CHAPITRE XXII
Comment, le $ic de Bourgongné fit sa /este de. la Toison a Mons enHaingut; comment les Gandois sefîre/it ennemis d'iceluy leur signeur; et comment le ççmte de Charoloisfit ses premières joustes.
Ajwsi se passa l'ati i45o,et entrasmes en l*an"5f , que le duc de Bourgongné th|t sa feste de la Toison à Mons en Hainaut , moult-haute' et moult-solennelle. Là fut en personne le&duc, d'Orléans, chevalier* dudiet ordre, et moult d'autres comtes, barons et chevaliers : et , Ta feste tenue, fut tenu le chapitre de l'élection, et fut donné le coliep au duc de Cléves dessusdict , et à messire Jaques de Lalain , au signeui^de Launoy, et à autres grans personnages.
Au partir d'icelle feste furent envoyés en ambassade messine, Jehan de Crouy et messire Jaques de Lalain , devers le roy d'&rragon dessusdict , et à leur retour devers le roy de France: et ce, pour aviser aucun bon moyen pour la défense delà foy chrestienne. Gar l'on estoit averti que le Grand. Turq se préparait à grande puissance pour entreprendre contre les sigaeuries de l'empereur de Coristantinoble, qui pour lors es toit terre chrestienne, et dont la cité de Constantinoble estoit l'une des élevées en renommée de pouvoir, beauté et richesse , de tout le monde. Cestuy TurqO) fut le propre fiU de Lamé-
(0 Cestuy Turq : Mahomet u , fils d'Amuroi il;
rault Bays , qui déconfit le duc Jehan de Bourgongne en Hongrie , jeune prince , vertueux en sa loy , et de haute entreprise. y
Le bon duc Philippe (qui tousjours a voit * à son pouvoir, labouré pour la deffensedelafoy chrestienne, et tousjours vouloit continuer) envoyoit ses chevaliers et ambassadeurs là où il cuidoit profiter d'aide pour cette matière. Mais tous les autres princes furent si négligens , pu par voulôiïté divine ou par leur mesrae coutpe, que rien ne fut en ce pourveu : dont il advint que laéïcte cité fut prise et destruïte , l'Empereur mort, et sa noble génération impériale faillie et esteinte* et le pouvoir des Infidelles acreu et augmenté, et la foy chrestienne foulée, grevée et amoindrie, comme ey-apres sera veu et leu.
Celle saison, ledyc de Bourgongne se partit de son pais de Brabant, et ala en la duché de Luxembourg, pour renouveler les hommages et les fidélités de ceux de Luxembourg , dont le duc estoit nouvellement signeur et gagé. Car la duchesse estoit trépassée : et combien qu'ils fussent en la main du duc de Bourgongne (qui les tenoît en bonne justice) , et que les voisins haussaires (0 , rpstres et pillars , cessassent leurs courses et leurs pilleries , de longue main aeoustumees en iceluy pais, toutesfois tes aucuns et aucunes viles avoyent au cœur le duc de Zasses et les Zassons : et estoit bien -averti le duc que ceux de Tionville n'avoyent nulle bonne voulonté envers luy : et pource ala le duc à Luxembourg , et renouvela leurs sermens , et tousjours leur laissa Cornille son fils bastard , qui les gouvernoit et tenoit en moult-
(0 Hait* aires : arrogans.
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bonne justice , et les gardoit et garantissoit de toutes foulles de voisins. Et envoya le duc en Bourgongne, vers messire Claude et Tristan de Toulongeon , frères : lesquels luy amenèrent cent lances de Bourgongtie ; et le duc emmena le comte d'Estampes, pour lors gouverneur de Picardie; Anthoirie, bastard de Bourgongne; le signeurdeSaveûses, lésigneur d'Emeries, et autres , qui emmenèrent environ iriille archers de Picardie : et ala le duc en armes, et toute sa maison : et la duchesse et le comte de Charolois demourérent à Brucelles, attendant la venue du duc, qui demoura environ trois mois :et pendant ce temps la comtesse de Boucquan, fille du roy d'Escoce, acoucha d'un fils à La Vére en Zeelande : et ala le comte de Charolois lever l'enfant, et eut dur et merveilleux temps en la mer. Mais il estoit à son désir : car il aimoit et desiroit les batteaux et la mer, et ne luv sembloit nul vent ne nulle fortune dangereuse : et se congnoissoit, de son propre art naturel, au gouvernement des baN teaux. Et aipsi se passa Je temps jusques an retour du bon duc son père.
