conflans. Mais le duc de Calabre et le comte de Charolois visitèrent en leurs personnes ledict tranchis, et prestement firent aporter grandes cuves à vendanger ( car légèrement pouvoit on recouvrer desdictes cuves, pource que grans vignobles sont en ce quartier); et de ce firent gros boulovars, garnis de bonne artillerie; et tellement battpyent du travers de la rivière,
d'olivier de eâ marche. 24S
que les Normaps qui estoyent -es tranchis n'osoyent lever la teste : et firent iceux princes faire un pont sur la rivière j par lequel les Bourgongnoiis passoyent, et tous les jours y a voit \ grande écarmouche de là Jeaue : et quand François se venoyent monstrer, le duc de Calabre avoit une petite compaignïe de Suisses qui prestement passoyent l'eaue, et ne doutoyent point tes gens-de-cheval : car ils estoyent communément trois Puisses ensemble, un piquenaire T un coulevrinier et un arbalestier : et estoyent si-duits de ce mestier, qu'ils secouroyent l'un 1 autre au besoing : et se bouta aveques eux un archer du corps du comte de Charolois, nomrné Savarot, qui se monstra moultbien aveques lesdicts Suisses.
Ainsi se continuoit la guerre du costé de Conflans, et quasi tous les jours se tenoit conseil -à Beauté devant monsieur de Berry et les autres princes : et tous les jours y aloyent le duc de Calabre et le comte de Charolois, armés, et l'espee ceincte : et estoyent habillés de journades pareilles , et sembloyent bien deux princes et deux capitaines qui desiroyent plus le débat que la paix: et tousjours estoyent ces deux princes d'opinion de mener la guerre outre, pource qu'ils trouvoyent le roy de France variable en ses promesses. A ce conseil venoyent les députés de Paris, et nommément l'evesque de Paris,, un moult notable clerc , frère de maistre Alain Chartier : mais à nulle fois ne se peut trouver nulle bonne conclusion. D autre part le roy de France (qui moult estoit subtil en ses affaires ) mit sus, de son costé, un parlement qui se tenoit en la Grange-aux-Merciers , assise assez près de Conflans : et duquel parlement estoit chef monsieur Charles,
duc d'Anjou (0 : et monsieur de Berry et les princes y envoyèrent leurs députés : et tendoit iceluy parlement à fin de trouver un expédient sur la déformation du royaume et sur le bien-public, dont les princes faisôyent plainte. - ,
En ce temps mourut madame Ysabel de Bourbon, comtesse de Charolois : et mourut à Anvers, et fut enterrée en l'abbaïe de Sainct Michel, où elle gist moult-notablement -ensepulturee : et fut le vingtsixième de septembre l'an i465.
En ce temps furent prises plusieurs trêves d'une part et d'autre: et, durant lesdictes trêves, nous allions à Paris faire grand chère, pour nostre argent, où nous estions les tresbien- venus. Et qui me demanderait comment se trouvoyent les vivres pour si-grande et puissante armée qu'il y a voit à Paris et dehors, tant de gens-d'armes comme de chevaux, je respon certes que la cité de Paris estoit lors fort pleine de blés et de vins , et fit grandement son profit de l'armée. D'autre part , le comte de Roussi , fils du comte de Sainct-Pol, a voit trouvé manière de soy bouter et tenir main forte dedans la vile deLaigii*sur-]\Iarne : dont moult de biens et de pourveances vindrent aux princes et à l'armée, qui estoit hors de Paris. L
En ce temps fut le comte Louis dk5ainct-Pol faict connestable de France par le Roy : et depuis changèrent les entendemens et bonnes amitiés qui estoyent entre le comte de Charolois et ledict connestable, pource que de là en-avant ledict connestable se declaira François, et abandonna la hantise dudict
(«) Charles y duc d'Anjou: lisez Charles d'Anjou, comte du Maine.
D OLIVIER DE LA MARCHE. a^T
comte : et fu audict temps envoyé , par le saufconduit du roy de France, devers le duc de Bourgongne , pour
pratiquer cent mille escus que le fils demandoit au
père pour payer ses gens-d'armes.
Or ne faut pas oublier que quand les Liégeois , anciens ennemis de la maison de Bourgongne, virent que le duc' Philippe estoit dénué de ses gçns-d'armes , et leur sembla que plus à leur avantage ne pouvpyent prendre le noble prince, ils commencèrent la guerre de feu et de sang. Mais le bon duc ( qui jamais nes'effraya de chose qui luy a vint) manda le signeur de Gasbecque, messire Philippe de Homes, te séneschal de Hainaut, messire Anthoine, bastard de Brabant, et le fils du signeur d'Arcy : et de ces quatre fit capitaines, et leur bailla gens-d'armes pour les acompaigner : et les en vbya -au-devant desdicts Liégeois , qui desja estoyent aprochés de. Montenak :-. mais lesdicts gens-d'armes, sous la conduite dudict messire Philippe de Homes, signeur de Gasbecque, leur coururent sus moult-asprement ( car il estoit un tresvaillant chevalier et asseuré ) , et décônfirçnt lesdicts Liégeois, et en firent grand meurdre : et fut nommée icelle journée le remonstre de Montenak : et ainsi la puissance du bon duc Philippe soustint la guerre et en France et en Liège : et en vint à son dessus et à son honneur , par l'exécution de son fils.
