‹ Les mémoires de messire Olivier de la Marche, augmentés d'un Estat particulier de la maison du duc Charles le Hardi, composé du mesme auteurChapitre 8 sur 45 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

De plusieurs écarmouches et rencontres entre le duc de Bourgongne , comte de Flandres , et les Gandois.

Or deviseray je de l'an i453, et des aventures d'iceluy, en continuant mon œuvre et ma matière, qui vaut bien d'estre perséveree. Si fut vray que, l'an 53 , le troisième jour d'avril après Pasques, Pierre Moireau dessusdict , soy voulant venger du reboutement

(0 Méhaignant: fatigant, maltraitant.

l3o MEMOIRES

que luy fit (0 le bastard de Bourgongne à sa première conduite des Gandois, assembla desdicts Gandois tant et si -largement qu'il en pouvoit finer, et marcha de-rechef contre Terremonde : et croy qu'à celte heure n'y estoit point le bastard de Bourgongne, mais estoit en Court, devers le duc. Si fut messire George de Rosimbos, signeur de Fillames, averti (léquel estoit lieutenant du bastard de Bourgongne); et feit entrer au boulovart d'outre Teaué trois cens archers et cinquante hommes-d'armes , et aprester l'artillerie: et lés Gandois marchèrent moult-fièrement, et vindrent de tel côuragte, que pour doute du traict à poudre ils ne laissèrent qu'ils ne veinssent livrer l'assaut audict boulovart, main à main; et dura ledict assaut, aspre et «fier, bien trois heures : et furent ceux du boulovart une fois ou deux rafreschis et renforcés de ceux de la garnison : et finalement se partirent Gandois, et se, retraïrent à leur grande perte : car les archers saillirent sur les levées de la rivière , et moult en occirent : mais la chace ne fut pas longue, pource que moult -grand nombre furent les Gandois; et doutoyent les capitaines de la garnison qu'il n'y eust embusche.

Le lendemain ( qui fut le quatrième jour d'avril ) les Gandois firent une autre emprise , et à grosse puissance coururent en Hainaut jusques au plus-près d'Enguyen, passèrent près de Tournay, firent moult de maux et de dommages en leur chemin, et s'en retournèrent sans nul contredîct : et bien le peurent faire , car les mesnagers avoyent abandonné leurs

(*) Du refoulement que luy fit : de la victoire qu'avoit remportée âiir lui.

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garnisor* pour aler visiter leurs matons et leurs mesnages : el n'y avoit nuls gens-d'armes assemblés au pais qui eussent peu faire à la puissance des Gandois nulle résistance. Quand le duc de Bourgongne veit la igni continuation de ses ennemis et rebelles , il fit de nouvel ?&! son mandement , et manda gens-d'armes par tous ses [ | pais, pour estre prests au quinzième jour de may : et :! en ce temps, à la requeste des nations à Bruges de- 5 ij mourans, le duc acorda une journée à l'Isle, où furent là des plus-notables de Gand, et fut la paix comme contt due. Mais le peuple n'en voulut rien tenir, et crioyent 1 parray Gand : La guerre , la guerre! Von verra qui ! seront les loyaux Gandois > qui combatront pouf kur franchise;

En ce temps aucuns Luxembourgeois, qui tousjours avoyent tenu en leur courage le parti du roy JLancelot#de Hongrie (0, voyans le duc empesché contre les Gandois, malicieusement cuidérent faire leur profit , et prendre le temps à leur avantage ; et pourtant s'emeureht «et rebellèrent , et firent rebeller avenues eux la vile de Tionville ( qui est la meilleure de Ja duché, après la vile de Luxembourg ), et mirent les officiers du duc de Bourgongne dehors, et ceux qu'ils pensèrent qui estoyent du parti du duc. Si fut avisé d'envoyer devant pour le secours du païs , et pource que par le trépas du noble chevalier messire Çiornille, bastàrd de Bpurgongne, le sïgnéur de Crouy avoit eu le gouvernement d'icelle duché , fut .■)■.•■ r

