M. EMILE AUGIER
çaise, qui d'ailleurs la refusa, puis remit à l'auteur un portefeuille contenant cinq cents francs en s'engageant à le remplir quand il serait vide.
Ils sont rares, les traits de cette sorte.
Le dernier ouvrage d'Emile Augier, Madame Caverlety qui, primitivement, s'appelait le Divorce^ avait d'abord été écrit à la fm de 1873 en trois actes.
Elle ne plaisait point à son auteur, qui l'avait jetée dans un tiroir en se promettant de ne plus rien donner au théâtre.
Mais, deux ans après, il ouvrit par hasard ce tiroir, ses yeux tombèrent sur le manuscrit, qu'il lut.
— Ce n'est pas mauvais du tout! s'écria-t-il.
Seulement la pièce ne lui semblait plus dans le courant.
Il la récrivit, et voilà comment le Divorce est devenu un succès en quatre actes.
M. Emile Augier n'a pourtant rien fait depuis, il n'a pas même une seule pièce en portefeuille et n'en rêve aucune.
Son passé peut lui suffire.
La sœur de Gampi
On a parlé du frère de Campi. On n'a pas dit que l'horrible assassin de la rue du Regard avait deux sœurs.
L'une vit en province. Je ne veux parler ici que de celle qui habite Paris et chez qui l'avocat de Campi, M^ Laguerre, s'est rendu, le lendemain de la condamnation.
L'entrevue a été, on s'en doute, dramatique au plus haut point. Je la raconterai textuellement, simplement, comme si je n'avais qu'un ' procès-verbal à faire.
C'est à la demande de l'assassin que M^ Laguerre est allé voir sa sœur.
Il la trouva vêtue de deuil. Elle est veuve. Naturellement, elle ignorait qu'il pût y avoir un lien quelconque entre elle et l'assassin.
— Madame, lui dit M® Laguerre, je viens vous voir de la part de votre frère.
— Ah! vous venez de Bruxelles, monsieur?
— De Bruxelles?
, — Est-ce qu'il n'y serait plus? Pauvre frère, il a été fort malheureux, mais il nous a fait bien de la peine!...
Longtemps on causa. Le défenseur de l'assassin dut éprouver une déception profonde.
^me X***, tout en adorant son frère, fut forcée de reconnaître qu'il avait depuis longtemps été un fort mauvais sujet. Jamais sa famille n'en avait pu rien obtenir. Soldat en Afrique, il s'était laissé gagner par la vie de garnison, qui avait fait de lui un « gouapeur ».
11 est permis de dire maintenant quelles ont été les deux condamnations dont il parlait et qui ont tant intrigué.
Une première fois, sous les drapeaux, pour refus d'obéissance à ses chefs, Campi a été condamné à six ans de travaux publics. Il en a appelé et a été acquitté.
La seconde fois, il a été condamné à quinze jours de prison pour outrage aux agents.
Ces condamnations, en effet, comme l'a dit M^ Laguerre, ne sont pas très déshonorantes. Il eût pu en mériter d'autres, car, depuis sa sortie du régiment, il n'a jamais vécu que d'indé-