En ce temps, pource que madame de Çharolois estoit trépassée, entremetteurs se mirent sus pour faire le mariage de monsieur de Çharolois et de madame Jehanne de France (0, fille du Roy ( qui de-
(0 Jehanne de France, lisez Anne. Ce fut la célèbre Anne de- Béaujeu.
présent est duchesse de Bourbon ) ; et , en espoir d faire celle aljànce, le comte de Charoiois, se fiant au roy de France, passa l'eaue, et ala souper en la bastille Sainct Anthoine aveques le Roy, où ils, parlèrent dé plusieurs choses : et une autre fois Je roy de France, luy sixième de chevaux, vint au milieu de toutes les gens-d'armes du courte : et sembloifc d'eux toute privauté et bienveuillance; Et en ce temps nous amenasmes, du trésor du duc, trois sommiers chargés d'or, où il pouvoit avoir quatre vingts mille escus : et le lendemain furent reveûes criées , et tous gens-d'armes sur les champs, pour recevoir argent: et là fut ce que le roy de France vint, à six chevaux, visiter l'armée : et le comte de Charolois se partit de Conflans sur un petit cheval , yà tout son grand manteau de dueil, qù'ilavoi^ fait pour la tnort de sa femme : et sous les enseignes, et entre les batailles, se conjoingnirent et s'embracérent le Roy et le comte moult-amoureusement, comme il sembloit. Le Roy s'en retourna à Paris, et le comte veit ses reveûes :et le lendemain furent payées toutes manières de gensd'armes.
Grans parlemens furent tenus entre le comte et le Roy touchant iceluy mariage , et offroit le Roy de donner en mariage à s? fille les comtés de Brie et de Champaigne : et pour ceste matière fut envoyé maistre Jehan Carondelet ( qui depuis a esté -chancelier de Bourgongne) avec charge d'aler à Paris, et de visiter les tiltres, pour sçavoir si un roy de France pouvoit donner en mariage à sa fille lesdictes comtés de Brie et de Champaigne, et les oster de la couronne : et combien que le comte de Charolois fust
d'olivier de la marche. ^4g
e& guerre, il eut tousjoùrs aveques luy deux notables clercs bourgongnons pour conduire ses matières : dont /'un fut m£|istre Guillaume Hugonet (qui depuis fut chancelier de Bourgongne), et l'autre fut maistre Jehan CarondeletT, que j'ay nommé dessus.
Tousjours se continuoit le mariage dessusdict : et durant ce temps fut pratiqué en ladicte Grange-aux- Merciers une paix, qui fut telle que trente six hommes du royaume de France devoyent avoir le regard pour augmenter le bien -public, et. en estoit le Roy content : et à la vérité ce fut soubtiveté au Roy pour estre quite de celle charge , et venir à paix aveques les princes de son royaume : car j'en ay assez enquis, et ne sceu onques qui estoyent les trente six , ne qui estoit le premier ne le dernier : et, à mon jugement, le Roy se monstra le plus-subtilde tous les autres princes, et entretenoit le comte- de Charolois du mariage dessusdict : pt ne sçay ts'il y avoit grande voulonté. Ainsi fut la paix criée de tous costés : et devoit le Roy, par ce traitté, bailler à monsieur de Berry la duché de Normandie pour son partage : mais quand vint au fort de besongner, le roy de France en ouvra tout autrement., comme vous orrez cy- après. Ainsi se détendit celle armée. Monsieur de Berry et le duc de Bretaigne tirèrent en Normandie, et le, duc de Calabre et le comte de Charolois prirent le chemin de Villiers - le - Bel ( qui est un gros vilage assez près de Saipct-Denis ) , et là se visitoyent privérn/eiit le Roy et lç comte de Charolois, sous ombre dudict mariage : et tindrent la JToussaincts audict Villiers - le - Bel ensemble moult - familièrement : et puis se partit chacun, et se retira le Roy à Paris : et le comte de
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Chafolois prit son chemin contre Nostre-Dame de Liesse, auquel lieu il fit ses offrandes dévotement : et puis se retira contre Liège , en intention de venger l'outrage et injure que pretendoyeht faire les Liégeois au dvic, en l'absence de luy son fils : et quand il vint au pais dû Liège, il les epouventa tellement que les Liégeois vindrent à genoux crier mercy au comte pour et au nom de son père , et promirent de non plus venir à armée contre luy. Mais Liegeqi3 ne sont pas bien coustumiers de tenir ce qu'ils promettent, et aussi ne firent ils celle fois.
