‹ Les memoires de ParisChapitre 28 sur 48 · LE DOCTEUR DESPRÈS · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR DESPRÈS

neuf. Mais je sais bien « qu'on les met dedans », moi qui ne me contente pas d'aller à la Charité aux heures réglementaires, et qui me fais un devoir d'y tomber comme une bombe dès que j'ai un moment, à sept heures du matin ou à minuit... »

En me parlant ainsi, un matin de septembre 1888, le docteur déjeunait. Je vais donner son menu, car il est toujours intéressant de savoir comment un médecin mange : « Deux œufs sur le plat; un bifteck; un petit fromage suisse; une bouteille de bière très blonde; une tasse de café très fort; un verre de chartreuse; un petit londrès. »

« Vous remarquerez, dit-il, que je fais tout le contraire de ce que je recommande à mes clients. Je ne mange pas; je dévore. »

Le docteur ne reste pas en effet un quart d'heure à table.

Et, tout en fumant, le voilà qui remonte sur son dada. J'étais venu le voir à propos d'une lettre adressée par lui la veille à la Gazette des Hôpitaux, et résumant ses griefs contre les infirmières.

« Je m'étais promis, reprend-il, de ne plus m'occuper de la question avant la rentrée des conseillers, mais un journal a publié sur les laïques des renseignements tellement faux que

j'ai cru devoir reprendre tout de suite position. Dans un post-scriptum, je faisais remarquer que l'administration avait jugé à propos d'afficlier sur les murs des salles cet avis : « Il est interdit aux malades de donner de l'argent aux infirmières. » Jamais on n'aurait eu besoin de mettre un tel avis du temps des sœurs. Ces braves filles se contentaient des 200 francs qu'elles recevaient par an. Les laïques ont de 700 à 900 francs quand elles sont logées, de 1,500 à 2,000 quand elles demeurent dehors. Cela ne leur suffit pas. Aussi acceptent-elles très bien les pièces de cent sous que les parents des malades leur glissent dans la main les jours de visite. Le malheur est même qu'elles soignent, proportionnellement à l'importance des pourboires qu'on leur donne. Je n'avance naturellement que des faits que je puis prouver. L'administration;, d'ailleurs, s'est tellement émue de mon postscriptum que, douze heures après sa publication, toutes les affiches étaient enlevées... Mon observation avait porté.

« Je ne me lasserai pas de répéter qu'une laïque coûte 66 0/0 de plus qu'une sœur pour nous rendre 200 fois moins de services. Les laïques se déclarent débordées. Aussi en a-t-on mis dans certaines salles trois à la place d'une Sœur, ce qui coûte alors à la Ville 198 0/0 de

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