En cetluy temps faisoit le roy Charles la guerre en Normandie, laquelle guerre le Roy chaudoya moultfort et moult-asprement , par grand sens et par grand hardement : et avoit le Roy françois trouvé manière, et de longue-main, de mettre débat en Angleterre, à* cause du gouvernement entre le duc cTYorch et le duc de Sommerset , pourcè que le roy •Henry d'Angleterre, fits du vaillant et sage roy Henry dont cy-dessus est faicte mention , estoit un simple personnage , et plus adonné à Dieu et à dévotion , qu'à deffendre et croistre son royaume et sa signeurié : ,
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et gouvernoit la, royne Marguerite , sa femme , toute Angleterre ; laquelle , à la, vérité , fut une femme sachant, et de grand esprit. Geste roynefut fille du roy de Cécile, et de la irçaison d'Anjou, comme cy-dessus est faicte mention. Par celle dissension les Aoglois perdirent ce qu'ils avoyenten France, tant en Normandie çomme^en Guienne, en peu de temps : et furent déconfits à Fourmigny par monsieur Artus de Bretaigne, comte de Richemont, connestable de France; et par monsieur Louis de CIermont,filsaisnédu duc deBaurbon.'Par celle division (qui par trop dura et continua en Angleterre)telle malheurté etjfortune cheut sur Angleterre, qu'eux mesmes firent mourir tout le noble s^ng, toute leur noblesse, et mesmes leur Roy et souverain signeur ; et mirent la courounehors delà lignée de Lanclastre, et firent roy en la maison de la lignée d'Yorch : desquelles matières touchant Angleterre je deviseray bien au long en temps et lieu , pourçe que j'ay beaucoup vçu et congnu duçlict ca^. Mais des guerres; et de la conqueste de NormapcKe et de Guienne (qui en cet an 5 1 se faisoyent), j'en lairray escrire aux nobles et sages croniqueurs 'qui ont sçeu et enquis de ce. Car de moy je n'en ay rien veu : et corromproye mon entreprise d'escrire plus que je n'ay veu , et dont j'ay labeur assez devant la main , grâce à Dieu, qui me doint le temps d'en rendre bon compte.
En celuy an 5i , vint pardeça madame Ys^bel il) de Coimbres, et Jehan Monsieur, son frère , qui vint depuis en celle mesme saison. Iceux frère et sœur
(0 Madame Ysabeî: Elle étoit sœur du prince Jacques de Portugal, dont il a été parlé plus haut.
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furent depuis moult-bien adreçés de vertus et de bonnes meurs : et furent eufans au duc de Cambres mort et occis en Portugal, et neveu et, nièce à la duchesse Ysabei de Bourgongne, et chacés et exilés de leurs signeuries et héritage (comme il est cy-dessus escrit); et les receut le bon duc et la duchesse, ensemble le comfe de Charolois leur fils, moult-doucement, et «n grande pitié de leur exil: et. leur ala le comte au devant, et tous les princes et nobles hommes de la maison: et comment le bon duc les pourveut et s'en aquitta sera veu cy^apres.
