‹ Les mémoires de messire Olivier de la Marche, augmentés d'un Estat particulier de la maison du duc Charles le Hardi, composé du mesme auteurChapitre 20 sur 45 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Gomment le duc Charles» de Bourgongne, ayant couru par Fermahdois , assiégea Beativaù; et comment

* & Roy, s 'estarit. trop fié en luy a Peronne 9Jut contraint de Vucompaigner en armes contre les Lie-

- geois ,. par-avant ses allés.

Le duc de Bourgongne /qui a voit faict douze cens lances, ordonna ses capitaines, et se mit aux champs, et vint devant JlQye et devant Neelle, ou estoit 'Loïset de Balignen et autres capitaines français : et au regard de Roye, ledict Loïset et ses eompaignons s'en partirent par traitté. De Neélle , le duc la prit légèrement* et fit gjrahd'discipline de François : et ainsi fut ce quartier achevé (0-, et tourna le duc de Bourgongne son autmee sur Beau vais , et par un matin vint assiéger icelle vile:* mais les François furent diligens, et se boutèrent axjdict jBeauvais , à l'autre costé de la rivière, bien huict cens hommes -d'armes, et grand nombre de francs -archers. Et le duc de Bourgongne par un matin fit assaillir Beauvais : mais il n'y gaignâ rien, aijis y perdit beaucoup de ses gens : et là mourut un vaillant chevalier bourgongnon (que Ton nommoit le signeur jTEspiry ) ; dont ce fut dommage : car il estoit moult-vaillant chevalier. Au l'endemain de l'assaut, les François firent une emprise, et vindrent, sur un poinct du jour, donner en Tost dij duc de Bourgongne : et là fut tué messire Jaques Dorsan, maistre de l'artillerie, et plusieurs des Bour-

(*) 0* quartier achevé : en i47*« s

D'OLIVIE» DB iiA BI ARCHE. ft83

gongnons «t des Piears pris et tués,rawattt que les com^ paignies fussent rassemblées: et ainsi les Fratiçois s'en retournèrent à Beauva>&, et le duc de Bourgonghe fit garder £on camp pltis^pf es^ti^il nWoit fait panSavant: et voyait que 1qû'*wi profiterait rieli devant Beat** vais, le duc 4e Bwrgongneiiranda les trois cenà fewees qui estoyent à Abbevile, et y mit messire Baudoin de Launpy et sa cpmpaigiMe , lequel gaigna Sainct - Vallery : mais il ne lai tint pas longuement, et fut conseillé d'abandonnçrîsk prise : et lé duc de Bourgongne marcha ed païs et «qtra en Normandie, et gaigna le NeufchasteJ, et toutes les petites viles qui sont deçà Rouen , où le conntestable de France s'estoit bouté à plus de quatorze «cens lances.

: Vivres estoyenA^otarts au duc de Bourgongne : tel* leittfiH qu'un petit pain y valoit trois patars (0, et un pot devin diap patars; et ne raettgeoyerat les poires gens que .praneset'j fruits Ççar c'est oit la saison); dont lai oourance ise prit en l'ost, et y moururent beaucoup de Tioz gens» :,et le duc de Bourgongne* le plus* sou* veut se présen boit \ à j la bataille à ■» Feticbntre du ccmnestable ; de France : mais les François se tenoyent É^rrés en leur vile,et n'esteyent pas conseillés d'eux a yienturer. Ce pendant un marchand dé L'IsJeT nommé Gantais ^envoya à monsieur de Boilrgongne certain nombre de chariots chargés de biscuit , et donna" en pur don ^t biscuit, et eharroy^et) fit iceluy biscuit grand conforta l'ost, r . < )

- Apres avoir demouré douze jours devant Rouen; le due de Bourgongne se conseilla ( vett qu'il ne pou* voit finer de la bataille) qu'il se retrairoit : ce qu'il fit à

C1) Le ><ift^èdoit Çuatte deniers.

iBoolt-belle, ordonnance, et retira contre Amiens. Mais le connestable fhijsoit tousjours ses diligences, et telle* ment qu'H se boutait tousjours es viles : dont ïe duc de Boùrgongnepouvoit peu profiter ; et r à Tabordèr qu'il fit devant Amiens, il y «uç une grande écarmouche d'une part et d'autre , et plusieurs gens morts , Frai*, çois et Bourgongnons. . ' . / . .

