‹ Les memoires de ParisChapitre 14 sur 48 · LA CELLULE DU PÈRE MONSABRÉ · texte numérisé non relu

LA CELLULE DU PÈRE MONSABRÉ

deux derniers demeuraient chacun chez soi Frères prêcheurs et Frères convers. Tout le premier était réservé à la bibliothèque, qui était très riche, ma foi, et mieux ordonnée que celle de la rue Richelieu.

Le Père Monsabré habitait au second. Sa cellule n'avait guère plus de deux mètres carrés : un lion de Bidel est plus à l'aise. Une table, un siège de bois, une planche servant de lit, composaient l'ameublement. Sur le ht, cependant, il y avait un petit, tout petit et tout mince matelas de varech. Pas de draps. Le luxe effréné n'entrait point là-bas. Les Frères couchent d'ordinaire vêtus de leurs habits , comme des prisonniers. Bah! ne les plaignez pas trop.

— Si vous saviez, nous dit le Père Monsabré, comme je suis malheureux en province quand on me donne un de vos lits! Sur cette planche, au moins, je dors! ! !

Et puis ces Frères sont des prisonniers volontaires, dont l'esprit et l'âme volent en plein azur.

Je n'ai jamais vu de captifs si gais... Lorsqu'ils ne prient pas, ils rient tout le temps...

Leur figure néanmoins doit s'attrister quand, maintenant, dans leur nouvelle caserne de la rue du Bac, ils se rappellent le vieux couvent d'où on les a chassés, je vous demande un peu pourquoi 1

M. Emile Augier

L'auteur du Fils de Giboyer et de tant d'autres pièces remarquables habite, on le sait, au bord de la Seine, un petit pays qu'il se vante d'avoir jadis découvert. C'est Groissy, si célèbre par sa Grenouillère, où, l'été, <c s'esbattent et s'esclaffent », dans une promiscuité adamique, des baigneurs et des baigneuses qui ne craignent pas plus l'eau que le vin des cabarets d'alentour.

La maison de l'académicien est la première qui ait été construite sur cette rive charmante. Étrange, cette maison... Elle est devenue ce qu'elle est aujourd'hui comme sont faits souvent les actes d'une comédie, c'est-à-dire en plusieurs fois et à des intervalles assez longs. Le prologue — pardon — le rez-de-chaussée s'est élevé d'abord au milieu d'un grand et joli

jardin. La salle à manger donnait alors sur une terrasse où l'on aimait à mettre le couvert. Mais voilà qu'un jour, entre le rôti et le dessert, la pluie tombe à verse... Le lendemain, on commençait à transformer cette terrasse en une jolie véranda, au-dessus de laquelle régnait un balcon.

— C'est sur ce balcon, qui fait suite à mon cabinet de travail, que je fumerai ma pipe, — se disait Augier.

Mais voilà que le soleil dardait ses rayons sur ce balcon. On y avait le crâne brûlé. De nouveau l'architecte est mandé. Un mois après, la véranda avait un étage de plus.

A côté de la salle à manger, s'étend une immense salle de billard où jadis on recevait, — ce qui n'était qu'à moitié commode. Comme il y a du terrain à côté de la maison, Lefuel, de l'Institut, aujourd'hui décédé, se chargea d'adosser un salon contre la salle à manger.

Un vrai salon d'académicien! Tout en chêne, avec grosses poutres sculptées et qui se croisent. Du haut de la vaste cheminée, également en bois sculpté, sort un faune merveilleux. L'ameublement est plus gai; il est en reps bleu, laissant à peine voir le bois. Le fond de la pièce est cintré; un long canapé est accroupi le long de la muraille. Les fenêtres sont immenses et

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