Autre chose n'avint, en Tan 5i, qui àjramentevoir face: mais assez tost après se fist le mariage de monsieur de Ravastain, neveu de monsieur le duc Philippe, avçc madame Ysabei de Coimbres, nièce de madame de Bourgongne: et sa ^marièrent en la vile de l'Isle, où furent faictes joustes et toùrnoyemens : et certes ce furent deux gens qui firent grand cliére ensemble, et mesmes à tous ceux qui les aloyent veoir. Or est besoing, pour declairer les choses et aventures que j'ay veûes en Tan 5a , que je reprenne aucunes causes avenues au par-avant, et dont je n'ay point voulu ma plume travailler, pour attendre temps et lieu , afin de reéiter autres choses qui mieux emplissoyent, et causoyent les saisons et les années, dont cy-devant j'ay rendu compte par mes Mémoires: et à-present me vient à poinct et reigle de les ram^ntevoir. Conyne par-cy-devant j'ay escrit, il peut clairement apparoir comme le bon duc tint, sous la main de Dieu, longuement ses païs en paix et à repos: et ne trouve point que ceux de Gand eussent aucun travail d'armes ou de guerre depuis le siège mis
par le duc en leur fiance devant la vile de Calais (0, et duquel siège je fie racompte rien en mesdicts Mémoires, pource que ce sont choses avenues avant mon avènement , et dont je ne parleroye que par ouyr dire: qui seroit contre la forme de mon entreprise. À cause de ce repos , multiplièrent tellement les Gandois en peuple, richesses, augmentement de bourgeois et d'autres biefis* que certes il n'estoit point biëh-heureux en Flandres qui n'estoit amy, bienveuillant , bourgeois ou suget de Garjd : et tenoyent le païs de Was et celuy des Quatre-mestiers en leur sugettion, comme leurs bourgeois et obeïssans qu'ils estoyent: et quand ils se virent augmentés de gens, de faveur et de biens ( comme dict est )r ils s'oublièrent aucunement, à l'ocasion d'une demande de certain droit sur le sel(a), que leur avoit fait demander le duc deux ou trois ans au-par-avant. Ce qu'ils avoyent refusé: dont le duc s'estoit parti mal content d'eux, et n'aloit plus ne venoit en sa vile de Gand, ne la duchesse ne le comte de Charolois leur'fils~: et tou-
10 Devant la vile de Calais : Ce fut au mois de juin i436 que Philippe-le-Bon fît ie- siège de Calais. Ceux de Bruges et de Gand abandonnèrent l'armée, sous le prétexte que , dans une sortie exécutée par les assiégés , la noblesse ne les avoit pas soutenus.
(a) Certain droit sur le sel : Le duc de Bourgogne mit cet impôt en i448 : il étoit de dix-huit sous par sac de sel. Les habitans de Gand reposèrent de le payer , et telle fut la source des troubles qui éclatèrent bientôt après. Ce que dit l'auteur, de Daniel Sersanders , n'est ni clair ni exact. Cet homme , après avoir exercé les fonctions de super-doyen des métiers, fut élu échevin en 14 4g. Comme il s'étoit distingué parmi les adversaires du nouvel impôt, le duc ne voulut confirmer ni sa nomination , ni celle des collègues qu'on lui avoit donnés. Cependant , un an après , il redevint , malgré la cour , super-doyen des métiers.
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testais s'estoyent les matières entretenues par moyens , tellement que le débat n'estoit point piaillement ouvert : et fut longuement apparence que le tout se deust appaiser.
Neantmoins, en l'an 5i, les Gandois firent chef de leur conseil un nommé Daniel Cessandres, et députèrent maistre Pierre Boudin, et maistre Gilles Bouin et autres, qui sous ombre de leurs privilèges firent loy , et establirënt boimgmaistres et échevins à la ville de Gand, sans y appeler te prince ou 'Ses of* ficiers : édifièrent et mirent en loy toutes gens à leur main, et délibérés de soustenir leur opinion contre leur prince et contre tous autres. De ces choses fut le bon duc moult-raalcontent : mais par conseil Ton dissimuloit, sous timbre des entreprises qui se faisoyent pour l'apaisement. Mais en cette saison (comme dict est) les • matières agrevérent plus-fort que devant, pour les raisons dessus-dictes, et comme il est escrit cy-dessus. Ainsi se dissimuloit le temps, et se tenoit le bon duc Philippe et la duchesse en la vile de Brucelles, en graps festimens de joustes, de tournois, de banquets, et autres plaisans passeteinps; et en cest an 5i, environ la Toussaincts, fut une jouste criée et publiée: et à celle jouste fit le duc préparer son seul fils et héritier monsieur Charles, comte de Charolois, pour jouster pour sa première fois, et lequel n'avoit que seize à dixsept ans d'aage: et se préparèrent les jeunes signeurs qui avec luy avoyent esté nourris pour jouster aveques luy, et aussi plusieurs autres princes, chevaliers et escuyers, rudes jousteurs, et acoustumés du mestier.