En îee temps estoit yeriu ;♦ devet|s iè duc , Nicolas \ fils du duc Jehan de Calabre* en intention* d'avèir madame Marie, fille du duc Cb^rJes, en mariage : et, pour dire le vray , il y eut des promesses faictes par l'ordonnance du duc Charles t et certes H avoit uh bon esquactre de gens.- d'armes, efc:bien eupoinct, et acompargna le duc de Bourgongnetien toute celle raze, et mesmement devant Rouen i et apfres que le djic de Bourgongne eijt livré son écarmouche gnosse et fiére devant Amiens , il se retira contre $e$ pais , et fit un gros logis à Falvy sur Somme, où il derhoara assez longuement: et pendant ce temps , p^r le moyen et enhort d'un nommé Anthoine BuMonet, qui estoit fort privé dudict fik de monsieur- de Calabre , icetay délibéra de s'en i retourner en ses pais , et demanda congé au duc de Bourgongne ; et ne fiit pas >acordé 0U1 premier jour : car le duc de Boungopgrie a>voit dtt imaginations , et mesmement des » promesses faictei entre luy et sa fille : et tellement pratiqua, que ledict fils de monsieur de Calabre quita toutes promesses \ luy faictes par la fille du duc, et frénotWéMémit- autres aliances : et ainsi se departii^nt , et' le duc de Bourgongne tira à Penonne et en ses p aïs ^ et ordonna ces douze cens lances parles frontières : et \ de ma partyjefu logé à jRoye ^rà Moiididier, et

a voy e à chacun d'i ceux li eux cinq uan te hommes-d'armes, lesquels le duc fittrefcbien payer et contenter, ensemble . tout le surplus des .douze cens lances: et ainsi se mt>noit la guerre guerroyable de toutes pars., «t le duc de Bourgongne retourna à Arras^ et manda ceux de Hainaut, et assembla ses douze cens lances autourde luy, et puis remarcha en pai3, querant toujours la bataille contre le roy de France : mais lèRoy'ne monstroit voulonté de combatre. Le duc se tira à Lyons en Santers, et là fît un gros logis de gens d'armes, et un camp que Ion appela le camp d'honneur , et tousjaurs se présentait pour la bataille; mais il perdoit le temps : car nul n'estoit délibéré de: le combatre.

En ce temps (0, un sommelier de corps du duc, nommé Jehan de Boschuse, fut mandé par le roy de France, et par le congé. du duc y ala; et tant parlementèrent ensemble^ et fît ledict de BoschûsSe tant d'alees et de venues, que le duc asseura le Roy : et le Roy vint à Peronnè aveques le duc : et en cedict temps l'evesque de Liège , cousin germain et beau - frère du duc, et le signeur d'Imbercourt tnessire Guy de Brimeur ( lequel messine Guy estoit lieutenant dudiot monsieur le duc en toute la terre de Liège et comte de Los), tindrent un parlement en la vile de Tongres : et durant ce parlement aucuns Liégeois s'assemblèrent, et par nuict entrèrent à Tongres, et prirent l'eves>que de Liège et le signeur d'Imbercourt : et fut ledict signeur d'Imbercourt prisonnier >au signeur de Hautepanne : et ainsi traitla ledict d'Imbercourt, que ledict de Hautepanne ne l'emmena pas prispnnier; mais il promit de se rendre prisonnier audict de Hau-

(*) En ce temps : Comines place cet événement en 1468.

