LES INSTITUTRICES A TABLE
« Monsieur le ministre, c'est un des plus modestes fonctionnaires de l'Université, dont vous êtes le grand inaître^ qui se trouve désigné pour vous adresser la parole au nom des institutrices et des instituteurs publics de la Seine. »
Naturellement, M. Devillers ne manque pas de rappeler à M. Lockroy qu'il a été le premier élu de la Seine.
11 remercie ensuite les nombreux sénateurs, députés et conseillers municipaux qui honorent cette fête de leur présence, et n'oublie point de parler de l'enseignement pédagogique. Je ne peux pas vous dire l'effet que produit sur moi ce mot. Quand on le prononce, je crois qu'on me mord.
Mais tout à coup une perle :
« Maîtres et maîtresses vous aiment et vous admirent. »
M. Lockroy, bien que modeste, se rengorge. L'orateur continue :
« Déjà vous devinez que nous allons vous entretenir de la loi sur les traitements? C'est vrai. »)
Comment, il va y avoir une carotte alors ?
Cela me gâte la fête. Je n'aime pas qu'on fasse payer si vite.
« Le vote définitif de cette loi est attendu. »
Évidemment, le sort des instituteurs, en pro-
vince surtout, est fort intéressant; mais n'aurait-on pu ce soir manger tranquillement et parler d'argent demain ? Soudain voilà un mot qui soulève des rumeurs :
(c Nous saurons faire des enfants... qui nous sont confiés... »
On n'a pas attendu le dernier membre de phrase pour faire : « Oh ! » L'art oratoire rencontre tant de pièges à loup ! Coup d'encensoir final :
« En terminant, nous déclarons hautement et sincèrement que la République peut compter sur les instituteurs, comme les instituteurs comptent sur la République. »
Cela ressemble absolument à une « roublardise. ^) Impossible de comprendre autre chose que ceci : Augmentez-nous ou nous vous lâchons
En ce moment, M. Lockroy me fait passer une lettre étrange, qu'il vient de recevoir. C'est la ligue fédérative d'action républicaine radicale, section du onzième arrondissement, qui présente au « citoyen ministre » l'expression de son entier dévouement.
En post-scriptum ces mots bizarres :
« Soyez tranquille, la ligue veille ! »
M. Lockroy se lève à son tour. Il commence naturellement par rendre hommage aux « éminents éducateurs du peuple » qui l'entourent :