IV ' PRÉFACE
homme aujourd'hui est si lourde de l'amas effroyable des choses que le journalisme y dépose pêle-mêle, quotidiennement! Dans les champs, on se prend à envier l'ignorant qui passe, le paysan ankylosé par le travail, aux yeux vides de vieille bête de somme.
C'est l'antique querelle de l'ignorance et de la science. Il y a une virilité, un élargissement à savoir toujours davantage; notre théorie moderne du citoyen connaissant ses droits, se gouvernant lui-même, est certes d'une haute dignité humaine. Mais, au point de vue du bonheur, le résultat me paraît au moins douteux. Je m'ima-^ gine que les nerfs de la France étaient plus calmes, que l'équihbre de sa santé avait une stabilité plus grande, lorsqu'elle s'analysait elle-même avec moins de fièvre, et que, chaque matin, des centaines de journaux ne lui apportaient pas un bultin détaillé, souvent grossi, de ses moindres malaises. Dans ce qu'on a appelé la névrose du siècle, dans cette surexcitation croissante qui transforme et détraque la nation, il est certain que le journalisme actuel joue le principal rôle. N'est-ce pas lui qui exaspère et qui propage les secousses? Aussi,