(0 Lancelot de Hongrie : Les historiens contemporains ne parlent pas de l'intervention de Ladislas , roi de Hongrie , dans l'affaire du duché de Luxembourg , dont il est question dans les chapitres précédons.

l3? MEMOIKES r

avisé que l'on y #nvoyroit deux des neveux dudict~ signeur de Crouy , moult - bons chevaliers : et fut l'un messire Anthoine de Rubempré, et l'autre messire Jehan de Rubempré, signeur de Biévres : et leur furent baillés cinq cens archers et soixante lances , et gardèrent la frontière à Arlôn et à Vireton, et à autres places voisines : et, à l'aide du signeur de Souleuvre, du signeur de Rollers, de Bourse"*, et d'autres, <jui ne tindrent point le parti des rebelles, se conduisirent i ceux deux chevaliers frères si-notablement en leur commission , qu'il n'y eut depuis rieri conquis ne perdu sur le duc de Bourgongne; et à Luxembourg se tenoif messire Guillaume de Sainct - Songne et Guillaume de Grevant , pource que ledict messire Guillaume y avoit eu gouvernement, et estoit congnu des signeurs, nobles hommes du pais , et autres , du temps du bastard de Bourgongne messire CornUle, trépassé : dont ledict messire Guillaume avoit le gouvernement , et l'avoyent trouvé sage et véritable : et à celle occasion par bons moyens il entretint plusieurs bonnes maisons, viles et personnes , qui ne se tournèrent point : et ( qui plus fut ) il ramena des plus - obstinés à la mercy du -duc, et fit moult de biens à l'avantage du duc, pendant iceluy * temps ; et nous tairons pour le présent d'iôelle guerre, pour retourner à celle de Gand.

Pour continuer ma matière commencée, les Gandois, persévérons en leur obstination, firent tousjours là guerre, à leur pouvoir, à-1'encontre de leur prince et signeur : et firent moult d'emprises, de courses, d'enlrefaictes et de maux au plat -pais de leurs voi-

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* sins, et tousjours perdoyent gens par cens et par miliers : et le vingtcinqiéme jour de juin (0, s'assemblèrent ceux de la verde- tente en grand nombre, et coururent à-lentour d'Allost, et boutèrent feux, tuans et pillans. Si furent rencontrés par le signeur de Cimay , grand Bailly de Hainaut ( qui avoit assemblé aucunes garnisons aveques les siens); lequel les deffit, et en fit telle occision, que depuis la verde-tente ne fut si forte quelle estoit par-avant.

Quand le bon duc eut essayé le courage et l'intention des Gandois ses rebelles, l'une fois par ambassadeurs françois, et autre fois par ambassades à' leur mesme requeste envoyés par les nations estranges et par les viles voisines ( qui tous se meslérent , à leur pouvoir, de t^ouvçr paix et apointement en çeste matière), et que tousjour* fut trouvé le droit pour le duc , et la roupture par les Gandois mal - conseillés , le duc congnut évidemment qu'il falloit , par l'espee et par le sang, abaisser cest orgueil déreiglé. Si eut fait ses mandemens par ses pais , et se tira au lieu de Courtray , et se partit dé l'Isle , où il avoit longuement séjourné à grand triomphe : et fut le vingtième jour de juin : et, le vingtcinqiéme jour d'iceluy, le duc ( qui avoit séjourné à Courtray quatre jours entiers, durant lequel temps l'armée et les garnisons

• s'estoyent assemblées autour de Grammont , et l'artillerie s'estoit aprûchee ). en partit , avec son fils : et alérent mettre le siège devant une place qui se nomme Squandebecque (a) : laquelle place les Gandois tenoyent, et s'y retrayoyent : et fut à l'occasion d'i-

(0 Le 'vingtcinqiéme jour de juin : Monstrelet dit que ce fut le i5. — (*) Squandebecque : lisez Schendelbeke. L.