Et pource que c'estoit la première fois que le noble
ÔO . MEMOIRES
comte a voit mis, la lance en l'arr.est, ne porté le harnois pour exécution environ trois jours avant la feste Ton fit essayer le comte; et, par délibération des signeurs et des dames de la court, fut ordonné que le comte, nouvel homme-d'armes, courroit la première lance contre messire Jaques de Lalain: et disoyent tous que contre meilleur chevalier rie pourrait faire sa première épreuve, et que ce seroit hpur en armes, à si haut personnage^,. d'atteindre et d'estre atteint, pour le premier, de chevalier renommé. Et ainsi eut messire Jaques le bon chevalier cest honneur par effect de courre là, et d'éprouver la noble personne du fils de son souverain signeur, et son signeur apparent à" venir: et furent montés et armés au parc de Brucelles, o{i furent le bon duc et la duchesse présens à celle épreuve. Lances leur furent taillées : et à celle prçmiérç course le .comte ferit messire Jaque$ en Fescu,. et rompit sa lance en plusieuus pièces: et messire Jaques courut haut, et sembla au duc qu'il avoit son fils épargné: dont il fut mal-content, et manda audict messire Jaques que s'il vouloir ainsi faire, qu'il ne s'en mesjast plus. Lances leur furent rebaill^es, et ledict messire Jaques de Lalain laissa courre sur le comte: et cFautre costé vint le comte moult-vivement, et se rencontrèrent tellement qu'ils rompirent leurs lances tous deux en tronsons; et de ce coup ne fut pas la duchesse contente dudict messire Jaques: mais le bon duc s'en rioit, et ainsi estoyent lé père et la mère en diverse opinion. L'un desiroit l'épreuve, et l'autre la seureté: et, à ces deux courses faillit l'essay du noble comte, et duquel essay furent les sages moult-eqnterjs et rejouis , pource qu'ils virent leur
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prince à venir prendre les armes, et soy moristrer courageux, et homme potifr ensuyvir la noble lignée dont il estoit issu : et se passa lé tewps jusques au jour des joustes, qui se firent sur le marché de Brucelles, là où il y eut grande assemblée et grande noblesse; et fut amené le comte Charles sur les rangs, et acompaigné par le comte d'Estampes son cousin , et par plusieurs autres princes, chevaliers et nobles hommes: et le tenoit fort de près le signeur d'Auxi, et Jehan de Rosimbos, signeur de Formelles: et ces deux l'avoyent nourry et gouverné des son enfance. Si fut couvert et paré d'orfaverie: et, d'autre part, là vindrent jousteurs de toutes pars: et là jousta le comte de Boucquam /Philippe dé Crouy, Jehan de La Trimouille, Charles de Ternant , et plusieurs autres jeunes signeurs et nouveaux jousteurs, nourris aveques le comte; et ainsi commença la jouste: et, à la vérité, le comte rompit seiz§ ou dixhuict lances, donna et receut de tresbonnes atteintes, et fit si-bien le devoir que chacun luy donna le bruit d'icelle jouste: et luy fut, le soir, présenté le prix par deux princesses,, et fut crié Montjôye par les heraux moulthautement. Et certes ledict comte dbntinua la jouste longuement depuis, et fut tenu pour moult-puisssant et rude jousteur, et gaigna plus de bruit à la jouste que |rand maistre que Ton sceust: et pource je commence à emplir et fournir mes Mémoires de luy et de ses faicts, et n'en parle pas par ouyr dire ne par raports: mais comme celuy qui ay esté nourry aveques luy des son enfance, tant au service du bon duc son père comme de luy, je toucherây et parleray de sa nourriture, de ses mœurs, conditions et usances, de-
puis le temps que je le vey premier, qui est escrit en mes Mémoires cy-dessus.
Quant k ses^ conditions, je commenceray par le pire bout. Il estait chaud, actif et dépit, et desiroit, en sa condition enfantine, à fjtrire ses voulontés, à petites corrections : et toutesfois il eut l'entendement et le sens si-grand, qu'il résista à ses complexions; tellement qu'en sa jeunesse ne fut trouvé plus-doux ne plus-courtois de luy. Il ne juroit Dieu, ne nuls saincts. Il avoit Dieu en grand cremeur (0 et révérence. II apprenoit% l'escole moult-bien , et retenoit, et s'apliquoit à lire et faire lire devant luy, du commencement, les joyeux comptes et faicts de Lancelot et de Gauvain, et retenoit ce qu'il avoit ouy mieux qu'autre de son aage : et de sa nature desiroit la mer et les bateaux, sur toutes riens. Son passetemps estoit de voler à émerillons (») : et çhaçoit moultvouten tiers, quand il en pou voit avoir le congé. Il jonpit aux eschets mieux qu'autre de son temps. Il tiroit de l'arc, et plus-fort que nul de ceux qui estoyent nourris aveques luy. Il jouoit aux barres, à la façon de Picardie, et escouoit (3) les autres par terre, et loing de luy: et dejyits, en fournissement de jours et de force, il fut tenu et nommé moult-bon et puissant archer, et moult-rude, fort et adroit joueur de barres. Et ainsi croissoit le comte, et estoit nofirri, duit et apris, et de soy queroit et s'adonnoit à tous bons et honnestès exercices: et h tant me taira de la nourriture et de l'exercice du comte Charles, et retourneray à ce qui avint en celuy temps.