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te panne à certain jour qui fut limité entré eux,: et nu , regard des Liégeois,, ils traînèrent bien leur evesque: mais ils çouvernoyenfc et conduisoyent ses affaires à leur plaisir et. voulante, *

Le Roy. estant au chasteau de Perorine, le duc de Bourgongne tint un parlement aveques son chancelier, et aucun* de* chevaliers. de Tordre, et autres: et disoit le duc de Bourgohgne que le Roy luy a voit promis daler en sa personne aveques luy, pour recouvrer et reconquérir l'evesque de Liège et le signeur d'Imbercourt, et que sans, faute il ne feroit point de conscience de contraindre le Roy à faire ce qui! luy avoit promis : et de ceste matière fut grand débat et grande question entre eux ,• et disoyent les anciens et notables, chevaliers qu'il avoit fait venir le Roy à sa seuretévet grande charge seroit à la maison de fiourgongne si le Roy avoit détourbier sur cest asseurenient; et h duc respondoit tousjours : <c II le m'a pro- ' « mis, et il le me tiendra. »

•Le' chancelier raessire Pierre de Goux persuadait tousjours que monsieur de Bourgongne jurast la paix qui estoit escritè, et qu'il avoit promis une fois de jurer, et le Roy et mondict signeur. Mais le duc ne vouloit entendre à la paix que préalablement il ne fust seur que le Roy luy tiendroit ce qull luy à voit promis ; et fut la conclusion telle, que lesdicts signeurs iroyent devers le Roy pour sçavoir son intention : et ne retint mondict signeur aveques luy que moy seulement. Et devez sçavoir que le Roy avoit bien ouy les aigres paroles que disoit le duc Charles, et n 'estoit pas sans peur ne sans effray : et quand les chevaliers furent venus , ils, pratiquèrent qu'il se

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déclairast pour aler à Liège fcomme il avôit promis : et il pratiqua que la paix ftist jurée entre eut , selon qu'elle avdit esté pourparlee. Si revindrent quérre te ducjes signeurs de Charriy, de Crçqui et de Là Roj che : et menèrent le duc deversle Rbyj qui h'estoit pas bien asseuré de ses besongn es; et si tost qu'il veit entrer le duc en 3a chambre , il ne peut celer sa peur , et dît au duc : « Mon frère, ne suis je pas seur en , <c vostre maison et en vostre païs? » Et le duc lùy rèspondit : a Ouy, monsieur ; et si sôur, que si je voyèye « venir un trait d'arbaleste sur vous, je me metfcroyé « au-devant pour vous guarantir* >» Et le Roy luy dît : «.Je vous mercie de^ vostre bon vouloir, et veuïl blet « où je vous ay promis : maïs je vous prie que la paix « soit des maintenant jurée entre: nous. »

L'on fit aporter le bras Sain et Leu , et là jura le rôy de France la paix entre luy et le duc de Bourgangtte^ et ne se pouvoit saouler de se fort obliger en teste partie: et le duc de Bourgongne jura lâdicte paix, et promit de la tenir et entretenir envers et contre tous. Le Roy et le dtic dejetisnçrent , et puis montèrent à cheval pour tirer contte Liège : et passèrent; par le Quesnoy, ou le duc festeya le Roy moult - grandement i et tirèrent! contre Namur: et, eux làcvenus; firent marcher leurs gens-d armes contre ^e pais de Liège et contre la cité, que les Liégeois avoyent ren* forcée à leur pouvoir.

Le duc manda Philippe Monsieur de Savoye, le mareschal de Bourgongne, le. sigheur d'Imbercourt ^ et autrefe ; mais ledict signéur d'Inibercourt n'y peut venir : car il estoit blecé en un pié d'une coulevrine ; et là fut conclusion prise que le diraenche suy vant,

au son d'une bombarde, chacun tireroit à l'assaut : ce qui fut faict, et bien entretenu. Et celuy dimencheau poinct du jouf la bombarde tira, et courut chacun à l'assaut de son costé : et mesmes le signeur d'Imbercourt, tout y ainsi blecé qu'il est oit, se fit porter par hommes en une bière de bois, armé de toutes pièces, et l'espee nue au poing : et vouloit bien monstre r qu'il estoit lieutenant du duc de Bourgongnë en tout le pals de Liège.