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celle place moult de maux par le plat-païs de' Hainaut faict : et furent enclos en ladicte place bien deux cens Gandois; et assez près de là y a voit une autre tour petite, close d'eaue, en laquelle s'estoyent retraits en-% viron vingt compai gnons.

Tandis que le mareschal de Bourgorijgne ordonnoit le siège et les approches, aucuns aventuriers furent avertis d'iceile tour, et des Gandois retraicts en icelle. Si leur fut prestement livré l'assaut pai? plusieurs hommes- d'armes <jui prestement entrèrent au fossé, et commencèrent à assaillira et les Gandois se dépendirent moult-hardiment. Les archers tiroyfent flèches si dru et si -souvent, que Jes Gandois pouvoyent à grande peine venir à leurs deffenses : mais , nonobstant, ils se deffendoyent asprfcment. Les hommesd'armes estoyent en lieu tous armés , qu'ils ne leur pouvoyent rien faire, si'-noii recevoir les coups de pierres et de bricques que leur ruoyent lesdicts Gandois : car en ia tour n'avoit qu'une entrée d'un huis tresestroit , haut en la tour, bien clos et bien serré. Si fut une eschelle aportee et drecee devant la porte, en intention de la rompre : et le premier qui monta dessus fut Jaques de Falerans, un moult vaillant escuyer, et monta jusques à la porte : mais, par une fente , un Gandois luy donna si-grand coup d'une picque, qu'il l'emporta jus de Feschêlley et l'abatit tout* plat au fossé : mais il fut par ses compaignons tantoât relevé, et n'eut autre mal ne bleceure. Si monta incontinent l'eschelle Estienne de Sainct-Moris , cousin -germain dudict Jaques de Falerans. Il avoit l'espeé au poing, et monta jusques au plus -haut, et contendoit de couper ladicte picque dont ledict Gandois

D'OLIVIER. »E LA MARCHE. l3$

^t deffendoit inoult-fîérement la porte. Plusieurs coups

^ d'aguet et d'avis xna le Gandois de la picque, pour

l? cuider l'ç§cuyer atteindre, qui se soustenoit vaillam-

r ment, et conjefcdoit d'entrer en la tour, et de gaigner

l'entrée à son pouvoir. Mais le vilain (qui combatoit

E.- à son avantage ) rua un coup de toute s^ force , et ât-

!ç teindit ledict escuyer au visage , et lui perça la joue

f> et la te§te en co^tiére : e,t porta l'escuyer au fossé , tel

^ atourné que Ton cuidoit qu'il fust* mort. Finalement

& l'assaut dura si longuement, que -le signeur de Mon-

[fc tagu et autres capitaines vindrent à l'assaut : et fut def-

(S fendu que plus nully ne montast l'eschelle, pour ce

e que trop grand desavantage avoyent les assaillans : et

é fut l'eschelle ostçe, et fît on aporter largement paille ;

:r et soqstenoyent les hommes-d'armes, à leur& lances,

i les faix de la paille liés et allumés de feuvparquoy

Ton brulla ladicte porte. Et tandis un escuyer, nommé

Jehan de Florey, leva l'eschelle d'un autre quarre de

la tour, et du bout d'une hache mina tellement les

bricques de la tour , qu'il y fit un trou si grand qu'il

valoit un nouvel huis: et quand les Gandois, qui

avoyent deffendu plus de trois heures, se veirent ainsi

pressés de toutes pars , ils monstrérent signe de parler,

et finalement se rendirent à voulonté, et furent mis es

mains du prevost des mareschaux, et depuis pendus

à. un arbre.