Quand le comte eut mis à mercy lesdicts Liégeois, il s'en retourna en ses païs, et nommément à Brucelles, où il fut grandement festeyé et receu, tant du père et de la mère comme de ses siigets :,et tousjours se continuoh le parlement d'iceluy mariage : et estoyent les principaux, du costé du comte, le signeur des Cordes, et Guiot Dusie (qui depuis fut chevalier), et messire Guillaume Bische, et principalemerit le signeur des Cordes et Guiot Dusie : et ainsi se couloit le temps, et vi voit le roy de France aveques le comte, et le comte aveques le Roy.
Or avons nous devise de la guerre et de la paix , et est temps que je devise comment exploita monsieur de Berry à prendre sa possession de Ja duché de Normandie : à quoi le Roy avoit sagement pourveu, comme dict est : car prestement que le duc de Bretaigne fut entré à Rouen, plusieurs grans personnages (comme Jehan, monsieur de Lorraine, et autres) entrèrent en débat pour les grans offices : et d'autre part le duc de Bretaigne élongna de luy Tanneguy Du Chastet: et disoit on que c'estoit à l'appétit du si-
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fcgoeur de Lescut, Oudet de Rie. Par ces brouillis, le duc de Berry n'entra point à Rouen : mais. fut logé à 9aincte-Katherine du mont de Rouen , et quand le Roy sceut et entendit les brouillis qui estoyent à Rouen, il s'aproehaà grosse armée, pour yoir et entendre à quôy celle chose prendroit fin : et rapela en sa libnne grâce le duc de Bourbon, et le traitta bien, pour aux autres donner à entendre que ceux qui se rendi*oyent à luy seroyent amiablement traittés et receus. Il entretenoit le comte de Charolois du mariage dessusdjct, et se vengeoi* à Tespee du Surplus de ses ennemis : et le duc de Bretaigne prit conclusion de s'en retourner en ses pais, et monsieur de Berry fut conseillé de s'en aler avenues le duc. Ainsi s'en retournèrent en Bretaigne, et le roy de France entra à Rouen, où il fit grand chère.
En ce temps je fu, envoyé par monsieur de Charolois, pour sçavoir comment on exploitait à ceste possession de Rouen et de Normandie : mais je fù tantost averti que les signeurs que je queroye es«* toyent desja en Bretaigne. Si passay parmy Rouen , et parlay au Roy , qui me demanda où j'alloye : et je luy respondy que 'monsieur mon maistte iû'envoyoit devers monsieur de Berry son' frère pour sçavoir son estât, et aussi pour soy affranchir et aquiter du serment qui estait entre eux deux : et sur ce me laissai le Roy passer , et se contenta de mon voyage. Tant alay que je vein en Bretaigne, et trouvay le duc et son estât à Rênes : et le duc de Berry avoit passé l'eaue, et estait logé au chasteau de Vennes (que l'on dit l'Ermine), où le duc me traitta honnorablement. Il estait afcompaigné de monsieur de
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Beaujeu, frère du duc de Bourbon; de l'evesque de Verdun ( qui estoit de ceux de Heraucourt ) ; de maistre Pierre Doriole , du neveu du comte de Dammartin. de messire Jehan Blosset, du signeur de Malicorne, de Joachin de Velours, et de moult d'autres gens-debien. Et r à la vérité, quand le duc de Berry et le duc de Bretaigne sceurent que j'estoye envoyé pour Içavoir de leur estât, et comment ils se portoyent, ils en furent moult-joyeux : et me fut faicte bonne chère de toutes pars, et me baillèrent certaines bonnes charges à dirç à mon maistre, toutes tendans à non rompre les premières aliances. Et ainsi m'en retournay en la compaignie de monsieur de Beaujeu , auquel monsieur de Berry avoit donné congé de s'en retourner en France : et le Roy sceut qbe j'estoyeà Tours , et me manda, pour parler à luy, à Jargueaux.' Ce que je fey : et si les bonnes parolles dont il me donna charge pour Jes dire à «mon maistre de par luy eussent esté vrayes , nous n'eussions jamais eu guerre en France.
Ainsi me party du Roy , et pri mon chemin pour aler à Paris, et de là es pais de monsieur de Bourgongné -: et ne demoura guéres après que monsieur de Beaujeu fut arrivé devers le Roy, que le Roy luy donna sa fille en mariage, celle mesme dont il estoit parolle de monsieur de Charolois : et dit aux ambassadeurs du comte qu'il avoit marié sa fille à meilleur marché que de luy donner les comtés de Brie et de Champaigne : et quand les ambassadeurs, et mesmes maistre Jehan Carondelet ( qui avoit visité à Paris les lettres de-par le Roy , comme dict est ) , furent retournés devers le comte , et qu'il eut ouy les habilletés
du roy de France, il dit que les heureux y fafllent : et ainsi dissimulèrent le Roy et le comte, l'un contre l'autre, ce qu'ils avoyent sur le cueur.