(») Cremeur : crainte. — (*V De voler à émerillons : d'aller à la chaise au vol des oiseaux. — (3) Escouoit : jetoife.
Or approchasmes nous de l'an 5a , et tolisjours aloyent et venoyent ambassadeurs des Gandôis devers le bon duc, feindant tendre à apointement : et dissimuloif^le duc leur malice, attendant son point, et qu'il eust asseuré son faict devers le Ray françois, avecques lequel, par moyens d'aucuns qui gouvernoyent en France, il avoit tousjours quelque chose à refaire : et mesmement sembloit au Roy que le dup tenoit le parti, et s'entendoit aveques son fils monsieur Louis de France , dauphin : lequel s'estoit parti de la maison du Roy son père, et contre son congé se tenoit au Dauphiné, et faisoit aliances contre le Roy et ses bien-veuillans : et se maria à la fille du duc de Savoye*: et se maint enoit et conduisoit en toutes choses à sa guise, sans le conseil ou plaisir de sondict père: et recueilloit et élevoit, par dons et»par promesses, tous ceux qui vouloyent abandonner son père: et, à la vérité, il assembla au Dauphiné une moult-grande compaignie dé gens-de-bien, et leur estoit large et abandonné plus qu'autre, de son temps: et, par cette séparation du père et du fils, ledict Dauphin ne fut point es conquestes que fit le Roy françois en Normandie et en Guiennè contre les Anglois : et de ceste matière je me tairay pour le présent, combien que j'en aye personnellement assez veu : car tost après le mariage faict dudict Dauphin et de la fille de Savoye? j'allay de gayeté de cœur, et sans charge d'autruy , en Savoye et au Dauphiné , pour veoir les assemblées des deux princes, et leur noble court : et en ce temps, ou peu paravant, la noblesse de Savoye et lefc plus-grans signeurs se mesurent, et s'emeurent en débat les uns contre les autres :
dont là plus-part et les plus-grans furent ensemble contre messire Jehan de Compais, signeur de Thorain : et fut outragé ledict signeur de Thorain de sa personne^ : dont le duc Louis et la duchesse#furent moult-mal-contens , et portèrent et soustindrent tèdict de Compais. Cestuy de Compais fut celuy qui fît armes à l'arbre Charlemaigne contre Anthoîne de Vaudrey, comme il est récité en ce premier livre. Par le débat dessusdict avint que, par le conseil et aveu dû dict Dauphin, les signeurs de Savoye furent bannis du pais, et la place de Varembon rafee et, abatue: dont certes le pais eut moult à souffrir; et se meslà pour iceux signeurs le Roy, et le duc de Bourgorigne: car plusieurs en y avôit qui furent sugets du Roy, et aucuns dudict duc: et estoyent d'icelle guerre, contre le signeur de Thorain, le signeur de Barget, mareschal de Savoye; le signeur d'Antremons, le signeuf de La Queulle, le signeur de Lureu, de Varembon, de Varas, de Chaillant, de Virieu, de Manton, et jusques à vingtcinq ou trente chefs-d'hosteîs, barons, bannerets et signeurs: laquelle guerre porta et soustint ledict de Compais inoult-courageusement : et fut Cette matière appaisee par le moyen dû rOy Charles et duc de Bourgongne : et de ce me tairay, pource que je veux entrer es guerres que commencèrent les Gandoia contre le duc leur signeur : et xfe reciteray cho9e , à l'aide de Dieu , que je n'aye à la vérité sceûe et veûe. : .
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