Ainsi fut le siège mis devant le chas tel de Scandebecque, la tour prise : et se logea le duc , les princes et, gens-d'armes de toutes pars : et fut l'artillerie afustee et les aproches faictes , et auxdictes aproches fut tiré du traidt , tout outre le visage d'un escuyer nommé Jehan Rasoir, serviteur de messire Jaques de

1 36 MEMOfttES

Lalain, et n'en mourut point. Aussi fut blecé un moult bel et vertueux jeune chevalier nommé messire Jehan Du Bois, signeur de Hannekin : et eut lé pie senestre percé d'une coulevrine. Plusieurs y eut pièces et navrés (qui sans grande cause s'approchoyent , et découvroyent devant le traiét), dont je me passe pour abréger: et fut l'artillerie du duc si«bien diligentee, que les Gandois, eux voyans enclos de toutes pars, commencèrent à 'parlementer : et firent traiter par leur curé , et se rendirent a la voulonté du duc, corps, vie et biens : et ne dpmoura le siège que cinq jours entiers, et furent tous pendus, réservé (le prestre,*leur curé, et un qui se disoit capitaine de Gavre, qui fut gardé , pour les causes que vous pourrez ôuir cyapres; et fut lç capitaine pendu au pont-levis, qui estoit noble homme , et l'un des beaux hommes que Ton pouvoit veoir : et ainsi prit le duc le chastel de Scandebecque.

- Le duc fit retourner son artillerie, et prit conseil d'aler assiéger le chastel de Poucques, et tira celle part : et le mareschal de Bourgongne} acompaigné des Bourgongnons, de messire Jaques de Lalain, des signëurs de Beauchamp et d'Emeries, et autres capitaines , tirèrent contre le chastel de' Gaf re , pource que cehiy qui sa disoit capitaine de Gavre (comme dict est ) promit audict mareschal de luy faire rendre la place. Si fut mené parler à ses compaignons : mais ils tindrent petit de compte de luy et de son pouvoir, et tirèrent après luy canons et autres traicts: et s'en revint le mareschal de Bourgongne sans autre chose exploiter pour celle fois, si non qu'il fit pendre le Gandois à un arbre, et coucha celle nuict et la corn-

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paignie en un vilage assez pret*dudict fieu de Gavre : et le lendemain retourna Pavant-garde devers le duc de Bourgongne. Le bon duc (qui desiroit de soy venger de ses rebelles, et qui voulait exécuter Testé, qui estoit bel et sec) se tira, au départir de Scandebecque, devant le chastel de Poucques. Si fut le chastei environné de toutes pars; et de plaine venue la bassecourt brulee et arse, voire leur pont, gisant jusques au pont levis , qu'ils avoyent à grande haste drecé contre, et pour la deffense de leur porté : comme afin que l'on n'entrast peslemesle par le pont. Si fut l'artillerie drecee grosse et petite, contre un pan de mur, entre deux tours : lequel pan de mur estoit maçonné d'une sale et autres chambres, et voyoit on bien par les fenestrages que celuy pan ne pouvoit avoir gueres grand force : et aussi le lieu et le terroir estoit convenable à asseoir artillerie au regard des marescages des autres costés : et furent en peu de temps les tours et les murailles fort empirees.

En faisant icelle bateure, il avint que par un matin messire Adolf de Cléves, le bastard de Bourgongne, et autres jeunes signeurs, alérent visiter l'artillerie, et une bombarde nommée le Bergère, qui moultbien faisoit la besongne : et se tenoyerit pavesés et couverts du mantel de celle bombarde; et vint celle part le bon chevalier messire Jaques de Lalain * qui se tira hors de la couverte, et voulut regarder du convive, de la place (0 et de la bateure : et se bouta derrière deux tonneaux pleins de terre; et j)ar-dessus avoit deux pavais drecés. Lé chevalier estoit grand , et re-

(0 Regarder du convive , de la place : examiner la situation de la place.