Le Boy et te duc marchèrent de leur costé pour venir à l'assaut: mais monsieur de Bourgongtie ne voulut souffrir que le Roy se mist en. ce danger, et luy pria de demourer jusques il le mandéroît; et j'ouy que le Roy, luy dît, : « Mon frère, marchez avant : car vous « estes le plus-heureux prince qui vive. » Et prestement le duc entra dedans la vile, et gens-d'armes de tous coûtés. Mais je reviendray au signeur d'Imbercourt, et à ce. qui luy avint celuy jour.. ..• Vous estes bien recors que le signeur d'Imbercourt estoit prisonnier du signeur de Hautepanpe, et avoit promis de se rendre à Hautepanne, dont il n'y avoit plus que trois jours à venir. Ainsi luy prit, et Dieu le voulut, qu'à celuy assaut ledict Hautepanne fut tué : et ne trouva plus le isigneur d'Imbercourt qui luy calengeast (,*) $a foy , et par ce moyen fut quite et aquité de sa foy et prison,

Leg. Liégeois s'enfuirent par le pont de Meuse , et demoura la vile de Liège en la main du duc de Bourgongnë : et le roy de France ( qui pôrtoit en son chapeau la croix Sainct-Àndrieu) entra en Liège (*)

Xx> Calàhgeast : réclamât, demandât. — (») Entra en Liège : celle ville. fut-prise le 3o octobre 1 46*8. l

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tout asseurément , et crioit vive Bourgongne! et commença le pillage de toutes parts (qui fut grand); et le duc de Bourgonghe se bouta en l'église pour sauver les reliques, et trouva aucuns archers qui y faisoyent pillage , et en . tua deux ou trois de sa maift : et le Boy se tira en l'hostel du duc, et chacun se logea pour garder son butin. Et ainsi fût la cité de Liège prise d'assaut , et pillée de tous costés : et quand la chose fut refroidie, le duc se retira devers le Roy, et firent grand' chère l'un à l'autre; et le duc de .Bourgongne fit faire justice de plusieurs mauvais garsons , et nommément de ceux qui avoyent esté cause de la mort de Jehan Le Charpentier.

Apres avoir demouré cinq ou sixjours en là vile de Liège , le Roy parla à monsieur de Bourgongne , pour soy retirer en son royaume. Ce que le duc hiy acorda libéralement , et le fit conduire jusques à Nostre-Dame de Liesse par le signeur dés Cordes et par le signeur d'Emeries : et le l'endemain après la messe il appela iceux, et en leur présence fit le Roy nouveau serment sur l'image de Nostrè - Dame qu'il tiendroit la paix, ne jamais n'entreprendroit aucune chose contre la maison de Bourgongne : et s'en retourna le Roy en son royaume, et les sigrièurs des Cordes et d'Emeries s'en revindrent à Liège devers leur maistre.

Le duc depescha à Liège ses ambassadeurs pour aler en Bretaigne, pour signifiera monsieur de Berry et au cluc.ce qui avoit esté faict : car par celle paix le duc de Berry dèvoit estre comte de Champaigne: et de Brie, et sembloit qu'on luy avoit bien asseuré son faict , veu qu'il estoit en Champaigne , et au 10. 19

plus-près du duc de Bourgongne, pour en ayoir secours çt aide si besôing en avoit. Mais monsieur de Berry ne Voulut point tenir cet apointement : ains marchanda avec 1^ Roy son frère pour eslre duc de Guienne : ce qui luy fut libéralement acordè : dont depuis il mourut piteusement ,. par soy trop fier au Roy son frère. Ainsi fut ceste paix faicte entre leroy de France et le duc de Bourgongne : dont tous les pais furent moult-réjouis. .

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