garda entre les deux pavais : et à ce moment ceux du chastel boutèrent le feu en un veuglaire (0 qu'ils avoyent nouvellement afusté au plat de la porte. Si fut là fortune tçUe* Vxe k pierre rompit les deux pavais,* et assena le noble chevalier en la teste, et luy emporta tout le front, depuis le nez en sus : et clieut mort le chevalier à la terre , et de ce coup et douloureuse atteinte n'oublia pas Fortune sa diverse nature, qui est telle qu'elle ne peut souffrir les fleurs ne les fruits y sur la terre , souvent venir à meurison ou profit, sans leur envoyer vents, gelées, vermines ou temps impétueux, tendant tousjours à ses fins tresmaudictes , qui est de prendre la fleur sans fruit , ou le fruit sans meurison , et finalement de tout arruiner et destruire ce qui naîst et croist entre le ciel et la terre. Mais celle fois cette maudite forsenee Fortune faillit à son atteinte : car elle heurta au front du noble chevalier à telle heure et à tel bruit, que la renommée de ses vertus et de son sens et de sa chevalerie vivra et demourera en estre et en mémoire , non pas seulement par les souvenances des vivans et de leurs recors , majs autant que les escritures faictes et à renouveler auront cours et durée en ce monde : car je sçay bien que le royd'armes de la Toison d'or, George Chastelain,, nostre grand historiographe , ne plusieurs autres qui se meslent et entremettent d'escrire , n'oublieront point , en leurs rarnentevances et escrits, cestuy messire Jaques de Lalain, dont Pemploy de leur récit, en ceste partie, fera honneur et profit à leurs œuvres et matières.

(*) feuglaire : canon.

Ainsi mourut messire Jaques de Lalain , dont l'ame, par la miséricorde de Dieu et par l'apparence de la vie du bon chevalier, donne espoir de prendre le chemin de paradis : et fut le corps emporté en une église, etensevély, et mis sur un chariot .le mieux et le plushonnprablement que l'on le peut fôire : et l'acompaignérent les nobles hommes de sa compaignie, et chevauchoyent après lé4 corps à cornette dépleyee, comme s'ils, fusaent par luy conduits et menés en bataille : et aveques gens-d'JEglise fut mené à Lalain en Hainaut, où estoit lhessire Guillaume de Lalain, père dudict messire Jaques , un ancien notable chevalier , chevalier d'honneur de la duchesse de Bourgongne , et madame Jehannette de Crequi sa mère , qui piteusement recueillirent leur fils : mais toutesfois se monstrérent sages et constans, en portant leur deuil patiemment, congnoissans que du plaisir de Dieu chacun se doit cortenter. Si fut enterré en l'église de Lalain, .où depuis ]\y veu sa sépulture, moultsoleifnelle : et né fait pas à demander si le» duc de Bourgongne et le comte de Charolois furent déplaîsaQ£ de ceste male-aventure , avec toute la chevalerie et communauté de l'armée : car il fut mesmes regreté et plaint de tous les lieux où il estoit en congnoissance. Or ici finit ce que je puis réciter et mettre par mémoire du tresvertueiïx chevalier messire Jaques de Lalain, priant Dieu, par sa grâce, qu'il veuille que je le voye escrrt au livre de vie aveques les parfaicts.

Le siège de Poucques dura neuf jotirs, et fut abatu un grand pan de mur rez 3 rez du fossé : et le fossé estoit de petite eaue. Si se rendirent les Gandois à la

l4o MEMOIRES

voulontc du duc, et furent pris et liés, et tous pendus, sans rançon, ou répit, ou miséricorde : excepté un ladre (qui leans se trouva enclos), et deux ou trois jeunes enfans, et les gens-d'Eglise : et ce faict, fit le duc remonter $on artillerie, et tira à Courtray pour prendre conseil qu'il estait de faire 4 et là séjourna douze jours, "cuidant trouver manière que son fils Charles n'allast pluâ- avant en icelle guerre, pource xju'il congnoîssoit la fiére ^obstination des Gandois, et esperoit avoir la bataille, et doutoit pour son seul fils e% héritier : et pource l'envoya visiter h duchesse sa mère , qui de le retenir fit son devoir, luy remonstrant qu'elle en estoit requis^ du duc et de ses pais. Mais il respoqdit courageusement qu'il ne demoureroit point, et qu'il vau droit mieux à ses païs à venir le perdre jeune, que d'avoir signeur sans courage : et finalement revint le jeune comte à Courtray, avant le parlement du duc son père.

Le seizième jour de juillet, lé duc de JJourgongne se partit de Courtray, et ala devant Gavre , et l'assiégea , et l'environna de toutes pars : et fit descendre bombardes, mortiers, et engins volans^r et furent les aproches faictes si-pres que faire se peut; et à la vérité la place de Gavre ne fut guéres empiree de bombardes ne d'engins , fors le dessus des pans et des tours, qui furent abatus. Et avint, après avoir duré le siège six ou sept jours, que le capitaine du chastel (qui se nommoit Jehan de Bos (0) voyant

(0 Selon Monstrelet , 3 y avoit dans cette place deux capitaine» anglais, nommés Jehan de Vos et Jehan de tiont. Meyer prétend que le capitaine qui s'enfuit vers Gand s'appeloit Amoul Fanait Speecken.

BOUVIER DE-£A MARCHE. l4l

que, pou r roônstrer feu ou enseignes, son secours ne venoit point de Gand; congnoissant la, variation du peuple gandois , et se sentant b^tu et étonné de toutes pars, sappensa d'aventurer son cas, et prit, aveques luysix ou sept hommes, ses feables et gens çle*£aict, et fit uae saillie par le plus-obscur de la nuict, et frapa hardiment sur les premiers qu'il trouva es tranchées et es ^proches (qui furent en petit nombre , et qui ne se doutoyent de rien ) , et finalement mit iceux en fuite et desroy, et fëit un grand effray sur l'artillerie. .Mais liiy ( qui avoit ailleurs son emprise progettee) ne poursfuyvit point, ains passa la rivière de l'Escaud à nou , et ses gens, et s'en tira à Gand sauvement. Et n'est pas à oublier comment il amassa ceux de la, vile , et leur dît qu'il s'estoit aventuré pour sauver ses compagnons, qui estoyent assiégés à Gavre, et qui desja estoyent en grande nécessité de vivres çt de bateures : et n'y avoit mbyen pour les secourir que par bataille, qui leur estoit par eux promise; et leur dît que le duc de Bourgongne n avoit guéres de gens, et quç son armée estoit moult amoindrie par ses gens, qui l'abandonnoyent , et 3e déroboyent tous les jours de la compaignie : dont il estoit bien acerteiié par prisonniers qu'il avoit pris sur le siège.

Là fut un Ànglois nommé Jehan Ost. Iceluy Ànglois avoit grande authoritç aveques les autres Ànglois tenans le parti de Bourgongne , et avoit promis d'amener les Gandois en bataille^car le duc de Bourgongne voyoit moult son profit de les combatre aux champs, et desiroit moult de les y trouver, pour soy venger, et abréger sa guerre. Si dît cest Ànglois tout

l42 v MEMOIRES

haut que pieça il leur avoit bien dit que le duc de Bourgongne n'a voit guéres de gens, et que Ton ne devoit point laisser perdre <;eux xjui estoyent assiégés à Gavre, n'une si bonne place; et leur dît qu'il votiWt estre le premier au front de la bataille, et les asseura moult de la victoire. Si fut le peuple léger à émouvoir, et saillirent hors de la vile de Gand en deux compaignies : dont en la première compaignie eut vingt-cinq mille iiommes éleus et nombres , sans les gens-de-cheval, Anglois et autres ; et conduisit les chevaucheurs d'jçelle' première eompaignie ledict Jehan Ost pour les Anglois, et un jeune homme gandois , nommé Jehan Van Nielle , pour le'sdicts Gandois : et avoyerit canons et serpentines à chariots, et artillerie à poudre assez, et largement. Apres iceux saillirent une grosse eompaignie de gens, ou il pouvoit avoir vingt mUIe hommes et plus. Ceux saillirent sans ordre et sans commandement , et marchèrent après les premiers, comme une arriéregarde.

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